vendredi 6 octobre 2017

Blog en mode vacances

L'année dernière, plein nord, avec l'Islande et le Groenland (mais oui, les baleines jouant au pied des icebergs), cette année, plein sud, et quand je dis sud, c'est sud. Celui de l'Afrique, que l'on imagine plein de vastes paysages, de déserts, de parcs, et de bestioles plus ou moins grosses et/ou dangereuses.

Après lecture d'une citation de Farallon islands chez Kathel, j'ai même failli laisser volontairement mon appareil photo à la maison
« Les gens imaginent souvent que prendre des photos les aidera à se souvenir précisément de ce qui est arrivé. En fait, c’est le contraire. J’ai appris à laisser mon appareil au placard pour les événements importants parce que les images ont le don de remplacer mes souvenirs. »

Voyager sans appareil photo, je l'ai déjà fait, cela donne en effet une liberté incroyable. Je pars avec, finalement, mais ne tenterai pas de lutter contre l'équipement des autres, et la vastitude des paysages. Penser à regarder, prendre son temps, et savoir s'émerveiller.

En revanche, pas question de partir sans lectures!
Côté téléphone, internet, Facebook et ces trucs là, ce sera silence radio

A plus! Soyez sages.

lundi 2 octobre 2017

S'émerveiller

S'émerveiller
Belinda Cannone
Stock, 2017


Que dire de ce livre fabuleux, d'une densité incroyable, à part qu'il fut pour moi un exemple parfait d'émerveillement? Quant à mon regret de devoir le rendre à la médiathèque... (nota, attendre le poche)

S'émerveiller n'est pas se comporter en Lou ravi, on devra  " le distinguer de l'émotion devant le sublime (l'objet dont la grandeur dépasse ma capacité de le dire) et devant la merveille (l'objet extraordinaire, pour tout le monde et tout le temps, au delà de ma perception). Car le sublime et la merveille définissent le caractère de ce qui est vu et non pas le regard."

Regard, donc, "état d'être favorable" "disposition intérieure".. Permettant de "révéler une dimension secrète des choses." Avec l'envie de "faire part" si possible. D'où ce billet.

"S'émerveiller réclame non seulement de vivre dans l'instant mais aussi dans la lenteur."
"Dans le tourbillon vertigineux de la vie courante, où ils n'ont plus qu'un usage entièrement pratique, les noms ont perdu toute couleur comme une toupie prismatique qui tourne trop vite et qui semble grise" note Proust dans Le côté de Guermantes. La lenteur : ralentir pour que la toupie manifeste ses couleurs."

S’émerveiller peut se produire par la vue, mais aussi par l'écoute, tous les sens à mon avis. Parfois avec quelque délai. Importance de la lumière qui transforme le trop vu.

"La forme poétique la plus accordée à l'émerveillement modeste que je veux décrire ici, et à la disposition intime qui le suscite : le haïku. Attention au minuscule, au quotidien, au banal; sentiment vif de l'instant et de l'éphémère - quel plus bel éloge du monde simple et de la vigilance?"

J'aurais pu citer des dizaines de passages, le mieux est de savourer vous-mêmes ce livre.
J'ajouterai qu'il propose des photographies parfois anciennes fournies par l'ARDI (Association régionale pour la diffusion de l'image, implantée en Normandie, avec texte de Belinda Cannone en regard.

J'ai cherché en vain d'où me venait cette idée de lecture, j'ai trouvé, merci Papillon !

 Challenge Lire sous la contrainte  chez Philippe

vendredi 29 septembre 2017

Toxique

Toxique
Samanta Schweblin
Gallimard, 2017
Traduit par Aurore Touya


Il a suffi des  billets mystérieux et positifs de deux blogueuses pour que je me jette sur Toxique. Comme elles, je ne vais pas trop en dire (pour un roman de 120 pages, ça vaut mieux).

Amanda souffre d'une étrange maladie et raconte son histoire à un enfant nommé David, dont les propos en italique la pressent de continuer, décidant lui-même de ce qui est important ou pas. Amanda et sa petite fille Nina séjournent dans une villa d'un village isolé. Le mari de Carla, mère de David, possède un élevage de chevaux. Mais d'après Carla, David est malade, comme Amanda, comme des chevaux, des canards, et plein d'enfants du coin. Pour les soins, un hôpital, et une femme habitant une maison verte, aux méthodes étranges.
Comme l'a bien souligné Sandrine de Mes imaginaires, le roman est bâti sur des dialogues, mais avec une clarté et une fluidité sans faille.

Au fur et à mesure, le lecteur se pose des questions, David presse Amanda, sinon elle n'aura pas d'explications. Le lecteur est happé, mais c'est quoi cette mystérieuse maladie, qu'est-ce qui est vrai ou rêvé, que s'est-il passé, qui ment?

Le titre anglais, Fever Dream, semble avoir opté pour une sorte de délire de malade sur son lit (ce qui n'empêche pas que certains faits soient réels), le titre français, Toxique, cible un peu la cause de la maladie (les bidons?), le titre original, Distancia de rescate, fait allusion à une "distance de secours", "j'appelle ainsi cette distance variable qui me sépare de ma fille", par exemple "le temps qu'il me faudrait pour sortir de la voiture et courir jusqu'à Nina si elle s'élançait soudain vers la piscine et s'y jetait".

Alors mon avis? Heu j'avoue avoir du mal avec ces récits trop flous et nébuleux pour mon esprit cartésien. Ajoutons un changement de corps (si j'ai bien compris). J'ai lu le dernier quart en mode 'scanner de page', alors peut-être ai-je raté des informations. Je ne demande pas qu'on m'explique forcément tout, je veux bien me laisser balader sur des pistes fausses ou pas, j'accepte que polluer l'eau avec des produits toxiques ce n'est pas bien, mais quand je réussis à m'ennuyer sur plusieurs dizaines de pages, c'est mauvais signe. Désolée, Eva et Sandrine!

Les avis de Eva, Mes imaginaires,

mercredi 27 septembre 2017

Vers la nuit

Vers la nuit
Touching the rock, 1990
Un journal de
John Hull
Seuil, Editions du sous-sol, 2017
(Robert Laffont, 1995)
Traduit par Donatella Saulnier et Paule Vincent



John Hull (né en 1935 en Australie et décédé en 2015 à Birmingham, Royaume Uni) était professeur de théologie et chercheur. Vers la nuit, après un bref rappel de ses origines familiales, ses études et ses problèmes précoces de vision, propose un journal tenu entre 1983 et 1986, où il évoque sa cécité, considérée comme effective en 1980, après la naissance d'un de son fils Thomas. C'est absolument passionnant, mon exemplaire est bourré de post it, et je vais tenter de parler le mieux possible de ce livre vraiment riche. A vous de le lire, pour compléter ce que je pourrai en dire.

L'auteur ne classe pas vraiment ses notes, quelques idées générales reviennent, mais le tout est extrêmement vivant, répond à beaucoup de questions que ce posent les 'voyants', et n'omet pas quelques réflexions de bon aloi et attendues d'un professeur d'université, qui a su observer les changements dans sa vie, les réactions, les sensations, et proposer des considérations originales.

J'y vais en vrac, un peu comme le livre:

Quelques rêves sont relatés, oui, l'on continue à rêver en images. Juste la remarque que les visages deviennent moins précis.
Plus généralement Hull parle des visages connus, de leur évolution dans sa mémoire. Mais aussi:
"Pendant mes deux premières années de cécité, les gens pour moi se divisaient en deux groupes: ceux qui avaient un visage et ceux qui n'en avaient pas.C'était un peu comme une visite à la National Gallery. Il y a des rangées de portraits et, soudain, un vide."

"Quand on est aveugle, on se rend compte du nombre de formules faisant référence à la vue dans le langage." "Toute la structure de notre discours quotidien et ordinaire présuppose un univers voyant."

Bien sûr il utilise une canne blanche, mais possède une certaine perception des obstacles. (curieusement je comprends cela, pour lui c'est exacerbé bien sûr, mais quand je me déplace dans ma maison dans l'obscurité totale -oui, je suis bizarre- il m'arrive de m'arrêter juste avant de heurter un objet - et là j'avance les mains pour 'voir')(avec de l'habitude je pose les mains exactement où se situent les meubles).

La pluie lui permet des expériences extraordinaires." La pluie a une façon particulière de faire ressortir les contours; elle jette un voile de couleur sur des choses auparavant invisibles; une pluie régulière substitue à un monde intermittent et donc fragmenté une continuité d'expérience acoustique." La pluie fait ressortir le paysage!

Ouïe et vue
L'organe par lequel on entend (l'oreille) et ceux par lequel on se fait entendre ( le larynx et la bouche) ne sont pas les mêmes Alors que l'organe par lequel on voit et celui par lequel on est vu sont les mêmes. La vue est réciproque, tandis que l'ouïe est séquentielle."

Hull pense que l'auteur du psaume 139 était aveugle. En tout cas, il en fait une étude brillante et fascinante (pages 80 et autour)

Il a constaté que sa perception du temps a changé. "je ne peux pas me presser." "Peut-être toutes les infirmités graves provoquent-elles un rétrécissement de l'espace et un étirement du temps."

Filons, vers "Qu'est-ce qui correspond, sur le plan visuel, à la différence entre le bruit et le silence?" Après réflexions, il conclut qu'il semble que non. Puis, plus loin :  "Il est considéré comme impie de regarder Dieu mais il est permis de l'entendre. Le bruit est transcendant."

Le livre cite abondamment des expériences et rencontres avec les autres, particulièrement ses enfants, avec lesquels il peut jouer, les accompagner à l'école, etc. Parfois il lui est plus facile d'être seul pour appréhender un itinéraire.
Il se considère "comme quelqu'un qui voit de tout son corps."

J'espère vous avoir fait toucher/voir/percevoir (!) la richesse de ce livre et je suis sûre qu'à votre tour vous y trouverez des points intéressants.

Un bref avis sur babelio, parfait résumé,

lundi 25 septembre 2017

Sinon j'oublie

Sinon j'oublie
Clémentine Mélois
Grasset, 2017



Je ne me souviens plus du tout pourquoi j'ai noté ce livre dans ma liste à lire, ou plus exactement où j'en ai entendu parler. Le petit carré jaune?

Quatrième de couverture
Depuis plusieurs années, Clémentine Mélois collectionne les listes de commissions trouvées dans la rue. Chaque trouvaille est pour elle prétexte à se raconter une histoire. Qui est l’auteur ? Quels sont ses rêves, ses envies ? À partir d’une sélection de 99 listes (reproduites en image et en couleur), voici un portrait drôle et tendre d’hommes et de femmes qui se confient à la première personne, parlent de leurs vies, de nos vies. Grâce à la fiction, la réalité la plus prosaïque donne lieu à l’imagination la plus poétique.

Je n'ai absolument pas résisté à une telle présentation. Qui n'a pas un jour retrouvé une telle liste au fond de son chariot au supermarché? Qui n'en a pas établi une? Celles de clémentine Mélois ne sont pas forcément récentes (en francs!), on sent la collectionneuse.

Je m'attendais à ce que l'imagination (fertile, je confirme) de l'auteur crée une histoire en lien évident avec la liste présentée, mais non, pas forcément et peu importe. Trois lignes ou une page suffisent à entraîner le lecteur dans une histoire, quel talent! Humour, parfois poésie décalée sont au service de ces narrateurs imaginés (toutes les histoires sont en 'je') que l'on connaît, si, si, on les a tous rencontrés, ces gens là.

Quelques exemples (mais il faut toutes les lire, en grappillant éventuellement)

Christel
Ce matin, dans l'un de ces élans de bravoure qui me caractérisent parfois, prête à affronter l'effroyable vérité, je monte sur la balance. Elle dit 'Batterie faible'. Je l'ai assez bien pris.
J'ai quelques heures pour acheter des piles et perdre dix kilos."

Jérôme
"je ne suis pas le premier à le dire, mais pour draguer il n'y a rien de tel que Monsieur Bricolage. C'est gavé de femmes seules en train de galérer au rayon perceuses. Ça hésite, ça compare et ça ne sait pas quoi choisir. Alors moi, grand prince, je propose d'être leur serviteur. (...)

Enzo
Pour faire un kilo de plumes par rapport à un kilo de plomb, il doit falloir au moins dix kilos. Ou alors il faut les mouiller.

Albert
Longtemps je me suis couché de bonne heure. Mais maintenant que je suis à la retraite, c'est bien, je peux regarder les films en deuxième partie de soirée.

L'auteur
Clémentine Mélois est née en 1980. Auteur d’un recueil de pastiches de classiques de la littérature (Cent titres, Grasset 2014) et d’un traité de nihilisme pour la jeunesse (Jean-Loup fait des trucs, Les Fourmis rouges 2015). Elle est aussi l’une des « Papous » de France Culture.
(décidément, après Sophie Divry, je découvre...)

Encore!  Challenge Lire sous la contrainte  chez Philippe

vendredi 22 septembre 2017

Jusqu'à l'impensable

Jusqu'à l'impensable
The crossing
Mickael Connelly
Calmann Lévy, 2017
Traduit par robert Pépin

Harry Bosch, notre enquêteur californien préféré, s'est vu obligé de demander la retraite, il retape une vieille Harley, mais on sent que ça ne va pas lui suffire longtemps. Justement son demi-frère Mickey Haller, avocat de la défense travaillant dans une  Lincoln, s'affirme sûr que l'un de ses clients est innocent. Ce dernier, Da Quan Foster, ex-membre de gang rangé des mécaniques, est accusé d'un meurtre violent, et son ADN est retrouvé sur les lieux (y compris le corps de la victime). Haller demande l'aide de Bosch, pour qui passer du côté de la défense après toute une vie à s'acharner côté accusation est une trahison pure et simple. Il demande à réfléchir et accepte (sinon on aurait eu du mal à obtenir ce roman), considérant que si Foster est innocent, c'est qu'un misérable assassin est dans la nature, et ça, Bosch ne le supporte pas!

Bosch n'est plus en service officiellement, mais se débrouille tout de même; nous sommes aux Etats Unis, donc il a toujours une ou deux armes en sa possession. D'ex-collègues acceptent de l'aider 'sous le manteau', et finalement ne pas avoir de hiérarchie ou de collègues à gérer, ce n'est pas plus mal.

Voir Bosch éplucher un livre du crime (les pièces officielles) est un vrai bonheur, et il mettra la main sur un détail qui a son importance, détail qui fera tout basculer. Un bon opus, sans triche (le lecteur avance au même pas que Bosch)(et même un peu en avance puisqu'on suit deux flics ripoux en même temps); et sans fausse montée d'adrénaline, l'intellect et la réflexion du lecteur étant plus sollicités que ses nerfs. Redoutablement efficace et intelligent, moi ça me plait.

Les avis de

Double apostrophe, donc Challenge Lire sous la contrainte  chez Philippe




mercredi 20 septembre 2017

L'Embaumeur ou l'odieuse confession de Victor Renard

L'Embaumeur
ou l'odieuse confession de Victor Renard
Isabelle Duquesnoy
Editions de La Martinière, 2017




Fils de Johan Renard, joueur de serpent dans les cérémonies religieuses, et de Pâqueline Renard, confectionneuse de poupées, Victor Renard a connu une enfance difficile, battu par son père, injurié par sa mère. Comme sans doute bien des gamins nés en 1784. Doté d'un physique assez ingrat, il demeure un fils respectueux et obéissant, et accepte de devenir apprenti chez Monsieur Joulia, embaumeur de son état.

Présenté comme cela, l'on pressent le roman historique et/ou picaresque, ce qu'il est, et de belle façon, offrant une vision franchement parfois épouvantable du Paris de l'époque.

Question langue, la narration ne néglige pas les passés simples et le subjonctif, sans lourdeur, mêlés plaisamment avec des dialogues roboratifs, drus et imagés.

Confession, alors? Oui, notre héros, Victor Renard, est le narrateur, il s'adresse à ses accusateurs dans une tribunal, et l'on sent que son sort est scellé. Mais pourquoi? De quoi l'accuse-t-on? Comment ce type bêta, naïf, incapable de faire du mal à une mouche, s'est-il retrouve dans une geôle repoussante?

Vous le saurez en dévorant des pages parfois peu ragoûtantes sur l'art de l'embaumement et les profanations de tombes, et en découvrant les amours dudit Victor (bien sûr que je n'ai pas tout dit!), oscillant entre l'amusement et la stupeur.

Je découvre ce matin (le 21) le billet de Marie-Claude. Qui mènera vers une interview de l'auteur par books, moods and more, et le billet d'icelle,

Comme ce titre contient une apostrophe, et même deux, il participe au Challenge sous la contrainte tout nouveau chez Philippe

lundi 18 septembre 2017

Quand le diable sortit de la salle de bains

Quand le diable sortit de la salle de bains
Roman improvisé, interruptif et pas sérieux
Sophie Divry
Notabilia, Noir sur blanc, 2015


Mon intérêt pour les écrits de Sophie Divry va finir par se remarquer. Quatrième opus. Voici ce qu’elle en dit
"Chaque fois que je commence un livre, j'ai l'impression d'écrire le contraire du précédent. Mon premier texte, La cote 400, est un monologue de bibliothécaire déjantée; le deuxième, Journal d'un recommencement*, une promenade phénoménologique au cœur de l'Eglise catholique en ruines; le troisième, La condition pavillonnaire, retrace une existence parmi d'autres dans un pavillon individuel. Enfin, mon quatrième roman, (...), Chômage (titre provisoire), raconte d'une manière libre et humoristique les tribulations d’une chômeuse."
*Pas lu mais j'ai envie, miam!

Depuis, est paru Rouvrir le roman, et si j'ai bien compris, ces réflexions sur le roman ne sortent pas de nulle part. Dans Quand le diable sortit de la salle de bains, à feuilleter simplement, l'on découvre des mises en pages, des dessins, des caractères non alphabétiques, mille choses qui ont dû susciter pas mal de discussions entre l'auteur et les façonniers du bouquin, je le sens.
Voilà pour l'apparence.

Quant au contenu, ma foi, Sophie Divry ne se refuse pas grand chose. C'est sûr qu'après Tristram Shandy (cité dans Rouvrir le roman) on a les moyens de tout se permettre!

Les lecteurs épris de classicisme narratif peuvent très bien se passionner pour l'histoire de cette jeune femme dans la dèche, aux prises avec Pôle emploi, affamée réellement en attendant l'argent dû, testant des petits boulots, et retrouvant parfois la douceur du cocon familial.
Vivre quotidiennement dans la pauvreté est très bien analysé ("Quand on n'a pas d'argent, les limites ne vous lâchent jamais", ou par exemple l'arrivée de la facture d'eau)
Mention spéciale à Bertrande, la dame au grand coeur, charitable en laissant leur dignité aux personnes aidées. "De sorte que je la quittai allégée de la faim comme de la honte du quémandeur."

Mais souvent ça dérape dans le bien décalé comme j'aime.
Renoncer à se faire cuire des nouilles se nommerait le vespéropastoflemmage.
"Si je mollybloomise ce qui se disait mot à mot, cela donnerait"
La bouilloire et le grille-pain se livrent à un dialogue dans un français parfait lors d'un passage complètement barré ("reprit la baignoire en faisant claquer plusieurs fois son bouton on/off")
Plus des listes (longues parfois) de comparaisons, les hommes qu’elle n'aime pas, etc.
L'intervention d'un personnage désirant un passage chaud bouillant dans le roman (et l'auteur obtempère, écartez les enfants!)
La rencontre avec Bergounioux dans le train

Cela se sent, j'espère, le bonheur de lecture, l'enthousiasme?

Les avis de Le Bouquineur, Violette, Pr Platypus, Yv, kathel, cathulu, cuné,

vendredi 15 septembre 2017

Dans le désert

Dans le désert
Julien Blanc-Gras
Au diable vauvert, 2017


"Ecrire un livre de voyage, c'est une déclaration d'amour. On égratigne parfois, on ironise, on témoigne des saloperies ou des absurdités dont on est témoin, mais on vante surtout des charmes, on dissèque la beauté, on tente de transmettre des bouquets de sensations. On passe des mois dessus, c'est un signe d'engagement, une preuve d'affection. Si tu ne te donnes pas un minimum, petit Qatar, comment veux-tu me séduire? Tu es fermé à double tour. Montre-moi comment t'aimer. Notre histoire est partie du mauvais pied."
Map Data 2017 Google

C'est sûr, le Qatar résiste à notre voyageur. Petite consolation : il résiste aussi à ceux qui ont les bonnes cartes en main, comme ce diplomate français arabophone d'origine algérienne. Un pays moderne, riche, aseptisé j'en ai l'impression. Sa richesse provient surtout du pétrole et du gaz, richesse profitant à tous les Qataris. Pas d'impôts sur le revenu, transport, santé, éducation quasiment gratuits. Des crèches à l'université pour les enfants des étudiantes.
Le rêve? Pour les Qataris, qui en tout cas ne songent guère à se révolter. Les non Qataris n'ont pas intérêt à trop se montrer, quant aux ouvriers peu payés à construire les très très hauts immeubles, et au petit personnel dans les maisons, tant pis pour eux.
https://www.marhaba.qa/doha-film-festival-cast-call-for-qatari-actors/

Pour se changer les idées dans cette cité en noir (pour les femmes) et blanc (pour les hommes), l'auteur tente de se rendre à Bahrein, hélas peu journaliste-friendly. L'Arabie Saoudite? Même pas en rêve, ce pays ne délivre pas de visa touristique. Ce pays est à "la tête d’une commission du Conseil des droits de l'homme des Nations unies, ce qui revient peu ou prou à confier la protection de l'enfance à Marc Dutroux."

"Doha est une expérience urbaine, une cité-champignon du far-east sans saloon" (hé oui, pas d'alcool)

Enfin, heureusement, l'horizon s'éclaircit un peu pour notre voyageur dans les Emirats Arabes Unis. "Il faut s'attacher à la part de lumière de l'autre car s'attarder sur l'ombre la fait grandir."

Si vous voulez en savoir un peu plus sur ces pays pas si lointains géographiquement, suivez le guide, il s'appelle Julien Blanc-Gras, garde confiance en l'homme et son sens d' l'humour en toute occasion, y compris quand une conductrice en hijab lui fait un doigt d'honneur...

Les avis de cathulu,

mercredi 13 septembre 2017

J'aime le sexe mais je préfère la pizza

J'aime le sexe mais je préfère la pizza
Chroniques
Thomas Raphaël
Flammarion, 2017



TOUT EST VRAI annonce la quatrième de couverture. Après trois romans plutôt romantiques feel good, Thomas Raphaël passe au 'je'. Que l'on se rassure, ce trentenaire semble avoir vécu sans gros traumatismes enfantins, dans une famille aimante pourvue de cousins et d'aïeux, et être passé par des émois amoureux, bref chacun peut s'y reconnaître.

Mais alors, pourquoi lire ce livre?
Si je dis 'plein de sensibilité et d'humour', ça ne va pas suffire. Pourtant c'est la vérité. Les histoires  racontées par l'auteur, dans un ordre pas vraiment chronologique, sont transfigurées par un humour au second degré bourré d'autodérision, dont la finesse fait mouche. Parfois aussi l'on sent un petit cœur aimant et plein de sensibilité battant sous le T shirt, et le lecteur est touché. Les amours plus ou moins à éclipses, les maladies, il connaît.

Alors on s'attache, à ce petit puis grand gamin, paraissant fragile, nul en sport en dépit des efforts de ses professeurs, traversant une version très personnelle de la crise d'adolescence, jouant au loto avec sa mère, ne sachant pas résister à sa cousine Karine, survivant à deux flops au lit, et partageant une maison avec des amis et une tripotée de loirs (un grand moment, ça).

Bref, un effet Cadbury certain, j'en aurais bien repris plus long; de ces chroniques.

Le rugby
" T'es content, Thomas? Vous venez de marquer un point!
- Quel point?
- T'as pas vu? Il vient de s'aplatir au sol avec le ballon.
- Ça marque un point quand on fait ça?
- Mais bien sûr, c'est le but du jeu.
- J'ai fait pareil, tout à l'heure, vous m'avez grondé.
- Tu étais du mauvais côté du terrain.
- C'était le même côté, je vous assure.
- Ça change à la mi-temps."

"Kat m'a envoyé le regard qu'on a d'habitude pour les machines à laver dans les déménagements."

"Ma mère a serré les lèvres, hoché la tête, avant de la pencher sur le côté, comme quand on se souvient qu'on doit aimer ses enfants inconditionnellement."

Réponses à quelques questions sur le site de l'auteur.

Je confirme, The Schartz-Metterklume method est bien le titre d'une nouvelle de Saki (mon exemplaire est en anglais)
Comme ce titre contient une apostrophe, il participe au Challenge sous la contrainte tout nouveau chez Philippe

lundi 11 septembre 2017

Malentendus

Malentendus
Bertrand Leclair
Actes Sud, 2013
Un endroit où aller


"Je l'ignore, et n'en saurai jamais rien sauf à l'imaginer, moi qui sais seulement que la surdité de Julien n'a été dépistée que plusieurs mois après son premier anniversaire, qui ne sais pas même si ses parents l'ont appris ensemble ou séparément.  Tous deux étaient morts depuis des années lorsque j'ai eu vent de l'histoire de leur fils, au cours des ateliers en langue des signes que j'ai animés, l'année 2008, au sein de l'International Visual Theater, à Paris, afin d'aboutir à une pièce de théâtre bilingue qui a été créée depuis, Héritages. Et qui donc pourrait prétendre m'en dire plus? Ni celui que je nomme Julien, ni son frère ni sa soeur n'en savent davantage."

Alors que la langue des signes existe en France depuis le 18ème siècle, elle a été ensuite combattue et interdite, pour devenir seulement en fin du 20ème siècle autorisée à l'école et reconnue comme langue ensuite.

Julien Laporte, dont Malentendus raconte  (et imagine parfois) l'histoire (la liberté du romancier, page 238), a eu le malheur de naître en 1962, époque où l'on obligeait les sourds à parler une langue que jamais ils ne pourraient entendre (et même leur interdisait d'apprendre à lire et écrire avant d'être capables de s'exprimer oralement!),et d'avoir un père très strict et buté sur le sujet.

Bertrand Leclair est père d'une jeune fille sourde (16 ans dans le livre), née bien après Julien, et semblant parfaitement bien dans sa peau!

Que de souffrances durant des années dans la vie de Julien, quelles conséquences pour sa famille entière, et encore maintenant ! Bertrand Leclair offre aussi des réflexions intéressantes sur la surdité et l'obligation de la 'parole pure'. Encore maintenant différentes écoles s'affrontent sur le sujet, et j'ai bien ressenti la douleur de l'auteur face à certaines réactions.

Pas seulement informatif (rien que cela serait une raison pour le lire), ce livre est parfaitement écrit et composé, offrant une réflexion sur son écriture au fil du temps.

Les avis de Nadège,

Rétrospectivement j'ai une pensée pour un jeune homme connu il y a longtemps, sourd, à qui l'on avait appris seulement à lire sur les lèvres, et qui s'exprimait maladroitement. Au moins, de mémoire, le groupe ne le laissait pas à l'écart, mais sans bien comprendre ses difficultés... Pas de langue des signes pour lui...

vendredi 8 septembre 2017

Canada

Canada
Richard Ford
Editions de l'Olivier, 2013


Je poursuis ma découverte des romans de Richard Ford, délaissant à regret la série Frank Bascombe (le suivant à lire aurait dû rentrer à la bibli le 7 juillet...), avec ce roman ayant obtenu le prix Fémina étranger 2013.

Début de la quatrième de couverture, et du roman:
« D'abord, je vais vous raconter le hold-up que nos parents ont commis. Ensuite les meurtres, qui se sont produits plus tard. »

C'est Dell, un adolescent de quinze ans, qui raconte l'histoire, mais on se doute qu'avec Richard Ford il n'y aura pas de suspense insoutenable. Comment en est-on arrivé là? se demande le lecteur, ferré aussi par les minuscules informations distillées ici ou là, éclairant l'avenir. D'ailleurs l'histoire est racontée par un Dell bien adulte, cinquante ans plus tard. Cet été 1960, où Dell attend impatiemment la rentrée des classes, se passionnant pour les échecs et l'apiculture, semblant bien moins mûr que sa jumelle Berner, verra l'éclatement de la famille, conduira Dell vers le Canada (oui, compte-tenu du titre, ça vaut mieux), et la découverte d'un dur travail et de personnages mystérieux et qui le resteront assez. OK, on va parler de roman d'apprentissage, et la brève dernière partie, où Dell et sa sœur se revoient une dernière fois, clôt parfaitement le roman.

Comme je le disais, rien de fulgurant dans l'action, à part quelques passages, et j'ai connu quelques coups de mou, bien que tout soit finement observé et pensé. Drôle de roman, où je retrouve bien le talent de Ford, mais moins l'humour et l'ironie palpables dans la série des Frank Bascombe.

Les avis de Sans connivence, krol, ingannmic, chez babelio (141!) et lecture écriture

mercredi 6 septembre 2017

Hillbilly Elégie

Hillbilly Elégie
Hillbilly Elegy  A memoir of a Family and Culture in Crisis
J.D. Vance
Globe, 2017
Traduit par Vincent Raynaud


Au départ, je voulais en savoir plus sur ces Hillbillies (péquenots) vus par l'un d'entre eux, et puis j'aime beaucoup les éditions Globe.
Né en 1984 à Middletown, Ohio, où ses grands parents se sont installés, l'auteur a gardé des racines à Jackson, Kentucky. Le seul de son lycée à avoir fréquenté une 'bonne' université (Yale dans son cas), il est avocat et habite à San Francisco.

Déjà je ne suis pas d'accord avec la traduction péquenot, qui s'adresse plutôt au monde paysan, alors que l'auteur dit "se concentrer sur un groupe de gens que je connais - les Blancs de la classe ouvrière qui viennent des Appalaches." Le grand père a obtenu un travail correct dans une usine de Jackson, la mère était infirmière, etc. Mais peu importe, il s'agit de gens d'origine irlando-écossaise, pauvres en général (et dont l'espérance de vie est moindre que celle de l'état voisin). L'auteur ne cache rien, sa mère a enchaîné les cures de désintoxication et les maris, le foyer ou ce qui en tenait lieu était le siège de bagarres et de disputes véhémentes. Dans ces conditions, le gamin a frôlé la sortie de route, mais heureusement il a toujours été soutenu par son grand père (délivré de l'alcoolisme juste avant sa naissance) et sa grand mère, une forte femme aux méthodes parfois particulières. Avec une grande importance donnée à la poursuite d'études.

Juste avant d'intégrer une université, il est passé chez les Marines, cette expérience lui a permis de continuer ses études dans de meilleures conditions. Puis à Yale, il a réalisé qu'il lui manquait vraiment pas mal de 'codes' et a été bien aidé par sa fiancée et une professeur, Amy Chua la 'mère tigre' (pour ceux qui connaissent, n'est-ce pas, Fanja?)

Voilà une histoire intéressante, on ouvre parfois de grands yeux en découvrant le quotidien et les problèmes de ces gens; on voit évoluer leur environnement, vers plus de pauvreté et de chômage. Je n'ai pas tout suivi de l'analyse de l'auteur, c'est parfois flou et redondant, disons qu'il ne juge pas, mais parfois il serait bon de changer quelques façons de penser. Pas facile quand accuser les autres, le gouvernement, etc. ou se croire incapable est ancré en soi.

Le billet de Lea Touck Book (qui en a fait un coup de coeur) et The killer inside me (avis plus mitigé) et Nyctalopes

lundi 4 septembre 2017

The daughter of time / La fille du temps

The daughter of time
(La fille du temps, existe en poche)
Josephine Tey
Penguin Books, 1954


Truth is the daughter of time (la vérité est la fille du temps)
Francis Bacon


Il y a fort longtemps j'avais lu ce roman (et même relu) et jamais oublié le plaisir que j'en avais retiré. Jusqu'à ce que Sandrine en parle récemment, et en particulier de la passionnante émission anglaise Richard III, la fin d'une énigme. A vous d'aller scruter de près son billet fort complet.
Il me fallait donc le relire, et pourquoi pas en VO, tiens? Moins de 200 pages, je précise.

Car entre temps Richard II, Richard III et Henri VI ont croisé mon chemin grâce à Shakespeare. Oui, tous ces rois anglais plus ou moins cousins, la guerre des deux roses, bref, cette époque.
Avec dans le rôle du super méchant, du vilain plus plus plus : Richard III ! Pensez donc, il a fait assassiner ses deux jeunes neveux à la Tour de Londres!
Paul Delaroche, Les Enfants d'Édouard  (Musée du Louvre)
Mais d'où proviennent cette sinistre réputation et ces accusations? D'accord, un vrai méchant dans une tragédie shakespearienne, ça fonctionne du tonnerre, mais où Shakespeare a-t-il pris ses sources?

Et c'est là que Joséphine Tey est absolument géniale, car pour faire basculer l'opinion du lecteur peu familier d'histoire anglaise, elle utilise une méthode passionnante, celle d'une enquête menée de son lit d'hôpital par une vrai policier du Yard immobilisé par une blessure; lequel policier aura l'aide en particulier d'un jeune américain passionné, heureux de fouiner dans les livres récents et les documents d'époque.
Avec comme image de chevet, la photo de ce tableau
National Portrait Gallery, Londres
Rebondissements, recherches, explications, doutes, une vraie enquête, à plusieurs siècles de distance. Richard III est-il coupable? Et si non, qui? Pour vraiment en savoir plus, voir le billet de Sandrine.

Je précise que c'est absolument passionnant, et qu'il n'est pas besoin de s'y connaître en généalogie ou en histoire, cela reste fort clair.
Cerise sur le pudding, le tout est alerte, bien mené, et plein d'humour (british). De plus on y apprend à ne pas systématiquement croire les livres d'histoire (quelques exemples sont donnés)
Bref, une perle incontournable.

Un passage, au tout début quand les amis du malade l'inondent de livres.
"Le public parle du 'nouveau Silas Weekley ou du 'nouveau Lavinia Fitch' exactement comme d'une 'nouvelle brique' ou d'un 'nouveau coiffeur'. Ils ne disent jamais 'un nouveau livre, par' (...). Leur intérêt n'est pas dans le livre mais dans sa nouveauté. Il savent tout à fait ce que sera le livre."
Ou:
"Marta parut aussi scandalisée qu'une vie entière de théâtre et une heure de soigneux maquillage le lui permettait."
(traduction perso)

vendredi 1 septembre 2017

La vie sauvage

La vie sauvage
Thomas Gunzig
Au diable vauvert, 2017



Ayant déjà lu deux romans de l'auteur, et bien aimé, j'y allais de confiance.

Un avion qui survole l'Afrique, un crash, pas de survivants. Quoique, si, un bébé, Charles, recueilli et éduqué par Cul-Nu, l'amoureux des livres, qui lui inculquera une solide base de poésie et de littérature. Le tout dans un coin d'Afrique équatoriale bien pourvu en conflits et horreurs. Charles démarre une belle histoire d'amour avec Septembre, hélas interrompue car sa famille le retrouve et le voilà rejoignant la famille des ses oncle, tante, cousin cousine, fréquentant le lycée du coin, et découvrant le monde des ados européens, facebook et tout ça.

Bref, au début, cela s'annonçait fort bien, au point que L'Ingénu de Voltaire m'est revenu en mémoire. Usage d'une bonne plume (un poil étonnante de la part du narrateur, mais baste, il a été nourri de Baudelaire et Verlaine entre autres) et causticité à la découverte de ce monde inconnu pour lui.

Sauf qu'au tiers du roman, un doute m'assaille : 'suis-je ou pas dans un roman pour ados?'. Non que cela me gêne, j'en lis avec plaisir de temps en temps. Mais là, même si Charles n'est pas dupe des problèmes de ses camarades -parmi lesquels il s'intègre très bien- seuls eux ont droit à un regard pas forcément bienveillant mais compréhensif, alors que les adultes sont considérés comme ridicules ou haïssables. Charles se révèle être un manipulateur de première (même si cela s'insère dans l'histoire, on le comprendra) et, désolée, antipathique. Ses menées vers son but ultime sont à force cousues de fil blanc et plus ou moins crédibles. Tout lui réussit, jamais il ne doute, jamais de pitié.
Tout ça pour retrouver Septembre, son grand amour (je suis toujours rétive aux pages super sucrées, ouais).

Bon, ça c'est mon avis, sans doute suis-je passée à côté du roman, qui offre une vision réaliste du monde ado, ses soirées arrosées, la drogue, les réseaux sociaux... Qui permet de s'amuser des descriptions de ces bourgeois ou adultes bien pensants. Qui est bien fichu et découpé pour maintenir le suspense.

De plus
J'ai mené mon enquête sur Google Street View, mode Afrique et là, désolée, je ne comprends pas comment des images 100% brousse auraient pu être découvertes. Surtout dans des zones en proie aux guerres civiles et exactions habituelles dans le coin. Même Google Maps ne fait guère le job paraît-il.

Je me demande aussi dans quel état serait un tonneau bourré de papier et enterré des années dans la forêt africaine? Son contenu, en tout cas. Mais s'il est hermétique et métallique, admettons.

L'âge de Charles me paraît aussi peu clair. 13 ans quand il fait connaissance de Septembre, et ensuite 4 (ou 5?) ans se passent, en tout  cas il n'a pas 16 ans; mais à la fin 'le fait que je sois mineur ne sembla poser de problème à personne'.

Lire le monde (Belgique) chez Sandrine

mercredi 30 août 2017

L'histoire de l'amour

L'histoire de l'amour
The history of love
Nicole Krauss
Gallimard, 2006
Traduit par Bernard Hoepffner avec la collaboration de Catherine Goffaux

Mais quel roman! Il faut accepter de se laisser mener là où l'auteur le désire, bien sûr, mais quel bonheur!

A New York, Leo Gursky n'a rien oublié d'Alma, son amour d'enfance dans la Pologne des années 30. Une histoire d'amour interrompue par le départ d'Alma pour les Etats Unis, mais Leo est un survivant de la Shoah, et a pu rejoindre New York lui aussi. Le voilà qui se décide à envoyer le manuscrit de son histoire à une personne qu'il estime intéressée.

Changement de ton, avec Alma et son frère Bird. Alma sait qu'elle a été prénommée ainsi à cause du personnage d'un roman paru il y a fort longtemps, roman offert à sa mère par son père, et intitulé L'histoire de l'amour. Ces deux jeunes n'ont pas fait le deuil de leur père; pourtant Alma cherche à trouver un nouvel amour pour sa mère, alors pourquoi pas cet homme qui vient de demander à sa mère de traduire de l'espagnol ledit roman?

Et puis en Amérique du sud, il y a un bout de temps, un homme issu du même village que Léo fait paraître ce roman (L'histoire de l'amour).

Et n'oublions pas les extraits de ce fameux roman, extraits absolument splendides, avec petite mise en abyme à la fin du roman de Nicole Krauss. C'est d'ailleurs peu dire que la construction est virtuose, la temporalité savamment déconstruite, et la fin haletante. J'ai adoré ce roman souvent plein de tristesse, mais aussi d'espoir.

Les avis de DasolaEva, Papillon, enna, clara,  lecture/écriture, avec clochette, chiffonnette et Sandrine. A vous de trouver les deux avis négatifs parmi les enthousiastes!

lundi 28 août 2017

Retourner dans l'obscure vallée

Retourner dans l'obscure vallée
Volver al oscuro valle
Santiago Gamboa
Métailié, 2017
Traduit par François Gaudry

Avec ce roman au titre issu d'une citation de William Blake (L'homme devrait travailler et s'attrister, apprendre, oublier et retourner dans l'obscure vallée d'où il est venu pour reprendre sa tâche), Santiago Gamboa fait montre de sa virtuosité habituelle pour tisser les fils de plusieurs histoires:

Appelé urgemment à Madrid, le narrateur, écrivain, ex-consul, bref ayant pas mal de points communs avec Gamboa, trouve une ville en état de siège suite à une prise d'otages à ambassade d'Irlande par Boko Haram.
Manuela Beltran confie à une psychologue les détails de sa vie mal engagée dès l'enfance, mais illuminée par la poésie âpre qu'elle écrit.
Un mystérieux argentin se pensant fils du pape, violent et un peu fêlé, narre cela au 'consul'.
Et comme le consul est fasciné par Rimbaud, à ses yeux le plus grand poète français, ses carnets passionnants à lire donnent à connaître quelle fut sa vie.

Mais où veut-il nous mener? Question au départ, vite rejetée en arrière plan, et puis les réponses arrivent, tout est bien ficelé, oui, même Rimbaud se justifie là-dedans, tous les personnages aussi, et même le titre. Très fort!

Nous sommes dans notre monde actuel, avec attentats, migrants en Méditerranée, trafiquants de drogue, particulièrement la Colombie et les FARC. Avec parfois une impression de léger décalage. Des passages difficiles, je préviens, mais justifiés pleinement.

"Crier dans ce sacro-saint téléphone portable paraissait un passe-temps national, peut-être pour tenir à tout prix à distance un ennuyeux silence, comme si se taire mettait en danger l'existence même et était une façon de se soumettre ou de boiter, et qu'imposer son bavardage et ses propos stupides aux autres était un nouveau droit de l'homme. Le silence est-il démodé, caduc, aboli?"

"Le niveau sonore des journaux télévisés et des émissions de débats baissa et la vie reprit son cours normal. (...) les experts eurent bientôt de nouvelles affaires urgentes à se mettre sous la dent : les blessures des footballeurs préférés du monde occidental ou la romance de la décennie entre un prix Nobel de littérature et une femme de la jet-set, quand ils étaient d'humeur frivole, ou les embarcations africaines qui continuaient de partir la nuit et chaviraient en haute mer avec des centaines de passagers livrés à l'abîme, quand ils optaient pour des sujets plus tragiques. Et bien sûr, les scandales financiers, toujours à portée de main, ou les aspirations à l'indépendance de régions européennes qui voulaient se séparer de leurs frères pauvres."

vendredi 25 août 2017

Le livre que je ne voulais pas écrire

Le livre que je ne voulais pas écrire
Erwan Larher
Quidam éditeur, 2017




Pour les lecteurs vigilants ayant remarqué les remerciements de l'auteur à la toute fin de Marguerite n'aime pas ses fesses (quoi, vous n'avez pas lu ce roman, hors de ma vue, manants!), les événements principaux de ce nouvel opus ne seront pas une surprise. (nota : je reste fidèle à l'orthographe événement)

Incipit : "Tu écoutes du rock. Du rock barbelé de guitares et de colère. Depuis la préadolescence." (nota: ma came c'est le baroque sur instruments anciens mais côté lecture je sais sortir de ma zone de confort)
Cet amour pour le rock mènera notre auteur à travailler dans ce milieu ... et à acheter un billet pour le concert des Eagles of Death Metal le 13 novembre 2015.

Dans ses précédents romans Erwan Larher laissait transparaître ses coups de coeur, détestations et opinions, tout en faisant preuve d’une belle imagination. Cette fois, on attaque le vécu.

Mais gare! Avant le 13 novembre, on avait un auteur talentueux et un type bien, et après, pareil.(Le seul changement notable c'est qu'il accepte (et utilise) les petits cœurs sur Facebook, quoique je doute que le stade 'petits chatons mignons' sera jamais atteint) (faut pas pousser non plus)))

Ce billet fera donc preuve d'un manque d'objectivité total et vire déjà sévèrement vers le foutraque. Reprenons-nous.
L'auteur aurait pu raconter son histoire façon victime, avec violons et pas mal de pathos. Non. Même qu'on rigole parfois. Autodérision jamais bien loin.
Il aurait pu séparer: les méchants c'est ici, les gentils, c'est là. Toujours non. Si, il y a quand même les moments poignants avec gentils, ce sont les pompiers, ambulanciers, médecins, chirurgiens, infirmiers, kinés, etc. à qui il rend un vibrant hommage. Aux amis aussi.

Ce n'est donc pas un livre dessus, mais un livre autour, à l'intérieur et à l'extérieur à la fois, une véritable oeuvre littéraire. Qui ne devait pas exister; mais un couple d'amis a insisté et remporté le morceau. Ensuite, quelle forme donner? Cette gestation du livre est franchement très intéressante.
"Pour t'extraire de toi, désorienter tes questions, leurrer tes doutes, tu as demandé à d'autres de te donner un texte. Quelques très proches et moins proches. Regards extérieurs. Points de vue autres que le tien. Beaucoup ont accepté.
Fin juillet [2016], entravé, tu suffoques de mots internes sans colonne vertébrale, de phrases déboussolées; qui s'agglutinent littéralement sans queue ni tête. Les personnages sont là, certes, les péripéties aussi, mais l'intrigue? La progression narrative? Peut-on écrire un livre sans? Que va devenir notre héros? On sait déjà qu'il s'en sort. Est-il possible de faire tenir debout une histoire qui n'irait pas d'un point A à un point B. Parce que si celle-là a un début, elle n'a pas de fin. Alors que tout livre a une dernière page, non?
Et puis, au mitan de l'été, elle te tombe dessus, la fin. La plus belle possible. La fin ultime."

Depuis 2010, de salon en salon (off ou pas), je rencontre Erwan Larher, et dévore ses romans. Je suis une lectrice capable d'être émue, quitte à se blinder, mais qui fonctionne aussi pas mal avec sa tête. Au départ j'avais un peu peur de m'y lancer, dans ce livre; oui, je connaissais les grandes lignes de l'histoire, avec ce fil Facebook évoqué dans le récit - je me demande ce qu'est devenu le nounours, tiens- bref je craignais une curiosité malsaine et un peu de voyeurisme de ma part.
Ouf, non, pas du tout.

Ce fichu bon bouquin va plus loin et fait réfléchir (voir par exemple p 89 l'adresse à Iblis), ne contient pas un gramme de haine, sait demeurer pudique en dépit de tout (p 249, le lecteur ne saura rien, et tant mieux) et ne se lâche pas surtout grâce à un découpage dynamique, les points de vues variés, et l'écriture de l'auteur, y compris son vocabulaire étendu (j'adore, il est le premier à se moquer de son appétence pour le mot irréfragable p 248 - mais deux occurrences auparavant dans le livre)

Les avis de

mercredi 23 août 2017

La petite femelle

La petite femelle
Philippe Jaenada
Julliard, 2015


Mais quelle lectrice idiote je suis parfois! Tenez, Jaenada, j'ai aimé les deux bouquins que j'ai lus de lui, dans sa veine un poil autobiographique mais romancée. J'adore ses digressions et ses parenthèses. Bref, sans doute pour faire durer, je repousse la lecture de ses autres romans. Je précise que j'ai rencontré trois fois l'auteur, et possède deux livres dédicacés. Alors je me suis secouée, ai emprunté deux romans à la bibli et plongé dans La petite femelle.  Et c'est mieux que drôlement bien.

Au départ j'avais une très très vague idée de l'histoire de Pauline Dubuisson, et finalement c'est préférable. Je dirai donc juste qu'élevée par une mère assez absente tout en étant présente, et un père qui voulait la modeler (la lecture de Nietzsche avant douze ans, quand même), elle fréquente des allemands pendant la guerre (déjà fréquentés par son père), subit les représailles de courageux résistants de la vraiment dernière heure préférant s'en prendre prudemment à des jeunes filles, puis commence à Lille des études de médecine. La voie toute tracée de la bonne épouse, pas son truc. Mais elle possède un coeur, ses amours sont assez tumultueuses, et elle  est accusée d'avoir abattu un ex peut-être pas tout à fait ex.
L'affaire a défrayé la chronique et des années après continue de remplir des pages.
Alors Jaenada a remonté ses manches, s'est dit 'trop c'est trop', a plongé dans les archives et les documents et s'est lancé dans un palpitant pavé (merci à lui).

Donc, il enquête, argumente, réfléchit, compare, usant de bon sens et de logique, mais surtout des documents compulsés, sans que jamais ce ne soit lourdingue. N'oubliant pas de rappeler brièvement ou pas des faits d'époque, histoire de camper le décor. Par exemple Dunkerque pendant la guerre (et même après l'armistice, incroyable, la ville n'a été libérée que le 9 mai 1945, et Pauline y était encore!). Ou les prisons pour femmes dans les années 50.
En attendant que les portes de la prison se referment sur elle, Pauline (qui voulait qu'on l'appelle Paulette, comme quoi les prénoms, des goûts et des couleurs, et des modes...) a droit à un procès bien tendancieux et bâclé, 'défendue' par un avocat sympathique mais ne faisant pas le poids face à celui de l'accusation, dans une atmosphère hystérique entretenue par les journaux (et Jaenada n'est pas tendre avec certaine journaliste). Rappelons qu'à l'époque la peine de mort existait encore, même pour les femmes (merci Pétain). Bref, le sang bout quand on découvre certains écrits et propos biaisés, la mise sous silence de faits favorables à l'accusée, etc.

Jaenada est parfaitement convaincant et honnête dans sa présentation et défense de Pauline (s'il imagine, il le dit, et en fait c'est rare). Il démonte aussi l'histoire du viol, apparu des années après. Ses parenthèses et digressions apportent un poil d'humour ironique bienvenu pour souffler un peu. Merci.

Quelques passages
Une enquête sur Pauline : "Elle aimait beaucoup la musique classique, ce qui ne l'empêchait pas de faire admirablement bien la cuisine, de confectionner des robes et d'arranger son intérieur avec beaucoup de goût". Toute une époque, quoi.

Tiens, le roman de 2017? "Maître Maurice Garçon (qui a défendu avec succès, parmi beaucoup d'autres, Henri Girard, Georges Arnaud de son nom de plume, l'auteur du salaire de la peur (...) accusé d'avoir assassiné, à la serpe, son père, sa tante et leur femme de ménage, dans leur château d'Escoire, en Dordogne - c'est une affaire passionnante et mystérieuse ; il sera acquitté après dix minutes de délibération).
Et là, tiens, quand le jeune Modiano croise Pauline? "Il en parlera encore à cinquante-huit ans, à soixante-cinq ans aussi, et à soixante-neuf toujours, après son prix Nobel. "

Et je m'amuse à croiser page 668 Julien Blanc-Gras, dit Va-Partout.

Les avis de Sandrine, athalie, brize, eimelle, lecture  écriture (claudia lucia)

Plus de 700 pages, donc éligible pour le Pavé de l'été chez Brize. Lien vers page récapitulative

lundi 21 août 2017

Le territoire des barbares

Le territoire des barbares
El coracon del tartaro
Rosa Montero
suites Métailié, 2004
Traduit par André Gabastou


"Le pardon d'un être bon suffisait. L'existence d'un juste suffisait pour que la ville échappe à la pluie de feu."

Mon 'dernier' Rosa Montero, en attendant la traduction d'un autre ou l'apprentissage éclair de l'espagnol. Mais un ancien, en fait paru au début des années 2000. Déjà l'univers de l'auteur et son talent de conteuse sont bien présents.

Zarza mène une vie étriquée, mais quasi normale, travaillant comme éditrice et correctrice dans une maison d'édition, rayon romans médiévaux. Un matin le passé refait surface, un coup de téléphone "Je t'ai retrouvée". Elle fuit, en vain, elle est pistée. Comme une mouche se cognant à une vitre, elle parcourt la ville, retrouvant ceux qu'elle avait fréquentés du temps de la Blanche et de la Tour, poursuivie par ce correspondant matinal.

Une ville, une seule journée, pour Zarza qui devra enfin affronter ses peurs et ses culpabilités. Ses souvenirs d'ailleurs sont-ils réels?

Bref, à lire.

Les avis de violette, philisine, luocine,

vendredi 18 août 2017

L'homme qui s'envola

L'homme qui s'envola
Antoine Bello
Gallimard, 2017

Conversation avec ma voisine dans sa voiture. Et vous lisez quoi actuellement? - Oh une histoire un homme qui disparaît qui s'envole. - Ha bon? Oh mais je vois ce que c'est, je voulais le lire, celui-ci. - Pas de souci, je l'ai emprunté à la bibliothèque [de la banlieue où elle réside principalement], je vous le passe à condition que vous l'ayez terminé avant fin août. [Deux jours plus tard, lu!]

Tout a réussi à Walker. Il a tout : une famille aimante, Sarah son épouse et trois enfants, un métier passionnant, et beaucoup beaucoup d'argent. A quarante trois ans, que demander de plus? Eh bien, du temps, du temps. Il fait tout pour en gagner, se démène, jongle entre vie familiale et professionnelle, mais il n'est pas heureux, il étouffe, il veut se libérer. Il décide de tout laisser derrière lui (sauf un paquet d'argent, faut bien vivre) et met en scène sa disparition dans un accident d'avion.

On est à un petit tiers du roman et on se doute que (spoiler : ah ben non, vous croyez que je vais révéler quoi que ce soit?). Là j'ai commis l'erreur de me tourner vers la quatrième de couverture, qui, soupirs, en raconte bien trop à mon goût, mais sans dévoiler toutes les surprises attendant le lecteur.

J'ai englouti ce roman à vitesse record, terminant à plus de 23 heures (ceux qui me connaissent savent que c'est un super critère de page turner!). Le démarrage est peut-être un peu longuet, je n'avais pas d'empathie particulière pour Walker, d'ailleurs en règle générale l'auteur fournit plus de cérébral que de sentimental, ce qui ne me déplaît pas, mais donne parfois une certaine raideur au tout.
Mais une fois la disparition dans les rails, on ne lâche pas, et je peux assurer que c'est extrêmement bien goupillé et raconté, même on s'amuse un peu, dans une sorte de duel (référence au film Duellistes, à un moment), on apprend plein de choses techniques.
Bref, c'est une lecture plaisante, et on se surprend à rêver de changer de vie, pourquoi pas? (envoyer les dons sur le compte n° machin, ça m'aidera)

Les avis de krolpapillon, cuné, motspourmots, qui ont choisi d'en dire un peu plus, mais curieusement j'avais déjà oublié certain détail. Heureusement, car pour ce genre de roman je préfère ne rien savoir (je lis Bello de confiance, systématiquement)

mercredi 16 août 2017

Vargas, jusqu'au bout! (quand sort la recluse)

Cet été 2017 fut consacré (en partie) à une lubie Vargas, à savoir reprendre là où je m'étais arrêtée (Sous les vents de Neptune) et continuer jusqu'au dernier paru. Avec risque de fatigue ou de déception.
Hé bien non.

Temps glaciaires
Fred Vargas
Flammarion, 2015


Pour mémoire, un petit tour en Islande et dans la Révolution Française. Bien bidouillé comme intrigue. Mais comme d'habitude c'est l'ambiance dans la Brigade imaginée par Fred Vargas qui compte, les dialogues fous, les tensions, les errements, un poil de hasard quand même pour résoudre les mystères, les pommes paillasson (recette secrète), un sanglier, de la peur, de la folie...

Et enfin, libéré de la pile des résas par une bibliothécaire qui doit avoir confiance en ma vitesse de lecture (et l'autre usager avait déjà une autre résa), voici la fameuse recluse, dans le peloton de tête des lectures actuelles à en croire les magazines:

Quand sort la recluse
Fred Vargas
Flammarion, 2017

Avec cinq Vargas au compteur estival (no comment, merci ^_^), je commence à discerner quelques constantes. D'abord on est tout de suite bien accueilli dans cette Brigade un peu spéciale, avec rappel de ses particularités, l'ichtyologue, le spécialiste du café, les cheveux de Veyrenc, l'hypersomniaque, et La Boule, Adamsberg et ses méthodes parfois borderline. Souvent du mystère datant de plusieurs siècles, de l'incompréhensible, des traditions obscurantistes. Un poil d'histoire, un rien de sciences voire d'archéologie (nota : Vargas est 'archéozoologue et médiéviste'), des dialogues au cordeau, des déambulations d'où jaillissant les idées, des tensions voire des trahisons (?) au sein de la Brigade, les idées bulles remontant en tête, un poil de hasard, et finalement un ton et une originalité addictives.

Dans ce volume, deux micro enquêtes histoire de chauffer les neurones du commissaire,  mais on repart vite sur des séries de crimes, et comme dans Temps glaciaires, la résolution de l'affaire fera gravement tanguer le lecteur en l'emmenant au plus profond de l'abominable.

Présumée coupable : la recluse, une araignée discrète et peureuse, mais qui peut devenir une arme redoutable, sa morsure ne faisant pas de cadeau...

"Faudra trois paires de menottes quand on tiendra le tueur, dt Noël en ricanant. Une pour chaque paire de pattes.
- Quatre paires de menottes, Noël, rectifia Adamsberg. Elles ont huit pattes."

Les morts suite aux morsures se suivent, se ressemblent, Adamsberg a du mal à convaincre qu'il s'agit de meurtres, puis des liens apparaissent entre les morts, mais il doit par ailleurs affronter des souvenirs enfuis.

Les amateurs d'atmosphère décalée se réjouiront de savoir qu'on ne dit pas de Balzac qu'il ne s'est pas foulé (p 23) et apprécieront les efforts de la Brigade pour nourrir des petits merles fraîchement éclos (p 297).

En conclusion : ce dernier opus est de bonne facture; je lis peu de polars récents et manque de points de comparaison. Mais j'ai fini par fatiguer des ambiances volontairement oppressantes, des passages dédiés aux ressentis des victimes ou des assassins, alors que là, on se fixe sur Adamsberg et ses méthodes parfois embrumées, et c'est bien mieux pour les nerfs.
Juste signaler que j'ai deviné l'identité du coupable avant la fin, c'est rare, mais après six romans, forcément, on a plus de flair.

Avis nombreux, parmi lesquels Papillon, cathulu, delphine, brize, dasola, fanja, Mrs pepys, glaz, actu du noir, d'autres vies que la mienne,

Incroyable : on en parlait au JT du 13 août 2017... (de l'araignée)
http://www.francetvinfo.fr/animaux/araignees-le-retour-de-la-recluse-brune_2326257.html

lundi 14 août 2017

Quarante tentatives pour trouver l'homme de sa vie

Quarante tentatives pour trouver l'homme de sa vie
Rachel Corenblit
la brune au Rouergue, 2015


Note liminaire: ce n'est pas du tout du tout de la chick lit classique, peut-être même pas de la chick lit.

A presque quarante ans, Lucie connaît des ami(e)s, un ex, Pascal, quitté après quinze années, l'ex d'une copine, Romuald, des collègues, des parents d'élèves, un caissier de supérette, des cousins plus ou moins éloignés; elle sort, en boîte, en club de vacances, en club de gym, à la piscine, chez la voisine, chez les amis ou chez elle sur site de rencontre..
Bref, elle bouge, elle imagine, elle essaie, mais rien à faire, l'homme de sa vie, où se cache-t-il?

Alors quand même on rit (mais souvent jaune) , c'est parfois cruel, émouvant plus rarement. Un poil désespérant, je vous préviens, les filles. Des chapitres courts, avec parfois un chapitre 'plus' pour détailler (ça j'aime bien), une sorte de fil directeur, mais dans l'ensemble c'est assez indépendant. Un portrait pas très réjouissant d'une certaine solitude.

Les avis de clara, cathulu, céline, sunalee,

vendredi 11 août 2017

L'usage du monde

L'usage du monde
Nicolas Bouvier
Dessins de Thierry Vernet
Petite bibliothèque Payot Voyageurs, 1995
Paru en 1963 (Librairie Droz)



Récit mythique, récit de voyage, bien plus encore. En 1953 et 1954, deux jeunes amis, à bord d'une vieille Fiat retapée, se retrouvent dans les Balkans, et à partir de là, prévoient "la Turquie, l'Iran, l'Inde, plus loin peut-être. Nous avions deux ans devant nous et de l'argent pour quatre mois. Le programme était vague, mais dans de telles affaires, l'essentiel est de partir." "Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. On croit qu'on va faire un  voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait."
Ils comptent vivre de l'écriture, articles aux journaux locaux, conférences, cours de langue- pour Nicolas Bouvier, ou de peinture- pour Thierry Vernet.

Récit fabuleux, plus de soixante ans ont passé, la Yougoslavie a explosé, et inutile de raconter la Turquie, L'Iran, l'Afghanistan. Quoique, quand je sors d'un rêve jaloux, mis à part ce dernier pays, tout demeure possible (et je sais que les Afghans arrivant en Europe, justement, ont traversé la frontière pour se rendre d'abord en Iran)

Tâchons de nous concentrer sur le récit de Nicolas Bouvier. Déplorons l’absence d'une carte du trajet, qui m'a obligée à fouiner dans mes atlas. A part ça, on y est : odeurs, couleurs, impressions, ambiances!
Mais depuis j'ai trouvé cela , et finalement rêvasser sur les noms des villes sans trop les situer, ce n'est pas plus mal...

Grèce "Les poissons frits brillent comme des lingots dans nos assiettes, puis le soleil s'abîme derrière une mer violette en tirant à lui toutes les couleurs."

Turquie : "L'admirable mosquée de bois où vous trouveriez justement ce que vous êtes venu chercher, ils ne penseront pas à la montrer, parce qu'on est moins sensible à ce qu'on a qu'à ce dont on manque."

Tabriz, où ils passeront l'hiver
"Jamais le travail n'est si séduisant que lorsqu'on est sur le point de s'y mettre.; on le plantait donc là pour découvrir la ville."
(communauté arménienne à Tabriz) "le dimanche à l'église, on chantait tout naturellement à quatre voix: depuis le temps qu'ils se connaissaient, on savait bien que le clan des Arzrouni donnait plutôt des basses, et que les Mangassarian étaient dans les ténors."

Tabriz toujours, avec les Américains désireux de construire des écoles. "Les cadeaux ne sont pas toujours faciles à faire quand les 'enfants' ont cinq mille ans de plus que Santa Claus."

Iran "Moi, ce qui m'y frappe le plus, c'est que l'état lamentable des affaires publiques affecte si peu les vertus privées. A se demander si, dans une certaine mesure, il ne les stimule pas. Ici, où tout va de travers, nos avons trouvé plus d'hospitalité, de bienveillance, de délicatesse et de concours que deux Persans en voyage n'en pourraient attendre de ma ville où pourtant tout marche bien."
Ispahan, photo perso, et franchement, soupirs...
Le Baloutchistan (je place cela entre l'Iran et l'Afghanistan, quoique techniquement en Iran)
"Le Baloutch est plutôt sûr de lui. Son aisance morale éclate dans ce sourire qui flotte à hauteur de barbe et dans le drapé de hardes toujours propres. Il est très hospitalier et rarement importun. Par exemple, ils ne se mettent pas à cinquante pour ricaner bêtement autour d'un étranger qui change sa roue; au contraire, ils offrent du thé et des prunes puis vont chercher un interprète et vous harassent de questions pertinentes.
Pas follement épris de travail, ils se livrent volontiers à la contrebande sur les confins persans, et tirent des fusées vertes pour attirer les merveilleuses patrouilles du Chagaï Frontier Corps pendant que les sacs changent de main sous l’œil de dieu à l'autre bout du désert."

Frontière afghane, justement : "Nos visas étaient expirés depuis six semaines. Il l'avait déjà remarqué sans en être autrement ému. En Asie on ne tient pas l’horaire, et puis, pourquoi nous refuser en août ce passage qu'on nous accordait pour juin? En deux mois, l’homme change si peu."

Plus loin "Il faut un passeport de la police de Kaboul.(...) Ce permis est souvent refusé; mais lorsqu'on lui fournit une raison simple, évidente et qui lui parle -voir du pays, vagabonder - la police est bonne fille. (...) En ajoutant que je n'étais pas pressé, j'ai obtenu mon permis tout de suite."

On l'aura compris, j'ai adoré ce récit, admirablement écrit. Signalons que de belles notions de mécanique (et de la patience!) ont été bien utiles à nos deux voyageurs...

Un incontournable, qui sera prolongé ou accompagné par L'oeil du voyageur, paru chez Hoebeke.
où les photographies de Bouvier prises lors du voyage accompagnent des textes dont certains ont été retravaillés pour L'usage du monde, en tout cas c'est l'impression que j'ai eue à la lecture. Une partie en Inde, qui complète fort bien L'usage du monde.
Présentation d'Olivier Barrot.

Lire le monde (Suisse) chez Sandrine