lundi 25 janvier 2021

Des cornflakes dans le porridge



 Des cornflakes dans le porridge

Un américain chez les anglais

Notes from a small island , 1995

Bill Bryson 

Petite bibliothèque Payot, 2017

Traduit par Hélène Hinfray


Ayant découvert la Grande Bretagne en 1973 (premier chapitre plein d'humour), l'auteur y a travaillé, s'y est marié avec une anglaise, et en 1994 se préparait à partir faire voir son pays natal à ses enfants! Mais auparavant, il lui fallait -seul- retrouver la Grande Bretagne, des coins vus il y avait des années, ou pas du tout. Voyages en bus et en train, ou, rarement, en voiture de location.

Que dire? D'abord que le sens de l'autodérision de Bryson est en pleine forme, et l'on en apprend cependant beaucoup, développant une furieuse envie d'aller visiter le pays nous aussi! Bryson partage son exécration des architectures hideuses détruisant l'harmonie de beaux coins, mais est le premier à déclarer le pays époustouflant, ainsi que son bonheur d'y vivre.

"Je pris le train pour Liverpool, où j'arrivai en plein Festival du détritus. Les habitants avaient pris le temps, malgré leurs nombreuses activités, de parsemer le décor, par ailleurs terne et mal entretenu, de sachets de chips, de paquets de cigarettes vides et de sacs en plastique. Ils voletaient gaiement dans les buissons, apportant couleur et relief aux trottoirs et aux caniveaux. Et dire qu'ailleurs on met tout cela dans des sacs-poubelle!"

Un train au pays de Galles : 

"Les villes qui ponctuaient le trajet avaient toutes des noms évoquant le bruit que fait un chat expulsant une boule de poils : Llywyngwril, Morfa Mawddach, Llandecwyn, Dyffryn Ardudwy."

"Je ne souhaitais pas spécialement mourir là, d'autant qu'il me restait 4 700 points de fidélité à utiliser sur ma carte bancaire.

Avis : babelio, chinouk,

jeudi 21 janvier 2021

Père

 Père

Father; 1931

Elisabeth von Arnim

Archipoche, 2014

Traduit par Marguerite Glotz

Préface de Catherine Rihoit


 

Pourquoi cette lecture? Parce que l'auteur! 

A la mort de sa mère, vraisemblablement épouse dévouée et pas heureuse, Jennifer a promis  de s'occuper de son père, genre tyran égocentrique, écrivain en perte de vitesse. Elle occupe le rôle de fille dévouée, gouvernante, secrétaire. A 33 ans, cela fait de longues années qu’elle s'étiole dans cette vie et ce décor tristes et étouffants.

Jusqu'au jour où son père se remarie sans crier gare avec une jeunette, plus jeune que Jennifer! Elle ne fait ni une ni deux, leur souhaite bon voyage de noces, et part louer un cottage dans le Sussex, ce qu’elle peut se permettre grâce à un petit héritage de sa mère.

Là elle fera connaissance de deux ecclésiastiques bien différents, dont l'un sous la coupe de sa sœur plus âgée, et découvrira que son cœur peut battre...

Le lecteur ayant toujours un petit temps d'avance sur les personnages, on se doute bien comment le mariage de Père évoluera, comment certaines personnes sont faites l'une pour l'autre, mais il y aura quelques surprises. Le rythme peut paraître lent, surtout car les pensées des personnages sont détaillées, et les fausses idées des uns sur les autres sont souvent bien amusantes. Une ironie pas méchante court au travers des pages.

Bien sûr Jennifer est féministe sans trop le savoir et on ne peut que souhaiter plein succès à ses tentatives de libération!

"Elle bêchait.'Quand une femme, décida-t-elle sévèrement, commence à éprouver des sentiments qui ne peuvent, si on ne les réprime pas, que la conduire à l'esclavage, le mieux qu’elle puisse faire est de s'imposer un exercice dur et prolongé.' Aussi bêchait-elle, et elle découvrit qu'il y a bien de la vertu dans une bêche."

Au final, une lecture bourrée de charme, que je recommande vivement!

Avis sur babelio

lundi 18 janvier 2021

Pas de fusils dans la nature


 Pas de fusils dans la nature

Mes réponses aux chasseurs

Pierre Rigaux

Préface de Nicolas Hulot

humenSciences, 2019


Voici un livre qui annonce bien la couleur dès le titre! Emprunté dans une médiathèque sise au cœur de la Sologne (ses propriétés situées à une distance idéale de Paris, souvent engrillagées, ses jolis villages reliés par des routes où la prudence demande de tenir compte des panneaux indiquant le passage potentiel de gibiers, ses sangliers considérant qu'ils sont prioritaires dans la traversée, et visibles en tout cas quand ils 'refont' le bord des routes ou les pelouses ... Et comme ils adorent le maïs, culture destinée principalement non aux humains mais aux animaux, autant dire qu'ils ont des ennemis.)

Autour de chez moi on peut assez aisément apercevoir des chevreuils broutant tranquillement (sauf un, vigilant), traversant le canal, ou se réfugiant sur la rive, affolé, en période de chasse. Et dans la mémoire, un cousin tué accidentellement par le fusil de son grand père à la chasse. Et une jolie promenade bucolique troublée par des tirs et un volatile abattu tombant dans les fourrés juste à côté. 

Bref, avec les chasseurs, on se croise, on se salue, sans plus.

Au fil de cette lecture (nécessaire) j'ai dû souvent ouvrir grand les yeux et ressenti de plus en plus de l’écœurement. Animaux élevés dans des conditions déplorables pour être relâchés et tirés, ou attirer leurs congénères, plombs dans la nature, animaux protégés mais chassés, les soi-disant nuisibles, la souffrance des animaux touchés et agonisant, chiffres flous, la fameuse 'régulation', le lobby des chasseurs, n'en jetez plus!

Alors je suis allée fouiner  :

Sur le site de l'ONCFS (office national de la chasse et de la faune sauvage)(depuis le 1er janvier regroupé avec l'agence française pour la biodiversité au sein de l'OFB, office français de la biodiversité)(donc si j'ai bien compris, l'OFB s'occupe de la chasse)

"Puis-je faire usage d’appeaux et d’appelants pour la chasse à l’alouette des champs ?

L’emploi des appeaux et des appelants artificiels est autorisé dans certaines conditions, sur le territoire métropolitain, pour la chasse des oiseaux de passage et du gibier d’eau.
Toutefois, pour la chasse à tir de l’alouette des champs, « seul » (AM du 4 novembre 2003 modifié) est autorisé l’emploi du « miroir à alouette » dépourvu de facettes réfléchissantes. Les autres moyens sont donc interdits. Enfin, l’emploi d’appelants vivants non aveuglés et non mutilés*, de l’espèce alouette des champs uniquement est autorisé sur le territoire des départements de la Gironde, des Landes, du Lot-et-Garonne et des Pyrénées-Atlantiques."

*c'est moi qui souligne : ça voudrait dire qu'à une époque (révolue bien sûr) certains appelants étaient aveuglés mutilés, ou c'est moi qui fait du mauvais esprit?

 Un article sur le loup! Franchement une vraie mine.

Ceci étant, je comprends parfaitement les réactions des éleveurs et des agriculteurs face à l'animal sauvage. Des solutions où chacun, humain et animal, s'en tirera?

jeudi 14 janvier 2021

La verrerie

 


La verrerie

Mènis Koumandarèas

Quidam, 2021

Traduit par Marcel Durand


De l'auteur (1931-2014) j'ai déjà lu Play, qui m'avait beaucoup plu. Ici on n'est pas dans l'autobiographie plus ou moins avérée, mais dans un roman, datant de 1975.

Cette verrerie, c'est plutôt un magasin que Beba a hérité de son père, et qu'elle gère avec son mari Vlassis, secondée par deux employés, Vassos et Spyros (tout un poème, ces deux là!). Beba, la quarantaine, a beaucoup de charme, ça se remarque, et aussi beaucoup de ténacité et d'intelligence. Cette verrerie un poil en déclin (voire beaucoup en déclin)  est tenue à bout de bras par elle, quelle femme incroyable! Avec en arrière plan Athènes et la Grèce des décennies d'après guerre, jusqu'aux colonels, si j'ai bien compris. Nostalgie, mélancolie...

Avis : babelio, miriam 

lundi 11 janvier 2021

L'île au rébus



Lîle au rebus

Freeze frame

Peter May

Rouergue, 2018 

Traduit par Ariane Bataille


Voici un auteur très présent sur les blogs et que je n'avais jamais lu. Mais là, ça se passe dans l'île de Groix (message subliminal pour une blogueuse qui se reconnaîtra); à quoi tient un choix de lecture!

Il semblerait qu'on retrouve là Enzo Macleod, mais l'auteur en quelques détails permet de s'y retrouver sans peine. Vingt ans plus tôt Adam Killian a été assassiné, dans sa maison de l'île de Groix; se sachant menacé, il a  demandé à ce qu'on ne touche rien dans son bureau, où il a laissé des indices pour son fils. Lequel décède peu après (sans rapport, mais il ne peut éclaircir l'affaire). 

Enzo Macleod arrive donc sur place, accueilli par la belle-fille de Killian. Il semble qu'il a pour objectif des s'intéresser à des énigmes non résolues apparaissant dans un livre écrit par son gendre. Peu importe.

Dans une île bretonne bien isolée, où tout se sait mais parfois se cache! se déroule une enquête assez classique, sans hémoglobine, sans serial killer (quoique?), qui se lit quasi d'une traite. Ce n'est pas le roman de l'année, on peut chipoter sur certains détails (le chat est-il nécessaire?), le héros n'est pas forcément sympathique dans ses rapports avec les femmes, mais ça tient la route. 

Je signale que le roman démarre sur des événements encore plus anciens, mettant en scène un homme traqué (réfugié à Groix? ce serait logique, non?) pour des raisons faciles à deviner. Le lecteur en sait plus que l'enquêteur, mais il est baladé quand même.

Des avis : babelio, il semblerait que la trilogie écossaise est meilleure,

jeudi 7 janvier 2021

La mue du serpent


 La mue du serpent

Grigol Robakidzé

Préface de Stefan Zweig

Traduit (du géorgien) par Maïa Varsimashvili-Raphael et Isabelle Ribadeau-Dumas

Ginkgo éditeur, 2020


Grigol Robakidzé est né en 1882 en Géorgie et mort en exil à Genève en 1962. Le moins que l'on puisse dire est que le roman La mue du serpent appartient à un genre qui ne m'est pas habituel et que j'ai du mal à cerner. Roman d'aventures? D'amour? D'apprentissage? Poésie? Découverte des coutumes géorgiennes? Croyances teintées d'ésotérisme? Des notes touffues existent, que je n'ai pas toutes lues, préférant me laisser porter par le texte, finalement aisé à suivre.

En 1917, la guerre se déroule aussi en Mésopotamie, la révolution russe point. Archibald Mekeche, anglais, vivant une histoire d'amour avec Olga (infirmière russe) va découvrir et accepter ses racines géorgiennes. Bazars, caravanes et chameaux, attaque de bandits, peuples se côtoyant, vie simple d'un village, bref c'est l'orient. Un peu de lyrisme (mais pas trop) , des dialogues vifs, de jolies descriptions (mais pas trop), de la délicatesse aussi.

Catégorie à découvrir bien évidemment. 

Merci à l'éditeur (mon premier roman géorgien! ^_^)

lundi 4 janvier 2021

Une saison à Hydra

Une saison à Hydra
The sea change, 1959
Elisabeth Jane Howard

Quai Voltaire, 2019
Traduit par Cécile Arnaud
Introduction de Sybille Bedford

 Oui, Jane Elisabeth Howard est l'auteur de la saga des Cazalet, et cette saison à Hydra me donnerait plutôt envie d'aller voir ça de plus près. En attendant, ce roman est un tout, et permet d'apprécier le talent de l'auteur.


Emmanuel Joyce est un auteur dramatique suffisamment connu pour avoir son avis sur l'adaptation de ses pièces. Marié depuis une vingtaine d'années à Lilian, il a le chic pour être attiré par les jeunes comédiennes ou secrétaires qui défilent. Lilian, minée par différents drames et une santé fragile, mène une vie futile et égocentrique. Avec Jimmy, jeune homme assistant d'Emmanuel et homme à tout faire, ils voyagent d'un endroit à l'autre, souvent à l'hôtel, à Londres et New York pour la première moitié du roman.
Emmanuel n'étant pas satisfait d'une comédienne, il faut en trouver une, la recherche à New York est vaine, et l'idée arrive de prendre Alberta, jeune fille engagée comme secrétaire, simple, sans fards, lumineuse, mais ne connaissant rien au théâtre bien sûr. Le groupe se déplace donc à Hydra, sublime île grecque magnifiée par Elisabeth Jane Howard, où Emmanuel doit tenter d'écrire sa nouvelle pièce et Alberta s'entraîner.


L'on passe d'un personnage à l'autre, Alberta son journal et ses lettres, Lilian, Jimmy, leurs pensées aussi, et Emmanuel vu par l'auteur, avec des recoupements possibles. Fort jolie construction de la narration, où s'insèrent des informations sur le passé des personnages. Et puis ces paragraphes de descriptions de personnages même secondaires et d'une île enchantée... Tout cela m'a énormément plu. Après, j'avoue que j'ai parfois eu du mal à ressentir une chaude empathie pour les personnages principaux ( après tout ce n'est pas toujours un critère de qualité), en dépit d'enfances malheureuses, deuils et autres. Mais c'est tellement bien raconté! Et puis, à Lilian déclarant "Je trouve qu'il devrait y avoir au moins un chat dans toutes les maisons.", j'ai tendance à beaucoup pardonner. Car il y a un chaton (oups), un gamin, des personnages secondaires bien croqués et attachants.


Quelques passages, mais j'aurais pu en citer plein!
 "Le lendemain matin, fit remarquer Lilian alors qu'ils marchaient vers le port, ressemblait exactement à un Dufy. Il y avait une forte brise, la mer était d'un bleu pétrole et agitée d'un clapotis régulier, et les caïques colorés - roses, verts ou violets- cabriolaient sur leur ancre. De nombreux petits nuages blancs traversaient le ciel à vive allure, les auvents de toile des magasins et des cafés battaient avec un enthousiasme arythmique, et la dizaine de chats du port se comportaient tous comme des gangsters ou des agents secrets de théâtre. Seuls les ânes et les mules se tenaient tête basse, l'air calmes et désabusés, comme si, dit encore Lilian, ils tentaient de retenir leur souffle pour faire passer une crise de hoquet."
 " Elle entra, vêtue comme l'étaient les femmes actives d'il y a vingt ans : le tailleur bleu marine classique, censé être indémodable mais qui pourtant vieillissait aussi sûrement qu'un visage, un chemisier blanc à col lavallière, des boucles d’oreille en perles, aussi éloignées de leur fonction que des fruits en conserve. Des cheveux disciplinés avec la même gaieté sévère qu'un jardin municipal, et un visage dont toute l'énergie avait jusqu'ici servi à résister à l'inattendu."
"J'ai fini Middlemarch. Maintenant je m'attaque à Villette : c'est agréable d'avoir avec moi des livres de chez nous, et je me souviendrai toujours de les avoir lus ici."


 Les avis de Nicole, Kathel,