jeudi 20 septembre 2018

Arcadie

Arcadie
Emmanuelle Bayamack-Tam
P.O.L., 2018


Heureusement que Sans Connivence en a parlé, sinon je n'aurais pas eu l'idée de noter cette lecture. Éditeur aux choix intéressants, mais auteur complètement inconnue, et pas beaucoup d'avis sur les blogs (Cunéipage, avec une vidéo de l'auteur! a quand même bien enfoncé le clou, déjà quasiment rendu à la tête)

Quand elle a six ans, les parents de Farah s'installent dans une communauté près de la frontière italienne, en pleine nature, et en zone blanche; loin des ondes nocives pour la mère de Farah. Fuyant les pollutions électromagnétiques ou pollutions tout court, dans un univers dirigé par Arcady (gourou?) et accueillant pas mal de cas médicaux ou sociétaux. La cuisinière Fiorentina a dû se plier au végétarisme, mais n'a pas plié face aux vegans. Une enfance sans portable, sans internet, mais pas sans école, puisque Farah et les autres enfants fréquentent l'école de la ville voisine. Une enfance à connaître les arbres, les fleurs, les champignons, les étoiles. Une ambiance assez peace and love, calme, sans contraintes, où chacun est libre d'aimer qui il veut comme il veut, à condition de ne rien imposer à l'autre. Farah est subjuguée par Arcady, qui refuse de la toucher avant qu'elle ne soit assez âgée.

Une grand-mère mannequin et une mère très belle n'ont pas empêché Farah d'avoir un physique assez médiocre, pas très féminin, et ça ne va pas s'arranger à la puberté, la gamine tournant franchement vers le masculin, en s'arrêtant entre deux.

Un jour un visiteur met Arcady en défaut et Farah ne le supporte pas. Forcément, ce 'paradis' ne pouvait durer?

J'ai dévoré ce roman, tellement original, sur une sorte d'utopie rendue crédible. Les questionnements de Farah sur son identité, et surtout l'écriture précise et belle, sans oublier l'humour et l'émotion, m'ont emportée sans trop réfléchir. Un roman riche par ses questionnements, cependant

lundi 17 septembre 2018

Un million de minutes

Un million de minutes
Einen Millionen Minuten
Comment j'ai exaucé le souhait de ma fille et trouvé le bonheur en famille
Wolf Küper
Actes sud, 2018
Traduit par Rose Labourie


Voilà clairement le genre de livre dont je me méfie d’ordinaire a priori. D'abord le long deuxième titre (apparemment non existant à l'origine) et son côté potentiellement découverte personnelle, manquait plus que la narration soit adressée à Nina la petite fille.
Mais ouf, non, et je dois remercier le blog (les blogs?) dont les avis m'ont fait noter ce titre. Et puis Actes sud, l'éditeur, évite quand même généralement les nunucheries.
Car j'ai dévoré ce récit, le sourire aux lèvres en quasi permanence et je le recommande chaudement!

Marié à Vera, Wolf Küper est papa de Nina et Simon, respectivement quatre ans et quelques mois au début de l'aventure. Wolf a un métier super prenant, qui l'amène partout sur la planète, et super bien payé aussi. Un soir, au moment de l'histoire à Nina, voilà qu’elle réclame plus que les dix minutes accordées, mais "un million de minutes". En gros, ça fait deux ans, ce désir est sans doute la goutte d'eau faisant déborder un vase déjà bien plein, et la famille part en Asie du sud est puis Australie et Nouvelle Zélande pour de longues 'vacances'. Avec quel argent? Hé bien, en n'achetant pas la berline germanique extra chère et ses équipements dernier cri, par exemple. Et c'est l'occasion de faire le tri et jeter, car la compagnie aérienne exigeait de ne pas dépasser 69 kilos de bagages. Avant donc le voyage réel, il y avait un autre voyage à accomplir...

Il est temps de parler de la petite Nina. Assez vite ses parents et les spécialistes se sont aperçus qu’elle était, en s'exprimant comme elle, 'lonte'. Pour tout. Dans son développement, sourire, parler, marcher. Dans les gestes quotidiens. Et puis comme tous les enfants elle a son monde et ses idées bien à elle. Le récit va principalement se concentrer sur le narrateur et Nina, mais aussi évoquer l'ancien métier de Wolf, des hippies, un homme handicapé, des cadres en mode survie commando, des australiens sympas... Et des plages absolument fabuleuses...

J'oubliais! Ce récit est absolument drôle, pas à rire tout fort en se tenant les côtes, non, humour plutôt léger, autodérision, moquerie gentille avec clins d’œil, quelques passages plus émouvants, mais pas de guimauve pathos beurk!

Allez, j'en fais un coup de coeur? Chiche?

Des avis chez babelio,

vendredi 14 septembre 2018

Albergo Italia

Albergo Italia
Carlo Lucarelli
Métailié, 2016
Traduit par Serge Quadruppani


Après Le temps des hyènes (paru en 2018) il me plaisait bien de retrouver le capitaine Colaprico et son adjoint érythréen Ogba, qui sait observer et déduire tel Sherlock Holmes dans une enquête se déroulant dans cette ex colonie italienne en 1899. Direction Asmara, sa chaleur insupportable et sa grosse averse de grêle, durant laquelle un italien est assassiné dans une chambre de l'hôtel Italia. Meurtre déguisé en suicide, chambre close fermée de l'intérieur, mais assez vite quatre suspects seront sur la sellette. Ajoutons la mystérieuse disparition d'un coffre-fort, une histoire pas jolie jolie vieille de vingt ans en Italie, un massacre dans le désert, une femme mystérieuse et séduisante, hélas pour Colaprica, et en moins de 140 pages d'ambiance chaude se déroule une histoire taillée au cordeau avec moult rebondissements.

L'avis récent de Moustafette.

mercredi 12 septembre 2018

Moi, Edgar, chat acariâtre

Moi, Edgar, chat acariâtre
Frédéric Pouhier et Susie Jouffa
Illustré par Rita Berman
First éditions, 2016

361e jour de captivité
Se réveiller, regretter, se recoucher

Vous avez un chat? (plusieurs?). Vous aimeriez en avoir? Ce livre est pour vous. Vous y retrouverez le portrait de votre propre boule de poils. Sous la forme d'un journal de captivité. Edgar est râleur, de mauvaise foi, pas modeste, gaffeur, déteste le vétérinaire, la douche et les autres chats, mais dans sa tête c'est lui le meilleur, le boss, et les Humains n'ont qu'à le servir. Bref, un vrai chat.

L'Humain qui comme moi, lisant sur le canapé par une belle journée de canicule, aura apprécié de voir arrivé la louloute, 3 kg à 38 degrés, se lover contre lui, compatira. Non, je ne l'ai pas virée, j'ai juste râlé gentiment (et seulement obtenu l'augmentation du volume sonore des ronrons).

Edgar est un concentré de chat qui fera craquer les amoureux des félins. OK, ce n'est pas du Kant, mais c'est bien vu et plein d'humour.

"244e jour de captivité
Les chiens ont un propriétaire, les chats ont un staff. Je ne suis pas du genre à me plaindre, mais mon staff n'est pas d'une très grande efficacité. Vous n'imaginez pas le nombre de fois où je dois quémander avant d'être enfin servi!
La maison n'est pas prête d'obtenir une étoile au guide Michelin. Le room service est inexistant, je dois me déplacer jusqu'à ma gamelle pour manger des boîtes de conserve sans goût. Le personnel n'est pas présent en journée pour satisfaire mes moindres désirs et la literie laisse à désirer. Il n'y a que l'absence de piscine qui ne me pose pas de problème."

lundi 10 septembre 2018

Extension du domaine de la lutte

Extension du domaine de la lutte
Michel Houellebecq
Maurice Nadeau, 1994


Attaquons donc la rentrée littéraire 1994, avec ce premier roman d'un nouvel auteur, paru chez un 'petit' éditeur; roman 'vendu' par le responsable de la bibli, qui me l'a carrément mis en mains, et j'ai d'autant vite cédé que la bestiole comporte moins de 200 pages. Auparavant ledit responsable et moi avions échangé sur l'idée d'Auster dans 4321, avec des vies différentes du même personnage, lui rappelant un roman de Houellebecq, mais lequel? (la possibilité d'une île?). Voilà comment je me suis retrouvée à lire mon 'premier Houellebecq'. Tout arrive.

Méfiante, j'ai préféré démarrer hors période de spleen, déprime, quand mon taux d'hormone du bonheur est à son maximum. Quelque chose me disait que ça valait mieux, pour aborder l'ouvrage d'un Droopy de la littérature (ce n'est pas de moi)(de Lançon je crois, qui avait aimé son dernier roman, raconte-t-il dans Le lambeau)

Alors, résultat?
Ben, toujours vivante. Pourtant les aventures (si l'on peut dire) de ce cadre technicien en informatique du ministère de l'Agriculture parcourant la France pour initier aux nouveaux logiciels sont peu glamour, et encore moins son collègue Tisserand (pauvre gars!). Dépressifs de tous les pays, unissez-vous, bon je rigole mais c'est finement observé je pense.

Quid du titre? Grâce au petit malin qui a encadré les 'bons passages', ce fut tout de suite trouvé (page 115). "Le libéralisme économique, c'est l'extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. De même, le libéralisme sexuel, c'est l'extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société."

"Vous avez eu une vie. Il y a eu des moments où vous aviez eu une vie. Certes, vous ne vous en souvenez plus très bien; mais des photographie l'attestent. Ceci se passait probablement à l'époque de votre adolescence, ou un peu après. Comme votre appétit de vivre était grand, alors! L'existence vous paraissait riche de possibilités inédites. Vous pouviez devenir chanteur de variétés; partir au Venezuela."

"La forme romanesque n'est pas conçue pour peindre l'indifférence, ni le néant; il faudrait inventer une articulation plus plate, plus concise et plus morne."
"Mon propos n'est pas de vous enchanter par se subtiles notations psychologiques. je n'ambitionne pas de vous arracher des applaudissements par ma finesse et mon humour. Il est des auteurs qui font servir leur talent à la description délicate de différents états d'âme, traits de caractère, etc. On ne me comptera pas parmi ceux-là. Toute cette accumulation de détails réalistes, censés camper des personnages nettement différenciés, m'est toujours apparue, je m'excuse de la dire, comme pure foutaise."

Alors? finalement il n'a jamais été question d'abandonner ce roman, et je comprends qu'il ait attiré l'attention d'un éditeur à cette époque. Diantre, il y a quelque chose là-dedans! Original, piquant, bien observé, pas feel good pour un sou.

Mais! Dès les début j'ai arboré un sourire intérieur, pensant 'mais c'est très drôle ce truc', bon, OK, au 12ème degré. Quelques exemples, et il y en a d'autres.

"Il se peut, sympathique ami  lecteur, que vous soyez vous-même une femme. Ne vous en faites pas, ce sont des choses qui arrivent. D'ailleurs ça ne modifie en rien  ce que j'ai à vous dire. Je ratisse large."

"De retour à l'hôtel, j'ai essayé de dormir, mais ça n'allait pas; une fois allongé, je n'arrivais plus à respirer. Je me suis rassis; le papier peint était décourageant."

Bref, j'ai lu Houellebecq.

Près de 100 avis sur babelio, puis-je lutter ?

vendredi 7 septembre 2018

Le lambeau

Le lambeau
Philippe Lançon
Gallimard, 2018

"La musique de Bach, comme la morphine, me soulageait."

C'est le genre de livre qu'on n'a pas forcément envie de lire, en tout cas on aurait préféré que l'auteur n'aie pas eu à l'écrire et ait continué sans heurts sa vie d'écrivain et de journaliste, à Libération et à Charlie Hebdo. Oui, Charlie, et le 7 janvier 2015 il était avec ses collègues dans la salle de rédaction et en est sorti vivant, mais gravement blessé, surtout dans la partie droite du visage.

Les petites natures n'ont pas à s'inquiéter, les détails trop gore, pas le genre de la maison, pourtant Philippe Lançon ne laisse aucun détail de côté. Volontairement je ne les évoquerai pas, à chacun de les découvrir. Il sait écrire, parfaitement évoquer le passé et le présent, faire part de ses réflexions. Parler fort bien de sa famille, ses amis, ses amours, et il a un grand talent pour rendre vivants toutes ces personnes que l'on ne connaîtra pas. Sa chirurgienne, le personnel hospitalier dans son ensemble, ses gardes du corps. De façon assez clinique il raconte les multiples opérations, les progrès, les ratés, bref les longs mois où il est un patient (aux deux sens du terme).

"Elle [ Chloé, la chirurgienne] m'avait dit La tentation du chirurgien est d'aller le plus loin possible, de s'approcher de retouche en retouche du visage idéal. Evidemment, on n'y arrive jamais et il faut savoir s'arrêter. C'est pareil avec un livre, lui avais-je répondu. On essaie de rapprocher celui qu'on écrit de celui qu'on imaginait, mais jamais ils ne se rejoignent, et il arrive un moment où, comme vous dites, il faut savoir s'arrêter. Le patient reste avec sa gueule tordue, ses cicatrices, son handicap plus ou moins réduit. Le livre reste seul avec ses imperfections, ses bavardages, ses défauts."

"On allait me faire un lambeau (...) On prélève sur le patient un péroné et on le greffe sur ce qui lui reste de mâchoire, pour combler le déficit d'os. Une veine, un bout d'artère et de peau de mollet correspondant au péroné prélevé sont également greffés, comme un kit, afin de vasculariser l'os greffé et lui permettre de s'adapter en compagnie familière à son nouveau milieu." (p 250 pour détails suivants)(ça a l'air simple, mais chapeau aux chirurgiens, et aux patients pour qui ça demande des semaines de galère)

Un livre d'honnête homme, c'est mon impression, qui aime (entre autres) Bach et relisait Kafka, la montagne magique de Thomas Mann et la mort de la grand-mère chez Proust.

On peut retrouver Lançon et Compagnon dans l'émission sur France culture du samedi 1er septembre 'La mort de la grand mère dans La recherche du temps perdu', 'la littérature aide-t-elle à vivre et à revivre?'

mercredi 5 septembre 2018

L'écart

L'écart
The Outrun
Amy Liptrot
Globe, 2018
Traduit par Karine Raignier-Guerre


Direction les îles Orcades, au nord du royaume uni, baignées par les Gulf Stream mais soumises à des vents à décorner les vaches. C'est là que se sont installés les parents d'Amy Liptrot et elle a passé enfance et adolescence dans leur ferme. Parents aimant, père parfois absent à cause de soins pour ce qu'on appellerait maintenant la bipolarité. Même si tout a l'air stabilisé depuis une bonne décennie.

Deux grands thèmes s'entremêlent, en gros, souvent mis en parallèle. Buvant déjà pas mal avant de quitter son île natale, Amy Liptrot est partie travailler à Londres, plongeant dans l'alcoolisme. Malheureuse, le sachant, consciente de courir à sa perte (la description d'un début de maladie fait froid dans le dos), jusqu'au jour où elle accepte une cure de trois mois. Stricte, la cure, et de toute façon ce doit être zéro goutte d'alcool. A vie. Tenir une heure, une journée, un trimestre, en dépit de l'envie parfois torturante.

Mais attention, c'est réaliste mais pas sordide. Assez pour se rendre compte où elle était tombée. Elle retourne vers sa famille dans les Orcades, explore des îles, travaille pour la LPO grand bretonne, s'intéresse à l'histoire (et la préhistoire) du coin, aux gens, aux bestioles, découvre les richesses de la plongée sous-marine, bref se prend de grands bols d'air. Elle ne se retrouve plus vautrée par terre tellement elle a bu, juste une fois à quatre pattes pour atteindre le haut d'un monticule par fort grand vent.

Bon, moi, outarde canepetière, pouillot véloce, huppe fasciée, ça m'amuse toujours ces noms, alors là, les fulmars, cormorans, sternes et râle des genêts, c'est ma came. Sans parler des aurores boréales, oui, il y en a là-haut! Un récit bien écrit, qui se lit avec intérêt grâce à l'entrelacement des thèmes et une chronologie un peu éclatée.
Au nord de l'Ecosse!
Les avis de sylire, mimipinson , Jostein, Leiloona,

Merci à Anne et Arnaud et à l'éditeur (j'adore cet éditeur!)
J'en ai lu un bon tiers au milieu de la nature, avec rivière, petits oiseaux, chênes... (et thermos de thé)

lundi 3 septembre 2018

Les déracinés

Les déracinés
Catherine Bardon
Les escales, 2018


Vienne, années 30. Wilhem et Almah sont issus de familles aisées, intellectuelles ... et juives, ce qui va leur sauter à la figure rapidement alors que jusqu'alors ils ne s'en occupaient pas. Assez tardivement, le couple décide de partir, et c'est un long voyage, à travers un camp en Suisse, le Portugal, Ellis Island, et la république dominicaine dont le dictateur Trujillo avait proposé d’accueillir des exilés.

C'est basé sur des faits réels, la ville de Sosua existe. Les photos de la plage sur internet sont à baver dessus. A l'époque existaient les restes d'une bananeraie  abandonnée, la terre y était de mauvaise qualité, et les émigrants juifs sommés d'abord de la cultiver n'ont pas mieux réussi et ont dû se tourner vers l'élevage, avec laiterie et fromagerie prospères cette fois. Plusieurs centaines de personnes s'y sont installées, existe encore un musée, mais dès la fin de la guerre beaucoup sont partis en Palestine.

Que dire de ce roman? D'abord c'est le côté documentaire qui m'a plu le plus. La très riche vie culturelle à Vienne puis la montée du nazisme et de l'antisémitisme violent en Autriche, le refus de bien des nations d’accueillir des gens en danger (ne me dites pas que c'est terminé de nos jours?), particulièrement les Etats-Unis et leurs quotas, et l'installation dans un pays inconnu, l'apprentissage d'une langue, de métiers manuels pour la plupart. Devoir vivre avec l'absence de nouvelles -ou les mauvaises- de la famille restée derrière, hésiter à s'installer ou rester dans un pays dirigé aussi par un dictateur, ne pas trop savoir quels étaient les motifs de Trujillo ('transaction financière douteuse'?), du Joint (organisation juive) , des 'cobayes'? en vue d'une installation juive en Palestine, et de Monsanto (si, si, déjà là, fournissant les semences)
La vie du groupe, d'abord en stricte communauté style kibboutz, puis assouplie en moshav, est passionnante aussi à connaître, il y avait école, journal, etc.

Passons au bémol qui m'a fait lire certains paragraphes en diagonale sans rater grand chose : l'histoire sentimentale de Wilhelm et Almah, d'accord c'est bien de se fixer sur un couple, mais parfois que de longueurs et de poncifs dans leurs amours. OK, je ne suis pas romanesque, de temps en temps.
Heureusement le contexte était intéressant, de plus c'est un livre prêté par une voisine (pouvais-je lui avouer que j'avais laissé tomber?) et je le case dans le pavé de l'été.

Un extrait (le genre de passage que je peux lire en diagonale, pour moi ça pourrait être élagué)
" Quelque chose dans son attitude alerta Almah dès qu'il franchit le seuil. Wilhelm avait son air des mauvais jours, celui des fâcheuses nouvelles, celui des défaites. Il passa devant elle sans la voir et se laissa tomber dans le fauteuil à bascule, le regard fixe. Il semblait absent. Almah s'approcha de lui silencieusement. Elle n'osait pas poser de question, paralysée par ce qu'elle redoutait d'apprendre.
- Zweig s'est suicidé hier à Rio de Janeiro, laissa tomber Wilhelm d'une voix sourde et atone."

Le pavé de l'été, (chez Brize)

En parlent motsàmots, Brize, babelio

vendredi 31 août 2018

Camarade Papa

Camarade Papa
Gauz
Le Nouvel Attila, 2018


Après Debout Payé du même auteur, pas question de ne pas découvrir son nouveau roman!

Un petit passage à Amsterdam dans les années 80, avec un gamin à l'esprit vif et complètement endoctriné par ses parents communistes, version Albanie d'Enver Hodja et Corée du nord. Son père l'envoie en Côte d'Ivoire, où résident des amis et de la famille. Le gosse découvre le village, l'école.

Fin 19ème siècle, Dabilly s'en va chercher l'aventure dans l'Afrique coloniale à ses débuts; c'est l'époque des comptoirs sur la côte (Grand-Bassam, Assinie), des explorations vers le nord, et plus généralement de la lutte avec l'Angleterre visant à l'empêcher d'étendre ses colonies. Entre les deux, diverses tribus de la future Côte d'Ivoire, cherchant à tirer leur épingle du jeu.

Les deux récits alternent, avec de courtes 'légendes' d'une ou deux pages, dont les éléments s’intègrent parfaitement ensuite dans le cours de celui de Dabilly.
Voilà pour l'aspect général du roman.

Ce qui frappe ensuite, c'est l'écriture, qui à mon avis devrait convaincre le lecteur le moins attiré par une histoire des premiers temps de la colonisation en côte d'Ivoire et l'ambiance dans un petit village dans les années 1980.

"Dans la chaîne des discours de Camarade Papa, après les Philips, il y a les tulipes.Ce sont des fleurs turques qui ont attrapé la coqueluche chez les bourgeois hollandais il y a longtemps. Bien avant la vapeur anglaise, les bourgeois protesteurs hollandais utilisent la fleur turque pour fabriquer une bourse. la fleur n'est pas très belle, même les moutons refusent de la brouter. Mais à cause de la pluie value, ils s'achètent et se vendent la mauvaise herbe, ils inventent le capitalisme des bourses. Il ne vient pas d'Angleterre, tout le monde s'est trompé, Marx et son ange aussi."
Voilà un petit bonhomme qui a ingéré les discours du Papa, et le ressort à sa façon inimitable, l'histoire des tulipes est vraie. Savoureuse façon de raconter, non?

Avec Dabilly, on est dans un langage plus soutenu, ou la causticité affleure au 12ème degré. Ah ce temps des colonies, où la barre empêchait d'aborder en bateau sur le rivage, où l'on ne devait pas sortir sans casque avant 6 heures du soir, où l'on mourait vite fait de la fièvre jaune...

"On a tous deux balances: celle des achats et celle des ventes. celle des achats allège, celle des ventes alourdit. Ils sont malins, mais ça, ils n'ont pas compris.
A la colonie, les gens profitent.
- N'allez pas crois qu'il sont naïfs. Ils ne ratent pas une occasion de nous gruger, ces singes-là. On ne compte plus les ballots de caoutchouc, de coton ou de graines de palme alourdis par des cailloux.
La colonie rend les gens justes."

On l'aura compris, j'ai bien jubilé au cours de ma lecture, Gauz sachant égratigner au passage les diverses catégories de personnages. On y croise -d'assez loin- des personnages ayant existé, tels Treich ou Binger (oui, ceux de Treichville et Bingerville...)

Merci à Anne et Arnaud et à l'éditeur.

mercredi 29 août 2018

La Triomphante

La Triomphante
Teresa Cremisi
Eqauteurs, 2015

Coup de coeur

D'abord, jouer les râleuses. Décider de mettre un T majuscule à Triomphante car pour moi il s'agit du nom d'un navire, dont parle Teresa Cremisi, pour qui l'une des passions dès l'enfance était celle des navires et batailles navales. Puis m'interroger sur la nationalité exacte de Teresa Cremisi, née à Alexandrie autour des années 40, arrivée avec sa famille en Italie avant l'âge de 20 ans, ayant occupé des fonctions chez des éditeurs en France, mais dont la demande de naturalisation française s'est heurtée à un refus, et ça elle le raconte fort clairement! A moins que la France n'ait eu honte? Car elle est donnée comme naturalisée française sur Internet (dont ça ne serait pas la première erreur). Quoique certains décalages dans les années peuvent donner à penser que certaines parties ne correspondent pas à la réalité, d'où le 'Roman' en couverture. Va savoir. Mais peu importe.

De toute façon j'ai adoré ce livre. Mais quel bonheur de lecture. Quelle écriture pleine de grâce et légèreté, quelle classe. Ne pas espérer des détails croustillants sur des célébrités, de toute façon le name dropping n'est pas le genre de la maison, ne pas craindre des longueurs dans ce récit de sa vie. Non, elle sait évoquer, sans lourdeur, elle sait peindre un paysage, donner à sentir une ambiance. Rien que ce petit village italien où elle passe dorénavant la moitié de l'année, mais on le connaît en juste quelques paragraphes!

Délibérément je n'ai pas cherché à en savoir plus sur sa vie professionnelle et privée, préférant rester sur son livre. Elle a autour de 80 ans actuellement, semblant vivre cela sereinement.
"Une amie journaliste italienne, ancienne star des hebdos féminins, m'avait dit un jour avec aplomb: ' La cinquantaine est la vieillesse de la jeunesse alors que la soixantaine est la jeunesse de la vieillesse.' J'avais aimé et retenu la formule; elle adoucissait les transitions et traçait un double lien avec l'avancée de l'âge. Il y a le mot jeunesse dans les deux cas; la frontière restait floue."

Une drôle de personne tout des même, ayant fait siens dans sa jeunesse les conseils du comte Mosca (dans Stendhal). Et ses parents;.. "Mes parents ayant oublié de m'interdire quoi que ce soit, je n'avais jamais de ma vie entendu dire que je ne pouvais pas entreprendre quelque chose parce que j'étais une fille."

Et puis, me donner envie de lire Constantin Cavafis, c'est fort!

"Je venais moi aussi d'un carrefour décentré, j'étais 'en biais par rapport à l'univers' selon le mot de Forster à propos de Cavafis."

Parmi les dernières lignes:
"Je reste assise, j'attends le sommeil. Je respire, je ne lis pas, je regarde , je regarde.
Pas une virgule de l'histoire n'aura été écrite par moi, mon existence n'aura rien ajouté ou changé au destin du monde. Mes traces sont dérisoires. Les 'idées inexprimables et vaporeuses' qui ont traversé ma jeunesse n'ont rien produit. Tout sera vite oublié.
Mais ce monde je l'aurai beaucoup regardé."

Les avis de lili,

lundi 27 août 2018

Les futurs mystères de Paris

Les futurs mystères de Paris
Roland C. Wagner
L'Atalante, 2015


Un passage rayon SF de ma bibli (celle qui classe polars et SF à part) et me voilà attirée par un gros volume de plus de 1200 pages (les intégrales, c'est souvent copieux).

L'auteur est français (oui, madame!) et ses histoires se déroulent dans un Paris des années 2060, où l'on retrouve les noms habituels, mais un Paris pas tout à fait comme le notre (sinon on ne serait pas complètement dans la SF). Le lecteur ignore ce qu'est cette 'Grande Terreur Primitive' de 2013, mais peu importe, il va bien s'amuser à découvrir ce monde futuriste parfois fantastique. Le tout avec Tem, le héros, nommé Temple Sacré le l'Aube Radieuse par des parents millénaristes, et doté comme les enfants de millénaristes d'un Talent. Le sien est celui de Transparence, lui permettant de passer inaperçu, sauf de rares personnes, ce qui a ses avantages quand on est détective privé. Lorsqu'il veut qu'on le remarque (car dans la vie courante on en a besoin parfois) il s'habille de façon extrêmement voyante (non, vous n'imaginez même pas, ça fait mal aux yeux) et porte le chapeau vert fluo de la couverture. (Pour avoir une idée de la Transparence, facile: croisez un groupe d'ados, si vous avez plus de 40 ans et êtes habillés sans rien d’extraordinaire, vous êtes transparents)(testé!). Fonctionne aussi à Paris si vous arrivez seul dans un restaurant... (testé aussi)

La référence aux mystères de Paris est flagrante et on n'échappe pas à une action pleine de rebondissements, à des trouvailles, le tout en suivant le fil d'enquêtes où notre privé sera parfois déclaré coupable, mais quelle idée d'arriver juste après un crime! Pourtant les millénaristes sont réputés non violents et carburent à la tisane.

On n'en dirait pas autant du meilleur pote de Tem, Ramirez, flottant toujours dans un nuage d'herbe (bio et tout ça mais quand même). Ajoutons son amoureuse Eileen, Gloria, une aya aux transformations multiples, un cochon transgénique qui parle, et plusieurs personnages revenant d'aventure en aventure. Il me restait la dernière à lire, mais à près de 900 pages j'ai jugé c'était bon pour un autre pavé de l'été et ai dû sortir de cet univers pour revenir à d'autres lectures.
J'ai donc lu La balle du néant, Les ravisseurs quantiques, L'odyssée de l'espèce, L'aube incertaine et Honoré à disparu, ce qui représente quatre livres.

Pour avoir une idée, quelques passages
"Trop d'événements s'étaient produits que je ne comprenais pas. Parti chercher une jeune fille tombée aux mains d'une secte, je me retrouvais- peut-être, car il existait une autre explication, guère plus rassurante, d'ailleurs- dans une univers alternatif dominé par l'URSS, après avoir affronté psychiquement un terrifiant shampouineur de neurones qui n'avait point besoin de tout un appareillage compliqué pour nettoyer le cerveau de ses victimes. Je suppose que c'est ce que certains appelleraient une journée bien remplie." [les ravisseurs quantiques]
"Nous sommes partis pour jouer les prolongations de l'Armaguédon -avec vous dans le rôle du ballon."

Vraiment le pavé de l'été, (chez Brize)

et puis aussi, je l'ai réalisé ensuite :

Challenge trilogie/séries chez Philippe!

jeudi 23 août 2018

Qui a tué Roger Ackroyd?

Ma mission, tout au long de ce billet, sera de ne pas répondre à cette question. Même si je suis sûre que la quasi totalité des lecteurs connait déjà la réponse. Mais il faut penser à ceux qui n'ont pas encore découvert l'un des meilleurs romans d'Agatha Christie. D'autre part je doute que l'ayant lu on ait oublié qui est coupable!

Tout d'abord, une relecture du roman, et en VO, histoire de tonifier les petites cellules grises.

The Murder of Roger Ackroyd
Agatha Christie
Paru en 1926
Harper et Collins, 1993
(pas envie de prendre photo de mon exemplaire)


Dès la première ligne, l'on apprend que Mrs Ferrars est morte -un jeudi- et un lecteur même inattentif devine que Roger Ackroyd va aussi disparaître à un moment donné. Quel rapport entre ces deux personnages, riches et importants dans le petit village de King's Abbot? Et les morts sont-elles liées?
Heureusement dans le village habitent Caroline et tout un réseau de dames secondées par des domestiques, friandes de nouvelles, et qui en remontreraient aux services secrets quant à leur flair. Mais surtout vient d'arriver dans la maison voisine de celle de Caroline un étranger qui  se révélera n'être autre que Hercule Poirot, fraîchement retraité, et regrettant fort le départ du capitaine Hastings pour l'Amérique du sud.
Cependant le docteur Sheppard, frère de Caroline, reprendra le rôle de narrateur des enquêtes d'Hercule Poirot.

Sans doute l'un des plus célèbres romans de l'auteur, et à juste titre! Je l'avais déjà lu deux fois au moins. Comme l'écrit Pierre Bayard (voir ci-dessous, p 55), "contrairement à l'image traditionnelle du roman policier, qui a la réputation d'être écrit en vue d'une lecture unique, Le meurtre de Roger Ackroyd est un livre au moins double, explicitement composé en vue de sa relecture." Je confirme le plaisir particulier pris par le lecteur à découvrir les sous-entendus et ellipses. Poirot, parfois horripilant, ne l'est pas trop, il ne donne pas le contenu de ses pensées, mais ne cache pas ses trouvailles.

L'écriture en VO est plutôt de bonne tenue, et, cerise sur le gâteau, pleine d'humour.
" I can't help feeling a little hurt, she murmured, producing a handkerchief of the kind obviously not meant to be cried into."
" It is a pity that a doctor is precluded by his profession from being able sometimes to say what he really thinks."
Les passages avec Caroline sont eux aussi fort amusants, selon Pierre Bayard elle pourrait avoir donné à Agatha Christie l'idée de Miss Marple.

Et ensuite, place à Pierre Bayard.

Qui a tué Roger Ackroyd?
Pierre Bayard
Les éditions de Minuit, 1998

Avertissement : l'essai de Pierre Bayard raconte intégralement le roman policier, et donne la solution de l'énigme proposée par Agatha Christie, ainsi que celles de nombreux autres de ses romans. Il sera dommage qu'un lecteur novice s'y fourvoie.
Mais pour tout lecteur vorace d'Agatha Christie, pas de problème, bien au contraire, il ne risque qu'une envie dévorante de relire quelques titres...

En effet Pierre Bayard ne se propose pas seulement d'écrire "un roman policier sur un roman policier", proposant à son lecteur une autre solution, après avoir dévoilé les invraisemblances chez Agatha Christie. Comme il se doit, ce nouveau nom ne sera révélé qu'après déduction à la Poirot, à la toute fin du livre.  Il se propose aussi d'écrire sur le 'délire d'interprétation' puisque considérant comme 'délirante' la solution d'Hercule Poirot. Là ça s'est compliqué, et dans la troisième partie, consacrée au délire, j'ai un peu levé le pied, perdue entre réalité et falsifié et dois-je le dire un peu de psychanalyse; je retiens cependant que 'les trois oeuvres littéraires les plus marquantes de la théorie psychanalytique -Oedipe-roi, Hamlet et La lettre volée- soient toutes trois des œuvres policières."

Déguisement, détournement, puis exhibition sont les moyens utilisés dans ce genre de policier pour détourner le lecteur de la solution. Je ne peux trop en dire car les exemples reviennent à spoiler. Mais Bayard est redoutable et conduit à remettre en question les solutions d'autres romans policiers et même à s'interroger sur des faits littéraires non éclaircis (que devient Madame de Merteuil? qui est vraiment le colonel Chabert? qui a déclenché la catastrophe de Germinal?)

lundi 20 août 2018

Un homme presque parfait

Un homme presque parfait
Nobody's Fool, 1993
Richard Russo
Quai Voltaire, 1995
Traduit par Jean-Luc Piningre, Josette Chicheportiche
et Françoise Arnaud-Demire



Pourquoi cette lecture, là, maintenant? Parce que l'auteur sera au prochain festival America et que d'autres de ses romans sont dans ma PAL depuis fort longtemps, alors autant s'y atteler. Et puis  Les sortilèges du Cap Cod     Ailleurs m'avaient tellement plu.

Qui serait cet homme presque parfait? Sully, le héros, disons l'anti-héros, a tout du loser. La soixantaine, vivotant de petits boulots, souffrant d'un genou démantibulé suite à une chute d'une échelle alors qu'il croyait avoir vu son père (décédé). Un père violent à qui il ne peut pardonner, laissant volontairement la maison familiale se délabrer. Une ex-femme, un fils avec lequel il va finalement renouer, la découverte de l'art d'être grand-père, une liaison de vingt ans au moins, et la fascination pour "la plus belle fille de Bath"

Car cela se déroule à Bath, rien à voir avec Austen, petite ville en pleine décrépitude dans l'état de New York. Autour de Sully gravitent donc les membres ou ex membres de sa famille, (et ses souvenirs), sa logeuse, Miss Beryl, ancienne professeur qui a vu passer tous les habitants ou presque dans sa classe de quatrième, un entrepreneur qui lui fournit le petit boulot payé -ou pas- au noir, et surtout son pote Rub, sympathique mais pas franchement doté de la lumière à tous les étages. Plus une déneigeuse volée par Sully alors que pas un poil de neige ne tombera, et pourtant l'histoire se déroule en novembre et décembre (1984), pas de chance, on le dit, pour Sully! J'en oublie, et tout se petit monde se retrouve souvent -trop souvent- dans les petits restaurants ou bars du coin.

J'ai pris un immense plaisir à lire tranquillement ce gros roman, où l'auteur sait donner les détails quand il l'a décidé, il faut lui faire confiance. Ce pourrait être désespérant, mais non, on a toujours un petit sourire -tendre- posé sur le visage. Les dialogues claquent, quelques comparaisons font mouche.

"Essayer d'obliger Sully à voir les choses comme elle revenait à mettre un chat à l'intérieur d'un sac -il y avait toujours une patte qui ressortait."
"On ne saurait trop recommander la compagnie d'un homme qui ne vous en voulait pas d'avoir fait un tas de cendres de sa maison."
"Son expression était aussi avenante que celle de quelqu'un qui vient de reconnaître le meurtrier de ses propres parents au milieu d'une longue file de suspects."

Maintenant je vais râler sur la traduction, suis-je la seule à ne pas aimer ces:
-les premières vingt années de sa vie (p 166)
-ces derniers vingt printemps (p 296)
-les premières trente-cinq années de la vie (p 333)

jeudi 16 août 2018

Swing time

Swing time
Zadie Smith
Gallimard, 2018
Traduit par Emmanuelle et Philippe Aronson



Quand Babelio m'a proposé le dernier roman de Zadie Smith, je n'ai pas hésité, vaguement aperçu le mot 'danse' dans la présentation, et accepté. Une lecture sans rien savoir, j'aime aussi.

La narratrice, jamais nommée, fait connaissance de Tracey dans un cours de danse à Londres. Les deux fillettes sont métisses, père blanc et famille maternelle originaire de la Jamaïque pour la narratrice, comme l'auteur d'ailleurs. La famille de Tracey est la plus dysfonctionnelle, un drôle de rapport s'établit entre les deux fillettes, l'une, Tracey, très douée pour la danse, l'autre moins, mais son talent pour le chant ne sera pas utilisé vraiment dans le roman.

Zadie Smith casse la chronologie, le prologue indique juste qu'il y a eu événement catastrophique obligeant la narratrice à se cacher, et le lecteur découvre l'amitié chaotique entre les deux jeunes femmes, se perdant de vue parfois durant des années. Tracey va danser mais reproduira dans sa vie privée celle de sa mère, tandis que la narratrice va devenir l'assistante d'Aimee, une pop star évoquant Britney Spears à certains lecteurs, et pour moi Madonna, question de génération.
Aimee aime vraiment tout régenter et voilà qu’elle décide de faire construire une école pour filles dans un village africain (pays non nommé, mais vraisemblablement la Gambie).

J'avoue ne pas trop savoir que penser de ce roman, en tout cas je ne me suis pas vraiment sentie intéressée par la narratrice ( demeurée volontairement pâlichonne en tant que personne, se laissant balader par les événements), ainsi que par Tracey, Aimee et une bonne partie des personnages. D'accord, ce n'était sans doute pas l'objectif de l'auteur. Plusieurs fois j'ai été agacée par la façon d'être sur le point de découvrir un fait marquant, et puis non, tout reste dans le flou. Très frustrant, et puis j'ai fini par n'en moquer, sans doute cela a-t-il participé à mon manque d'implication dans ce qui se déroulait.
On me dira, tu attendais un truc romanesque, des violons, tout ça, non, non. Zadie Smith sait parfaitement écrire et accrocher le lecteur, ainsi qu'aborder plein de thèmes intéressants. J'avoue que les passages dans le village africain sont ceux qui m'ont le plus scotchée, et là je me suis vraiment sentie interpellée, et eu quelque empathie à l'égard d'Hawa, Lamin et Fernando. De beaux passages sur la danse, celle moderne ou de Fred Astaire (oui, Swing time) et puis Jeni LeGon.

Mon billet sur Changer d'avis, un recueil d'essais qui m'avait enthousiasmée!

Merci à Babelio
tous les livres sur Babelio.com
Les avis de Le bouquineur

lundi 13 août 2018

Malpasset

Malpasset
(causes et effets d'une catastrophe)
Corbeyran et Horne
Delcourt/Mirages, 2014



Il avait vraiment beaucoup plu les jours précédents, alors quand le barrage de Malpasset a cédé, le 2 décembre 1959 à 21 h 13, ce sont 50 millions de mètres cubes qui ont été libérés, ainsi que des rochers, de la terre, du béton, mettant 25 minutes pour parcourir les 10 km jusqu'à  la ville de Fréjus. Une vague de 60 m de haut. Bilan : des centaines de morts, des  milliers de sinistrés.

Voilà pour les chiffres. Les auteurs se sont concentrés sur l'humain, ont retrouvé des survivants et les ont laissés raconter leur histoire. Sans effets, avec sobriété, pas besoin. J'avoue avoir frissonné à plusieurs reprises, avoir été émue.
Les causes vraisemblables de la 'plus importante catastrophe civile au XX siècle en France' sont évoquées, la pluie, le déplacement de la construction sans étude géologique supplémentaire, la construction d'un pont dans le coin? Bref, ce barrage avait 5 ans et a craqué.
La solidarité a beaucoup joué, les gens n'avaient plus rien du tout. Et il y a eu quelques polémiques, le livre en parle.
Mais il faut absolument lire tous ces témoignages, différents et semblables à la fois (le bruit, quand c'est arrivé, l'électricité coupée)
Photo Jean-Paul Vieu (son histoire est dans le livre)
Les avis de Electra,

mercredi 8 août 2018

De rêves et de papiers

De rêves et de papiers
547 jours avec les mineurs isolés étrangers
Rozenn Le Berre
La Découverte, 2017



Durant ces 547 jours Rozen Le Berre a travaillé à Paris dans un bureau d'accueil pour 'mineurs isolés étrangers' et parle de toutes ces personnes rencontrées, des mineurs- ou pas- et c'est l'une des difficultés, puisque le parcours sera alors différent. Même si un mineur reconnu tel pourra encore galérer à la rue s'il n'y a pas encore de place d’accueil libre. Puisque trop jeune pour bénéficier du 115. On n'est pas dans un monde parfait et logique.

Un peu d'humour dans ce monde de détresse permet au lecteur de souffler un peu. L'on ne sait pas toujours ce que deviennent ces jeunes dont elle parle.
Parallèlement est conté le parcours de Souley, depuis le Mali, de longs mois avant d'arriver dans son bureau. Le parcours de bien des migrants (enfin, ceux qui arrivent).

Puis à la fin  un rendez-vous de bilan avec sa chef, où elle réfléchit sur le positif et le négatif de ce travail.

Un livre récent, clair, à lire absolument.

"Toc toc. De la manière de toquer à la porte du bureau, on sait déjà. On ne se trompe jamais à ce jeu là. Méthode n° 1 : coups répétés et forts, avec l'ensemble du poing : la police nous amène un jeune. Méthode n° 2 : coups secs et fermes, mais moins nombreux et moins forts que les précédents : un interprète ou un collègue. Méthode n° 3 : petits coups très discrets, avec un seul doigt, parfosi à peine perceptibles : un jeune. Qui s'excuse déjà d'être là, dirait-on."

lundi 6 août 2018

Sherlock Holmes à Chamonix

Sherlock Holmes à Chamonix
Enquêtes sur la mort de Whymper
et sur la première ascension du mont Blanc
Pierre Charmoz et Jean-Louis Lejonc
Ginkgo noir, 2018


Allons bon! J'ignorais totalement qu'il y avait polémique sur le nom du premier à atteindre le sommet du mont Blanc en 1786! Paccard ou Balmat? Il existerait un document dévoilant enfin la vérité, ainsi que le plan d'une mystérieuse mine, en tout cas en 1811 l'alpiniste anglais Whymper (personnage ayant existé) décède dans d'obscures conditions, et voilà Sherlock Holmes lui-même menant l'enquête, aidé d'un guide marseillais, suivi de près par une belle viennoise adepte de psychanalyse, et un dangereux prussien.

Au début j'ai un peu pataugé dans les époques et les personnages, mais d'utiles annexes ont tout éclairci, et je me suis bien amusée à suivre ce Sherlock Holmes qui est le premier à se moquer de ses méthodes d'investigation et de sa popularité, et à en apprendre sans douleur sur les soins aux tuberculeux (espérant que les 'aléas thérapeutiques' n'étaient pas fréquents), l'utilisation du graphite et la conquête du mont Blanc. Un hommage à Conan Doyle (et aussi à Poe) plein de verve et d'humour. Je ne classerais pas l'histoire en 'policier', plutôt en 'aventures'.

Voilà comment la belle Gertrud raconte
"...quand je fus brutalement réveillée par une individu très laid, sorte de clone de l'Empereur Guillaume - sans doute un fils illégitime, ou, pour le moins, un cas très intéressant de mimétisme par désir du père... Bref, cet individu me maîtrisa, malgré ma solide constitution et les cours de lutte que feu mon mari, le comte Wilhelm von Hofmannstahl, me fit donner à Vienne. Ensuite, sous la menace d'un pistolet -substitut classique à une virilité défaillante -l'individu me contraignit à prendre le volant de mon automobile et nous nous lançâmes à votre poursuite."

Merci à l'éditeur qui me fait découvrir ses collections.

vendredi 3 août 2018

Mille petits riens

Mille petits riens
Small great things
Jodi Picoult
Actes sud, 2018
Traduit par Marie Chabin


Il y a quelque temps j'avais commencé Le rideau déchiré, du même auteur, sur la foi d'une prometteuse quatrième de couverture; seulement ça m'a paru traîner un peu avant d'arriver au fait et j'ai abandonné.
Pour ce Mille petits riens, je me suis bien gardée de lire la quatrième de couverture avant d'aborder la page 100 (sur presque 600 , donc pas de pavé de l'été, tant pis) et à ce moment là j'étais plutôt ferrée, en tout cas ce n'était pas pénible à lire.  Traduire : pas de faux suspense, où l'on tourne vainement les pages en attendant l'événement qui tarde. Mais des informations vraiment intéressantes.

On en vient au fait? Oui, je ne sais pas trop comment donner un avis sur ce roman. Sur Goodreads j'ai vaguement vu ce qu'en pensent les américains, mais justement ce sont des américains... Alors aborder la question chaud bouillant du racisme aux Etats-Unis...

Trois personnages prennent la parole tour à tour (un roman choral, quoi), quelques retours dans le passé, bref, du classique;
D'abord Ruth, infirmière depuis vingt ans, celle que toute femme aimerait rencontrer lors de son accouchement. Car je pense qu’elle occupe plutôt un poste de sage-femme. Veuve d'un soldat mort en mission, elle élève seule Edison, brillant lycéen de 17 ans.
Arrive à l'hôpital Brittany Bauer, épouse de Turk, pour la naissance de Davis. Les deux sont des suprémacistes blancs, hyper choqués de découvrir que Ruth s'est occupée de leur bébé, ils demandent donc à ce qu'aucun membre africain-américain de l'établissement ne s'occupe du bébé, et voilà, accepté et noté dans le dossier.
Quelques jours après, Ruth est seule pour veiller sur le bébé (manque de personnel, les autres sont pris ailleurs en urgence), qui fait un malaise grave. En dépit de l'intervention de tous, le bébé décède. Le parents accusent Ruth.
Celle-ci aura pour sa défense Kennedy, une avocate commis d'office.

Au cours de ma lecture, j'ai oscillé entre le 'franchement on n'échappe à aucune caricature' et le 'j'en apprends pas mal sur le pays'. C'est plein de détails très intéressants sur le système judiciaire, un peu comme chez Connelly (sauf que je n'ai pas trop compris comment le procès se terminait ainsi), et sur le fonctionnement d'un service de néonatalogie et les divers examens auxquels sont soumis les bébés (pour leur bien!). Avec Turk et Brittany, j'ai dû plonger dans l'univers de types ouvertement violents et racistes, et parfois c'était difficile...
Quelques détails de l'arrestation de Ruth m'ont paru outrés, OK je sais que là-bas on ne prend pas toujours de gants, quoique je viens de trouver une vidéo d’une femme blanche arrêtée violemment sur une plage (https://www.msn.com/fr-be/video/viral/etats-unis-larrestation-ultra-violente-dune-jeune-femme-sur-une-plage-cr%C3%A9e-la-pol%C3%A9mique-vid%C3%A9o/vi-AAy156Y) et là maintenant je ne sais que penser.
Le dernier rebondissement sur le bébé est un poil too much quand même. Ainsi que la dernière tragédie. Et on aurait aimé plus de détails dans l'épilogue 'six ans après'.
En lisant la postface j'ai appris que cette histoire d'interdiction de toucher à un bébé était arrivée, sauf que là un groupe de soignants a porté plainte pour discrimination.

Bref, je vais donner crédit à l'auteur qui est américaine et s'est bien documentée (y compris auprès de skinheads repentis). Retenant l'évolution de Kennedy, qui commence à saisir ce qu'est être noir aux Etats Unis. Vraiment de bonnes réflexions sur le racisme, qui peut parler à tout lecteur, ça ne fait pas de mal. Un sujet hyper délicat.

Des avis sur Babelio,

mardi 31 juillet 2018

Mes chères voisines

Mes chères voisines
Belong to me
Marisa de los Santos
Presses de la cité, 2010
Traduit par Anouk Neuhoff


Une banlieue chic américaine? Un côté Desperate Housewives? Voilà ce que la quatrième de couverture promettait, et ma foi, quand le thermomètre flirte avec les 30 degrés, c'est parfait comme lecture.

Jeune femme ayant quitté Manhattan pour une banlieue chic avec son mari Teo, médecin spécialiste, Cornelia Brown, n'ayant que de vagues envies de continuer des études littéraires, projette de se couler dans le moule et se faire des amies. Pas facile, surtout que Piper (un poil langue de vipère) mène le bal.

Oui, mais ça ce n'est que le chapitre 1, dans le 2 l'on commence à découvrir l'envers du décor, avec Piper, puis ensuite arrive Dev, un gamin de 13 ans, surdoué, avec sa mère Lake, une bien grosse menteuse tout de même, et hélas pour elle Dev est fort intelligent.

Cette alternance de trois points de vue est bien menée, un poil d'humour agrémente l'histoire, qui fournira son lot de tristesses, d'amours et d'amitiés. Bien des personnages évoluent, tout se termine globalement bien et parfois on frôle le too much en gentillesse, mais bah, ça fait du bien, mission accomplie, voilà un roman bien sympathique qui se dévore tout seul, surtout qu'il est bien écrit.

mardi 24 juillet 2018

Un été à Key West / La Vérité et ses conséquences / Conflits de famille

Encore (oui oui) de l'Alison Lurie ...


Un été à Key  West
The last resort, 1998
Alison Lurie
Rivages
Traduit par Céline Schwaller-Balaÿ



A l'université de Convers, déjà décrite dans Les amours d'Emily Turner, l'hiver est toujours aussi glacial, et le professeur Wilkie Walker se laisse convaincre par son épouse Jenny de passer quelque temps en Floride, à Key West (donc pas l'été, comme la traduction du titre le laisse penser)
Chacun en attend du mieux, car en effet Jenny s'étonne de l'humeur grincheuse de Wilkie, de son éloignement, alors que depuis vingt-cinq ans de mariage, tout était parfait, Jenny étant aux petits soins pour Wilkie, ayant consacré sa vie à soutenir sa carrière, parfaite secrétaire, relectrice, en plus d'épouse dévouée. Que cache Wilkie? Il se pense atteint d'un grave cancer  et espère profiter de leur séjour pour se suicider.

Ensuite Alison Lurie nous prend gentiment par la main, avec son talent et son ironie (au second degré) habituels, et propose toute une galerie de personnages liés les uns aux autres, qui vont évoluer jusqu'à une fin satisfaisante pour eux. Défense de la nature, homosexuels touchés par le sida, voilà aussi quelques thèmes abordés.

La Vérité et ses conséquences
Truth and consequences, 2005
Alison Lurie
Rivages, 2006
Traduit par Virginie Buhl

Cette fois l'histoire se déroule en 2001/2002 (on le sait grâce aux tours à New York) mais à Convers, dans le milieu universitaire cher à l'auteur. Deux couples parallèles vont se rencontrer.
D'un côté Jane et Alan Mackenzie, dont le bonheur conjugal est mis à l'épreuve à cause de violentes douleurs du dos handicapant Alan depuis plus d'un an. Jane s'en occupe fidèlement mais commence à fatiguer... Surtout que son travail la conduit à s'occuper des problèmes d'un Centre accueillant des écrivains en résidence (dont Alan) et que la gentille Susie censée la seconder se révèle incapable de prendre des décisions.
De l'autre Delia et Harry, celle-ci sujette à des migraines invalidantes, charmant et faisant marcher tout le monde au bout de son doigt. Sauf Harry et Jane, justement, trouvant d'abord un terrain d'entente de 'soignants'. Qui évoluera... Surtout qu'Alan se trouve mieux et crée mieux quand Delia est là...

Des couples qui se défont, sans doute pas le plus éblouissant roman d'Alison Lurie, mais on ne le lâche pas. Les personnages secondaires sont bien croqués et Delia, avec son côté femme fatale à qui on ne résiste pas, manipulatrice et égocentrique, se révèle presque antipathique (c'est rare chez Lurie) mais pas complètement. Comme d'habitude, on ne rit pas aux éclats, mais on s'amuse de l'évolution de l'histoire et des conséquences de certaines décisions.

(histoire de râler je signale que souffrir le martyre prend un e)


Conflits de famille
The war between the Tates, 1974
Alison Lurie
Traduit par marie-France Peugeot
Rivages, 1990

Brian Tate est professeur, oui, à Corinth, une des étudiantes devient folle dingue de lui, et un bébé risque d'arriver. la femme de Brian ne réagit pas du tout comme on pourrait s'y attendre. Leurs deux ados deviennent de plus en plus ados insupportables...

Sur fond d'année 1969, de féminisme et diverses fumettes, étudiants et professeurs ne se comprennent guère, c'est la guerre, mais chez Alison Lurie, après les troubles revient la paix.


Challenge trilogie/séries chez Philippe!

jeudi 19 juillet 2018

Encore une exploratrice !

Oui, et cette fois il s'agit d'une française (et même d'une bretonne!) mais toujours dans ces années 30 qui ont vu voyager tant d'Européennes...

Fille d'un peintre impressionniste de même nom (inconnu de mes services), Odette de Puigaudeau est née en 1894 à Saint Nazaire. Elle possède un brevet de navigation, a suivi des études d'océanographie à la Sorbonne en 1920, a été styliste de mode chez Lanvin, puis journaliste. Exploratrice et ethnologue, elle a accompli de nombreuses missions pour des ministères et divers organismes. En 1961 elle s'installe à Rabat, s'occupe d'émissions culturelles à la radio, devient documentaliste, chef de bureau de la préhistoire, bref, elle écrit aussi, et décède en 1991 à Rabat.

Une vie bien remplie pour cette femme hors normes, rien qu'à lire ces quelques lignes, n'est-ce pas?

Avec trois de ses récits, Pieds nus à travers la Mauritanie, Tagant, au cœur du pays maure et Le sel du désert, on tient un témoignage de première main sur le Sahara occidental, où elle a résidé plusieurs années, parcourant de vastes espaces avec son amie Marion Sénones.

droits d'auteur? 
Pieds nus à travers la Mauritanie
1933 1934
Odette du Puigaudeau
Libretto, 2011

Pour d'obscures raisons de réservation bibli, je n'ai lu ce livre qu'en dernier, mais je n'ai qu'un conseil : lisez-le, et en premier, car là on fait connaissance d'Odette et Marion, parties de Douarnenez sur La belle hirondelle, bateau pêcheur cinglant vers la Mauritanie, les deux amies n'ayant pas d'autres moyens de voyager  sans trop dépenser.
Une fois arrivées (le bateau ayant essuyé des coups de feu venant du rivage, hop fuyons), elles se trouvent des chameaux, des accompagnateurs, et c'est parti pour un voyage à travers la Mauritanie qui m'a absolument fascinée. Une Mauritanie à peine pacifiée, aux traditions vivaces, aux castes différenciées, aux petites filles gavées de lait de chamelle.

Bref, à découvrir absolument!


Tagant
Au coeur du pays maure 1936 1938
Odette du Puigaudeau
Libretto


Tagant, c'est la région où habitèrent Odette et Marion, point de départ d'expéditions plus ou moins lointaines. Après avoir failli m'ensabler dans les descriptions historiques et géographiques du coin, j'ai pu quand même apprécier l'écriture extrêmement précise et colorée d'Odette du Puigaudeau, et son évocation de la vie dans ce coin de Mauritanie, appréciant son regard admiratif souvent mais réaliste toujours.
Cependant j'ai plus accroché à son périple pour l'azalaï, le livre suivant!



Le sel du désert
Odette du Puigaudeau
Libretto, 2005

Partant de l'ouest de Tombouctou (où un guide peu fiable a failli les faire périr de soif), elles arrivent dans cette cité. Et se heurtent à de grosses difficultés pour trouver des chameaux. Là enfin l'auteur se lâche, se fait parfois ironique, et n'épargne pas ceux qui lui mettent des bâtons dans les roues (heu, les pattes de chameau). Mais elle est tenace et finit par rejoindre la caravane de l'azalaï, forte de milliers de personnes et de chameaux, ayant comme mission de ramener du nord, à des centaines de kilomètres, des barres de sel extraites par les mineurs.

Et là, c'est fascinant! Rien que d'imaginer ce voyage, les yeux brillent... Voyage durant les mois de novembre et décembre, climat oblige. Nourriture et boisson, quand on en trouve, peu ragoûtantes. Dormir à la belle étoile, puis sous la tente. Avec Odette, Marion, le cuisinier fidèle, et Rachid le guépard, qui reviendra en France.
Ramenant de nombreuses photos du voyage, des objets préhistoriques, des fossiles, des dessins d'art rupestre.
Là on est bien dans l'aventure, le journalisme, l'exploration. Avec parfois des coups de griffe à l'égard de l'administration coloniale ne connaissant pas vraiment les populations et une certaine admiration même envers un brigand (retiré des affaires).

Une trilogie indispensable.

Challenge trilogie/séries chez Philippe!

vendredi 13 juillet 2018

La quête de Wynne

La quête de Wynne
Wynne's war
Aaron Gwyn
Gallmeister, 2015
Traduit par François Happe


J'avoue délaisser un peu les parutions Gallmeister, parfois un peu trop noires ou violentes, et souvent dans le cercle familial. Alors qu'est-ce qui m'a pris de me lancer dans une histoire démarrant dans les années 2000 en Irak, puis en Afghanistan, embedded si j'ose dire parmi les Rangers et forces spéciales des Etats- unis d'Amérique? Un monde bien masculin, si l'on excepte l'infirmière Sara? Où les balles sifflent, où l'on tire des roquettes comme un gamin lance un caillou, où l'on est salement blessé ou vengé (peu de scènes difficiles, mais deux ou trois quand même), où face aux talibans c'est eux ou nous?

Hé bien le héros s'appelle Russell, originaire de l'Okhlahoma, c'est un as avec les chevaux, ce qui offre des scènes absolument fabuleuses. L'idée de Wynne, le charismatique (et un poil inquiétant) capitaine du groupe dans le nord est de l'Afghanistan, c'est de se déplacer en groupe de cavaliers dans les vallées des ces montagnes, pour une quête un brin fêlée. Serais-je donc moi aussi fan des chevaux? Non, je n'y connais absolument rien.

Donc, étonnant ou pas, j'ai aimé ce roman absolument pas dans mon créneau au départ, pour l'originalité de l'histoire, cette ambiance parfaitement crédible de danger, ces personnages bien campés, ce poil d'humour et de suspense. Alors enfilez votre gilet pare balles (15 kg) et lisez ce livre!

Des avis sur babelio, zarline, electra,

mardi 10 juillet 2018

Ce que les oiseaux disent des hommes

Ce que les oiseaux disent des hommes
The thing with feathers, the surprising lives of birds and what they reveal about being human
Noah Strycker
Arthaud, 2018


Noah Strycker est passionné par les oiseaux, ce qui est préférable quand on est ornithologue, et ce depuis son enfance, entouré par des parents que l'on imagine bienveillants et patients (ramener un cadavre récent de cerf dans le jardin, histoire de prendre en photo les vautours - je précise qu'en Oregon, cela se trouve aisément, - sans parler des odeurs subsistant longtemps dans la voiture, ça c'est fait)

Depuis il a parcouru le vaste monde, épiant des bestioles aussi diverses que les harfangs des neiges, les colibris, les mérions couronnés, dont le comportement interroge sur le notre (le dilemme du prisonnier), sans oublier du plus proche mais néanmoins fascinant, comme les poules ou les pies.

Moins de 300 pages qui informent donc sur les oiseaux et les hommes. De plus Noah Stycker fait partie de ces gens qui n'assomment pas avec des termes compliqués (ou en tout cas savent les expliquer et user d'images parlantes), qui sont passionnés par leur sujet, n'ont rien contre un poil d'humour et d'autodérision et savent conduire vers des réflexions sur nous-mêmes.

Savez-vous ce qu'est une murmuration? Je l'ai découvert (le terme, pas le phénomène) avec ce livre, et je laisse cette vidéo (ce sont des étourneaux, patientez quelques secondes, et on peut virer le son)
Il me reste à remercier Babelio

vendredi 6 juillet 2018

4321

4321
Paul Auster
Picador, 2018

M'enfin quoi, Paul Auster a fait attendre ses lecteurs de longues années depuis parution de Sunset Park, mais ça valait le coup de patienter. Bon, j'aurais pu lire ses essais et autres textes, c'est sûr. Bref.

La taille de la bête semble avoir fait fuir les gens (bravo aux blogueuses citées ci-dessous) et je me le réservais pour le 'pavé de l'été' . C'est de plus lu en VO, avec 891 pages écrites assez petit. Étonnamment aisé à lire, d'ailleurs (je parle du texte, pas de la taille des caractères), je n'ai vraiment pas peiné.

Alors, de quoi ça parle?
Archie Ferguson est le petit fils d'immigrants européens, le fils unique d'un propriétaire de magasins et d'une photographe. On va suivre Ferguson, né en 1947 (tiens tiens, comme Paul Auster) jusqu'au début des années 1970.
Assez vite arrivent des détails troublants, et -c'est connu je pense, maintenant- le lecteur réalise qu'en fait on suit quatre Ferguson aux vies différentes mais avec des ressemblances. Les frères de son père sont assez 'toxiques', et selon leur éloignement ou pas, tout évolue bien différemment, la situation familiale en particulier, son niveau de vie, les relations avec son père, ses études, mais demeurent des constantes, à savoir la littérature, la musique, le cinéma, l'université, les grandes pages de l'histoire américaine des années 50 et 60, et la France (cocorico), en particulier Paris, le sport (baseball ou tennis) et Amy Scheiderman, au statut variable selon les versions 432 ou 1 mais incontournable.

"To imagine how things could be different for him even though he was the same.""What if?"
(imaginer comment les choses pouraient être différentes pour lui même s'il était le même? / Et si?)

Bien, on a donc quatre histoires, et je conseille de lire à la suite, en fait on ne s'y perd pas, au pire quelques paragraphes suffisent pour reprendre pied.

D'accord, mais y-a-t'il des longueurs ?
D'abord, il n'y a pas vraiment de répétitions, même si certains événements extérieurs demeurent (assassinat de Kennedy, guerre du Vietnam, émeutes à Newark, événements à l'université de Columbia). Les différences permettent d'ailleurs de brosser un portrait plus complet de l'Amérique de l'époque.
Ensuite, les amis, c'est Paul Auster, et il sait fichtrement bien mener une narration!
J'avoue avoir juste eu un coup de mou quand il y avait un poil trop de baseball, et à Columbia, j'ai décroché sur le récit des événements.

Alors, aimé ou pas?
Comment ne pas être fasciné par la connaissance qu'il a de Paris? L'amour qu'il a pour la France?
Je n'ai pu m'empêcher de penser qu'Auster est fort présent dans ce roman, comment Ferguson découvre le pouvoir de la littérature, engloutissant les 'grandes œuvres' à marche forcée, comment, selon les versions, il se lance dans l'écriture d'un roman (tout le processus créatif, jusqu'à l'édition, on sent le vécu), ou de poèmes, ou de traductions, bref, c'est passionnant.

Pour les familiers d'Auster, on s'amuse à retrouver des clins d'oeil (par exemple un Moon Palace) et même si chaque histoire prise séparément paraît assez classique, je me suis régalée à retrouver l'imagination habituelle de Paul Auster justement dans les écrits de son héros, ces histoires flirtant avec le fantastique, on a même des morceaux d'écrits. Comment ne pas s'amuser aussi de l'histoire racontée de cet homme devant choisir un chemin? Ferguson n'a pas eu à choisir, c'est Auster qui l'a fait pour lui, mais, quoique. Quant à la nouvelle sur la paire de chaussures, quel talent!

Bourré de réflexions 
Le Ferguson auteur: "Books lived inside you only as long as you were writing them, but once they came out of you they were all used up and dead."(p 755)
(les livres vivent à l'intérieur de vous aussi longtemps que vous êtes en train de les écrire, mais une fois sortis de vous ils sont usés et morts)
D'accord ou pas? Je n'écris pas, je lis, et ai plutôt l'impression que les livres vivent une belle et longue vie après...

Conclusion
J'espère avoir convaincu de se lancer dans ce pavé, avec vraiment des richesses quasiment à chaque page. J'ai essayé de ne pas trop en dire, mais les curieux, au risque et péril de leur bonheur de lecture, trouveront des avis sur le net (les journalistes sont terribles pour cela), qui leur raconteront tout ou presque. Y compris pourquoi ce titre 4321...

Pour terminer en s'amusant:
Des erreurs dans ce roman? En 1965 Ferguson lit Silence de John Cage, et un billet ou avis (pas retrouvé) s'en étonne car à l'époque ce livre n'était pas paru (en français). J'ai vérifié, il est paru en 1961, donc pas d'erreur.
Mais je pense en avoir trouvé une! Page 459, Auster/Ferguson s'émerveille que la latitude de Paris permette cette luminosité jusqu'à 22 h 30 voire 22 h 45 -juste après mi juillet, donc c'est correct, il suffit de se souvenir de l'heure de démarrage du feu d'artifice, jamais avant 23 h. Sauf que, nous sommes dans les années 60, et l'heure d'été était-elle effective?

Les avis de Papillon, kathel, Valérie, culturelle, mimi,

Vraiment le pavé de l'été, (chez Brize)