jeudi 13 août 2020

Au bonheur des fautes

Au bonheur des fautes
Confessions d'une dompteuse de mots
Muriel Gilbert

Vuibert, 2017


Muriel Gilbert est correctrice au journal Le Monde et dans ce livre plein de peps raconte comment elle est arrivée là, et plus généralement à ce métier. Réponse : sans l'avoir vraiment pensé, car, enfant, qui se dit 'je veux devenir correcteur/correctrice!' et, plus simplement, qui connaît ce métier? Moi non, je m'en faisais une idée incomplète, traquer les fautes d'orthographe et de grammaire, oui, mais il n'y a pas que cela!

Un parcours vraiment intéressant (elle donne les coordonnées de l'unique formation diplômante) et axé sur son travail dans un quotidien, avec les urgences de dernière minute qui laissent passer des fautes, mais le zéro faute, chacun sait que c'est mission quasi impossible. D'ailleurs elle fait part de quelques erreurs amusantes et on sent que parfois elle regrette d'avoir à les corriger tellement elles sont jolies...


Je craignais de tomber sur des règles à tout bout de champ, mais non, seuls quelques encadrés bienvenus rappellent des particularités de la langue. Le corps du texte explique aussi quelques subtilités, par exemple la différence entre futur et conditionnel, il suffit de passer à la deuxième personne du singulier. Par exemple,"je viendrai demain" ou "je viendrais demain". Hé bien, tu viendras ou tu viendrais? Je signale que ça et la confusion passé simple/ imparfait font partie de mes agacements, j'étais sans doute une candidate idéale pour devenir correctrice.

Quoique, franchement, j'ai souvent des doutes et cet accord du participe passé, par exemple, je croyais connaître, et c'est encore plus horrible que je ne pensais. C'est Clément Marot qui a ramené ça d’Italie (depuis les Italiens y ont renoncé, pas fous les gars)


Attention cependant : "Le correcteur ne sait pas tout, mais il sait où sont les pièges, ce qu'il lui faut vérifier et où trouver la réponse rapidement."

Où j'apprends que certains auteurs (Simenon, Céline) ont eu des correctrices, et actuellement Muriel Gilbert révise chacun des romans de Foenkinos (recorrigés ensuite chez l'éditeur)

Franchement, le français peut être coton. Des vaches noires et blanches, ce n'est pas du tout pareil que des vaches noir et blanc. Les deux sont corrects, ça dépend des vaches.

Pour terminer, quelqu'un qui connaît et aime le irrégulomadaire (mot que j'apprends!) La Hulotte ne peut que me plaire!

Des avis chez babelio, Dominique,

vendredi 7 août 2020

BD en vrac!

A la demande générale d'une blogueuse, je vais faire un effort pour parler de toutes mes lectures, y compris les chouettes BD sur lesquelles je tombe.


Mondo disco
Nicolas Wild
La boîte à bulles, 2019

Dirais-je que Nicolas Wild est un dessinateur reporter? Le voilà qui promène son lecteur aux quatre coins de la planète.
A Beyrouth en 2012. Au Népal en 2013, où ont dû se réfugier des Bhoutanais d'origine népalaise (hé oui, même le Bhoutan a des pratiques pas sympa)
En France en 2014 c'est l'armée qui l’accueille pour des reportages dans trois bases. La com, quoi, il n'a pas accès à tout! Mais son humour reste actif et accepté de ses hôtes, on peut le supposer. Et puis, cette histoire d'avion détourné! Où j'apprends qu'en cas d'attentat-suicide, l'ordre d'abattre un avion civil vient du premier ministre en personne. Et pourquoi en 1991 lors de la guerre du golfe, la France n'a pas fait décoller ses mirages F1 (Saddam Hussein en possédait, d'où risque d'erreur des américains). Et un berger dont les moutons (croqués à la Shaun) broutent les prairies autour des sites...
Istambul 2014, Ukraine 2016, Phnom Penh 2016 puis les Alpes et le Maroc terminent ce mini tour du monde.

Franchement j'ai aimé le regard de Nicolas Wild, son humour parfois décalé, son empathie, sa vision et ses remerciements.
"La BD sur Tchernobyl était une commande de la chaîne de Télévision Arte. je remercie facétieusement Philippe Brachet qu m'a proposé cet étrange périple et grâce à qui je brille la nuit."


Autre genre, plutôt Comics.
Joyride
Collectif

Glénat,



Douze épisodes réunis en un volume, pour une histoire complète. Cela commence avec une histoire d'ado rebelle, Uma, entraînant son ami Dewydd, et Catrin, dans une cavale intergalactique. Uma égocentrique et à baffer au départ (faut croire que le YA en Comics ne m'accroche pas trop), prend de l'épaisseur, ainsi que les deux autres protagonistes.
Beaucoup d'imagination, des aventures renouvelées, du rythme (même si j'aurais préféré qu'on passe moins vite, parfois), de l'humour (genre Saga pour les fans) et une fin (trop rapide) à la fois attendue et culottée.


Je suis tombée sur le tome 3 de A nos amours (les deux premiers n'ont pas été chroniqués, mais bon, le principe est le même)

A nos amours
Tome 3
J.P. Nishi

Ed Kana
(image fnac)

L'auteur est japonais, époux de Karen, une française, ils vivent au Japon avec leur fils, Nao.
L'idée est de présenter les différences culturelles entre France et Japon, au travers d'expériences vécues. Vraiment sympa, commencer par le tome 1 et Enjoy!
Dans ce tome on retourne au salon de Paris, on porte un masque quand on pense avoir la grippe, et une surprise à la fin!
(on peut aussi découvrir la série à paris A nous deux, Paris      Paris, toujours )


Noire
La vie méconnue de Claudette Colvin
d'après Tania de Montaigne

Emilie Plateau

Dargaud, 2019

Montgomery, Alabama, 2 mars 1955. Claudette Colvin a 15ans, rentre de l'école par le bus, et refuse de changer de place pour laisser un blanc s'asseoir. Cela vous rappelle quelque chose? Oui, Rosa Parks. Mais c'est juste avant. D'ailleurs on va voir comment ça s'est passé. Procès, boycott, etc.
Comment Claudette, jeune, célibataire, enceinte, a été oubliée. Comment les hommes (noirs) ont pris le contrôle de l'affaire.
A lire, bien sûr.

samedi 1 août 2020

Dry bones

Dry bones
Craig Johnson
Gallmeister, collection Americana, 2019
Traduit par Sophie Aslanides


On est bien d'accord, on ne lit pas les aventures de Walt Longmire pour l'histoire policière et un suspense haletant à chaque page, mais pour se retrouver dans le Wyoming avec toute la bande. Ils sont tous là, y compris Henry Standing Bear, Cady et le bébé, Lucian, l'agent spécial McGroder sans oublier Robert et Bob, quasiment des Dupont Dupond, mais je serais bien incapable de me souvenir où ils sont apparus la première fois.

Que se passe-t-il dans cet épisode? On découvre un vieux Cheyenne noyé alors qu'il pratiquait la pêche, et un T Rex dans un terrain proche. Ossements déchaînant les passions car à la vente il s'agit de millions de dollars! Un autre événement survient aussi, qui laisse augurer une prochaine enquête dans un opus à venir, mais mes lèvres sont scellées.

Sujet sensible : Vic! Elle est présente, et (j'ai vérifié) elle passe la moitié du bouquin sans grossièretés. Incroyable. Ensuite elle est blessée et on lui pardonne d'user d'un langage plus fleuri, mais sans exagérer comme à l'ordinaire. Craig Johnson a-t-il eu vent de la lassitude de certains lecteurs à ce sujet?
"Nous n'allons pas être obligés de la piquer.
- C'est une bonne nouvelle.
- Mais elle a gagné la botte et les béquilles.
- Ouh là, on ne va pas s'amuser.
David sourit et secoua la tête.
- Assez impatiente, la patiente.
La Nation Cheyenne se leva et me rendit la petite carte.
- Vous avez remarqué?
- Quand nous avons manipulé sa cheville, nous avons eu droit à un échantillon de langage que je n'avais pas entendu depuis les matchs de foot du lycée.
- Dans cette discipline, elle a un véritable talent d'artiste, reconnaissons-le."

Ce qui rend les lectures plaisantes, si on n'est pas pressé, ce sont les touches d'humour plutôt sympa parsemant les dialogues.

Pour terminer, j'ai bien rigolé à la fin du roman, quand apparaissent les patronymes de l'éditeur et de la traductrice! Sans doute une jolie complicité avec l'auteur.

Les avis de Le Bouquineur,

mardi 28 juillet 2020

Chimpanzés, mes frères de la forêt / Les secrets de l'intelligence animale

Chimpanzés, mes frères de la forêt
Sabrina Krief
Actes sud, 2019
Mondes sauvages Pour une nouvelle alliance




On ne discute pas: je ratisse tous les livres parus dans cette collection d'actes sud, Mondes sauvages pour une nouvelle alliance. Joli format, environ 150 pages, présentation soignée. Et le contenu? Nickel ! Des spécialistes dans leur domaine, qui ont le bon goût d'être parfaitement lisibles, abordables, savent partager leur passion, ne prennent pas leur lecteur pour des ignorants ou des spécialistes, bref, un équilibre parfait. Bon, petit détaillounet, ce ne sont pas des romans, et ça parle de nature, écologie, environnement, animaux et tutti quanti.

Sabrina Krief est vétérinaire et professeure au Muséum d'histoire naturelle. Depuis deux décennies environ elle s'intéresse aux chimpanzés vivant dans le parc national de Kibale (Ouganda), d'abord à Kanyawara puis à Sebitoli, là depuis 10 ans.

Les chimpanzés sont les êtres vivants les plus proches de l'homme, plus encore que les autres singes. Proches génétiquement, mais pas question de trop les coller, parce que quand on les étudie, mieux vaut rester à distance prudente, histoire de respecter leur santé, leurs habitudes, bref leur vie. Ceux de Sebitoli sont en forêt, non primaire, mais une forêt de remettant d'une surexploitation, elle est entourée de villages (et leurs attractifs champs de maïs) et traversée par une route! Problèmes avec les braconniers et leurs pièges, les pesticides répandus causant des malformations.

Sabrina Krief et son équipe pensent aux chimpanzés et aussi aux villageois, avec l'installation d'une clôture de ruches suspendues, empêchant l'incursion des éléphants dans les villages.

Ce qui est très intéressant, c'est que l'étude des chimpanzés malades -disons l'observation de leur comportement quand ils le sont- et de leur consommation de certaines plantes (aux propriétés souvent connues aussi des villageois!) amène à découvrir des molécules utiles pour la médecine des humains.

Les chimpanzés sont des animaux passionnants à observer, il faut pour cela une énorme patience (on compte pas en semaines ni en mois, mais en années!) et une excellente forme physique.

Ce livre très très riche est à lire, j'en ai fait un coup de coeur.

Des avis chez babelio,


Les secrets de l'intelligence animale
Université d'été de l'animal
Sous la direction de Yolaine de la Bigne
Préface de Pascal Picq
Larousse, 2018


"L'université d'été de l'animal a pour vocation de réunir chaque année les meilleurs spécialistes de l'intelligence animale et de communiquer leurs découvertes au grand public."

Voilà donc des conférences vivantes, pas trop compliquées à suivre, tout en étant sérieuses. Sabrina Krief a reparlé de ses singes médecins (j'ai apprécié l'incursion dans le monde des chercheurs...), Pierre Jouventin a su me fasciner avec le chien et le loup, détruisant quelques idées reçues sur la date de la domestication du chien, Christine Rollard, non sans humour, a fait de son mieux pour aborder un sujet clivant, les araignées, Anne-Claire Gagnon avait un sujet plus facile, n'est-ce-pas, avec les chats, Chris Herzfeld raconte cinq adoptions de chimpanzés en famille (plutôt triste, en fait)(dont Léo Ferré) et Bernard Séret fait part de sa passion pour les requins.

Des avis sur babelio,

vendredi 24 juillet 2020

Habemus piratam

Habemus piratam
Pierre Raufast
Alma éditeur, 2018



Un auteur que je suis systématiquement, même en léger décalage... Cette fois faisons connaissance de l'abbé Francis, qui officie dans un petit village. Hélas les confessions des tricheuses au scrabble n'ont rien d'exaltant, alors quand un mystérieux personnage, profession, pirate informatique, vient s'accuser ou pas d'avoir attenté aux dix commandements, notre abbé s'emballe et s'en va vérifier innocemment sur internet les histoires narrées par son 'pénitent'.

Pierre Raufast a vraiment le chic pour raconter! A chaque chapitre son anecdote de piratage, drôle, émouvante, révoltante, toujours passionnante. 
Et une fin réussie!

"Les informations sensibles étaient noyées au milieu du délire romanesque. Des descriptions de personnages, des situations à risque bien précises... A part les intéressés, personne n'a jamais rien remarqué.
- C'étaient des clins d'oeil.
-Oui. Certains auteurs aiment ça."
(alors je me demande si...)

Ceci étant, on retrouve avec plaisir au détour d'un paragraphe des allusions aux romans précédents, sans gêne pour le néophyte, par exemple les rats taupes.

Beaucoup d'avis, dasola, nicole, le bouquineur, alex,

lundi 20 juillet 2020

Plein d'Echenoz!

Je ne mets pas toutes les couvertures, c'est chez Minuit. Là, on fait dans le sobre, Monsieur.

Courir
Jean Echenoz
Minuit, 2008


D'Echenoz je n'ai lu que Envoyée spéciale et La vie de Gerard Fulmard, que je qualifierais de 'barré', catégorie qui a mon approbation totale. Mais avec des sujets plus non fictionnels, qu'allait bien en faire l'auteur? Avec Courir, voilà un début de réponse. Un Echenoz différent mais toujours talentueux.

Courir, c'est ce qu'au début n'aimait pas Emile, et puis de fil en aiguille, en dépit d'un style peu orthodoxe, il gagne, il gagne, il bat les records. A Londres, 1948, puis Helsinki, 1952, il rafle des médailles d'or. En Tchécoslovaquie, durant la guerre froide, les athlètes ne se déplacent pas à l'étranger comme ils le désirent, et en 1968, Emile voit sa vie changer.

Avec Echenoz j'ai pu dévorer le parcours d'Emile Zatopek,  conté avec une ironie tragique sous-jacente, pour finir embarquée dans une grande émotion. Très bon livre.

"Je courrai dans un style parfait quand on jugera de la beauté d'une course sur un barème, comme en patinage artistique. Mais moi, pour le moment, il faut juste que j'aille le plus vite possible."

On trouve des vidéos sur internet, exact, drôle de style, mais efficace!

Ravel
Jean Echenoz
Minuit, 2006


Poursuivons donc la découverte des écrits de Jean Echenoz, dans sa veine moins barrée (voire pas du tout) mais plus biographique. Après Emile Z, voici Ravel.
"Ce roman retrace les dix dernières années de la vie du compositeur français Maurice Ravel (1875-1937)."

Près de la moitié de ce court récit concerne un voyage de Ravel aux Etats-Unis, pour une tournée (épuisante) en dépit du luxe (paquebot, trains, hôtels) avec lesquels ils s'effectuent. Dans sa vie de l'époque, partout des personnes aux petits soins, s'occupant de tous les détails. Une grande attention portée par Ravel à son habillement (ces années-là, dans certains milieux, c'était la grande classe!).
Quelques références à sa vie privée, à sa vie tout court (guerre de 14-18, il a insisté pour y participer, et comme compositeur -à l'époque considérée, il est célèbre et adulé).
A la fin, il meurt, bien sûr, et j'ignorais dans quelles conditions.

"Il s'attarde un moment au piano, joue et rejoue d'un doigt une phrase sur le clavier. Vous ne trouvez pas que le thème a quelque chose d'insistant? demande-t-il à S. Et puis il va se baigner. Sorti de l'eau, assis sur le sable sous le soleil de juillet, il reparle de cette phrase de tout à l'heure. Ce serait bien d'en faire quelque chose. Il pourrait par exemple essayer de la répéter plusieurs fois mais sans la développer, juste ne faisant monter l'orchestre et le graduer au mieux tant qu'il pourrait. Non? Enfin bon, dit-il en se levant avant de retourner nager, des fois que ça marcherait comme La Madelon. Mais ça marchera beaucoup mieux, Maurice, ça va marcher cent mille fois mieux que La Madelon."

Petit souci avec Wittgenstein, pour qui il a écrit un concerto pour la main gauche, et que ce pianiste a joué en y ajoutant des fioritures. "Il lui adresse un mot bref dans lequel il fait valoir que son interprétation relève de la contrefaçon, et le somme avec fermeté de s'engager à jouer désormais son oeuvre rigoureusement telle qu’elle est écrite. Quand Wittgenstein, vexé, lui écrit en retour que les interprètes ne doivent pas être des esclaves, Ravel lui répond en cinq mots. Les interprètes sont des esclaves."

Caprice de la reine
Jean Echenoz
Minuit, 2014

Des récits, annonce la couverture, sur divers sujets, Nelson, qui a souffert toute sa vie du mal de mer (pas de chance, vraiment), Babylone à l'époque de sa gloire, les ponts (ce type rendrait passionnant le Bottin, même remarque pour ses incursions au Bourget.)

"un amoncellement d'arbres presque exagérément français dans l'exhaustivité de de leur représentation, chênes, frênes, hêtres  et autres essences démunies d'accent circonflexe telles qu'ormes, tilleuls, peupliers."

Des textes qui pourraient convenir aux auditrices de Luocine!!!

Je m'en vais
Jean Echenoz
Minuit, 1999
Prix Goncourt


Voyons donc ce que donnait à l'époque Echenoz en pure fiction, avec Goncourt à la clé, quand même. Pas barré comme dans Envoyée spéciale ou Gérard Fulmard, mais l'écriture assez factuelle, à l'ironie sous-jacente, est bien là.
Je vais divulgâcher. Cela commence par "Je m'en vais, dit Ferrer, je te quitte." et se termine par "je prends juste un verre et je m'en vais." Entre les deux, Ferrer, propriétaire d'une galerie d'art parisienne, aura vécu bien des aventures rocambolesques, dont il serait dommage de dire trop. Juste que c'est bien fichu, inattendu, en fait le lecteur est bien baladé, dans tous les sens du terme.
Un roman qui tient la route, des années après.

des avis chez babeliolecture écriture,

Et pour finir (!) texte hybride entre roman et document.

14
Jean Echenoz
Minuit, 2012

Cinq appelés en 14, parmi bien d'autres, dont deux amoureux de la même femme, Blanche. Leurs destins sont représentatifs de ceux de millions d'autres.
Un livre court (ce qui explique que j'aligne les Echenoz comme des perles!) et que je recommanderais pour bien comprendre l'horreur de la guerre de 14 dans tous ses détails.

Challenge de Phildes

jeudi 9 juillet 2020

Les français et la nature

Les Français et la nature
Pourquoi si peu d'amour?
Valérie Chansigaud
Mondes sauvages pour une nouvelle alliance
Actes sud, 2017


Comment ça? Les français n'aiment pas la nature? Ils sont indifférents à sa protection?
Tiens, prenons les oiseaux. Tout le monde aime les oiseaux (mes chats aussi). Tout le monde a entendu parler de la LPO. Créée en France en 1912, elle compte environ 50 000 membres. Son équivalent britannique dépasse le million.
Et les bons auteurs? Les pays anglo-saxons sont sur le pont depuis des siècles (et là je découvre Gilbert White)(et hop, commande en librairie). Traduits tardivement en France, peu diffusés, peu lus. D'accord, on a quelques exceptions, avec Fabre ou le génial La Hulotte (le journal le plus lu dans les terriers), mais on fait un poil pâle figure.
Et en politique? Les écologistes entrent au parlement européen en 1979 pour la Suisse, 1981 pour la Belgique, 1983 en RFA, Irlande, Luxembourg, 1986 Pays-Bas, 1987 Italie, 1988 Suède. France : 1997.

Pourquoi? Rien de très clair. Système politique? Place des femmes? Puissance des chasseurs? Compliqué de répondre. L'auteur en tout cas présente un tableau fort documenté du rapport à la nature depuis, disons, le 18ème siècle, et plaide bien sûr pour une meilleure défense de l'environnement (il y a du travail!). C'est passionnant, propose des idées lecture (merci merci)

J'en profite pour donner encore un coup de projecteur sur cette excellente collection découverte avec Vinciane Despret et Habiter en oiseau. Depuis, je ratisse tout ce que proposent les biblis.

lundi 6 juillet 2020

Honoré et moi

Honoré et moi
Parce qu'il a réussi sa vie
en passant son temps à la rater,
Balzac est mon frère
Titiou Lecoq
L'iconoclaste, 2019



Si vous voulez une biographie plus classique de Balzac, vous avez celle de Zweig, Balzac Le roman de sa vie. Titiou Lecoq, tout en accomplissant un énorme travail de documentation en amont, c'est sûr, livre une biographie très personnelle. C'est drôle, vivant, et elle ne craint pas d'apostropher Honoré (elle l’appelle aussi ainsi) quand il exagère ou refuse la réalité, et de laisser transparaître ses propres opinions. Autant dire que ça se dévore et qu'on en ressort prêt(e) à se jeter sur quelques bons vieux romans de Balzac signalés comme les meilleurs.

Vous êtes assez grands pour (re)découvrir une vie de Balzac, bourreau de travail et pourri de dettes (c'est un gros dépensier), je ne donnerai pas de détails. Titiou Lecoq met les choses au point quand à sa méchante mère, dont la vie n'a pas été un long fleuve tranquille non plus, et n'était peut-être pas si méchante, quoiqu'en dise Zweig.

Un scoop, Balzac avait une fille illégitime, dont on a découvert l'identité en 1955 (Zweig ne pouvait donc pas la connaître), née en 1834 et décédée en ... 1930! Fille d’une femme mariée à particule, les maîtresses d'Honoré étant quasiment toutes de ce modèle. Il semblerait que Balzac demeurait discret sur ses bonnes fortunes.
Cela valait mieux, car l'époque était cruelle pour les femmes infidèles (les maris infidèles ne craignaient rien) et risquaient prison, divorce, etc.

"La France a élu Rastignac comme président de la République, et c'est peut-être le plus grand fait balzacien de notre société."

Je vous laisse, à vous de découvrir cet emballant Honoré et moi, qui se dévore!

Les avis de Antigone, babelio, Histoires d'en lire, lou,

jeudi 2 juillet 2020

Tout est possible / Amy et Isabelle/ Je m'appelle Lucy Barton

Tout est possible
Anything is possible
Elizabeth Strout
Fayard, 2018
Traduit par Pierre Brévignon


Auteur de Olive Ketterige, prix Pulitzer 2009, Elizabeth Strout fait partie de ceux qu'on veut suivre, en particulier  Je m’appelle Lucy Barton m'avait tapé dans l'oeil (en vain car pas disponible) et heureusement je n'ai pas raté ce Tout est possible. Finalement je pourrais carrément recopier une partie de mon billet sur Olive Ketteridge!

Avec neuf histoires d'une trentaine de pages, l'on pourrait se croire dans un recueil de nouvelles, par exemple dans L'écriteau, Tommy Guptil rend visite à Pete, sorte d'ours solitaire dont il saura percer la carapace avec patience et gentillesse. Ce Pete est le frère de Lucy Barton, dont on retrouvera la nièce lycéenne dans Eoliennes, etc., chaque histoire permet de de voir revenir des personnages principaux, mais en secondaires, ou bien l'on connaît une suite juste au détour d'une conversation. Cela donne vraiment un ensemble et contribue au plaisir de lecture.

Ce qui est toujours remarquable aussi, c'est la façon de raconter, simplement, efficacement, de donner à saisir les atmosphères, les dialogues, juste assez pour laisser deviner les non-dits. Il ne va pas se dérouler des événements catastrophiques ou grandioses, juste la vie telle qu'on la connaît, avec des personnages parfois blessés et rarement méchants.

image decitre
Amy et Isabelle
Amy and Isabelle, 1998
Elisabeth Strout
Pocket, 2002
Traduit par Suzanne V. Mayoux

Au cours d'un été sec et caniculaire, Isabelle, comme toujours depuis 15 ans, est à son poste de secrétaire dans une usine, se pensant amoureuse (sans espoir) de son patron, essayant de garder ses distances avec ses collègues bavardes dont elle se sent (discrètement) supérieure. Isabelle a en effet fréquenté l'université, mais a dû abandonner ses études pour s'occuper d'Amy , son bébé. Pleine d'espoir d'une vie meilleure, elle s'est installée à Shirley Falls, échouant par ailleurs à s'intégrer pleinement dans l'église congrégationaliste.

Amy est lycéenne et a obtenu un petit boulot d'été à cette usine. Mais entre elle et sa mère règne silence, hostilité et froideur. A la maison, elles se côtoient, sans plus.
La raison? Un certain Robertson, professeur de mathématiques d'Amy pour un remplacement. Tiens, pour une fois dans un roman ce n'est pas un professeur de lettres... Mais Robertson saura plaire à l'adolescente en lui parlant poésie, ouf, les traditions sont respectées. Sauf que là l'histoire va aller un poil trop loin!

Voilà un roman sur les relations mère/fille. Isabelle a reproduit avec Amy ce qu'elle a vécu enfant et adolescente, à savoir peu d'ouverture vers l'extérieur. Mais d'autres personnages gravitent autour d'elles, et c'est tout un petit monde que le lecteur souvent omniscient découvre. Une petite ville avec des quartiers bien séparés, des classes sociales aussi. Une fin magnifique ouvre l'avenir sur de nombreuses années futures.
Au cours du roman Isabelle va évoluer, découvrir la chaleur de l'amitié avec quelques collègues à qui elle dévoile quelques pans de son passé. Il me reste à m'interroger sur Robertson, au départ même s'il avait été une femme enseignante j'aurais trouvé son comportement inapproprié à l'égard d'une adolescente peu sûre d'elle, mais ensuite en tant qu'homme mûr il est inexcusable.

Et enfin, de retour de réparation à la bibli, voici Je m'appelle Lucy Barton. Réparation qui hélas ne résistera pas à plusieurs lectures.

Je m'appelle Lucy Barton
My name is Lucy Barton, 2016
Elisabeth Strout
Fayard, 2017
Traduit par Pierre Brévignon

Dans Tout est possible Lucy Barton revenait dans la petite ville de son enfance, mais là cela se passe bien avant. Alors qu’elle est hospitalisée durant de longues semaines, à New York où elle habite avec son mari et ses deux petites filles, elle reçoit la visite de sa mère. Les deux femmes parlent, les questions de Lucy n'ont pas toujours de réponses. Les souvenirs d'une enfance dure reviennent. La mère préfère lui apprendre ce que sont devenus des habitants de sa ville.
Par ailleurs Lucy nous parle de ses voisins, de son désir d'écrire.

Cela se dévore, n'est pas d'une gaieté folle, mais est bourré d'humanité, de subtilité, de non dits...

Lors d'un stage avec un auteur, son avis sur ce qu’elle est en train d'écrire:
"... c'est très bon. ce sera publié. Mais les gens vous reprocheront de parler à la fois de la pauvreté et de la violence domestique. (...) Les gens vous diront qu'on peut très bien être pauvre sans être violent, et vous ne leur répondrez jamais rien. Ne défendez jamais votre travail. Votre historie parle d'amour, vous le savez bien. C'est l'histoire d'un homme qui, tous les jours de sa vie, a été tourmenté par ses actions pendant la guerre. C'est l'histoire d'une femme qui est restée avec lui, parce que c'est ainsi que se comportaient la plupart des femmes de sa génération, et qui vient voir sa fille à l'hôpital. Elle se met à parler de façon compulsive de tous les couples qui vont mal autour d'elle, mais elle ne s'en rend pas compte. Elle ne se rend mêem pas compte de ce qu'elle fait. C'est l'histoire d'une mère qui aime sa fille. D'un amour imparfait. Parce que nous aimons tous d'un amour imparfait. Mais si, en écrivant, vous vous surprenez à protéger quelqu'un, alors ayez cela bien à l'esprit : vous faites fausse route."
"Vous n'aurez jamais qu'une histoire  à raconter. Et vous l'écrirez de différentes façons. Ne vous tracassez jamais pour votre histoire. Vous n'en avez qu'une."

Voir l'avis de Electra, bis, il y a aussi une suite Olive, again! et avis de manou

Trois d'un coup, ça va dans le challenge de Phildes!

lundi 29 juin 2020

Le petit-fils

Le petit-fils
Little Faith
Nickolas Butler
la cosmopolite Stock, 2020
Traduit par Mireille Vignol



Lyle Hovde et sa femme Peg sont des sexagénaires tranquilles, un couple uni; le drame de leur vie, c'est d'avoir perdu un fils en bas âge, mais leur fille Shiloh, adoptée, est mère d'Isaac, mignon petit garçon de 5 ans. Tout baigne dans le bonheur serein d'une petit ville américaine, avec famille et amis. Un bonheur pas gnangnan, finement observé.

Jusqu'au jour où Shiloh se met à fréquenter une église moins conventionnelle et ne plus voir que par les yeux du responsable, Stephen. Lyle n'est pas très croyant, en dépit de rapports amicaux avec son pasteur habituel, Charlie. Là aussi les avis sur foi et comment la considérer dans sa vie sont plutôt l'objet de discussions intéressantes et variées.

Voilà un roman que j'ai dévoré, charmée par l'ambiance douce, les rapports entre grand-père et petit-fils. De magnifiques moments, particulièrement grâce aux pommes du Wisconsin en particulier, sans oublier les vieilles amitiés. Tiré d'une histoire vraie, quant à un événement tragique. Nickolas Butler, sans grands effets de manche, avec subtilité et empathie, sait faire passer les ressentis et aborde un problème qui peut arriver à tous les grands parents.

Les avis de krol, eva, et pop up monster dont je viens de voir le billet!, alex,

vendredi 26 juin 2020

L'invention de l'auteur

L'invention de l'auteur
Jean Rouaud
Gallimard, 2004


Avec Kiosque, je suis tombée dans la marmite Rouaud, lequel est entré dans le club très fermé des auteurs français contemporains dont je veux tout lire. Après Etre un écrivain (2015)(pas de billet ici), voici cette Invention de l'auteur (2004).

Dès l'abord, se croisent Jean de la Croix ("Pour aller où l'on ne sait pas il faut passer par où l'on ne sait pas."), Thérèse d'Avila, de Lisieux, et surtout Bernadette Soubirous ("Ce qu'on écrira de plus simple sera le meilleur."). Sa vision de Joseph charpentier (est-ce bien un charpentier sur le tableau? se demande Rouaud) le conduit à Joseph, son père décédé alors qu'il avait 11 ans. Hé oui, après cinq livres, il pensait en avoir terminé avec son père, mais non.

Par <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/fr:Georges_de_La_Tour" class="extiw" title="w:fr:Georges de La Tour">Georges de La Tour</a> — <a href="//commons.wikimedia.org/wiki/User:Sammyday" title="User:Sammyday">Sammyday</a> (2010-10-23), Domaine public, <a href="https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=18953220">Lien</a>
Revoilà le lecteur plongé dans des souvenirs, encore, et ça tourbillonne, et ça se répond, et il rencontre à une reprise une femme, on en saura pas comment elle s'adresse à lui dans sa lettre, tiens, en tout cas voilà Nils Holgersson. Rouaud a voulu être un écrivain, alors il cherche la genèse de cette envie, les signes dans son enfance.

Bon, impossible à résumer, mais auteur il y a. Et puis, il peut raconter ce qu'il veut, je le suis. Peut-être parce que je visualise bien l'environnement de son enfance?
Allez, quand on voit comment il parle de Bach (et sa mère) ou de Mozart (et son père), on en redemande. Fascinant, virtuose.

Beau billet de marques pages, qui propose ailleurs un passage,

mardi 23 juin 2020

Le célibataire

Le célibataire
The bachelor, 1944
Stella Gibbons
Poche points, 2017


Stella Gibbons (1902-1989) est l'auteur de Le bois du rossignol et La ferme de cousine Judith


Dans une grande maison d'un village pas très loin de Londres, durant la seconde guerre mondiale, vivent Miss Fielding, son frère Kenneth et sa cousine Frances. Assez indépendante mais gentille, Frances n'ose pas trop affronter la terrible Miss Fielding, qui manipule aussi son frère et considère qu'il est mieux qu'il demeure célibataire. Arrivent là-dessus Betty, une pimpante veuve dont Kenneth fut amoureux, mais en vain (de toute façon Miss Fielding veillait au grain) et son fils Richard, de santé fragile.
Ajoutons un ami de miss Fielding, le père des Fielding, et Vartouhi, une réfugiée baïramienne chargée du ménage et de la cuisine, et voici une pleine maisonnée de célibataires d'âges différents, allant et venant, des amourettes, des demandes en mariage, au point qu'il est bien difficile de savoir qui sera avec qui à la fin.

Le tout se déroule dans une ambiance de guerre, avec couvre-feu, raids nocturnes, abris, et, principalement  à Londres, destructions. Quelques restrictions. Des jeunes gens au loin, à la guerre. Du travail en usine, et des réfugiés de Londres (mais ouf, partis, se réjouit Miss Fielding au tout début)

La jeune Vartouhi, dont on découvre un peu de son pays (imaginaire), ne se laisse pas faire, et c'est elle qui met dans l'histoire un brin de fantaisie et d'exotisme. Les personnages sont bien croqués, peuvent évoluer, jamais vraiment méchants. Les dialogues ou les pensées recèlent souvent de l'ironie.

"Oh, les Baïramiens sont polis, évidemment. Mais il ne faut pas s'y fier. Même si elle nous détestait de tout son cœur, elle se montrerait d'une parfaite politesse."
"Il doit être merveilleusement reposant de ne jamais penser au bien-être ou aux sentiments d'autrui."

Bref, une lecture fort plaisante, avec de (courtes) mais fort belles descriptions de la nature environnante. On tombe facilement sous le charme.

Les avis de Plaisirs à cultiver,


Mois anglais chez Lou, Lamousmé et Titine


vendredi 19 juin 2020

Mentir n'est pas trahir / De toutes les couleurs/ Tendres silences

Mentir n'est pas trahir
Deception is so easy
Angela Huth
Quai voltaire, 2015
Traduit par Anouk Neuhoff


Angela Huth continue à m'apporter des lectures douces en apparence, avec des sujets ordinaires, des personnages que l'on pourrait connaître. Cette fois, un triangle, avec Gladwyn Purser, son épouse Blithe, et Lara, la jeune femme accidentée qu'il a aidée un jour et qu'il n'arrive pas à oublier, en dépit du temps qui passe.
Alors, encore un mari - heureux en ménage et amoureux de sa femme depuis près de 20 ans- attiré par l'herbe plus verte? Angela Huth réussit à le rendre assez sympathique et parfois ridicule, embrouillé qu'il est dans ses affaires de cœur, et aussi d'emploi du temps car chacune des deux femmes ignore l'existence de l'autre; bien sûr cela ne durera pas! Inutile de le plaindre, bien sûr.

"Le mariage était comme un de ces globes en plastique remplis de fausse neige que certains aimaient à placer sur leur bureau. On renversait le globe, et la maisonnette, ou le bonhomme de neige, disparaissait un instant sous une mini-tempête silencieuse. On reposait le globe, et la scène retrouvait son caractère tranquille. L'embêtant, c'était que la tempête était souvent déclenchée par étourderie, et qu'il fallait ensuit du temsp pour l'apaiser."

"La vie en solitaire, elle s'en rendait compte, nécessitait un certain talent. Il fallait toujours prévoir ses petits plaisirs à l'avance, ne serait-ce qu'une chose aussi dérisoire que l'achat d'un livre, et il ne fallait jamais rester sans projets plusieurs jours d'affilée. Pour Lara, être seule, signifiait pouvoir observer les choses en toute tranquillité. Dans une vie animée remplie de gens et d'activités, la contemplation était moins facile. Elle s'expliquait mal pourquoi tant de gens redoutaient l'idée de la solitude."

De toutes les couleurs
Colouring in
Angela Huth
Quai Voltaire, 2005
Traduit par Marie-Odile Fortier-Masek

Après le triangle, le carré, si j'ose dire! Dans ce roman choral dont les personnages principaux ont des voix différentes, Isabel et Dan forment un couple solide et amoureux, elle crée des masques, lui occupe un boulot alimentaire et rêve d'écrire une pièce à succès. Leur ami Bert revient des Etats Unis, voici l'occasion d'un dîner avec leur amie Carlotta. Mais rien ne se passe comme prévu, des sentiments, des attirances se créent.
Ajoutons les voix de Sylvie, la fille adolescente de Dan et Isabel, Gwen leur femme de ménage; et l'on obtient un joli roman plein de subtilité, où le lecteur s'amuse du décalage créé entre la réalité et ce que chacun voit ou imagine.

Pour terminer (pour l'instant, mais peu me restent à lire)

Tendres silences
Easy silence
Angela Huth
Quai Voltaire, 1999
Traduit par Marie-Odile Fortier-Masek
et Henri Robillot

Dans le vieux couple formé par William et Grace, beaucoup de silences, tellement ils se connaissent bien. Pas ces silences malaisés, mais parler n'est pas nécessaire. Leur vie reste dans les rails, tranquille, ponctuée par les répétitions et concerts de William, violoniste dans un quatuor assez renommé.

Or leur altiste vient de les quitter, remplacé par la jeune et spontanée Bonnie, sur laquelle William fantasme beaucoup. Jouer Mozart à deux, et voilà William qui perd les pédales et décide de se débarrasser de son épouse. C'est plutôt invraisemblable si on y réfléchit bien (Bonnie n'est même pas au courant des élans de William et le considère comme une personne d'une autre génération) mais Angela Huth fait passer ça et on s'intéresse aux diverses péripéties, où William est parfois ridicule (mais gentiment).

Grace, elle, a fait connaissance de Lucien, un jeune voisin gentil mais pas toujours, un peu dérangé semble-t-il, qui semble apprécier son travail d'illustratrice, mais finit par la perturber et la rendre nerveuse, ses visites répétitives n'étant pas toujours bienvenues.

Voilà un roman qui baigne un peu dans la musique du quatuor, à l'ironie très très subtile, montrant finement les ressentis de William et Grace. Ce sont Jack, le fils  du couple, et sa copine Laurel, qui de bout en bout sont plutôt antipathiques, chose rare chez Angela Huth. Mais ils sont bien réussis.

Un passage pouvant s'appliquer à William et Grace en rapport avec Bonnie et Lucien
"Qui sait pourquoi nous sommes attirés par les gens? Quand les affinités ne sont pas évidentes, quand une passion ou une affection irrationnelles sont l'unique lien, plutôt que tout autre sentiment plus stable, plus pratique, il peut s'ensuivre toutes sortes de problèmes, de souffrances."

Mois anglais chez Lou, Lamousmé et Titine


mardi 16 juin 2020

L'ombre de la route de la soie, de Kachgar à Méched

L'ombre de la route de la soie
de Kachgar à Méched
Colin Thubron
folio, 2010Traduit par Katia Holmes




Colin Thubron, dont j'ai aimé En Sibérie, a parcouru la route de la soie, à au moins deux reprises semble-t-il, et j'ai pu lire, dans L'ombre de la route de la soie, paru en 2006, uniquement la partie De Kachgar à Méched. Un cadeau offert par folio avec l'achat d'un guide Gallimard.

Parti de Chine et se dirigeant vers la Turquie, Colin Thubron voyage, seul, plutôt en stop ou transports en commun. Arrivé au Kirghizistan par le col de Torugart (3600 m quand même), le voilà "dans des herbages couverts de troupeaux de chevaux, devant un horizon colonisé par des cimes neigeuses."

Halte au caravansérail de Tash Rabat, 15ème siècle, "tout de pierre sombre, avec des tours arrondies".

et nuit dans une yourte "sous des couvertures matelassées". Seule Nazira habite le coin en demi permanence.
"Les cimetières paraissaient souvent mieux dotés que les habitations des vivants. Ils s'assemblaient en hameaux spongeurs sur les crêtes ou au bord des rivières, leurs tourelles crénelées et leur dômes de fer forgé surmontés de croissants de lune islamiques ou d'étoiles communistes."

De rencontres en rencontres, arrosées  de kumis ou vodka, il arrive à Samarcande.
puis Boukhara
avec des rappels géographiques et historiques récents ou pas. J'ai notamment appris que les frontières de ces pays en -stan ont été établies par les soviétiques à l'époque de l'URSS, puis gardées après 1991, alors qu’elles ne correspondent pas aux populations y habitant.

Puis Colin Thubron file plein sud en Afghanistan, du côté de Mazar et Hérat, donc le nord, dangereux, et marqué par les guerres récentes (ou actuelles?). Pourtant que de splendeurs (détruites ou pas?). Il prend prudemment l'avion pour se rapprocher de l'Iran, et on le quitte là pour l'instant.

A Hérat
"La destruction de ce magnifique ensemble est une triste histoire. Les incomparables édifices avaient survécu pendant quatre siècles, délabrés mais intacts. Craignant une avancée russe vers l'Inde, les ingénieurs de l'armée britannique-indienne (...) les firent sauter en 1885, pour créer un vaste champ d'opérations. Et finalement, les russes ne vinrent pas... Neuf minarets survécurent jusqu'au XXe siècle, mais deux succombèrent au tremblement de terre de 1931. Robert Byron décrivit deux ans plus tard une paire de survivants d'une beauté unique. Mais l'un d'eux s'écroula en 1951, et des tirs soviétiques démolirent l'autre en 1979, laissant un moignon de dix mètres sur lequel je trouvai la trace d'un revêtement de marbre."
De la même époque (15ème siècle) existe à Meched (Iran) une mosquée (dont le dôme fut endommagé en 1911 par un bombardement des troupes russes). Donc l'ensemble à Hérat devait ressembler à ceci.

Forcément j'ai beaucoup aimé cette lecture, Thubron sait parfaitement faire saisir l'ambiance du voyage, les rencontres, un poil d'histoire et de géographie si on ne connaît rien au coin, et demeure pour le lecteur une possible grosse bouffée de nostalgie. 
(j'ai craqué, j'ai acheté le livre complet, lecture à venir)

Mois anglais chez Lou, Lamousmé et Titine

samedi 13 juin 2020

Dans les replis du temps

Dans les replis du temps
Human croquet, 1997
Kate Atkinson
Poche, 1999
Traduit par Jean Bourdier


Human croquet est le deuxième roman de Kate Atkinson après Dans les coulisses du musée, qui connut un légitime succès. Ici le titre anglais est complètement différent (la règle de Human croquet est donnée en fin de livre) et je me demande si le titre français ne cherche pas à copier ce Dans les coulisses du musée?

La mère d'Isobel a disparu, son père a disparu aussi puis est revenu, sa nouvelle belle-mère est bizarre, sa grand-mère peu compréhensive et sa tante une vraie harpie. Voici dans quel environnement grandissent Isobel et son frère Charles, dans un petit village anglais. Des familles voisines, des copines de classe, un amoureux rêvé, voilà pour le reste.

La quatrième de couverture annonce la faculté pour Isobel de circuler 'à son gré' (je cite) dans le temps, pour 'explorer une tranche du passé ou entrouvrir une porte sur l'avenir.'
Soit.
En fait, Isobel se retrouve à l'insu de son plein gré, pour quelques minutes, et peu de fois, dans un passé plus ou moins lointain. Expérience sans intérêt (pour moi) qui ne change rien pour Isobel semble-t-il (elle ironise dessus) et n'apprend pas grand chose au lecteur.

On se retrouve en fait avec une histoire bourrée d'humour (Kate Atkinson est géniale!), bien racontée, avec des incursions dans le passé de la famille, clairement marqués en tête de chapitre, en fait comme dans bien des romans classiques.
Vers la fin des réalités alternatives sont narrées, j'ai fini non par trop m'y égarer, en fait j'ai plutôt aimé l'imagination de l'auteur, mais par contre j'ai perdu tout intérêt pour Isobel, sa famille et son entourage.
Dans le même genre, il vaut mieux lire l’excellent Une vie après l'autre du même auteur!

On retient : de l'humour, de la fantaisie, un style inimitable et ciselé, et des passages avec des chats qui me font craquer:
"Pourquoi les chats dorment-ils autant? Peut-être leur a-t-on confié une mission cosmique essentielle et répondent-ils à une loi physique de première importance - un loi voulant, par exemple, que s'il y avait moins de cinq millions de chats dormant en même temps, la terre s'arrêterait de tourner. Peut-être donc que, lorsque vous les regardez dormir en vous disant 'Quel troupeau de bons à rien!', ils sont, en fait, en train de travailler très, très dur."

Avis et extraits chez babelio, aussi chez lecture ecriture ,

Mois anglais chez Lou, Lamousmé et Titine

mercredi 10 juin 2020

Les aventures d'Elisabeth à Rügen

Les aventures d'Elisabeth à Rügen (paru en 1904)
Elisabeth von Arnim
Les belles lettres, 2014
Traduit (de l'anglais) par Bernard Delvaille


Elisabeth von Arnim mériterait un livre sur sa vie, bien remplie. Née en Australie en 1866, décédée en 1941 aux Etats-Unis, ayant épousé un von Arnim bien prussien (5 enfants avec lui)(Forster fut un de leurs précepteurs) , puis un Russell, ayant vécu dans moult pays européens, elle a laissé quelques romans et œuvres plus autobiographiques.
A une époque je la lisais systématiquement, mais finalement ces aventures à Rügen ne sont pas une relecture. Avril enchanté, si. Ma médiathèque a rangé ses œuvres au magasin (grrr), deux sont disponibles directement, une à A et l'autre à V (on s'amuse).

Elisabeth a laissé mari et enfants (on a du petit personnel, pas d'inquiétude) à la maison pour une balade dans l'île de Rügen, en mer Baltique. Ses amies ayant décliné son offre de l'accompagner, elle y va seule. Mais pas sans bagages et toujours du petit personnel. Gertrud, fidèle femme de chambre, s'occupe de faire et refaire les bagages chaque jour, elle voyage en train, bateau, puis, sur l'île, en victoria à deux chevaux conduite par son cocher Arthur. L'île est assez fréquentée par les touristes à cette époque, parfois elle trouve difficilement un logement, elle a un guide, mais son projet de compléter ce guide va quelque peu tomber à l'eau, suite à des rencontres sur l'île. Le monde est petit, Rügen particulièrement.

Elle va donc rencontrer (et essayer d'éviter) une anglaise et son fils, sa cousine Charlotte (et  son mari), le tout parfois dans une course poursuite car Charlotte fuit son mari. Elisabeth réussit tout de même à visiter l'île (ah cette proustienne ville de Putbus!), décrire avec vivacité les villes et les paysages, se baigner (cabines de bains! sans qu’elle indique la température de l'eau, car la Baltique, même en été?)

Mais surtout elle s'enthousiasme des beautés de l'île (on peut toujours y aller si on veut) dans un style chatoyant. "Bien au-dessus de nos têtes, les alouettes volaient dans la lumière, avec ce grisollement  que je ne peux jamais entendre sans une palpitation de gratitude pour le fait d'être en vie."

Evidemment il faut accepter le côté 'd'excellent milieu social' du personnage, mais si on le prend au second degré, son ironie fait mouche et on lui pardonne tout car elle sait se réjouir des beautés de la nature, sans chichis. Personnellement je me suis bien amusée à suivre ses aventures et compte continuer.
https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%BCgen
Voir babelio

Mois anglais chez Lou, Lamousmé et Titine

lundi 8 juin 2020

Blog anniv'

L'année dernière,  par paresse, manque d'envie ou fatigue, j'avais laissé passer l'occasion de marquer l'anniversaire du blog.


Mais là, sans grand enthousiasme (si!) je marque la date tout de même. Rappelons le jour historique du 8 juin 2008, chez overblog (voilà ce qu'overblog a fait de ma boutique depuis que je l'ai fermée), puis le passage chez blogspot, dans un format qui ne change plus depuis un bout de temps. La possibilité de marquer des adresses de blogs tout en bas pallie les fantaisies des agrégateurs de flux, même si ce n'est pas franchement tenu à jour.

En 12 ans, il en est passé des blogs! Existant encore ou non, plongés dans le sommeil, ressortis, replongés? Des liens se sont créés avec des blogueurs (surtout blogueuses, les gars, c'est comme ça!)(mais on vous chouchoute), certains apparaissent, avec lesquels on se découvre une énorme compatibilité livresque, d'autres disparaissent.

Depuis un bout de temps, l'activité ici diminue, bien moins de billets, et - curieusement, au moment du confinement- bien moins de lectures. J'en profite pour signaler que ma PAL qui semblait immense n'a pas trop supporté le confinement, et il était temps que ça s'arrête, quelques visites dans trois médiathèques et trois librairies devraient la voir refleurir."On ne sait jamais".

Côté rendez-vous, là j'avoue qu'à part le mois belge et le mois anglais, rien.

Côté voyages (voir le titre du blog) c'est au point mort. Je me rattrape avec les récits de voyage...

Et les SP? Après trois livres 'égarés' par la poste (?) je n'ose plus en demander, et emprunte dans mes trois médiathèques. Ce qui n'empêche pas d'aller en librairie. Et de recevoir quand même des nouveautés, par Masse critique ou des éditeurs fidèles.

A vous tous, merci d'être là!

jeudi 4 juin 2020

Depuis le temps de vos pères

Depuis le temps de vos pères
Les enquêtes du généalogiste
The blood atonement
Dan Waddell
Lu  en Rouergue noir, 2012
Traduit par jean-René Dastugue



Pour les séries policières il faut être patient (je l'ai vu avec Henaff et Chapman) alors voilà, j'ai fini par trouver le deuxième de la série du généalogiste. Mes billets précédents :  Code 1879   La moisson des innocents . Je précise que la quatrième de couverture en dit pas mal trop (le poche est moins disert) et l'auteur lui-même résume tout le 1 dans son deuxième opus, c'est un comble.

On retrouve, avec plaisir, l'inspecteur Grant Foster, qui encore une fois fera appel au généalogiste Nigel Barnes pour l'aider à démêler une enquête où le passé semble avoir une importance capitale. Assassinats sanglants (sans détails), disparition de très jeunes filles, menaces sur les encore vivants : on rentre vite dans l'histoire et on ne la lâche pas. J'apprécie ces enquêtes où l'on en apprend sur un sujet (la généalogie, l'ADN, les M.) et où la vie personnelle des enquêteurs n'empiète pas sur le déroulé de l'histoire. Efficace, quoi.

Je ne dirai rien de plus sur les tenants et aboutissants du mystère, si vous voulez tout savoir, lisez la quatrième, disponible sur internet. Parfois quelques rapidités dans le déroulement et les explications (comment a-t-on retrouvé G?)(pourquoi laisser vivant D? puisque...) mais ça reste un bon polar qui fait le job.

Des avis chez babelio, dont Nicole,

Mois anglais chez Lou, Lamousmé et Titine

lundi 1 juin 2020

Le beau monde

Le beau monde
Alys, Always
Harriet Lane
Plon, Feux croisés, 2012
Traduit par Amélie de Maupeou


Terne, renfermée, Frances travaille aux pages Livres d'un journal londonien, passant la plupart de son temps à des corrections de documents apportés bien tard par ses collègues. Efficace, c'est la bonne employée, et en tant que fille d'un couple planplan, elle est parfaite et ne sait pas dire non quand il s'agit de leur rendre visite ou de garder ses neveux. Sa vie sentimentale est au point mort. Mais elle est intelligente et très observatrice.

Un soir elle arrive juste après un accident, appelle les secours, et tout pourrait en rester là si la mari de la victime n'était pas un écrivain célèbre, Laurence Kyte. A partir de là, Frances va prendre les choses en main, avec doigté et ténacité. Sa vie professionnelle puis sentimentale vont changer du tout au tout, mais graduellement, patiemment.

Dans ce premier roman époustouflant de maîtrise, Harriet Lane présente une héroïne qui va garder quelques zones d'ombre. Petit à petit l'on découvre où elle veut en venir. Les détails sont vus par elle, épatante pour tous ces détails qui sont ceux du 'beau monde', si loin du sien. Fin, subtil, un excellent roman!

Les avis de cathulu, babelio, Alexielle,
Mois anglais chez Lou, Lamousmé et Titine

jeudi 28 mai 2020

La chevauchée des steppes

La chevauchée des steppes
3000 km à cheval à travers l'Asie centrale, 2001
Sylvain Tesson Priscilla Telmon
Pocket, 2013



En 1999 Sylvain tesson et Priscilla Telmon se lancent dans une grande randonnée à chaval, en partant du Kazakhstan où ils se procurent trois chevaux, qu'ils nommeront Ouroz, Boris et Bucéphale. Dans le coin, les chevaux n'ont pas toujours de nom, et se récupèrent plus de coups de talon et de cravache que de bons soins. Nos deux voyageurs ne se sont pas comporté ainsi, faisant souvent passer le bien-être de leurs montures avant la leur. D'ailleurs ces compagnons ne seront quittés aux alentours de la mer d'Aral, en de bonnes mains, et avec un gros serrement de coeur.
Deux kirghizes, à cheval!
On suit les cavaliers avec plaisir, au Kirghizistan par exemple arriver à cheval est une promesse de bon accueil (et il est difficile de refuser le kumis et la vodka, et le plov)

(3030 m d'altitude)
Globalement ils ont pu parcourir le trajet espéré, sauf une fois à cause de problèmes de sécurité. Le passage des frontières demande souvent patience et art de la discussion. Ils ont dû se méfier aussi des voleurs de chevaux ou autres.

La dernière partie leur fait traverser un désert vers la mer d'Aral, un vrai crève cœur écologique... Pour cultiver le coton, les eaux du Syr Daria et de l'Amou Daria ont été détournées. Sans parler de la pollution des sols et de l'air, des maladies... L'on sent parfaitement la colère et l'émotion chez les deux auteurs.

J'ai vraiment beaucoup aimé ce récit, avec un Tesson même pas trentenaire, évitant les grandes envolées philosophico-lyriques et trouvant la juste mesure entre le périple équin lui-même, et quelques information historiques et géographiques.

Des avis sur babelio,

Et voilà que je tombe en librairie post confinement sur :
(image prise chez La librairie du voyage)
Carnets de steppe, 2002
A cheval à travers l'Asie centrale
Sylvain Tesson Priscilla Telmon
Nouvelle édition revue et corrigée, Pocket, 2017


Bon alors, c'est le même livre? Hé bien non. Le voyage , son parcours, ses péripéties demeurent, bien sûr, mais je l'ai lu avec intérêt juste après l'autre. C'est bien plus court, agrémenté de photographies, et, comment dire? , alors que le premier déroulait le voyage du début à la fin, suivant la chronologie, le second est un peu classé, s'il s'agit de thèmes récurrents, par exemple le passage de frontières, la vision locale des femmes, la yourte, des vignettes historiques et géographiques.

"De nombreuses et très anciennes dénominations désignent les régions morcelées de cet ensemble. Elles chantent aux oreilles de ceux pour qui les toponymes valent plus que tous les poèmes : Transoxiane, Turkestan, Bactriane, Surthe, Sogdiane, Khorezm..."

"Les Bolcheviks usaient des frontières comme on élève les bonsaïs: en les tordant, les corsetant, sachant que rien n'affaiblit mieux que ce qui détourne de l'ordre naturel." (voir le Ferghana)

"De Boukhara à Khiva, nous aurons mis dix-sept jours. Autant qu'il en a fallu à  Ibn Battuta et à Ambéry. Ce que nous aimons dans le voyage à cheval, c'est qu'il n'y a pas de progrès."

Boukhara : à gauche la mosquée kalon, à droite le minaret kalon, haut de 48 m, d'où l'on jetait les condamnés à mort...


Petits commerces à Boukhara

Pendant ce temps les femmes travaillent...
Statue de Tamerlan à Samarcande
Lequel lire? Les deux!!!! Et dans le même ordre, si on veut bien.