lundi 25 novembre 2013

Ma grand-mère russe et son aspirateur américain

Ma grand-mère russe et son aspirateur américain
Meir Shalev
Gallimard, 2013
Traduit par Sylvie Cohen


 "Notre grand mystère à nous était un aspirateur américain qu'un double traître, ni sioniste ni socialiste, avait expédié de Los Angeles, en Californie, à sa belle-soeur, établie dans le premier moshav fondé par les pionniers de la deuxième vague d'immigration en Terre d'Israël: le sweeper de grand-mère Tonia, condamné à la réclusion à perpétuité dans la salle de bains verrouillée à double tour et gardée par une épée flamboyante en forme de chiffon sur la poignée."

Cette histoire de svieeperr (prononcer à la russe comme grand-mère Tonia) peut paraître anecdotique, mais elle est l'occasion pour Meir Shalev de brosser avec un humour léger l'histoire de ces immigrants du début du 20ème siècle et de leurs descendants. Le sweeper américain, cheval de Troie du capitalisme dans un univers socialiste, est le héros involontaire du récit, où trône Tonia, née en Ukraine, attachée à son moshav de Nahalal, et super maniaque du ménage, dans un coin voué à la poussière l'été et la boue l'hiver... Sans oublier les oncles, tantes, les brouilles, les discussions sur les différentes versions de chaque petit événement.

septembre 1921, les débuts

Mine de rien, c'est un demi-siècle de l'histoire du coin qui défile, et l'on en apprend pas mal sur les moshavim (ne pas confondre avec  kibboutzim, malheureux! ^_^)
Lecture empreinte de nostalgie et d'humour, et hautement recommandée!
On dit qu'elle se fait même une manucure". Cette expression encore usitée aujourd'hui exprime le summum de l'abjection, une décadence tant idéologique que spirituelle. Elle procédait d’une conversation au cours d'un dîner familial. Quelqu'un du village "a vendu des melons à un négociant qui passait par là", déclara l'un des convives. En d'autres termes, cette personne avait transgressé les principes du moshav subordonnant les échanges commerciaux aux institutions officielles. A l'époque, cela représentait une faute morale  si grave qu'un autre convive s'empressa d'ajouter: "Et en plus, sa femme fricote avec un type de Ramat David.", pas du kibboutz d'à côté, heureusement, mais de la base aérienne voisine.
Une fois établi qu'il s'agissait de gens profondément malhonnêtes ayant enfreint le règlement du moshav, comme le code moral de l'humanité tout entière, on porta le coup final, la phrase prouvant la pire dépravation où l'on puisse tomber :"Et elle se fait une manucure, à ce qu'il paraît".
 La manucure incarnait une symbole négatif, le pire de tous, car elle s’appliquait aux doigts, aux mains industrieuses vouées à labourer, bêcher, semer et construire. Les mains des pionniers que la révolution pouvait arracher à la plume, au commerce, à la casuistique talmudique pour les renvoyer aux outils et aux travaux des champs. Ces mains destinées à manier le sécateur ou le pis des vaches, attraper le manche de la faux, et, le cas échéant, appuyer sur la détente, comment pouvaient-elles jouer les coquettes?
J'allais oublier : le livre est agrémenté de photos noir et blanc de la famille...

Challenge Lire sous la contrainte de Philippe

46 commentaires:

  1. C'est un livre dont le titre m'intrigue depuis que je l'ai vu en librairie. Ton billet m'incite à le noter en bonne place.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Cela te mettra en joie pour la journée; j'aime ce genre de lecture.

      Supprimer
  2. Tu fais de chouettes découvertes en ce moment! Il a l'air drôle, ce roman.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. La bibli, what else? Le titre, le sujet, et hop, emballé, bonne pioche. La vie est belle.

      Supprimer
  3. Ce que tu en dis m'incite à lire ce livre qui a l'air drôle et attachant à la fois.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu as trouvé les mots exacts pour décrie cette lecture!

      Supprimer
  4. moi aussi j'ai adoré cette manucure!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je me suis promenée récemment sur ton blog (y cherchai-je ce billet, je ne me souviens plus) et me suis perdue au Bénin avec toi, dans mes propres souvenirs...

      Supprimer
  5. Réponses
    1. Non, pourquoi? Les définition de moshav et kibboutz, par exemple, se déduisent du texte facilement ou il s'agit de mots assez courants je pense.

      Supprimer
  6. Oh j'imagine le plaisir de lecture :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ne pas imaginer une grand mère parfaite, mais elle a son caractère! (euh je viens de réaliser qu'on est plutôt dans la non fiction... tant pis, ce sera un supplément perso, ne rien noter)(les non fiction prolifèrent à l'insu de mon plein gré)

      Supprimer
    2. C'est terrible ce qui t'arrive ;-)

      Supprimer
  7. Très très tentée...tu as la main très heureuse en ce moment dis donc!!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Mes biblis font très fort actuellement!

      Supprimer
  8. Pourquoi pas s'il arrive jusqu'à ma médiathèque (et sinon je trouve la couverture affreuse).

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ha, la couverture affreuse? De toute façon c'est le titre qui m'a attirée...

      Supprimer
  9. Tu as le don de dénicher des romans que personne ne connaît !

    RépondreSupprimer
  10. Drôle de titre! Je ne pensais pas qu'il y avait autant de longs titres.
    Un titre facile à retenir et comme tu as apprécié...
    Merci pour cette nouvelle participation et bonne semaine.;

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'en ai encore deux lus, sans doute un seul si j'ai la paresse d'écrire le billet de l'autre.
      Oui, il existe des spécialistes des titres longs, on dirait...

      Supprimer
  11. Un titre reperé à sa sortie, tu penses bien, un titre pareil, je ne pouvais pas passer à côté ! J'attendais qu'il soit à la bib', et OMG, tu fais bien d'en parler car je viens de vérifier, il y est ! Bon, reste plus qu'à le caser maintenant.:-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oh il se lit sans problème!

      Supprimer
    2. Beaucoup trop de romans se lisent sans problème, c'est ça le problème.;-)

      Supprimer
    3. Tu sais, même parmi ceux là, je trie : il faut que l'écriture soit correcte (à mes yeux) et qu'il y ait un petit plus quand même. Ici, par exemple, l'humour, et le pays.

      Supprimer
    4. Il reste qu'il en reste beaucoup malgré le tri ! Mes PAL/LAL en témoignent.^^

      Supprimer
    5. Étonnant hier : une collègue connaît PAL et LAL! Je croyais qu'il n'y avait ça que sur les blogs? Je vais mener l'enquête (on parlait système de "classement" dans nos biblis maison. Elle, elle a déjà attaqué par terre au pied des étagères. Je n'en suis pas encore à ce stade...)

      Supprimer
  12. je suis certaine que l'humour est présent, je me suis régalée avec son livre sur la Bible alors celui là je vais le retenir pour ....dans quelques mois

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je sens que je devrais m'intéresser à ses autres livres, en effet!

      Supprimer
  13. Ah tiens voilà qui semble très intéressant :-) je ne conanis pas l'auteur :-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne connaissais pas non plus, mais je sens que je devrais m'y intéresser de plus près. J'aime son humour.

      Supprimer
  14. Il me semble avoir lu un titre de cet auteur mais impossible de me souvenir lequel !!! Et celui-ci me tente bien ...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ce n'est pas son premier, donc c'est possible.

      Supprimer
  15. Je l'ai vu et le titre m'a attirée! Une prochaine lecture sûrement :)

    RépondreSupprimer
  16. Bonjour Keisha, j'avais repéré le titre qui a titillé ma curiosité. Je suis sûre que c'est très bien. Bonne après-midi.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Évidemment, le titre... C'est très très bien, crois moi. Bonne fin de journée.

      Supprimer
  17. Encore un de ces titres qui me laissent pantois. Nous en avons déjà parlé, ce côté exhibitionniste et familièrement accrocheur du titre (ou de la couverture), j'en vois pas mal dans une des bibliothèques que je fréquente et j'ai tendance à ne pas même lire la 4è de couverture.

    Comprenez-moi bien, je ne dis pas que le livre est mauvais, du tout, au contraire sans doute, rien à voir avec le contenu.

    Ceci dit, je lis pour le moment Saul Bellow (Bellarosa Connection), un monde juif également. C'est bien fait et toujours un bel humour.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. L'auteur n'est pas responsable du titre, je n'ai pas reproduit le titre hébreu, bien plus court... Envoyez les plaintes chez Gallimard. ^_^
      Je ne me fie pas qu'à la longueur du titre, là ce qui m'a accrochée c'est comment l'auteur, à partir d'une anecdote d'aspirateur, raconte un demi-siècle de vie familiale et ressuscite tout un univers. Plus l'humour. Plus connaître mieux ce coin et cette époque.

      Supprimer
  18. Vendu! Merci pour ce billet qui éveille ma curiosité.

    RépondreSupprimer
  19. Le titre est génial, j'adore. Ce que tu en dis aussi ! Bisous

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Les bonnes petites surprises de la bibli! Surtout que l'auteur m'a l'air plaisant à lire encore.

      Supprimer
  20. Réponses
    1. J'avoue que c'est lui qui m'a attirée en premier!

      Supprimer

Bon, peut-être votre commentaire n'apparaîtra-t-il pas? Passez à Anonyme, ça marche très bien, j'en fais autant avec quelques blogs, sans trop comprendre le pourquoi du comment du 'bug'. Merci !