vendredi 29 avril 2016

Les bons sauvages

Les bons sauvages
Jacqueline Harpman
Editions Labor, 1998
Juiliard, 1966 pour la première édition



Les bonnes pioches se suivent, dans ce mois belge. Je découvre des auteurs, avec une grande envie d'y revenir plus tard, dans l'année ou lors du prochain mois belge, c'est dire!
Jacqueline Harpman (1929-2012) est dite 'écrivain de langue française et psychanalyste belge' (sic) par wikipedia et possède une oeuvre abondante.

Années 60, province française. Saucerre est une petite ville de vingt mille habitants, classique, avec ses couches sociales se mêlant peu. Clotilde Santivas s'ennuie. Elle veut que chaque matin elle puisse se lever avec envie de vivre la nouvelle journée, et à Saucerre elle sent que ce ne sera guère possible. Elle file à Paris, se débrouille, refuse les liens du mariage, refuse l'ennui.

Volontairement j'en dis peu car ce roman clairement d'apprentissage ne vaut pas que pour les aventures de son héroïne.  Assez vite le terme 'picaresque' m'est venu à l'esprit, Clotilde passant sans encombres d'un chapitre de sa vie à un autre, à chaque fois l'occasion pour elle de faire le point, de réfléchir. Réflexion dont l'auteur ne cache rien, intervenant parfois dans le cours de la narration. "Je considère... etc. Ceci dit, je descends de chaire pour reprendre le cours de ce roman de mœurs." "Llamar s'explique longuement dans le langage cérémonieux qui était le sien mais qui n'est pas le mien (...) Le langage du secrétaire me gagne."
Comme j'ai déjà lu Gil Blas de Santillane et deux fois La vie de Marianne, ce genre là me plait bien, surtout que l'écriture de Jacqueline Harpman est à la hauteur et ne néglige pas les subjectifs. Une élégance qui se marie bien avec ces années 60 assez guindées. Mais Clotilde se livre à de jolies réflexions féministes bien dans l'air du temps.
Si je dis que j'ai aussi pensé à Stendhal, on comprendra le plaisir pris à cette lecture. C'est vif, spirituel, de bout en bout. Mais il faut savoir, ô lectrice, que tu ne vibreras pas toujours avec l'héroïne. Ton intérêt ne faiblira pas, mais le risque du genre est de laisser un peu au bord. Cependant tu auras eu de bien belles pistes de réflexion.

Ah oui aussi, c'est souvent drôle...
"Elle ne s’intéressait pas assez aux gens qu’elle n'aimait pas pour se donner la peine d'en dire du mal."
"En feignant de soigner ma femme, vous m'évitez une dépression nerveuse, c'est une acte médical par relais."

Sur babelio des avis déçus (je l'ai dit, on n'est pas dans une histoire classique!)

mercredi 27 avril 2016

La grande panne

La grande panne
Hadrien Klent
Le Tripode, 2016

Pour moi le Tripode c'est Minaudier et Kiviräkh et Marie Redonnet (et Jacques Abeille et ses jardins statuaires, faudrait bien que je reprenne tout ça), autant dire que lorsque ce livre s'est matérialisé sans crier gare dans ma boîte aux lettres, j'étais plutôt contente (ne pas croire que ça arrive si souvent, je ne croule pas sous les envois - et c'est tant mieux). Bref.
La feuille de présentation jointe annonçait "Vous avez aimé Quai d'Orsay, vous aimerez La grande panne" et juste juste les jours d'avant j'avais emprunté les deux tomes de Quai d'Orsay à la bibli! Coïncidence ou quoi?
De plus l'éditeur annonce comme programme "Littératures Arts Ovnis", alors que demander de plus?

Bon, alors, l'histoire?
Que ferait-on sans électricité? Même pour quelques jours?
Une explosion suspecte dans une mine abandonnée au fin fond de la campagne italienne, et s'ensuit un nuage de particules s'enflammant au contact des lignes électriques et une coupure (voulue) de l'électricité en Italie.
Seulement voilà, ce nuage, (contrairement à celui de Tchernobyl), va bientôt passer la frontière française, (pour l'instant l'anticyclone veille au grain mais ça ne va pas durer), et les autorités annoncent une coupure nationale. La grande panne, mais programmée pour tel instant, et - normalement- pour quelques jours seulement.
Au sommet de l'état, ça s'agite pas mal, là j'ai bien vu l'ambiance Quai d'Orsay, et c'est fort réjouissant. Surtout que ce petit monde décide de s'installer sur l'île de Sein, haut lieu de réponse positive à l'appel de juin 40. On se tire un peu dans les pattes, on critique.
Par ailleurs l'on retrouve un trio s'étant connu sur les bancs du lycée, dont un révolutionnaire désirant profiter de la grande panne pour lancer une nouvelle Commune (mais il est fliqué depuis longtemps).

Presque tout le roman se focalise sur l'île de Sein, mais l'on a quelques aperçus de la situation sur le continent grâce à des articles de journaux.

Mon avis 
Le roman se dévore vite, avec son alternance de chapitres assez courts dévoilant petit à petit l'histoire; j'ai aimé le côté puzzle, les pièces (et les personnages) s'imbriquant petit à petit. Bon rythme, donc. Les personnages sont crédibles et quelques petits rappels historiques ou géographiques (île de Sein, la commune) sont bienvenus. On est pas mal dans le jubilatoire. Après, pour classer ce roman, c'est plus coton. Anticipation? Mieux vaut s'en régaler sans le placer dans une case.
Île de Sein
Les avis de Gwen, qui m'apprend l'existence du blog de l'auteur (passionnant!)

lundi 25 avril 2016

Mâtin quel salon! (Vieux motard sur j'aimais)

Le salon de Saumur n'a qu'à bien se tenir, à Châteauroux aussi on associe littérature et vin. Enfin, très très officieusement et AVANT salon. Avec modération et glamour, forcément.

Merci Sabine
Rendez-vous était pris pour un partage pain, cochonnailles, fromage et vin, avec Sabine, Sylvie, (voir leurs billets) , Laetitia et sa fille, dans un lieu que nous préférons tenir secret.
Nous en étions arrivées au dessert, lorsque déferla une horde d'auteurs (invitée bien sûr), quand il y en a pour cinq il y en a pour dix, c'est bien connu. Le Vouvray délia les langues, et tout se termina par des chansons.
Je précise à ceux qui ont suivi l'affaire sur Facebook  : Bernard-Bertrand portrait un pantalon d'un rouge sublime.
Il n'était que 14 heures, ouverture du salon, et déjà de beaux moments.
J'ai juste accompagné les copines blogueuses, pris trop peu de photos et papoté avec divers auteurs.
Bertrand Guillot (la bouteille est là pour la déco, hum)
Erwan Larher et Marguerite
Deux demoiselles qui dessinaient des chats (et autres) tout en présentant leurs livres.
Fanny Salmeron et Sandra Reinflet
Gaëlle Josse et Yannick Grannec
Yannick Grannec est l'auteur de La déesse des petites victoires (on a parlé Mathématiciens)

Table ronde "Culture foot" animée par Hubert Artus, avec, de gauche à droite : Erwan Larher, Bertrand Guillot, Eric Naulleau et Tristane Banon, pour une heure agréable et intelligente, si, si!

J'ai aussi pas mal échangé avec Eloïse Lièvre, auteur récemment de Les gens heureux n'ont pas d'hitoire, hélas j'en ai oublié de prendre une photo! On a aussi parlé opéra baroque et metteurs en scène (si!)
Alors, les gens, vous savez dorénavant où est The place to be! Rendez-vous en 2017?

Edit : entrée libre, et espace garderie gratuit pour les enfants (vraiment belle idée!)

vendredi 22 avril 2016

Les Boîtes en carton

Les Boîtes en carton
Kartonnen dozen, 1992
Tom Lanoye
Editions de la différence, 2012
Traduit par Alain van Crugten



Dire qu'il s'agit de souvenirs d'enfance, de la découverte de sa sexualité et de l'amour chez un ado, serait un peu réducteur, même si ce n'est pas faux. Un gamin chouchouté par mère, grand mère, tante, grande soeur, qui se souvient d'anecdotes heureuses ou plus tragiques (Wiske à l'hôpital), racontées avec humour et tendresse.
Le gros morceau, ce sont les études en école et lycée privé, avec hilarants et superbes portraits de professeurs, surtout celui ayant su le pousser (sans le savoir) à écrire. Les pages sur Mussolini (pseudo du prof) sont absolument extraordinaires!
Et puis, après un apprentissage du sexe solitaire (longues pages sauvées par l'autodérision!), il réalise ses sentiments pour Z.,  un camarade de classe, aventure qui culminera dans un drôle voyage scolaire en Grèce.
Ajoutons un peu d'histoire flamande dont j'ignorais tout (un vrai régal).

Roman, est-il écrit sur la couverture. Pourtant tout sonne si vrai que je préfère y voir une autobiographie, même romancée. Je suis ravie d'avoir découvert cet auteur dans cette histoire classique, oui, mais transfigurée par l'humour gentiment (ou pas) ironique, l'autodérision et une construction assumée sans faille.

Les avis de Yv, christwchez lecture/écriture,


mercredi 20 avril 2016

La Grande Arche

La Grande Arche
Laurence Cossé
Gallimard, 2016


Les critiques du Masque et la plume pour une fois tous d'accord, le salon de Limoges où l'auteur était présente, et hop, voici la Grande Arche chez moi, enfin, le livre.

Mais quelle épopée! (désolée pour ceux qui utilisent le même mot, je n'en vois guère d'autre). A l'époque existaient en architecture les concours ouverts, anonymes et auxquels chacun pouvait se présenter. Mitterrand était président, voulant imposer sa marque sur Paris. Pour ce type de grands travaux, l'argent était là. Qui remporta le prix? Un assez obscur architecte danois, Johan Otto von Spreckelsen, n'ayant à son actif que sa maison et quatre églises (au Danemark). Mais son quasi cube emporta l'adhésion.
église de Vangede (wikipedia)

De 1983 à l'inauguration en grande pompe en 1989, de l'eau va couler sous les ponts de la Seine, la France connaîtra une cohabitation (donc le président perdra un peu la main sur l'Arche) et une réélection dudit président (donc il reprendra la main). Mauvais pour un projet aussi immense, ça. Et ensuite depuis le début l'extérieur de l'Arche épate et fait la quasi unanimité, mais, que mettre à l'intérieur? Bien flou, bien changeant. Forcément le budget est dépassé, ça tiraille, des appétits se font jour.
Là-dedans Spreckelsen, le danois arrivant littéralement en sabots à l'Elysée (paraît-il), découvre un pays fort éloigné du sien. Quelque part nous sommes bien des latins, pour lui. Son bébé subit des évolutions, il le vit mal. Finalement il ne verra jamais la Grande Arche terminée.

Pour raconter une telle histoire et passionner le lecteur, il fallait du talent, et Laurence Cossé l'a. Elle intervient parfois (je) surtout quand elle tente de rencontrer la veuve de Spreckelsen (un drôle de personnage, là aussi). Elle intervient par son ironie souvent gentille (ah le Danemark) et parfois plus engagée (le tripatouillages politico affairistes). L'émotion peut poindre, l'admiration aussi pour un tel projet!

N'hésitez pas à vous lancer dans cette lecture, c'est absolument prenant, il n'y a pas besoin de s'y connaître en architecture ou en histoire récente, et ce n'est pas Delphine qui dira le contraire.

Quelques passages donnant une idée des jolis bols d'air parmi le sérieux du sujet:
"La route du chou passe dans la région. C'est autre chose que les banales routes du vin. Il y a même à l'automne un Kohltag, une fête du chou, avec élections de reines du chou. Qu'on arrête de dire que les allemands ne sont pas des marrants."
"Et le ministre [Affaires étrangères, Danemark]? Il est en tongs aussi? - Le ministre peut être en baskets."
"Il a bien fallu mettre dans le coup la maréchaussée. Ces gens-là sont des tatillons, il faut en passer par leurs conditions. Avoir recours à des montgolfières pour hisser la plaque géante? Non? Ce serait beau, pourtant, vous ne trouvez pas? Et deux hélicoptères? Non plus?"

Un extrait du film Homage du Humanity de Dan Tschernia (Spreckelsen y est filmé)

lundi 18 avril 2016

Marguerite n'aime pas ses fesses

Marguerite n'aime pas ses fesses
Erwan Larher
Quidam Editeur, 2016


Erwan Larher, c'est le gars terriblement sympa (et talentueux), que je retrouve en salon du livre régulièrement, qui m'a valu de beaux moments de lecture, de rigolade, et aussi des sueurs froides rétrospectives en 2015. Si vous ne le savez pas encore, il s'est lancé dans un projet fou, à savoir retaper un vieux logis poitevin pour qu'il devienne "un lieu d'échanges et de partage autour de la création littéraire." (Le logis du musicien à Mirebeau)(fin de la séquence pub)

Et son dernier roman, alors? Court (les 255 pages se dévorent), jubilatoire, qui démarre très fort et continue de même. Marguerite, ah Marguerite, héroïne un poil nunuche et dans le déni, elle n'aime pas ses fesses, et pas grand chose chez elle. Il faut dire qu'elle possède des copines plus délurées (mention spéciale aux copines, en arrière plan, bien croquées), une mère étouffante et égocentrique, et surtout un mec qu'elle aurait dû jeter depuis longtemps, manipulateur, profiteur, donneur de leçons (et je ne révèle pas tout). Marguerite (j'allais écrire cette pauvre Marguerite) s'auto dévalue en permanence, pardonne, accepte, rêve au prénom de ses futurs enfants alors qu'entre Jonas et elle c'est plutôt calme plat le plus souvent (mais je ne révèle pas tout).
Au boulot bien évidemment, chez les éditions Paulin, elle accepte d'être sous payée. "Un parquet en chêne point de Hongrie lui semble le minimum pour éditer de bons romans." Un beau jour un ancien président de la République insiste pour qu'elle l'aide à écrire ses mémoires (alors qu'il la perd par intermittences, la mémoire). L'Ex non nommé laisse échapper parfois une allusion à un mystérieux Dispositif, l'affaire tourne (un peu) au polar (mais je ne révèle pas tout, et surtout pas le retour d'une vieille connaissance, et la fin).

Mes impressions? Du Larher pur jus, comme on l'aime, mais qui peut étonner (sans vouloir faire ma Marguerite, je ne m'attendais pas à quelques scènes aussi ... réalistes)(même si ça se justifie par les caractéristiques des personnages, et l'évolution de l'histoire)(et très stylé et pas vulgaire). Mais OK, moi, tant qu'on ne torture pas des chatons, j'ai l'esprit large.
Je raffole toujours de l'écriture, j'ignore si c'est manque de mémoire ou quoi, mais je l'ai trouvée plus dense, ramassée, des ellipses, peu de transitions, sans perdre le lecteur.
Des opinions politiques et sociologiques tranchées et diverses chez les personnages (l'auteur semble jouer à bousculer son lecteur, lequel lecteur en redemande, n'est pas dupe, et se sent parfois moins bête), on est pris dans l'histoire, oui, mais il n'est pas interdit de réfléchir. L'Ex du roman, jamais nommé, ravira les amateurs de clins d'oeil, puisqu'il regroupe les caractéristiques de trois ex réels (pour ce que j'en ai deviné) et ça dégomme bien.

Allez, un petit dialogue entendu par Marguerite:
"- Moi j'aimais bien le petit facteur qui faisait de la politique; comment s'appelait-il déjà?
- Arlette Laguiller?
-  Non, elle, c'était une banquière.
- Oui, mais c'est pareil maintenant."

Et peut-être deux zeugmas (l'auteur s'amuse, alors moi aussi)
"Après avoir proposé à Marguerite de s'asseoir, et un café" et "C'est à l'adolescence et à Nice, ..."

A déguster sans attendre.

Hélène en parle aujourd'hui, allez voir!

vendredi 15 avril 2016

La peine capitale

La peine capitale
La pena maxima
Santiago Roncagliolo
Métailié, 2016
Traduit par François Gaudry


1978. Coupe du monde de football en Argentine, alors sous la dictature de Videla. Vous ne vous intéressez pas au football? Vous êtes ignorants en histoire récente de l'Amérique du sud? Ce n'est pas grave, puisque justement le héros du roman, Félix Chacaltana Saldivar, doit bien être le seul péruvien à ne pas s'intéresser à cette coupe et à ignorer les exactions commises en Argentine. Alors, comme lui au fil du roman, apprenez que les rugissements des spectateurs après un but couvrent très bien le bruit d'un coup de feu, et que la dictature argentine n'hésitait pas à enlever, torturer, etc.

Au Pérou, on est à quelques jours d'élections permettant d'espérer la passation de pouvoir des militaires aux civils.
Mais notre héros, lui, est assistant-archiviste; très méticuleux, il lui faut du rangement bien fait et actuellement un papier sur son bureau le gêne, où le classer? Il n'a guère d'humour, vit avec sa mère qui l'étouffe, l'obligeant à aller quotidiennement à la messe et traitant de tous les noms la jolie Cecilia que Félix aimerait épouser. Carrément. Pour l'instant il ne l'a pas encore embrassée, mais c'est en projet.

Sa réputation, c'est celle d'un gars qui ne ferait de mal à personne. "Félix Chacaltana Saldivar ne perdait jamais la tête. De sa bouche ne sortait jamais un mot grossier ou un ton arrogant. Il était incapable de se disputer avec personne." Mais après l'assassinat d'un de ses amis, il enquête et le voilà, lui le patriote vénérant le droit chemin, la patrie et les gouvernants, fréquentant des 'subversifs', des espions, mettant les pieds partout tel un Candide, passant au travers des mailles de divers filets.

A la fin, il sera moins innocent. Une sorte d'anti-héros que l'auteur réussit à rendre sympathique, c'est fort! Tout en rappelant l'épouvantable dictature argentine.

Un passage très éclairant sur la personnalité de Félix et bourré d'ironie. Quel talent!
"Pour faire patienter les visiteurs, on y avait déposé un exemplaire du journal officiel El Peruano, avec son supplément du bulletin officiel de l'Etat. C'était sa lecture favorite.
Il passa une heure à parcourir normes et règlements en vigueur. Et même quelques minutes à lire les nouvelles du journal : () Tous les articles célébraient les mérites du glorieux gouvernement des Forces armées. Chacaltana appréciait ce journal parce qu'il était positif. Même s'il devait admettre que, ces dernières années, c'était le cas de tous les journaux. Avec l'arrivée de la démocratie, les Péruviens allaient sûrement perdre ce dernier havre de paix."

Les avis d'Electra,

mercredi 13 avril 2016

Kuru

Kuru
Thomas Gunzig
Au diable vauvert, 2005


Ayant déjà lu deux romans de Thomas Gunzig, dont Manuel de survie à l'usage des incapables, pourquoi ne pas le choisir pour ce mois belge (chez Anne et Mina)? Surtout que c'étaient de bons souvenirs. En attendais-je donc trop?


Fred a des mouches à l'intérieur de la tête, plus ou moins gênantes. Soit. A part ça il est censé terminer une thèse, glande pas mal et déteste son père dont il est bien content de recevoir l'argent mensuel pour subsister. Il a deux amis, Pierre, issu d'une expérience de clonage, et Paul, traumatisé par ses aventures en Colombie et souffrant de mictions douloureuses (je passe les détails). Kristine est la copine de Pierre.
Fred est amoureux fou de sa cousine Katerine, dotée du talent de déplacer les objets par sa seule force mentale et d'un mari éjaculateur précoce (le beau et riche Fabio, comme quoi nul n'est parfait).

Exprès ou pas? Parmi les milliards de prénoms possibles, ça m'aurait facilité la tâche que l'auteur choisisse des prénoms d'héroïnes n'ayant ni la même initiale ni la même fin. Surtout que je n'ai pas vu la nécessité d'embrouiller le lecteur inutilement. En tout cas, il ne m'en faut pas beaucoup, c'est sûr.

Bref, une nuit vers quatre heures du matin, Kristine veut voir absolument tout de suite urgemment sans attendre, Paul et Fred. Bons copains, ils foncent. L'urgence, c'était juste pour leur demander de venir avec eux deux participer au futur sommet du G8 à Berlin, dans plusieurs semaines, mais côté manifestants, histoire de filmer les débordements policiers. Soit.

Par ailleurs Fabio et Katerine, souffrant de drôles de maux de ventre (dont on ne saura rien, finalement) se rendent à Berlin pour rencontrer un fameux docteur censé guérir le problème de Fabio par "dissociation". Ils logent dans le même hôtel que les participants au G8, mais pour ce que j'en ai compris, ça n'a aucune importance dans le roman, les personnages se rencontrant tous bien sûr lors des manifestations, mais sans utiliser ce détail d'hôtel.

J'ai bien cru comprendre que l'auteur s'attaque à tous ces théoriciens du complot, sectes, amateurs d'"harmonie avec les planètes, le rayonnement cosmique, les vibrations telluriques et tout le reste" , on parle même des illuminati, et le fait quand même avec un certain humour. Pourquoi pas, mais trop c'est trop, je ne m'attache guère aux personnages, ça part dans tous les sens, je ne comprends plus guère, surtout que je lis (un peu) en diagonale, trop de détails sans intérêt. L'impression que l'idée de départ était intéressante, mais mal menée (malmenée?)

lundi 11 avril 2016

Ours toujours

Ours toujours
Xavier Hanotte
Belfond, 2004



Dans le parc des Grands-Bruns, la vie s'écoule tranquillement, pour le narrateur Anatole et ses amis, dont Adalbert et Onésime (mal remis du départ de Clarinette, partie avec un ours motocycliste), sous la garde bienveillante de Charles le vieux gardien humain. Il suffit de jouer les ours 'sauvages' quand arrivent les visiteurs et les zoologistes, et le tour est joué. Mais cette vie d'ours bienheureux risque d'être mise à mal par l'installation dans le voisinage d'un parc de loisirs sur le thème des ursidés. Par ailleurs, la lutte continue pour la défense de l'image de l'ours, ponctuée de descentes en bibliothèques destinées à supprimer certaine fable de La Fontaine des recueils.
Kelemen, Ironing bear, une des toiles suscitant l'ire de L'association l'ADIEU

Dès le départ j'ai flairé le truc jubilatoire et barré, et point ne me suis trompée. Nos trois ours si humains vont vivre des aventures haletantes et hilarantes, prenant quelque détente au restaurant bar de Tou Fou le panda, un peu trop amateur de bambous. Une ambiance de joyeux délire y règne, sachez qu'au départ des ratons laveurs s'occupent de la plonge, mais par la suite ils ont monté un orchestre gaspésien (violon, planche à lessiver), des ours slovènes s'opposent à des croates pour des trafics clandestins, bref rien n'est épargné question nounours.

L'auteur s'est amusé à transcrire les images humaines en images ursidées, par exemple "C'étaient des âmes sans complication, satisfaites de jouer les porte-flingues ou les ours de patte." "Montre en pattes." Je ne l'ai pas pris en défaut sur ce coup là.

Pourtant s'y trouvent des moment plus sérieux, quand Anatole entend l'appel de la vraie vie sauvage, ou alors quand Tou Fou le Panda est d'humeur philosophe.

Deux avis sur Lecture/Ecriture, dont celui de christw qui m'avait sûrement frappé à l'époque, au point de le noter pour un futur mois belge, chez Anne et Mina

vendredi 8 avril 2016

Tout est sous contrôle

Tout est sous contrôle
Sophie Henrionnet
Charleston, 2016


Vous, je l'ignore, peut-être ne lisez-vous que du sérieux (j'en lis aussi!) mais de temps en temps j'adore m'aérer les neurones avec du plus léger - à condition que ce soit d'une certaine qualité.

Avec Olympe, notre pétillante héroïne, tous les voyants sont au vert : un bon rythme (je n'ai connu aucun temps mort de lecture), une écriture qui se tient, de l'humour fin (avec autodérision), un environnement famille/amis/travail parfois loufoque mais sympathique, des personnages dits secondaires bien croqués quand même, et une histoire plutôt originale (mais je suis mauvais juge, je n'en lis pas tant que cela).

Au départ, Olympe (trentenaire divorcée en bons termes avec son ex et sa nouvelle épouse, maman d'une ado plus mature qu'elle) est photographe mais un enchaînement rocambolesque de diverses péripéties conduit son patron à la virer; heureusement un ami à elle la dépanne et l'engage comme détective privé, ce qui se réduit au départ à des planques en voiture, rien de bien épatant, donc. Bien évidemment rien ne se passera tranquillement, d'ailleurs dans les premières pages du roman elle tombe sur un cadavre.

Olympe doit aussi gérer une famille assez barrée, un nouveau voisin un peu trop attirant/craquant/charmant et les problèmes de son patron (et ami). Pas trop le temps de souffler, le lecteur non plus, et tant mieux!

mercredi 6 avril 2016

Salon du livre de Limoges

Ce dernier week end, difficile de choisir entre Lyon, Bordeaux et Limoges, j'ai choisi le plus près.

Mise en bouche avec la magnifique gare de Limoges, à deux pas du chapiteau de Lire à Limoges (entrée gratuite, je dis ça je dis rien)(et toilettes tout près)

Hélas on n'a plus le mobilier en bois d'origine

Bon, passons aux choses sérieuses, le salon!

Qui comme tout salon, se doit d'être l'occasion de rencontres informelles entre blogueurs. Des blogueuses en l’occurrence.
Le signe de ralliement était : la jonquille! (hyper efficace) A droite, Caroline de Cultur'elle, à gauche moi, avec déjà un sac bien plein... Photo prise par Sylvie de Thé, lectures et macarons. Syl, venue en famille, tout comme Laetitia de Chateauroux.
Syl, je te pique la photo!
Premier tour de piste avant midi : papotages avec Olivier Bourdeault (En attendant Bojangles) et Sophie Henrionnet (Tout est sous contrôle, billet prochainement)
Interrogé  lors d'un débat ultérieur, quand on lui parle de Boris Vian, Olivier Bourdeault préfère donner Truman Capote ou Fitzgerald comme inspirateurs d'atmosphère pour son roman. Pas faux, finalement.
Jusque là, zéro danger pour la PAL, puisqu'auteurs déjà lus. Mais ça n'a pas duré.

Gilles Vervisch (connaissais pas) présente plein de bouquins aux titres attirants, dont Stars Wars, la philo contre attaque. Comme je ne connais pas assez la série, mon choix se porte sur Comment ai-je pu croire au père Noël?, philosopher au quotidien, et Tais-toi et double, Philosophie du code de la route. L'auteur est agrégé de philo, et super sympa. J'espère que ce ne sera pas trop compliqué à lire quand même. En tout cas Star Wars attire les fans!
En discutant avec Sophie Henrionnet, on parle d'un éditeur, et hop, me voilà dirigée vers un auteur, Carole Mijeon, auteur de Sur la réserve, (Et s'il n'y avait plus de pétrole en France? roman anticipatif, bien prometteur)
Un petit coucou à Jérôme Attal, qui ne viendra pas à Châteauroux, mais à Montaigu (avis aux blogueurs intéressés)(auteur sympa et talentueux)
Enfin, je m'approche de Laurence Cossé, dont La grande arche a réuni tous les suffrages au Masque et la Plume, et, je l'ai appris ce matin, fait partie de la sélection pour le Livre Inter. (Pour en savoir plus, liste parue le 4 avril, et j'ai plein d'envies, pour une fois)
Déjà la tente du salon était assez vide, c'était l'heure du repas, je n'ai pas retenu Laurence Cossé pour une photo...

Même pas 14 heures, le sac est bien plein, la CB chaude, et retrouvailles avec les blogueuses!

Papotages, craquages, rigolade, pot à l'extérieur pour souffler, voilà voilà.

Pour terminer, j'ai craqué pour une BD : Le guide des chats, de Goupil et Juan
Ma patience a été récompensée, j'ai fini par obtenir ze dédicace! Avec les BD c'est long, mais quel résultat!
Franchement, trop la classe, cette dédicace!
De plus la BD est vraiment bien (oui, bien sûr, je me suis jetée dessus). Sans doute n'ai-je pas appris beaucoup sur les félins, mais je me suis bien amusée à redécouvrir leurs petits travers...

Prochain rendez-vous : Châteauroux les 23 (et 24) avril, avec les mêmes, sauf Caroline (Didier ne sera pas là) mais Sabine en plus!

Edit : les livres


lundi 4 avril 2016

Un tag, mais clara c'est bien parce que tu as insisté...

Taguée  par clara je parle un peu de mes habitudes de lectrice.

Que penses-tu des adaptations cinéma ? 
Pas grand chose, en tout cas de récent, puisque je ne vais guère au cinéma. Mais les adaptations longues signées par la BBC de certains classiques anglais sont quasi parfaites, elles gardent tout ou presque et ne changent pas la fin. Pour toujours, Darcy c'est Colin.

Quel marque-page utilises-tu ? 
Tout! Billets de train (en voyage), cartes postales, morceaux de papier, vrai marque-page, etc. 

Quel est ton coup de cœur 2015 ? 
Comme j'ai un peu forcé sur le tampon 'coup de coeur' récemment, ça devrait être facile.
En fait je n'en ai pas eu tant que ça. Je les cite tous
Des voix parmi les ombres de Karel Schoeman
Sur la scène intérieure de Marcel Cohen
L'univers de carton de Christopher Miller
Scipion de Pablo Casacuberta
Le charme discret de l'intestin de Giulia Enders
Effondrement de Jared Diamond
Si une nuit d'hiver un voyageur d'Italo Calvino
Les animaux en bord de chemin de Marc Giraud
50% romans, 50% non fiction.

Comment classes-tu tes livres ? 
Au départ par maisons d'éditions, mais maintenant, les classiques sont à part, les poches aussi, les romans grande taille par ordre alphabétique et la non fiction par thèmes. La PAL est dans un meuble à part. Quand un livre lu quitte la PAL, il repart à la bibli ou chez une blogueuse s'il est emprunté, sinon il est donné parfois, ou rangé avec ses copains si je le garde. J'ai décidé de ne pas acheter de nouveau meuble, donc si ça ne tient plus, je trie et dégage les livres...  (ça tremble sur les étagères...)

Quels sont tes blogs de lecture préférés ? 

J'en suis vraiment beaucoup, certains depuis le début du mien. J'en vois disparaître hélas, et parfois réapparaître avec plaisir, des petits nouveaux arrivent et se font une belle place.

Des petites habitudes inavouables quand tu lis ? 

Inavouable? Je ne vois pas.

Un auteur contemporain que tu aimerais rencontrer et pourquoi ? 

Hélas mes auteurs contemporains chouchous sont morts ou ne parlent pas français. Je plaisante, j'adore rencontrer les auteurs, souvent en salon. J'ai même rencontré Charles Juliet, grâce aux blogueuses du salon de Paris 2014.

Où achètes-tu tes livres (neufs et occasion) ? 

En librairie, rarement, ma CB peut souffler. En occasion chez Emmaüs. En bourse aux livres. En salon du livre. Mais je fréquente deux biblis.

En ce moment, quel genre de littérature lis-tu le plus ? 

Souvent de la non fiction et du roman étranger, mais quelques auteurs français arrivent à se faufiler...

Un livre à la fois ou plusieurs ? 
Souvent deux, mais de genres différents. Au delà, c'est la panique.

Quelle est ta lecture en cours ? 
Je termine Nouveau monde de Jonathan Raban (prochain coup de coeur?) et viens d'attaquer La grande panne d'Hadrien Klent, reçu en SP et pas paru. (Réponse en date du 29 mars)(quand ce billet paraîtra, la réponse ne sera plus correcte)

Sur quel site communautaire en rapport avec la lecture aimes-tu aller ? 
Je suis inscrite sur Babelio et Libfly . J'y postais tous mes billets mais depuis décembre 2015 j'ai la paresse. De plus ces sites ont changé de présentation. Comme je m'y retrouve mal et n'ai pas le temps ,je ne participe pas à la communauté Babelio. De même j'ai délaissé les forums que je fréquentais au début du blog. 

Livre papier ou numérique ? 

Livre papier. Tant pis pour le poids du sac.

Quel est ton endroit préféré pour lire ? 
A peu près partout. Au lit, le soir, sur un vieux fauteuil* ou canapé, dans la journée, en salle d'attente, en train, à l'entracte d'un spectacle ou en attendant, à la caisse du supermarché, en conduisant. 

* Vieux fauteuil ayant échappé à la poubelle, idéal pour lire, mais squatté par mon loulou. La lutte est acharnée. 
et il en profite pour jouer les acrobates, l'idiot!
Reprend ce tag qui veut!

vendredi 1 avril 2016

Kyrielle Blues

Kyrielle Blues
Biefnot-Dannemark
Le castor Astral, 2016


Entre Hazebrouk et Bordeaux, la route fut parcourue et le demeure encore. Teddy, le musicien père de Nina, mais trop souvent sur les routes, l'a confiée à ses propres parents dans le nord; Nina a fait sa vie dans le sud, élevant son grand fils et pansant sans trop de réussite quelques blessures.
L'ouverture du testament de son père la conduit chez un notaire de Hazebrouk, et c'est le début de révélations qui changeront tout, pour le plus grand bonheur de ces personnages tous un peu endormis ou cabossés.

Bien sûr l'idée d'un testament inattendu n'est pas nouvelle, mais la kyrielle (celle du titre) d'objets y figurant est bien jolie et désuète parfois, et heureusement arrive une surprise (je suis bon public pour ce genre de surprises). Nos personnages vont devoir choisir, après tout une vie calme et bien rangée, c'est sécurisant (mais pas très joyeux), et quand le bonheur frappe à la porte, se lancer ou pas? On s'en doute, après quelques atermoiements, tout va se caler comme on l'espérait.

Une très jolie histoire délicatement narrée, où les personnages secondaires ont aussi une présence; les illustrations bleutées de Véronique Biefnot ajoutent à son charme.
Images prises sur le site ici.(Illustrations, extrait, bande annonce!)

Et je participe au mois belge chez Anne et Mina.