lundi 25 mai 2020

Un coeur si blanc

Un coeur si blanc
Corazon tan blanco, 1992
Javier Marias
Rivages poche, 1996
Traduit par Alain et Anne-Marie Keruzoré



Grâce au confinement, si j'ose dire, voici un roman de cet auteur dont je veux tout lire, qui devrait recevoir le Nobel s'il y a une justice, et qui, hélas pour certains blogueurs/euses, appartient à la catégorie on aime ou on déteste, pas de milieu! Un grand merci à Kathel, j'ai toujours la carte qui accompagnait ton envoi, il y a des années...

Juan et Luisa sont en voyage de noces à La Havane, ils surprennent la conversation du couple dans la chambre d'à côté, les fenêtres étant ouvertes. Juan est le fils de Ranz, veuf pour la deuxième fois, on apprend comment dès le premier chapitre (quel début de roman!) et pourquoi vers la fin, quand Ranz l'apprend à Luisa, Juan écoutant par la porte entrebâillée de sa chambre, dans son appartement. Déjà des scènes en miroir, et ce ne seront pas les seules.

Volontairement je ne veux pas tout raconter, Marias le fait très bien, à condition que le lecteur accepte qu'on joue avec ses nerfs, qu'un détail ne soit révélé que bien après, ou pas du tout (Juan a préféré oublier Corduroy, par exemple, et le lecteur est bien forcé d'en faire autant)(on ignore si Bill et Guillermo sont la même personne). Les phrases sont longues, sinueuses (je vous ai prévenus!), des expressions reviennent en leitmotiv (par exemple ce cœur si blanc, My hands are of your colour; but I shame to wear a heart so white, tiré de Macbeth).

Peut-être ce roman pourrait être le moyen de pénétrer dans l'univers de Marias? Il existe des passages peut-être plus attractifs?  Sans parler du tout début, disons par exemple aux pages 70 80, où Marias, qui sait de quoi il parle, explique la différence entre traducteur et interprète, le métier de Juan et Luisa, qui ont d'ailleurs fait connaissance lors d'une rencontre entre deux hauts responsables espagnol masculin et britannique féminin (on peut penser à deux personnes réelles), Juan étant chargé d'interpréter, et Luisa servant de 'filet'. S'ennuyant, Juan se mit à interpréter très librement le dialogue entre les deux personnages, dans un passage du roman absolument hilarant. Sans parler aussi de l'anecdote d’une réunion au sommet du Commonwealth, où tous les participants étaient anglophones, mais où un participant réclama un interprète.

On en apprend aussi sur les 'experts' en œuvres d'art, et j'ai aimé la scène où un gardien de musée veut mettre le feu à un tableau, d'où intervention de Ranz.

Voilà, je n'ai pas vraiment divulgâché l'histoire!

Des avis chez babelio, marque pages, lecture écriture, claudia lucia, le bouquineur,

jeudi 21 mai 2020

Patagonie Express

Patagonie Express
The old patagonian express
Paul Theroux
Les cahiers rouges, Grasset, 2006
Traduit par Alexandre Kalda



Après La Chine à petite vapeur, datant des années 80, je retrouve Paul Theroux, toujours en train, mais au cours de l'hiver 1978. Boston et sa région sont en plein blizzard, les températures sont bien négatives, alors il décide de partir au sud, jusqu'en Patagonie, et par le train.

Voilà, simplissime comme projet, non? Arrivé à Esquel, à la fin du livre, hé bien il prend l'avion et rentre. Les titres de chapitres s'égrènent ainsi, de Le Lake shore Limited au Patagonie Express, en passant par exemple par L'Aztec Eagle, Le train de 7 heures pour Zacapa (un magnifique titre de film, non?), Le Balboa bullet pour Colon, L'autoferro pour Guayaquil, Le Tren de la Sierra, La Estrella Del Norte ... Des Etats-Unis vers le Mexique, le Guatemala, le Salvador (où il assiste à un match de foot, un grand moment!), le Costa Rica, Panama, Colombie, Equateur, Pérou, Bolivie et Argentine (j'en oublie sûrement, peu importe).
"Mon arrivée ne comptait pas. C'était le voyage qui importait."

Des trains de conforts disons, différents, pas franchement toujours à l'heure, des hôtels variés, quelques visites, plus de temps au Panama et en Argentine (il rencontre longuement Borges!).

"Nous, nous prenons l'autocar, apparemment c'était la devise de l'Amérique centrale en réponse à toute la publicité des chemins de fer Prenez le train - c'est moins cher. C'était une  question de vitesse: le car mettait deux heures, le train tout l'après-midi."
Prendre le train, constate-t-il, "était une bonne introduction aux misères sociales et aux splendeurs du paysage."

Sans surprise, j'ai beaucoup aimé ma lecture; je précise que ce n'est pas un guide de voyage, Theroux raconte ce que lui a vu et vécu, il parle peut-être plus précisément de Panama, c'était à l'époque où l'on renégociait un accord sur la zone du canal. Il parle espagnol, ça aide, même si porter la moustache ne le fait pas passer pour un autochtone. Il rencontre diverses personnes et, ce qui ne m'avait pas frappée dans son voyage en Chine, je le trouve parfois assez condescendant (avis partagé par Dasola et sur Goodreads aussi) , ne semblant ressentir quelque empathie que pour les Indiens et les gamins de la rue. Des passages amusants, de jolies descriptions, cela se lit tout de mêem agréablement et donne une furieuse envie de prendre le train!!!

Un seul avis sur babelio (!)
Tiens, ce livre retrouvera sur l'étagère En Patagonie de Chatwin (les deux auteurs se sont connus)
(WH Hudson)


lundi 18 mai 2020

Méditations en vert

Méditations en vert
Meditations in green, 1983
Stephen Wright
Gallmeister, collection americana, 2009
Traduit par François Happe



Good morning Vietnam!

James Griffin se retrouve au Vietnam dans une unité de renseignements militaires, à s'user les yeux sur des photos prises d'avion. Autour de lui,  chacun cherche à survivre, compte les jours, pète les plombs, fait tourner la drogue, etc. Stephen Wright sait raconter une histoire sans trop insister parfois (et ça vaut mieux, quelques détails réalistes, ça suffit largement). Les dialogues sont ciselés, l'humour caustique omniprésent, permettant de survivre, et au lecteur de continuer, qui se demande quand même où il a mis les pieds, car il  y a du lourd dans cette unité... Wendell qui ne pense qu'à tourner un film (avec éventuellement les américains grimés en viet-congs), un sergent-chef à vérifier que tout le monde obéit aux consignes, un colonel devant déjouer des tentatives d'assassinat de la part de ses soldats...), des bleus découvrant la jungle et l'horreur de la guerre.

Griffin et son pote Trips survivront, mais dans quel état... La narration est coupée par le récit de leur vie d'après, plutôt hallucinée, Trips cherchant à se venger du sergent-chef, justement.

Un grand roman, à lire absolument

Plein de trucs du genre :
"La première fois que j'ai entendu parler de l'agent orange, confessa Griffin, j'ai vu un morceau de fruit enveloppé dans un imperméable."

Les 30 dernières pages ne se lâchent pas. Je peux divulgâcher, c'est sans importance, figurez-vous que durant une projection de film avec des morts-vivants, les vietnamiens attaquent!
"A chaque fois qu'on a un bon film, se plaignit quelqu'un.
C'est à se demander s'ils n'ont pas un double de la programmation de nos films, ou quelque chose comme ça."
"A la section Recherche et Analyse, un plateau de jetons de Scrabble fut projeté par terre.
Eh bien, Messieurs, dit le sergent Maloney d'un vois traînante, on dirait que le 5ème régiment NVA nous a trouvés le premier."
"Un mortier marqua un trou dans le terrain de basket, une roquette enleva les cuisines de l'arrière de la cantine."
"Le sergent Anstin ordonna à deux soldats de prendre sur un bloc-notes, à la lumière d’une lampe de poche, le nom de tous ceux qui n'avaient pas leur casque, ni leur gilet pare-balles."
(et c'est juste le début de la fin...)

Les avis de le bouquineur, zarline, et babelio,

Du même auteur (et recommandé!!!) La polka des bâtards.


mercredi 13 mai 2020

Les gens de Holt County

Les gens de Holt County
Eventide, 2004
Kent Haruf
Pavillons poche
Robert Laffont, 2015
Traduit par Anouk Neuhoff


Après Le chant des plaines, que j'avais tellement aimé, je ne pensais plus trouver cette suite, mais aussitôt vue en bibli, aussitôt lue!

Une suite si on veut, même si cela se déroule au même endroit un peu rural et paumé, avec ces deux frères Harold et Raymond, ranchers à quelques kilomètres de la ville de Holt, qui sous leurs abords un peu frustres cachent beaucoup de sensibilité et n'hésitent pas à aider les autres (on l'a vu dans le précédent).

Je ne dirai pas trop de choses du drame qui survient, mais du bon arrive aussi, qui donnera au lecteur un sourire collé aux lèvres.
Kent Haruf ne cherche toujours pas de grands effets de style, c'est simple (faussement simple) et efficace, ses dialogues en disent beaucoup déjà. L'on fait connaissance d'un gamin de 11 ans et de son grand père, d'une maman laissée seule avec deux fillettes, d'une sorte d'abruti violent, il n'y a pas d'autre mot, et particulièrement d'une famille qui pourrait désespérer leur assistante sociale (mais non, Rose est parfaite!). Rien que la description de cette famille faisant ses courses, commençant par les surgelés et privilégiant la junk food, en dit beaucoup... Hélas pas trop d'espoir pour ce couple qui pourtant aime ses enfants, mais ne sait pas les protéger ...

Une lecture que je recommande, mais il vaut mieux lire le premier avant. Et, hélas, j'aurais bien aimé savoir ce qu'il advenait des certains personnages si attachants, mais l'auteur est décédé en 2014. Il me reste à mettre la main sur Colorado blues...

Plein d'avis sur babelio, et celui d'electra!

vendredi 8 mai 2020

Un peu, beaucoup, à la folie

Truly Madly Guilty
Un peu, beaucoup, à la folie
Liane Moriarty
Penguin books, 2017





Voici le troisième titre de l'auteur que je lis, et cela se passe encore bien. Nous sommes à Sydney, et faisons connaissance de trois couples: Erika et Oliver, sans enfants, ayant connu tous deux un milieu familial difficile (à découvrir, la pathologie de la mère d'Erika). Clementine et Sam, parents de deux fillettes. Tiffany et Vid, leur fille, Dakota, issue du remariage de Vid.
Un soir Vid et Tiffany invitent les deux autre couples pour un barbecue.

Le lecteur sait tout de suite qu'il s'est passé quelque chose lors de ce barbecue, mais quoi? D'après Goodreads, certains lecteurs se sont agacés de devoir attendre un poil de temps et j'aurais pu les rejoindre, mais non, car en fait Liane Moriarty sait raconter, présenter ses personnages avec tellement de détails intéressants, manier l'humour et l'émotion (pas trop lourde!), qu'il n'était pas question de lâcher, juste de lui faire confiance pour mener sa narration. C'est le chemin qui a compté, pas l'arrivée. ^_^

Donc, plein de petits détails qui se révéleront utiles pour l'histoire, ou juste pour étoffer ses personnages, et ça j'ai aimé. On a aussi une jolie réflexion sur un couple à la dérive, une drôle d'amitié, et aussi plein de thèmes que je ne développerai pas pour ne pas spoiler.
Idéal pour de bons moments de lecture pas trop compliquée mais demandant une certaine attention. Je l'ai lu en VO, pour m'entraîner, même si l'écriture est correcte mais sans originalité, finalement. Bon travail, quoi!

Les avis de babelio,

lundi 4 mai 2020

Une vie pleine

Une vie pleine
Mon histoire d'amour avec un homme et une ferme
Kristin Kimball
poche 10/18; 2012
Traduit par Joëlle Touati




Après la lecture de American ecolo et Un jardin dans les Appalaches  je savais que la situation aux Etats-Unis est plus contrastée qu'on ne le pense et qu'il est possible de s'y nourrir aussi sainement qu'en France, si on en a la volonté (et hélas souvent, les moyens).

Ne pas se fier à la couverture flashy et le "une journaliste new-yorkaise ultra-branchée quitte tout pour suivre un jeune agriculteur bio dans une ferme abandonnée du comté d'Essex" de la quatrième de couverture, qui fait frémir en mode vade retro Harlequin chick lit.
Ne pas se fier au titre très 'philosophie de vie, feel good et épanouissement personnel'. Le titre original est d'ailleurs The dirty life.

Il s'agit en fait d'une histoire vraie, passionnante, bourrée d'humour et de détails intéressants. Kristin Kimball raconte en détail comment elle et Mark ont pris en mains les rênes d'une ferme dans le nord est des Etats-unis.Ainsi que celles de plusieurs chevaux car on laboure, herse, etc. avec de bons chevaux de traits et des instruments que les moins de cinquante ans n'ont vu qu'au musée (mais que les amish du coin utilisent). C'est bio donc pas de pesticides et d'herbicides, et il faut ruser pour produire les légumes. Ils proposent des paniers de viande, fruits, légumes, tous les vendredis aux membres abonnés.
Une vie très très pleine pour Kristin, devenue accro au travail de la terre, avec Mark, excellent cuisinier par ailleurs de ses bons produits. Mais elle ne cache pas les réalités non plus, au cas où certains rêveraient de se lancer. Mieux vaut s'y connaître (Mark) ou remonter ses manches (Kristin)
Bien évidemment un tel sujet m'a emballée! De plus c'est écrit avec humour et fluidité.

"Le sentiment que l'on éprouve en sortant de la grange avec des chevaux par une matinée aussi radieuse est tellement particulier et tellement fort qu'il mériterait de porter un nom."

Des avis sur babelio, cathulu, katell,
Le site de l'auteur, pour un autre livre, des nouvelles semaine après semaine, des commandes à passer, etc. (oui, c'est en anglais)

mercredi 29 avril 2020

Les grands cerfs

Les grands cerfs
Claudie Hunzinger
Grasset, 2019


Après ma lecture de La survivance, j'ai poursuivi avec La langue des oiseaux (pas de billet) et maintenant ces grands cerfs...

Cette fois Nils et la narratrice Pamina sont installés dans une métairie des Vosges, datant de 1770 et appelée les Hautes Huttes. Plus de livres que de confort, et un petit chemin pour y accéder.
"Mais c'est toujours la même maison. Ou alors le même rêve de maison. (...) On invente seulement à partir de ce lieu-là, très profond. Toutes nos fictions viennent de là. Tous nos romans. Et ce que je raconte ici est un roman. Ou alors un rêve, comme on voudra.Mais en aucun cas la réalité. Sauf si la réalité n'est qu'un rêve. Ce qu’elle est évidemment et qui simplifie tout.Du coup, je n'ai plus à me creuser la tête pour savoir si c'est un roman, un récit ou un conte, ce que j'écris."

Pamina la narratrice fait la connaissance de Leo, dont les cerfs sont la passion, et qui l'initie aux affûts. Le terrain de Nils et Pamina est apprécié des grands cerfs, pour des raisons compréhensibles car ils y sont tranquilles et tolérés quand ils boulottent l'écorce et les jeunes pousses des arbres.

Mais ce n'est pas le cas des gens de l'ONF, quant aux chasseurs, ils adorent les trophées... Pamina va découvrir une triste réalité et le ton du livre va devenir plus amer, l'amenant à s'interroger aussi sur elle-même.

Mais le lecteur se réjouira quand même de découvrir plein de choses sur ces animaux magnifiques mais hélas en danger, dans ce coin en tout cas.

Histoire perso : l'un de mes souvenirs les plus magnifiques de toute ma vie, c'est quand, en plein midi, revenant du boulot, sortant de la forêt autour du château de V.,  j'ai vu un magnifique cerf, tranquille, en plein champ, prenant le soleil, pas affolé du tout.
Genre, comme ça:
http://www.animaux-online.com/article,lecture,1039_-la-decouverte-du-brame-du-cerf.html
Des avis : sans connivence, dominique, Aifelle ? ça viendra!, manou, le bouquineur,

vendredi 24 avril 2020

Contes carnivores

Contes carnivores
Nouvelles
Bernard Quiriny
Seuil, 2008


De mémoire, ce recueil a bien failli être donné avant lecture, car la première nouvelle fait partie du genre fantastique qui me fait fuir, celle générant malaise et images glauques.
Heureusement, suite à la pénurie de lectures belges (confinement!), je l'ai repris car j'aime bien Quiriny, et bien m'en a pris. Les autres nouvelles, plus de dix de 15 à 20 pages, ressortent évidemment du fantastique, mais plus soft. Quiriny écrit fort bien, manie l'imparfait et le passé simple comme il faut, ne méprise pas l'imparfait du subjonctif, bref, du bonheur. Son imagination est quasi sans limites, l'humour n'est pas absent, la construction est maîtrisée, le suspense est total dès les premières lignes de chaque nouvelle.

Quelques morceaux pour appâter:
Un évêque présent en deux endroits?
Un employé entendant les conversations à son sujet? (à des kilomètres de distance)
Les mystères de la langue Yapou,
Des miroirs reflétant d'autres personnes,
Souvenirs d'un tueur à gages,
Qu'est-ce que le zveck?
Et ce Pierre Gould, qui vient et revient.

On peut aussi voir le recueil Une collection très particulière.

Des avis chez babelio,

Participation au mois belge (blog Anne)

lundi 20 avril 2020

Quatre saisons à Mohawk

Quatre saisons à Mohawk
The risk pool, 1986
Richard Russo
10/18, 2007
Traduit par Jean-Luc Piningre




'J'adore les ratés sympathiques de Richard Russo' disait Karine dans un commentaire sur Le pont des soupirs. Et c'est tellement vrai!!! Ajoutons à cela la vie dans les petites bourgades du nord est des Etats-Unis, avec quelques riches, mais surtout des gens survivant au jour le jour et des entreprises fermées. Des hommes pas bien fiables, que l'on retrouve plus dans les bars qu'ailleurs, et des femmes formidables, quand elles ne craquent pas.

Cette fois la ville fictive de Mohawk sert de cadre à l'histoire de Ned, d'abord gamin élevé par sa mère qui finit par sombrer dans la dépression, et puis récupéré par son père, Sam Hall. Il recevra quelques calottes, et une drôle d'éducation, non dénuée d'affection. Le dur du roman, ce sont les relations compliquées entre Ned et son père. De nombreux personnages attachants gravitent autour d'eux. Ce qui est bien rendu, c'est la façon dont le gamin ne comprend pas ce qui se passe autour de lui, le lecteur n'aura les informations que petit à petit.

Le roman se termine quand Ned a plus de trente ans, et sa vie prend une tournure plus classique. Mais on l'aura compris, la tonalité générale du roman est plutôt triste, éclairée heureusement par les fabuleux dialogues dans les bars, bien connus des amateurs de Russo.

Lecture commune Russo avec Inganmic (le pont des soupirs), dont le billet mènera aux billets des autres nombreux participants!!! Aifelle avec Un homme presque parfait, krol Le pont des soupirs, Goran Ailleurs, Autist Reading Le pont des soupirs,

mercredi 15 avril 2020

Une machine comme moi

Une machine comme moi
Machines like me and people like you
Ian McEwan
Gallimard, 2019
Traduit par France Camus-Pichon



Au lieu de placer son roman dans un futur plus ou moins proche, McEwan a choisi d'ancrer le récit dans l'Angleterre des années 80 (1980!), mais un passé où existent de légères différences avec le notre. Uchronie, mais pas basée sur un événement particulier, ou alors le non suicide d'Alan Turing? Encore bien vivant, donc, et ayant participé à des recherches conduisant à l'élaboration d'androïdes quasi parfaits.

Dans ce monde, les anglais ont perdu la guerre des Malouines, Kennedy n'est pas mort à Dallas, les Beatles jouent ensemble (à quatre!), Marchais est président en France (!), et Thatcher est premier ministre (oui, pareil, mais moins longtemps). On pense (déjà! ) à quitter l'union européenne. Amusant de retrouver ces détails, mais parfois, n'étant pas férue de politique anglaise, j'ai un peu perdu le fil.

A Londres, Charlie est amoureux de Miranda et se demande si la réciproque est vraie. Par ailleurs il a jeté tout son argent dans l'acquisition d'Adam, le nouveau modèle d'androïde, doté de capacités innombrables. Faire la vaisselle, discuter, argumenter, philosopher même, composer de la poésie, et tomber amoureux de Miranda. Machine ou être humain? La frontière est tellement ténue... Mais l’homme, dans ses imperfections, peut-il être compris d’une machine, aussi bien fichue soit-elle?

Dès le début, Adam a prévenu Adam de ne pas trop faire confiance à Miranda, mais pourquoi? Se greffent alors plusieurs histoires, y compris une adoption potentielle, et le lecteur ne sait pas trop où cela va mener.

"Nous avons découvert en changeant d'angle quelle chose merveilleuse est le cerveau humain. Un ordinateur à trois dimensions, d’une contenance d'un litre et climatisé. Une incroyable capacité à traiter les données et à les compresser, une incroyable efficacité énergétique, aucune surchauffe. Le tout pour vingt-cinq watts -comem une ampoule de faible luminosité.
Il me regarda attentivement en s'arrêtant sur cette dernière phrase.Elle s'adressait à moi: en gros, je n'étais pas une lumière."

Des avis, dasola, kathel, nicole, aleslire, le bouquineur, cuneipage,

vendredi 10 avril 2020

Les enfants du duc

Les enfants du duc
The Duke's Children, 1880
Anthony Trollope
Points, 2015
Traduit, préfacé et annoté par Alain Jumeau



Avec Anthony Trollope on est en plein le roman victorien pur et dur. Cette fois il s'agit du dernier volume de la série Palliser, acheté en 2015 et, avec ses près de 800 pages en poche, conforme à la réputation de 'pavé victorien'.

Plantagenêt Palliser, duc d'Omnium, n'est pas un inconnu pour qui a lu les volumes précédents ( Phinéas Finn Les antichambres de Westminster     Peut-on lui pardonner?      Les diamants Eustace), mais cette fois il est un des personnages principaux. Il a été premier ministre (volume pas lu) et demeure unanimement respecté. Libéral, il est assez ouvert quant à ses collègues à la Chambre, mais pas question de se lier intimement avec un non gentleman. Son épouse Glencora vient de décéder, et ses trois enfants qu'en fait il connaît peu n'en font qu'à leur tête. Silverbridge et Gerald, les aînés, se font renvoyer d'Oxford et Cambridge, ont des dettes, parient sur les chevaux (et perdent gros), mais l'immense fortune du duc éponge tout cela.

Mais Mary, la petite dernière, s'amourache de Frank Tregear, et tient bon en dépit du veto de son père. L'on rappelle au lecteur, à plusieurs reprises, que le duc a eu une heureuse vie familiale avec Glencora, qui au départ était amoureuse d'un type pas recommandable, et donc un mariage a été 'arrangé'. Ne peut-on convaincre Mary, pareillement?

Silverbridge louvoie entre Mabel (qui plairait fort au duc) et Isabelle... Mabel est un magnifique personnage, et à travers elle l'on comprend un peu le sort des jeunes filles de bonne famille, dont le destin ne peut être que le mariage (ou rien), alors que les hommes avaient plus de choix. Bien sûr l'on reste dans un milieu aisé et éduqué, on n'est pas dans les bas fonds comme chez Dickens et la survie au jour le jour de certains.

Ce roman a paru premièrement en feuilleton d'où certains brefs rappels en débuts de parties, et se lit sans effort tellement Trollope a un sens aigu de la narration. Lui-même reconnaît (chapitre 9) qu'il préfère se plonger in media res, mettant ainsi la charrue avant les boeufs. On n'a donc pas de longues descriptions, de longs retours en arrière, etc. Les dialogues sont vifs, l'humour n'est pas absent. Les passages moins palpitants sur la chasse à courre et la vie politique, non dénués d'ironie, passent bien. Et je dois dire que le suspense est bien présent et que la fin demeure incertaine presque jusqu'au bout.

Un auteur à découvrir, si ce n'est déjà fait, peut-être avec un des premiers volumes.

Challenge Pavévasion chez Brize, officiellement jusqu'à la fin du confinement... Le récapitulatif ici.

mardi 7 avril 2020

Habiter en oiseau

Habiter en oiseau
Vinciane Despret
Mondes sauvages
Actes sud, 2019


Intro qu'on peut sauter:
Or donc le 13 mars, subodorant la fermeture des médiathèques pour un temps long, je me précipite dans celle où j'avais des réservations arrivées, et sur le présentoir des nouveautés, que vois-je? Deux livres d'une collection inconnue, Mondes sauvages pour une nouvelle alliance, chez Actes sud. Bêtement je n'en ai emprunté qu'un... Mais mon enthousiasme à cette découverte m'a conduite à noter les autres écrits de l'auteur, et aussi de la collection, dans mes bibliothèques. Lors de leur réouverture, ce sera festival!!!
Donc : coup de coeur

Cerise sur le gâteau, l'auteur est belge, ce qui me permet de participer au mois belge (blog Anne), à l'insu de mon plein gré, au départ.
Bon, le livre, maintenant.
J'espère pour vous qu'il vous arrive d'entendre -et d'écouter- les oiseaux. Cela fait longtemps qu'ornithologues amateurs ou professionnels se posent la question : 'mais pourquoi chantent-ils?' et cherchent à y répondre.
Vinciane Despret, s'intéresse donc à l'histoire des fonctions possibles des territoires, pas en suivant une chronologie, dit-elle, mais 'comme une histoire d'idées, d'intuitions, d'ouvertures, car les territoires et les oiseaux font penser, et c'est cela qui m'intéresse.' Controverses, idées abandonnées qui reviennent, peu importe, elle ne va pas forcément trancher. Les ornithologues font beaucoup paraître de leur société et de leurs personnalités.
Alors, compétitions? Bagarres? Recherche d'une femelle? Besoin de nourriture? Ou besoin de voisinage? Que penser des recherches en laboratoire? A une époque on pouvait tuer les oiseaux pour 'évaluer ce qui se passerait si l'oiseau n'était pas là'.
Tout cela se termine par une magnifique description des chants d'oiseaux parfois différents et leurs choeurs interspécifiques (étudiés bien sûr par des bio-acousticiens).
Ensuite, à chacun d'écouter, après tout.

L'auteur, philosophe et psychologue, enseigne à l'université de Liège. On se dit 'houla ça va être imbuvable, illisible et plein de mots compliqués'. Hé bien non. Même  si elle convoque Serres et Deleuze en passant, le tout demeure d'une extrême fluidité et d'une vivacité réjouissantes. Elle n'hésite pas à laisser transparaître ses opinions, discute, s'interroge, et donne une furieuse envie d'aller écouter les oiseaux...

vendredi 3 avril 2020

Trois concerts

Trois concerts
Lola Gruber
Phébus, 2019


Introduction qu'on peut sauter:
D'abord c'est la belle couverture qui m'a attirée, avec des oiseaux sur un fil tels des notes de musique sur une portée. Voir la vidéo de Hanon de Yoshinori Mizutani.
Ensuite la quatrième de couverture dévoile que le roman parles de musique et de musiciens. Très attirée. Mais, passant en vitesse à la bibli, j'oublie d'emprunter, le livre n'est plus là, et j'ignore totalement titre et auteur...
Quelques semaines plus tard, le roman est revenu, je le vois, et là, je l'emprunte!!!

Parlant de ses suites, le compositeur Paul Crespen a déclaré "Chacune contient ce qui manque à l'autre". Ces suites auraient dû être créées par le violoncelliste Viktor Sobolevitz, puis après un événement tragique, elles le furent (mal) par un autre, et finalement jamais jouées depuis des décennies, même si Sobolevitz restait libre d'en décider. Mais, reclus, ayant mis un terme à sa carrière, fuyant tout contact ou presque, lui seul sait où sont ses partitions et l'enregistrement de l'Arpeggione avec sa défunte épouse.
Remy Nevel est critique musical, doué, ambitieux, sa fascination pour Sobolevitz pose question (on aura la réponse bien plus loin) et il fait connaissance (intéressée?) de Clarisse Villain, violoncelliste atypique qui fut élève de Sobolevitz pendant des années.

Au fil des pages, on passe d'un personnage à l'autre, voyant comment les fils se tissent, apprenant à les connaître, gare aux détails révélateurs, et pour ma part m'attachant beaucoup à Clarisse, perdue dans ses interprétations et travailleuse acharnée, cherchant la quasi perfection. Lola Gruber décortique finement l'approche des oeuvres, mélangeant souvent pensées de l'instrumentiste et jeu de l'instrument, c'est fascinant même si on ne connaît pas grand chose au violoncelle et la musique. Bien d'autres personnages gravitent autour de ce trio, et l'ensemble donne un roman foisonnant qui m'a emballée! Et que finalement j'ai préféré à Opus 88, auquel on peut penser.

Les avis de Brize

mardi 31 mars 2020

Là où chantent les écrevisses

Là où chantent les écrevisses
Where the crawdads sing
Delia Owens
Seuil, 2020
Traduit par Marc Amfreville



Il faut dire que la barque de Kya, qui sillonne les marais de ce petit coin de côte de Caroline du nord, est bien chargée. Des aînés qui fuient la maison, pas à cause des conditions de vie dans ces marais, mais à cause du père, alcoolique et violent. La mère finit par partir elle aussi (son tragique destin serre le coeur), laissant la petite dernière avec le père, qui disparaîtra définitivement quand elle a 10 ans, mais lui laissant la barque et une bonne connaissance du milieu, ce qui lui permettra de se débrouiller, en partie aussi grâce au couple Jumping et Mabel. La gamine, sans être allée à l'école, en sait plus que beaucoup sur les oiseaux, les insectes, les coquillages. Sa passion attirera Tate, qui lui apprendra à lire et écrire, et à sortir de la précarité. Mais cette jolie fille, au fil des années, ne passe pas inaperçue. Sa soif de contacts, toujours déçue, la conduira à se réfugier de plus en plus dans la solitude.

L'auteur est diplômée en zoologie et biologie, a écrit plusieurs livres sur ces sujets. Dans ce roman, elle décrit fort bien le milieu des marais, et ses parallèles entre les humains et les autres êtres vivants quant à l'attirance sexuelle et la reproduction est intéressante. Gare aux lucioles...

Toute la partie sur l'enfance de Kya, son adolescence, ses apprentissages, m'a bien entraînée, mais ensuite un poil trop de romanesque m'a fait survoler quelques paragraphes de ci de là, raccrochant quand même lors des chapitres narrant une enquête policière et un procès, des années plus tard. Au sujet du procès, je m'étonne que Tate n'ait rien saisi, puisque lui connaissait la provenance du bonnet rouge.

Ces bémols mis à part, il s'agit d'une belle histoire, l'on échappe au côté glauque de certains romans, même si le rejet des différences, sociale ou raciale, est bien présent.

Une passage expliquant le titre : "Va aussi loin que tu peux. Tout là-bas, où on entend le chant des écrevisses.
Ça veut dire aussi loin que tu peux dans la nature, là où les animaux sont encore sauvages, où ils se comportent comme de vrais animaux."

Les avis de kathel,

vendredi 27 mars 2020

Rester groupés / Art et décès / La griffe du chat

Rester groupés
Sophie Hénaff
Albin Michel, 2016


Après Poulets grillés où l'on faisait connaissance de la commissaire Anne Capestan et de son équipe de bras cassés placardisés (sans parler du chien), je n'avais qu'une envie : la suite, la suite! Mais je suis aussi tenace que ces flics là, et je l'ai eue!

L'équipe s'enrichit de Saint-Lô (qui pense être d'Artagnan) et d'un rat policier. Si!
Trois meurtres rapprochés, dont celui de l'ex-beau-père de Capestan, qu'il faudra relier. Et trouver le coupable. Pas facile, quand les documents fournis par les collègues du 36 sont tronqués. Mais l'équipe sait se débrouiller, grâce en partie à un génie de l'informatique en son sein (pas fut-fut par ailleurs).

Après le premier opus, il était difficile de l'égaler, mais franchement je pense que le deuxième est réussi. Il y a une enquête avec des rebondissements, c'est bien écrit sans grossièretés inutiles, c'est bien ficelé, et l'humour est de celui qui me fait rire!

D'accord avec A girl, la fin est ... (mais j'ai une idée, à confirmer, en mettant la main sur le tome 3

Tome 3 qu'il a fallu beaucoup de patience pour pouvoir emprunter! Mais je suis toujours aussi tenace.

Art et décès
Sophie Henaff
Albin Michel, 2019

On retrouve la fine équipe (augmentée de Joséphine! Confirmant la fin du 2) sur un plateau de tournage, pour l'adaptation d'un roman de la capitaine Eva Rosière. Celle-ci sera suspecte d'un meurtre survenu dans un des bureaux, et voilà que se dessine une histoire très Cluedo, se terminant à la Agatha Christie avec un regroupement suspects/enquêteurs.

Toujours marrant, mais j'ai ressenti une petite fatigue, sans doute que l'effet de surprise est moins là.

Et dans le cadre des billets regroupant plusieurs romans, un polar d'un autre auteur français aussi, et qui a également en commun le fait d'être élément d'une série, plein d'humour et pas glauque.

La griffe du chat
Sophie Chabanel
Points, 2019


Il s'agit en fait du premier opus, qui fut suivi par Le blues du chat. On y apprend à la toute fin comment la commissaire Romano s'est laissée entraîner à prendre un chat chez elle (de toute façon, quand un chat vous choisit...).

Bon, là c'est le propriétaire d'un bar à chat qui a été assassiné / suicidé. Sa veuve s'en moque, seule l'intéresse la disparition de Ruru son chat persan! C'est là qu'intervient la fine équipe de la commissaire, à savoir Tellier et Clément, toujours obéissant, gaffeur et pas malin.

L'enquête se déroule côté flics, classiquement, avec pistes plus ou moins fausses, et une fin rapide. On ne lit pas ce genre de polar pour frémir ou se vautrer dans le gore, mais pour passer un moment distrayant : mission accomplie. Les réflexions de Romano font toujours mouche.

mardi 24 mars 2020

Petit déjeuner chez Tiffany

Petit déjeuner chez Tiffany
Breakfast at Tiffany's
Truman Capote
Gallimard, 1962
Traduit par Germaine Beaumont


Après la grosse claque de De sang froid, il fut question de continuer avec Truman Capote, d'autant plus que mon souvenir du film Diamants sur canapé était favorable.

Durant les années au cours de la seconde guerre mondiale, le narrateur tentait de devenir écrivain et logeait à New York. L'appartement du dessous était occupé par Holly Golightly, jeune femme de 19 ans sortant et recevant beaucoup (au grand dam d'une voisine!). Fascinant pas mal de messieurs, elle n'a pas d'occupations bien définies, mis à part rendre visite chaque jeudi à un gangster en prison (et passant des messages, ce qui lui vaudra des ennuis). L'on apprend qu’elle a un mari quelque part (mais est-ce légal?), et qu'elle veut épouser un brésilien. Des années plus tard, le narrateur ne sait toujours pas trop ce qu'elle est devenue.

Alors? Superbement écrit, pas de souci, quelques rebondissements, bien sûr, c'est bien mené. mais j'avoue avoir eu du mal à m'intéresser vraiment à Holly, à ses monologues autocentrés (OK, elle n'a pas eu que des bons moments dans sa vie, et cherche à s'en tirer). Quelques passages où elle se dévoile un peu (le décès d'un proche), le drame personnel vers la fin, mais finalement moins de 150 pages ça me suffisait.

Avant de me lancer des pierres, prière de considérer que le film ne suit pas à 100% le livre... Le narrateur y fréquente une femme plus âgée (dans le livre, non), la fin n'est pas franchement la même. Le chat est très bien, dans les deux versions. ("Audrey Hepburn déclara que la scène où elle devait mettre l'un des chats dehors, sous une pluie battante, fut la plus pénible qu'elle ait jamais eu à tourner.")
Vous échappez à Tiffany et à la petite robe noire
https://prince-et-puissance.skyrock.com/3300205072-Chat-diamants-sur-canape.html
Des avis chez babelio

jeudi 19 mars 2020

Quoiqu'il arrive

Quoiqu'il arrive
The versions of us
Laura Barnett
Les escales, 2016
Traduit par Stéphane Roques



Envie d'un 'petit' roman un poil romantique qui se lit sans peine (un peu de mémoire et d'attention est demandé quand même)? Voilà ce qu'il vous faut!

En 1958, à Cambridge, Eva et Jim ont 19 ans  et sont étudiants. Jim, en droit, pour faire plaisir à sa mère, qui ne désirait pas qu'il soit peintre comme son père, ce dernier l'ayant trompée et quittée. Mais Jim veut vraiment devenir peintre.
Eva est amoureuse de David, acteur en devenir, qui aime Eva, mais surtout beaucoup lui-même.

Un jour, Eva, pour éviter un chien, a un petit accident de bicyclette. Jim assiste à l'événement et intervient pour l'aider.
A partir de là, trois possibilités de vie :
Version 1 : Eva quitte David, épouse Jim, réussit une carrière d'écrivain, mais Jim un peu moins celle de peintre.
Version 2 : Eva épouse David, divorce, etc. Tout en rencontrant fortuitement Jim, avec l'impression de bien le connaître. Bien des occasions ratées... La fin de leur histoire sera -pour mon petit coeur romantique- la plus émouvante.
Version 3 : Eva épouse David, mais finira par retrouver Jim.

Trois histoires pour le prix d'une? Les trois versions alternent, ça va, on ne s'y perd pas trop, même si certains événements reviennent, par exemple une exposition, une fête d'anniversaire, où Eva et Jim n'ont pas le même vécu, et dont les protagonistes secondaires sont toujours les mêmes, mais  ne jouent pas le même rôle vis à vis d'Eva et Jim. Plutôt une bonne idée, bien maîtrisée. Le désir d'Eva pour l'écriture, celui de Jim pour la peinture, sont une constante, mais avec des succès différents.

Bref, une lecture plaisante, on se demande 'et si?', et sur plusieurs décennies on suit l'évolution des personnages, et la place de la femme si on suit bien.

Des avis chez babelio

lundi 16 mars 2020

Le pont des soupirs/ Bridge of sighs

Bridge of sighs
(le pont des soupirs)
Richard Russo
Vintage Books, 2008



Vous pensez voyage en gondole, Rialto, Salute, aqua alta? Mis à part quelques dizaines de pages consacrées au peintre reconnu Noonan qui y réside, on n'est pas vraiment à Venise. D'ailleurs ses souvenirs de jeunesse aux Etats Unis lui reviennent ... A Thomaston, Sarah, épouse de Lou Lynch, alias Lucy, le décide enfin à quitter son trou et voyager en Italie, pour revoir leur ami Bobby après des décennies...

Richard Russo est à son meilleur quand il s'agit de brosser la vie d'une petite ville de l'est des Etats-Unis, au cours des cinquante dernières années, vues par deux gamins, Lou Lynch et Bobby Marconi, puis Sarah. Des quartiers chics, d'autres misérables, d'où s'extraient les deux familles, mais les Lynch ont bien du mal à s'en tirer, avec sa petite boutique épicerie du coin ouverte jusqu'à pas d'heure. Tout n'est pas dit, c'est l'art de Russo, mais l'on devine que la tannerie (ensuite fermée) a bien pollué les eaux et causé des cancers, et qu'il ne fait pas toujours bon être noir dans le coin, en tout cas les communautés ne se mélangent pas.

Les 700 pages ne coulent pas de façon linéaire, mais avec une fluidité admirable, laissant espérer une explication, qui vient plus tard. Surtout, l'on ressent une empathie avec les personnages, des passages coupent le souffle (tiens, le cours du père de Sarah, dingue ce truc!), l'on passe du tragique au comique, les dialogues sont superbes, les regards aussi en disent beaucoup, l'on hésite à juger car comment savoir ce qui est vrai, et pourquoi tel agit ainsi? Franchement mon coeur s'est souvent serré. C'est moins foufou que les deux se déroulant à Bath, mais d'une profondeur qui retourne.

Coup de coeur...

Des avis sur Babelio,

jeudi 12 mars 2020

Le tour du monde en 72 jours

Le tour du monde en 72 jours
Around the world in seventy-two days, 1890
Nellie Bly
Points, 2016




Nellie Bly (1864-1922) est une journaliste américaine, connue pour un reportage clandestin dans un asile. En novembre 1889 elle part pour un tour du monde, bien décidée à battre le record de Phileas Fogg. Elle voyage léger : juste un sac, pas de robe de rechange, mais quand même un corset (ah ces tailles fines de l'époque!)

Portrait de Nellie Bly  Crédits : Library of Congress / Collection Corbis Historic - Getty

Une jeune femme très décidée à obtenir ce qu'elle veut et ne craignant pas les aléas d'un tel voyage.
Son trajet : New York - Angleterre - France (où elle rencontre le couple Verne), train de Calais à Brindisi (hé oui), bateau via Suez Aden Colombo Hong Kong (visite de Canton et détails affreux), Japon (qui visiblement lui a fort plu) et retour aux Etats-Unis, avec train jusqu'au point de départ, 72 jours avant! Pari gagné.

Même si elle voyage 'seule' elle a quand même des contacts avec des employés de son journal (qui finance le voyage) et que ce soit en train ou en bateau elle est toujours en contact avec des gens fréquentables. Aucune péripétie dangereuse ne lui advient, elle connaît un peu de mal de mer et la crainte de ne pas gagner son pari, c'est tout. Elle a de l'humour, heureusement, mais pour elle je sens que rien n'est au-dessus des Etats-unis.On va dire qu'à l'époque on avait ce genre de façons de voir l'étranger... (pas toujours disparue de nos jours).

Un livre court, vif, sans longueurs, la narration étant entrecoupée d'articles de journaux détaillant pour les lecteurs où se trouve Nellie Bly. A lire, pour découvrir tous ces détails intéressants et bien racontés.

La lecture de ce voyage (pas vraiment à la roots) a été parfois pour moi source d'agacement, dû à un usage fantaisiste du passé simple et de l'imparfait. OK, je fais des fautes, comme tout le monde, mais je ne suis pas du métier! Par exemple : "Je descendis la passerelle et marchais à la suite du gardien dans la ville sombre. Il s'arrêta enfin etc." Pourquoi marcher a-t-il droit à l'imparfait alors que le reste est au passé simple? Bon, soit, ça peut se discuter, elle a marché un certain temps, on comprend. Mais que dire de ce "Je prenai donc le repas de noël"? Hélas cela suffit à me déconcentrer.

Les avis d'Agnès, complètement en accord!

lundi 9 mars 2020

Un été prodigue

Un été prodigue
Prodigal Summer
Barbara Kingsolver
Rivages, 2002
Traduit par Guillemette Belleteste



"Un été prodigue, la saison d’une débordante procréation. Qui pouvait tout anéantir sur son passage par la faute de ses excès passionnés, mais rien de ce qui était vivant, doté d'ailes ou de cœur, graine lovée sur elle-même dans le sol, n'allait se retenir de lui souhaiter à son tour la bienvenue lorsqu'il arriverait."

Depuis deux ans Deanna vit isolée dans une cabane forestière, surveillant quelques kilomètres carrés d'arbres, ravitaillée par un employé du service des forêts, rencontrant mais trop encore à son gré, randonneurs et chasseurs. Ce qui l'intéresse et l'inspire, ce sont différents oiseaux, insectes, mammifères, chacun tenant son rôle dans une chaîne alimentaire. Auteur d’une thèse sur les coyotes, elle guette les signes de la réapparition de l'animal dans son coin de forêt.
Jeunes coyotes de Mearns (C. l. mearnsi) en train de jouer.
Ce n'est pas sport de ma part de proposer une photo de jeunes coyotes, mais d'après Deanna l'animal est fort intéressant, on en apprend beaucoup à la lecture.
Mais arrive un inconnu, Eddie Bondo, avec petit bagage et fusil, et ennemi du coyote qui boulotte ordinairement des rongeurs mais parfois des brebis, et dans le Wyoming d'où il arrive, c'est mal vu.
Pourtant entre ces deux humains là, les corps vont parler.

Plus bas dans la vallée, se trouvent quelques fermes. En particulier celle de Cole et Lusa, jeunes mariés, Lusa ayant quitté son travail pour suivre Cole, et découvrir sa famille au départ peu accueillante. Lusa a étudié les insectes et va lancer sa ferme sur des voies autres que l'élevage bovin.

Autres fermes, celles des largement septuagénaires Garnett et Nannie Rowley, que tout oppose a priori. Lui, grincheux, adepte du Roundup, elle vendant ses pommes bio et laissant la végétation vivre sa vie en paix.

Au cours d'un été, la vie de tous va évoluer, non absente de drames, de réconciliations. La vie foisonne, la nature explose, et Barbara Kingsolver au travers de ses personnages opposés saura rappeler des opinions tout aussi difficiles à cohabiter, avec clarté et pédagogie. Elle saura aussi rendre avec tendresse le quotidien de personnages parfois fragiles et souvent attachants, dont les liens apparaîtront peu à peu au lecteur. Sans oublier les coyotes, wouhou!

On l'aura compris, c'est un coup de coeur !!!

jeudi 5 mars 2020

Ça fait longtemps qu'on s'est jamais connu

Ça fait longtemps qu'on s'est jamais connu
Pierre Terzian
Quidam, 2020


"Je suis au Québec. Nous sommes en janvier 2017 et je viens tout juste de me marier. Ma femme ronfle à mes côtés. Il fait noir comme à la mine, mais je distingue ses traits de féministe. Qu’elle est belle, qu’elle est forte, ma Québécoise. (...) Adieu la France, les manigances, ici pas de lutte des classes, rien que de la neige et de l'espoir. Je ne suis rien. Tout à créer. J'ai fui mon pays, Maman. Je m'excuse. Je suis tombé amoureux, et me voilà remplaçant en garderie, tabarnak. Des enfants partout. La fatigue coup de boule. Quelle idée j'ai eu?"

Donc voilà Pierre envoyé par son chef Gaëtan dans des garderies de Montréal, à découvrir la réalité des garderies, et différents p'tits bouts parfois difficiles ou étranges. Il s'en tire pas trop mal, on sent souvent son intérêt pour ces gamins. Au fil des chroniques, c'est aussi la vie québécoise qui apparaît.

J'ai beaucoup beaucoup aimé. Et j'ai dit qu'en plus c'était plein de drôlerie? Encore une découverte épatante chez cet éditeur!!!

lundi 2 mars 2020

Rendez-vous avec le mystère / Le danger / Le poison

Quand il s'agit de séries ou de romans ayant des points communs, je regroupe les lectures dans un même billet. Mais ces lectures n'ont pas eu lieu d'affilée.

Rendez-vous avec le mystère
Date with mystery
Julia Chapman
Robert Laffont, 2018
Traduit par Dominique Haas et Viviane Mikhalkov



Hé oui, le tome 3 des aventure de Delilah Metcalfe et SamsonO'Brien, toujours dans le Yorkshire, ses collines, ses fermes isolées, et ce réseau de papotages rendant apparemment impossible tout secret.

Pourtant, quand décède la mère de Jimmy Thorton, son testament partage ses biens en deux parties, l'un à Jimmy, l'autre à sa soeur Livvy. Le problème c'est que celle-ci est décédée depuis des années, pleurée et regrettée par sa famille et tout le village. Comme on ne retrouve pas d'acte de décès, le notaire engage Samson (et Delilah) pour mener l'enquête, en démarrant par Leeds où la jeune fille résidait et où a eu lieu l'accident de voiture.

Voilà l'accroche, et c'est du bonheur de retrouver ce petit village où l'on a déjà pas mal de connaissances auxquelles on s'intéresse. Delilah d'abord, dont l'ex-mari va débarquer pour récupérer son chien, Calimero. Samson, lui, est sous la menace de poursuites, raison de son retour au pays après un tabassage en règle. D'autres personnes n'aiment d'ailleurs pas son côté fouineur, et le tome 3 se termine sur l'annonce de gros problèmes pour lui.

Si ce n'est déjà fait, je vous engage à découvrir cette série 'cosy' , fort plaisante, sans trop de montée d'adrénaline (j'avais deviné deux trois trucs avant que ce soit narré ou découvert), et je compte bien découvrir le tome 4!

Les avis de Titine,

Le dit tome 4, toujours emprunté...
Mais j'ai vu et donc récupéré le tome 5, non mais!

Rendez-vous avec le danger
Date with danger
Julia Chapman
Robert Laffont, 2019
Traduit par Dominique Haas et Stéphanie Leigniel

Bien sûr lire dans l'ordre serait préférable, puisqu’il est fait allusion à des événements du 4; mais cela n'est pas si grave, et n'enlève pas mon  envie de lire le 4 (réservé à la bibli, là j'ai pris les choses en mains!)

Un accident mortel lors d'une vente aux enchères de brebis, et voilà Samson et Delilah sur la piste d'un assassin, ainsi que de voleurs de moutons très bien organisés et ne reculant devant rien, d'où des moments difficiles pour nos héros. Bien sûr d'autres intrigues récurrentes poursuivent leur bonhomme de chemin : un fermier trouvera-t-il enfin l'âme soeur? Rick Procter se révèle toujours aussi écœurant (et franchement, du cannabis dans le Yorkshire?) tandis que la situation de Samson est toujours sur le fil du rasoir. Calimero est fidèle à lui-même, rassurez-vous.

Et enfin j'ai pu lire le 4!

Rendez-vous avec le poison
Date with poison
Julia Chapman
Robert Laffont, 2019
Traduit par Dominique Haas et Stéphanie Leigniel

Bien sûr je connaissais déjà en gros les grandes lignes du 4 grâce au 5 lu auparavant, mais mon plaisir a été intact. Cette fois on découvre qu'existent des vols récurrents de moutons (ce sera traité dans le 5), mais surtout des empoisonnements d'animaux, chiens et chat. Grâce à l'aide du vétérinaire et d'une bouchère, l'affaire sera résolue par nos deux détectives. Samson sera accusé de meurtre (suite à la fin du 3) et Nathan son filleul de problèmes de drogue. Bien sûr tout s'arrangera, mais planent toujours les mêmes problèmes sur Samson.

Bref, je suis de plus en plus accro!


jeudi 27 février 2020

L'arche des ombres

L'Arche des ombres
Le rêveur de la Neva
Max Milan
Ginkgo éditeur, 2019

Parisien, Jacob est un brillant chercheur en mathématiques, avec plein d'avenir. Sans être dépourvu d'amis et d'amourettes, il paraît très réservé et mène une vie très cadrée. Puis il rencontre Natacha, une histoire entre eux pourrait commencer. Atmosphère douce, romantique et rêveuse.

Puis Jacob, ayant obtenu une bourse, se rend à Saint-Pétersbourg, où réside Natacha. Là boum on découvre (et Natacha aussi) qu'il est d'origine russe et parle russe. Son passé revient sur la sellette, il veut connaître là vérité, et là on le suit dans une quête haletante, dangereuse, sans temps morts, à la découverte de pratiques épouvantables dans les hôpitaux psychiatriques soviétiques. Atmosphère de peur.

Un roman que j'ai du mal à cataloguer (de toute façon, faut-il mettre les livres dans des cases?)
J'ai l'impression qu'il y aura une suite?

lundi 24 février 2020

Vie de Gérard Fulmard

Vie de Gérard Fulmard
Jean Echenoz
Les éditions de Minuit, 2020


A une époque je pensais Echenoz calibré écrivain Minuit sérieux et illisible, et depuis je l'ai découvert comme légèrement brindzingue (dans ses écrits) avec des histoires improbables rondement menées.

Gérard Fulmard est un ex-steward viré pour faute lourde, qui va tenter de se lancer dans les enquêtes privées, hélas avec peu de succès, en tout cas non sans conséquences pour lui.
Ajoutons un accident catastrophe pas loin de chez lui (il habite rue Erlanger, ce qui vaudra au lecteur des anecdotes), un drôle de parti politique où ça se tire dans les pattes pour le pouvoir, et un enlèvement.
Tout est narré avec un humour pince sans rire, un souci du détail, des explications souvent repoussées (ou absentes).

A lire pour les fans de l'auteur, ou ceux désirant le découvrir.

jeudi 20 février 2020

Incarner l'état

Incarner l'état
Emilie Blot
Rémanence, 2020


A lire les détails de la vie de l'auteure, je pense qu’elle connaît bien le terrain (elle vit en Limousin, a un père haut fonctionnaire, et après des études de sciences politiques, a connu des missions en collectivités territoriales). J'ajouterai qu’elle possède un joli brin de plume et un bel art de l'humour discret mais efficace.

Faisons donc connaissance avec un trentenaire issu non de l'ENA mais du territorial, envoyé comme sous-préfet à Ussel, Haute-Corrèze. Un coin qu'on imagine verdoyant et rural, et qui a donné à la France deux présidents. Notre jeune homme va devoir jongler avec ses supérieurs et collègues, qui ne vont pas se priver de coups en douce, apaiser les colères des agriculteurs et des ouvriers, caser des familles de syriens, et il finira par se lâcher une nuit (et sans regrets). On vous laisse découvrir comment cela se terminera.

Près de 200 pages jouissives et souvent caustiques, pour 12 euros (je découvre l'éditeur), qui donneront une bonne vision du travail d'un sous -préfet. Encore une bonne pioche Babelio.

tous les livres sur Babelio.com

lundi 17 février 2020

Gallmeister vintage!

Disons-le, à une époque j'ai lu systématiquement les Gallmeister, puis je m'en suis éloignée, appréciant moins les parutions un poil bien noires ou moins 'nature'. Pour le dire clairement, j'en ai laissé tomber pas mal, qui abordaient des thèmes trop fréquents actuellement ou sentaient trop l'atelier d'écriture, bref, formatés (OK, c'est juste mon ressenti!)
Dans ma nouvelle bibli j'ai cherché ce qui m'avait échappé dans la catégorie nature writing à l'ancienne, et j'en ai trouvé deux!  (et c'est là que les lecteurs du billet se défilent fissa)(oui, toi, F, je t'ai vue!).
Pour moi :  Oldies but goldies.

D'abord, je reviens à

Testament d'un pêcheur à la mouche
John D. Voelker
Gallmeister 2007
Traduit par Jacques Mailhos


Franchement, ce type est fort : je ne connais absolument rien à la pêche à la mouche (ni à la pêche d'ailleurs), et cela ne m'attire pas a priori. Mais John Voelker, qui fut procureur dans le Michigan et auteur de romans policiers, avait une passion: la pêche à la mouche. Et il sait fichtrement bien en parler. Pas de détails trop techniques, mais beaucoup beaucoup d'humour et d'autodérision, associés à une jolie plume. A l'arrivée : je n'ai guère lâché ce bouquin. Il m'avait déjà ferrée avec Itinéraire d'un pêcheur à la mouche, et là il récidive avec de courts textes où il partage ses expériences.

"Le seul travail régulier auquel Danny et ses gars se fussent jamais adonnés consistait à chercher de nouvelles manières d'échapper à toute forme de travail régulier."

Note : Oliver Gallmeister pêche à la mouche, tout s'explique...
Les deux titres de Voelker sont disponibles avec un nouveau tirage.

Et enfin, après L'or des fous (où j'en dis plus sur l'auteur) revoilà Rob Schultheis et sa passion pour l'ouest (le vrai), au delà du centième méridien.

Sortilèges de l'ouest
The Hidden West
Rob Schultheis
Gallmeister, 2009
Traduction de Marc Amfreville

Le gars n'hésite pas à crapahuter, dans les canyons, sur le plateau du Colorado, chez les indiens et les Navajos en particulier, dans le delta du Colorado, dans des coins où la main de l’homme blanc n'a pas trop mis le pied. Et c'est fascinant.

"En 1540 Hernando de Alarcon traversa la mer de Cortès et 'découvrit' le delta. Les indiens cocopah y vivaient de puis des siècles, les Papagos connaissaient bien les lieux, mais par définition les Indiens ne découvrent jamais rien. Apparemment ils sont là, comme les pierres, les nappes phréatiques, les herbes sauvages."

Schultheiss fait montre d'une immense admiration pour les indiens, qui ont réussi à vivre (survivre?) dans des coins incroyables, et ont aussi laissé des traces de belles civilisations. Il n'est pas aveugle à leurs réalités actuelles, et par ailleurs offre des pages fascinantes sur un jeu qu'ils pratiquent (jeu de mains).

La plupart des chapitres ont été écrits il y a quelques décennies, et déjà l'auteur considérait comme dangereux de bâtir des barrages et de détourner l'eau du Colorado et de lacs immémoriaux juste pour satisfaire les besoins en eau de Los Angeles (piscine, golfs), asséchant des lacs, réduisant à la misère et au déplacement des populations (au Mexique, donc ça ne compte pas?)(et les oiseaux migrateurs encore moins)

Je laisse le lien vers le lac Mono sur wikipedia, il semble que là une action ait réussi.

jeudi 13 février 2020

La cuisine de l'exil

La cuisine de l'exil
Récits et recettes
Stéphanie Swartzbrod
Actes sud, 2019

Quitter son pays? Il existe plein de raisons, politiques, économiques, etc. Au cours des dernières décennies, de tous les coins du monde, beaucoup sont arrivés en France, parfois définitivement, ou avec des aller retours dans leur coin d'origine. Avec souvent une nostalgie prégnante, particulièrement quand on pense à la cuisine du pays.

Les 24  personnes interviewées ici racontent des histoires parfois poignantes, parfois optimistes, jamais bien simples, et parlent beaucoup de cuisine, le chapitre se terminant avec des recettes et des adresses (en grande ville plutôt).

C'est vraiment intéressant d'avoir une vision de l'immigration depuis les années 20, avec les idées préconçues sur la France et la découverte de la réalité, les divers parcours pas forcément de tout repos, et comment cela s'est passé pour la génération née en France ou arrivée dès la petite enfance.

J'ai beaucoup aimé cette façon d'aborder le sujet. Et vous, si vous deviez partir loin, quels plats regretteriez-vous? Comment mangeriez-vous? (j'ai ma réponse perso, j'ai testé le local, puis continué à manger français, l'estomac s'adapte mal dans la plupart des pays)(mais j'ai quand même des plats préférés d'autres pays)

lundi 10 février 2020

Anatomie de la stupeur

Anatomie de la stupeur
State of Wonder
Ann Patchett
Actes sud, Babel, 2019
Traduit par Gaëlle Rey



J'avais tellement aimé Orange amère, l'ambiance, la construction, les personnages, que j'ai tout de suite sauté sur Anatomie de la stupeur, sans savoir de quoi ça parlait.

Dans le Minnesota, Marina Singh est chercheuse au sein d'une entreprise pharmaceutique qui finance un groupe de médecins au fin fond de l’Amazonie, sous la houlette du Dr. Annick Swenson, quand même un fichu personnage qui mène le tout à son idée, sans trop rendre compte de l'avancée des recherches. Un collègue de Marina a été envoyé, hélas Swenson a annoncé sa mort, alors le chef de Marina l'envoie à Manaus, charge à elle de se débrouiller pour en savoir plus. Sauf que personne ne sait trop comment retrouver le Dr. Swenson.

Finalement, Marina va mener la mission à bien, non sans grosses surprises. La jungle amazonienne est pleine de découvertes (et de bébêtes pas sympathiques).

Se posent diverses questions : jusqu'où peut-on aller dans les recherches et les expérimentations? Jusqu'où peut-on tromper ceux qui vous financent? Jusqu'où peut-on intervenir auprès des populations locales (ici les Lakashis)?

Bref, excellent roman, (un peu trop ^_^) dépaysant, et passionnant!!! Tout de suite on est en empathie avec les personnages, même agaçants mais qui se découvrent au fil du roman, l'auteur impose son rythme de découverte, et le tout est fort fluide.

Un truc dingue que j'ai découvert, l'opéra de Manaus!




jeudi 6 février 2020

Les filles de Romorantin

Les filles de Romorantin
Nassira El Moaddem
L'iconoclaste, 2019


Nassira El Moaddem est journaliste, télévision, internet (Bondy blog), elle est née en 1984, et après quelques années d'enfance passées à S., ville bien connue pour son fromage de chèvre (oui, A girl, là même), sa famille déménage à Romorantin. Le père, comme 3500 habitants du coin, travaille à l'usine Matra, les enfants font des études, Nassira a le parcours qu'on peut découvrir sur wikipedia et que de toute façon elle relate dans son livre.

Elle est revenue récemment à Romorantin, dite 'capitale de la Sologne', au moment des gilets jaunes, désireuse d'en rencontrer, et aussi de parler de sa ville et de sa jeunesse. En particulier elle veut retrouver son amie Caroline, fille de commerçants et désormais ouvrière, dont la deuxième quinzaine de mois est chaque fois très difficile.
Comme indiqué sur la couverture, 'elles sont nées dans la même ville, l'une est restée, l'autre est partie, c'est l'histoire de deux destins...', alors pourquoi? J'avais une petite idée de la réponse avant cette lecture, à vous de la découvrir.

C'est aussi l'occasion pour Nassira el Moaddem de parler de Romorantin, qui comme bien des villes dont l'usine principale a fermé, a connu le choc du chômage, des départs, des drames humains. Beaucoup vivotent. le centre ville voit les commerces fermer ou en tout cas les enseignes défiler, ce qui est le cas de bien d'autres petites villes. Elle a parcouru la ville, assisté à des réunions avec des gilets jaunes (un peu réticents face à une journaliste, même issue du coin), revu des connaissances ou amis d'enfance. Elle a rencontré le maire et des responsables (parfois avec difficulté) et rencontré le public lors d'une réunion houleuse, à en lire la presse locale. C'est sûr que certaines affirmations sur la ville ne lui ont pas fait que des amis. Center Parks n'a pas dû apprécier non plus (je n'ai pas d'échos)

Mais elle l'aime, sa ville, cela se sent, et elle a écrit des pages aussi pleines de sensibilité, ainsi que sur sa famille et la communauté de Romorantin issue de l'immigration. Même si l'on ne connaît pas ce coin (et c'est dommage!), ce qui en est dit peut s'appliquer à d'autres villes et c'est aussi pour cela que la lecture s'avère intéressante.

Ceci étant, je ne peux demeurer neutre dans cette histoire, quand tout du long des pages je visualise les lieux, je reconnais des noms de lieux et de personnes, et le gros choc pour moi ça a été de retrouver une personne que j'ai bien connue, et donc j'ignorais qu’elle habitait encore la ville (le temps passe...)

Des avis sur babelio

lundi 3 février 2020

Opération âme errante

Opération âme errante
Opération Wandering Soul, 1993
Richard Powers
Le cherche midi, 2019
Traduit par Jean-Yves Pellegrin


Un titre paru il y a longtemps et enfin traduit? On se demande pourquoi avoir attendu, car cet opus est parfaitement au niveau des autres. Les mystères de l'édition... Les fans de Powers y retrouveront son écriture plutôt fouillée, son souffle, son empathie. Un roman de Richard Powers ne laisse jamais indifférent, même si j'avoue ne pas avoir vraiment tout compris. Cela peut être lyrique, évocateur de faits dont on ne se souvient pas toujours, cela peut faucher le lecteur au cours d'une phrase, par un détail douloureux et atroce sur le mal fait aux enfants.

Les enfants, oui. Un chapitre peut être consacré à une réécriture du conte du joueur de flûte de Hamelin, présenter la croisade des enfants, parler de la construction d'une école dans le sud est asiatique par des enfants privilégiés, décrire un attentat dans une école primaire, nous plonger dans le quotidien foutraque d'enfants très malades à l'hôpital (ah Nicolino), émouvoir avec la lumineuse petite Joy, réfugiée du Laos et bouffée par la maladie, amuser ironiquement avec l’évacuation des petits londoniens lors de la seconde guerre mondiale.

Après une extraordinaire arrivée (par les tentaculaires voies traversant Los Angeles) du docteur Kraft à son hôpital où il exerce en chirurgie pédiatrique, on est ferré. Il tombe raide amoureux de la belle Linda Espera, kinésithérapeute, mais on n'est pas dans un roman Harlequin, bien sûr. Alors faites confiance à Richard Powers pour ne pas vous diriger là où vous le pensiez. C'est dense, parfois beaucoup, et pas très optimiste sur notre monde...

L'opération wandering soul a réellement existé, au Vietnam.

Les avis de babelio,