lundi 19 octobre 2020

Nickel Boys


 Nickel Boys

Colson Whitehead

Albin Michel, 2020

Traduit par Charles Recoursé


Nickel Boys est l'exemple parfait du roman dont on a tellement entendu parler (même le Masque et la Plume) qu'on a l'impression qu'il n'en reste pas grand chose à découvrir. Comment retrouver les plaisir de la pure découverte? Hé bien : si!

Dans les années 60, dans un sud où mieux vaut regarder où on met les pieds quand on est noir (ah bon, de nos jours encore?) , le jeune Elwood Curtis est élevé par sa grand mère, travaille pour ensuite payer ses études, et se révèle bon élève, au point de pouvoir intégrer une université.

Las! Il se retrouve dans une sordide maison de correction, inspirée à l'auteur par la Dozier school for boys, à Marianna, en Floride. La lecture des articles parus à l'époque de la découverte des faits, dans les années 2010, fait froid dans le dos. Colson Whitehead n'a hélas rien inventé. On peut même dire qu'il est resté clairement allusif, sans ajouter de détails insoutenables. Il a cependant imaginé les personnalités de ses personnages, surtout Elwood et son ami Turner, et a utilisé un découpage efficace présent/passé/présent. Le Masque et la Plume, sans tout révéler, avait quand même déjà annoncé quelque chose.

On ressort de cette lecture quand même assez lessivé, même si on avait déjà entendu parler de ces histoires de livres scolaires refilés aux écoles noires et cette piscine rendue inutilisable. Quand à la maison de redressement (ouverte aux blancs et aux noirs, mais séparés!), ça allait franchement loin dans l'horreur.

Tout de même il y a un peu d'humour dans cette narration, j'ai bien aimé Jaimie, papa noir, mère mexicaine, qui allait d'une partie à l'autre du centre, parfois trop foncé, parfois trop clair, et qui spectateur du combat de boxe se réjouissait que de toute façon "quoiqu'il arrive, je peux pas perdre".

Tellement d'avis (babelio)

jeudi 15 octobre 2020

L'homme en rouge


 L'homme en rouge

The man in the red coat

Julian Barnes

Mercure de France, 2020

Traduit par Jean-Pierre Aoustin


"Un artiste peint une ressemblance, ou une version, ou une interprétation, qui célèbre un sujet vivant, évoque son souvenir après sa mort, et peut éveiller la curiosité de ceux qui le voient des siècles après. Cela paraît simple, et l'est parfois. Je me suis intéressé au docteur Pozzi en découvrant son portrait par John Sargent, je suis devenu curieux de sa vie et de son œuvre, j'ai écrit ce livre, et je vois toujours dans cette image une réelle et vive ressemblance."

Voilà comment Julian Barnes, francophile et je pense francophone s'est lancé dans une biographie à son idée du docteur Pozzi. Comme vous sans doute, j'ignorais son nom, alors que, comme le dit Barnes avec malice, il était partout, entre les deux guerres 70-71 et 14-18, fréquentant le beau monde, le soignant souvent. Sa spécialité, la gynécologie, qu'il a contribué à faire évoluer (et il y avait du boulot!). 

Barnes en profite, avec souvent un humour british, pour parler de la Belle Epoque (pas belle pour tout le monde, mais bref), en particulier de Polignac et Montesquiou. Ce dernier paraît-il reconnaissable dans des romans, Huysmans et Proust particulièrement, A rebours étant étonnamment inspiré par lui, et évoqué lors du procès de Wilde. Pozzi fut le médecin, l'amant et l'ami fidèle de Sarah Bernhard. On croise donc bien des auteurs, des journalistes, du grand monde, dans cette biographie érudite sans excès, aux fils conducteurs assez lâches, et passionnante de bout en bout.

Sa vie familiale ne fut pas une réussite, mais sa vie professionnelle, si. Il fut amené à soigner des victimes de duels ou de tirs au pistolet, l'époque semblant en France vraiment favorable à ces activités déplorables et criminelles (et pour des raisons futiles, souvent).

J'ajouterai que des reproductions de tableaux et de vignettes ' Félix Potin' illustrent ce livre soigné.

Des avis sur babelio,


lundi 12 octobre 2020

Les Lettres d'Esther


 Les Lettres d'Esther

Cécile Pivot

Calmann Levy, 2020

L'auteur est la fille de qui vous savez, mais heureusement Les Lettres d'Esther est un ouvrage de fiction, qui ne cherche pas à régler un compte ou honorer un proche. Mon impression assez rapidement : bonne pioche!

Très liée avec son père avec qui elle entretenait une vraie correspondance avant sa mort, Esther est libraire à Lille, et lance l'idée d'un atelier d'écriture : il faudra écrire des lettres à au moins deux personnes inscrites, durant une période donnée. Elle-même participera, donnant des conseils, et recevra un exemplaire de chaque courrier.

Un couple, Nicolas et Juliette, est dans la tourmente à cause de la dépression post-partum de Juliette (on en apprend beaucoup!), Samuel est un tout jeune homme qui a lâché ses études, après le décès de son frère julien lui et ses parents ont du mal à communiquer, Jeanne, la soixantaine, mène dans son coin de campagne un combat contre le mal-être animal et l'enlaidissement des villages, Jean est un homme d'affaires très aisé, toujours en déplacement aux quatre coins du monde.

Au fil des échanges épistolaires, parfois agités, mais toujours urbains, se dessinent les personnalités, les évolutions, jusqu'à une très jolie fin. C'est un roman vraiment agréable à lire, les personnages (même Jean) sont attachants, humains, et j'avoue que j'aurais bien cheminé encore un peu avec eux.

Les avis de LewerenzEve, Didi,

jeudi 8 octobre 2020

Petit traité d'écologie sauvage

Je parle d'une trilogie, lue dans le désordre (mais ce n'est pas grave), dans la dépendance des lecteurs de la médiathèque!

Petit traité d'écologie sauvage t 2
La cosmologie du futur
Alessandro Pignocchi

Steinkis, 2018

D'abord grand merci au squatteur chez Dasola qui m'a permis de découvrir ces pépites. En gros on est dans la veine Fabcaro pour l'absurde et la critique. Sur le blog Puntish, vous aurez une idée.

Dessins à l'aquarelle, et à première vue les mêmes reviennent, mais ce sont les dialogues qui font avancer l'affaire. D'ailleurs Proust explique dans la dernière partie l'avantage du processus.
Quoi, Proust? Oui, avant de partir chez les Jivaros.
Quoi, les Jivaros? Oui, là où notre président (oui, lui) séjourne et découvre. Un anthropologue Jivaro, par ailleurs, étudie la population de Bois-le-roi, et bien entendu est à côté de la plaque dans ses déductions.
Ajoutons des mésanges un poil éco terroristes (et amateurs de drogues), des hommes et femmes politiques vraiment fatigués, des réflexions sur nature et culture, et franchement, c'est à découvrir!

Des avis chez babelio


Petit traité d'écologie sauvage t 3

Mythopoïèse 

Alessandro Pignocchi

Steinkis, 2020


Où l'on retrouve E Macron, D Trump et A Merkel comme on ne les connaît pas (ou alors ils cachent bien leur jeu), le Jivaro toujours en étude de ce qui reste de notre civilisation, et les inénarrables mésanges ("Vous étiez vraiment obligés de brûler l'Elysée? C'était un beau bâtiment. - C'est les pinsons. Ils étaient incontrôlables, on n'a rien pu faire.")


Des avis sur babelio

Et pour terminer, le t1 !


Petit traité d'écologie sauvage

Alessandro Pignocchi

Steinkis 2017 

Finalement j'aurais mieux fait de commencer par le t1, ç'aurait été plus clair de comprendre ce que voulait l'auteur.

"Dans cette bande dessinée, j'ai voulu prolonger ce mouvement de mise à distance en imaginant à quoi ressemblerait le monde si l'on empruntait quelques outils de composition aux Jivaros. Le résultat est absurde. Mais l'est-il beaucoup plus que le monde que nous sommes en train de composer?"

Je ne vais pas détailler ce qu'il entend par 'composer', ni ce qu'il connaît des Jivaros, mais la postface est vraiment intéressante. "Pourquoi agrandir ses jardins quand ceux que l'on a suffisent largement à nous nourrir? Pourquoi se lancer dans l'élevage alors que la chasse est une activité autrement plus ludique?"

La première illustration (au fait, il s'agit d'aquarelles) nous montre un François Hollande et un Jivaro se donnant une poignée de main. "Les dirigeants de la planète ont enfin décidé d'adopter la vision du monde des Indiens d'Amazonie. Il est désormais admis que les plantes et les animaux ont une vie intellectuelle et sentimentale similaire à celle des humains. Ils sont, à ce titre, des membres à part entière de la communauté morale."

Imaginons un premier ministre dont le chauffeur écrase un hérisson. Il faut alors le manger. Puis le premier ministre décide d'aller en vélo au rendez-vous d'Angela. "Appelez-là pour le reculer de deux mois."

On retrouve l'anthropologue Jivaro, etc. , mais hélas pas encore tellement les mésanges...

Des avis sur babelio,

Et pour terminer, hors trilogie, paru avant



Anent

Nouvelles des Indiens jivaros

Alessandro Pignocchi

Préface de Philippe Descola

Steinkis, 2016


Là on se rend chez les achuar, 'étudiés' par Philippe Descola il y a quelques décennies, et revisités par Pignocchi. Le temps a passé, la modernité est arrivée (un peu), que sont devenus les anent?

Je n'explique rien, de l'humour dans cette BD superbement dessinée et colorée, et j'ai appris ce que signifie 'puntish'. S'il vous prend envie de visiter ces communautés, "un puntish offert à l'arrivée sur présentation de ce livre". Mouarf!

Plus sérieusement : livre à découvrir!


Avis chez babelio,

 

lundi 5 octobre 2020

Bénie soit Sixtine


 Bénie soit Sixtine

Maylis Adhémar

Juilliard, 2020

 

Sixtine est la sixième enfant de Muriel et Bruno, famille que sans exagérer on peut qualifier de catholique intégriste, très très, même. Vatican II connaît pas, le pape, non plus. Messe en latin; éducation stricte; pour les jeunes, camps de Frères de la Croix. Bruno serait peut-être un poil plus cool, mais il n'a pas voix au chapitre.

Tenues strictes, couleurs classiques, jupes sous le genou, l'ambiance est totalement bien rendue, au point que c'en était presque caricatural, mais si, ça existe on peut le supposer! 

 Sixtine ne semble pas souffrir de cette existence, en temps voulu elle épouse, sans contrainte, Pierre-Louis Sue de La Garde. Elle est vite déçue par les relations conjugales sans chaleur. Rapidement enceinte, à la joie de tous (on en aura 5 ou 6), elle mène une grossesse pénible, elle doit endurer; à l'arrivée il ne sera pas question de péridurale, elle le sait. Pas question non plus de choisir le prénom de son fils. Mère et belle-mère régissent tout.

Survient un événement tragique qui change la donne, en tout cas les velléités de Sixtine de prendre sa vie en mains peuvent se donner libre cours. Elle n'envoie pas forcément son bonnet par dessus les moulins, mais découvre vraiment d'autres façons de vivre, parfois assez radicales (et là je trouve que l'auteur a poussé le bouchon un peu loin).

Ne chipotons pas, l’histoire est originale et passionnante de bout en bout.Sans doute comme moi allez-vous ouvrir grands vos yeux lors de l'immersion dans ces différents milieux. La religion n'est pas maltraitée en tant que telle, mais ses dérives vraiment extrêmes. Sixtine trouve aussi dans son parcours des gens accueillants et pas rigides.

Des avis sur babelio, dont mumudanslebocage, et sandrion  , on aurait pu faire une LC ^_^,

jeudi 1 octobre 2020

Trois petits tours et puis reviennent


 Trois petits tours et puis reviennent

Big sky

Kate Atkinson

JC Lattès, 2020

Lu en VO, Penguin, même couverture! 

Traduit par Sophie Aslanides


Jackson Brodie dit avoir un côté chien de berger, et comme il a raison! Toujours prêt à aider, toujours sur le terrain, avec son flair et son expérience, oui, un peu pataud peut-être, un peu à côté aussi, mais tellement brave et fidèle! Je l'ai retrouvé avec bonheur dans une histoire plutôt sombre, avec enfants abusés, filles enlevées et prostituées, mais à la fin, même en biaisant un poil la légalité, les méchants sont punis.

Jackson semble toujours amoureux de Julia, mère de son fils Nathan, un ado au regard fixé sur son portable, et tâche d'accomplir son job de détective privé. Mais sa route le conduira (il faut voir ce qu'il dit des coïncidences) sur le chemin de types bien sous tous rapports mais dont le passé (et le présent) sont peu reluisants.

Plein de personnages attachants, Reggie et Ronnie, les deux fliquettes, efficaces, mais qu'on renvoie à leur enquête pas glamour, Harry un autre ado aux jeux de mots qu'il a dû être coton de traduire, une drag queen extra, et j'en passe.

Le tout raconté avec un humour craquant, un découpage minutieux, et parfois des passages où j'ai raté une respiration ou deux.

A lire absolument, pas la peine de connaître les volumes précédents avec Jackson Brodie, que j'ai une furieuse envie de lire ou relire! là il s'agit du numéro 5.

Des avis chez babelio, donc celui de Cathulu

Peu auparavant j'avais découvert un autre titre, sans Jackson Brodie, un roman ancien, d'ailleurs.


Sous l'aile du bizarre

Roman comique 

Emotionnaly weird, 2000

Kate Atkinson

Ed de Fallois, 2000

 Traduit par Jean Bourdier

 "Ce n'est pas parce que vous êtes paranoïaque qu'ils ne vont pas vous faire la peau."

Troisième roman de Kate Atkinson, sans Jackson Brodie (avant, en fait), mais avec le style inimitable qui ravit ses lecteurs (j'en fais partie!). 

Trois narrations qui s'entrecroisent (différentes polices). Effie Andrews est coincée sur une île écossaise, ventée, humide, bref, une île écossaise l'hiver, avec sa mère Nora. Est-ce bien sa mère? Celle-ci intervient au cours du récit d'Effie sur son année d'étudiante à Dundee. Plus un 'devoir' d'Effie, une vague histoire policière sans queue ni tête.

Année 1972, une université où n'arrivent surtout pas de bons élèves, des professeurs courant après les devoirs des étudiants, une atmosphère assez foldingue. Un chien qui apparaît disparaît, pareil pour un bébé (il va bien, merci) , un mystérieux détective privé ex-policier, une femme qui suit Effie..

Un grand tourbillon, amusant et décalé, mais, comment dire, 60 pages avant la fin je fatiguais un poil et ai terminé en diagonale, sans gros souci pour les protagonistes. En plus d'une chronique sur une université des années 70, on peut voir un récit en cours d'écriture (mais non, c'est un roman comique, dit Nora, un personnage ne peut mourir, et hop, Effie réécrit l'histoire). Et à la fin, on saute en 1999 et on apprend ce que sont devenus les personnages.

Bon, mis à part la sus notée petite fatigue, j'ai vraiment trouvé cette lecture plaisante, la narration étant en permanence vive, inventive, imagée, Atkinson, quoi.

lundi 28 septembre 2020

La chambre des dupes

La chambre des dupes
Camille Pascal
Plon, 2020


Quand j'ai vu que la rentrée littéraire proposait un nouveau titre de Camille Pascal, je n'ai pas hésité à le noter, et peu importe ce que ça pouvait raconter, je me suis lancée! Il faut dire que L'été des quatre rois m'avait vraiment épatée.

Cette fois, un seul roi, Louis XV, alias Le bien-Aimé, ou qui va le devenir, on verra comment. Marié à Marie Leszczynska, qui fait bien le job attendu, à savoir donner un héritier, il la délaisse pour diverses maîtresses. Quand le récit commence, en 1741, Pauline, la deuxième des sœurs Mailly-Nesle, et favorite du roi, décède, et l'aînée, Louise, reprend auprès du roi la place que Pauline lui avait prise. Oui, il existe cinq sœurs, en fait, dont quatre favorites de Louis XV. Quelle famille!

N'allons pas trop vite, arrive à Versailles la jolie et spirituelle Marie-Anne, la plus jeune, dont l'ambition est de régner sur le cœur du roi. Mais pas question de lui céder tout de suite!


Portrait par Nattier
https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Anne_de_Mailly-Nesle
 

 

Dans les corridors de Versailles, les chuchotements vont bon train, les clans se forment, les bons mots volent, chacun veut être bien vu du roi. Camille Pascal relate parfaitement l'ambiance, nous faisant aussi pénétrer au coeur des chambres et des alcôves, lire les courriers, assister aux conversations.

"Les faits rapportés sont rigoureusement exacts, l'intégralité des dialogues est tirée des mémoires ou des témoignages du temps, les chansons et les correspondances, en partie inédites, sont parfaitement authentiques."

Avec ce beau matériau, l'auteur a su écrire un livre passionnant. Pas de 'style d'époque' avec subjonctifs et mots désuets, pas de faux modernisme, juste de la précision dans les descriptions de mobiliers, de toilettes, de la vie à Versailles avec son étiquette, une histoire narrée avec vivacité et élégance. Le lecteur peut s'amuser ou s'émouvoir. La médecine avait vraiment du progrès à faire, puis-je dire. Une plongée au cœur de Versailles, des intrigues personnelles et politiques. Foncez, sans craindre le 'livre d'histoire' traditionnel.

Des avis sur Babelio, chez Eve,

jeudi 24 septembre 2020

Les miracles du bazar Namiya

Les miracles du bazar Namiya
Keigo Higashino
Actes sud, 2020
Traduit par Sophie Refle

L'auteur est plus connu pour ses polars, mais là on se dirige dans une toute autre direction. Trois petits délinquants assez bras cassés et plutôt sympathiques fuient la police et se réfugient dans un bazar qui a tout l'air fermé et abandonné depuis des années. Au cours de la nuit, arrivent des lettres par le rideau métallique, auxquelles ils se décident à répondre, laissant leur lettre dans une boîte à lait à l'arrière (qui disparait, et une réponse arrive, etc.). Ils découvrent que l'ancien propriétaire avait l'habitude de répondre aux questions de cette façon. Là où ça se corse, c'est que ces lettres datent de plus de trente ans...

A l'époque comme maintenant, si quelqu'un demande un conseil, ce n'est pas forcément pour le suivre, bien sûr, et le roman proposera des exemples divers. Mais ce qui est malin, c'est qu'on ne restera pas avec ces trois jeunes (on les retrouvera!), mais d'autres personnages, au fil du temps.

On pourrait peut-être penser à du feel good à la japonaise (et pourquoi pas?), c'est parfois platouille dans l'écriture, quelques dialogues pouvaient être raccourcis, mais l'ensemble est passionnant, l'idée originale et bien traitée, sans lasser. On a en prime un aperçu des coutumes japonaises, particulièrement l'aide aux vieux parents, souvent assumée par la fille ou la belle-fille.

Une LC avec A girl

Des avis sur babelio, Brize, autistsreading,

lundi 21 septembre 2020

Maktaaq

Maktaaq
Gildas Guyot
Editions in8, 2020


Après la grosse claque du premier roman, Le goût de la viande (paru en poche, et dont parlait krol récemment -en bien) qu'allait bien proposer le deuxième roman de Gildas Guyot? Un goût de la viande, deux, le retour, avec une escalade dans l'humour noir? Ma came, je l'avoue, mais il avait fallu l'écriture remarquable pour faire passer certains épisodes.

Le danger était justement de continuer sur la même voie. Or là, non, grosse surprise, personnages sympathiques et à part l'âne, rien à signaler. Même un peu de tendresse. Mais quand même de la dérision et des coups de patte sur l'homme blanc et le mode de vie américain. Ouf!

Aux yeux de son grand père Ati, Seth n'est qu'un gamin. Avant, il rêvait d'une jolie carrière dans le base ball, mais actuellement, à 23 ans, il est plombier, et plutôt bon. Une copine, Suzanne, sans passion, beaucoup de télé et de pizza, et les membres de la famille se croisent sans plus.

Le grand père n'est pas en bonne santé, mais il a toute sa tête. Tout ce que sait Seth, c'est qu'il est originaire d'Alaska, c'est donc le chef de famille, l'angajuqqaaq (langue : inuktitut). Un soir il impose à la famille de regarder une cassette vidéo (on est en 1989), seul Seth la regarde, c'est un vieux document sur la vie des Inuits, avec commentaires d'un Danois. Pour Seth, c'est une totale découverte!

Par ailleurs, quelques mois plus tard, Ari impose à Seth un voyage à Las Vegas, avec comme récompense à la clé la possession de sa Chevrolet Impala vingt ans d'âge qui fait saliver Seth depuis des années. Et c'est parti pour un voyage à deux qui bousculera aussi pas mal le jeune Seth. L'art de la chasse dans le grand nord appliqué aux bandits manchots, à découvrir, en passant.

Un roman centré sur deux personnages principaux, avec un trajet Los Angeles -  Las Vegas sous le cagnard, et un aperçu de culture inuit, pour se rafraîchir, voilà le menu. Parfaitement digeste, cette fois (clin d'oeil au premier roman). A découvrir, la patte de l'auteur est toujours bien là.

jeudi 17 septembre 2020

Les morts de Bear Creek



Les morts de Bear Creek
The gray ghost murders
Keith McCafferty
Gallmeister, 2019
Traduit par Janique Jouin-de-Laurens


Voilà, je connais enfin cette série qui plait beaucoup sur les blogs, et j'avoue avoir pris grand plaisir à lire un polar dans la veine de Craig Johnson, avec un seul indien, du Montana, et pas mal de pêche à la mouche (rien de rédhibitoire, on apprécie l'enthousiasme des fans de ce sport, même si on n'y connaît rien -rappel, Oliver Gallmeister pratique la pêche à la mouche, on finit par s'en apercevoir).

Le shériff est une femme, Martha Ettinger, et l'un des héros, Sean Stranahan, un guide de pêche, peintre aussi, et enquêteur à ses heures. D'autres personnages reviennent, déjà présents dans le premier tome, Meurtres sur la Madison (je-veux-le-lire) mais on rentre vite dans l'histoire.

De toute façon, comme le titre l'annonce, il y aura des meurtres, pas forcément trop récents, mais des affaires à élucider; l'argument est original. Un peu d'histoires personnelles, Sean a sans doute trouvé son âme soeur (on attend le tome 3 pour confirmation), Martha semble être revenue à la solitude.

Bref, une bonne série sympathique, sans détails trop beurk, dans laquelle je ne demande qu'à embarquer encore.

Des avis chez babelio, actu du noir, electra, hélène, Le bouquineur,
Lecture commune avec Sandrion, qui avait parlé ici de Meurtre sur la Madison

lundi 14 septembre 2020

Yoga

Yoga
Emmanuel Carrère
P.O.L., 2020


Je n'ai lu qu'un livre de l'auteur, Le Royaume, et pas chroniqué (edit : si; je le redécouvre!). Celui-ci, je n'en faisais pas une priorité, d'abord on en parle vraiment trop dans les médias. Mais le lecteur est un animal curieux, et comme il venait de se matérialiser sur le présentoir de la bibli, il fallait agir, non? Surtout que l'écriture de l'auteur est toujours fluide et que ça se lit sans effort.

"Puisqu'il faut commencer quelque part le récit de ces quatre années au cours desquelles j'ai essayé d'écrire un petit livre souriant et subtil sur le yoga, affronté des choses aussi peu souriantes et subtiles que le terrorisme djihadiste et la crise des réfugiés, plongé dans une dépression mélancolique telle que j'ai du être interné quatre mois à l'hôpital Sainte-Anne, enfin perdu mon éditeur qui pour le première fois depuis trente-cinq ans ne lira pas un livre que j'ai écrit, puisqu'il faut donc commencer quelque part, je choisis ce matin de janvier 2015 où, en bouclant mon sac, je me suis demandé s'il valait mieux emporter mon téléphone, dont j'aurais de toute façon à me défaire là où j'allais, ou le laisser à la maison."

Non,je ne divulgâche absolument rien, je recopie juste la première page. Pour en savoir plus, la quatrième de couverture est très bien, très succincte, alors il est aussi possible de trouver des interviews de l'auteur, vraiment un peu partout.

Alors? Dévoré, on peut le dire, voire survolé quand yoga, méditation, et dépression devenaient trop prégnants. D'autres lecteurs feront leur miel des réflexions de l'auteur, je n'en doute pas. Les livres très (trop?) personnels de l'auteur, on a le droit de les traiter personnellement, voilà. J'ai donc beaucoup plus vibré avec l'histoire des migrants dans l'île grecque; et cherché la vidéo de la Polonaise héroïque jouée par Martha Argerich. Donc agi comme le prévoyait Carrère page 336. Et alors? C'est vrai que le sourire est magnifique!

Des avis sur Babelio, Delphine hier,

jeudi 10 septembre 2020

L'odyssée d'Hakim

L'odyssée d'Hakim
1- De la Syrie à la Turquie
2 - De la Turquie à la Grèce
Fabien Toulmé
Delcourt/ Encrages, 2018, 2019



Fabien Toulmé a passé des heures, s'étendant au cours de plusieurs mois, à rencontrer Hakim et sa famille à Aix-en-Provence. D'où cette BD en trois gros volumes.

Pour ceux qui en douteraient, le rêve de Hakim, jeune syrien de Damas, n'était absolument pas de s'installer à Aix-en-Provence! En 2011, il vivait tranquillement et fort bien, était propriétaire d'une petite entreprise de pépiniériste, et il venait juste d'acheter et aménager un appartement dans l'immeuble où habitent sa famille; il lui restait à rencontrer une femme avec laquelle fonder une famille.

Un jeune homme tranquille, se tenant à l'écart des ennuis, et bien conscient des problèmes du pays. En 2011, manifestations, réprimées, bombardements; il vit une arrestation arbitraire et des interrogatoires 'musclés' et part, laissant là le reste de sa famille, pour Beyrouth. Pas de travail. Il rejoint de la famille à Amman. Connaît de petits boulots mal payés, pas déclarés. Se dirige à Antalya (tous ces trajets se font en avion, avec passeport). Là, pareil, petits boulots, la galère. Il rencontre Najmeh, dont la famille syrienne a dû fuir le pays. Une vraie histoire d'amour, ça se ressent. Naissance du petit Hadi.

(je raconte beaucoup de l'histoire, je sais, vous pouvez sauter et aller directement à 'coup de coeur, à lire absolument')

A un moment, tout le monde part à Istanbul, pareil, pas moyen d'avoir un vrai travail, galère. La famille de Najmeh peut partir en France, d'abord le père, chez un neveu, puis la mère et ses enfants, en regroupement familial. Mais pas Hakim et Hadi (snif!!!), pour une histoire de papiers. En dépit d'efforts, de demandes, suite à des erreurs, la situation ne se débloque pas, et Hakim se décide à partir pour la (dangereuse!) traversée vers la Grèce! (nous sommes en 2015)

Il existe bien sûr un Tome 3, paru en juin 2020, mais pour mettre la main dessus, ça va être long, et je préfère en parler sans trop attendre; de toute façon, ça se termine 'bien' puisque Hakim et sa petite famille sont maintenant en France. Mais il y a eu des galères dans le tome 3, je le sais...

Edit : il semble que le tome 3 sera dans mes mains la semaine prochaine!

Coup de coeur, à lire absolument

lundi 7 septembre 2020

Des vies à découvert

Des vies à découvert
Unshelterd
Barbara Kingsolver
Rivages, 2020
Lu en VO, à l'origine Faber et Faber 2018


J'aime tellement l'auteur que je n'ai guère hésité à me lancer dans la VO, mais il vient de paraître en français (Papillon, excellent billet).

"Unsheltered, I live in daylight" ou, en gros, Vivre à découvert, c'est vivre à la lumière.

De nos jours, aux Etats-unis, durant les primaires avant l'élection de 2018. La famille de Willa réside à Vineland, dans une maison se délabrant de plus en plus. Hélas les moyens manquent, jusqu'à demander l'aide médicale pour les soins de son beau-père (fan du candidat républicain, jamais nommé). Ses deux enfants ont vraiment pris des routes différentes, l'un dans la finance, l'autre sensible aux problèmes d'écologie et d'environnement.

Années 1870, même endroit, Thatcher, marié à une jolie petite femme corsetée et frivole, professeur de sciences dans un établissement de Vineland, ville sous la coupe du capitaine Landis, une sorte de fondateur, fait connaissance de sa voisine, Mary Treat, en qui il reconnaît une âme soeur. Celle-ci observe les animaux et les plantes, correspond avec Darwin, dont les idées sont farouchement combattues à Vineland et ailleurs.
La maison de Thatcher, elle aussi, tombe en ruines.

Des histoires narrées en parallèle, qui se répondent subtilement, ces maisons sont l'image de ces vies, qui vont devoir changer, petit à petit le délabrement s'aggrave, mais il y aura de l'espoir (voir la citation au début du billet). Je précise que Vineland, New jersey, existe réellement, Charles Landis et Mary Treat, entomologiste et botaniste, sont des personnages réels.

J'ai pris un grand plaisir à cette lecture, forcément. Barbara Kingsolver sait rendre ses personnages sympathiques ou compréhensibles, exposer leurs points de vues et leurs différences (parfois un  poil longuement), et ouvrir la voie vers un avenir positif pour eux.

Des avis sur babelio, motsàmots,

jeudi 3 septembre 2020

Chez soi, une odyssée de l'espace domestique / Sorcières

Chez soi
Une odyssée de l'espace domestique
Mona Chollet
Zones, 2015
(mais je propose la couverture de La découverte, 2016)



Se revendiquer casanier, comme la journaliste Mona Chollet, n'est pas toujours compris ou accepté. ( La mauvaise réputation). Pourtant avec internet, Facebook et autres nous avons Une foule dans mon salon. Mais un espace domestique, vraiment pour tous? Difficile en grands villes, sans assez de moyens, alors, des solutions, (La grande expulsion). Voyons le luxe du temps, de sa gestion. (A la recherche des heures célestes). Puis enfin un chapitre féministe (oui quand même) drôlement intelligent sur Métamorphoses de la boniche. Ah les taches ménagères... Et puis, quel est ce modèle de famille nucléaire? (L'hypnose du bonheur familial). Pour terminer, le rêve, avec les architectures idéales Des palais plein la tête.

En sept chapitres fourmillant d'intelligence, d'informations, de réflexions -et d’humour-, Mona Chollet secoue un peu le cocotier et le résultat, roboratif, est toujours intéressant et se lit agréablement. Que demander de plus.

Et je n'ai pas attendu son conseil, j'ai emprunté Voyage autour de ma chambre. Dont elle dit "Aujourd'hui, de telles circonstances sont assez improbables."(p 120). A propos d'agents d'entretien : "On pourrait imaginer un statut et un salaire à la mesure de leur utilité sociale."(p 167)
Voilà qui, après l'expérience du confinement et la comparaison entre salaires et importance sociale de certaines professions mal considérées, ne manque pas de sel.

Des avis sur babelio, dont kathel, et je retrouve cathulu,

Puis je me suis lancée dans un autre, qui me semble avoir été plus présent sur les blogs. Eva, excellent billet.

Sorcières
La puissance invaincue des femmes
Mona Chollet
Zones, 2018


C'est principalement l'introduction qui évoque les 'chasses aux sorcières' qui d'ailleurs ont eu lieu bien après le Moyen-Age, comme quoi...

Ce qui m'intéressait bien plus était la vision de la femme, cause (en partie) de ces persécutions, et Mona Chollet y consacre quatre chapitres:
Une vie à soi; les femmes indépendantes, célibataires ou veuves.
Le désir de la stérilité, choix de pas d'enfant, regret d'en avoir
Les femmes âgées, ces 'invisibles'
Un autre monde. Une médecine qui traite mal les femmes, y compris les gynécologues

Je fais rapide. Toujours aisé à lire, passionnant, bourré d'information.
Juste une citation
L’écrivaine Elisabeth Gilbert estime qu'il existe trois catégories de femmes : "Celles qui sont nées pour être mères, celles qui sont nées pour être tantes, et celles qui ne devraient en aucun cas être autorisées à s'approcher d'un enfant à moins de trois mètres. Et il est très important de comprendre à quelle catégorie on appartient, car les erreurs dans ce domaine engendrent chagrin et tragédie."

Un paquet d'avis sur babelio...

L'irrégulière parle des deux (et aussi de Beauté fatale) ici.

lundi 31 août 2020

Une ville de papier

Une ville de papier
Olivier Hodasava
inculte, 2019



Difficile de démêler le vrai du faux, dans ce roman, surtout que c'est basé sur du vrai, mais quelle importance? J'ai lu avec un grand plaisir ce roman écrit de façon fluide, à la manière d'une enquête.

Dans les années 30, l'automobile se développe, les américains sont appelés à se déplacer, et à consommer du carburant : les cartes sont distribuées gratuitement dans les stations services; mais pour les sociétés de cartographie, comment être sûr qu'un concurrent ne vous copiera pas, histoire d'avoir le beurre et l'argent du beurre, sans fatigue, sans dépense? L'idée est de placer sur la carte une ville imaginaire, dont l’apparition chez un concurrent témoignera de la fraude.
Ainsi est 'née' Rosamond.
Jusqu'au jour où elle s'est mise à 'exister'.

Edit : et c'est vrai que je n'en dis pas vraiment assez. Donc, la société découvre un jour que Rosamond existe sur d'autres cartes, alors, plagiat? Mais sur place on trouve une boutique, et au fil du temps le coin voit des événements se dérouler.
Et là je n'en dis pas plus.

Absolument fascinant!

Chez Babelio, et Nicole, chouette billet .

vendredi 28 août 2020

Manières d'être vivant

Manières d'être vivant
Baptiste Morizot
Postface d'Alain Damasio
Actes sud, 2020
Mondes sauvages pour une nouvelle alliance


Toujours en exploration de cette excellente collection, avec un nouvel auteur, écrivain et maître de conférences en philosophie à l'université d'Aix-Marseille. Dont j'ai déjà lu Sur la piste animale, avec des pages fabuleuses sur le pistage (et parfois, qui piste l'autre?) où l'auteur s'intéresse aux loups, en France, et à la panthère des neiges, au Kirghizistan.

Là, pareil, des nuits extraordinaires à pister les loups, avec du bon matériel ou pas, et franchement, le loup, quel animal fascinant. Baptiste Morizot n'hésite pas à hurler comme eux, attendant un retour, et parfois découvrant que le loup est venu  s'intéresser à lui à son insu.

Il parle aussi des moutons, des bergers, des chiens, plaidant pour une autre façon de considérer leur coexistence, une autre façon de pâturer, et tout simplement une autre façon de considérer la vie autour de l'homme. Un chapitre sur l'éponge (naturelle) m'a amenée à ne plus considérer cette bestiole comme avant...

J'avoue que le chapitre bourré d'Ethique de Spinoza, je l'ai survolé, et parfois aussi j'ai eu du mal, ou alors j'étais moyennement d'accord. Mais tout cela est extrêmement roboratif et secoueur de neurones, et j'accepte que certaines lectures soient (parfois dans certains passages trop) difficiles, mais que je peux quand même en tirer beaucoup de plaisir.

Des avis sur babelio et je constate que quelques frères et soeurs humains ont aussi un poil ramé sur la philo.  Mais des pages géniales sont accessibles à tous!

mardi 25 août 2020

Récits ultimes

Récits ultimes
Olga Tokarczuk
Noir sur blanc, 2007
Traduit par Grazyna Erhard

Partant de la conviction qu'un écrit de cette auteure ne doit pas être ignoré, je l'ai emprunté sans même savoir de quoi ça parlait. Il s'agit de trois textes de longueurs similaires, qui se révèlent liés de façon assez ténue il faut le dire. Dans Blanche contrée, Ida a eu un accident de voiture en plein hiver et trouve refuge chez un couple de personnes âgées dont le petit-fils, vétérinaire, leur amène des animaux en piteux état, dont ils prennent soin jusqu'à leur mort.
Paraskewia vit dans une maison isolée dans la montagne, et quand son mari Petro décède, ne pouvant descendre dans la vallée, elle imagine d'écrire la nouvelle dans la neige en grandes lettres pour prévenir les villageois d'en bas. Je me demande comment la traductrice s'est arrangée car en français ce ne sont pas les mêmes lettres à décrire? En tout cas c'est bien fait.
Ces deux femmes, Ida étant la fille de la deuxième, d'ailleurs, voient affluer leurs souvenirs et leurs pensées, au cours de ces quelques journées d'attente. Paraskewia d'origine ukrainienne a connu la guerre avec tantôt les russes tantôt les allemands, Petro lui est polonais. Pas besoin de connaître trop d'Histoire, on s'y retrouve.

J'ai particulièrement aimé ces deux parties, comment sont rendues les sensations de froid, neige, brouillard, comment des pensées inattendues arrivent et obligent à réfléchir. L'auteur a l'art d'accrocher son lecteur par des scènes souvent brèves, sans conséquences forcément sur la suite, mais qui happent durablement, telle cette scène des vaches léchant le sel sur la route...

Et la troisième partie? Maya, fille d'Ida, est en Malaisie dans un coin 'paradisiaque' avec son fils de 11 ans, histoire de travailler sur des guides de voyage. J'ai ressenti assez de malaise, n'arrivant pas à capter Maya, dont on doit deviner l'essentiel, et qui demeure assez froide. Un des personnages, qu'elle n'aime pas du tout (et qui est près de mourir), lui conseille de s'épanouir. Une femme blessée, sans doute.

Je conseille cette lecture, pour découvrir l'auteur, sans crainte d'être étonné et déstabilisé.

Des avis sur babelio

samedi 22 août 2020

Après Echenoz, Rouaud (mais toujours Minuit)

Jean Rouaud, adoubé depuis peu auteur chouchou, a d'abord proposé à ses lecteurs une série de cinq livres (courts) sur sa famille, dans un style disons sinueux et maîtrisé (amateurs de phrases de trois mots, ça va vous changer!), et moi qui fuis les histoires de familles là je suis accro! En quelques semaines, c'était lu (plus deux autres hors série).

Des hommes illustres
Jean Rouaud
Minuit, 1993


Je poursuis ma découverte de Jean Rouaud, à rebours, cette fois il est encore chez Minuit, flirte avec la fiction (plus tard dans ses écrits il donnera le véritable nom de sa petite ville), mais encore il s'agit de son père, décédé rapidement le lendemain de noël 1963, alors que l'auteur était encore gamin.
Un père voyageur de commerce, s'esquintant le dos à trimbaler de lourdes valises ou récupérer des pierres pour une future oeuvre dans le jardin, ceci dans de mythiques voitures des années 50. La seconde partie présente un 'grand jeune homme', durant la seconde guerre mondiale, sa fuite du STO, sa cache en ferme, son parcours dans la résistance, sa rencontre avec sa future épouse.

Question écriture, c'est moins chamboulé et vagabond que dans ses livres à venir, on distingue paragraphes et chapitres, mais l'écriture de Rouaud est bien reconnaissable, et les dernières pages, sous un bombardement à Nantes, sont proprement hallucinantes et laissent sans souffle. Septembre 1943.

"Peut-être dans ces conditions eût-il aimé la banquise, cette mer tangible, maîtrisée, qui emprisonne dans ses strates de neige accumulée au fil des siècles des piles d'annales fossiles -mais la dernière glaciation remonte à trop longtemps en Loire-Inférieure."
"Le massif armoricain s'élevait alors à plus de cinq mille mètres, dinosaure avant les dinosaures, tropical avant les tropiques, car un climat chaud et humide régnait sur ces premières terres.Quand on vante les charmes du passé, on oublie toujours de rappeler cette phase polynésienne de la Bretagne. Or si vous êtes peintre à Pont-Aven, cela peut vous économiser un inutile voyage aux Touamotu. "

Voir chez babelio, lecture écriture


Voici ensuite le premier livre de Jean Rouaud, qui lui valut une récompense méritée.

Les champs d'honneur
Jean Rouaud
Minuit, Goncourt 1990

La famille de Jean Rouaud ne m'est plus inconnue. Pourquoi donc, alors que je fuis comme la peste tous ces récits autofictionnels où s'étalent différents drames et maladies d'un parent, enfant, grand-parent, frère, etc., lis-je avec délectation ces évocations d'une France des années 50 / 60, dans l'encore appelée Loire Inférieure, avec ses commerçants et petit peuple laborieux, d'une vie familiale comme tant d'autres, traversée de petits bonheurs et tragédies comme tant d'autres? Le secret est sans doute dans le regard tendre et amusé de l'auteur, où soufflent les vents mauvais de deux guerres mondiales, mais aussi dans ces grandes envolées sur les pluies (et dans ce département il y a à dire!), ou la 2 CV du grand père. bref, un petit monde transcendé par l'écriture.

Voici le troisième de l'auteur, même si finalement l'ordre pas pas d'importance (et pas de couvertures, on a compris l'idée, chez minuit c'est sobriété)

Le monde à peu près
Jean Rouaud
Minuit, 1996

Ce monde à peu près serait le monde d'un myope sévère, avec des passages grandioses pleins d'autodérision mais de réalisme sur le monde vu par un myope. Avantages désavantages au football, au ping pong, au visionnage d'un film, etc. Souvenirs d'adolescence dans un internat des années 60, amitié avec un certain Gyf, premières amours pas très réussies, vie estudiantine, AG et défilés décrits avec une ironie subtile. Et toujours ces détails dans les descriptions (poteaux du terrain de foot, lampe à l'ancienne) qui font marcher ma machine à souvenirs...

Et voici le dernier de cinq constituant un ensemble (oui, oui, il me reste le numéro 4, Pour vos cadeaux)

Sur la scène comme au ciel
Jean Rouaud
Minuit, 1999

Le numéro 4, donc, intitulé Pour vos cadeaux, devrait parler de la mère de l'auteur, désormais décédée. Un livre écrit APRES ce décès. Comment l'aurait-elle pris, si elle avait pu le lire?  L'auteur imagine justement quel aurait été son avis, ses critiques, ses corrections. Voilà l'idée. Ne pas imaginer de grand déballage, la famille n'est pas de ce genre là. C'est l'émotion qui souvent vous envahit, c'est la pudeur de l'auteur que l'on respecte. Magnifique livre, qui clôt le pentalogie.
"Après avoir beaucoup abusé de vous, de votre temps de vie, je vous rends à vous-mêmes, mes familiers illustres, je vous laisse en paix."

Et donc,

Pour vos cadeaux
Jean Rouaud
Minuit, 1998

Sa mère est décédée, alors Rouaud peut en parler, dans un hommage tout en retenue et quand même objectivité.  Ou comment sublimer une vie comme bien d'autres, non exempte de tragédies mais sans doute de vrais bonheurs.

Challenge de Phildes

mardi 18 août 2020

Les vacances

Les vacances
Julie Wolkenstein

POL, 2017

Heureusement que je n'ai pas délaissé l'auteur après Adèle et moi, sympa mais sans plus, à mon goût. Depuis j'avais lu L'excuse, qui m'avait enthousiasmée. J'ai donc attaqué (et dévoré) ces Vacances avec appétit.

Sophie est une universitaire frôlant la retraite, grande spécialiste des la Comtesse de Ségur. Paul, lui est bien plus jeune et s'intéresse pour sa thèse aux films disparus, pas terminés, interdits de projection, etc. Oui, Paul et Sophie... Ce qui va les réunir? Fouiner dans les documents relatifs à un film de Rohmer, Les petites filles modèles, tourné en 1952. Documents gardés dans une vieille abbaye normande. Oui, toujours la Normandie, et Saint-Pair, chers à l'auteur.

J'avoue ne pas avoir cherché ce qui est vrai et ce qui est imaginé, dans ces recherches et découvertes menées par les deux protagonistes, mais c'est absolument passionnant. Je confirme que l'auteur sait parfaitement mener sa barque, les rebondissements sont là, c'est un gros plaisir de lecture (elle n'avait quand même pas à raconter toutes les cigarettes fumées par ses héros, mais bref). Des petits détails drôles, sans conséquences pour l'histoire, mais qui amuseront le lecteur (par exemple les vrais/faux prénoms ou histoires des bibliothécaires)(ou la rencontre des deux héros)(ou radio Nostalgie!)
Lecture parfaite pour l'été, ce qui n'est pas un défaut.

Maintenant je vérifie sur wikipedia (Rohmer, Les petites filles modèles), c'est fou quand même! Joseph Kêkê est décédé en 2017, après parution du roman. Et verrons-nous un jour tel film de Jerry Lewis? 2025 normalement...

Des avis sur babelio, lecture/écriture, nicole,

jeudi 13 août 2020

Au bonheur des fautes

Au bonheur des fautes
Confessions d'une dompteuse de mots
Muriel Gilbert

Vuibert, 2017


Muriel Gilbert est correctrice au journal Le Monde et dans ce livre plein de peps raconte comment elle est arrivée là, et plus généralement à ce métier. Réponse : sans l'avoir vraiment pensé, car, enfant, qui se dit 'je veux devenir correcteur/correctrice!' et, plus simplement, qui connaît ce métier? Moi non, je m'en faisais une idée incomplète, traquer les fautes d'orthographe et de grammaire, oui, mais il n'y a pas que cela!

Un parcours vraiment intéressant (elle donne les coordonnées de l'unique formation diplômante) et axé sur son travail dans un quotidien, avec les urgences de dernière minute qui laissent passer des fautes, mais le zéro faute, chacun sait que c'est mission quasi impossible. D'ailleurs elle fait part de quelques erreurs amusantes et on sent que parfois elle regrette d'avoir à les corriger tellement elles sont jolies...


Je craignais de tomber sur des règles à tout bout de champ, mais non, seuls quelques encadrés bienvenus rappellent des particularités de la langue. Le corps du texte explique aussi quelques subtilités, par exemple la différence entre futur et conditionnel, il suffit de passer à la deuxième personne du singulier. Par exemple,"je viendrai demain" ou "je viendrais demain". Hé bien, tu viendras ou tu viendrais? Je signale que ça et la confusion passé simple/ imparfait font partie de mes agacements, j'étais sans doute une candidate idéale pour devenir correctrice.

Quoique, franchement, j'ai souvent des doutes et cet accord du participe passé, par exemple, je croyais connaître, et c'est encore plus horrible que je ne pensais. C'est Clément Marot qui a ramené ça d’Italie (depuis les Italiens y ont renoncé, pas fous les gars)


Attention cependant : "Le correcteur ne sait pas tout, mais il sait où sont les pièges, ce qu'il lui faut vérifier et où trouver la réponse rapidement."

Où j'apprends que certains auteurs (Simenon, Céline) ont eu des correctrices, et actuellement Muriel Gilbert révise chacun des romans de Foenkinos (recorrigés ensuite chez l'éditeur)

Franchement, le français peut être coton. Des vaches noires et blanches, ce n'est pas du tout pareil que des vaches noir et blanc. Les deux sont corrects, ça dépend des vaches.

Pour terminer, quelqu'un qui connaît et aime le irrégulomadaire (mot que j'apprends!) La Hulotte ne peut que me plaire!

Des avis chez babelio, Dominique, luocine,

vendredi 7 août 2020

BD en vrac!

A la demande générale d'une blogueuse, je vais faire un effort pour parler de toutes mes lectures, y compris les chouettes BD sur lesquelles je tombe.


Mondo disco
Nicolas Wild
La boîte à bulles, 2019

Dirais-je que Nicolas Wild est un dessinateur reporter? Le voilà qui promène son lecteur aux quatre coins de la planète.
A Beyrouth en 2012. Au Népal en 2013, où ont dû se réfugier des Bhoutanais d'origine népalaise (hé oui, même le Bhoutan a des pratiques pas sympa)
En France en 2014 c'est l'armée qui l’accueille pour des reportages dans trois bases. La com, quoi, il n'a pas accès à tout! Mais son humour reste actif et accepté de ses hôtes, on peut le supposer. Et puis, cette histoire d'avion détourné! Où j'apprends qu'en cas d'attentat-suicide, l'ordre d'abattre un avion civil vient du premier ministre en personne. Et pourquoi en 1991 lors de la guerre du golfe, la France n'a pas fait décoller ses mirages F1 (Saddam Hussein en possédait, d'où risque d'erreur des américains). Et un berger dont les moutons (croqués à la Shaun) broutent les prairies autour des sites...
Istambul 2014, Ukraine 2016, Phnom Penh 2016 puis les Alpes et le Maroc terminent ce mini tour du monde.

Franchement j'ai aimé le regard de Nicolas Wild, son humour parfois décalé, son empathie, sa vision et ses remerciements.
"La BD sur Tchernobyl était une commande de la chaîne de Télévision Arte. je remercie facétieusement Philippe Brachet qu m'a proposé cet étrange périple et grâce à qui je brille la nuit."


Autre genre, plutôt Comics.
Joyride
Collectif

Glénat,



Douze épisodes réunis en un volume, pour une histoire complète. Cela commence avec une histoire d'ado rebelle, Uma, entraînant son ami Dewydd, et Catrin, dans une cavale intergalactique. Uma égocentrique et à baffer au départ (faut croire que le YA en Comics ne m'accroche pas trop), prend de l'épaisseur, ainsi que les deux autres protagonistes.
Beaucoup d'imagination, des aventures renouvelées, du rythme (même si j'aurais préféré qu'on passe moins vite, parfois), de l'humour (genre Saga pour les fans) et une fin (trop rapide) à la fois attendue et culottée.


Je suis tombée sur le tome 3 de A nos amours (les deux premiers n'ont pas été chroniqués, mais bon, le principe est le même)

A nos amours
Tome 3
J.P. Nishi

Ed Kana
(image fnac)

L'auteur est japonais, époux de Karen, une française, ils vivent au Japon avec leur fils, Nao.
L'idée est de présenter les différences culturelles entre France et Japon, au travers d'expériences vécues. Vraiment sympa, commencer par le tome 1 et Enjoy!
Dans ce tome on retourne au salon de Paris, on porte un masque quand on pense avoir la grippe, et une surprise à la fin!
(on peut aussi découvrir la série à paris A nous deux, Paris      Paris, toujours )


Noire
La vie méconnue de Claudette Colvin
d'après Tania de Montaigne

Emilie Plateau

Dargaud, 2019

Montgomery, Alabama, 2 mars 1955. Claudette Colvin a 15ans, rentre de l'école par le bus, et refuse de changer de place pour laisser un blanc s'asseoir. Cela vous rappelle quelque chose? Oui, Rosa Parks. Mais c'est juste avant. D'ailleurs on va voir comment ça s'est passé. Procès, boycott, etc.
Comment Claudette, jeune, célibataire, enceinte, a été oubliée. Comment les hommes (noirs) ont pris le contrôle de l'affaire.
A lire, bien sûr.

samedi 1 août 2020

Dry bones

Dry bones
Craig Johnson
Gallmeister, collection Americana, 2019
Traduit par Sophie Aslanides


On est bien d'accord, on ne lit pas les aventures de Walt Longmire pour l'histoire policière et un suspense haletant à chaque page, mais pour se retrouver dans le Wyoming avec toute la bande. Ils sont tous là, y compris Henry Standing Bear, Cady et le bébé, Lucian, l'agent spécial McGroder sans oublier Robert et Bob, quasiment des Dupont Dupond, mais je serais bien incapable de me souvenir où ils sont apparus la première fois.

Que se passe-t-il dans cet épisode? On découvre un vieux Cheyenne noyé alors qu'il pratiquait la pêche, et un T Rex dans un terrain proche. Ossements déchaînant les passions car à la vente il s'agit de millions de dollars! Un autre événement survient aussi, qui laisse augurer une prochaine enquête dans un opus à venir, mais mes lèvres sont scellées.

Sujet sensible : Vic! Elle est présente, et (j'ai vérifié) elle passe la moitié du bouquin sans grossièretés. Incroyable. Ensuite elle est blessée et on lui pardonne d'user d'un langage plus fleuri, mais sans exagérer comme à l'ordinaire. Craig Johnson a-t-il eu vent de la lassitude de certains lecteurs à ce sujet?
"Nous n'allons pas être obligés de la piquer.
- C'est une bonne nouvelle.
- Mais elle a gagné la botte et les béquilles.
- Ouh là, on ne va pas s'amuser.
David sourit et secoua la tête.
- Assez impatiente, la patiente.
La Nation Cheyenne se leva et me rendit la petite carte.
- Vous avez remarqué?
- Quand nous avons manipulé sa cheville, nous avons eu droit à un échantillon de langage que je n'avais pas entendu depuis les matchs de foot du lycée.
- Dans cette discipline, elle a un véritable talent d'artiste, reconnaissons-le."

Ce qui rend les lectures plaisantes, si on n'est pas pressé, ce sont les touches d'humour plutôt sympa parsemant les dialogues.

Pour terminer, j'ai bien rigolé à la fin du roman, quand apparaissent les patronymes de l'éditeur et de la traductrice! Sans doute une jolie complicité avec l'auteur.

Les avis de Le Bouquineur,

mardi 28 juillet 2020

Chimpanzés, mes frères de la forêt / Les secrets de l'intelligence animale

Chimpanzés, mes frères de la forêt
Sabrina Krief
Actes sud, 2019
Mondes sauvages Pour une nouvelle alliance




On ne discute pas: je ratisse tous les livres parus dans cette collection d'actes sud, Mondes sauvages pour une nouvelle alliance. Joli format, environ 150 pages, présentation soignée. Et le contenu? Nickel ! Des spécialistes dans leur domaine, qui ont le bon goût d'être parfaitement lisibles, abordables, savent partager leur passion, ne prennent pas leur lecteur pour des ignorants ou des spécialistes, bref, un équilibre parfait. Bon, petit détaillounet, ce ne sont pas des romans, et ça parle de nature, écologie, environnement, animaux et tutti quanti.

Sabrina Krief est vétérinaire et professeure au Muséum d'histoire naturelle. Depuis deux décennies environ elle s'intéresse aux chimpanzés vivant dans le parc national de Kibale (Ouganda), d'abord à Kanyawara puis à Sebitoli, là depuis 10 ans.

Les chimpanzés sont les êtres vivants les plus proches de l'homme, plus encore que les autres singes. Proches génétiquement, mais pas question de trop les coller, parce que quand on les étudie, mieux vaut rester à distance prudente, histoire de respecter leur santé, leurs habitudes, bref leur vie. Ceux de Sebitoli sont en forêt, non primaire, mais une forêt de remettant d'une surexploitation, elle est entourée de villages (et leurs attractifs champs de maïs) et traversée par une route! Problèmes avec les braconniers et leurs pièges, les pesticides répandus causant des malformations.

Sabrina Krief et son équipe pensent aux chimpanzés et aussi aux villageois, avec l'installation d'une clôture de ruches suspendues, empêchant l'incursion des éléphants dans les villages.

Ce qui est très intéressant, c'est que l'étude des chimpanzés malades -disons l'observation de leur comportement quand ils le sont- et de leur consommation de certaines plantes (aux propriétés souvent connues aussi des villageois!) amène à découvrir des molécules utiles pour la médecine des humains.

Les chimpanzés sont des animaux passionnants à observer, il faut pour cela une énorme patience (on compte pas en semaines ni en mois, mais en années!) et une excellente forme physique.

Ce livre très très riche est à lire, j'en ai fait un coup de coeur.

Des avis chez babelio,


Les secrets de l'intelligence animale
Université d'été de l'animal
Sous la direction de Yolaine de la Bigne
Préface de Pascal Picq
Larousse, 2018


"L'université d'été de l'animal a pour vocation de réunir chaque année les meilleurs spécialistes de l'intelligence animale et de communiquer leurs découvertes au grand public."

Voilà donc des conférences vivantes, pas trop compliquées à suivre, tout en étant sérieuses. Sabrina Krief a reparlé de ses singes médecins (j'ai apprécié l'incursion dans le monde des chercheurs...), Pierre Jouventin a su me fasciner avec le chien et le loup, détruisant quelques idées reçues sur la date de la domestication du chien, Christine Rollard, non sans humour, a fait de son mieux pour aborder un sujet clivant, les araignées, Anne-Claire Gagnon avait un sujet plus facile, n'est-ce-pas, avec les chats, Chris Herzfeld raconte cinq adoptions de chimpanzés en famille (plutôt triste, en fait)(dont Léo Ferré) et Bernard Séret fait part de sa passion pour les requins.

Des avis sur babelio,

vendredi 24 juillet 2020

Habemus piratam

Habemus piratam
Pierre Raufast
Alma éditeur, 2018



Un auteur que je suis systématiquement, même en léger décalage... Cette fois faisons connaissance de l'abbé Francis, qui officie dans un petit village. Hélas les confessions des tricheuses au scrabble n'ont rien d'exaltant, alors quand un mystérieux personnage, profession, pirate informatique, vient s'accuser ou pas d'avoir attenté aux dix commandements, notre abbé s'emballe et s'en va vérifier innocemment sur internet les histoires narrées par son 'pénitent'.

Pierre Raufast a vraiment le chic pour raconter! A chaque chapitre son anecdote de piratage, drôle, émouvante, révoltante, toujours passionnante. 
Et une fin réussie!

"Les informations sensibles étaient noyées au milieu du délire romanesque. Des descriptions de personnages, des situations à risque bien précises... A part les intéressés, personne n'a jamais rien remarqué.
- C'étaient des clins d'oeil.
-Oui. Certains auteurs aiment ça."
(alors je me demande si...)

Ceci étant, on retrouve avec plaisir au détour d'un paragraphe des allusions aux romans précédents, sans gêne pour le néophyte, par exemple les rats taupes.

Beaucoup d'avis, dasola, nicole, le bouquineur, alex,

lundi 20 juillet 2020

Plein d'Echenoz!

Je ne mets pas toutes les couvertures, c'est chez Minuit. Là, on fait dans le sobre, Monsieur.

Courir
Jean Echenoz
Minuit, 2008


D'Echenoz je n'ai lu que Envoyée spéciale et La vie de Gerard Fulmard, que je qualifierais de 'barré', catégorie qui a mon approbation totale. Mais avec des sujets plus non fictionnels, qu'allait bien en faire l'auteur? Avec Courir, voilà un début de réponse. Un Echenoz différent mais toujours talentueux.

Courir, c'est ce qu'au début n'aimait pas Emile, et puis de fil en aiguille, en dépit d'un style peu orthodoxe, il gagne, il gagne, il bat les records. A Londres, 1948, puis Helsinki, 1952, il rafle des médailles d'or. En Tchécoslovaquie, durant la guerre froide, les athlètes ne se déplacent pas à l'étranger comme ils le désirent, et en 1968, Emile voit sa vie changer.

Avec Echenoz j'ai pu dévorer le parcours d'Emile Zatopek,  conté avec une ironie tragique sous-jacente, pour finir embarquée dans une grande émotion. Très bon livre.

"Je courrai dans un style parfait quand on jugera de la beauté d'une course sur un barème, comme en patinage artistique. Mais moi, pour le moment, il faut juste que j'aille le plus vite possible."

On trouve des vidéos sur internet, exact, drôle de style, mais efficace!

Ravel
Jean Echenoz
Minuit, 2006


Poursuivons donc la découverte des écrits de Jean Echenoz, dans sa veine moins barrée (voire pas du tout) mais plus biographique. Après Emile Z, voici Ravel.
"Ce roman retrace les dix dernières années de la vie du compositeur français Maurice Ravel (1875-1937)."

Près de la moitié de ce court récit concerne un voyage de Ravel aux Etats-Unis, pour une tournée (épuisante) en dépit du luxe (paquebot, trains, hôtels) avec lesquels ils s'effectuent. Dans sa vie de l'époque, partout des personnes aux petits soins, s'occupant de tous les détails. Une grande attention portée par Ravel à son habillement (ces années-là, dans certains milieux, c'était la grande classe!).
Quelques références à sa vie privée, à sa vie tout court (guerre de 14-18, il a insisté pour y participer, et comme compositeur -à l'époque considérée, il est célèbre et adulé).
A la fin, il meurt, bien sûr, et j'ignorais dans quelles conditions.

"Il s'attarde un moment au piano, joue et rejoue d'un doigt une phrase sur le clavier. Vous ne trouvez pas que le thème a quelque chose d'insistant? demande-t-il à S. Et puis il va se baigner. Sorti de l'eau, assis sur le sable sous le soleil de juillet, il reparle de cette phrase de tout à l'heure. Ce serait bien d'en faire quelque chose. Il pourrait par exemple essayer de la répéter plusieurs fois mais sans la développer, juste ne faisant monter l'orchestre et le graduer au mieux tant qu'il pourrait. Non? Enfin bon, dit-il en se levant avant de retourner nager, des fois que ça marcherait comme La Madelon. Mais ça marchera beaucoup mieux, Maurice, ça va marcher cent mille fois mieux que La Madelon."

Petit souci avec Wittgenstein, pour qui il a écrit un concerto pour la main gauche, et que ce pianiste a joué en y ajoutant des fioritures. "Il lui adresse un mot bref dans lequel il fait valoir que son interprétation relève de la contrefaçon, et le somme avec fermeté de s'engager à jouer désormais son oeuvre rigoureusement telle qu’elle est écrite. Quand Wittgenstein, vexé, lui écrit en retour que les interprètes ne doivent pas être des esclaves, Ravel lui répond en cinq mots. Les interprètes sont des esclaves."

Caprice de la reine
Jean Echenoz
Minuit, 2014

Des récits, annonce la couverture, sur divers sujets, Nelson, qui a souffert toute sa vie du mal de mer (pas de chance, vraiment), Babylone à l'époque de sa gloire, les ponts (ce type rendrait passionnant le Bottin, même remarque pour ses incursions au Bourget.)

"un amoncellement d'arbres presque exagérément français dans l'exhaustivité de de leur représentation, chênes, frênes, hêtres  et autres essences démunies d'accent circonflexe telles qu'ormes, tilleuls, peupliers."

Des textes qui pourraient convenir aux auditrices de Luocine!!!

Je m'en vais
Jean Echenoz
Minuit, 1999
Prix Goncourt


Voyons donc ce que donnait à l'époque Echenoz en pure fiction, avec Goncourt à la clé, quand même. Pas barré comme dans Envoyée spéciale ou Gérard Fulmard, mais l'écriture assez factuelle, à l'ironie sous-jacente, est bien là.
Je vais divulgâcher. Cela commence par "Je m'en vais, dit Ferrer, je te quitte." et se termine par "je prends juste un verre et je m'en vais." Entre les deux, Ferrer, propriétaire d'une galerie d'art parisienne, aura vécu bien des aventures rocambolesques, dont il serait dommage de dire trop. Juste que c'est bien fichu, inattendu, en fait le lecteur est bien baladé, dans tous les sens du terme.
Un roman qui tient la route, des années après.

des avis chez babeliolecture écriture,

Et pour finir (!) texte hybride entre roman et document.

14
Jean Echenoz
Minuit, 2012

Cinq appelés en 14, parmi bien d'autres, dont deux amoureux de la même femme, Blanche. Leurs destins sont représentatifs de ceux de millions d'autres.
Un livre court (ce qui explique que j'aligne les Echenoz comme des perles!) et que je recommanderais pour bien comprendre l'horreur de la guerre de 14 dans tous ses détails.

Challenge de Phildes

jeudi 9 juillet 2020

Les français et la nature

Les Français et la nature
Pourquoi si peu d'amour?
Valérie Chansigaud
Mondes sauvages pour une nouvelle alliance
Actes sud, 2017


Comment ça? Les français n'aiment pas la nature? Ils sont indifférents à sa protection?
Tiens, prenons les oiseaux. Tout le monde aime les oiseaux (mes chats aussi). Tout le monde a entendu parler de la LPO. Créée en France en 1912, elle compte environ 50 000 membres. Son équivalent britannique dépasse le million.
Et les bons auteurs? Les pays anglo-saxons sont sur le pont depuis des siècles (et là je découvre Gilbert White)(et hop, commande en librairie). Traduits tardivement en France, peu diffusés, peu lus. D'accord, on a quelques exceptions, avec Fabre ou le génial La Hulotte (le journal le plus lu dans les terriers), mais on fait un poil pâle figure.
Et en politique? Les écologistes entrent au parlement européen en 1979 pour la Suisse, 1981 pour la Belgique, 1983 en RFA, Irlande, Luxembourg, 1986 Pays-Bas, 1987 Italie, 1988 Suède. France : 1997.

Pourquoi? Rien de très clair. Système politique? Place des femmes? Puissance des chasseurs? Compliqué de répondre. L'auteur en tout cas présente un tableau fort documenté du rapport à la nature depuis, disons, le 18ème siècle, et plaide bien sûr pour une meilleure défense de l'environnement (il y a du travail!). C'est passionnant, propose des idées lecture (merci merci)

J'en profite pour donner encore un coup de projecteur sur cette excellente collection découverte avec Vinciane Despret et Habiter en oiseau. Depuis, je ratisse tout ce que proposent les biblis.

lundi 6 juillet 2020

Honoré et moi

Honoré et moi
Parce qu'il a réussi sa vie
en passant son temps à la rater,
Balzac est mon frère
Titiou Lecoq
L'iconoclaste, 2019



Si vous voulez une biographie plus classique de Balzac, vous avez celle de Zweig, Balzac Le roman de sa vie. Titiou Lecoq, tout en accomplissant un énorme travail de documentation en amont, c'est sûr, livre une biographie très personnelle. C'est drôle, vivant, et elle ne craint pas d'apostropher Honoré (elle l’appelle aussi ainsi) quand il exagère ou refuse la réalité, et de laisser transparaître ses propres opinions. Autant dire que ça se dévore et qu'on en ressort prêt(e) à se jeter sur quelques bons vieux romans de Balzac signalés comme les meilleurs.

Vous êtes assez grands pour (re)découvrir une vie de Balzac, bourreau de travail et pourri de dettes (c'est un gros dépensier), je ne donnerai pas de détails. Titiou Lecoq met les choses au point quand à sa méchante mère, dont la vie n'a pas été un long fleuve tranquille non plus, et n'était peut-être pas si méchante, quoiqu'en dise Zweig.

Un scoop, Balzac avait une fille illégitime, dont on a découvert l'identité en 1955 (Zweig ne pouvait donc pas la connaître), née en 1834 et décédée en ... 1930! Fille d’une femme mariée à particule, les maîtresses d'Honoré étant quasiment toutes de ce modèle. Il semblerait que Balzac demeurait discret sur ses bonnes fortunes.
Cela valait mieux, car l'époque était cruelle pour les femmes infidèles (les maris infidèles ne craignaient rien) et risquaient prison, divorce, etc.

"La France a élu Rastignac comme président de la République, et c'est peut-être le plus grand fait balzacien de notre société."

Je vous laisse, à vous de découvrir cet emballant Honoré et moi, qui se dévore!

Les avis de Antigone, babelio, Histoires d'en lire, lou,

jeudi 2 juillet 2020

Tout est possible / Amy et Isabelle/ Je m'appelle Lucy Barton

Tout est possible
Anything is possible
Elizabeth Strout
Fayard, 2018
Traduit par Pierre Brévignon


Auteur de Olive Ketterige, prix Pulitzer 2009, Elizabeth Strout fait partie de ceux qu'on veut suivre, en particulier  Je m’appelle Lucy Barton m'avait tapé dans l'oeil (en vain car pas disponible) et heureusement je n'ai pas raté ce Tout est possible. Finalement je pourrais carrément recopier une partie de mon billet sur Olive Ketteridge!

Avec neuf histoires d'une trentaine de pages, l'on pourrait se croire dans un recueil de nouvelles, par exemple dans L'écriteau, Tommy Guptil rend visite à Pete, sorte d'ours solitaire dont il saura percer la carapace avec patience et gentillesse. Ce Pete est le frère de Lucy Barton, dont on retrouvera la nièce lycéenne dans Eoliennes, etc., chaque histoire permet de de voir revenir des personnages principaux, mais en secondaires, ou bien l'on connaît une suite juste au détour d'une conversation. Cela donne vraiment un ensemble et contribue au plaisir de lecture.

Ce qui est toujours remarquable aussi, c'est la façon de raconter, simplement, efficacement, de donner à saisir les atmosphères, les dialogues, juste assez pour laisser deviner les non-dits. Il ne va pas se dérouler des événements catastrophiques ou grandioses, juste la vie telle qu'on la connaît, avec des personnages parfois blessés et rarement méchants.

image decitre
Amy et Isabelle
Amy and Isabelle, 1998
Elisabeth Strout
Pocket, 2002
Traduit par Suzanne V. Mayoux

Au cours d'un été sec et caniculaire, Isabelle, comme toujours depuis 15 ans, est à son poste de secrétaire dans une usine, se pensant amoureuse (sans espoir) de son patron, essayant de garder ses distances avec ses collègues bavardes dont elle se sent (discrètement) supérieure. Isabelle a en effet fréquenté l'université, mais a dû abandonner ses études pour s'occuper d'Amy , son bébé. Pleine d'espoir d'une vie meilleure, elle s'est installée à Shirley Falls, échouant par ailleurs à s'intégrer pleinement dans l'église congrégationaliste.

Amy est lycéenne et a obtenu un petit boulot d'été à cette usine. Mais entre elle et sa mère règne silence, hostilité et froideur. A la maison, elles se côtoient, sans plus.
La raison? Un certain Robertson, professeur de mathématiques d'Amy pour un remplacement. Tiens, pour une fois dans un roman ce n'est pas un professeur de lettres... Mais Robertson saura plaire à l'adolescente en lui parlant poésie, ouf, les traditions sont respectées. Sauf que là l'histoire va aller un poil trop loin!

Voilà un roman sur les relations mère/fille. Isabelle a reproduit avec Amy ce qu'elle a vécu enfant et adolescente, à savoir peu d'ouverture vers l'extérieur. Mais d'autres personnages gravitent autour d'elles, et c'est tout un petit monde que le lecteur souvent omniscient découvre. Une petite ville avec des quartiers bien séparés, des classes sociales aussi. Une fin magnifique ouvre l'avenir sur de nombreuses années futures.
Au cours du roman Isabelle va évoluer, découvrir la chaleur de l'amitié avec quelques collègues à qui elle dévoile quelques pans de son passé. Il me reste à m'interroger sur Robertson, au départ même s'il avait été une femme enseignante j'aurais trouvé son comportement inapproprié à l'égard d'une adolescente peu sûre d'elle, mais ensuite en tant qu'homme mûr il est inexcusable.

Et enfin, de retour de réparation à la bibli, voici Je m'appelle Lucy Barton. Réparation qui hélas ne résistera pas à plusieurs lectures.

Je m'appelle Lucy Barton
My name is Lucy Barton, 2016
Elisabeth Strout
Fayard, 2017
Traduit par Pierre Brévignon

Dans Tout est possible Lucy Barton revenait dans la petite ville de son enfance, mais là cela se passe bien avant. Alors qu’elle est hospitalisée durant de longues semaines, à New York où elle habite avec son mari et ses deux petites filles, elle reçoit la visite de sa mère. Les deux femmes parlent, les questions de Lucy n'ont pas toujours de réponses. Les souvenirs d'une enfance dure reviennent. La mère préfère lui apprendre ce que sont devenus des habitants de sa ville.
Par ailleurs Lucy nous parle de ses voisins, de son désir d'écrire.

Cela se dévore, n'est pas d'une gaieté folle, mais est bourré d'humanité, de subtilité, de non dits...

Lors d'un stage avec un auteur, son avis sur ce qu’elle est en train d'écrire:
"... c'est très bon. ce sera publié. Mais les gens vous reprocheront de parler à la fois de la pauvreté et de la violence domestique. (...) Les gens vous diront qu'on peut très bien être pauvre sans être violent, et vous ne leur répondrez jamais rien. Ne défendez jamais votre travail. Votre historie parle d'amour, vous le savez bien. C'est l'histoire d'un homme qui, tous les jours de sa vie, a été tourmenté par ses actions pendant la guerre. C'est l'histoire d'une femme qui est restée avec lui, parce que c'est ainsi que se comportaient la plupart des femmes de sa génération, et qui vient voir sa fille à l'hôpital. Elle se met à parler de façon compulsive de tous les couples qui vont mal autour d'elle, mais elle ne s'en rend pas compte. Elle ne se rend mêem pas compte de ce qu'elle fait. C'est l'histoire d'une mère qui aime sa fille. D'un amour imparfait. Parce que nous aimons tous d'un amour imparfait. Mais si, en écrivant, vous vous surprenez à protéger quelqu'un, alors ayez cela bien à l'esprit : vous faites fausse route."
"Vous n'aurez jamais qu'une histoire  à raconter. Et vous l'écrirez de différentes façons. Ne vous tracassez jamais pour votre histoire. Vous n'en avez qu'une."

Voir l'avis de Electra, bis, il y a aussi une suite Olive, again! et avis de manou

Trois d'un coup, ça va dans le challenge de Phildes!