lundi 26 juin 2017

A glass of blessings (oui, Pym, encore)

A glass of blessings
Une corne d'abondance
Barbara Pym
Virago Press, 2009
Paru en 1958

Au départ pour ce mois anglais je voulais, comme l'année dernière, livrer deux Pym dans un billet et voilà. Mais c'est teeeeeeeellement bien (et bientôt je n'en aurai plus à lire) que je me permets d'insister. J'essaie de les lire dans l'ordre, et ainsi je découvre qu'elle s'amuse à glisser au détour d'une phrase des nouvelles d'un de ses personnages, par exemple Napier d'Excellent Women (les deux amies de A glass of blessings, à l'époque où elles étaient Wrens en Italie, étaient tombées sous son charme), Prudence de Jane et Prudence et surtout Catherine de Less than angels.

"  'I wonder why it is that one can never reade a serious book at the hairdresser's?' I asked. 'Does the actual haircutting and shampooing do something to one's brain - shrivel in some way?'
'You mean you'd like to think of yourself reading Proust or a book about archeology? 'Rowena asked. 'Yes, it's a strange thing. Here we seat capable only of turning the pages of these magazines, reaing snippets about the Royal Family or looking at pictures of clothes and society goings-on - not even reading the stories. Sunday Evening, by Catherine Oliphant', she read out. 'It begins rather well with a young man and girl holding hands in a Greek restaurant, watched by the man's former mistress -unknown to them, of course.'
'But what a far-fetched situation', I protested. 'As if it would happen like that! Still, it must be dreadful to have to write fiction. Do you suppose Catherine Oluphant drew it from her own experience of life?'
Rowena laughed. 'Ishould hardly think so! She's probably an elderly sponster living in a boarding-house in Eastbourne -or she may even be a man. One never knows.' "

Mais passons au roman, même si le passage précédent est un excellent exemple de ce qui fait entre autres  le charme de Barbara Pym, à savoir ces petites remarques au coin d'un paragraphe. Sans tout traduire, il s'agit de réfléchir aux lectures chez le coiffeur... Pas Proust, mais des magazines people...

Pour changer, Pym a choisi une narratrice, Wilmet Forsyth, la trentaine, ex Wren en Italie donc, où elle a rencontré son mari Rodney. Un mariage semblant assez plan plan, avec petite bonne, et la mère de Rodney propriétaire de leur maison. Ne rien imaginer, cette belle-mère est sympathique, moderne et a son franc parler.

Comment s'occuper? Un pied dans la paroisse mais pas trop, du shopping et des sorties, des papotages avec Rowena, une amie à laquelle la lie une amitié sincère et résistante, mais Rowena a trois enfants et habite un peu loin; prendre le thé ou un repas avec le mari de Rowena (en tout bien tout honneur!), ou s'intéresser à Piers, le frère célibataire de Rowena (juste pour être utile, hein!), ainsi qu'au au groupe de prêtres (anglo-catholiques) de sa paroisse (et là on s'amuse bien)

Wilmet n'est pas antipathique, même si elle se sent un peu supérieure à ces pauvres autres femmes. Parfois cependant le vernis craque, par exemple quand elle contemple ses mains nettes et celles des autres, usées par le mille tâches quotidiennes, ou quand elle aide Mary à choisir une robe seyante, Mary qui, reconnaît-elle, utilise le peu d'argent qu'elle possède de façon moins égocentrique qu'elle-même ("the contrast was an unconfortable one and I didn't wish to dwell on it")(elle voit le contraste mais ne veut pas s'y appesantir) ou quand elle observe Miss Limpsett, une collègue de son mari.

Tout ce petit monde évolue sous nos yeux, pour notre plus grand plaisir, c'est vif, bien croqué, absolument sans longueur; j'avoue avoir pris aussi du plaisir à voir quelques attentes de Wilmet un peu déçues (ah Piers!!!) et  mon petit coeur a aimé le happy end pour Mary.

On boit pas mal d'alcool là-dedans, pour changer, mais tea first!
"I have often noticed that preoccupation with teapots is a good way of covering embarrassement." (s'occuper des théières est un bon moyen de camoufler l'embarras)

"Do you know, Wilmet -the dark eyes looked so seriously into mine that I wondered what horror was going to be revealed next - he hadn't even got a teapot?
Goodness! How did he make tea, then?
He didn't - he never make tea! Juste fancy!"
(l'horreur suprême, Piers ne possédait pas de théière)(et Pym est drôlement maligne et moderne, le bouquin date de 1958 -non, je ne parle pas de théière, là -lisez le roman)

Mois anglais chez lou et cryssilda
Pour les fans, voici une liste (merci wikipedia)
  • Comme une gazelle apprivoisée (Some Tame Gazelle) (1950)
  • Des femmes remarquables (Excellent Women) (1952)
  • Jane et Prudence (Jane and Prudence) (1953)
  • Moins que les anges (Less than Angels) (1955)
  • Une corne d'abondance (A Glass of Blessings) (1958)
  • Les ingratitudes de l'amour (No Fond Return Of Love) (1961)
  • Quatuor d'automne (Quartet in Autumn) (1977)
  • La Douce colombe est morte (The Sweet Dove Died) (1978)
  • Un brin de verdure (A Few Green Leaves) (1980)
  • Adam et Cassandra (Civil To Strangers) (écrit en 1936, publication posthume en 1987)
  • Crampton Hodnet [Id.] (roman écrit vers 1940, publication posthume en 1985)
  • Une demoiselle comme il faut (An Unsuitable Attachment) (écrit en 1963, publication posthume en 1982)
  • Une question purement académique (An Academic Question) (écrit en 1970-1972, publication posthume en 1986)

vendredi 23 juin 2017

L'invitation à la vie conjugale

L'invitation à la vie conjugale
Invitation to the Maried Life
Angela Huth
Quai voltaire, 1998
Traduit par Christine Armandet et Anne Bruneau



J'avais sur cet auteur un a priori plein de neutralité calme, genre c'est sympa sans plus. Mais, mois anglais, oblige, c'était le moment de tester. Alors?

Toby Farthingoe passe ses journées à créer des programmes dans son bureau en haut de sa vaste demeure, et ses nuits à guetter les blaireaux dans le jardin, ce qui laisse son épouse Frances esseulée. Il va falloir aussi qu’elle saisisse que Ralph, dont elle est éprise, ne l'aime plus depuis longtemps. Ralph, lui, est éperdument amoureux d'Ursula, qui avec Martin Knox forme un beau couple heureux. Les parents d'Ursula, Mary et Bill, mariés de puis des décennies, forment un couple attachant et soudé. Rachel et Thomas Arkwright , ne s'entendent plus trop, Thomas ayant des aventures de ci delà.
Tous ce monde (et bien d'autres), vont se retrouver quelques mois plus tard dans la propriété de Farthingoe pour une magnifique réception!

On peut avoir l'impression d'avoir déjà lu cent fois de telles histoires, mais croyez-moi, il y a la touche Angela Huth qui transforme tout. Quelle idée fabuleuse de donner à Rachel l'envie et la possibilité de dormir des heures dans sa chambre l'après-midi, son petit plaisir secret! (le bonheur) Ses personnages ne sont pas forcément aimables, mais elle les rend ainsi, avec leurs faiblesses, leurs remords. Mille petits détails montrent l'amour entre mari et femme (s'il est vivace) ou bien les petites étincelles vivotant encore, même s'il ne s'agit peut-être que d'affection sans passion aucune, juste être gentil. Il y a l'ironie de la vie, avec les rencontres ou les retrouvailles de tous, pas de méchanceté, et cela se lit avec un immense plaisir.

Les avis d'Antigone, sur Lecture Ecriture,

Dans le mois anglais chez Lou et Cryssilda

mercredi 21 juin 2017

Les exilés du Paradis

Les exilés du Paradis
Brigitte Adès
Portaparole, 2017



L'auteur est journaliste (pour faire court, et voir le site), et connaît bien les thèmes présents dans ce roman.

A 24 ans, Farhad, issu d'une famille iranienne aisée ayant dû s'exiler, termine de brillantes études aux Etats-Unis, pour lesquelles il mène des recherches en Iran et en Angleterre. En Iran et particulièrement à Téhéran et Ispahan, il renoue avec ses racines, ramenant un vieux manuscrit familial sur l'histoire de la secte des Assassins, dont les agissements peuvent rappeler celui des terroristes actuels. En Angleterre, il va retrouver Réza, son ami d'enfance, engagé par une fondation finançant discrètement des mouvements intégristes. Réza en est-il conscient?
Par ailleurs Farhad organise des groupes de réflexion pour les musulmans d'Angleterre ignorant le contenu du Coran, espérant que la connaissance sera le rempart des dérives.

Au travers du roman se dessinent les problèmes posés aux exilés ("désormais il avait le choix entre n'être jamais à l'aise nulle part ou s'efforcer d'être bien partout") et les réponses différents données aux communautarismes, en Angleterre et en France notamment. Des réflexions  tout à fait d'actualité, particulièrement au vu des événements récents en Angleterre.

Un roman utile donc pour prendre conscience des difficultés des immigrants en Angleterre (Pakistanais, etc.). La lutte de Farhad serait-elle réalisable en réalité? Existe-t-elle déjà? Je l'ignore, c'est peut-être une piste. Voilà pour le fond, très intéressant.

La forme romanesque est sans doute un bon moyen de présenter des idées, mais j'ai eu du mal à saisir Farhad, pour lequel tout se déroule trop bien et trop vite. Rencontres, rendez-vous, cela va vite, cela réussit. En peu de temps. Même les trois 'terroristes' pressentis abandonnent bien vite leur place.
L'objet livre lui-même est très soigné, avec les rabats, le papier crème et une jolie couverture évoquant la mythologie perse; c'est donc dommage qu'il y ait quelques imperfections, virgules un poil aléatoires parfois et un 'il se rongeait le sang' qui m'a étonnée.

"Le mot 'paradis' venait de 'pairidaeza', un ancien mot perse qui signifiait jardin."


lundi 19 juin 2017

Where Angels Fear to Tread

Where Angels Fear to Tread
Monteriano
E.M. Forster
Penguin Book 1976
Paru en 1905


Premier roman paru de Forster, Monteriano a en fait grillé la politesse à Vue sur l'Arno, commencé avant et laissé de côté (pour un temps). Pour ce mois anglais, j'ai replongé chez Forster, avec plaisir, et, cette fois encore, étonnement.

Bien sûr l'on retrouve l'Italie chère à l'auteur, et au moins trois des personnages tombent sous le charme du pays, charme puissant et agissant insidieusement, au point de les transformer. Philip a tellement vanté ce pays que sa belle-soeur Lilia, récemment veuve avec une petite fille, y est partie pour un court séjour, dûment chaperonnée par Miss Abbott (plus jeune qu'elle d'ailleurs, mais plus fiable).
Mais las! shoking! elle s'amourache d'un italien plus jeune qu’elle de douze ans, fils de dentiste, sans occupation bien définie...
Après quelques événements que je ne raconterai pas, l'on retrouve Philip, Miss Abbott et Harriett, soeur de Philip, chargés de régler à Monteriano quelques grosses conséquences du mariage Gino-Lilia. Ces italiens ne sont sûrement pas à la hauteur des anglais, n'est-ce-pas? D'où, action!

Quand Forster égratigne les anglais bien pensants et campés sur leur supériorité (comme Harriett qui résistera jusqu'au bout à l'influence délétère de l'Italie) c'est franchement amusant, mais l'affaire prend tout au long du roman un tour plus tragique pour se terminer par un extraordinaire dialogue entre Philippe et Miss Abbott (je l'imagine en ange, d'ailleurs), ces deux-là ne cessant d'être transformés par leur incursion en Italie.

Je recommande chaudement cette lecture épatante et inattendue, que j'espère n'avoir pas divulgâchée, et garde un souvenir réjoui du passage où les trois anglais assistent à une représentation pas franchement guindée de Lucia di Lamermoor.
Vue des tours de San Giminiano https://fr.wikipedia.org/wiki/San_Gimignano

Les avis de Dominique (oui, Dominique, il faut lire ce roman sans rien en savoir, pour écrire mon billet j'ai lu certaines présentations, et franchement, on se moque du lecteur en racontant absolument tout! La tienne est parfaite) et sur Lecture/Ecriture (celle de Mango aussi)

"Oh, the English! They are always thinking of tea."

vendredi 16 juin 2017

La longue terre / La longue guerre/ La longue Mars

La longue terre
The long earth
Terry Pratchett et Stephen Baxter
L'Atalante, 2013
Traduit par Mikael Cabon


Munissez-vous d'une pomme de terre et de différents composants électroniques, d'un commutateur et de parois, et vous obtenez un Passeur. Qui vous permettra de passer à l'est ou à l'ouest dans une infinité de terres parallèles.
Sinon, peut-être êtes-vous un passeur né, comme Josué et d'autres, qui d'ailleurs évitent de trop le dévoiler.
 Josué Valienté et Lobsang parcourent ces mondes dans un dirigeable, de plus en plus loin, de découvertes en découvertes.

Lobsang :
 " - Qui est Lobsang?
- Moi, répondit le distributeur de boissons."
Mais Lobsang était autrefois un réparateur de motocyclettes tibétain. Alors, humain ou Intelligence artificielle seulement?

 Josué:
"De ce fait, il est différent. Et sa différence fait de lui un Problème. C'est un désagrément qu'il est impossible d'oublier, même dans le bureau de soeur Agnès. Parce qu'au-dessus des images de Sacré Coeur et de Meat Loaf trône la statuette d'un homme crucifié pour avoir été un Problème."

L'on suit le long voyage de Josué et Lobsang (et de Shimi, le chat robot chargé de se débarrasser des souris sans leur nuire -ça j'ai adoré), en alternance avec celui d'un groupe de pionniers qui fondera la ville de Regain, en 2026, sur la Terre Ouest 101 754. Une version moderne de la conquête de l'ouest, quoi. Ils trouveront Sally, un coin un poil trop parfait nommé Belle-Escale, mais je ne vais pas tout dévoiler. Les 400 pages se lisent très agréablement, l'idée de départ est excellente et bien utilisée. On a même l'explication de l'existence de trolls et d'elfes surtout dans les siècles passés, le notre étant bien trop peuplé pour leur goût.

Sauf que :

Mais purée existe-t-il une lecture SF qui ne soit pas en série? En empruntant cette longue terre j'étais contente de 1) découvrir Pratchett 2 ) ajouter un titre pour le mois anglais et 3 ) échapper à la malédiction du truc en n volumes. Hé bien, au moment d'écrire mon billet, je m'aperçois que 4 volumes existent. D'un autre côté, cela explique la fin brutale et moyennement satisfaisante (certains diraient bâclée). Même si on ne reste pas sur un cliffhanger et qu'on peut aller dormir tranquille.

D'un autre côté on comprend mieux l'impression ressentie d'effleurer juste certains événements. Quid du père de Josué? De celui de Sally? De Belle Escale? Du village en ruines? De la possibilité de voyager dans l'espace? De l'étrange créature loin à l'ouest? Du danger ressenti par les Trolls? Du futur de Madison après la catastrophe? Des autres créatures rencontrées? Des mouvements anti Passeurs?
Les réponses devraient être apportées dans les tomes suivants...

noosfere en dévoile un peu et ça donne bien envie. Les 2 et 3 sont à la bibli, donc...

La longue guerre
Terry Pratchett et Stephen Baxter
L'Atalante, 2014
Traduit par Mikael Cabon


"Les trolls adoraient les fauteuils, surtout s'ils pivotaient."

Autant lire ce deuxième tome, donc. La longue guerre... Mais quelle guerre? On a bien un dirigeable se rendant sur les mondes où l'on n'aime pas trop les trolls, dirigeable dont le capitaine arrive à pacifier l'atmosphère, mais c'est bien tout.

Pourquoi les trolls fuient-ils et où? Pareil, on arrive à le savoir, mais là aussi ça tourne en eau de boudin, de plus la communication humains/trolls devenue possible n'est pas explorée.

Madison est détruite? On en construit une autre. Pas de nouvelles du frère d'Helen, non plus du dirigeant de Primeterre. Lobsang apparaît tardivement et peu, semblable à lui même.

En revanche, de même que dans le 1 on avait droit à un long  défilé de terres parallèles vers l'ouest, là, pareil, mais vers l'est. Et après on fait demi-tour.

Donc, à part une jolie imagination pour penser différents mondes, rien de bien intéressant.
Un peu d'action avec les beagles et les kobolds, vers la fin, et une bonne idée de faire exploser la caldeira de Yellowstone (événement qui d'ailleurs nous pend réellement au nez) mais sinon, tome très décevant.
Je sens que le 3 sera semblable...


La longue Mars
Terry Pratchett et Stepehen Baxter
L'Atalante, 2015
Traduit par Mikael Cabon


On retrouve Josué (sa femme et son fils sont sans doute revenus chez eux) et Paul, un jeune un peu différent qu'il connait depuis longtemps. Ce groupe dont Paul fait partie est-il une menace pour le monde?
Maggie repart vers l'ouest, à la recherche d'un dirigeable perdu, et un record de traversées (à 250 000 000 on s'arrête). De temps en temps, une Terre à découvrir.
Histoire de varier, Sally et son père se rendent sur Mars, et là, pareil, on va de Mars en Mars.

Un poil longuet et répétitif, un suspense assez moyen, en règle générale quand il y a une petite tension narrative, ça fait vite flop, on passe à autre chose. Des références SF sans doute que je n'ai pas toujours, en revanche des explications plus 'culture générale' dont je me passerais. Etais-je le public cible de ces bouquins?

Pour être positif : excellente description de l'explosion du Yellowstone et des conséquences planétaires, une discussion intéressante à la fin sur une décision vitale à prendre, et quelques trucs plus rigolos de ci de là
"C'en était trop pour Franck.
'Je n'y crois pas. Des dragons terrestres? Des crustacés baleiniers à bord de pirogues des sables? Et des menhirs, maintenant?' "

Les avis (plus positifs) de cafardsathome, ici aussi, et là,
noosfere permet de découvrir les quatre volumes (il semble qu'il y aurait un cinquième?)
Mois anglais chez lou et cryssilda
Donc, lecture pour le Mois anglais, et aussi le challenge "séries" chez Phil

mercredi 14 juin 2017

Les enfants d'Achille et de Nike

Les enfants d'Achille et de Nike
Éloge de la course à pied ordinaire
Martine Segalen
Métailié Traversées, 2017
Avec la collaboration de Claude Frère-Michelat



Autant l'avouer, je cours depuis des années (certains qui me lisent étaient tout p'tiots quand j'ai démarré), j'en ai usé des chaussures ... Pour le plaisir d'abord, les sensations après quelques kilomètres (c'est médicalement avéré, on est shooté) et la convivialité (parfois mais pas toujours, car trouver coureur à son rythme n'est pas toujours facile). J'ai couru à moins cinq degrés (une folie, ça piquait les rares centimètres carrés de peau non protégée), à plus de trente degrés, dans les parcs, les rues, les stades, pour terminer maintenant tranquillou sur un chemin de halage, plat et herbeux donc élastique (deux claquages, oui, j'ai compris). J'ai couru avec des compatriotes, une biélorusse, des africains. J'ai couru autour de la basilique de Yamoussoukro (plus original, j'aimerais savoir). J'ai participé à un semi marathon, à un dix kilomètres, à un cinq kilomètres, déjà arriver j'étais contente. J'ai repoussé mes limites en courant avec d'autres, j'ai progressé, puis l'âge venant je suis devenue un peu plus raisonnable. Je cours donc sur du plat, dans la nature, écoutant les oiseaux, guettant les hérons, parfois surprenant un écureuil, papotant avec un pêcheur ou un promeneur de chien, circulant au milieu des papillons voletant, bref le bonheur et pas la recherche de l'exploit.
Mais ça me prendrait bien de participer encore à des courses, hélas en général sur bitume et -horreur- dénivelés.

Autant dire que ce bouquin était fait pour moi!

Après un avant-propos daté de janvier 2017 où l'auteur remet un peu les pendules à l'heure, le texte lui-même date de 1994, ce qui a ou non son importance, au lecteur de voir. En tout cas, quand il s'agit d'étudier les courses 'ailleurs', dans le monde entier ou presque, puis passer de l'étude 'géographique' à celle 'historique', cela n'en a guère, et c'est instructif et intéressant.
Ensuite l'on plonge encore plus dans le vif du sujet, interrogeant les motivations des coureurs et le renouveau des courses. Courir mais où? En ville, principalement, car coureurs et spectateurs sont liés.
Pour arriver à la compétition reine, le marathon, et leur multiplication dans les grandes villes du monde entier. Avec parfois les dérives financières. Certains courent pour une cause. Les choses évoluent... Petites guéguerres entre la Fédération Française d'Athlétisme et les coureurs ordinaires.

Un tour complet du sujet. J'ignorais même qu'Achille était une marque de chaussures (Nike, oui, ça va, même si avec Niké déesse de la victoire, on reste dans le sujet quelque part
Bas-relief à Ephèse
Alors vous attendez quoi? (allez-y doucement au départ, mais sachez que vous ne pouvez que progresser!)

lundi 12 juin 2017

Testament à l'anglaise

Testament à l'anglaise
What a carve up! (A chacun son dû)
Jonathan Coe
Gallimard, 1995
Traduit par Jean Pavans




Voici sans doute le plus célèbre des romans de Jonathn Coe, ayant durablement inscrit l'auteur dans la liste des auteurs anglais incontournables. Ensuite certains de ses romans étaient peut-être moins grandioses, mais le mal était fait, on était fans!

La famille Winshaw ferait passer les méchants de Dallas (la série) pour une bande de gentils humanitaires. Journalisme au vitriol, plagiat et retournement de veste, vente d'armes à Saddam Hussein, menées politiques souterraines, destruction du service de santé, empoisonnement de ses concitoyens avec de la mauvaise bouffe, bref l'idée est de ramasser le plus d'argent possible, sans vergogne.

Michael Owen, écrivain assez confidentiel, se voit chargé d'écrire un livre sur la famille. Il faut bien vivre, et c'est très bien payé. Mais à la suite de problèmes familiaux et personnels, il traîne, quasi reclus dans son appartement (payé avec les à valoir).

Que ceux qui ont déjà lu ce roman sachent qu'une relecture apporte tout autant de plaisir, surtout si comme moi ils sont dotés d'une mémoire paresseuse (même si la fameuse scène avec les raisins, ça, on n'oublie pas!). Que ceux qui ne l'ont jamais lu se jettent dessus!

Pourquoi me fatiguer à parler plus de ce roman, alors qu'il s'en charge très bien?

"Ce livre est plein de passion. Plein de colère, en tout cas. S'il communique quoi que ce soit, c'est ma haine pour ces gens, pour leur diabolisme, pour le mal qu'ils font partout, avec leurs calculs, leurs intérêts, leur influence, leurs privilèges, leur mainmise sur tous les centres de pouvoir; pour nous avoir tous coincés, pour avoir dépecé dans les règles ce foutu pays pour se la partager, en croyant prendre chacun son dû."

"J'imaginais... un livre terrible, un livre sans précédent... moitié souvenirs personnels, moitié commentaires sociaux, concoctés dans une mixture assassine et dévastatrice!
-C'est merveilleux, dit Michael. Je devrais vous engager pour écrire la quatrième de couverture."

En prime l'auteur s'amuse à s'inspirer (il le reconnaît à la fin) de certains romans où l'on peut lire
"- Nous sommes coincés dans une maison isolée, en plein orage, avec un meurtrier maniaque. Tous les téléphones sont coupés, nous n'avons aucun moyen de nous échapper, deux d'entre nous ont été tués et un autre est introuvable. Que pourrait-il y avoir de pire?
A ce moment précis, l'électricité sauta, et la maison fut plongée dans les ténèbres."

J'adore, forcément.

Mois anglais chez Lou et Cryssilda

vendredi 9 juin 2017

Neuf ans plus un jour

Le 8 juin 2008, j'ouvrais boutique chez overblog, avec déjà l'intitulé gracquien En lisant en voyageant. Après quelques démêlés avec overblog, j'ai tout rapatrié chez blogger, 'à la main'. Voilà pour celles et ceux qui ne me connaissaient pas avant 2012 (hé oui, ça fait ancien combattant)
(chez wordpress j'ai deux blogs)(mais pour wordpress un seul, d'où mon agacement certain à l'idée de ne plus pouvoir accéder au premier, y compris pour le supprimer)

Pour continuer dans cette veine réunion d'anciens, figurez-vous que je suis encore un petit paquet de blogs déjà là en 2008, et ça fait plaisir. Certains autres ont disparu mais au détour de babelio, goodreads ou facebook il m'arrive de retrouver les personnes derrière ces blogs, toujours aussi voraces lecteurs.

Forcément en 9 ans la blogosphère a évolué, à ma connaissance il n'y a plus trop de swaps, les challenges sont toujours là mais on a vu apparaître des mois thématiques (je me contente du mois belge en avril et du mois anglais en juin) et rayon challenge je ne peux abandonner Lire sous la contrainte, vraiment trop amusant (et tueur de PAL). J'essaie aussi d'être fidèle à L'éditeur du mois chez Tête de lecture. Pour L'auteur du mois chez lecture/écriture, c'est moins une réussite de mon côté.

Au départ ce blog était destiné à parler de mes lectures (et des voyages) d'où la question 'est-ce que je parle de toutes mes lectures?' Hé bien non, et heureusement Goodreads permet de tenir les comptes à jour (oui, je lis vraiment beaucoup)

Mais vraiment là où l'histoire devient étonnante, c'est que ce temps passé devant un écran d'ordinateur (y compris sur les réseaux sociaux) a permis des sorties dans la vraie vie, en salon ou festival, et de rencontrer d'autres blogueurs, pour plus ou moins de gros délires et de craquages.

Côté blogs, je trouve que c'est plus mou qu'il y a quelque temps, sans doute certains ont-ils moins de temps disponible ou moins d'envies? Je ne m'étendrai pas sur le sujet, la règle c'est que le blog demeure un loisir et que chacun mène sa petite boutique à son gré.

Un autre sujet parfois chaud, c'est celui des SP. Là encore en ces 9 années j'ai vu pas mal de choses (qui se souvient de Chez les filles ?). J'avoue en recevoir de moins en moins (et en demander de moins en moins), pareil pour les lectures communes et les livres voyageurs, c'est devenu rare, pour moi en tout cas. Mais deux médiathèque bien fournies et réactives, ça aide! Et puis rassurez-vous, j'ai toujours une PAL proche de la préhistoire...


mercredi 7 juin 2017

Less than angels (Barbara Pym forcément)

Un mois anglais sans Barbara Pym, est-ce vraiment un mois anglais pour moi? No, definitively no! Et en VO, encore meilleur.

Less than angels
(Moins que les anges -paru en 1955)
Barbara Pym
virago, entre 2010 et 2014

Coup de coeur Auteur chouchou

"What was the point of living in a suburb if one couldn't show a healthy curiosity about one's neighbours?"
Et comme Papillon a remarqué le même passage, voici la traduction officielle
« A quoi bon vivre dans une banlieue si l’on ne pouvait manifester une saine curiosité vis-à-vis de ses voisins ? »

Après un démarrage virtuose mais peuplé de quasiment tous les personnages, l'affaire s'est décantée, et cette histoire où les anthropologues jouent bien des rôles principaux ou secondaires s'est révélée épatante et, tiens, touchante. En toute ironie british, bien sûr.

De retour de terre africaine, Tom retrouve ses amis Mark et Digby, eux en attente de moyens de partir aussi, et surtout son amie Catherine, pas anthropologue mais écrivant des romans légers, auquel le lie une solide affection. Il trouve pratique de vivre avec elle quand il se trouve en Angleterre, elle n'est pas aveuglée par l'amour réel qu'il lui inspire. Tom possède déjà un amour de jeunesse et va bientôt se laisser charmer par la jeune Deirdre, elle-même étudiante en première année.
Ajoutons les professeurs, et les inévitables dames célibataires, petites mains indispensables de l'Université, un anthropologue plus mûr, justement voisin des mère et tante de Deirdre dans la banlieue londonienne, et on a en gros tout le monde.

C'est un vrai bonheur de les voir évoluer, de temps en temps cela est vu sous l'angle de l'anthropologie, des petites touches permettent d'approfondir des différences sociales, le manque d'agent de Mark et Digby, la différence entre la mère et la tante de Deirdre, celle entre Mark et Digby, la vie calme de la banlieue anglaise de cette époque, avec une incursion dans la campagne et sa gentry. Tous sont vivants, attachants. Barbara Pym donne à connaître souvent leurs pensées, leurs espoirs, leurs chagrins, mais fort souvent mille petits détails parlent d'eux-mêmes. Encore une belle réussite!

Petit plus pour moi : Barbara Pym donne (page 59) des nouvelles des héros de Excellent Women . Laquelle Barbara Pym a travaillé à L'African Institut de Londres et connaît bien l'univers servant de cadre à son roman.
"And how much more confortable it sometimes was to observe it from a distance, to look down from an upper window, as it were, as the anthropologists did." La tante de Deidre observe justement l'anthropologue dans le jardin voisin, comme font les anthropologues...
Mois anglais chez lou et cryssilda


Pour les fans, voici une liste (merci wikipedia)
  • Comme une gazelle apprivoisée (Some Tame Gazelle) (1950)
  • Des femmes remarquables (Excellent Women) (1952)
  • Jane et Prudence (Jane and Prudence) (1953)
  • Moins que les anges (Less than Angels) (1955)
  • Une corne d'abondance (A Glass of Blessings) (1958)
  • Les ingratitudes de l'amour (No Fond Return Of Love) (1961)
  • Quatuor d'automne (Quartet in Autumn) (1977)
  • La Douce colombe est morte (The Sweet Dove Died) (1978)
  • Un brin de verdure (A Few Green Leaves) (1980)
  • Adam et Cassandra (Civil To Strangers) (écrit en 1936, publication posthume en 1987)
  • Crampton Hodnet [Id.] (roman écrit vers 1940, publication posthume en 1985)
  • Une demoiselle comme il faut (An Unsuitable Attachment) (écrit en 1963, publication posthume en 1982)
  • Une question purement académique (An Academic Question) (écrit en 1970-1972, publication posthume en 1986)

Les avis de Papillon, Mango

lundi 5 juin 2017

Martha ou la plus grande joie

Martha ou la plus grande joie
Francis Dannemark
Le castor astral, 2017

Ouvrir ce (court) roman de Francis Dannemark, c'est savoir d'avance que l'on plongera dans une belle histoire plutôt douce (même si quelques drames ont atteint les personnages), que justement ces personnages seront attachants et souvent originaux, et qu'il suffira de se laisser porter, tranquillement, au fil de la découverte. Très agréable.

Deux quinquagénaires sur les routes de l'Yonne, dans une voiture pas toute jeune et pas très fiable, qui leur permettra de rencontrer Septime, un garagiste peu doué pour les réparations (son ouvrier, lui, l'est) et Jeanne, qui les a invités à lui rendre visite car elle a bien connu leur père et a un document à leur remettre.
Le passé reviendra bien sûr en devant de scène, belles histoires d'amour, rendez-vous ratés, au présent Martin devra s'occuper d'un problème avec l'un des auteurs qu'il traduit, et quand au futur, le lecteur va bien l'imaginer, des pistes lui sont fournies.

Les avis de Cosy corner,

vendredi 2 juin 2017

La mélancolie de la résistance

La mélancolie de la résistance
Az ellenálás melankóliája
László Krasznahorkai
Gallimard, 2006
Traduit par Joëlle Dufeuilly




Vraiment pas de chance ! Un instinct très sûr me conduit vers les livres moyennement épais - mais ce n'est pas le problème-, d'auteurs pas trop connus -toujours pas de problème, j'aime défricher-, denses (très très) et à longues phrases emberlificotées qui vous happent une fois dedans -là j'en entends qui disent 'longues phrases, adieu', mais des livres dont on ressort un poil assommé en se disant 'wahou c'est génial, je dois absolument convaincre la terre entière, un truc pareil, on en rencontre peu dans la vie d'un lecteur'.
Sauf que les billets sur ces livres là sont très très coton à écrire. Citer un passage relativement court, même pas en rêve. Par chance j'ai trouvé des courageux qui s'y sont lancés, voir les liens à la fin.

Il fait extrêmement froid quand Mme Pflaum s'installe dans un train bondé devant la ramener chez elle, une petite ville de Hongrie. Bien sûr ce n'est pas le train prévu, il est en retard, et la pauvre dame doit subir une promiscuité haïssable, elle, bourgeoise tranquille habituée au doux confort de son appartement étouffant sous les plantes vertes et les bibelots.
Arrivée enfin en ville saine et sauve, plus d'éclairage public, les tas d'ordures gelés bloquent les rues, rues et places sont vides, sauf parfois des hommes patibulaires rodant en groupes.
Mais que se passe-t-il dans le coin?
Et ce gros camion sur la place, un cirque montrant une baleine empaillée? Et tous ces badauds, attendent-ils de visiter ou quel est leur projet? Violent?

En fait peu de personnages nommés, à chaque chapitre c'est l'un d'eux sur qui tout se focalise, à hauteur d'homme (ou de femme). Par l'un on connaît mieux l'autre, l'histoire se déroule, implacable en dépit de digressions apparentes. Le mystère, le malaise, la peur rodent, toujours l'impression d'obscurité, de nuages. Et ça va péter, forcément.

Des moments grandioses. Valuska, quelque part l'innocent du roman, fait mimer une éclipse de soleil dans un café, par des types déjà bien imbibés. Eszter apprend sur le tas à planter des clous avec un marteau. Mme Eszter tombe vraiment amoureuse. Et ce dernier chapitre, la biologie de la décomposition!

Il faut accepter de se jeter dans le torrent, pour à la fin s'apercevoir de la construction maîtrisée.

"Avant-hier, l'énorme château d'eau situé au fond du parc Göndöcs s'était mis dangereusement - et pendant plusieurs minutes, - à vaciller au-dessus des petites maisons, phénomène qui -selon les dires d'un expert, le professeur de mathématiques et physique du lycée, responsable du laboratoire d'astronomie installé au sommet de la tout, lequel, interrompant une longue partie d'échecs solitaire, avait dévalé l'escalier, respiration coupée, pour propager la nouvelle - était totalement 'incompréhensible'.  Hier, l'horloge du clocher de l'église de la grand-place du centre-ville, muette depuis des décennies, avait fait tressaillir  les gens (galvanisant Mme Eszter), car trois des mécanismes rouillés, alors qu’autrefois les aiguilles avaient même été démontées, s'étaient soudain remis en marche et signalaient, depuis, l'écoulement du temps par de sourds battements, de plus en plus rapprochés."
(citation, pour l'ambiance)

Les avis de Charybde, le bruit des livres, stalker,  (et plein de passages)

Ce roman a inspiré un film, Les Harmonies Werckmeister, oui, en noir et blanc...
Valuska dans le café

La bande annonce

  Lire le monde

mercredi 31 mai 2017

La femme d'un seul homme

La femme d'un seul homme
Vilhelm Moberg
L'élan (Ginkgo), 2017
Traduit par Marguerite Gay


Plus connu pour sa saga des Émigrants (projet de lecture depuis des années, voir aussi des avis chez claudialucia), Vilhelm Moberg est l'auteur de ce court roman paru en 1933.

Tout se déroule dans le petit village de Hägerbäck, à une époque non déterminée. Une époque où l'on récolte le lin, le transforme et le file pour en confectionner les draps, une époque où l'on laboure avec les bœufs, une époque où l'on va moudre son grain au moulin collectif et bien sûr une époque où à la belle saison l'on va traire ses vaches dans leur champ.

Nouvellement mariés, Påvel et Märit viennent de prendre en charge une ferme du village; un mariage sans passion. Leur proche voisin, Håkan, loue sa ferme, mais entre malchance et mauvaise gestion, n'a guère de moyens; célibataire, il est aidé par sa servante qui ne demanderait pas moins que de devenir son épouse, mais Håkan n'a d'yeux que pour Märit...

Dans une société qui punit l'adultère (et surtout la femme), Håkan et Märit vont laisser libre cours à leur passion, tout en se cachant, mais dans un village, garder un secret est impossible.

Un roman d'amour intemporel, où le lecteur découvre les luttes et sentiments des principaux protagonistes, écrit dans une superbe langue. Si la saga des Émigrants est de ce tonneau, je vais y penser!

"Le jour où Herman fut si pauvre qu'il n'eut plus besoin de fermer ses portes, il sortit par les portes ouvertes et trouva la liberté."

  Lire le monde

lundi 29 mai 2017

Le saut oblique de la truite

Le saut oblique de la truite
Jérôme Magnier-Moreno
Phébus, 2017

"J'écris quotidiennement depuis si longtemps maintenant, depuis les débuts de mon adolescence, l'écriture fait tellement partie de moi, de ma manière de vivre, que j'utilise les mots exactement comme d'autres le feraient d'une caméra ou d'un appareil photo. Dociles, les phrases se mettent en ordrepour décrire mes faits et gestes et tout ce que mon œil observe. Ainsi, sur les pages veloutées de mon cahier Clairefontaine dont le bleu indigo est à peu près identique à celui de mon jean, le travelling de mon voyage s'inscrit au fur et à mesure, d’une écriture pointue mais souple, légèrement penchée vers la droite, résolue, sans beaucoup de ratures.
A mon retour, dans la bibliothèque en pin de la chambre de bonne, je déposerai ce nouveau carnet à côté des précédents. Ce sera un nouveau segment qui, dans la continuité des autres, restitue une sorte d'équivalent en mots de ma vie.Et j'en ai bien peur dans mon cas, un équivalent en mots qui me paraît souvent plus réel et plus digne d'intérêt  que ma vie réelle elle-même (penser à en parler à un psy)."

Dans ce récit à la 'En attendant Olivier', l'auteur vide pas mal son sac. Le fameux sac rouge rafistolé qui abrita durant une décennie le texte de ce livre, mis et remis sur le métier, de version en version, depuis le printemps 1999, jusqu'à sa délivrance dans une boîte aux lettres parisienne.
Comme un sac, rouge ou non, cela paraît un peu fourre-tout, mais une fois l'objet lu, se dessine une belle vue d'ensemble. Jérôme Magnier-Moreno a presque terminé ses études d'architecture et décide de passer juste quelques jours en Corse, le long de belles rivières à truites. Doit le rejoindre son ami Olivier, pour qui ponctualité n'est pas un mot à l'existence avérée.

Pleines d'ironie pas méchante et bien sûr d'autodérision, ces pages parleront de pêche, bien sûr, mais aussi de Corse, au fil de chapitres nommés par des couleurs. Quelques passages plus crus (le narrateur est jeune homme) , mais aussi beaucoup de tendresse qui affleure, et beaucoup de pudeur pour évoquer des drames personnels.

Le saut oblique de la truite est le premier roman de l'auteur, peintre sous le pseudonyme Rorcha. Merci pour sa réactivité, livre lu tout de suite, et billet écrit sans regarder ceux des autres.

Les avis de Aifelle, Nicole, chinouk, jostein, cathulu, p'tit lapin, Antigone,

vendredi 26 mai 2017

Si rude soit le début

Si rude soit le début
Asi empieza lo malo
Javier Marias
Gallimard, 2017
Traduit par Marie-Odile Fortier-Masek

COUP DE COEUR AUTEUR CHOUCHOU

Wahou m'exclamai-je en terminant, hors d'haleine, le vertigineux dernier chapitre du roman. Chic, pensai-je, quelques jours auparavant, en m'emparant de ce livre réservé pour moi à la médiathèque. Une bête de belle épaisseur, présage de lecture consistante, d'où ma joie intérieure. Même pas atténuée par la nouvelle que deux autres usagers avaient réservé le livre, et en conséquence impossibilité de prolonger le prêt. Etant une fille positive, j'en ai conclu, non que j'allais devoir lire ce pavé fissa, mais que cet auteur avait des fans locaux, et en ai profité pour demander à la médiathèque l'achat de deux autres titres de Javier Marias.

Comme pour mes auteurs chouchous (oui, encore un) j'ai foncé sans regarder la quatrième de couverture (très bien faite, d'ailleurs), et me suis régalée. De toute façon, l'histoire -quoique palpitante, peut se résumer courtement.

Madrid, 1980. Peu après la mort de Franco. Juan De Vere, 23 ans, assiste Eduardo Muriel, réalisateur de films, marié à Beatriz. Pour ses recherches, il passe de plus en plus de temps dans l'appartement du couple, devenant inaperçu, et découvrant l'inexplicable détestation de son employeur à l'égard de son épouse. Par ailleurs, Eduardo lui confie une enquête sur un de ses amis, le docteur Van Vechten, dont le comportement aurait été insupportable.

Deux questions prégnantes durant tout le roman : qu'a donc fait le docteur, et quand? Pourquoi cette haine à l'égard de Beatriz?

Mais quel roman! Javier Marias est un maître de la narration. Le jeune Juan - de nos jours plus âgé et père de famille- est à la fois naïf et curieux. Il sera témoin ou acteur de scènes absolument fascinantes, qui auraient pu se révéler de mauvais goût, mais croyez-moi, non, jamais.

D'accord, l'auteur, comme d'habitude, emmêle son lecteur dans des phrases longues, à incises et parenthèses, usant d'échos au fil du texte, mais ce n'est pas un problème. Toujours il garde son lecteur vigilant, participant lui aussi à ces grands questionnements sur "l'oubli et le pardon" (et pas uniquement relativement au franquisme), et la "passion et la haine".

Explication du titre
"Si rude soit le début, le pire reste derrière nous, voilà ce que dit la citation de Shakespeare que Muriel avait paraphrasée pour se référer à l'avantage, au bien-fondé de renoncer à ce que l'on ne peut savoir, de se soustraire au bruit de fond de ce que l'on nous raconte tout au long de la vie, d'autant plus que ce que nous vivons et ce dont nous sommes témoins ressemble parfois davantage à une histoire que l'on nous raconte, à mesure que cela s'éloigne de nous, que cela se ternit au fil du temps, s’estompe, tandis que s'égrènent les jours, ou s'embue,  non que nous commencions à douter de son existence (même si cela peut nous arriver) mais plutôt que cela perd de sa couleur et se racornit. Ce qui était important ne l'est plus, ou ne l'est que très vaguement, et pour lui reconnaître la moindre importance, il vous faut faire un réel effort; ce qui nous semblait crucial s'avère insignifiant, et ce qui nous a gâché la vie nous paraît un enfantillage, une exagération, une sottise. Comment ai-je pu me mettre dans un état pareil et culpabiliser à ce point? Comment ai-je pu...(...) (Pages 419 à 421)

"Chacun de nous est une masse dans l'océan que les autres évitent ou vers laquelle ils se dirigent ou contre laquelle ils se heurtent."

Si rude soit le début, le pire reste derrière nous... Thus bad begins and worse remains behind. Hamlet, Acte III, scène 4

Un avis,

mercredi 24 mai 2017

Femmes et pommiers

Femmes et pommiers
Kvinnor och äppelträd, 1933
Moa Martinson
L'élan, 2017
Traduit par Lise Froger-Olsson (et auteur de la postface)


Ginkgo éditeur (et L'élan) se lancent dans une chouette collection d'auteurs suédois des années 30 (voir L'autre Paris de Ivar Lo-Johansson) s'étant intéressés aux petits, aux sans grades, à ceux pour qui la fin de mois démarre bien tôt, mais sans misérabilisme. Qu'on ne s'imagine pas du poussiéreux, du daté, encore une fois j'ai reçu une pépite dans ma boîte (Merci!)

Moa Martinson (1890-1964) - merci wiki- est une des figures de la littérature prolétarienne dans la Suède des années 20-30; fille d'ouvrière, scolarité en pointillés, syndicaliste, etc. Un profil que l'on retrouve chez les héroïnes du roman Femmes et pommiers.

Mais que l'on ne craigne pas un pudding lourdingue et pamphlétaire! Femmes et pommiers est un magnifique roman, aux personnages attachants, écrit avec une parfaite maîtrise, sans hésiter à décaler la chronologie, à faire courir les années en une ligne puis à s'arrêter pour une description quand un de ses héroïnes se déplace dans la campagne suédoise, ou l'insertion d'une petite réflexion.

Dans un beau chapitre introductif, Sofi et Fredrika bousculent passablement le village et font jaser en prenant un bain une fois la semaine, occasion pour Moa Martinson d'évoquer la vie fermière au cours du 19ème siècle (ah le champ de blanchissage...)

Début 20ème siècle, apparaissent deux arrières petites filles de Sofi; leur enfance se déroule dans des faubourgs déshérités de la ville, et bientôt elles s'installeront dans un petit coin de campagne, où elles deviendront amies. Ce sont de vaillantes femmes, dotées de maris portés sur la boisson. d'ailleurs l'eau de vie fait des ravages semble-t-il à l'époque. Chômage, extrême pauvreté, services sociaux présents pas forcément efficaces, superstitions, le tableau n'est pas rose, mais jamais sans un rayon de soleil, et souvent de l'humour.

A découvrir, bien sûr.

Et ce titre entre dans Lire sous la contrainte
et  Lire le monde

lundi 22 mai 2017

La rabouilleuse

La Rabouilleuse
Honoré de Balzac
Cercle du biblophile


J'ai juste appris que le titre donné en traduction anglaise est The black sheep (le mouton noir) et franchement, c'est finalement un excellent titre! Parue en plusieurs parties au début des années 1840, l'oeuvre appartient aux Scènes de la vie de province, et, s'il y apparaît bien une rabouilleuse, ce sont les figures de deux frères qui en ressortent tout du long. Ou bien un célibataire dont l'héritage suscite des convoitises. Il paraît que si dans un roman le méchant est réussi, le roman aussi, alors là on est gâté, il y a deux méchants... (en fait c'est plutôt pour les films, selon Hitchcock, mais bon, on voit l'idée)

A l'origine de cette relecture (lecture commune avec Fanja), il y a un passage à Issoudun pour découvrir quelques toiles de Zao Wu Ki lors d'une caniculaire journée d'août 2016. Et comme je me souvenais que La rabouilleuse se déroule à Issoudun, hop c'était parti, LAL +1. Oui, il ne nous faut pas grand chose...

"Rabouiller est un mot berrichon qui peint admirablement ce qu'il veut exprimer : l'action de troubler l'eau d'un ruisseau en la faisant bouillonner à l'ide d’une grosse branche d'arbre dont les rameaux sont disposés en forme de raquette. Les écrevisses effrayées par cette opération, dont le sens leur échappe, remontent précipitamment le cours d'eau, et dans leur trouble se jettent au milieu des engins que le pêcheur a placés à une distance convenable. Flore Brazier tenait à la main son rabouilloir avec la grâce naturelle à l'innocence."

Flore, donc, la Rabouilleuse, n'arrive qu'au milieu du roman, attirant l'attention du père de Jean-Jacques Rouget et d'Agathe Bridau, deux frère et soeur ne s'étant pas vus depuis des décennies. Auparavant Balzac nous régale des aventures d'Agathe à Paris, son veuvage de Bridau, sa préférence pour son aîné Philippe, militaire de métier et voyou de A à Z, et son incompréhension du talent de Joseph, son cadet, peintre peinant à être reconnu.
Jean-Jacques Rouget hérite toute la fortune de son père, et tombe sous la coupe de ladite Rabouilleuse, qui le mène par le bout du nez. Mais elle va tomber amoureuse d'un certain Max, militaire et voyou tout autant que Philippe.
Il faut agir vite, l'argent risque de tomber dans l’escarcelle de Flore et Max, arrivent donc à Issoudun les 'parisiens', les Bridau, quoi...

Cela paraît compliqué, mais Balzac mène bien son lecteur (je me suis quand même demandé quand le roman allait commencer, j'attendais la rabouilleuse du titre) et tout ce qu'il raconte est intéressant, vivement mené, et on s'amuse fort la plupart du temps. Cela forme finalement un tout (ouf!) et l'amateur de Balzac prend plaisir à reconnaître des figures de passages, des noms connus de la Comédie Humaine. Voilà donc un 'classique' laissant un bon goût en bouche.

Deux petits passages qui m'ont amusée
"Florentine a sa mère; tu comprends que je n'ai pas les moyens de lui en payer une, et que la bonne femme est sa vraie mère." (oui, ces actrices et femmes du demi-monde...)

"Vous ne savez pas ce qui se passe dans ces ateliers! Les artistes y ont des femmes nues.
-Mais ils y font du feu, j'espère."

Clin d'oeil avec notre présent :
"Il exista de 1815 à 1823 , et peut-être plus tard, un bouchon tenu par une femme appelée la mère Cognette."
Hé bien le restaurant La Cognette existe toujours, mais depuis que Balzac le fréquenta, les tarifs se sont bien envolés.
Je me suis amusée aussi de ce
"Hochon, jadis receveur des tailles à Selles en Berry, né d'ailleurs à Issoudun, était revenu s'y marier avec la soeur du subdélégué, le galant Lousteau."

vendredi 19 mai 2017

Faut-il manger les animaux?

Faut-il manger les animaux?
Eating animals
Jonathan Safran Foer
Editions de l'Olivier, 2011



Ce n'est pas le premier livre sur le sujet que je lis, mais peu ont passé l'épreuve du billet de blog. Ici, à l'instar de Défaite des maîtres et possesseurs , l'écriture est celle d'un romancier. Ce n'est pourtant pas un roman, tout est vrai, les notes en fin de livre sont détaillées, les enquêtes sur le terrain multiples et les souvenirs familiaux méritent crédibilité. Ce n'est pas 'agréable à lire', oh que non!, mais c'est absolument passionnant de bout en bout. Alors même si l'on pense 'encore un de ces machins destinés à nous faire honte de manger de la viande', on peut découvrir ce que JS Foer nous raconte sur le sujet, et si on se délecte ordinairement  de thrillers à vous hérisser le poil, hélas certains passages donneront la nausée à tout humain de sensibilité normale.

Pour avoir lu récemment Antispéciste d'Aymeric Caron (un poil longuet et dispersé), Le végétarien sans peine de Gabriel Bertaud (plein d'humour et recommandé), et Sommes nous trop 'bêtes' pour comprendre l'intelligence des animaux de Frans de Waal (à lire!), j'attaquais Faut-il manger les animaux avec de bonnes bases, non? Mais fichtre, le gros du bouquin de JS Foer concerne l'élevage industriel et l'abattage industriel, et c'est très très rude à lire par moments. Mais il faut le lire. Ces industries sont là pour faire du fric, et si c'est rentable, c'est parce que ce sont les impôts des citoyens qui réparent les désordres écologiques et sanitaires.

Dès le départ il n'assène pas ses opinions, il reconnaît que manger c'est bien plus qu'ingérer de la nourriture (j'adore sa grand mère, rescapée de la seconde guerre mondiale, affamée et refusant de manger du porc, "- pas même si ça te sauvait la vie? -Si plus rien n'a d'importance, il n'y a plus rien à sauver.", il raconte ses cheminements, et surtout il montre plusieurs aspects de l'élevage et de l'abattage, en rencontrant des éleveurs respectueux des animaux. "Des éleveurs peuvent être végétariens, des végétaliens peuvent construire des abattoirs" (il en a vu). Bref, il laisse parler des personnes d'opinions diverses voire contraires.

Tout de même au détour d'une phrase il coupe la respiration du lecteur, souvent au moyen d'images ou en sachant faire parler les chiffres secs. Un poulet en batterie possède comme place la taille d'une feuille A4; si on déguste une assiette de sushis, et que l'on devait y présenter tous les animaux tués lors de la pêche des ingrédients, l'assiette devrait mesurer un peu plus d'un mètre cinquante de diamètre.

Chaque fois que vous prenez une décision concernant votre alimentation, vous pratiquez l'élevage par procuration (Wendell Berry)
"Le fait d'être végétarienne ne me dégage d'aucune responsabilité quant à la façon qu'a notre pays d'élever les animaux."

Je suis ressortie de là un peu assommée. Rassurez-vous, je ne vais pas donner de leçons, je mange encore de la viande, provenant d'endroits pas clairement déterminés, mais ça fait son chemin... le pire étant que je n'aime pas vraiment la viande à ce point, juste la flemme de devoir changer les façons de cuisiner (et d'y passer plus de temps). De plus je comprends très bien que pour des raisons de santé on ne puisse devenir végétarien, ou alors qu'au fin fond du désert les éleveurs ne puissent survivre que de leurs animaux.

Les avis de colimasson, cachou (tu me manques, et quels commentaires sur ce billet!), Nelfe (cité par cachou justement) et last but not least, Sandrine (son billet m'a incitée à lire ce bouquin déjà dans ma LAL mentale quelque part)(on a déjà discuté du sujet, je sais ...)

mercredi 17 mai 2017

imaqa

imaqa
Flemming Jensen
Gaïa, 2002
Traduit par Ines Jorgensen




Si comme le conseille ce roman vous suivez les plus beaux icebergs, vous arriverez au fond du fjord d'Umanaq, dans le comptoir de Nunaqarfik. Prévoir vêtements chauds.

Sinon, il est tout à fait possible de se délecter bien au chaud à la maison de l'histoire de l'instituteur danois Martin, qui, dans les années 70, a demandé sa mutation à Nunakarfiq. La réalité sera à la hauteur de ses rêves, mais aussi un poil différente. Affrontant sa hiérarchie pour qui l'enseignement doit se faire en danois (langue que ne parlent pas les enfants) et refusant les manuels éloignés de leur univers, il apprend le groenlandais et s'immerge dans la vie du village, parfois moqué mais toujours gentiment.

Dans ces années 70 il semble que la vie des habitants n'avait pas encore trop changé, l'on vit de pêche et de chasse, mais le progrès pointe son nez; le tiraillement entre deux modes de vie est illustré par le jeune Jakunquaq (Jakob) et son père Abala (Abraham).(Ces prénoms donnés aux groenlandais leur sont imprononçables et "impraticables à moins que l'on ne vise une carrière dans le Mossad").

Une roman qui dès les premières pages m'a laissé présager un coup de coeur. Plein d'humour et d'ironie jamais méchante, et aussi de tendresse, d'émotion. Des instants drôles ou tragiques. L'on a fortement envie d'aller s'installer là-bas. Je me demande si l'on y joue toujours à la roulette groenlandaise (mouarf) et si toute occasion est bonne pour se réjouir ensemble. L'alcool continue-t-il à sévir et les produits étrangers à envahir, reste-t-il des pêcheurs chasseurs?
(pour y avoir passé quelques jours -en août, prudence!- j'ai quelques craintes là-dessus, mais les paysages sont bluffants)(voir ici)

" En pensant à l'imposante quantité de mots groenlandais qu'il avait appris depuis son arrivée, il fut soudain frappé par le fait qu'il n'était jamais tombé sur la locution 'parce que'.(...)
Au Groenland, lorsqu'on se trouve face à une situation difficile, qui exige un choix ou une décision claire, alors c'est un tout autre mot qui s'impose toujours : imaqa ...peut-être." (l'auteur a choisi l'ancienne orthographe sans majuscule en début de mot)

Les avis de Hélène, le hibou et le papou,

Et hop dans Lire le monde

lundi 15 mai 2017

Article 353 du code pénal

Article 353 du code pénal
Tanguy Viel
Editions de minuit, 2017




" En tout cas, c'est comme ça qu'aujourd'hui je me représente la dernière décennie quand j'en amène toutes les lignes ici même devant vous, et ça fait comme un cerf-volant dont j'actionnerais les commandes depuis une plage, comme si soudain j'avais une vue claire et comme surnaturelle du temps qui passe, mais c'est toujours facile, j'ai dit, avec le recul, de tisser les choses en destin, et alors border les années avec je ne sais quels piquets ou poteaux d'angle et même une couleur qui en dessinerait la teinte définitive. Seulement quand on était dedans, dans chaque année ouverte sur quelle bouteille de champagne, il n'y a jamais eu de carte IGN qu'on nous aurait distribuée le jour de l'an pour nous conduire dans les temps futurs. Jamais rien d'autre que les lignes un peu floues qu'on essaie chacun de dessiner pour suivre la pente des saisons, mais c'est tout. Et que tout le problème c'est qu'il faut encore prendre les virages soi-même. Encore que me concernant, je n'ai pas eu l'impression de prendre beaucoup de virages.C'est l'avantage de la bêtise : on reste au carrefour et on attend de se faire renverser par une voiture."

J'ignore comment fonctionnent les rouages de la justice, toujours est-il que peu après son arrestation Martial Kermeur se retrouve dans le bureau d'un juge à raconter les années précédant un meurtre qu'il ne nie absolument pas. Un juge patient et pas très occupé, alors? Mais j'ai vérifié -pour le billet- cet article existe et je déconseille d'en prendre connaissance avant lecture du roman, ce serait dommage.

Mais tant mieux pour le lecteur, qui loin de compatir à la mort d'un affairiste véreux, s'attache à Kermeur, à Le Goff, à Erwan le fils de Kermeur, trahis, trompés, par ce beau parleur de Lazenec. Nous sommes en Bretagne, près de Brest, l'auteur originaire de là-bas s'en amuse au début ("je peux considérer qu'en matière de brume, on n'a pas grand chose à envier à l'Angleterre"  "voyez, il y avait du soleil -il y a du soleil ici quelquefois"), avant d'opter pour le récit d'une tragédie poignante. On sait que ça va mal se passer, que ça va mal se terminer, on se demande pourquoi, comment, et Kermeur répond à nos objections muettes, l'enchaînement est terrible, le souffle coupé, on souffre, on est impuissant.

"Ce genre de type, c'est comme la pluie, y a rien d'autre à faire qu'attendre que ça cesse."

Parfait pour lire sous la contrainte (je rappelle qu'il s'agit de suivre une contrainte pas méchante, changeant régulièrement, et efficace pour attaquer la PAL).

vendredi 12 mai 2017

Une bobine de fil bleu

Une bobine de fil bleu
A spool of blue thread
Anne Tyler
Phébus, 2017
Traduit par Cyrielle Ayakatsikas


Je parle volontairement de ce beau roman juste après Les inséparables, (d'ailleurs je les ai lus d'affilée, juste un court thriller entre deux), car s'il s'agit pour chacun de découvrir plusieurs générations d'une même famille, à l'arrivée, autant l'un ne m'a pas passionnée, autant l'autre est un coup de coeur. Comme quoi...

On pourrait penser, encore une histoire de famille, avec les parents Red et Abby, les quatre enfants, au cours de plusieurs décennies, un retour juste comme ça vers les parents de Red (mais quel récit, et quel meilleur moment pour saisir ce que fut l'Amérique pauvre des années 30)(et l'histoire de la balancelle!). Une famille plutôt comme les autres, avec Denny le fils toujours hors du cercle, Nora la belle-fille toujours calme.

Mais Anne Tyler est vraiment une enchanteresse, la reine du petit détail, elle déroule l'histoire dans l'ordre où elle l'a décidé, vous prend dans ses filets, c'est plein de finesse, de tendresse et d'ironie camouflée, je n'ai pas l'intention d'en dire plus, il faut découvrir ce roman (et Anne Tyler si ce n'est déjà fait)

Les avis de winniethepooh,

mercredi 10 mai 2017

Les inséparables

Les inséparables
Stuart Nadler
Albin Michel, 2017
Traduit par Hélène Fournier


Il a suffi d'un tableau de Hopper en première de couverture pour que je craque, mais que se cache-t-il justement sous cette couverture?

Boston et ses environs. Henrietta, 70 ans, est veuve depuis moins d'un an. Son mari Harold tenait un restaurant étoilé malheureusement contraint de fermer faute de clientèle. Ayant besoin d'argent, elle cherche à vendre une girouette historique de valeur certaine (qui par ailleurs a disparu), a accepté la réédition d'un roman écrit il y a des décennies, intitulé Les inséparables, scandaleux à l'époque, mais, comme le dit sa petite fille, "Comparé à Internet, c'est un livre pour enfants."

Sa petite fille Lydia, connaît comme elle la honte, mais pour des raisons différentes, des photos volées par un camarade de classe manipulateur, et circulant dans son établissement et sur Internet.

Oona, la mère de Lydia, fille d'Henrietta, est en train de se séparer de son mari Spencer, avocat au chômage, shooté en quasi permanence.

Passé, présent (et même des incursions dans le futur) se déroulent assez tranquillement. Je m'attendais à être emportée dans une histoire plus passionnante; c'est bien fait, quelques répliques font mouche, mais j'ai eu du mal à m'intéresser aux personnages, un comble!

"Lydia lui demanda d’une voix forte: 'Tu as vraiment lu des livres sur la paternité?
Son père lui sourit. 'Un bon nombre, murmura-t-il.
- Et tu as appris quelque chose?
- Je ne sais pas. A toi de me le dire."

"Elle [Henrietta] avait commencé sa vie d'adulte en écrivant sur le statut de la femme - les critères mouvants d'acceptabilité, qui exactement les faisait bouger, qu'est-ce qui venait en premier : les talons hauts grâce aux quels vous vous sentiez sexy, ou l'homme qui concevait ces talons hauts pour que vous ayez l'air sexy avec eux.à ses yeux."

" Le livre l'avait enfermée ici, sur cette vaste exploitation, avec tous ces hectares et ces animaux, et c'est ainsi qu’elle [Henrietta] avait fini par ressembler à un chat d’appartement dont l'instinct de chasseur ne sert à rien dans un salon au sol recouvert de moquette."

Les avis d'Albertine, kathel, Valérie, Marie Claude, Nadège,

lundi 8 mai 2017

Le directeur n'aime pas les cadavres

Le directeur n'aime pas les cadavres
Rafael Menjivar Ochoa
Quidam éditeur, Les âmes noires, 2017
Traduit par Thierry Davo


Dommage pour ce directeur, car des cadavres, il y en aura...

Le narrateur approche de la trentaine, et après des études de médecine et de criminologie vraisemblablement laissées en cours de route, il a gagné son pain en 'jouant' les cadavres dans des films, pour évidemment d'assez courtes apparitions sans dialogues; son père est un riche et puissant "directeur d'un organe de presse, député et ex-combattant des causes ouvrières".Sa mère est décédée, le père remarié avec Milady, drôle de femme qui le trompe, tout ce monde et leurs proches est environné de gardes du corps, ce qui n'empêche pas les balles de siffler et les cadavres de s'accumuler, tout au long d'une enquête assez décalée et peu conventionnelle, au dénouement inattendu.

Le tout narré sans temps morts, avec le sens de la formule, un certain éclatement de la chronologie. Les codes pour saisir les sous-entendus politiques ou sociaux m'ont un peu manqué, je le sens (oui, le Salvador?), mais même ainsi, c'est un roman (noir) de bon niveau.

(on découvre un journaliste assassiné)
"Les toilettes sentaient mauvais et leur état était pire encore. Le journaliste manquait d'adresse pour tout ce qu'il faisait. Des toilettes comme ça auraient été un motif suffisant  pour lui flanquer une balle en plein visage, mais quelque chose me disait qu'il existait une autre raison."

Les avis de nyctalopes,

vendredi 5 mai 2017

Châteauroux 2017 mâtin quel salon

Pour le salon du livre de Châteauroux, dénommé L'envolée des livres, existe l'officiel, mais aussi le off. Annoncé par des échanges sur Facebook, et en MP. Du bon usage et de l'utilité de Facebook pour les blogueuses.

Les boissons, c'est Sabine (avec modération, mais elle adore partager)
Bouteille d'eau présente dans le fond
mais Sophie a ajouté cette année sa note personnelle
Le goûteux roboratif, c'est à plusieurs (cake, roulés, pain)
avec cette année, pour compléter le fromage de chèvre local, une incursion du Maroilles (miam)
Erwan Larher avait un petit creux après son repas de midi
Chacun se souviendra du pâté et des rillettes faites maison (Eglantine, tu reviens quand tu veux!)
Pour les desserts, qui d'autres que Sylvie/Syl et ses tartes aux pommes plus ou moins expérimentales, mais réussies? Oups, photos, j'ai oublié.

Cette année on a raté l'ouverture du salon, mais quelle importance, on y était juste après.
Stéphanie / Stéphie, oui, elle y était!
ainsi que des habitués ou des petits nouveaux, mais question photos, pareil, oups.
Oui, Marguerite

Sophie Adriansen

Bertrand ou Marc?

Jérôme Attal et Sandra Reinflet

Soleil, soleil
Pour ce week end spécial, Fanja était là, et les limaces rouges, briefées, se sont tenues à carreau. Les hérons et l'écureuil ont assuré, mais elle a raté le coucou je suppose, ainsi que le chevreuil qui a traversé devant moi au retour (caramba, encore raté, il faut revenir)

L'idée (on fait une fixette sur Zao Wou Ki) était de découvrir ses vitraux, au prieuré Saint Cosme près de Tours, par ailleurs ex-demeure de Ronsard.




Avec les arbres derrière...

 Vu la météo, on s'est réfugiées à l'abri pour des boissons chaudes
Voilà, l'impression que tout a passé si vite, d'avoir raté plein de gens, alors : à l'année prochaine!