lundi 21 août 2017

Le territoire des barbares

Le territoire des barbares
El coracon del tartaro
Rosa Montero
suites Métailié, 2004
Traduit par André Gabastou


"Le pardon d'un être bon suffisait. L'existence d'un juste suffisait pour que la ville échappe à la pluie de feu."

Mon 'dernier' Rosa Montero, en attendant la traduction d'un autre ou l'apprentissage éclair de l'espagnol. Mais un ancien, en fait paru au début des années 2000. Déjà l'univers de l'auteur et son talent de conteuse sont bien présents.

Zarza mène une vie étriquée, mais quasi normale, travaillant comme éditrice et correctrice dans une maison d'édition, rayon romans médiévaux. Un matin le passé refait surface, un coup de téléphone "Je t'ai retrouvée". Elle fuit, en vain, elle est pistée. Comme une mouche se cognant à une vitre, elle parcourt la ville, retrouvant ceux qu'elle avait fréquentés du temps de la Blanche et de la Tour, poursuivie par ce correspondant matinal.

Une ville, une seule journée, pour Zarza qui devra enfin affronter ses peurs et ses culpabilités. Ses souvenirs d'ailleurs sont-ils réels?

Bref, à lire.

Les avis de violette, philisine, luocine,

vendredi 18 août 2017

L'homme qui s'envola

L'homme qui s'envola
Antoine Bello
Gallimard, 2017

Conversation avec ma voisine dans sa voiture. Et vous lisez quoi actuellement? - Oh une histoire un homme qui disparaît qui s'envole. - Ha bon? Oh mais je vois ce que c'est, je voulais le lire, celui-ci. - Pas de souci, je l'ai emprunté à la bibliothèque [de la banlieue où elle réside principalement], je vous le passe à condition que vous l'ayez terminé avant fin août. [Deux jours plus tard, lu!]

Tout a réussi à Walker. Il a tout : une famille aimante, Sarah son épouse et trois enfants, un métier passionnant, et beaucoup beaucoup d'argent. A quarante trois ans, que demander de plus? Eh bien, du temps, du temps. Il fait tout pour en gagner, se démène, jongle entre vie familiale et professionnelle, mais il n'est pas heureux, il étouffe, il veut se libérer. Il décide de tout laisser derrière lui (sauf un paquet d'argent, faut bien vivre) et met en scène sa disparition dans un accident d'avion.

On est à un petit tiers du roman et on se doute que (spoiler : ah ben non, vous croyez que je vais révéler quoi que ce soit?). Là j'ai commis l'erreur de me tourner vers la quatrième de couverture, qui, soupirs, en raconte bien trop à mon goût, mais sans dévoiler toutes les surprises attendant le lecteur.

J'ai englouti ce roman à vitesse record, terminant à plus de 23 heures (ceux qui me connaissent savent que c'est un super critère de page turner!). Le démarrage est peut-être un peu longuet, je n'avais pas d'empathie particulière pour Walker, d'ailleurs en règle générale l'auteur fournit plus de cérébral que de sentimental, ce qui ne me déplaît pas, mais donne parfois une certaine raideur au tout.
Mais une fois la disparition dans les rails, on ne lâche pas, et je peux assurer que c'est extrêmement bien goupillé et raconté, même on s'amuse un peu, dans une sorte de duel (référence au film Duellistes, à un moment), on apprend plein de choses techniques.
Bref, c'est une lecture plaisante, et on se surprend à rêver de changer de vie, pourquoi pas? (envoyer les dons sur le compte n° machin, ça m'aidera)

Les avis de krolpapillon, cuné, motspourmots, qui ont choisi d'en dire un peu plus, mais curieusement j'avais déjà oublié certain détail. Heureusement, car pour ce genre de roman je préfère ne rien savoir (je lis Bello de confiance, systématiquement)

mercredi 16 août 2017

Vargas, jusqu'au bout! (quand sort la recluse)

Cet été 2017 fut consacré (en partie) à une lubie Vargas, à savoir reprendre là où je m'étais arrêtée (Sous les vents de Neptune) et continuer jusqu'au dernier paru. Avec risque de fatigue ou de déception.
Hé bien non.

Temps glaciaires
Fred Vargas
Flammarion, 2015


Pour mémoire, un petit tour en Islande et dans la Révolution Française. Bien bidouillé comme intrigue. Mais comme d'habitude c'est l'ambiance dans la Brigade imaginée par Fred Vargas qui compte, les dialogues fous, les tensions, les errements, un poil de hasard quand même pour résoudre les mystères, les pommes paillasson (recette secrète), un sanglier, de la peur, de la folie...

Et enfin, libéré de la pile des résas par une bibliothécaire qui doit avoir confiance en ma vitesse de lecture (et l'autre usager avait déjà une autre résa), voici la fameuse recluse, dans le peloton de tête des lectures actuelles à en croire les magazines:

Quand sort la recluse
Fred Vargas
Flammarion, 2017

Avec cinq Vargas au compteur estival (no comment, merci ^_^), je commence à discerner quelques constantes. D'abord on est tout de suite bien accueilli dans cette Brigade un peu spéciale, avec rappel de ses particularités, l'ichtyologue, le spécialiste du café, les cheveux de Veyrenc, l'hypersomniaque, et La Boule, Adamsberg et ses méthodes parfois borderline. Souvent du mystère datant de plusieurs siècles, de l'incompréhensible, des traditions obscurantistes. Un poil d'histoire, un rien de sciences voire d'archéologie (nota : Vargas est 'archéozoologue et médiéviste'), des dialogues au cordeau, des déambulations d'où jaillissant les idées, des tensions voire des trahisons (?) au sein de la Brigade, les idées bulles remontant en tête, un poil de hasard, et finalement un ton et une originalité addictives.

Dans ce volume, deux micro enquêtes histoire de chauffer les neurones du commissaire,  mais on repart vite sur des séries de crimes, et comme dans Temps glaciaires, la résolution de l'affaire fera gravement tanguer le lecteur en l'emmenant au plus profond de l'abominable.

Présumée coupable : la recluse, une araignée discrète et peureuse, mais qui peut devenir une arme redoutable, sa morsure ne faisant pas de cadeau...

"Faudra trois paires de menottes quand on tiendra le tueur, dt Noël en ricanant. Une pour chaque paire de pattes.
- Quatre paires de menottes, Noël, rectifia Adamsberg. Elles ont huit pattes."

Les morts suite aux morsures se suivent, se ressemblent, Adamsberg a du mal à convaincre qu'il s'agit de meurtres, puis des liens apparaissent entre les morts, mais il doit par ailleurs affronter des souvenirs enfuis.

Les amateurs d'atmosphère décalée se réjouiront de savoir qu'on ne dit pas de Balzac qu'il ne s'est pas foulé (p 23) et apprécieront les efforts de la Brigade pour nourrir des petits merles fraîchement éclos (p 297).

En conclusion : ce dernier opus est de bonne facture; je lis peu de polars récents et manque de points de comparaison. Mais j'ai fini par fatiguer des ambiances volontairement oppressantes, des passages dédiés aux ressentis des victimes ou des assassins, alors que là, on se fixe sur Adamsberg et ses méthodes parfois embrumées, et c'est bien mieux pour les nerfs.
Juste signaler que j'ai deviné l'identité du coupable avant la fin, c'est rare, mais après six romans, forcément, on a plus de flair.

Avis nombreux, parmi lesquels Papillon, cathulu, delphine, brize, dasola, fanja, Mrs pepys, glaz, actu du noir, d'autres vies que la mienne,

Incroyable : on en parlait au JT du 13 août 2017... (de l'araignée)
http://www.francetvinfo.fr/animaux/araignees-le-retour-de-la-recluse-brune_2326257.html

lundi 14 août 2017

Quarante tentatives pour trouver l'homme de sa vie

Quarante tentatives pour trouver l'homme de sa vie
Rachel Corenblit
la brune au Rouergue, 2015


Note liminaire: ce n'est pas du tout du tout de la chick lit classique, peut-être même pas de la chick lit.

A presque quarante ans, Lucie connaît des ami(e)s, un ex, Pascal, quitté après quinze années, l'ex d'une copine, Romuald, des collègues, des parents d'élèves, un caissier de supérette, des cousins plus ou moins éloignés; elle sort, en boîte, en club de vacances, en club de gym, à la piscine, chez la voisine, chez les amis ou chez elle sur site de rencontre..
Bref, elle bouge, elle imagine, elle essaie, mais rien à faire, l'homme de sa vie, où se cache-t-il?

Alors quand même on rit (mais souvent jaune) , c'est parfois cruel, émouvant plus rarement. Un poil désespérant, je vous préviens, les filles. Des chapitres courts, avec parfois un chapitre 'plus' pour détailler (ça j'aime bien), une sorte de fil directeur, mais dans l'ensemble c'est assez indépendant. Un portrait pas très réjouissant d'une certaine solitude.

Les avis de clara, cathulu, céline, sunalee,

vendredi 11 août 2017

L'usage du monde

L'usage du monde
Nicolas Bouvier
Dessins de Thierry Vernet
Petite bibliothèque Payot Voyageurs, 1995
Paru en 1963 (Librairie Droz)



Récit mythique, récit de voyage, bien plus encore. En 1953 et 1954, deux jeunes amis, à bord d'une vieille Fiat retapée, se retrouvent dans les Balkans, et à partir de là, prévoient "la Turquie, l'Iran, l'Inde, plus loin peut-être. Nous avions deux ans devant nous et de l'argent pour quatre mois. Le programme était vague, mais dans de telles affaires, l'essentiel est de partir." "Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. On croit qu'on va faire un  voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait."
Ils comptent vivre de l'écriture, articles aux journaux locaux, conférences, cours de langue- pour Nicolas Bouvier, ou de peinture- pour Thierry Vernet.

Récit fabuleux, plus de soixante ans ont passé, la Yougoslavie a explosé, et inutile de raconter la Turquie, L'Iran, l'Afghanistan. Quoique, quand je sors d'un rêve jaloux, mis à part ce dernier pays, tout demeure possible (et je sais que les Afghans arrivant en Europe, justement, ont traversé la frontière pour se rendre d'abord en Iran)

Tâchons de nous concentrer sur le récit de Nicolas Bouvier. Déplorons l’absence d'une carte du trajet, qui m'a obligée à fouiner dans mes atlas. A part ça, on y est : odeurs, couleurs, impressions, ambiances!
Mais depuis j'ai trouvé cela , et finalement rêvasser sur les noms des villes sans trop les situer, ce n'est pas plus mal...

Grèce "Les poissons frits brillent comme des lingots dans nos assiettes, puis le soleil s'abîme derrière une mer violette en tirant à lui toutes les couleurs."

Turquie : "L'admirable mosquée de bois où vous trouveriez justement ce que vous êtes venu chercher, ils ne penseront pas à la montrer, parce qu'on est moins sensible à ce qu'on a qu'à ce dont on manque."

Tabriz, où ils passeront l'hiver
"Jamais le travail n'est si séduisant que lorsqu'on est sur le point de s'y mettre.; on le plantait donc là pour découvrir la ville."
(communauté arménienne à Tabriz) "le dimanche à l'église, on chantait tout naturellement à quatre voix: depuis le temps qu'ils se connaissaient, on savait bien que le clan des Arzrouni donnait plutôt des basses, et que les Mangassarian étaient dans les ténors."

Tabriz toujours, avec les Américains désireux de construire des écoles. "Les cadeaux ne sont pas toujours faciles à faire quand les 'enfants' ont cinq mille ans de plus que Santa Claus."

Iran "Moi, ce qui m'y frappe le plus, c'est que l'état lamentable des affaires publiques affecte si peu les vertus privées. A se demander si, dans une certaine mesure, il ne les stimule pas. Ici, où tout va de travers, nos avons trouvé plus d'hospitalité, de bienveillance, de délicatesse et de concours que deux Persans en voyage n'en pourraient attendre de ma ville où pourtant tout marche bien."
Ispahan, photo perso, et franchement, soupirs...
Le Baloutchistan (je place cela entre l'Iran et l'Afghanistan, quoique techniquement en Iran)
"Le Baloutch est plutôt sûr de lui. Son aisance morale éclate dans ce sourire qui flotte à hauteur de barbe et dans le drapé de hardes toujours propres. Il est très hospitalier et rarement importun. Par exemple, ils ne se mettent pas à cinquante pour ricaner bêtement autour d'un étranger qui change sa roue; au contraire, ils offrent du thé et des prunes puis vont chercher un interprète et vous harassent de questions pertinentes.
Pas follement épris de travail, ils se livrent volontiers à la contrebande sur les confins persans, et tirent des fusées vertes pour attirer les merveilleuses patrouilles du Chagaï Frontier Corps pendant que les sacs changent de main sous l’œil de dieu à l'autre bout du désert."

Frontière afghane, justement : "Nos visas étaient expirés depuis six semaines. Il l'avait déjà remarqué sans en être autrement ému. En Asie on ne tient pas l’horaire, et puis, pourquoi nous refuser en août ce passage qu'on nous accordait pour juin? En deux mois, l’homme change si peu."

Plus loin "Il faut un passeport de la police de Kaboul.(...) Ce permis est souvent refusé; mais lorsqu'on lui fournit une raison simple, évidente et qui lui parle -voir du pays, vagabonder - la police est bonne fille. (...) En ajoutant que je n'étais pas pressé, j'ai obtenu mon permis tout de suite."

On l'aura compris, j'ai adoré ce récit, admirablement écrit. Signalons que de belles notions de mécanique (et de la patience!) ont été bien utiles à nos deux voyageurs...

Un incontournable, qui sera prolongé ou accompagné par L'oeil du voyageur, paru chez Hoebeke.
où les photographies de Bouvier prises lors du voyage accompagnent des textes dont certains ont été retravaillés pour L'usage du monde, en tout cas c'est l'impression que j'ai eue à la lecture. Une partie en Inde, qui complète fort bien L'usage du monde.
Présentation d'Olivier Barrot.

Lire le monde (Suisse) chez Sandrine

mercredi 9 août 2017

La dent du serpent

La dent du serpent
A Serpent's Tooth
Craig Johnson
Gallmeister, 2017
Traduit par Sophie Aslanides



Joli mystère au démarrage : une gentille vieille dame déclare que des anges travaillent dans sa maison, effectuant des réparations en échange de quelques provisions. Voilà une affaire pour Walt Longmire, shérif de Durant (comté d'Absaroka)(fin fond du Wyoming), qui le conduira vers un gamin en fuite, une femme disparue, un fou vieux de deux cents ans, une sorte de secte dissidente des Mormons, et de vrais vrais méchants avides de dollars malhonnêtement gagnés. Beaucoup d'armes en circulation (c'est le Wyoming), de l'adrénaline, de la testostérone, de la bagarre, de l'humour et un poil de sentiments (pas trop quand même), des jurons (Vic, franchement, ça fatigue un peu) et heureusement la Nation Cheyenne, Henry Standing Bear.

Comme je n'ai pas lu le précédent, A vol d'oiseau, j'ai dû me faire au mariage de Cady, qui n'apparaît pas, et à l'existence de Double Tough, mais rien de grave. Parfois j'aimerais un peu moins de bagarres et de répétitions (la canine de Vic, ses yeux, Walt qui se retient au bureau pour ne pas tomber), mais globalement ça fonctionne, on suit les péripéties sans avoir le temps de souffler, et même on s'amuse (la découverte de Mon amie Flicka).

Je me gratte la tête au sujet des Remerciements, qui font la part belle aux images autour des serpents, et surtout 'je dois beaucoup à Drew Goodman, qui m'a éclairé sur les implications religieuses de la manipulation des serpents' : j'avoue n'avoir rien décelé dans le texte que j'ai lu!

De toute façon, je demeure accro à la série et en redemande.

Combien la dent du serpent est moins cruelle que la douleur d'avoir un enfant ingrat!
Shakespeare, Le roi Lear, Acte I Scène 4

Les avis de Encore du noir, actu du noir, la livrophage, tant qu'il y aura des livres,

lundi 7 août 2017

Les passagers du Roissy-Express

Les passagers du Roissy-Express
François Maspero
Photographies d'Anaïk Frantz
Seuil, 1990



Ouf, je l'ai retrouvé, ce billet de Yueyin  qui m'a donné envie de lire là absolument tout de suite maintenant ce truc improbable évidemment disponible au magasin de la bibliothèque! Et vous savez quoi? Dès le départ j'ai su q'il allait entrer dans la catégorie coup de coeur.

L'idée de départ, c'est de voyager, et pas en Patagonie orientale ou au Turkménistan central, non, il s'agit de se déplacer au moyen du RER B, de Roissy à La Plaine, sauter Paris intra muros, et reprendre de Laplace à Saint-Rémy lès Chevreuse. Totally wild, quoi. "Que sais-tu de la manière dont on vit à une demi-heure des tours de Notre-Dame?" "Est-ce que tu es jamais descendu, rien que pour voir, à Sevran-Beaudottes ou aux Baconnets, des stations où tu passes si souvent depuis tant d'années..."

Pas de vraie enquête sociologique, ni de reportage, juste découvrir, loger à l'hôtel, comme un vrai touriste, rencontrer les gens, parfois des connaissances déjà repérées, pour servir de guide. Dès les premiers jours, des difficultés attendent François Maspero (preneur de notes) et Anaïk Frantz (la photographe) : hôtels miteux ou complets, absence de plans et de guides, découverte qu'une station peut très bien être plus proche de la ville voisine que de celle dont elle porte le nom, beaucoup beaucoup de marche et de retours en arrière (par le RER)...

Le voyage, réalisé en mai 1989, est ponctué de nouvelles sporadiques des événements de la place Tian'anmen, alors qu'en France se préparent les célébrations du bicentenaire de la révolution. En banlieue, on continue à vivre, défilent pavillons en meulière, zones industrielles, grands ensembles tristounets, parfois jardins ouvriers, canaux. Depuis cette époque, tout a dû encore évoluer, pour le meilleur, pour le pire? Une tour a peut-être implosé, d'autres ont été réhabilitées, chômage et trafic, on ne sait pas. Parfois des rappels historiques, guerre de 70, les deux guerres mondiales, la cité de La Muette à Drancy, la misère de certains quartiers il y a si peu finalement.

"Après tout, comme dit Anaïk, les voyages ne sont pas fait seulement pour se donner des souvenirs. Ils sont faits pour se donner l'envie de revenir."

Un récit formidable, plus informatif qu'on ne croit, à découvrir en dépit des années passées depuis sa sortie, et qui fera rêver même les provinciaux, écrit d'un ton plein d'allant, parfois d'amusement, parfois plus sérieux; où il s'agit souvent de lire entre les lignes.

Je note la référence au film d'Eli Lotar sur Aubervilliers (1945)
https://vimeo.com/132637163

vendredi 4 août 2017

Sous les vents de Neptune (et la suite)

Le dernier opus de Fred Vargas est sorti récemment; mettre la main dessus à la bibli? Même pas en rêve!* Mais c'est l'occasion de me souvenir de l'époque où je dévorais ses romans, alors pourquoi ne pas rattraper le retard? J'ai découvert avec joie qu'il se montait à cinq volumes, non compris cette recluse...

Sous les vents de Neptune
Fred Vargas
Viviane Hamy, 2004

Me voilà replongée sans crier gare dans la Brigade où officie Adamsberg, séparé de Camille, et hanté par l'histoire de son frère, accusé il y a longtemps d'un crime qu'Adamsberg a toujours attribué au juge Fulgence, serial killer sur des décennies, que le commissaire a suivi à la trace sans jamais pouvoir agir, car ce coupable s'arrange pour donner à chaque fois un coupable idéal à la police. Dernièrement, il aurait sévi en Alsace. Léger problème : le juge est mort et enterré depuis seize ans.

Par ailleurs, Adamsberg et quelques collègues se rendent au Québec pour une formation. Mais les événements vont les rejoindre outre Atlantique.

Ouf, j'ai vite repris goût à Fred Vargas, son univers finalement un poil décalé, son commissaire (et ses collègues) un poil hors normes eux aussi, ses dialogues, son humour; ses enquêtes avec toujours un petit côté 'impossible', où elle nous mène d'une main ferme, pas question de prendre un autre chemin!

De souvenir, on lui avait reproché l'usage d'un parler québécois un peu exagéré. Je ne suis pas experte, je dirais seulement que les québécois parlant aux français savent très bien user d'un langage compréhensible et que Vargas aurait pu dans les dialogues s'abstenir de tournures que lesdits québécois devaient traduire juste après.
L'avis de Karine:), blogueuse de là-bas, et bien connue de plusieurs! (on t'attend pour le festival America 2018)

Dans les bois éternels
Fred Vargas
Viviane Hamy, 2006
J'ai lu, 2008


On reste en France, sur Paris, mais avec des incursions en Normandie, où une bande de piliers de café vont tout de même accueillir le commissaire (après les Québécois, les Normands). Des morts, récents, d'autres moins, des tombes rouvertes, une ombre mystérieuse, une recette non moins mystérieuse. Et puis le passé d'Adamsberg qui resurgit.

Bref, ça y est, me voilà bien calée dans cette Brigade, efficace mais un poil folle. Un petit nouveau, qui parle en alexandrins et a des trucs à cacher...
Mention particulière à La Boule, le matou installé sur la photocopieuse (c'est chaud) qui demande à être porté vers sa gamelle. Mais qui saura jouer un rôle dans l'histoire.

On continue avec

Un lieu incertain
Fred Vargas
Viviane Hamy, 2008

On commence à bien prendre le pli, et je ne me lasse pas. Avec ce mini marathon Vargas, je prends conscience que c'est mieux de lire dans l'ordre, les personnages et leurs relations évoluent, même si lentement.
Des chaussures avec des pieds coupés (en Angleterre), une incursion en Serbie, et un meurtre où la victime est ventilée façon puzzle. Beurk, mais avec Fred Vargas on n'a pas le temps de s'en préoccuper, de l'aspect sanglant, et tant mieux.

J'en profite pour glisser quelques passages
"Toute chose très belle ou très laide abandonne un fragment d'elle dans les yeux de ceux qui la regardent."

"Lors de sa visite semestrielle d'inspection - qui visait essentiellement à emmerder le monde vu les résultats indiscutables de la Brigade-, on rangeait prestement les coussins qui servaient de couchette à Mercadet, les revues d'ichtyologie de Voisenet, les bouteilles et les dictionnaires de grec de Danglard, les revues pornographiques de Noël, les vivres de Froissy, la litière et l’écuelle du chat, les huiles essentielles de Kernorkian, le baladeur de Maurel, les cigarettes de Retancourt, et ce jusqu'à rendre les lieux parfaitement opérationnels et invivables."

Plog. (clin d'oeil à ceux qui l'ont lu)

Et pour terminer, en attendant que les deux derniers soient disponibles

L'armée furieuse
Fred Vargas
Viviane Hamy, 2011

Sur fond de croyances médiévales, on retourne en Normandie, mais avec des assassinats bien récents ou à venir. L'équipe s'occupe aussi d'un mort carbonisé dans une voiture, et éventuellement d'un pigeon martyrisé (il va bien, le pigeon, ainsi que la petite chatte dont Adamsberg s'occupe chez lui)
Toujours aussi plaisant à lire, un poil capillotracté, mais on s'en fiche, on ne lâche rien.
Je ne peux pas dire grand chose de plus, sauf qu'on retrouve des personnages arrivés dans le dernier volume, et je conseille de lire dans l'ordre!

Avec quatre romans de Fred Vargas, j'ai largement accompli le challenge série de l'été chez Philippe
*Edit du 3 août : j'ai presque terminé Temps glaciaires, et réussi à emprunter Quand sort la recluse. On ne lâche rien!

mercredi 2 août 2017

Winter is coming

Winter is coming
Pierre Jourde
Gallimard, 2017


Si l'on avait beaucoup parlé de ce récit sur les blogs, je me serais abstenue, car l'exercice de recension de ce type de livre est difficile; mais sans la bibli je n'en aurais rien su, mais il s'agit de Pierre Jourde, que je ne connais pas 'en vrai', et qui m'avait épatée avec Le maréchal absolu, Pays perdu, La première pierre, et d'autres écrits non chroniqués ici. En exergue, une citation de l'Autofictif au petit pois (Chevillard!) du 19 mai 2014.
"Une tombe s'ouvre pour le jeune homme qui avait tant de talents, qui avait un si beau sourire, et dans sa vie accomplie il y a donc son avenir, toutes promesses tenues."

Voilà c'est dit, un jeune homme est mort, à vingt ans. Gabriel, l'un des fils de Pierre Jourde, qui apparaissait rapidement dans La première pierre. Un cancer très très rare (deux cas répertoriés en France, l'autre était dans le même hôpital), sans traitement connu, de quelques mois à deux ans de survie.
Gabriel, alias Kid Atlas, talentueux musicien (Winter is coming est le titre d'un de ses morceaux), doué aussi en dessin, dont le père évoque surtout la dernière année de vie. Se remémorant aussi des souvenirs de son enfance; puis l'annonce du diagnostic, la difficulté à y croire, s'accrocher à la possibilité d'une guérison; les médecins, l'hôpital, les attentes, toujours, partout, pour les examens.
Le lumineux séjour en Martinique, pays de la famille maternelle, lors d'un rémission, hélas vite finie.

Si j'ai lu ce récit, c'est parce que l'auteur, je luis faisais confiance pour rester hors de tout pathos, pour demeurer pudique, quasi factuel, sans jugement. Un très beau livre (et quand même j'ai cédé aux larmes, comment faire autrement?), c'est un père et un écrivain qui s'expriment, impossibles à séparer.

Les avis de sansconnivence, je lis au lit (bons blogs que je découvre par ce biais de recherche d'avis),