Un paisible village de France
Chabris Juin 40-Décembre 40
Michel Ossorguine
2017, par Groupe de réflexion citoyen
Traduction de Michèle Lyon-Caen
Michel Ossorguine? Jamais entendu son nom avant 2026. Pour ceux aimant les histoires autour des lectures, allons-y. Si non, sautez plus loin.
En commentaire de L'audience principale, Passage à L'Est indiquait connaitre son traducteur (du tchèque) Martin Danes, lequel apparaissait comme un bon client pour lire du tchèque d'ici cet automne. Je tape 'Danes' dans le site d'une de mes médiathèques, rien, mais un peu plus bas apparait "Dans une bourgade paisible de France, Verdier 2025", avec "Déjà exilé à Paris depuis le début des années 1920, l'écrivain russe M. Ossorguine se réfugie à Chabris, village sur la rive gauche du Cher, qui servait alors de ligne de démarcation, dès les premiers jours de l'Occupation. Tout au long de son séjour, jusqu'à sa mort en 1942, il témoigne de sa vie à la frontière entre les deux zones, livrant ses observations sur la France défaite."
Il me le fallait!!! Le livre étant emprunté, je le réserve!
Quelques jours plus tard, je parle de ce livre dans une autre médiathèque, faisant part de ma belle surprise, le directeur m'apprend qu'en fait ils possédaient un exemplaire dans une édition épuisée, mais que ce livre, emprunté, n'est jamais revenu. Au moins, je vais voir les étagères, histoire d'emprunter un autre livre d'Ossorguine, qui pouvait être intéressant. Et là que vois je? 'LE' livre disparu! Que je montre, que j'emprunte, que je lis.
Reprenons le fil de la présentation du livre.
Né en 1878 à Perm, dans l'Oural, journaliste et écrivain, connait la prison en s'opposant au Tsar, s'installe en Italie, revient en Russie, connaît encore la prison en 1921, est exilé à Kazan, pour finalement être expulsé d'URSS en 1922. Arrivé à Paris en 1923, il s'y marie avec Tatiana Bakounine.
En juin 1940, comme beaucoup, il va vers le sud avec son épouse, en train, et retrouve une petite colonie de russes à Chabris.
A l'été 1940 il réussit à revoir Paris, pour trouver son appartement 'visité', vidé. ("mes papiers emportés, ainsi que mes archives, les lettres, les manuscrits, tous les livres, tout ce qui m'était cher et sans intérêt pour quiconque." Des pertes inestimables, mais il accepte avec philosophie. Il revient à Chabris où il décède en novembre 1942, et y est enterré.
Précisons que Chabris est une petite ville juste au sud du Cher, rivière marquant la ligne de démarcation, que l'on pouvait traverser à la nage ou par un pont bien gardé. (D'ailleurs le garde aurait moins fait le malin fin février 2026, car le Cher avait envahi la route menant au sud)
Avec lui nous vivons la débâcle, la fuite sur les routes vers le sud, les bombardements aériens, puis une certaine paix dans ce refuge, connaissant la même vie que les villageois. Les queues pour obtenir des victuailles, le tabac, le journal, le chauffage au bois, la pêche dans la rivière, les nouvelles apportées par le garde-champêtre, ou la population, surtout celle ayant la possibilité de passer d'une zone à l'autre pour des raisons de travail (ah Madame Jeannette et ses" mille et une cousines"!). La mauvaise organisation de cette zone 'libre', il y a pléthore de lait, d'œufs, mais pas moyen de les envoyer ailleurs. Les travaux des champs, les vendanges.
Peu de détails inutiles, l'auteur reste pudique, sa vision sur sa propre vie et l'époque est souvent nappée de douce ironie, mais toujours d'humanité.
Dans l'avant-propos il explique avoir rassemblé les pages éparses de ses notes, et ses impressions. Il n'a pas jugé "nécessaire de structurer un ouvrage qui s'est constitué de façon fortuite", il a "laissé en l'état ce qui a été écrit à la hâte". Ce qui donne un ensemble vivant, souvent touchant, non dénué d'humour et d'espoir malgré tout.
"De notre côté les poules continuent à pondre, du côté allemand elles sont en grève. Nos vaches font des veaux- là-bas elles refusent de produire une descendance."
Un espoir tenace (à part une victoire de la France), c'est le déplacement de la ligne de démarcation bien au nord. Mais l'on apprend que trois commerçants auraient "demandé aux autorités allemandes d'inclure notre localité dans la zone occupée. "Rumeurs, fake news....
L'automne arrive, les cartes d'alimentation aussi.
"Un beau jour, après de longs préparatifs, des vols d'entrainement et des concentrations de groupes, les hirondelles se sont envolées, sans laissez-passer ni visas, par des voies aériennes qui ne sont pas encore entravées par des grillages ou des barbelés."
"Plaisanter, c'est le meilleur moyen de supporter les privations et les chagrins. Il est bon de lire en prison les courts récits de Mark Twain. J'en ai fait l'expérience en 1905, aux derniers jours de l'insurrection armée moscovite, seul dans une cellule de la Taganka."
Laissons le, à regret, dans cette bourgade du fin fond du Bas Berry.
Je n'ai pas lâché l'affaire, et emprunté l'édition récente chez Verdier, traduite par Claire Delaunay et présentée par Leonid Livak : j'ai ainsi mieux compris que durant cette guerre s'échangeaient des lettres via Chabris vers les Etats-Unis, avec éventuellement des passages de ligne de démarcation, et ainsi certains écrits d'Ossorguine ont été réunis outre Atlantique. J'ai aussi compris que même en zone livre il devait garder profil bas vis à vis des autorités de Vichy.A la médiathèque de Chabris, (oui, je ne recule devant rien), j'ai aussi emprunté une pépite
Les gardiens des livresFin des années 1910, en Russie, avec d'autres écrivains fous des livres, il s'est occupé d'une librairie accueillant vraiment tous les livres, dont des raretés pas possibles (genre des lettres de Catherine II)... Une librairie créée 'à l'arrache', où l'on pouvait payer en nature (farine et harengs), tellement l'on crevait de faim.
En 1921 ils lancent des éditions autographes, celle de Marina Tsvétaiéva est reproduite ici.
Un texte qui m'a emballée, humour et émotion sont au rendez-vous, et quelle épopée, à lire par tous les amoureux des livres! Les échanges avec les clients sont de vrais bonheurs.
Pour plus de détails, lire le billet de Dominique. Ce billet est déjà bien long, et (pour l'instant) je ne vous donne pas la photo de la tombe de Mikhaïl Ossorguine, visitée de temps en temps (dit-elle) par une de mes connaissances...
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| Le pont de nos jours |




Après vérification, mes bibliothèques ont l'édition Verdier ; c'est plus maigre que chez toi, mais c'est déjà bien.
RépondreSupprimer@ Aifelle : c'est le même texte, les traductions ne sont pas si différentes. Les deux ont des préfaces différentes, le vieux a des photos en noir et blanc, coupures de journaux, etc.
SupprimerQuelle histoire que celle du village (et la façon dont tu l'as connu !). Je n'ai juste pas bien compris la différence entre la récente édition et la précédente...
RépondreSupprimer@ Sandrine : comme je le disais à Aifelle : même texte, les différences de traduction sont vraiment minimes; vieille édition : photos, extraits de journaux. Les deux préfaces sont différentes et pleines de détails intéressants. Mais le texte lui-même est complet.
Supprimertu as bien fait de faire long, c'est très intéressant!
RépondreSupprimer@ eimelle : en plus j'ai découvert l'écrivain, le second livre, c'est vraiment quelque chose!
SupprimerTu as retrouvé un livre disparu dans une médiathèque ! J'espère qu'ils vont t'ériger une statue.
RépondreSupprimerBlague à part, cela a l'air très intéressant, enfin moi, ça m'intéresse, ce quotidien de la guerre, au ras du pont. Je m'en vais noter tout ça.
@ nathalie : on en a bien ri avec d'autres bibliothécaires...
SupprimerOui, c'est intéressant, et bien écrit, il y a du fond, ce type est très bien, et le deuxième que je présente m'incite à creuser la bibliographie. Go Est!
Keisha, rien ne peut t'arrêter quand tu es en quête d'un ouvrage ! Et tu déniches des trésors pour notre plus grand plaisir. Je t'imagine en mission dans les sous-sols de la bibliothèque... Je ne l'ai jamais lu mais le nom de l'auteur me dit quelque chose. Je pense qu'il était mentionné dans le livre d'un de ses compatriotes.
RépondreSupprimer@ Alexandra : Ce n'était même pas en sous-sol! ^_^ Oui, des pépites, finalement... Et un nouvel auteur...
SupprimerJ'ai bien ri en voyant que tu avais retrouvé un livre disparu...J'ai toujours pensé que certains livres avaient des pattes :) En tous les cas tu es passionnée et je le comprends car l'histoire de ce village est très intéressante, mais hélas mes médiathèques ne connaissent pas cet auteur, je m'en doutais !
RépondreSupprimer@ manou: ou alors le livre caché a eu peur et s'est laissé prendre? ^_^
SupprimerPlus sérieusement, il s'agit d'un village comme bien d'autres à cette période (mon père, à 8 km de là, passait la 'ligne' deux fois par jour sur son vélo), cela est un témoignage intéressant, et j'ai découvert un auteur!
Je connaissais l'auteur par Une rue à Moscou que j'ai possédé en version de 2001(éditions L'Age d'Homme) et bien aimé... Je ne m'en souviens plus trop. J'ignorais en tout cas tout de l'auteur, qu'il était mort en France, etc. Merci pour ce billet passionnant !
RépondreSupprimer@ Cath L : hé bien tu en savais plus que moi! Je peux l'emprunter, un jour ou l'autre.
SupprimerCe qui a tilté chez moi, c'est qu'il est décédé à Chabris, petite bourgade au fin fond de tout (où un bon paquet de mes ascendants sont nés, se sont mariés, ont été enterrés)
un billet que je trouve très intéressant . et j'admire ta tenacité
RépondreSupprimer@ luocine : merci. En fait je n'ai pas fait grand chose!
SupprimerQue de tribulations avant d'enfin lire ce livre.
RépondreSupprimer@ Alex : pas au bout du monde non plus, mais quand je veux un livre...
SupprimerMiracle avec le livre retrouvé ! Mais je reconnais que Les gardiens des livres attire particulièrement mon attention.
RépondreSupprimer@ Audrey : il est court et passionnant, alors que le sujet, on n'en sait rien a priori. Va voir le billet de Dominique?
Supprimer"Les gardiens des livres" me tentent beaucoup.
RépondreSupprimer@ Philippe : une partie de l'Historie qu'on ignore, avec ce projet fou de librairie...
SupprimerAhaha j'adore tes histoires autour des lectures, moi ! En plus, là, c'est quand même sacrément cocasse ton histoire. Le dernier livre m'intrigue. Tu parles d'humour et émotions, mais il y a des poèmes ?
RépondreSupprimer@ Fanja : j'ai encore un exemplaire Verdier chez moi (un autre Verdier est emprunté dans une autre bibli jusqu'au 27 février. Cherchez l'erreur)
SupprimerJ'ai encore Les gardiens des livres.
Par exemple un client veut lire Nietzsche. Le dialogue c'est en russe ou en allemand? Le vendeur conseille telle édition, meilleure, etc., pour qu'à la fin révéler qu'aucun exemplaire n'est en magasin...
Deux petits 'livrets' sont reproduits, un seul poème (le livre est mince, en fait)
Quelle épopée ! J'adore ces quêtes de livres et ces heureuses coincidences ! Et tu donnes très envie de découvrir ce monsieur, et ce Gardiens des livres (évidemment irrésistible). Ma médiathèque n'a que Une rue à Moscou que cite CathL. Ca pourrait être un bon début... et je vais, comme toi, chercher dans d'autres bibliothèques potentiellement mieux fournies.
RépondreSupprimer@ Sacha : tu comprends pourquoi j'ai plusieurs médiathèques (et librairies, mais ça, chut!)
SupprimerJe n'en ai pas fini avec l'auteur, oui, Une rue à Moscou...
En voilà une aventure! Et une découverte! Je vais noter le titre et l'auteur en espérant que ce sera plus facile.
RépondreSupprimer@ miriam : Pour le premier, j'ai un doute, en dépit de son intérêt historique général, il risque d'être seulement dans les biblis du coin. Pour le second, et plus généralement les livres de l'auteur, tout espoir est permis, partout!
Supprimervraiment un excellent souvenir de lecture, ces deux livres de Ossorguine sont de petites pépites
RépondreSupprimer@ Dominique : tout à fait et je vais essayer de continuer avec l'auteur!
SupprimerLes gardiens des livres a l'air top ! Je note ça...
RépondreSupprimer@ Nicole : tu parles! ^_^
SupprimerJ'adore ton article. C'est agréable de suivre cette petite aventure, puis la leur :) J'espère lire tout ça à l'occasion. Les extraits cités (pour le bouquin de départ) me plaisent beaucoup !
RépondreSupprimer@ Jenevelle Laclos : Merci! Je reviendrai sûrement à cet auteur, dans une ambiance plus moscovite. ^_^
SupprimerMais c'est quoi, ces pépites qui ne sont pas dans les médiathèques auxquelles je suis inscrite ! En plus, la traduction est de Sophie Benech et c'est paru et aux Editions Interférences et aux éditions Verdier !
RépondreSupprimerJ'ai bien fait de passer... Merci beaucoup.
@ Bonheur du jour : tout simplement cet auteur est décédé à Chabris, c'est à dire pas loin de mes médiathèques (vigilantes) et il reste encore des titres à découvrir, c'est vraiment un auteur intéressant. La médiathèque de Chabris va d'ailleurs présenter bientôt une conférence!
SupprimerBonjour, nous organisons le 10 avril à 18 h, à la Villa Stivalis de Chabris, une conférence sur la venue de Russes à Chabris en mai-juin 1940, en expliquant le pourquoi de cette venue. Nous commenterons également le livre de Michel Ossorguine sur certains aspects de Chabris. Le tarif d'entrée est de 3 € par personne, verre de l'amitié après la conférence. Pour plus de renseignements : jlstiver@hotmail.fr
RépondreSupprimer@ Anonyme : Merci de votre vigilance! J'étais déjà au courant d'une conférence à Chabris (médiathèque?) le samedi 9 mai à 10 h, mais les horaires de celle ci me conviennent bien. Je note, en tout cas.
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