lundi 24 septembre 2018

L'invention de la nature

L'invention de la nature
Les aventures d'Alexander von Humboldt
Andrea Wulf
Editions noir sur blanc, 2018
Traduit par Florence Hertz




De nos jours qui connait Alexander von Humboldt? Pas moi, je l'avoue, ah si une vague histoire de courant (froid) dans le Pacifique, portant son nom. Pourtant que de lieux, de plantes et d'animaux lui doivent leur nom, y compris une rue parisienne (dans le 19ème, j'ai vérifié). De son temps (1769-1859, quatre-vingt-dix ans fort remplis) il était très célèbre, ses livres s'arrachaient, son courrier abondait, ses conférences étaient courues (ouvertes aux femmes, qui n'avaient pas accès à l'université par ailleurs).

On peut dire qu'il avait la bougeotte. Naturaliste, géographe, explorateur, il passa d'abord 5 ans en Amérique du sud, escaladant les volcans (avec les matériel de l'époque!), descendant les cours d'eaux, prenant des mesures, notant absolument tout de ce qu'il voyait.

A la soixantaine il est reparti pour un grand tour en Russie et Sibérie, son grand regret étant de n'avoir pu se rendre en Inde et dans l'Himalaya. Mais il faut dire que ses prise de position sur la colonisation espagnole en Amérique n'étaient pas du goût de tous et certains anglais craignaient qu'il ne s'exprime trop clairement sur la colonisation (anglaise) en Inde. Il avait critiqué "l'exploitation des ressources naturelles, la dégradation de l'environnement, la destruction des forêts, les mauvais traitements infligés aux peuples indigènes, et les horreurs de l'esclavage." En Russie, il fut prié de se modérer... Aucun commentaire sur l'organisation sociale russe et le servage, s'il vous plait, on reste dans le scientifique et commercial, merci!

La déforestation qu'il constatait lui faisait craindre le pire. "La région boisée a une triple influence. : elle ait à la fois par la fraîcheur de l'ombre qu'elle répand, par l'évaporation des eaux qu'elle absorbe, et par le rayonnement qui refroidit la température."
Sa vision de la nature était globale, selon les zones et les régions, il reliait différentes disciplines scientifiques.

Il a influencé Darwin, Thoreau, Emerson, Muir... Jules Verne précisait que le capitaine Nemo possédait toutes ses oeuvres. Ajoutons Marsh, auteur de L’homme et la nature. "La surface de sol nécessaire pour nourrir le bétail, calcula Marsh, était de beaucoup supérieure à la taille des champs dont on aurait besoin pour tirer l'équivalent nutritionnel apporté par les céréales et les légumes." Marsh en concluait qu'un régime végétarien était plus écologiquement responsable qu'un régime carné."

Mais c'est drôlement écolo pourra-t-on s'exclamer! Cela tombe bien, c'est Haeckel, grand admirateur de Humboldt, qui inventa "un nom pour désigner la discipline de Humboldt : l'Oecologie, ou 'écologie', . Le mot était tiré du mot grec maison -oikos- appliqué au milieu naturel."

On l'aura compris, l'auteur a accompli un incroyable travail, compulsant les sources, allant jusqu'à se rendre sur les pas de Hulmboldt. Cela donne un volume de 450 pages, sans compter les notes, qui se lit quasiment comme un roman, et même historique, puisqu'au passage on en apprend sur l'Europe, l'Amérique -du nord, du sud- et même les révolutions de 1848 en Europe et Bolivar en Amérique du sud.

C'est Dominique (who else?) qui a parlé de ce passionnant livre et je vous laisse le lien vers son billet, comme d'habitude excellemment illustré. Je n'en ajouterai donc pas!

jeudi 20 septembre 2018

Arcadie

Arcadie
Emmanuelle Bayamack-Tam
P.O.L., 2018


Heureusement que Sans Connivence en a parlé, sinon je n'aurais pas eu l'idée de noter cette lecture. Éditeur aux choix intéressants, mais auteur complètement inconnue, et pas beaucoup d'avis sur les blogs (Cunéipage, avec une vidéo de l'auteur! a quand même bien enfoncé le clou, déjà quasiment rendu à la tête)

Quand elle a six ans, les parents de Farah s'installent dans une communauté près de la frontière italienne, en pleine nature, et en zone blanche; loin des ondes nocives pour la mère de Farah. Fuyant les pollutions électromagnétiques ou pollutions tout court, dans un univers dirigé par Arcady (gourou?) et accueillant pas mal de cas médicaux ou sociétaux. La cuisinière Fiorentina a dû se plier au végétarisme, mais n'a pas plié face aux vegans. Une enfance sans portable, sans internet, mais pas sans école, puisque Farah et les autres enfants fréquentent l'école de la ville voisine. Une enfance à connaître les arbres, les fleurs, les champignons, les étoiles. Une ambiance assez peace and love, calme, sans contraintes, où chacun est libre d'aimer qui il veut comme il veut, à condition de ne rien imposer à l'autre. Farah est subjuguée par Arcady, qui refuse de la toucher avant qu'elle ne soit assez âgée.

Une grand-mère mannequin et une mère très belle n'ont pas empêché Farah d'avoir un physique assez médiocre, pas très féminin, et ça ne va pas s'arranger à la puberté, la gamine tournant franchement vers le masculin, en s'arrêtant entre deux.

Un jour un visiteur met Arcady en défaut et Farah ne le supporte pas. Forcément, ce 'paradis' ne pouvait durer?

J'ai dévoré ce roman, tellement original, sur une sorte d'utopie rendue crédible. Les questionnements de Farah sur son identité, et surtout l'écriture précise et belle, sans oublier l'humour et l'émotion, m'ont emportée sans trop réfléchir. Un roman riche par ses questionnements, cependant.

lundi 17 septembre 2018

Un million de minutes

Un million de minutes
Einen Millionen Minuten
Comment j'ai exaucé le souhait de ma fille et trouvé le bonheur en famille
Wolf Küper
Actes sud, 2018
Traduit par Rose Labourie


Voilà clairement le genre de livre dont je me méfie d’ordinaire a priori. D'abord le long deuxième titre (apparemment non existant à l'origine) et son côté potentiellement découverte personnelle, manquait plus que la narration soit adressée à Nina la petite fille.
Mais ouf, non, et je dois remercier le blog (les blogs?) dont les avis m'ont fait noter ce titre. Et puis Actes sud, l'éditeur, évite quand même généralement les nunucheries.
Car j'ai dévoré ce récit, le sourire aux lèvres en quasi permanence et je le recommande chaudement!

Marié à Vera, Wolf Küper est papa de Nina et Simon, respectivement quatre ans et quelques mois au début de l'aventure. Wolf a un métier super prenant, qui l'amène partout sur la planète, et super bien payé aussi. Un soir, au moment de l'histoire à Nina, voilà qu’elle réclame plus que les dix minutes accordées, mais "un million de minutes". En gros, ça fait deux ans, ce désir est sans doute la goutte d'eau faisant déborder un vase déjà bien plein, et la famille part en Asie du sud est puis Australie et Nouvelle Zélande pour de longues 'vacances'. Avec quel argent? Hé bien, en n'achetant pas la berline germanique extra chère et ses équipements dernier cri, par exemple. Et c'est l'occasion de faire le tri et jeter, car la compagnie aérienne exigeait de ne pas dépasser 69 kilos de bagages. Avant donc le voyage réel, il y avait un autre voyage à accomplir...

Il est temps de parler de la petite Nina. Assez vite ses parents et les spécialistes se sont aperçus qu’elle était, en s'exprimant comme elle, 'lonte'. Pour tout. Dans son développement, sourire, parler, marcher. Dans les gestes quotidiens. Et puis comme tous les enfants elle a son monde et ses idées bien à elle. Le récit va principalement se concentrer sur le narrateur et Nina, mais aussi évoquer l'ancien métier de Wolf, des hippies, un homme handicapé, des cadres en mode survie commando, des australiens sympas... Et des plages absolument fabuleuses...

J'oubliais! Ce récit est absolument drôle, pas à rire tout fort en se tenant les côtes, non, humour plutôt léger, autodérision, moquerie gentille avec clins d’œil, quelques passages plus émouvants, mais pas de guimauve pathos beurk!

Allez, j'en fais un coup de coeur? Chiche?

Des avis chez babelio,

vendredi 14 septembre 2018

Albergo Italia

Albergo Italia
Carlo Lucarelli
Métailié, 2016
Traduit par Serge Quadruppani


Après Le temps des hyènes (paru en 2018) il me plaisait bien de retrouver le capitaine Colaprico et son adjoint érythréen Ogba, qui sait observer et déduire tel Sherlock Holmes dans une enquête se déroulant dans cette ex colonie italienne en 1899. Direction Asmara, sa chaleur insupportable et sa grosse averse de grêle, durant laquelle un italien est assassiné dans une chambre de l'hôtel Italia. Meurtre déguisé en suicide, chambre close fermée de l'intérieur, mais assez vite quatre suspects seront sur la sellette. Ajoutons la mystérieuse disparition d'un coffre-fort, une histoire pas jolie jolie vieille de vingt ans en Italie, un massacre dans le désert, une femme mystérieuse et séduisante, hélas pour Colaprica, et en moins de 140 pages d'ambiance chaude se déroule une histoire taillée au cordeau avec moult rebondissements.

L'avis récent de Moustafette.

mercredi 12 septembre 2018

Moi, Edgar, chat acariâtre

Moi, Edgar, chat acariâtre
Frédéric Pouhier et Susie Jouffa
Illustré par Rita Berman
First éditions, 2016

361e jour de captivité
Se réveiller, regretter, se recoucher

Vous avez un chat? (plusieurs?). Vous aimeriez en avoir? Ce livre est pour vous. Vous y retrouverez le portrait de votre propre boule de poils. Sous la forme d'un journal de captivité. Edgar est râleur, de mauvaise foi, pas modeste, gaffeur, déteste le vétérinaire, la douche et les autres chats, mais dans sa tête c'est lui le meilleur, le boss, et les Humains n'ont qu'à le servir. Bref, un vrai chat.

L'Humain qui comme moi, lisant sur le canapé par une belle journée de canicule, aura apprécié de voir arrivé la louloute, 3 kg à 38 degrés, se lover contre lui, compatira. Non, je ne l'ai pas virée, j'ai juste râlé gentiment (et seulement obtenu l'augmentation du volume sonore des ronrons).

Edgar est un concentré de chat qui fera craquer les amoureux des félins. OK, ce n'est pas du Kant, mais c'est bien vu et plein d'humour.

"244e jour de captivité
Les chiens ont un propriétaire, les chats ont un staff. Je ne suis pas du genre à me plaindre, mais mon staff n'est pas d'une très grande efficacité. Vous n'imaginez pas le nombre de fois où je dois quémander avant d'être enfin servi!
La maison n'est pas prête d'obtenir une étoile au guide Michelin. Le room service est inexistant, je dois me déplacer jusqu'à ma gamelle pour manger des boîtes de conserve sans goût. Le personnel n'est pas présent en journée pour satisfaire mes moindres désirs et la literie laisse à désirer. Il n'y a que l'absence de piscine qui ne me pose pas de problème."

lundi 10 septembre 2018

Extension du domaine de la lutte

Extension du domaine de la lutte
Michel Houellebecq
Maurice Nadeau, 1994


Attaquons donc la rentrée littéraire 1994, avec ce premier roman d'un nouvel auteur, paru chez un 'petit' éditeur; roman 'vendu' par le responsable de la bibli, qui me l'a carrément mis en mains, et j'ai d'autant vite cédé que la bestiole comporte moins de 200 pages. Auparavant ledit responsable et moi avions échangé sur l'idée d'Auster dans 4321, avec des vies différentes du même personnage, lui rappelant un roman de Houellebecq, mais lequel? (la possibilité d'une île?). Voilà comment je me suis retrouvée à lire mon 'premier Houellebecq'. Tout arrive.

Méfiante, j'ai préféré démarrer hors période de spleen, déprime, quand mon taux d'hormone du bonheur est à son maximum. Quelque chose me disait que ça valait mieux, pour aborder l'ouvrage d'un Droopy de la littérature (ce n'est pas de moi)(de Lançon je crois, qui avait aimé son dernier roman, raconte-t-il dans Le lambeau)

Alors, résultat?
Ben, toujours vivante. Pourtant les aventures (si l'on peut dire) de ce cadre technicien en informatique du ministère de l'Agriculture parcourant la France pour initier aux nouveaux logiciels sont peu glamour, et encore moins son collègue Tisserand (pauvre gars!). Dépressifs de tous les pays, unissez-vous, bon je rigole mais c'est finement observé je pense.

Quid du titre? Grâce au petit malin qui a encadré les 'bons passages', ce fut tout de suite trouvé (page 115). "Le libéralisme économique, c'est l'extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. De même, le libéralisme sexuel, c'est l'extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société."

"Vous avez eu une vie. Il y a eu des moments où vous aviez eu une vie. Certes, vous ne vous en souvenez plus très bien; mais des photographie l'attestent. Ceci se passait probablement à l'époque de votre adolescence, ou un peu après. Comme votre appétit de vivre était grand, alors! L'existence vous paraissait riche de possibilités inédites. Vous pouviez devenir chanteur de variétés; partir au Venezuela."

"La forme romanesque n'est pas conçue pour peindre l'indifférence, ni le néant; il faudrait inventer une articulation plus plate, plus concise et plus morne."
"Mon propos n'est pas de vous enchanter par se subtiles notations psychologiques. je n'ambitionne pas de vous arracher des applaudissements par ma finesse et mon humour. Il est des auteurs qui font servir leur talent à la description délicate de différents états d'âme, traits de caractère, etc. On ne me comptera pas parmi ceux-là. Toute cette accumulation de détails réalistes, censés camper des personnages nettement différenciés, m'est toujours apparue, je m'excuse de la dire, comme pure foutaise."

Alors? finalement il n'a jamais été question d'abandonner ce roman, et je comprends qu'il ait attiré l'attention d'un éditeur à cette époque. Diantre, il y a quelque chose là-dedans! Original, piquant, bien observé, pas feel good pour un sou.

Mais! Dès les début j'ai arboré un sourire intérieur, pensant 'mais c'est très drôle ce truc', bon, OK, au 12ème degré. Quelques exemples, et il y en a d'autres.

"Il se peut, sympathique ami  lecteur, que vous soyez vous-même une femme. Ne vous en faites pas, ce sont des choses qui arrivent. D'ailleurs ça ne modifie en rien  ce que j'ai à vous dire. Je ratisse large."

"De retour à l'hôtel, j'ai essayé de dormir, mais ça n'allait pas; une fois allongé, je n'arrivais plus à respirer. Je me suis rassis; le papier peint était décourageant."

Bref, j'ai lu Houellebecq.

Près de 100 avis sur babelio, puis-je lutter ?

vendredi 7 septembre 2018

Le lambeau

Le lambeau
Philippe Lançon
Gallimard, 2018

"La musique de Bach, comme la morphine, me soulageait."

C'est le genre de livre qu'on n'a pas forcément envie de lire, en tout cas on aurait préféré que l'auteur n'aie pas eu à l'écrire et ait continué sans heurts sa vie d'écrivain et de journaliste, à Libération et à Charlie Hebdo. Oui, Charlie, et le 7 janvier 2015 il était avec ses collègues dans la salle de rédaction et en est sorti vivant, mais gravement blessé, surtout dans la partie droite du visage.

Les petites natures n'ont pas à s'inquiéter, les détails trop gore, pas le genre de la maison, pourtant Philippe Lançon ne laisse aucun détail de côté. Volontairement je ne les évoquerai pas, à chacun de les découvrir. Il sait écrire, parfaitement évoquer le passé et le présent, faire part de ses réflexions. Parler fort bien de sa famille, ses amis, ses amours, et il a un grand talent pour rendre vivants toutes ces personnes que l'on ne connaîtra pas. Sa chirurgienne, le personnel hospitalier dans son ensemble, ses gardes du corps. De façon assez clinique il raconte les multiples opérations, les progrès, les ratés, bref les longs mois où il est un patient (aux deux sens du terme).

"Elle [ Chloé, la chirurgienne] m'avait dit La tentation du chirurgien est d'aller le plus loin possible, de s'approcher de retouche en retouche du visage idéal. Evidemment, on n'y arrive jamais et il faut savoir s'arrêter. C'est pareil avec un livre, lui avais-je répondu. On essaie de rapprocher celui qu'on écrit de celui qu'on imaginait, mais jamais ils ne se rejoignent, et il arrive un moment où, comme vous dites, il faut savoir s'arrêter. Le patient reste avec sa gueule tordue, ses cicatrices, son handicap plus ou moins réduit. Le livre reste seul avec ses imperfections, ses bavardages, ses défauts."

"On allait me faire un lambeau (...) On prélève sur le patient un péroné et on le greffe sur ce qui lui reste de mâchoire, pour combler le déficit d'os. Une veine, un bout d'artère et de peau de mollet correspondant au péroné prélevé sont également greffés, comme un kit, afin de vasculariser l'os greffé et lui permettre de s'adapter en compagnie familière à son nouveau milieu." (p 250 pour détails suivants)(ça a l'air simple, mais chapeau aux chirurgiens, et aux patients pour qui ça demande des semaines de galère)

Un livre d'honnête homme, c'est mon impression, qui aime (entre autres) Bach et relisait Kafka, la montagne magique de Thomas Mann et la mort de la grand-mère chez Proust.

On peut retrouver Lançon et Compagnon dans l'émission sur France culture du samedi 1er septembre 'La mort de la grand mère dans La recherche du temps perdu', 'la littérature aide-t-elle à vivre et à revivre?'

mercredi 5 septembre 2018

L'écart

L'écart
The Outrun
Amy Liptrot
Globe, 2018
Traduit par Karine Raignier-Guerre


Direction les îles Orcades, au nord du royaume uni, baignées par les Gulf Stream mais soumises à des vents à décorner les vaches. C'est là que se sont installés les parents d'Amy Liptrot et elle a passé enfance et adolescence dans leur ferme. Parents aimant, père parfois absent à cause de soins pour ce qu'on appellerait maintenant la bipolarité. Même si tout a l'air stabilisé depuis une bonne décennie.

Deux grands thèmes s'entremêlent, en gros, souvent mis en parallèle. Buvant déjà pas mal avant de quitter son île natale, Amy Liptrot est partie travailler à Londres, plongeant dans l'alcoolisme. Malheureuse, le sachant, consciente de courir à sa perte (la description d'un début de maladie fait froid dans le dos), jusqu'au jour où elle accepte une cure de trois mois. Stricte, la cure, et de toute façon ce doit être zéro goutte d'alcool. A vie. Tenir une heure, une journée, un trimestre, en dépit de l'envie parfois torturante.

Mais attention, c'est réaliste mais pas sordide. Assez pour se rendre compte où elle était tombée. Elle retourne vers sa famille dans les Orcades, explore des îles, travaille pour la LPO grand bretonne, s'intéresse à l'histoire (et la préhistoire) du coin, aux gens, aux bestioles, découvre les richesses de la plongée sous-marine, bref se prend de grands bols d'air. Elle ne se retrouve plus vautrée par terre tellement elle a bu, juste une fois à quatre pattes pour atteindre le haut d'un monticule par fort grand vent.

Bon, moi, outarde canepetière, pouillot véloce, huppe fasciée, ça m'amuse toujours ces noms, alors là, les fulmars, cormorans, sternes et râle des genêts, c'est ma came. Sans parler des aurores boréales, oui, il y en a là-haut! Un récit bien écrit, qui se lit avec intérêt grâce à l'entrelacement des thèmes et une chronologie un peu éclatée.
Au nord de l'Ecosse!
Les avis de sylire, mimipinson , Jostein, Leiloona,

Merci à Anne et Arnaud et à l'éditeur (j'adore cet éditeur!)
J'en ai lu un bon tiers au milieu de la nature, avec rivière, petits oiseaux, chênes... (et thermos de thé)

lundi 3 septembre 2018

Les déracinés

Les déracinés
Catherine Bardon
Les escales, 2018


Vienne, années 30. Wilhem et Almah sont issus de familles aisées, intellectuelles ... et juives, ce qui va leur sauter à la figure rapidement alors que jusqu'alors ils ne s'en occupaient pas. Assez tardivement, le couple décide de partir, et c'est un long voyage, à travers un camp en Suisse, le Portugal, Ellis Island, et la république dominicaine dont le dictateur Trujillo avait proposé d’accueillir des exilés.

C'est basé sur des faits réels, la ville de Sosua existe. Les photos de la plage sur internet sont à baver dessus. A l'époque existaient les restes d'une bananeraie  abandonnée, la terre y était de mauvaise qualité, et les émigrants juifs sommés d'abord de la cultiver n'ont pas mieux réussi et ont dû se tourner vers l'élevage, avec laiterie et fromagerie prospères cette fois. Plusieurs centaines de personnes s'y sont installées, existe encore un musée, mais dès la fin de la guerre beaucoup sont partis en Palestine.

Que dire de ce roman? D'abord c'est le côté documentaire qui m'a plu le plus. La très riche vie culturelle à Vienne puis la montée du nazisme et de l'antisémitisme violent en Autriche, le refus de bien des nations d’accueillir des gens en danger (ne me dites pas que c'est terminé de nos jours?), particulièrement les Etats-Unis et leurs quotas, et l'installation dans un pays inconnu, l'apprentissage d'une langue, de métiers manuels pour la plupart. Devoir vivre avec l'absence de nouvelles -ou les mauvaises- de la famille restée derrière, hésiter à s'installer ou rester dans un pays dirigé aussi par un dictateur, ne pas trop savoir quels étaient les motifs de Trujillo ('transaction financière douteuse'?), du Joint (organisation juive) , des 'cobayes'? en vue d'une installation juive en Palestine, et de Monsanto (si, si, déjà là, fournissant les semences)
La vie du groupe, d'abord en stricte communauté style kibboutz, puis assouplie en moshav, est passionnante aussi à connaître, il y avait école, journal, etc.

Passons au bémol qui m'a fait lire certains paragraphes en diagonale sans rater grand chose : l'histoire sentimentale de Wilhelm et Almah, d'accord c'est bien de se fixer sur un couple, mais parfois que de longueurs et de poncifs dans leurs amours. OK, je ne suis pas romanesque, de temps en temps.
Heureusement le contexte était intéressant, de plus c'est un livre prêté par une voisine (pouvais-je lui avouer que j'avais laissé tomber?) et je le case dans le pavé de l'été.

Un extrait (le genre de passage que je peux lire en diagonale, pour moi ça pourrait être élagué)
" Quelque chose dans son attitude alerta Almah dès qu'il franchit le seuil. Wilhelm avait son air des mauvais jours, celui des fâcheuses nouvelles, celui des défaites. Il passa devant elle sans la voir et se laissa tomber dans le fauteuil à bascule, le regard fixe. Il semblait absent. Almah s'approcha de lui silencieusement. Elle n'osait pas poser de question, paralysée par ce qu'elle redoutait d'apprendre.
- Zweig s'est suicidé hier à Rio de Janeiro, laissa tomber Wilhelm d'une voix sourde et atone."

Le pavé de l'été, (chez Brize)

En parlent motsàmots, Brize, babelio