mercredi 23 août 2017

La petite femelle

La petite femelle
Philippe Jaenada
Julliard, 2015


Mais quelle lectrice idiote je suis parfois! Tenez, Jaenada, j'ai aimé les deux bouquins que j'ai lus de lui, dans sa veine un poil autobiographique mais romancée. J'adore ses digressions et ses parenthèses. Bref, sans doute pour faire durer, je repousse la lecture de ses autres romans. Je précise que j'ai rencontré trois fois l'auteur, et possède deux livres dédicacés. Alors je me suis secouée, ai emprunté deux romans à la bibli et plongé dans La petite femelle.  Et c'est mieux que drôlement bien.

Au départ j'avais une très très vague idée de l'histoire de Pauline Dubuisson, et finalement c'est préférable. Je dirai donc juste qu'élevée par une mère assez absente tout en étant présente, et un père qui voulait la modeler (la lecture de Nietzsche avant douze ans, quand même), elle fréquente des allemands pendant la guerre (déjà fréquentés par son père), subit les représailles de courageux résistants de la vraiment dernière heure préférant s'en prendre prudemment à des jeunes filles, puis commence à Lille des études de médecine. La voie toute tracée de la bonne épouse, pas son truc. Mais elle possède un coeur, ses amours sont assez tumultueuses, et elle  est accusée d'avoir abattu un ex peut-être pas tout à fait ex.
L'affaire a défrayé la chronique et des années après continue de remplir des pages.
Alors Jaenada a remonté ses manches, s'est dit 'trop c'est trop', a plongé dans les archives et les documents et s'est lancé dans un palpitant pavé (merci à lui).

Donc, il enquête, argumente, réfléchit, compare, usant de bon sens et de logique, mais surtout des documents compulsés, sans que jamais ce ne soit lourdingue. N'oubliant pas de rappeler brièvement ou pas des faits d'époque, histoire de camper le décor. Par exemple Dunkerque pendant la guerre (et même après l'armistice, incroyable, la ville n'a été libérée que le 9 mai 1945, et Pauline y était encore!). Ou les prisons pour femmes dans les années 50.
En attendant que les portes de la prison se referment sur elle, Pauline (qui voulait qu'on l'appelle Paulette, comme quoi les prénoms, des goûts et des couleurs, et des modes...) a droit à un procès bien tendancieux et bâclé, 'défendue' par un avocat sympathique mais ne faisant pas le poids face à celui de l'accusation, dans une atmosphère hystérique entretenue par les journaux (et Jaenada n'est pas tendre avec certaine journaliste). Rappelons qu'à l'époque la peine de mort existait encore, même pour les femmes (merci Pétain). Bref, le sang bout quand on découvre certains écrits et propos biaisés, la mise sous silence de faits favorables à l'accusée, etc.

Jaenada est parfaitement convaincant et honnête dans sa présentation et défense de Pauline (s'il imagine, il le dit, et en fait c'est rare). Il démonte aussi l'histoire du viol, apparu des années après. Ses parenthèses et digressions apportent un poil d'humour ironique bienvenu pour souffler un peu. Merci.

Quelques passages
Une enquête sur Pauline : "Elle aimait beaucoup la musique classique, ce qui ne l'empêchait pas de faire admirablement bien la cuisine, de confectionner des robes et d'arranger son intérieur avec beaucoup de goût". Toute une époque, quoi.

Tiens, le roman de 2017? "Maître Maurice Garçon (qui a défendu avec succès, parmi beaucoup d'autres, Henri Girard, Georges Arnaud de son nom de plume, l'auteur du salaire de la peur (...) accusé d'avoir assassiné, à la serpe, son père, sa tante et leur femme de ménage, dans leur château d'Escoire, en Dordogne - c'est une affaire passionnante et mystérieuse ; il sera acquitté après dix minutes de délibération).
Et là, tiens, quand le jeune Modiano croise Pauline? "Il en parlera encore à cinquante-huit ans, à soixante-cinq ans aussi, et à soixante-neuf toujours, après son prix Nobel. "

Et je m'amuse à croiser page 668 Julien Blanc-Gras, dit Va-Partout.

Les avis de Sandrine,

Plus de 700 pages, donc éligible pour le Pavé de l'été chez Brize. Lien vers page récapitulative

lundi 21 août 2017

Le territoire des barbares

Le territoire des barbares
El coracon del tartaro
Rosa Montero
suites Métailié, 2004
Traduit par André Gabastou


"Le pardon d'un être bon suffisait. L'existence d'un juste suffisait pour que la ville échappe à la pluie de feu."

Mon 'dernier' Rosa Montero, en attendant la traduction d'un autre ou l'apprentissage éclair de l'espagnol. Mais un ancien, en fait paru au début des années 2000. Déjà l'univers de l'auteur et son talent de conteuse sont bien présents.

Zarza mène une vie étriquée, mais quasi normale, travaillant comme éditrice et correctrice dans une maison d'édition, rayon romans médiévaux. Un matin le passé refait surface, un coup de téléphone "Je t'ai retrouvée". Elle fuit, en vain, elle est pistée. Comme une mouche se cognant à une vitre, elle parcourt la ville, retrouvant ceux qu'elle avait fréquentés du temps de la Blanche et de la Tour, poursuivie par ce correspondant matinal.

Une ville, une seule journée, pour Zarza qui devra enfin affronter ses peurs et ses culpabilités. Ses souvenirs d'ailleurs sont-ils réels?

Bref, à lire.

Les avis de violette, philisine, luocine,

vendredi 18 août 2017

L'homme qui s'envola

L'homme qui s'envola
Antoine Bello
Gallimard, 2017

Conversation avec ma voisine dans sa voiture. Et vous lisez quoi actuellement? - Oh une histoire un homme qui disparaît qui s'envole. - Ha bon? Oh mais je vois ce que c'est, je voulais le lire, celui-ci. - Pas de souci, je l'ai emprunté à la bibliothèque [de la banlieue où elle réside principalement], je vous le passe à condition que vous l'ayez terminé avant fin août. [Deux jours plus tard, lu!]

Tout a réussi à Walker. Il a tout : une famille aimante, Sarah son épouse et trois enfants, un métier passionnant, et beaucoup beaucoup d'argent. A quarante trois ans, que demander de plus? Eh bien, du temps, du temps. Il fait tout pour en gagner, se démène, jongle entre vie familiale et professionnelle, mais il n'est pas heureux, il étouffe, il veut se libérer. Il décide de tout laisser derrière lui (sauf un paquet d'argent, faut bien vivre) et met en scène sa disparition dans un accident d'avion.

On est à un petit tiers du roman et on se doute que (spoiler : ah ben non, vous croyez que je vais révéler quoi que ce soit?). Là j'ai commis l'erreur de me tourner vers la quatrième de couverture, qui, soupirs, en raconte bien trop à mon goût, mais sans dévoiler toutes les surprises attendant le lecteur.

J'ai englouti ce roman à vitesse record, terminant à plus de 23 heures (ceux qui me connaissent savent que c'est un super critère de page turner!). Le démarrage est peut-être un peu longuet, je n'avais pas d'empathie particulière pour Walker, d'ailleurs en règle générale l'auteur fournit plus de cérébral que de sentimental, ce qui ne me déplaît pas, mais donne parfois une certaine raideur au tout.
Mais une fois la disparition dans les rails, on ne lâche pas, et je peux assurer que c'est extrêmement bien goupillé et raconté, même on s'amuse un peu, dans une sorte de duel (référence au film Duellistes, à un moment), on apprend plein de choses techniques.
Bref, c'est une lecture plaisante, et on se surprend à rêver de changer de vie, pourquoi pas? (envoyer les dons sur le compte n° machin, ça m'aidera)

Les avis de krolpapillon, cuné, motspourmots, qui ont choisi d'en dire un peu plus, mais curieusement j'avais déjà oublié certain détail. Heureusement, car pour ce genre de roman je préfère ne rien savoir (je lis Bello de confiance, systématiquement)

mercredi 16 août 2017

Vargas, jusqu'au bout! (quand sort la recluse)

Cet été 2017 fut consacré (en partie) à une lubie Vargas, à savoir reprendre là où je m'étais arrêtée (Sous les vents de Neptune) et continuer jusqu'au dernier paru. Avec risque de fatigue ou de déception.
Hé bien non.

Temps glaciaires
Fred Vargas
Flammarion, 2015


Pour mémoire, un petit tour en Islande et dans la Révolution Française. Bien bidouillé comme intrigue. Mais comme d'habitude c'est l'ambiance dans la Brigade imaginée par Fred Vargas qui compte, les dialogues fous, les tensions, les errements, un poil de hasard quand même pour résoudre les mystères, les pommes paillasson (recette secrète), un sanglier, de la peur, de la folie...

Et enfin, libéré de la pile des résas par une bibliothécaire qui doit avoir confiance en ma vitesse de lecture (et l'autre usager avait déjà une autre résa), voici la fameuse recluse, dans le peloton de tête des lectures actuelles à en croire les magazines:

Quand sort la recluse
Fred Vargas
Flammarion, 2017

Avec cinq Vargas au compteur estival (no comment, merci ^_^), je commence à discerner quelques constantes. D'abord on est tout de suite bien accueilli dans cette Brigade un peu spéciale, avec rappel de ses particularités, l'ichtyologue, le spécialiste du café, les cheveux de Veyrenc, l'hypersomniaque, et La Boule, Adamsberg et ses méthodes parfois borderline. Souvent du mystère datant de plusieurs siècles, de l'incompréhensible, des traditions obscurantistes. Un poil d'histoire, un rien de sciences voire d'archéologie (nota : Vargas est 'archéozoologue et médiéviste'), des dialogues au cordeau, des déambulations d'où jaillissant les idées, des tensions voire des trahisons (?) au sein de la Brigade, les idées bulles remontant en tête, un poil de hasard, et finalement un ton et une originalité addictives.

Dans ce volume, deux micro enquêtes histoire de chauffer les neurones du commissaire,  mais on repart vite sur des séries de crimes, et comme dans Temps glaciaires, la résolution de l'affaire fera gravement tanguer le lecteur en l'emmenant au plus profond de l'abominable.

Présumée coupable : la recluse, une araignée discrète et peureuse, mais qui peut devenir une arme redoutable, sa morsure ne faisant pas de cadeau...

"Faudra trois paires de menottes quand on tiendra le tueur, dt Noël en ricanant. Une pour chaque paire de pattes.
- Quatre paires de menottes, Noël, rectifia Adamsberg. Elles ont huit pattes."

Les morts suite aux morsures se suivent, se ressemblent, Adamsberg a du mal à convaincre qu'il s'agit de meurtres, puis des liens apparaissent entre les morts, mais il doit par ailleurs affronter des souvenirs enfuis.

Les amateurs d'atmosphère décalée se réjouiront de savoir qu'on ne dit pas de Balzac qu'il ne s'est pas foulé (p 23) et apprécieront les efforts de la Brigade pour nourrir des petits merles fraîchement éclos (p 297).

En conclusion : ce dernier opus est de bonne facture; je lis peu de polars récents et manque de points de comparaison. Mais j'ai fini par fatiguer des ambiances volontairement oppressantes, des passages dédiés aux ressentis des victimes ou des assassins, alors que là, on se fixe sur Adamsberg et ses méthodes parfois embrumées, et c'est bien mieux pour les nerfs.
Juste signaler que j'ai deviné l'identité du coupable avant la fin, c'est rare, mais après six romans, forcément, on a plus de flair.

Avis nombreux, parmi lesquels Papillon, cathulu, delphine, brize, dasola, fanja, Mrs pepys, glaz, actu du noir, d'autres vies que la mienne,

Incroyable : on en parlait au JT du 13 août 2017... (de l'araignée)
http://www.francetvinfo.fr/animaux/araignees-le-retour-de-la-recluse-brune_2326257.html

lundi 14 août 2017

Quarante tentatives pour trouver l'homme de sa vie

Quarante tentatives pour trouver l'homme de sa vie
Rachel Corenblit
la brune au Rouergue, 2015


Note liminaire: ce n'est pas du tout du tout de la chick lit classique, peut-être même pas de la chick lit.

A presque quarante ans, Lucie connaît des ami(e)s, un ex, Pascal, quitté après quinze années, l'ex d'une copine, Romuald, des collègues, des parents d'élèves, un caissier de supérette, des cousins plus ou moins éloignés; elle sort, en boîte, en club de vacances, en club de gym, à la piscine, chez la voisine, chez les amis ou chez elle sur site de rencontre..
Bref, elle bouge, elle imagine, elle essaie, mais rien à faire, l'homme de sa vie, où se cache-t-il?

Alors quand même on rit (mais souvent jaune) , c'est parfois cruel, émouvant plus rarement. Un poil désespérant, je vous préviens, les filles. Des chapitres courts, avec parfois un chapitre 'plus' pour détailler (ça j'aime bien), une sorte de fil directeur, mais dans l'ensemble c'est assez indépendant. Un portrait pas très réjouissant d'une certaine solitude.

Les avis de clara, cathulu, céline, sunalee,

vendredi 11 août 2017

L'usage du monde

L'usage du monde
Nicolas Bouvier
Dessins de Thierry Vernet
Petite bibliothèque Payot Voyageurs, 1995
Paru en 1963 (Librairie Droz)



Récit mythique, récit de voyage, bien plus encore. En 1953 et 1954, deux jeunes amis, à bord d'une vieille Fiat retapée, se retrouvent dans les Balkans, et à partir de là, prévoient "la Turquie, l'Iran, l'Inde, plus loin peut-être. Nous avions deux ans devant nous et de l'argent pour quatre mois. Le programme était vague, mais dans de telles affaires, l'essentiel est de partir." "Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. On croit qu'on va faire un  voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait."
Ils comptent vivre de l'écriture, articles aux journaux locaux, conférences, cours de langue- pour Nicolas Bouvier, ou de peinture- pour Thierry Vernet.

Récit fabuleux, plus de soixante ans ont passé, la Yougoslavie a explosé, et inutile de raconter la Turquie, L'Iran, l'Afghanistan. Quoique, quand je sors d'un rêve jaloux, mis à part ce dernier pays, tout demeure possible (et je sais que les Afghans arrivant en Europe, justement, ont traversé la frontière pour se rendre d'abord en Iran)

Tâchons de nous concentrer sur le récit de Nicolas Bouvier. Déplorons l’absence d'une carte du trajet, qui m'a obligée à fouiner dans mes atlas. A part ça, on y est : odeurs, couleurs, impressions, ambiances!
Mais depuis j'ai trouvé cela , et finalement rêvasser sur les noms des villes sans trop les situer, ce n'est pas plus mal...

Grèce "Les poissons frits brillent comme des lingots dans nos assiettes, puis le soleil s'abîme derrière une mer violette en tirant à lui toutes les couleurs."

Turquie : "L'admirable mosquée de bois où vous trouveriez justement ce que vous êtes venu chercher, ils ne penseront pas à la montrer, parce qu'on est moins sensible à ce qu'on a qu'à ce dont on manque."

Tabriz, où ils passeront l'hiver
"Jamais le travail n'est si séduisant que lorsqu'on est sur le point de s'y mettre.; on le plantait donc là pour découvrir la ville."
(communauté arménienne à Tabriz) "le dimanche à l'église, on chantait tout naturellement à quatre voix: depuis le temps qu'ils se connaissaient, on savait bien que le clan des Arzrouni donnait plutôt des basses, et que les Mangassarian étaient dans les ténors."

Tabriz toujours, avec les Américains désireux de construire des écoles. "Les cadeaux ne sont pas toujours faciles à faire quand les 'enfants' ont cinq mille ans de plus que Santa Claus."

Iran "Moi, ce qui m'y frappe le plus, c'est que l'état lamentable des affaires publiques affecte si peu les vertus privées. A se demander si, dans une certaine mesure, il ne les stimule pas. Ici, où tout va de travers, nos avons trouvé plus d'hospitalité, de bienveillance, de délicatesse et de concours que deux Persans en voyage n'en pourraient attendre de ma ville où pourtant tout marche bien."
Ispahan, photo perso, et franchement, soupirs...
Le Baloutchistan (je place cela entre l'Iran et l'Afghanistan, quoique techniquement en Iran)
"Le Baloutch est plutôt sûr de lui. Son aisance morale éclate dans ce sourire qui flotte à hauteur de barbe et dans le drapé de hardes toujours propres. Il est très hospitalier et rarement importun. Par exemple, ils ne se mettent pas à cinquante pour ricaner bêtement autour d'un étranger qui change sa roue; au contraire, ils offrent du thé et des prunes puis vont chercher un interprète et vous harassent de questions pertinentes.
Pas follement épris de travail, ils se livrent volontiers à la contrebande sur les confins persans, et tirent des fusées vertes pour attirer les merveilleuses patrouilles du Chagaï Frontier Corps pendant que les sacs changent de main sous l’œil de dieu à l'autre bout du désert."

Frontière afghane, justement : "Nos visas étaient expirés depuis six semaines. Il l'avait déjà remarqué sans en être autrement ému. En Asie on ne tient pas l’horaire, et puis, pourquoi nous refuser en août ce passage qu'on nous accordait pour juin? En deux mois, l’homme change si peu."

Plus loin "Il faut un passeport de la police de Kaboul.(...) Ce permis est souvent refusé; mais lorsqu'on lui fournit une raison simple, évidente et qui lui parle -voir du pays, vagabonder - la police est bonne fille. (...) En ajoutant que je n'étais pas pressé, j'ai obtenu mon permis tout de suite."

On l'aura compris, j'ai adoré ce récit, admirablement écrit. Signalons que de belles notions de mécanique (et de la patience!) ont été bien utiles à nos deux voyageurs...

Un incontournable, qui sera prolongé ou accompagné par L'oeil du voyageur, paru chez Hoebeke.
où les photographies de Bouvier prises lors du voyage accompagnent des textes dont certains ont été retravaillés pour L'usage du monde, en tout cas c'est l'impression que j'ai eue à la lecture. Une partie en Inde, qui complète fort bien L'usage du monde.
Présentation d'Olivier Barrot.

Lire le monde (Suisse) chez Sandrine

mercredi 9 août 2017

La dent du serpent

La dent du serpent
A Serpent's Tooth
Craig Johnson
Gallmeister, 2017
Traduit par Sophie Aslanides



Joli mystère au démarrage : une gentille vieille dame déclare que des anges travaillent dans sa maison, effectuant des réparations en échange de quelques provisions. Voilà une affaire pour Walt Longmire, shérif de Durant (comté d'Absaroka)(fin fond du Wyoming), qui le conduira vers un gamin en fuite, une femme disparue, un fou vieux de deux cents ans, une sorte de secte dissidente des Mormons, et de vrais vrais méchants avides de dollars malhonnêtement gagnés. Beaucoup d'armes en circulation (c'est le Wyoming), de l'adrénaline, de la testostérone, de la bagarre, de l'humour et un poil de sentiments (pas trop quand même), des jurons (Vic, franchement, ça fatigue un peu) et heureusement la Nation Cheyenne, Henry Standing Bear.

Comme je n'ai pas lu le précédent, A vol d'oiseau, j'ai dû me faire au mariage de Cady, qui n'apparaît pas, et à l'existence de Double Tough, mais rien de grave. Parfois j'aimerais un peu moins de bagarres et de répétitions (la canine de Vic, ses yeux, Walt qui se retient au bureau pour ne pas tomber), mais globalement ça fonctionne, on suit les péripéties sans avoir le temps de souffler, et même on s'amuse (la découverte de Mon amie Flicka).

Je me gratte la tête au sujet des Remerciements, qui font la part belle aux images autour des serpents, et surtout 'je dois beaucoup à Drew Goodman, qui m'a éclairé sur les implications religieuses de la manipulation des serpents' : j'avoue n'avoir rien décelé dans le texte que j'ai lu!

De toute façon, je demeure accro à la série et en redemande.

Combien la dent du serpent est moins cruelle que la douleur d'avoir un enfant ingrat!
Shakespeare, Le roi Lear, Acte I Scène 4

Les avis de Encore du noir, actu du noir, la livrophage, tant qu'il y aura des livres,

lundi 7 août 2017

Les passagers du Roissy-Express

Les passagers du Roissy-Express
François Maspero
Photographies d'Anaïk Frantz
Seuil, 1990



Ouf, je l'ai retrouvé, ce billet de Yueyin  qui m'a donné envie de lire là absolument tout de suite maintenant ce truc improbable évidemment disponible au magasin de la bibliothèque! Et vous savez quoi? Dès le départ j'ai su q'il allait entrer dans la catégorie coup de coeur.

L'idée de départ, c'est de voyager, et pas en Patagonie orientale ou au Turkménistan central, non, il s'agit de se déplacer au moyen du RER B, de Roissy à La Plaine, sauter Paris intra muros, et reprendre de Laplace à Saint-Rémy lès Chevreuse. Totally wild, quoi. "Que sais-tu de la manière dont on vit à une demi-heure des tours de Notre-Dame?" "Est-ce que tu es jamais descendu, rien que pour voir, à Sevran-Beaudottes ou aux Baconnets, des stations où tu passes si souvent depuis tant d'années..."

Pas de vraie enquête sociologique, ni de reportage, juste découvrir, loger à l'hôtel, comme un vrai touriste, rencontrer les gens, parfois des connaissances déjà repérées, pour servir de guide. Dès les premiers jours, des difficultés attendent François Maspero (preneur de notes) et Anaïk Frantz (la photographe) : hôtels miteux ou complets, absence de plans et de guides, découverte qu'une station peut très bien être plus proche de la ville voisine que de celle dont elle porte le nom, beaucoup beaucoup de marche et de retours en arrière (par le RER)...

Le voyage, réalisé en mai 1989, est ponctué de nouvelles sporadiques des événements de la place Tian'anmen, alors qu'en France se préparent les célébrations du bicentenaire de la révolution. En banlieue, on continue à vivre, défilent pavillons en meulière, zones industrielles, grands ensembles tristounets, parfois jardins ouvriers, canaux. Depuis cette époque, tout a dû encore évoluer, pour le meilleur, pour le pire? Une tour a peut-être implosé, d'autres ont été réhabilitées, chômage et trafic, on ne sait pas. Parfois des rappels historiques, guerre de 70, les deux guerres mondiales, la cité de La Muette à Drancy, la misère de certains quartiers il y a si peu finalement.

"Après tout, comme dit Anaïk, les voyages ne sont pas fait seulement pour se donner des souvenirs. Ils sont faits pour se donner l'envie de revenir."

Un récit formidable, plus informatif qu'on ne croit, à découvrir en dépit des années passées depuis sa sortie, et qui fera rêver même les provinciaux, écrit d'un ton plein d'allant, parfois d'amusement, parfois plus sérieux; où il s'agit souvent de lire entre les lignes.

Je note la référence au film d'Eli Lotar sur Aubervilliers (1945)
https://vimeo.com/132637163

vendredi 4 août 2017

Sous les vents de Neptune (et la suite)

Le dernier opus de Fred Vargas est sorti récemment; mettre la main dessus à la bibli? Même pas en rêve!* Mais c'est l'occasion de me souvenir de l'époque où je dévorais ses romans, alors pourquoi ne pas rattraper le retard? J'ai découvert avec joie qu'il se montait à cinq volumes, non compris cette recluse...

Sous les vents de Neptune
Fred Vargas
Viviane Hamy, 2004

Me voilà replongée sans crier gare dans la Brigade où officie Adamsberg, séparé de Camille, et hanté par l'histoire de son frère, accusé il y a longtemps d'un crime qu'Adamsberg a toujours attribué au juge Fulgence, serial killer sur des décennies, que le commissaire a suivi à la trace sans jamais pouvoir agir, car ce coupable s'arrange pour donner à chaque fois un coupable idéal à la police. Dernièrement, il aurait sévi en Alsace. Léger problème : le juge est mort et enterré depuis seize ans.

Par ailleurs, Adamsberg et quelques collègues se rendent au Québec pour une formation. Mais les événements vont les rejoindre outre Atlantique.

Ouf, j'ai vite repris goût à Fred Vargas, son univers finalement un poil décalé, son commissaire (et ses collègues) un poil hors normes eux aussi, ses dialogues, son humour; ses enquêtes avec toujours un petit côté 'impossible', où elle nous mène d'une main ferme, pas question de prendre un autre chemin!

De souvenir, on lui avait reproché l'usage d'un parler québécois un peu exagéré. Je ne suis pas experte, je dirais seulement que les québécois parlant aux français savent très bien user d'un langage compréhensible et que Vargas aurait pu dans les dialogues s'abstenir de tournures que lesdits québécois devaient traduire juste après.
L'avis de Karine:), blogueuse de là-bas, et bien connue de plusieurs! (on t'attend pour le festival America 2018)

Dans les bois éternels
Fred Vargas
Viviane Hamy, 2006
J'ai lu, 2008


On reste en France, sur Paris, mais avec des incursions en Normandie, où une bande de piliers de café vont tout de même accueillir le commissaire (après les Québécois, les Normands). Des morts, récents, d'autres moins, des tombes rouvertes, une ombre mystérieuse, une recette non moins mystérieuse. Et puis le passé d'Adamsberg qui resurgit.

Bref, ça y est, me voilà bien calée dans cette Brigade, efficace mais un poil folle. Un petit nouveau, qui parle en alexandrins et a des trucs à cacher...
Mention particulière à La Boule, le matou installé sur la photocopieuse (c'est chaud) qui demande à être porté vers sa gamelle. Mais qui saura jouer un rôle dans l'histoire.

On continue avec

Un lieu incertain
Fred Vargas
Viviane Hamy, 2008

On commence à bien prendre le pli, et je ne me lasse pas. Avec ce mini marathon Vargas, je prends conscience que c'est mieux de lire dans l'ordre, les personnages et leurs relations évoluent, même si lentement.
Des chaussures avec des pieds coupés (en Angleterre), une incursion en Serbie, et un meurtre où la victime est ventilée façon puzzle. Beurk, mais avec Fred Vargas on n'a pas le temps de s'en préoccuper, de l'aspect sanglant, et tant mieux.

J'en profite pour glisser quelques passages
"Toute chose très belle ou très laide abandonne un fragment d'elle dans les yeux de ceux qui la regardent."

"Lors de sa visite semestrielle d'inspection - qui visait essentiellement à emmerder le monde vu les résultats indiscutables de la Brigade-, on rangeait prestement les coussins qui servaient de couchette à Mercadet, les revues d'ichtyologie de Voisenet, les bouteilles et les dictionnaires de grec de Danglard, les revues pornographiques de Noël, les vivres de Froissy, la litière et l’écuelle du chat, les huiles essentielles de Kernorkian, le baladeur de Maurel, les cigarettes de Retancourt, et ce jusqu'à rendre les lieux parfaitement opérationnels et invivables."

Plog. (clin d'oeil à ceux qui l'ont lu)

Et pour terminer, en attendant que les deux derniers soient disponibles

L'armée furieuse
Fred Vargas
Viviane Hamy, 2011

Sur fond de croyances médiévales, on retourne en Normandie, mais avec des assassinats bien récents ou à venir. L'équipe s'occupe aussi d'un mort carbonisé dans une voiture, et éventuellement d'un pigeon martyrisé (il va bien, le pigeon, ainsi que la petite chatte dont Adamsberg s'occupe chez lui)
Toujours aussi plaisant à lire, un poil capillotracté, mais on s'en fiche, on ne lâche rien.
Je ne peux pas dire grand chose de plus, sauf qu'on retrouve des personnages arrivés dans le dernier volume, et je conseille de lire dans l'ordre!

Avec quatre romans de Fred Vargas, j'ai largement accompli le challenge série de l'été chez Philippe
*Edit du 3 août : j'ai presque terminé Temps glaciaires, et réussi à emprunter Quand sort la recluse. On ne lâche rien!

mercredi 2 août 2017

Winter is coming

Winter is coming
Pierre Jourde
Gallimard, 2017


Si l'on avait beaucoup parlé de ce récit sur les blogs, je me serais abstenue, car l'exercice de recension de ce type de livre est difficile; mais sans la bibli je n'en aurais rien su, mais il s'agit de Pierre Jourde, que je ne connais pas 'en vrai', et qui m'avait épatée avec Le maréchal absolu, Pays perdu, La première pierre, et d'autres écrits non chroniqués ici. En exergue, une citation de l'Autofictif au petit pois (Chevillard!) du 19 mai 2014.
"Une tombe s'ouvre pour le jeune homme qui avait tant de talents, qui avait un si beau sourire, et dans sa vie accomplie il y a donc son avenir, toutes promesses tenues."

Voilà c'est dit, un jeune homme est mort, à vingt ans. Gabriel, l'un des fils de Pierre Jourde, qui apparaissait rapidement dans La première pierre. Un cancer très très rare (deux cas répertoriés en France, l'autre était dans le même hôpital), sans traitement connu, de quelques mois à deux ans de survie.
Gabriel, alias Kid Atlas, talentueux musicien (Winter is coming est le titre d'un de ses morceaux), doué aussi en dessin, dont le père évoque surtout la dernière année de vie. Se remémorant aussi des souvenirs de son enfance; puis l'annonce du diagnostic, la difficulté à y croire, s'accrocher à la possibilité d'une guérison; les médecins, l'hôpital, les attentes, toujours, partout, pour les examens.
Le lumineux séjour en Martinique, pays de la famille maternelle, lors d'un rémission, hélas vite finie.

Si j'ai lu ce récit, c'est parce que l'auteur, je luis faisais confiance pour rester hors de tout pathos, pour demeurer pudique, quasi factuel, sans jugement. Un très beau livre (et quand même j'ai cédé aux larmes, comment faire autrement?), c'est un père et un écrivain qui s'expriment, impossibles à séparer.

Les avis de sansconnivence, je lis au lit (bons blogs que je découvre par ce biais de recherche d'avis),

lundi 31 juillet 2017

La porte

La porte
Az Ajto, 1987
Magda Szabo
Livre de poche, 2017
Traduit par Chantal Philippe



J'ignore jusqu'à quel point cette narration colle à la réalité, quoiqu'il en soit, la narratrice et son mari sont eux aussi écrivains, et elle, primée. Ayant besoin d'une aide pour tenir sa maison, Emerence lui est envoyée. Celle-ci est en fait concierge d'un immeuble voisin, et choisit ses employeurs."Je ne lave pas le linge de n'importe qui." Elle décide des horaires, ne plie pas quand elle a décidé de quelque chose, se révèle la vraie maîtresse du chien du couple, mais sa fidélité et sa bravoure la rendent indispensable. Son franc parler heurte la narratrice, qui finit toujours par rechercher Emerence.

Durant les vingt années de service d'Emerence se créent entre patronne et domestique des rapports fluctuants difficiles à éclaircir, est-ce de l'amitié? , en tout cas la narratrice ne comprend pas toujours, se ronge de culpabilité, en particulier pour la mort d'Emerence (on le sait dès le début).
Emerence est un personnage fascinant, entier, charitable, une figure du quartier. Au fil du livre le lecteur en apprend beaucoup sur sa vie (extrêmement dure, cette vie).
Qu'y a-t-il derrière la porte toujours fermée de l'appartement d'Emerence? Pourquoi est-elle fermée, d'ailleurs? Ouvrir cette porte ne sera pas sans conséquences pour Emerence et la narratrice.

Autant j'ai été épatée par ma précédente lecture magyare (La mélancolie de la résistance ) qui se révèle au fur et à mesure, autant là j'ai été un peu lassée, après un beau départ en fanfare. Et j'en suis désolée, car je sais qu'il s'agit d'un livre fort. Mais en dépit des révélations sur le passé d'Emerence, on retombe sur les mêmes schémas, la narratrice ne comprend pas Emerence, lui tient tête, enfin, essaie,  et finit par céder, sinon en tête à tête, du moins en mâchonnant ses regrets et remords. Dommage, car à bien y réfléchir l'histoire d'Emerence est poignante et belle.

Les avis de Ingannmic, aleslire, le bouquineur,

Lecture commune avec Fanja
Dans Lire le monde chez Tête de lecture.

vendredi 28 juillet 2017

La cote 400 / Rouvrir le roman



La cote 400
Sophie Divry
Les allusifs, 2010


Après La condition pavillonnaire sans histoire palpitante et plutôt susceptible d'abattre le moral (et j'avais adoré!) j'avais fortement envie de lire les autres romans de Sophie Divry.

La cote 400 est celle des langues, selon la classification de Dewey, nommée maintenant classification universelle. Excellent titre pour ce mince volume dans lequel s'exprime tout du long une bibliothécaire responsable du rayon 'géographie', face à un usager retrouvé dormant dans son sous-sol, à deux heures de l'ouverture habituelle de l'établissement. Ce texte sans paragraphes, virevoltant d'une idée à l'autre, y revenant, etc. permet de connaître la vie de cette femme (abandonnée par l'homme suivi dans cette petite ville, dorénavant fascinée par un jeune étudiant, Martin) et son métier (Dewey, tout ça). Plutôt aigrie, déçue par l’existence, ses supérieurs, la voilà qui s'anime un peu plus positivement à évoquer les lecteurs ou futurs lecteurs qu'elle apprécie, finalement, de conduire vers la lecture.

Alors, à lire au premier degré, mis à part la multitude d'informations intéressantes sur les bibliothécaires, y compris au cours de l'histoire, cela ne semble guère intéressant, voire ennuyeux. Mais que nenni! Encore une fois mieux vaut ne pas lire Sophie Divry trop franco, et gratter sous la surface. Ainsi l'on s'amuse fort de cette logorrhée parfois caustique, ces cotes qui reviennent telles des gags, la rumination de la trahison d'Arthur (oui, il se nommait Arthur), ses opinions tranchées sur quasiment tous les sujets. Et l'on aborde quasiment tous les problèmes se posant actuellement aux bibliothèques, face à un certains désamour de la lecture.

"Quand je vois, à la rentrée, tous ces livres niaiseux qui envahissent les librairies alors qu'ils ne sont, quelques mois plus tard, plus bons qu'à se vendre au kilo. Tous ces bouquins qui vous sautent dessus par centaines, quatre-vingt-dix-neuf pour cent sont juste bons à envelopper les sardines. Pour les bibliothécaires, c'est une calamité. Le pire, ce sont les livres-express, les livres d'actualité: sitôt commandés, sitôt écrits, sitôt imprimés, sitôt télévisés, sitôt achetés, sitôt retirés, sitôt pilonnés. Les éditeurs devraient inscrire à côté du prix la date de péremption, puisque ce sont juste des produits de consommation. Non, vraiment, la rentrée au rayon littérature ce n'est pas ma tasse de thé. (...) Les lecteurs nous assaillent chaque jour pour obtenir le dernier livre dont ils ont entendu parler la veille à la radio. Ils exigent qu'il soit en rayon immédiatement. Il faut résiste, tempérer. Parmi les ouvrages qui sortent en automne, il faut sélectionner la poignée qui s'avèrent dignes d'entrer dans nos rayonnages. C'est un travail de titan. Un travail harassant. Qui n'est plus fait d'ailleurs, plus du tout."(pages 39 et 40, à suivre)

"Empruntez, car autant l'accumulation matérielle appauvrit l'âme, autant l'abondance culturelle l'enrichit.Ma culture ne s'arête pas là où commence celle d'autrui."

Dans la foulée ou presque, je me suis penchée sur

Rouvrir le roman
Essai
Sophie Divry
Notabilia, 2017


200 pages bourrées de marques pages, il y aurait des pages entières à citer, mais pas question. Sophie Divry s'adresse au romanciers, bien sûr, et aussi aux lecteurs. Aux premiers elle propose des pistes à explorer, aux seconds elle permet de réfléchir quand ils ouvrent un roman. Je précise que le tout est parfaitement lisible par quelqu'un qui comme moi n'a pas fait d'études littéraires et n'aime guère voir les phrases parsemées régulièrement de termes techniques. Sophie Divry parle beaucoup du Nouveau Roman, pas forcément pour le défendre à tout crin (à mon avis). Si j'ai bien compris, l'idée qu'on se fait parfois du roman date des classiques du 19ème siècle (et j'en connais d'excellents), mais les Tristram Shandy, Don Quichotte ou La vie de Henry Brulard, "texte autobiographique rempli de plans et de croquis, [qui] ne fut publié que cinquante année après sa mort" prouvent que les explorations expérimentales ne datent pas d'aujourd'hui.

J'ai forcément aimé retrouver quelques auteurs américains, le William Glass du Tunnel (croyez-moi, un truc comme ça, vois n'en lisez pas souvent)." Lire Le Tunnel n'est pas chose aisée, car c'est se confronter physiquement à la phrase de l'auteur américain. On en ressort essoré et ravi.Pour ceux qui cherchent le foisonnement, la défaillance et la métaphore, c'est une fête esthétique. Mais Le Tunnel m'a passionnée tout autant pour son style que pour ce que le héros raconte de son enfance américaine."

Et Proust dans tout ça?
"Chez Proust on est dominé par sa phrase. Soit on refuse la lecture, soit on plie, on cède face à son autorité. Ce qui nous paraissait d'abord obscur devient lumineux, ce qui nous donnait de la peine est source de joie. L'histoire, quasi absente, on est incapable de la raconter. La qualité de l'écriture, la jouissance des mots suffisent à nous procurer le désir d'y retourner. A l'inverse, un mauvais style fera perdre tout intérêt à une histoire, même des plus romanesques (on a tous un jour acheté un roman pour l'histoire qu'il contenait, sans arriver à le finit pour cause d'inanité stylistique).

"Mais attention: s'il n'y a pas d'obligation à écrire un récit, il n'y a pas de honte non plus.
La littérature de recherche a voulu libérer le roman de l'obligation de schéma narratif linéaire, pas le corseter dans une autre obligation. Refuser l'intrigue-histoire n'est pas en soi plus artistique que de l'embrasser. Un romancier est libre de s'ouvrir à la narration quand il le désire, et de s'en débarrasser quand c'est utile. Car, enfin, la narration peut être autre chose que secret-de-famille-enfin-dévoilé, petites-quêtes-convergentes, tous-différents-mais-on-s'accepte, obstacles-nombreux-mais-l'amour-triomphe... (...) on pourrait chercher dans d'autres directions. "(suivent des pistes)p 198

En définitive, je n'ai pas eu envie de me prendre la tête à sortir un joli billet structuré, en sortant de cet essai plutôt tonifiant, fourmillant d'idées, critiquable sans doute mais ayant le mérite de revenir à des écrits 'théoriques' , ce qui pour un romancier est un retour à une tradition semble-t-il délaissée. J'ai trouvé le tout plutôt ouvert et en retiens que le romancier (et le lecteur) ne doivent pas se laisser enfermer et faire usage de leur curiosité.
Mes envies de lecture futures n'en sont pas sorties indemnes, oui, je vais reprendre Tristram Shandy, oui, je vais lire L'arc-en-ciel de la gravité, oui je reprendrai 2666, oui je sortirai le Butor de ma PAL 'historique', oui je veux continuer avec Genette, Pérec, mais je continuerai à lire Balzac et du feel good, na!

Des avis chez Sandrine,(tu sais, j'aurais dû prendre plus de notes, j'avais déjà oublié ce qu'elle dit de Bergounioux!) , Papillon, Marque-pages,

mercredi 26 juillet 2017

Comme au cinéma / Commis d'office

Comme au cinéma
Petite fable judiciaire
Hannelore Cayre
Métailié, 2012


Après l'excellentissime La Daronne, j'ai englouti Toiles de maître et Ground XO, eu la paresse d'écrire un billet, mais pour Comme au cinéma je me bouge un peu parce qu'après, plus grand chose à l'horizon!

L'auteur est avocate pénaliste et sait de quoi elle parle quand elle conduit son lecteur en plein procès, à Chaumont, tout près de Colombey-les-Deux-Eglises (oui, ce Colombey là), où se déroule un festival de cinéma auquel la star Etienne Marsant a accepté de participer, surtout pour noyer son ennui.
Quel rapport, à part géographique, entre les deux histoires? Justement c'est à découvrir.

Face à l'infect président de cour d'assises, se dresse un avocat désabusé.

"Il n'y pouvait rien, il s'en défendait même, mais il avait de l'admiration pour ce garçon.
Abdelkader Fournier était ce genre de braqueur qui envisageait l'attaque de banques non pas comme un moyen de gagner de l'argent facilement mais comme un défi sportif; l'idée étant de se faire le plus de banques possible dans une espèce de course vers l'irréversible. C'était d'un romantisme torride.
(...)
Le charmant sociopathe avait toujours plein d'histoires rocambolesques à lui raconter alors qu'il trouvait la société de ses enfants (...) ennuyeuse comme une chanson de la nouvelle scène française.
Voici ce qu'il plaiderait dans un monde où les jurés auraient été  tirés au sort parmi des gens intelligents... "

"C'est dans vos écoles qu'on vous apprend à mentir ou vous naissez tous comme ça?"

Bref, c'est caustique, pas politiquement correct, et très drôle (ah le choix des jurés, ou la jeune Sylvie, que de la poésie)
Les avis de kathel, qui vous conduira à  Clara et Yv (aussi sur lecture écriture)

Plus tard...
Le premier volume de la trilogie avec l'avocat Christophe Leibowitz-Berthier, Commis d'office (avant Toiles de maître et Ground XO) s'est matérialisé à la bibliothèque, alors je l'ai englouti! (et maintenant, j'ai tout lu de l'auteur!)

Commis d'office
Hannelore Cayre
Métailié Suires, 2004 et 2017

"J'étais parvenu à atteindre une vitesse de croisière qui ne laissait présager en rien ma situation actuelle : une vie à deux avec un type de cent trente kilos qui ronfle au-dessus de mon oreille, dans une studette de neuf mètres carrés avec barreaux, exposée plein sud avec vue sur promenade - à Fresnes."

Même si tout se passe bien avec Dragan Dostom, son camarade de cellule, proxénète et albanais, qu'il initie aux subtilités des romans de Flaubert, pourquoi et comment l'avocat -commis d'office la plupart du temps- se retrouve-il en prison?

Haaaa c'est toute une histoire, où l'on croise des gens fâchés avec la loi et prêts à toutes les magouilles... Efficace et caustique, toujours.

"Nous étions mardi. Vendredi, je serais millionnaire et en taule."

lundi 24 juillet 2017

Une activité respectable / Le dernier amour d'Attila Kiss

Une activité respectable
Julia Kerninon
la brune au rouergue, 2017


J'avais tellement été épatée par Buvard, et les billets des blogs étaient si enthousiastes que j'ai honte d'avouer que je suis un peu restée à côté (un signe qui ne trompe pas : je n'ai noté aucun passage, rien, pas de marques pages en hérisson) . Étrange pour un récit sur -si j'ai bien compris- la rage de lecture et d'écriture, une rage vitale, croyez-moi! Est-ce le parti pris de l'auteur de distiller les informations au compte goutte, ce qu'elle veut et quand elle veut (et c'est son droit, c'est d'ailleurs virtuose), toujours est-il que j'ai eu du mal à m'attacher, me demandant de quoi vivaient ces gens là (j'ai eu la réponse, des métiers parfaitement ordinaires et honorables) et comment l'auteur s'y prenait pour vivre d'écriture et d'eau fraîche ? (j'ai eu la réponse, et là ça m'a enfin touchée, elle a vraiment ramé dur comme serveuse, mais c'était un peu tard, au point d'avoir pensé lors de son séjour à Budapest, 'elle aurait pu se contenter d'un an en Creuse, ça l'aurait fait aussi')

Inconsciemment -et cela prouve que Julia Kerninon est trop forte- je me suis lancée dans une longue phrase, c'est toujours bon signe quand l'auteur influe sur l'écriture de mon billet. Même si je n'ai pas fignolé l'affaire, hélas, et ne lui arrive pas à la cheville. Juste respect et reconnaissance de la part d'une lectrice vorace que son environnement familial ne poussait absolument pas à la lecture, preuve s'il en est que l'espoir est permis à tous. Un poil jalouse de l'auteur si bien entourée dès l'enfance, si douée, et -ne l'oublions pas - si bosseuse (ce qui n'est pas un reproche, Flaubert aussi était un bosseur).

Les avis de motspourmots, culturelle, les mots de la fin, tu vas t'abîmer les yeux, aifelle Cathulu Cuné Noukette Sandrine Yv (copié collé chez aifelle)

Budapest, donc, où l'on retrouve Attila Kiss

Le dernier amour d'Attila Kiss
Julia Kerninon
la brune au Rouergue, 2016

Je plaisantais avec la Creuse, bien sûr, mais ce roman aurait eu un chic fou à s'y dérouler, au lieu d'une Hongrie demeurée finalement assez vague ( Attila, la grande plaine, Budapest), mais sans rien d'indispensable. Attila Kiss, quinquagénaire ayant laissé derrière lui (quelque part pas loin), femme, maîtresse, enfants, bosse la nuit dans une fabrique de foie gras (et les pages 32 à 35 sont absolument inoubliables), peint dans son appartement, est assis un jour à une terrasse de café; arrive droit sur lui Theodora, viennoise, riche, elle s'assied, et voilà comment débute, non pas le roman, mais le dernier amour d'Attila Kiss.

Je suis vraiment désolée, mais ce roman m'a paru ressembler à la puszta, à savoir manquer d'aspérités. J'ai bien saisi ce qui sépare a priori les personnages, aimé l'évocation de la Hongrie cruellement démembrée au 20ème siècle, l'écriture de Julia Kerninon est admirable, la maîtrise du temps est parfaite, mais je suis passée à côté, légèrement agacée peut-être par le parti pris d'utiliser l’italique pour séparer dialogues et pensées, en dépit de 'pensait-il' et autres 'lui exposa-t-elle' (je pense que j'aurais suivi sans cela, Julia Kerninon, je le répète, se débrouille très bien)

Cela peut se révéler somptueux à lire:
"Dans le lit, avant qu'il éteigne la lumière, elle lui tendait ses boucles d'oreilles et il les regardait un instant, dans sa main en coupe, lourdes, rutilantes, comme les ornements de classe dont elle se défaisait pour coucher avec lui."

Les avis de motspourmots, culturelle, jostein, antigone,beaucoup plus laudateurs, alors faites-vous votre opinion, et n'écoutez pas la grincheuse! Julia Kerninon a un réel talent d'écrivain, pas de souci!

vendredi 21 juillet 2017

L'état des lieux

L'état des lieux
The Lay of the Land
Richard Ford
Editions de l'Olivier, 2008
Traduit par Pierre Guglielmina




Après Un week-end dans le Michigan (quelques avis) paru en 1986, traduit en français en 1999, et Independance, Prix Pulitzer 1996 (quelques avis), L'état des lieux (un avis) sera suivi par En toute franchise en 2015.

Ces quatre romans ont pour personnage principal Frank Bascombe, journaliste sportif puis agent immobilier. Dans Un week end dans le Michigan (techniquement, lui et son amie de l'époque n'y passent pas tout le WE de Pâques, mais c'est le titre français), le lecteur fait sa connaissance; Independance est centré sur la journée du 4 juillet, quelques années plus tard. Pour L'état des lieux, nous sommes en 2000, à l'approche de la fête de Thanksgiving.

Je n'ai pas écrit de billets pour les deux premiers, mais je garantis que la 'série' est plutôt addictive, même si l'on prend son temps et qu'il ne s'y passe rien de vraiment sensationnel. Mais on ne lâche pas. Les événements sont donc encore centrés sur quelques jours, avec des rappels plus ou moins développés de ce qui s'est passé durant les années où on a quitté Frank Bascombe. Cette fois, à cinquante-cinq ans, il doit faire face à un cancer et au départ de sa femme; il a quitté la ville de Haddam, même s'il garde des liens, son associé est un immigré d'origine tibétaine, bref il arrive quand même de l'inattendu, émouvant, tragique ou drôle. Frank Bascombe pose son regard sur le changement de l'Amérique; dans son petit coin, cette Amérique où point la dégringolade de l'immobilier, cette Amérique des traditions mais aussi des centres commerciaux envahissants. Et c'est juste le moment post élections où l'on recompte les voix en Floride.

Richard Ford décide de la vitesse de narration, déroulant les pensées et les souvenirs de Frank, à sa guise. Pas de suspense vraiment, mais un ensemble tellement plaisant que je signe pour le volume 4, En toute franchise. Je signale que c'est tellement bien bidouillé qu'on peut lire dans le désordre, d'ailleurs j'avais commencé par Indépendance...

"laisser la communauté faire ce que les communautés font très bien : supprimer la diversité, décourager l'individualité, punir l'exubérance et trouver le langage adapté pour que ça paraisse bon pour tout le monde - l'Amérique, ce n'est rien d'autre."
"Elle m'a dit que cet avocat avait d''excellentes relations', ce qui veut dire soir la mafia, soit le gouvernement, quelle que puisse être la différence."

Plus de 700 pages, donc éligible pour le Pavé de l'été chez Brize.

mercredi 19 juillet 2017

Ronce-Rose

Ronce-Rose
Eric Chevillard
Les éditions de Minuit, 2017

Ronce-Rose est une petite fille dont le lecteur lit le journal de bord au fur et à mesure.
"J'ai repris ma marche dans la ville, comme si je sortais de mon carnet pour continuer l'histoire en vrai, debout dans une phrase nouvelle qui va je ne sais où et que je ne pourrai écrire que quand je serai arrivée au bout."

Elle vit avec Mâchefer (son père, sans doute), lequel se livre à des activités mystérieuses (pour elle) avec son ami Bruce. Un jour Mâchefer ne revient pas, elle part à sa recherche. Son univers se réduisait à peu, Scorbella la très vieille dame, et un voisin unijambiste, maintenant elle va explorer le monde.

"Quand je marche derrière lui [le voisin]c'est la jambe droite qui lui manque mais quand on se croise, c'est la gauche. Je ne m'en étonne plus. Je pense qu'il a plus de pouvoirs que Scorbella pour danser comme ça d'un pied sur l'autre avec une seule jambe. Ou alors il alterne pour reposer celle qui porte tout son poids, peut-être.
J'aimerais bien savoir comment ça lui est arrivé. (...) Mâchefer me déconseille de le lui demander. Ce serait indiscret, d'après lui. Et si je lui parle alors de la jambe qu'il a encore? Mâchefer hoche la tête pour dire non plus. Pourtant là, je ne vois pas ce qu'il y aurait d'indiscret puisqu'il l'exhibe, franchement, s'il se vexe pour ça! Quand je le rencontre en tout cas, je fais bien attention à ne regarder que la jambe qu'il a encore pour ne pas le mettre mal à l'aise.
En même temps, je sais comment c'est fait, une jambe qu'on a encore, assez vite ça ne m'intéresse plus de la regarder et quand mes yeux se détournent d'elle, inévitablement je tombe dans le trou d'à côté, le trou de la jambe qui manque, je perds pied dedans moi aussi."

Sur 140 pages se déroule la quête de la petite, pleine de fraîcheur et d'imagination, à vue d'enfant, mais toujours claire pour l'adulte lecteur qui, lui, en sait plus. Poétique, tragique, avec ce petit décalage déjà aimé dans l'Autofictif du même auteur.

"Ce n'est pas tellement le problème du jambon, j'ai encore de l'avenir, la truie qui cherche ses neuf petits en couinant comme une truie qui a perdu ses neuf petits les trouvera dans notre congélateur. Ils sont en tranches, je préfère la prévenir. Je ne sais pas comment ça se passe, en cas de découverte brutale, si domine vraiment la joie des retrouvailles."

Bon, c'est Chevillard, vous l'aurez compris... Je me lirais bien un autre Autofictif, maintenant...

lundi 17 juillet 2017

La sonate à Bridgetower

La sonate à Bridgetower
(sonata mulattica)
Emmanuel Dongala
Actes sud, 2017


Quelle excellente idée a eu Emmanuel Dongala de nous offrir cette 'fiction fondée sur des faits réels", qui a dû lui valoir des heures de recherche documentaires, avec pour résultat un livre passionnant.

Il semblerait que George Bridgetower fut le premier dédicataire de la sonate à Kreutzer de Beethoven, rien que ça! Fils d'un noir originaire de la Barbade (ou bien?) et d'une polonaise (ou bien?), c'était un violoniste prodigue qui dès l'âge de 10 ans était connu à Paris puis Londres, poussé par son père qui se la jouait un peu Leopold Mozart, quoi. Paris en 1798, son ambiance culturelle et scientifique, puis Londres et Bath, et pour terminer, Vienne, prennent vie à nos yeux.

Musique, donc, mais on croise aussi le chevalier de Saint-Georges, Alexandre Dumas père, Herschel (et sa scientifique de soeur) , Lavoisier, Condorcet, on lit Laclos, Bernardin de Saint Pierre, on croise Olympe de Gouges, des défenseurs(seuses) de la cause féminine, et l'on découvre mille choses sur la vie des noirs à cette époque. Enfants serviteurs esclaves, en Angleterre, police des Noirs, en France, et des 'inconnus' tels Olaudiah Equiano et d'autres ayant laissé des Mémoires, les horreurs de l'esclavage arabe, le cruel destin post mortem d'Angelo Soliman.

Une lecture hautement recommandable (et élégamment écrite!) qui ouvrira les horizons du lecteur.

En 1800, vers l'âge de 20 ans https://fr.wikipedia.org/wiki/George_Bridgetower
Les avis de Gangoueus, Brize, Hélène, lecture écriture,
Lecture commune avec A Girl (merciiiiiiii): son billet

vendredi 14 juillet 2017

La vie du livre contemporain

La vie du livre contemporain
Etude sur l'édition littéraire 1975-2005
Olivier Bessard-Banquy
Presses Universitaires de Bordeaux & du Lérot, 2009


Promis, ma fixette sur le rayon 070 de la médiathèque en général, et Olivier Bessard-Banquy en particulier va connaître une pause! 325 pages pour ce nouvel opus, toujours excellemment présenté (fluide, clair, élégant, intelligent, intéressant), mais -et ce n'est pas la faute de l'auteur- un poil plus technique que le précédent. La vie éditoriale française se met à devenir aussi glamour que l'économie, et ce ne sont pas toujours des amoureux des livres qui mènent les barques. De gros sous font le printemps, les auteurs continuent à changer de crèmerie, ou pas. Ah on ne peut pas avoir un assassinat d'éditeur à tous les coups (tout de même une fatwa sur les éditeurs de Salman Rushdie), et les situationnistes envoyant des lettres d'injures à Gallimard font un flop, l'éditeur en a vu d'autres. "Les lettres des situationnistes sont des bluettes comparées à celles signées Louis-Ferdinand Céline." Quelques auteurs tels Sagan mettent un peu de fantaisie, mais tout cela paraît fort sérieux.

C'est l'époque d'Apostrophes, sans vraiment de descendance depuis 1990. Je ne connais pas LGL, est-ce prescripteur comme l'émission de Pivot?

"Les professionnels comprennent-ils alors le bien-fondé d'une politique éditoriale intransigeante? Il ne s'agit pas seulement pour l'éditeur littéraire de capitaliser des succès à court, à moyen comme à long terme, il s'agit aussi pour lui de donner envie aux meilleurs auteurs de demain de venir publier dans sa maison. Et surtout de vouloir y rester le jour du succès venu."

Qui se souvient de Sulitzer? Vraiment un phénomène intéressant.
Où l'on voit aussi apparaître l'ancêtre des liseuses. Chère et peu performante.

A lire ce livre (j'ai zappé quelques passages un peu trop techniques sur les achats et ventes) je m'aperçois que bien des 'petites maisons' doivent leur succès à leur spécialisation dans tel ou tel domaine, par exemple Picquier et la littérature asiatique, et qu'il m'arrive souvent de faire confiance à un éditeur pour ses choix que je pressens de qualité (d'autres éditeurs paraissant un peu plus interchangeables dans leurs offres)

mercredi 12 juillet 2017

Vernon Subutex 3

Vernon Subutex 3
Virginie Despentes
Grasset, 2017


Oui, 3, et en dépit d'un utile Index des principaux personnages déjà fréquentés dans les 1 et 2, mieux vaut démarrer par iceux.
Si la rencontre se fait, alors la lecture du 3 devient incontournable.

Autour de Vernon et de ses 'convergences', se retrouve la même bande; il se défend d'être un gourou, mais il se passe 'quelque chose'.
"- Kiko, t'a encore écouté France culture? Arrête. On te l'a déjà dit. Ça se mélange super mal avec la cocaïne. Je suis DJ, je ne suis pas un putain de prophète."

Après l'expédition punitive contre Dopalet (me souviens plus de la raison d'ailleurs, peu importe) Céleste et Aïcha sont à l'abri, mais pour combien de temps? La Hyène veille, mais elle ne peut se trouver partout. Après le décès de Charles, Véro hérite, avec les conséquences que l'on apprendra.

Voilà, c'est toujours bien fichu, bien rythmé sans temps morts, avec cette écriture punchy que je n'oserais dire bien burnée (vous voyez ce que je veux dire), les réflexions et opinions personnelles pas forcément partagées par Despentes et pas forcément politiquement correctes, mais qui vous bougent quelques neurones et les sourcils, le tout dans une France des années 2015 et 2016, et les événements que tous ont en tête. On en ressort la tête à l'envers, après un finale explosif, et un goût amer dans la bouche.

Hautement recommandable.

(suite de la conversation voir la citation plus haut:
J'y ai bien réfléchi, il faut raconter l'histoire. Je pense qu'on devrait contacter uen romancière; J'ai commencé à faire une short-list.
- Arrête France Culture. Tu fatigues tout le monde avec ça.
(...) Il insiste
- Je pense à embaucher une romancière, assez douée pour mettre ça en forme, mais qui n'ait pas non plus trop de succès, sinon elle n'en fera qu'à sa tête et au bout de trois mois elle va nous casser les couilles avec des idées à elle dont on ne voudra pas entendre parler.)

Les avis de Papillon, Eva, sibylline de lecture écriture, Le bouquineur,

lundi 10 juillet 2017

Avant que les ombres s'effacent

Avant que les ombres s'effacent
Louis-Philippe Dalembert
Sabine Wespieser, 2017


"Avant que fraîchisse le jour, que s'effacent les ombres..." Cantique des cantiques, II, 17.

Ayant juste lu rapidement des billets sur ce roman (motspourmots, aifelle) j'avais retenu qu'il s'agissait d'une histoire de juifs réfugiés à Haïti, et que c'était formidable. Donc que je voulais le lire!

"Ces deux dernières années [on est en 1939], Haïti avait accueilli quelques dizaines de Juifs, venus de Pologne et d'Allemagne pour la plupart. Les informations récentes avaient amené le nouveau gouvernement à prendre des décisions radicales, en signe de désaveu officiel de la politique de ce monsieur Adolf. Trois semaines plus tôt, il avait publié un décret-loi permettant à tout Juif qui le souhaitait de bénéficier de la naturalisation in absentia."

Où l'on apprend que l'île n'a pas hésité à accueillir des réfugiés, et, en 1941, son président à déclarer la guerre à l'Allemagne et l'Italie. Ne pas se moquer de cette dernière décision! Alors qu'à cette époque le Saint Louis avait erré à la recherche d'un point de chute, pour revenir en Europe...

Sur la base de faits réels, Louis-Philippe Dalembert imagine les aventures de la famille Schwartzberg, et particulièrement de Ruben, médecin désormais presque centenaire, accueilli dans l'île en 1939. La Pologne, puis Berlin, d'où ils s'échappent par divers moyens. Grâce à Ruben, dont l'enfance a été marquée par De l'égalité des races humaines de Anténor Firmin, l'on fera connaissance de personnages forts dans le Paris joyeux et fêtard des années 30, et de la magie des Caraïbes.

Je préfère ne pas tout raconter, car c'est un vrai bonheur de découvrir cette histoire et surtout, pour moi, l'écriture vive, truculente parfois, poétique ailleurs, vraiment une belle découverte (et je pourrais revenir à cet auteur)

"S'il [Ruben] avait accepté de revenir sur cette histoire, c'était pour les centaines, les millions de réfugiés qui, aujourd'hui encore, arpentent déserts, forêts et océans à la recherche d'une terre d'asile. Sa petite histoire personnelle n'était pas, par moments, sans rappeler la leur. Et puis, pour les Haïtiens aussi. Pour qu'ils sachent, en dépit du manque matériel dont ils avaient de tout temps subi les préjudices, du mépris trop souvent rencontré dans leur propre errance, qu'il restent un grand peuple. pas seulement pour avoir réalisé la plus importante révolution du XIXe siècle, mais aussi pour avoir contribué, au cours de leur histoire, à améliorer la condition humaine. Ils n'ont jamais été pauvres en générosité à l'égard des autres peuples, le sien en particulier; Et cela, personne ne peut le leur enlever."

Un avis de claudia lucia, sandrine, sous la grêle osée,

vendredi 7 juillet 2017

Fendre l'armure / Briser la glace

Fendre l'armure
Anna Gavalda
le dilettante, 2017


J'aime bien Anna Gavalda, j'ai lu quelques romans et recueils de nouvelles. De plus j'ai lu et entendu du bien sur ce dernier opus. J'ai donc foncé, espérant retrouver la Anna Gavalda que j'aime, celle qui m'avait épatée avec des nouvelles, il y a longtemps. Parce que la dame s'en tire bien, rayon nouvelles, et ce n'est pas courant.

J'aurais voulu aimer, en fait j'ai aimé, mais, comment dire? Un poil de too much et de ficelles apparentes, un poil longuet parfois, des métaphores tirées jusqu'à plus soif. Pourtant ces histoires se lisent bien, les différentes voix sont différenciées par le style, il n'y a pas forcément de chute (c'est TB ainsi) et parfois le lecteur doit choisir (et c'est TB). Mais je n'aime pas avoir parfois l'impression de violons sirupeux jouant dans le fond (mon petit coeur est dur)(mais j'ai quand même frémi quand le petit gamin n'avait pas le réflexe koala)(et quand le père comprend ce qu'est avoir du mal à respirer)

"Ho, protestas-tu, je n'en suis qu'au préambule, là. C'est après que ça devient triste.Garde un peu de larmes pour plus tard sinon tu ne vas pas compatir comme il faut et je serai déçue."

"Tu en connais des hommes qui divorcent pour leur maîtresse, toi? Avec des enfants en bas âge? Et un crédit? Et une Audi? Et un chien? Et un lapin nain? Et une culpabilité? Et une maison de famille à la Trinité? Non, bien sûr que non."

Les avis bien plus positifs et enthousiastes de cathulu, cuné, ludovic chez leiloona,


Aucun rapport avec: Briser la glace (fendre/briser?) mais je veux en parler car là c'est plus mon créneau de lecture, et tant qu'à avoir des avis brefs, on les réunit.

Briser la glace
Julien Blanc-Gras
Paulsen, 2016



Juste quelques impressions : comme j'ai fait un voyage en gros dans le même coin (mais bien moins long) je garantis que Julien Blanc Gras a parfaitement mis en valeur l'ambiance, la beauté, les problèmes, etc.du Groenland, et ceci avec un humour léger comme on aime. Plein de détails vrais.
Je recommande fortement ce récit, et durant ma lecture j'ai eu en mémoire les photos prises en août dernier.

Allez, je donne le lien vers mes billets de voyage, franchement, le Groenland, quel voyage!
ici et  (plein les yeux...)
Les avis de Fanja,

mercredi 5 juillet 2017

Le grand roman des maths

Le grand roman des maths
De la préhistoire à nos jours
Mickaël Launay
Flammarion, 2016


Il ne faut pas abuser des bonnes choses, donc après Alex au pays des chiffres , j'ai volontairement laissé passer quelques mois avant d'aborder un sujet similaire, à savoir l'histoire des mathématiques. Parce que quand même je risquais de retrouver quelques personnages (Pythagore et al-Khwarizmi au hasard!) et de connaître quelques épisodes.Amis lecteurs fâchés avec les maths, ne craignez rien, l'auteur ne désire pas surchauffer vos neurones, juste proposer de belles histoires (vraies) et démolir quelques a priori.

Au point qu'au départ je lisais d'un œil distrait, sans fatiguer, appréciant les incursions culturelles permettant de tourner autour du pot sans perdre le lecteur. Par exemple Bagdad, fondée au 8ème siècle par le calife Al-Mansûr, une ville paraissant fabuleuse (à l'époque...). Appelée la Cité de la Paix, la cité des lumières, la capitale du monde...

Mais ce qui est bien avec les mathématiques, c'est qu'on apprend toujours. J'ai découvert une méthode drôlement bien pour expliquer facilement pourquoi le produit de deux négatifs est positif (problème embêtant beaucoup Stendhal) et d'où tombent ces définitions de trigonométrie.

C'est bourré d'informations reliées à notre quotidien, prouvant l'utilité manifeste des mathématiques même si on ne s'en rend pas compte (enlève les maths, t'as plus de GPS) dans plein de domaines (informatique, statistiques, économie, météorologie...)

Et même, et même... Sachez que l'on peut être sensible à la beauté et à l'élégance en mathématiques (si, si), et je suis restée comme deux ronds de flan devant les photos  de l'ensemble de Mandelbrot (un truc assez simple, sans utilité manifeste, mais beau)(voir ici )

Et ce débat sur la nature des mathématiques : "sont-elles des inventions humaines ou ont-elles une existence indépendante?" (vous avez quatre heures)

Pour terminer, j'ai apprécié énormément que l'auteur cite pas mal de femmes mathématiciennes au cours de l'histoire, il y en a , mais on n'en parle pas souvent, alors merci!

L'auteur propose des videos très sympa sur internet (site micmaths)

Un grand merci à Fanja (son billet)