vendredi 13 juillet 2018

La quête de Wynne

La quête de Wynne
Wynne's war
Aaron Gwyn
Gallmeister, 2015
Traduit par François Happe


J'avoue délaisser un peu les parutions Gallmeister, parfois un peu trop noires ou violentes, et souvent dans le cercle familial. Alors qu'est-ce qui m'a pris de me lancer dans une histoire démarrant dans les années 2000 en Irak, puis en Afghanistan, embedded si j'ose dire parmi les Rangers et forces spéciales des Etats- unis d'Amérique? Un monde bien masculin, si l'on excepte l'infirmière Sara? Où les balles sifflent, où l'on tire des roquettes comme un gamin lance un caillou, où l'on est salement blessé ou vengé (peu de scènes difficiles, mais deux ou trois quand même), où face aux talibans c'est eux ou nous?

Hé bien le héros s'appelle Russell, originaire de l'Okhlahoma, c'est un as avec les chevaux, ce qui offre des scènes absolument fabuleuses. L'idée de Wynne, le charismatique (et un poil inquiétant) capitaine du groupe dans le nord est de l'Afghanistan, c'est de se déplacer en groupe de cavaliers dans les vallées des ces montagnes, pour une quête un brin fêlée. Serais-je donc moi aussi fan des chevaux? Non, je n'y connais absolument rien.

Donc, étonnant ou pas, j'ai aimé ce roman absolument pas dans mon créneau au départ, pour l'originalité de l'histoire, cette ambiance parfaitement crédible de danger, ces personnages bien campés, ce poil d'humour et de suspense. Alors enfilez votre gilet pare balles (15 kg) et lisez ce livre!

Des avis sur babelio, zarline, electra,

mardi 10 juillet 2018

Ce que les oiseaux disent des hommes

Ce que les oiseaux disent des hommes
The thing with feathers, the surprising lives of birds and what they reveal about being human
Noah Strycker
Arthaud, 2018


Noah Strycker est passionné par les oiseaux, ce qui est préférable quand on est ornithologue, et ce depuis son enfance, entouré par des parents que l'on imagine bienveillants et patients (ramener un cadavre récent de cerf dans le jardin, histoire de prendre en photo les vautours - je précise qu'en Oregon, cela se trouve aisément, - sans parler des odeurs subsistant longtemps dans la voiture, ça c'est fait)

Depuis il a parcouru le vaste monde, épiant des bestioles aussi diverses que les harfangs des neiges, les colibris, les mérions couronnés, dont le comportement interroge sur le notre (le dilemme du prisonnier), sans oublier du plus proche mais néanmoins fascinant, comme les poules ou les pies.

Moins de 300 pages qui informent donc sur les oiseaux et les hommes. De plus Noah Stycker fait partie de ces gens qui n'assomment pas avec des termes compliqués (ou en tout cas savent les expliquer et user d'images parlantes), qui sont passionnés par leur sujet, n'ont rien contre un poil d'humour et d'autodérision et savent conduire vers des réflexions sur nous-mêmes.

Savez-vous ce qu'est une murmuration? Je l'ai découvert (le terme, pas le phénomène) avec ce livre, et je laisse cette vidéo (ce sont des étourneaux, patientez quelques secondes, et on peut virer le son)
Il me reste à remercier Babelio

vendredi 6 juillet 2018

4321

4321
Paul Auster
Picador, 2018

M'enfin quoi, Paul Auster a fait attendre ses lecteurs de longues années depuis parution de Sunset Park, mais ça valait le coup de patienter. Bon, j'aurais pu lire ses essais et autres textes, c'est sûr. Bref.

La taille de la bête semble avoir fait fuir les gens (bravo aux blogueuses citées ci-dessous) et je me le réservais pour le 'pavé de l'été' . C'est de plus lu en VO, avec 891 pages écrites assez petit. Étonnamment aisé à lire, d'ailleurs (je parle du texte, pas de la taille des caractères), je n'ai vraiment pas peiné.

Alors, de quoi ça parle?
Archie Ferguson est le petit fils d'immigrants européens, le fils unique d'un propriétaire de magasins et d'une photographe. On va suivre Ferguson, né en 1947 (tiens tiens, comme Paul Auster) jusqu'au début des années 1970.
Assez vite arrivent des détails troublants, et -c'est connu je pense, maintenant- le lecteur réalise qu'en fait on suit quatre Ferguson aux vies différentes mais avec des ressemblances. Les frères de son père sont assez 'toxiques', et selon leur éloignement ou pas, tout évolue bien différemment, la situation familiale en particulier, son niveau de vie, les relations avec son père, ses études, mais demeurent des constantes, à savoir la littérature, la musique, le cinéma, l'université, les grandes pages de l'histoire américaine des années 50 et 60, et la France (cocorico), en particulier Paris, le sport (baseball ou tennis) et Amy Scheiderman, au statut variable selon les versions 432 ou 1 mais incontournable.

"To imagine how things could be different for him even though he was the same.""What if?"
(imaginer comment les choses pouraient être différentes pour lui même s'il était le même? / Et si?)

Bien, on a donc quatre histoires, et je conseille de lire à la suite, en fait on ne s'y perd pas, au pire quelques paragraphes suffisent pour reprendre pied.

D'accord, mais y-a-t'il des longueurs ?
D'abord, il n'y a pas vraiment de répétitions, même si certains événements extérieurs demeurent (assassinat de Kennedy, guerre du Vietnam, émeutes à Newark, événements à l'université de Columbia). Les différences permettent d'ailleurs de brosser un portrait plus complet de l'Amérique de l'époque.
Ensuite, les amis, c'est Paul Auster, et il sait fichtrement bien mener une narration!
J'avoue avoir juste eu un coup de mou quand il y avait un poil trop de baseball, et à Columbia, j'ai décroché sur le récit des événements.

Alors, aimé ou pas?
Comment ne pas être fasciné par la connaissance qu'il a de Paris? L'amour qu'il a pour la France?
Je n'ai pu m'empêcher de penser qu'Auster est fort présent dans ce roman, comment Ferguson découvre le pouvoir de la littérature, engloutissant les 'grandes œuvres' à marche forcée, comment, selon les versions, il se lance dans l'écriture d'un roman (tout le processus créatif, jusqu'à l'édition, on sent le vécu), ou de poèmes, ou de traductions, bref, c'est passionnant.

Pour les familiers d'Auster, on s'amuse à retrouver des clins d'oeil (par exemple un Moon Palace) et même si chaque histoire prise séparément paraît assez classique, je me suis régalée à retrouver l'imagination habituelle de Paul Auster justement dans les écrits de son héros, ces histoires flirtant avec le fantastique, on a même des morceaux d'écrits. Comment ne pas s'amuser aussi de l'histoire racontée de cet homme devant choisir un chemin? Ferguson n'a pas eu à choisir, c'est Auster qui l'a fait pour lui, mais, quoique. Quant à la nouvelle sur la paire de chaussures, quel talent!

Bourré de réflexions 
Le Ferguson auteur: "Books lived inside you only as long as you were writing them, but once they came out of you they were all used up and dead."(p 755)
(les livres vivent à l'intérieur de vous aussi longtemps que vous êtes en train de les écrire, mais une fois sortis de vous ils sont usés et morts)
D'accord ou pas? Je n'écris pas, je lis, et ai plutôt l'impression que les livres vivent une belle et longue vie après...

Conclusion
J'espère avoir convaincu de se lancer dans ce pavé, avec vraiment des richesses quasiment à chaque page. J'ai essayé de ne pas trop en dire, mais les curieux, au risque et péril de leur bonheur de lecture, trouveront des avis sur le net (les journalistes sont terribles pour cela), qui leur raconteront tout ou presque. Y compris pourquoi ce titre 4321...

Pour terminer en s'amusant:
Des erreurs dans ce roman? En 1965 Ferguson lit Silence de John Cage, et un billet ou avis (pas retrouvé) s'en étonne car à l'époque ce livre n'était pas paru (en français). J'ai vérifié, il est paru en 1961, donc pas d'erreur.
Mais je pense en avoir trouvé une! Page 459, Auster/Ferguson s'émerveille que la latitude de Paris permette cette luminosité jusqu'à 22 h 30 voire 22 h 45 -juste après mi juillet, donc c'est correct, il suffit de se souvenir de l'heure de démarrage du feu d'artifice, jamais avant 23 h. Sauf que, nous sommes dans les années 60, et l'heure d'été était-elle effective?

Les avis de Papillon, kathel, Valérie, culturelle, mimi,

Vraiment le pavé de l'été, (chez Brize)

mardi 3 juillet 2018

Détails

Détails
faits
Marcel Cohen
Gallimard, 2018


Bien sûr j'aurais pu insérer mon avis sur Détails dans le billet sur Faits (I, II, et III) car il est dans la droite ligne de la trilogie. Mais d'abord l'auteur se contente d'un petit 'faits' en couverture, et non pas IV. Et puis c'est tellement bien que j'en rajoute une couche, quoi.

Durant ces lectures je suis tombée sur l'auteur invité de l'émission sur France culture le 24 avril, avec André Dussolier en lecteur de quelques textes. Peut-être Luocine pourrait utiliser ces textes pour ses auditrices?

Revenons au livre.
Cette fois les textes sont plus longs, avec quelques uns menés par 'l'homme' ou 'l'enfant' que je sens assez autobiographiques. Une enfance lointaine et campagnarde, plein de charme. Avec un canif, un stylo, des sauterelles, des lapins. Toute personne ayant connu une enfance rurale il y a quelques décennies s'y retrouvera. Un homme très observateur, et de menus détails. Que je soupçonne d'être véridiques. Je pense aller vérifier par exemple si Rue royale se trouve toujours une affiche annonçant l'ordre de mobilisation générale d’août 1914... D'autres détails bénéficient de références en fin de volume, d'ailleurs.

J'ai été fascinée par cette histoire de l'homme ratant (presque?) son avion. Et puis ce long texte sur le séjour en hôpital, cette observation des détails, toujours... Fin, sensible, intelligent.

Et puis ce texte sur cet homme lecteur, quel bonheur! "S'il décidait de ne pas lire un livre sur la foi de quelques lignes, il n'avait pas besoin de beaucoup plus pour aimer un auteur qu'il n'avait pas lu."

Tout serait à citer (soupirs)
Cette histoire d'un couple chez le docteur Petiot, échappant à la mort grâce à un détail observé par l'épouse. Cette autre de l'homme achetant un baromètre. Les deux lues par Dussolier, tiens.

A savourer.

vendredi 29 juin 2018

Little America

Little America
Henry Bromell
Gallmeister, 2017
Collection Americana
traduit par Janique Jouin-de-Laurens

Parution totem en mai 2018, je dis ça je dis rien!



Inutile de chercher le Korach sur une carte, ce petit pays (fictif mais parfaitement exemplaire ), censé se situer aux frontières de la Syrie, de la Jordanie et de l'Irak et exister en 1958, a disparu, même dans le temps de ce roman.

En 1958 donc, à l'ambassade américaine d'Hamra, arrivent Mack Hopper, son épouse Jean et leur fils Terry, le narrateur. Ambassade comprenant le personnel habituel, sachant que bien sûr s'y glissent des agents de renseignements. Dont Mack, travaillant depuis des années pour la CIA. Sa mission : amorcer une amitié avec le jeune roi du Korach.

C'est l'époque de la guerre froide, russes et américains n'aiment pas qu'on piétine leur plates bandes, de plus Nasser est au pouvoir en Egypte, Israël est dans le coin, les Frères Musulmans n'aiment pas certaines évolutions du pays. Bref, une jolie poudrière. Sans pétrole, avec bédouins sous la tente dans le lointain, mais une poudrière quand même.

Dès le départ, on sait que ça s'est mal terminé pour le pays (démembré par ses voisins) et le roi (assassiné, comme son père d'ailleurs). Mais qui l'a tué?

Le roman dévoile les dessous pas jolis jolis de la politique américaine rayon barbouzes, on y croit hélas vraiment. L'enquête est menée par Terry, réussira-t-il à braver le mur du silence? Ses souvenirs de cette période, où gamin il vivait à Little America, l'enclave destinée aux américains, alternent avec ses recherches. Connaîtra-t-il finalement le rôle de son père dans l'histoire?

Je suis étonnée de n'avoir pas vu ce roman sur les blogs (mais au moins la -bonne- surprise est totale!), car il se dévore et n'est pas qu'un simple roman d'espionnage comme on pourrait le penser. Le Korach -ou un pays de la région- est parfaitement reconstitué dans sa vie, son ambiance, ses enjeux de pouvoir.

Les avis chez babelio, bibliosurf,

mercredi 27 juin 2018

Fondation

Et si on parlait enfin d'un monument de la SF? Le cycle des Fondation (3 volumes parus au début des années 50, deux au cours des années 80, puis Prélude à Fondation paru en 1988 et L'aube de fondation en 1993). Hélas Asimov, né en 1920, est décédé en 1993.




 J'ai trouvé ces chronologies sur wikipedia. L'article est d'ailleurs complet et bien fait.

Alors on se dit, si on est psychorigide, "mais je dois commencer par 'Prélude' et 'L'aube', alors?" Oui, l'ordre chronologique de la série.
Que nenni!

Vers Fondation Le déclin de Trantor
Prélude à Fondation L'aube de Fondation
Isaac Asimov
Pmnibue, 2007
Traduit par Jean Bonnefoy


Je viens de lire Prélude et L'aube, et ne peux donner qu'un conseil, celui de les lire APRES les autres. Bref, lire dans l'ordre de parution. Deux raisons : d'abord, ces deux prequels divulgâchent pas mal les événements à venir, et ensuite l'idée d'Asimov était aussi de relier son cycle de Fondation et celui des Robots, et franchement c'est du bonheur de réaliser comment il bidouille tout cela.

Alors de quoi ça parle? Pour ceux qui ont lu SF là-haut, et n'ont pas encore fui, je garantis qu'il s'agit de bouquins classiques, sans violence, sans extra-terrestres, sans grosses bagarres intergalactiques. L'auteur a le chic pour relancer l'intérêt du lecteur. Ne pas s’attendre non plus à un style étincelant, c'est efficace, on en va pas trop demander. Mais on ne lâche pas.
Dans Fondation on est directement dans la psycho histoire, cette théorie permettant de prévoir, non l'avenir individuel, mais en gros celle de la galaxie (pourquoi voir petit, hein?). Prélude et L'aube présentent donc les recherches de Hari Seldon, l'inventeur de cette psycho histoire, sa fuite devant les sbires de l'empereur de L'Empire (oui il y a de l'action quand même), puis une fois fonctionnarisé, la direction prise par cette psycho histoire. Non, on ne saura pas exactement en quoi ça consiste, mais j'ai prévenu, on en apprend trop sur la suite, qui est à lire avant, j'ai dit.

Un avis plus copieux

Pour les amateurs de SF, je suis sûre qu'à 99% ils ont déjà lu Fondation. Sinon : "vous attendez quoi?"

Ensuite j'ai relu Fondation dans ma vieille édition Denoël ...

Il s'agit en fait de parties assez courtes, quelques dizaines de pages, où sur Terminus s'est établie la Fondation. L'on voit comment au fil du temps apparaissent des crises, prévues par Seldon, mais dénouées par des personnages précis. C'est intéressant de connaître l'évolution de Terminus, comment sans violence mais avec habileté elle domine ses voisins, par une sorte de religion, puis par le commerce. Beaucoup de dialogues, peu d'action en fait, et des retournements de situation. Par rapport aux deux autres (Prélude/Aube) je constate le manque de personnages féminins, mais je crois me souvenir que ça va s'arranger par la suite. Que je relirai -ou pas.

Cela entre aussi dans le  challenge de Philippe!

lundi 25 juin 2018

A vol d'oiseau / Tout autre nom

Hé bien voilà, il suffit de patienter. La même semaine j'ai trouvé A vol d'oiseau chez Emmaüs et Tout autre nom à la bibli. Dévorés de suite.

A vol d'oiseau
As the crow flies
Craig Johnson
Points, 2018
Traduit par Sophie Aslanides


Bonne nouvelle, cet opus se déroule dans la réserve indienne, où Walt Longmire et son ami Henry Standing Bear préparent le proche mariage de Cady, fille de Walt. Ils assistent en direct à la chute d'une femme tenant son bébé dans les bras, qui sera le seul survivant. Lolo Long est la chef de la police indienne, le FBI s'en mêle, mais l'essentiel de l'enquête est menée sur les chapeaux de roues (grâce à deux véhicules valant le détour) par Walt et Henry, et c'est du bonheur!
(Cerise sur le gâteau, Vic est quasi absente de ce volume, ça met les oreilles en vacances)

"Elle avait l'air d'un cerf qui venait de découvrir deux couguars à côté du point d'eau."

Tout autre nom
Any other name
Craig Johnson
Gallmeister, 2018, coll Americana
Traduit par Sophie Aslanides

Encore une fois Walt n'opère pas dans son secteur, car il veut rendre service à son pote Lucian, dont un ami s'est suicidé. Enquête bâclée? Tout cela mènera à une enquête sur la disparition de jeunes femmes. Avec au bout du fil à Philadelphie Cady sur le point d'accoucher.

Les amateurs de la série le savent, peu importe l'histoire, ça va fonctionner et le bouquin ne se lâche pas. Avec des moments fous, sur un train vers la fin, et au milieu des bisons perdus dans la neige, le brouillard et le froid...

Voilà, je suis donc fin prête pour découvrir le suivant de la série!

vendredi 22 juin 2018

La fissure

Ajouter une légende
La fissure
Jean-Paul Didierlaurent
Au diable vauvert, 2018


Les précédents romans de l'auteur ayant connu un vif succès, je m'étonne qu'aucun blog (à ma connaissance)(oups 5 avis chez Babelio) n'en ait parlé. Pourtant il s'agit d'un roman de bonne facture, bien écrit, non sans originalité, et disons agréable à lire, ce qui n'est pas un défaut.

Xavier Barthoux, quinquagénaire, père d'un fils déjà éloigné, marié à Angèle qui lui a imposé un chihuahua, mène une vie tranquille et terne, parcourant la France en semaine pour tenter de vendre divers objets dont des nains de jardin, et se reposant le week end dans une maison retapée par ses soins dans un village des Cévennes, qui se révélera géographiquement étonnant.

Jusqu'au jour où il remarque une fissure dans le mur de ladite résidence secondaire. Il ne supporte pas cette fissure, tâchant de la réparer, et puis d'autres fissures se font jour dans sa vie, un nain de jardin commence à lui faire la conversation, bref c'est le départ de quelques pétages de plomb, et de toute une aventure, et je n'ai pas l'intention d'en dire plus, na.

Pour en savoir plus, voir chez Daniel.

Cela entre aussi dans le  challenge de Philippe!

mercredi 20 juin 2018

L'héritage des espions

L'héritage des espions
A legacy of spies
John Le Carré
Seuil, 2018
Traduit par IsabelelePerrin


Grâce à wikimachin, je sais que ce roman récent reprend les personnages de L'espion qui venait du froid, roman que j'avais oublié à 99%, une histoire durant la guerre froide, au moment de l'érection du mur de Berlin, avec espions de tous bords, manipulations, agents doubles ou doublés...

En gros, on prend les mêmes et on recommence? Non, Le Carré est plus malin que cela, il entremêle avec virtuosité passé et présent, narration classique et rapports d'agents anglais sur le terrain ou pas.
Peter Guillam, qui coule une heureuse retraite en Bretagne du côté de Lorient, se voit rappeler à Londres car ça sent le brûlé pour lui et son ex service!  Les enfants des agents morts au pied du mur (de Berlin) crient justice et veulent un procès. Peter Guillam est sommé de dire la vérité sur l'affaire Windfall.

Après un début où j'ai dû prendre mes marques, j'ai plongé dans cette histoire haletante, dévorée en deux jours, grâce à l'art de Le Carré et à son humour british. Même si on garde tout de même un goût amer en bouche,  et que j'attendais une fin plus pétante.
Attention, ne pas attendre de l'espionnage avec action, bagarres et compagnie, c'est très psychologique, et la lecture réclame de la concentration.

Un passage, dans une des maisons du Service
"Un chat fait son apparition : un gros matou noir à poils longs et à l'air mauvais avec un collier rouge. Il s'assoit, baille et nous dévisage. Laura lui rend son regard et se tourne vers Millie.
' Il est inscrit au budget, lui aussi?
- Je m'occupe moi-même de son entretien, merci bien.
- Il a un nom?
- Oui.
- Mais il est Top secret?
- Oui.'

Des avis chez babelio,

C'est le mois anglais, chez Lou et Cryssilda

lundi 18 juin 2018

La chambre de Jacob

La chambre de Jacob
Virginia Woolf
Archipoche, 2018
Traduit par Jean Talva



Petit à petit j'avance bien dans ma découverte de l'auteur, presque à la fin des romans en tout cas
 Orlando   L'art du roman   Une chambre à soi   Promenade au phare  Mrs Dalloway  La traversée des apparences  Entre les actes  The common reader(2)  The waves/Les vagues   Nouvelles (autour de Mrs Dalloway)


La chambre de Jacob est parue en 1922 et considérée comme le roman dans lequel Woolf a trouvé sa voix, le flux de conscience et tout ça. C'est plutôt expérimental, à découvrir, mais j'avoue qu'il vaut peut-être mieux commencer par un roman ultérieur.

On suit Jacob de son enfance à sa fin, ses études, ses amitiés, ses amours, ses occupations, ses voyages en Italie et Grèce en particulier. Toujours ou presque vu par son entourage, aux impressions diverses sur le jeune homme. Cela peut être assez froid, déroutant en tout cas. A accepter, quand cela donne ce merveilleux passage à la fin, où Jacob flânant à Londres est aperçu par plusieurs personnes à la suite, sans qu'aucune n'ose l'aborder.

Woolf excelle aussi à évoquer divers milieux, riches ou pauvres, ruraux ou urbains, par petites touches, milieux fréquentés par Jacob.
Enfin, l'écriture superbe est déjà là, précise, colorée.

"Des larmes montèrent à ses yeux. Toute la baie devint tremblante, le phare se mit à osciller, et elle crut voir le petit mât du grand yacht de Mr Connor ployer comme un cierge de cire exposé au grand soleil. Elle cligna vivement des yeux. Il arrive parfois des accidents terribles! Elle battit encre des paupières. Le mât se redressa, la houle redevint régulière, le phare rigide."
"Les lumières de Scarborough étincelaient, comme le collier de diamants d’une femme qui ne cesserait de tourner la tête."

Existent aussi des passages que je trouve pleins d'esprit
"D'ordinaire, une femme élégante voyage avec plus d'une robe, et si le blanc convient aux heures matinales, peut-être qu'un costume de teinte sable semé de pois violets, un chapeau noir et un volume de Balzac, conviennent pour la soirée."

Juste pour voir, j'ai lu deux courtes nouvelles de Woolf, dont Bleu et vert, et franchement, en VO, c'est différent, Woolf cisèle.
"the frog flops over", "beneath the blue bells", par exemple. Intraduisible.

Merci à l'éditeur, qui offre à petit prix des classiques anglais incontournables, ah si j'avais connu cela plus tôt!

C'est le mois anglais, chez Lou et Cryssilda
Cela entre aussi dans le (nouveau) challenge de Philippe!

vendredi 15 juin 2018

Les coulisses du critique

Ah le bon vieux temps des tags! Quand j'ai changé de plateforme de blog (je ne voulais ni payer pour ce loisir, ni laisser proliférer les publicités)(en fait, les publicités, mon oeil les ignore facilement mais je ne voulais pas les imposer aux autres) j'ai viré tous les billets tag...
Mais là c'est Cunéipage -celle qui sans le savoir bien sûr m'a poussée à bloguer - qui a lancé celui-ci.
« Tu adores mes billets, tu voudrais te lancer toi aussi mais tu es trop modeste pour me demander comment est l’arrière cuisine. Le chien n’a rien à cacher, tu sauras tout sur les coulisses de ma vie de blogueur, du choix de mes lectures à la publication de mon article. »
écrit-elle.

(rendons à César... au départ c'était )
Bon on y go? (je vous fais grâce d'une photo de ma vraie arrière cuisine)

Avis, critique, recension et/ou ressenti ?
Je ne vais pas prétendre être une professionnelle (ceux qui écrivent dans les vrais journaux et parlent de livres dans le poste, en racontant parfois trop, grrr), je dis de quoi ça parle, le genre ou alors le début, et le ressenti, si j'ai grimpé aux murs, si je me suis ennuyée, si j'ai crié wahou ou bof. Rien de bien scientifique. L'idée générale étant de donner envie, et en conséquence je ne parle pas des déceptions et encore moins des abandons. Tant pis si mon blog donne l'impression d'être 'trop bon public'.

Le choix du livre
Après une période folle où j'achetais des sacs entiers de livres (et de vinyles, ah ça remonte!) en librairie, je me suis calmée, pour fréquenter des bibliothèques bien fournies en nouveautés et vieilleries, et des bourses aux livres ou bouquineries. Là je peux craquer sur du total inconnu. Sinon, ce sont surtout les blogs qui fournissent les idées, les 'je veux lire ça tout de suite', donc chers blogs continuez, vous êtes ma principale source de tentations!

Cas particulier: Parfois, pas besoin de choisir, les livres viennent à toi via les SP, ou service de presse
En règle générale (mais pas toujours) j'indique la provenance du livre. De toute façon, après une période faste côté SP, les choses se sont calmées (départ d'une attachée de presse, chez un éditeur, nouveaux chez un autre  -j'ai même viré la lettre de nouvelles- , mails perdus semble-t-il ailleurs, mais petits éditeurs fidèles, bref, c'est calme, en contrepartie liberté totale de lire ou pas, et puis, trouver en bibli ce dont j'ai envie évite un SP qui va squatter mes étagères, suffit d'être patient)

Mettre ou ne pas mettre la quatrième de couverture? That is the question
Pour certaines qui racontent tout ou presque, mieux vaut pas! Je ne peux pas dire que je ne la mets jamais, mais en règle générale je concocte un 'résumé du début' personnel.

Prise de notes
Même avec mes livres, je ne corne pas (et je déteste les gens qui cornent les livres empruntés, avec les leurs ils font ce qu'ils veulent, mais pas avec ceux d'autres lecteurs potentiels, na)(évoquons aussi ceux qui soulignent dans les livres empruntés), mais je place un bout de papier pour signaler un passage, qui m'aidera à écrire le billet -ou pas. Pas de prise de notes, donc.

Rédaction
Rarement je commence un billet avant d'avoir terminé la lecture, mais ça arrive, particulièrement sur des lectures lourdes.
Ensuite après lecture sans trop attendre j'écris directement, en enregistrant régulièrement (la peur de la coupure d'électricité ou du bug?), je laisse maturer, j'y reviens, et relis et fignole juste avant parution. Sachant que je n'écris pas de billets sur toutes les lectures...

Serré ou plutôt long?
Rien de systématique, mais certains auteurs imposent la prolixité, à l'insu de mon plein gré (Proust, Montaigne, des gens comme ça)

Divulgâcher, moi! Jamais
J'essaie de ne pas trop en dire, exercice parfois difficile (je me souviens des Hauts de Hurlevent, où mon billet sur babelio a suscité une protestation car j'en disais trop - pourtant c'est un classique connu, non?)

Ils en pensent quoi les autres blogueurs?
En règle générale je cite d'autres avis, si j'en trouve.
Certains ont été à l’origine de ma lecture, mais j'oublie les contenus précis, et j'écris mes billets avant d'y retourner.

Citation
Cela dépend, soit un passage marrant, soit significatif, ou rien. Mais pas un passage qui en dit trop, style "oh Pierre-Jean, tu quoque mi fili!" qui dévoile le nom du coupable.


Taguer ses billets
Ah mais oui j'ai quitté overblog en partie parce qu'on ne pouvait placer plusieurs tags sur un même billet. Là maintenant je peux m'adonner au plaisir du classement et du n'importe quoi (pas trop quand même, certains se lâchent plus). Cela me permet de m'y retrouver, et, je l'espère, aux visiteurs aussi.

Noter ses lectures
Beuh j'ai assez noté comme cela dans ma vie professionnelle, et même en maths la note dépend du correcteur et ne veut pas dire grand chose. OK, sur Goodreads je place des étoiles, mais sans que cela n'aie de grande valeur.


Les affiliations
Quézaco? Je refuse de faire de la pub sur mon blog, si je dis qu'un éditeur est super c'est que je le pense (il s'agit en général d'un petit éditeur qui ne m'a absolument rien demandé mais que j'aime et voudrais voir plus reconnu). Mon blog ne me rapporte rien, et prend du temps. Mais je m'amuse, c'est la récompense.

La reconnaissance
Heu, dans un cercle restreint de lecteurs et visiteurs, oui, sans doute. Ailleurs, j'avoue des refus quand je veux participer à des prix de lecteurs, comme Elle ou autres. J'ai survécu. De toute façon je postule sans parler de mon blog...

Reprend ce (chouette) tag qui veut. Allez, laissez-vous faire, c'est (bientôt) l'été...

mardi 12 juin 2018

Folle passion

Folle passion
Wanting
Angela Huth
Quai Voltaire, 2001
Traduit par Marie-Odile Fortier-Masek



L'invitation à la vie conjugale m'avait tellement plu l'année dernière que le nom d'Angela Huth était resté dans un coin de tête. Et disons tout de suite que le charme a encore opéré.

Pourtant, ce n'était pas gagné. Folle passion de Harris Antlers pour Viola, pourquoi pas, mais franchement il y a plus de folie que de passion là-dedans. Envoyer cent roses, oui, mais harceler au téléphone et à domicile, même quand Viola exprime clairement son manque d'intérêt, c'est odieux. Mais Angela Huth sait user d'un subtil décalage et ça passe (en roman).

Plusieurs personnages se croisent, le touchant Alfred Baxter, Hannah la copine de Gideon (frère de Viola), et d'autres souvent un poil particuliers. Le tout raconté avec certain petit brin de fantaisie; j'ai aussi aimé la surprise réservée vers la fin.

"Ils se serrèrent la main de façon formelle, mais avec tout le plaisir caché de deux Britanniques faisant connaissance dans le désert."

C'est le mois anglais chez Lou et Cryssilda
, profitez-en!

Cela entre aussi dans le (nouveau) challenge de Philippe!

vendredi 8 juin 2018

Qui l'eût cru? Pas moi.

Hé oui, il y a dix ans je démarrais timidement ce blogounet. Non, je ne vais pas jouer les anciens combattants, trop regretter la fofollerie des premières années, mais quand même... Des trucs de malade, la chaîne des livres, avec 40 poches lâchés à travers la France de blog en blog (merci Sandrine), les pique nique de la blogosphère, Chez les filles, les tags et swaps en pagaille, les Harlequinades, Books and the city, auquel je n'ai jamais pu participer (Fashion, on ne t'oublie pas) pour cause de Portes ouvertes au collège et ensuite de caténaire foudroyée (on savait vivre dangereusement, à l'époque), et il y avait déjà Cuné, Papillon, cathulu, dominique, Karine:) In Cold Blog (et ses avatars depuis) et j'en oublie ... 2008 a vu démarrer aussi des blogs qui existent encore (bisous les filles qui se reconnaîtront). Plus ceux qui ont cessé de bloguer mais sont encore présents (cathe)

Mais heureusement la blogosphère bouge toujours, avec ses challenges, mois belges, anglais, japonais, scandinaves et j'en oublie. Plus les rencontres IRL avec des blogueuses parfois devenues auteurs (Stéphie!), ou ces deux craignant les limaces rouges mais adorant les chats,  et lors de salons et autres festival America. Le prochain, du 20 au 23 septembre 2018. Pays invité, le Canada (et le Québec). Auteur vedette : John Irving.

Merci aussi aux fidèles qui continuent à venir ici quoiqu'il soit chroniqué, vieux classiques de derrière les fagots, auteurs géniaux mais absolument inconnus, non fiction avec bestioles et verdure. Quelques nouveautés arrivent à s'insérer, mais encore faut-il que j'arrive au bout, quand ça tombe des mains, c'est au revoir.

Sans parler de grosse flemme à l'idée d'écrire des billets, déjà pour les BD quasiment tout passe à la trappe, même ce qui m'enthousiasme.
Quelques statistiques (merci Goodreads) : en 2018 j'ai déjà lu 12 BD, 38 auteures et 39 non fiction. Ces ensembles ayant des intersections non vides (merci les maths dites modernes), vous ne saurez pas où j'en suis en fait.
D'après mes statistiques (merci blogspot) deux billets tiennent la corde des vues, L'homme qui savait la langue des serpents (plus de 19 000) et Une sale affaire (près de 18000). Je n'ai pas vraiment compris.

Embarquement immédiat pour une nouvelle année!


mercredi 6 juin 2018

Mission zéro déchet

Mission zéro déchet
Lucie Vallon et Vincent Bergier
Rie de l'Echiquier jeunesse, 2018



Grâce à Masse critique chez Babelio je découvre un éditeur qui a eu la bonne idée de joindre son catalogue, et là je tombe vraiment dans mon créneau de lecture. La partie "Parler d'écologie aux enfants" propose déjà plusieurs titres, dont ce Mission zéro déchet (oui j'ai déjà lu le livre de Béa Johnson et La famille zéro déchet)

Mais là la mission est de présenter le zéro déchet aux enfants. Les quatre principes, qui ne feront pas de mal à être rappelés aux adultes, sont
Refuser : oui, tous ces sacs plastiques (vivent les sacs réutilisables), ces publicités dans les boîtes aux lettres (stop pub, le retour) ,  et les goûters multi emballés (une boîte à goûter fait le job)
Réduire : faire la chasse au superflu dans la maison
Réutiliser : boîtes, cartons, ou alors donner, vendre, troquer
Recycler (je signale à l'auteur qu'avant la consigne était très répandue en France, elle revient timidement)

Le tout agrémenté de dessins, de quizz, de petits jeux.

Ce petit livre (40 pages) est proposé 'à partir de 8 ans' par l'éditeur, mais je pense qu'il peut servir de rappel ou de base pour tout adulte (en tout cas pour moi ça marche bien) et je suggère aux parents de le lire avec leur enfant, éventuellement expliquer certains termes, faire les jeux avec eux, discuter, et les aider à mettre en oeuvre certaines idées. Et gare! Les gamins sauront voir les failles chez les adultes, qui ont intérêt à s'y mettre honnêtement, et à accepter d'être remis en cause dans leurs habitudes.
tous les livres sur Babelio.com

lundi 4 juin 2018

Le tunnel aux pigeons

Le tunnel aux pigeons
Histoires de ma vie
John Le Carré
Seuil, 2016
Traduit par Isabelle Perrin

En fait je ne me souviens plus trop quels romans de John Le Carré j'ai lus, mais je sais que j'en ai lu un paquet et que j'aimais bien. Alors, ces Histoires de ma vie, pourquoi pas?

"Le présent ouvrage rassemble des anecdotes vraies racontées de mémoire. Mais que sont la vérité et la mémoire pour un romancier qu atteint ce que nous appellerons pudiquement le soir de sa vie? me demanderez-vous à juste titre. Pour l'avocat, la vérité, ce sont les faits bruts - quant à savoir si les faits peuvent jamais se trouver à l'état brut, c'est une autre histoire. Pour le romancier, les faits sont une matière première, un instrument plutôt qu'une contrainte, et son métier est de faire chanter cet instrument. La vérité vraie, pour autant qu'elle existe, se situe non pas dans les faits mais dans la nuance.
La mémoire peut-elle être objective? J'en doute. Même quand nous arrivons à nous convaincre que nous sommes impartiaux, que nous nous en tenons aux faits bruts sans fioriture ni omission intéressées, l'objectivité de la mémoire nous reste aussi insaisissable qu'une savonnette humide -en tout cas pour moi, après une vie passée à entremêler expérience et imagination."

Soit. Il explique n'avoir jamais "sciemment falsifié un fait ou une anecdote. Retouche si nécessaire, oui; falsifié, jamais."

Et c'est parti pour des souvenirs pas forcément chronologiques, où l'on rencontre palestiniens et israéliens, des ex du KGB, où l'on se rend au Cambodge et au Rwanda, avec l'auteur cherchant à écrire des romans aussi exacts que possible, et des personnages crédibles. Quelques pages plus poignantes, et une évocation de son père, une épine dans le pied ou une blessure, allez savoir.

Cela fourmille de détails intéressants, même si parfois j'étais un peu perdue, ce n'était pas grave, je passais rapidement. J'ai bien aimé voir comment ses romans pouvaient s'écrire, comment ses personnages pouvaient se créer à partir du réel.

"L'espionnage et la littérature marchent de pair.Tous deux exigent un œil prompt à repérer le potentiel transgressif des hommes et les multiples routes menant à la trahison."

Côté écriture, bien entendu c'est fort agréable, l'auteur prétendant que sa formation a l'écriture fut celle de ses "officiers supérieurs pétris de culture classique". Exigeants et pertinents.

C'est le mois anglais, chez Lou et Cryssilda

vendredi 1 juin 2018

Dans une coque de noix

Dans une coque de noix
Nutshell
Ian McEwan
Gallimard, 2017


" O Dieu, je pourrais être enfermé dans une coque de noix et m'y sentir roi d'un espace infini, n'était que j'ai de mauvais rêves." Shakespeare, Hamlet

En anglais visiblement biberonné au Shakespeare, Ian McEwan s'attaque à Hamlet, mais un Hamlet pas encore né. Bien au chaud dans le ventre de sa mère Trudi, il entend tout, apprenant ainsi le dessein de Trudi et de Claude, son amant, de se débarrasser de son père John.

Si on ne veut pas se préoccuper des références littéraires, on prend cependant un vif plaisir à cette histoire s'acheminant vers une tentative d'assassinat et ses conséquences. Histoire, je le répète, suivie par un bébé non encore né, donc forcément parcellaire. Un challenge, quoi.
C'est fascinant aussi de constater tout ce que ressent le futur bébé, chaleur, sons, ingestion d'alcool par la mère. Un bébé aimant écouter les émissions suivies par sa mère, fort instruit donc, et qui parfois en connaît un bout sur le monde dans lequel il risque de mettre bientôt les pieds. McEwan en profite pour évoquer les catastrophes vers lesquelles se dirige notreplanète.

Bref, un roman brillant et souvent drôle, si!, dont le héros forcément sans pouvoir (sauf à lancer des coups de pied pour détourner des conversations) pourra-t-il éviter le sombre dénouement?

Les avis de Nicole, dasola, dominique, babelio (60!), lecture/écriture, Violette, krol,

Bon, c'est le mois anglais, chez Lou et Cryssilda
Cela entre aussi dans le (nouveau) challenge de Philippe!

mercredi 30 mai 2018

La communauté

La communauté
Raphaëlle Bacqué et Ariane chemin
Albin Michel, 2017


S'il est bien un monde qui m'est inconnu, c'est celui de la banlieue parisienne. Quand je file (pas trop vite, il y a des radars) vers les ors versaillais par la N10, je traverse Trappes, mais c'est tout. Il a suffi que ma gentille voisine, dont la résidence principale est dans le 7-8, me vante ce livre pour que je m'y intéresse. J'ai donc enlevé mes bottes pleines de boue et ai débarqué en immersion dans cette cité de plus de 30 000 habitants, qui a connu en plusieurs décennies bien des changements.

Les deux auteurs sont des pros, alors pour accrocher la lectrice rurale, quoi de mieux que de démarrer avec des Trappistes connus, à savoir les Debbouze et les Sy? Au fil de la lecture, on réalise que c'est fou le nombre d'habitants de cette ville dont on a entendu parler, en bien comme en moins bien d'ailleurs. Une sorte d'histoire française en réduction, celle de Trappes.

Des champs où ont poussé de grands ensembles destinés à accueillir des familles ouvrières issues du Maghreb et habitant des bidonvilles, une mairie d'abord communiste, mais ça va changer, des cheminots, une certaine mixité, puis beaucoup moins, la pauvreté, le chômage, le trafic de drogue, puis l'emprise d'islamistes, un tableau assez sombre, mais l'on sent l'existence de gens de talent n'ayant pas baissé les bras, quel que soit leur bord religieux ou politique, avec l'aide aux gamins, le sport, etc.

Vous en avez assez des romans fades ou formatés? Alors partez à Trappes, ce livre est formidable!

Mais que vois-je? Cela entre dans le (nouveau) challenge de Philippe!

lundi 28 mai 2018

Merci pour l'invitation

Merci pour l'invitation
Bark
Lorrie Moore
Editions de l'Olivier, 2017
Traduit par Laetitia Devaux

Après La passerelle, roman qui m'avait plus qu'emballée, j'avais émis l'intention de continuer avec Lorrie Moore. Huit nouvelles, dont deux d'une soixantaine de pages sur 230 en tout.

"Ira avait cérémonieusement brûlé son smoking de mariage dans le jardin avec un briquet Bic au bout d'une longue perche, un peu comme une effigie. 'C'est incroyable ce qu'il a vite pris, le salaud', s'était-il excusé, haletant, auprès du capitaine des pompiers, car la haie avait également flambé, si bien qu'il avait passé la nuit au poste. "
Hé oui, Ira a mal digéré son divorce, le voilà qui fréquente Zora, restaurant, cinéma, tout pourrait bien se passer, sauf que compte l'avis du fils adolescent de Zora.

Débarqué est une nouvelle à la fois drôle et distillant le malaise au fur et à mesure. L'art de Lorrie Moore est à son maximum, sachant donner à voir et à connaître au lecteur sans forcément tout raconter.

Lorrie Moore, c'est aussi ces remarques au détour d'une histoire, pas forcément en rapport, telle
"Si la chair du dauphin était bonne, on ne saurait même pas qu'ils ont un langage."

Je n'en dis pas plus.

Les avis de cathulu (autres passages pour la route!), cunéipage, des passages encore, et chaudes recommandations de lecture!

Electra et Marie Claude avaient lancé un challenge Mai en nouvelles, on va dire que j'ai participé (à la fin, du mois, oui)

vendredi 25 mai 2018

Faits

Après le gros coup de coeur de Sur la scène intérieure , il me fallait connaître mieux cet auteur. Voilà que je m'attaque à la série de Faits.


Faits
Lecture courante à l'usage des grands débutants
Marcel Cohen
Gallimard, 2002


Grands débutants? Jeunes débutants? Mieux vaut s'être déjà frotté à la lecture par ailleurs. Il s'agit de courts textes d'une à trois pages, sans une trace de gras, direct au fait, et qui, pour ce que j'en ai compris, sont tirés de l'imagination (fertile)  de l'auteur, ou bien inspirés de "faits" précis, et mis en scène par Marcel Cohen, souvent sous forme de dialogues ou bien de listes. Par exemple "Notes en vue d'une étude systématique sur l'exploitation pécuniaire des victimes", filant de mars 1939 en Allemagne à mai 1999 au Kosovo, en passant par la Chine et le Rwanda, des faits réels, ahurissants. D'autres, réels aussi, sont plus anecdotiques.
Parfois absurdes, ou plus poétiques, mais toujours fascinants.

Puis j'ai enchaîné sans trop souffler avec Faits, II et Faits, III, suite et fin. Même plaisir, même fascination. Toujours quelques références en fin de volume. Les textes de Faits III peuvent s'envoler jusqu'à une quinzaine de pages... Certains thèmes reviennent, seconde guerre mondiale et les camps, et des informations incroyables sur les porte-containers (si!). La durée d'interprétation de l'adagio K 540 de Mozart passant du simple au double suivant l'interprète... Et ces inconnus imaginés je pense par l'auteur, scrutés dans un moment de fragilité.

A découvrir, bien sûr.

Et le  challenge de Philippe

mercredi 23 mai 2018

Les saisons indisciplinées

Les saisons indisciplinées
Henri Roorda
Allia, 2013



Un (gros) volume sur les étagères de la médiathèque, en quatrième de couverture une citation "Puisque la vie est courte, les livres devraient être minces." Comment résister? Surtout que ce (gros) volume contient en fait des chroniques (courtes, deux pages en majorité), parues  dans la Tribune de Genève ou  la Gazette de Lausanne entre 1917  et 1925.

Quid de l'auteur? Né à Bruxelles en 1870, mort à Lausanne en 1925, écrivain et professeur de mathématiques (il fallait bien vivre), il est connu comme pédagogue libertaire, humoriste non dénué de pessimisme, un poil anarchiste - bref, à découvrir!

Il y a du Vialatte dans ces textes, et donc de l'ironie, de l'humour pince sans rire et du second degré, et des thèmes de réflexion. L'homme savait observer et réfléchir. Vu l'époque, il n'épargne pas ses flèches contre la guerre et ceux qui la décident. Parfois son côté matheux prend le dessus, lorsqu'il demande si les nombres entiers sont plus nombreux que les nombres pairs.

"Quelques-uns de nos contemporains comptent sûrement parmi leurs ancêtres des hommes qui vivaient au début du seizième siècle. C'est même le cas de la plupart d'entre eux."

"Dans bien des cas, le bruit que provoque l'apparition des livres médiocres fait oublier les bons."

"Les premières vagues authentiques furent des vagues de froid, signalées par les météorologistes.  Les Anciens, s'il faut en croire Aristote, distinguaient déjà le froid du chaud. Mais, vivant à une époque où la Science balbutiait ses premiers mots, ils avaient froid sans savoir qu'une vague passait sur eux. (je remarque, en passant, que nos spécialistes se sont occupés des vagues de froid bien avant de s'intéresser aux vagues de chaleur. Il serait utile, à ce propos, de rechercher par qui ils sont payés. Ce sera le sujet d'une autre causerie.
(...) Je n'ai pas besoin de rappeler les deux grandes vagues d'héroïsme qui, quatre ans de suite, s'affrontèrent violemment, en reformant sans cesse une longue crête  d'écume sanglante."

... et j'ai noté quelques 'remonte à la plus haute Antiquité' de bon aloi.

Et le  challenge de Philippe

lundi 21 mai 2018

Les fleurs ne saignent pas

Les fleurs ne saignent pas
Las flores no sangran
Alexis Ravelo
Mirobole éditions, 2016
Traduit par Amandine Py



Les Canaries...Soleil, plages, tout ça...
A oublier! 
Parce que ce roman va se révéler bien noir.
Prenons Diego le Marquis, sa copine Lola, leurs amis Paco le Sauvage et Le Foncedé. Ils vivotent de petits larcins, d'arnaques et autres. Rien de bien méchant, sauf pour leurs victimes.
D'un autre côté, il y a des riches, don Isidro Padron, ne regardant pas de trop près à l'origine de l'argent. Sale, quand c'est la mafia russe, et arrangements avec les politiciens du coin.
Voilà que, convaincus par le chauffeur d'Isidro Padron, la bande décide d'enlever Diana, fille chérie d'Isidro, contre rançon bien sûr.
Dès le début on le sait, il y aura du cadavre.

Une jolie bande de branquignols à la Dortmunder, des projets au-delà de leurs habitudes et capacités semble-t-il, voilà qui réjouit -au départ- surtout que l'on sent bien que, selon les règles du genre, ça ne va pas marcher comme prévu. Gagné! Un découpage efficace conduit le lecteur dans une histoire qui finalement va lui laisser un goût amer. J'ai beaucoup aimé, cela dit.

Les avis de nyctalopes, cafardsathome

Merci ma bibli.

Toujours le  challenge de Philippe

vendredi 18 mai 2018

Un siècle américain : Nos premiers jours / Nos révolutions / Golden age

Auteur de la trilogie intitulée Un siècle américain, Jane Smiley était présente au festival America 2016. J'en ai donc profité pour acquérir le tome 1 (paru en 2016 chez Rivages), le tome 2 (à paraître en 2018 chez Rivages) et le tome 3. Le tout en VO. Dans les 2000 pages en tout. (Voilà voilà)


Nos premiers jours
Some Luck
Jane Smiley
Rivages, 2016
Traduit par Carine Chichereau
Parution en poche mai 2018


L'idée, simple, mais il fallait y penser, et avoir du talent pour ne pas lasser, c'est : "une année, un chapitre", de 1920 à 1953, aux Etats Unis. Rosanna et Walter Langdon sont jeunes mariés et fermiers dans l'Iowa. Au départ, ni eau ni électricité, les chevaux  tirent carrioles et charrues, la vie est rude mais pas déplaisante. Le cercle familial est soudé et jamais loin, l'on vit quasiment en autarcie. Rosanna accouche à la ferme, sauf de la petite dernière en 1939. Au travers de l'histoire des Langdon défile celle de nombreux américains ruraux, avec l'arrivée du progrès : automobile, tracteur, salle de bains à la maison, recherche des meilleurs rendements dans les champs.

L'on peut penser qu'il ne se passe rien d'exceptionnel et on aura raison, mais c'est le plaisir de ce roman, c'est reposant de suivre les personnages sur des décennies sans que l'auteur ressente le besoin d'ajouter violence et drame. Oui, des deuils, parfois douloureux, des départs quand les enfants vont étudier et vivre ailleurs. Mais la tribu se retrouve souvent dans la ferme d'origine.

Des très beaux passages où le monde est décrit à hauteur (si l'on peut dire) de bébé. Une façon simple aussi et efficace de présenter l'évolution des soins aux bébés (allaitement/biberon, horaires stricts ou pas). Il faut aussi réaliser que tous les enfants auront l'occasion de poursuivre des études longues, même si l'un des fils choisira de reprendre la ferme.

Le monde continue aussi à tourner, l'un des fils participe en Europe à la seconde guerre mondiale; c'est la guerre froide ensuite, Staline est l'ennemi; les grandes sécheresses des années 30 touchent la ferme.

Les avis de clara, cathulu,

Nos révolutions
Early Warning, 2015
Jane Smiley
Rivages, 2018
Traduit par Carine Chichereau

C'est reparti, de 1953 à 1986. Cette fois les enfants Langdon s'installent à l'est ou l'ouest des Etats Unis, une nouvelle génération naît.
Important : un arbre généalogique est fourni dans les premières pages, mais sans dates de décès (!) et sans spoiler, ouf, très utile pour les petites cervelles. Cependant Jane Smiley a le chic pour qu'on ne s'y perde pas dans les personnages, et toujours pour se glisser dans la tête de l'un ou de l'autre.

Dans ce volume : la peur de la bombe atomique, la guerre du Vietnam, le drame du Guyana, et l'émergence du SIDA, l'évolution de l'agriculture, mais sans appuyer, et lorsqu'ils touchent un personnage.
Les femmes découvrent la pilule. Une fille Langdon divorce. Les jumeaux ne peuvent se supporter, et ça va loin. Mais qui est Charlie?
La ferme de l'Iowa sera-t-elle reprise par un membre de la famille?

Ce deuxième volume, sans doute plus varié, a été très agréable à lire et parfois émouvant. Certains personnages sont plus étoffés, et je continue vers le tome 3!

Question : enchaîner les lectures, oui ou non? Pour ma part j'ai lu sans m'arrêter (deux chapitres par jour, ce qui permet de lire d'autres livres en parallèle), c'est mieux pour ne pas s'y perdre. Raison aussi pour laquelle j'ai acquis la trilogie une fois terminée. Mais l'arbre généalogique permet de s'y retrouver.

Les avis de cathulu,

Un jour le tome 3 et dernier sera traduit, j'en parle donc rapidement.

Golden age
Jane Smiley
Picador, 2015

L'arbre généalogique s'étoffe, permettant de répondre à la question "heu c'est qui celui-là déjà?", mais en fait la lecture se passe bien. Les années s'écoulent, de 1987 à 2019 (!). j'attendais l'auteur sur ces années 'du futur proche', elle s'est bien gardée de donner le nom du président des Etats Unis (juste qu'il est républicain). Le dérèglement climatique s'accélère vraiment beaucoup, rendant certaines zones du pays pratiquement inhabitables (ouragans, sécheresses, violence et pauvreté)

Au fils du temps les relations entre certains personnages se sont apaisées, quitte à maintenir un petit éloignement. J'ai bien aimé Andy, finalement, traversant le siècle, quant aux jumeaux Richie et Michaël, avec eux le flou demeure.

Passer d'un personnage à l'autre pouvait se révéler risqué, mais à chaque fois l'intérêt rebondit, permettant (pour moi en tout cas) de me sortir de brumeuses allusions à l'histoire politique américaine, heureusement peu fréquentes. J'aurais sans doute aimé en savoir plus sur certains personnages, mais c'est le jeu dans ce type de saga. Ajoutons que Jane Smiley peut manier humour et émotion, mais sans en faire des tonnes (ouf)