lundi 20 août 2018

Un homme presque parfait

Un homme presque parfait
Nobody's Fool, 1993
Richard Russo
Quai Voltaire, 1995
Traduit par Jean-Luc Piningre, Josette Chicheportiche
et Françoise Arnaud-Demire



Pourquoi cette lecture, là, maintenant? Parce que l'auteur sera au prochain festival America et que d'autres de ses romans sont dans ma PAL depuis fort longtemps, alors autant s'y atteler. Et puis  Les sortilèges du Cap Cod     Ailleurs m'avaient tellement plu.

Qui serait cet homme presque parfait? Sully, le héros, disons l'anti-héros, a tout du loser. La soixantaine, vivotant de petits boulots, souffrant d'un genou démantibulé suite à une chute d'une échelle alors qu'il croyait avoir vu son père (décédé). Un père violent à qui il ne peut pardonner, laissant volontairement la maison familiale se délabrer. Une ex-femme, un fils avec lequel il va finalement renouer, la découverte de l'art d'être grand-père, une liaison de vingt ans au moins, et la fascination pour "la plus belle fille de Bath"

Car cela se déroule à Bath, rien à voir avec Austen, petite ville en pleine décrépitude dans l'état de New York. Autour de Sully gravitent donc les membres ou ex membres de sa famille, (et ses souvenirs), sa logeuse, Miss Beryl, ancienne professeur qui a vu passer tous les habitants ou presque dans sa classe de quatrième, un entrepreneur qui lui fournit le petit boulot payé -ou pas- au noir, et surtout son pote Rub, sympathique mais pas franchement doté de la lumière à tous les étages. Plus une déneigeuse volée par Sully alors que pas un poil de neige ne tombera, et pourtant l'histoire se déroule en novembre et décembre (1984), pas de chance, on le dit, pour Sully! J'en oublie, et tout se petit monde se retrouve souvent -trop souvent- dans les petits restaurants ou bars du coin.

J'ai pris un immense plaisir à lire tranquillement ce gros roman, où l'auteur sait donner les détails quand il l'a décidé, il faut lui faire confiance. Ce pourrait être désespérant, mais non, on a toujours un petit sourire -tendre- posé sur le visage. Les dialogues claquent, quelques comparaisons font mouche.

"Essayer d'obliger Sully à voir les choses comme elle revenait à mettre un chat à l'intérieur d'un sac -il y avait toujours une patte qui ressortait."
"On ne saurait trop recommander la compagnie d'un homme qui ne vous en voulait pas d'avoir fait un tas de cendres de sa maison."
"Son expression était aussi avenante que celle de quelqu'un qui vient de reconnaître le meurtrier de ses propres parents au milieu d'une longue file de suspects."

Maintenant je vais râler sur la traduction, suis-je la seule à ne pas aimer ces:
-les premières vingt années de sa vie (p 166)
-ces derniers vingt printemps (p 296)
-les premières trente-cinq années de la vie (p 333)

jeudi 16 août 2018

Swing time

Swing time
Zadie Smith
Gallimard, 2018
Traduit par Emmanuelle et Philippe Aronson



Quand Babelio m'a proposé le dernier roman de Zadie Smith, je n'ai pas hésité, vaguement aperçu le mot 'danse' dans la présentation, et accepté. Une lecture sans rien savoir, j'aime aussi.

La narratrice, jamais nommée, fait connaissance de Tracey dans un cours de danse à Londres. Les deux fillettes sont métisses, père blanc et famille maternelle originaire de la Jamaïque pour la narratrice, comme l'auteur d'ailleurs. La famille de Tracey est la plus dysfonctionnelle, un drôle de rapport s'établit entre les deux fillettes, l'une, Tracey, très douée pour la danse, l'autre moins, mais son talent pour le chant ne sera pas utilisé vraiment dans le roman.

Zadie Smith casse la chronologie, le prologue indique juste qu'il y a eu événement catastrophique obligeant la narratrice à se cacher, et le lecteur découvre l'amitié chaotique entre les deux jeunes femmes, se perdant de vue parfois durant des années. Tracey va danser mais reproduira dans sa vie privée celle de sa mère, tandis que la narratrice va devenir l'assistante d'Aimee, une pop star évoquant Britney Spears à certains lecteurs, et pour moi Madonna, question de génération.
Aimee aime vraiment tout régenter et voilà qu’elle décide de faire construire une école pour filles dans un village africain (pays non nommé, mais vraisemblablement la Gambie).

J'avoue ne pas trop savoir que penser de ce roman, en tout cas je ne me suis pas vraiment sentie intéressée par la narratrice ( demeurée volontairement pâlichonne en tant que personne, se laissant balader par les événements), ainsi que par Tracey, Aimee et une bonne partie des personnages. D'accord, ce n'était sans doute pas l'objectif de l'auteur. Plusieurs fois j'ai été agacée par la façon d'être sur le point de découvrir un fait marquant, et puis non, tout reste dans le flou. Très frustrant, et puis j'ai fini par n'en moquer, sans doute cela a-t-il participé à mon manque d'implication dans ce qui se déroulait.
On me dira, tu attendais un truc romanesque, des violons, tout ça, non, non. Zadie Smith sait parfaitement écrire et accrocher le lecteur, ainsi qu'aborder plein de thèmes intéressants. J'avoue que les passages dans le village africain sont ceux qui m'ont le plus scotchée, et là je me suis vraiment sentie interpellée, et eu quelque empathie à l'égard d'Hawa, Lamin et Fernando. De beaux passages sur la danse, celle moderne ou de Fred Astaire (oui, Swing time) et puis Jeni LeGon.

Mon billet sur Changer d'avis, un recueil d'essais qui m'avait enthousiasmée!

Merci à Babelio
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Les avis de Le bouquineur

lundi 13 août 2018

Malpasset

Malpasset
(causes et effets d'une catastrophe)
Corbeyran et Horne
Delcourt/Mirages, 2014



Il avait vraiment beaucoup plu les jours précédents, alors quand le barrage de Malpasset a cédé, le 2 décembre 1959 à 21 h 13, ce sont 50 millions de mètres cubes qui ont été libérés, ainsi que des rochers, de la terre, du béton, mettant 25 minutes pour parcourir les 10 km jusqu'à  la ville de Fréjus. Une vague de 60 m de haut. Bilan : des centaines de morts, des  milliers de sinistrés.

Voilà pour les chiffres. Les auteurs se sont concentrés sur l'humain, ont retrouvé des survivants et les ont laissés raconter leur histoire. Sans effets, avec sobriété, pas besoin. J'avoue avoir frissonné à plusieurs reprises, avoir été émue.
Les causes vraisemblables de la 'plus importante catastrophe civile au XX siècle en France' sont évoquées, la pluie, le déplacement de la construction sans étude géologique supplémentaire, la construction d'un pont dans le coin? Bref, ce barrage avait 5 ans et a craqué.
La solidarité a beaucoup joué, les gens n'avaient plus rien du tout. Et il y a eu quelques polémiques, le livre en parle.
Mais il faut absolument lire tous ces témoignages, différents et semblables à la fois (le bruit, quand c'est arrivé, l'électricité coupée)
Photo Jean-Paul Vieu (son histoire est dans le livre)
Les avis de Electra,

mercredi 8 août 2018

De rêves et de papiers

De rêves et de papiers
547 jours avec les mineurs isolés étrangers
Rozenn Le Berre
La Découverte, 2017



Durant ces 547 jours Rozen Le Berre a travaillé à Paris dans un bureau d'accueil pour 'mineurs isolés étrangers' et parle de toutes ces personnes rencontrées, des mineurs- ou pas- et c'est l'une des difficultés, puisque le parcours sera alors différent. Même si un mineur reconnu tel pourra encore galérer à la rue s'il n'y a pas encore de place d’accueil libre. Puisque trop jeune pour bénéficier du 115. On n'est pas dans un monde parfait et logique.

Un peu d'humour dans ce monde de détresse permet au lecteur de souffler un peu. L'on ne sait pas toujours ce que deviennent ces jeunes dont elle parle.
Parallèlement est conté le parcours de Souley, depuis le Mali, de longs mois avant d'arriver dans son bureau. Le parcours de bien des migrants (enfin, ceux qui arrivent).

Puis à la fin  un rendez-vous de bilan avec sa chef, où elle réfléchit sur le positif et le négatif de ce travail.

Un livre récent, clair, à lire absolument.

"Toc toc. De la manière de toquer à la porte du bureau, on sait déjà. On ne se trompe jamais à ce jeu là. Méthode n° 1 : coups répétés et forts, avec l'ensemble du poing : la police nous amène un jeune. Méthode n° 2 : coups secs et fermes, mais moins nombreux et moins forts que les précédents : un interprète ou un collègue. Méthode n° 3 : petits coups très discrets, avec un seul doigt, parfosi à peine perceptibles : un jeune. Qui s'excuse déjà d'être là, dirait-on."

lundi 6 août 2018

Sherlock Holmes à Chamonix

Sherlock Holmes à Chamonix
Enquêtes sur la mort de Whymper
et sur la première ascension du mont Blanc
Pierre Charmoz et Jean-Louis Lejonc
Ginkgo noir, 2018


Allons bon! J'ignorais totalement qu'il y avait polémique sur le nom du premier à atteindre le sommet du mont Blanc en 1786! Paccard ou Balmat? Il existerait un document dévoilant enfin la vérité, ainsi que le plan d'une mystérieuse mine, en tout cas en 1811 l'alpiniste anglais Whymper (personnage ayant existé) décède dans d'obscures conditions, et voilà Sherlock Holmes lui-même menant l'enquête, aidé d'un guide marseillais, suivi de près par une belle viennoise adepte de psychanalyse, et un dangereux prussien.

Au début j'ai un peu pataugé dans les époques et les personnages, mais d'utiles annexes ont tout éclairci, et je me suis bien amusée à suivre ce Sherlock Holmes qui est le premier à se moquer de ses méthodes d'investigation et de sa popularité, et à en apprendre sans douleur sur les soins aux tuberculeux (espérant que les 'aléas thérapeutiques' n'étaient pas fréquents), l'utilisation du graphite et la conquête du mont Blanc. Un hommage à Conan Doyle (et aussi à Poe) plein de verve et d'humour. Je ne classerais pas l'histoire en 'policier', plutôt en 'aventures'.

Voilà comment la belle Gertrud raconte
"...quand je fus brutalement réveillée par une individu très laid, sorte de clone de l'Empereur Guillaume - sans doute un fils illégitime, ou, pour le moins, un cas très intéressant de mimétisme par désir du père... Bref, cet individu me maîtrisa, malgré ma solide constitution et les cours de lutte que feu mon mari, le comte Wilhelm von Hofmannstahl, me fit donner à Vienne. Ensuite, sous la menace d'un pistolet -substitut classique à une virilité défaillante -l'individu me contraignit à prendre le volant de mon automobile et nous nous lançâmes à votre poursuite."

Merci à l'éditeur qui me fait découvrir ses collections.

vendredi 3 août 2018

Mille petits riens

Mille petits riens
Small great things
Jodi Picoult
Actes sud, 2018
Traduit par Marie Chabin


Il y a quelque temps j'avais commencé Le rideau déchiré, du même auteur, sur la foi d'une prometteuse quatrième de couverture; seulement ça m'a paru traîner un peu avant d'arriver au fait et j'ai abandonné.
Pour ce Mille petits riens, je me suis bien gardée de lire la quatrième de couverture avant d'aborder la page 100 (sur presque 600 , donc pas de pavé de l'été, tant pis) et à ce moment là j'étais plutôt ferrée, en tout cas ce n'était pas pénible à lire.  Traduire : pas de faux suspense, où l'on tourne vainement les pages en attendant l'événement qui tarde. Mais des informations vraiment intéressantes.

On en vient au fait? Oui, je ne sais pas trop comment donner un avis sur ce roman. Sur Goodreads j'ai vaguement vu ce qu'en pensent les américains, mais justement ce sont des américains... Alors aborder la question chaud bouillant du racisme aux Etats-Unis...

Trois personnages prennent la parole tour à tour (un roman choral, quoi), quelques retours dans le passé, bref, du classique;
D'abord Ruth, infirmière depuis vingt ans, celle que toute femme aimerait rencontrer lors de son accouchement. Car je pense qu’elle occupe plutôt un poste de sage-femme. Veuve d'un soldat mort en mission, elle élève seule Edison, brillant lycéen de 17 ans.
Arrive à l'hôpital Brittany Bauer, épouse de Turk, pour la naissance de Davis. Les deux sont des suprémacistes blancs, hyper choqués de découvrir que Ruth s'est occupée de leur bébé, ils demandent donc à ce qu'aucun membre africain-américain de l'établissement ne s'occupe du bébé, et voilà, accepté et noté dans le dossier.
Quelques jours après, Ruth est seule pour veiller sur le bébé (manque de personnel, les autres sont pris ailleurs en urgence), qui fait un malaise grave. En dépit de l'intervention de tous, le bébé décède. Le parents accusent Ruth.
Celle-ci aura pour sa défense Kennedy, une avocate commis d'office.

Au cours de ma lecture, j'ai oscillé entre le 'franchement on n'échappe à aucune caricature' et le 'j'en apprends pas mal sur le pays'. C'est plein de détails très intéressants sur le système judiciaire, un peu comme chez Connelly (sauf que je n'ai pas trop compris comment le procès se terminait ainsi), et sur le fonctionnement d'un service de néonatalogie et les divers examens auxquels sont soumis les bébés (pour leur bien!). Avec Turk et Brittany, j'ai dû plonger dans l'univers de types ouvertement violents et racistes, et parfois c'était difficile...
Quelques détails de l'arrestation de Ruth m'ont paru outrés, OK je sais que là-bas on ne prend pas toujours de gants, quoique je viens de trouver une vidéo d’une femme blanche arrêtée violemment sur une plage (https://www.msn.com/fr-be/video/viral/etats-unis-larrestation-ultra-violente-dune-jeune-femme-sur-une-plage-cr%C3%A9e-la-pol%C3%A9mique-vid%C3%A9o/vi-AAy156Y) et là maintenant je ne sais que penser.
Le dernier rebondissement sur le bébé est un poil too much quand même. Ainsi que la dernière tragédie. Et on aurait aimé plus de détails dans l'épilogue 'six ans après'.
En lisant la postface j'ai appris que cette histoire d'interdiction de toucher à un bébé était arrivée, sauf que là un groupe de soignants a porté plainte pour discrimination.

Bref, je vais donner crédit à l'auteur qui est américaine et s'est bien documentée (y compris auprès de skinheads repentis). Retenant l'évolution de Kennedy, qui commence à saisir ce qu'est être noir aux Etats Unis. Vraiment de bonnes réflexions sur le racisme, qui peut parler à tout lecteur, ça ne fait pas de mal. Un sujet hyper délicat.

Des avis sur Babelio,