lundi 10 juin 2013

Don Quichotte

L'ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche
Miguel de Cervantes Saavedra
Garnier Frères, 1961 (pépite trouvée à la bourse aux livres)(en version reliée et solide)
Paru en 1605
Traduction de Viardot (1836)



Comme chacun sait, Don Quichotte vivait tranquillement dans son village de la Manche jusqu'à ce que, la cervelle échauffée par la multitude de romans de chevalerie qu'il possède et lit, il s'imagine lui-même en chevalier errant destiné à guerroyer, sauver les femmes en danger et prêter son bras armé au faible. Il lui faut une dame à qui penser: Dulcinée, villageoise à qui il n'a jamais parlé, fera l'affaire. Il réussit à convaincre un paysan du coin, Sancho Panza, de lui servir d'écuyer, lui promettant le gouvernement d'une île quand leurs exploits les auront rendus riches et célèbres, et hop, les voilà partis sur les routes, chevauchant l'haridelle Rossinante pour Don Quichotte, et un âne pour Sancho.

Don Quichotte possède une imagination fertile qui le conduit à prendre des moulins pour une armée, c'est connu, et cet épisode survient dans les premiers chapitres, mais ensuite tout lui est occasion de se tromper. Mis le nez sur son erreur, il attribue tout à des enchantements.
Sancho, lui, le suit peu ou prou dans ses délires...

Dans cette première partie (et je m'oblige à ne pas relire la seconde pour garder l'esprit libre), Don Quichotte ne voyage finalement pas à plus de trois ou quatre journées de cheval de son village. Du temps se passe dans un endroit sauvage et écarté, ou une hôtellerie, lieux où curieusement se retrouvent tous les protagonistes s'ajoutant à l'histoire au fur et à mesure. Car les aventures du pauvre hidalgo peuvent sembler répétitives : une idée lui vient en tête, il fonce, le sang coule, c'est violent en général, ensuite jamais il ne réalise sa folie, il a toujours une explication logique pour lui, ce au grand étonnement des assistants, qui pour la plupart rient de lui, reconnaissant vite qu'il ne "perdait les étriers" et que sa "cervelle avait un faux pli"seulement sur le chapitre de la chevalerie, restant logique et intelligent pour le reste.[ les expressions citées sont dans le texte!]

Les aventures de notre chevalier errant sont entrecoupées d'histoires fort bien contées, en règle générale histoires d'amour difficiles ou contrariées, donnant à penser qu'il s'agit de digressions, mais Cervantès s'amuse bien à relier tous les fils à la fin. On trouve aussi une sorte de nouvelle, où un mari aimé et heureux se met en tête de faire courtiser son épouse par son meilleur ami, histoire de vérifier si la belle est fidèle. Dans toutes ces histoires d'ailleurs amoureux hommes comme femmes tombent souvent en pâmoison ou folie, ou carrément meurent d'amour...

Mais ce qui m'a bien plu, c'est que Cervantès n'oublie pas son lecteur (ne surtout pas rater sa préface), critique les romans de chevalerie tout en les parodiant, et intervient sans crier gare au détour d'une page. Par exemple quand les amis de Don Quichotte veulent brûler ses livres, l'un est sauvé, écrit par un certain Miguel de Cervantès, qui a droit derechef à une critique de ses écrits.

Fin chapitre 8, patatras!Don Quichotte et un Biscayen s'élancent l'un vers l'autre l'épée au poing, les spectateurs tremblent et prient, et zut alors, pas de suite trouvée pour ces aventures. Mais, chance! "me trouvant un jour à Tolède, dans la rue d'Alcana, je vis un jeune garçon qui venait vendre à un marchand de soieries de vieux cahiers de papier. ". Ces cahiers sont écrits en arabe et content l'Histoire de don Quichotte de la Manche, écrite par Cid Hamed Ben-Engeli, historien arabe." Dans le premier cahier justement se trouvait l'histoire de Don Quichotte et du Biscayen, "tous deux dans la posture où l'histoire les avait laissés."
Fin donc de l'arrêt sur image, l'histoire continue...

De nombreux proverbes ou considérations de bon sens émaillent les discours, souvent le fait de Sancho Panza aux savoureuses argumentations. Sa nièce dit aussi:"Ne vaudrait-il pas mieux rester pacifiquement dans sa maison que d'aller par le monde chercher du meilleur pain que celui de froment, sans considérer que bien des gens vont quérir de la laine qui reviennent tondus?"

Tout du long de cette relecture, je constatais à nouveau à quel point Cervantès est plutôt moderne, tout en usant d'une langue recherchée ou triviale parfois, coulant vraiment très aisément. A girl from earth (son billet), ma complice de lecture commune semble avoir eu les mêmes impressions, non? Maintenant, droit sur la seconde partie, dans quelque temps, histoire comme Don Quichotte de nous remettre de nos émotions.

Le billet de cryssilda qui peu ou prou a remis ce Don Quichotte sur notre chemin de lecture.


Musée de l'Ermitage, Saint Petersbourg, Picasso

40 commentaires:

  1. Voilà un livre qu'il faudrait que je relise ! Don Quijote, le héros de mon enfance ! J'ai visité sa maison plusieurs fois, j'ai l'opéra de Brel, j'adore ! Mais le nombre de pages m'effraie un peu...

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    1. Une relecture aussi ici, grâce à A girl dont j'attends le billet. En fait cela se lit avec rapidité, à mon grand étonnement. Nous prévoyons la seconde partie (en 2013 vraisemblablement)

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  2. 35 ans que je dois le lire, honte à moi !:)

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    1. Il est paru en 1605 et donc ne se formalisera pas de ce retard. Mais quand même... ^_^

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  3. S'il y a un classique qui ne me tente pas, c'est bien celui-là ! j'ai tort, je sais, mais c'est comme ça !!!

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    1. Snif, dommage! C'est bien moins poussiéreux qu'on ne le pense.

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  4. Voilà un livre et un auteur que je relirais bien volontiers aussi!

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    1. La deuxième aujourd'hui qui l'a déjà lu! N'est ce pas qu'une relecture peut s'envisager?

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  5. Lu ado... et très peu de souvenirs sauf les moulins à vent et les idées folles!

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    1. Et de trois pour une lectrice! Les moulins à vent, c'est le plus connu, mais il y a plein d'autres choses (et heureusement pas que la folie)

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  6. J'avais tenté de le lire quand j'étais ado, mais je devais être trop jeune, je n'avais pas accroché.

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    1. Sans doute, sans doute. Le côté parodique et critique est sous jacent.

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  7. Ouh, Don Quichotte, quel bonheur ! J'ai dévoré ces deux partie avec un plaisir certain !

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    1. Youpee: encore un! Je suis ravie de découvrir les fans ...

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  8. Aïs tu vas me donner des complexes moi qui n'ai jamais lu en totalité le roman de Cervantès,

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    1. Je t'avoue un abandon de ses nouvelles, mais ce Don Quichotte se lit très bien.

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  9. moi aussi, je me dis que je dois le lire, je n'en ai lu que des extraits en fac...et j'ai toujours peur de ne pas accrocher. Mais bon, une petite piqûre de rappel ne fait jamais de mal!

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    1. Ayant échappé aux études littéraires, je me lance sans complexes (tout en regrettant parfois ne pas avoir le matériel pour bien apprécier) mais ce roman donne un réel plaisir de lecture.

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  10. Les traductions de Don Quichotte sont un vaste sujet. Il est bien traité dans ce bel article:
    http://www.editions-verdier.fr/banquet/n37/edition1.htm

    La version Viardot que vous possédez est la première qui ait fait date.

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    1. Merci pour l'information, je suis allée voir ça de plus près. Dans mon édition, des notes en bas de page (ni longues ni nombreuses, ouf) expliquent parfois les libertés prises par Viardot en donnant les expressions d'origine en espagnol.

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  11. Un projet pour les années à venir, la lecture de Don Quichotte...

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    1. Une bonne semaine suffit pour la première partie, sans même forcer.

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  12. J'avais adoré les premiers chapitres mais j'avais abandonné à cause des nombreuses références de livres que je ne connaissais pas et que je voulais lire et chercher des renseignements ! Finalement, je vais me lancer et m'occuper de toutes les recherches après ! Là, je lis les mystères d'Udolphe, je m'attaque à tous ces classiques que j'ai trop laissés trainer... Ton billet est là pour me rappeler que je rêve de finir ce roman depuis longtemps !!!!

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    1. J'ai parfaitement ignoré ces références et poursuivi ma lecture, juste pour le plaisir, sans étudier l’œuvre avec un sérieux universitaire. A mon avis, Cervantès a écrit pour les lecteurs ordinaires aussi, dont je fais partie.
      Allez, lire les classiques "naïvement" n'est pas si mal, donne du plaisir, et rien n'empêche d'approfondir ensuite ou en même temps, car ces classiques sont abordables.Oui, fonce!

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  13. Mouahaha mais c'est que je suis à l'heure finalement ! (plus du soir, mais en fin de compte, ça me ressemble davantage^^).
    Ben oui, j'ai moi aussi passé de grands moments avec DonQui dont je lirai volontiers la suite, mais peut-être pas tout de suite tout de suite. D'ailleurs, en lisant un peu la bio de Cervantes, j'ai vu que c'est une "suite" qu'il a mis du temps à écrire aussi. Etonnant cette biographie d'ailleurs, il n'avait a priori rien qui le destinait à devenir écrivain. Et de quel talent ! Franchement, j'en suis encore bluffée ! C'est ce qui m'aura le plus marquée je pense, son style d'écriture, et son imagination délirante, car il en faut pour créer un personnage tel que DonQui, et des situtations aussi folles que dans ce récit !

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    1. On n'attendra pas dix ans comme Cervantés tout de même? D'ici fin 2013 paraît raisonnable.
      J'ai vu ton billet, je suis à 100 % du même avis, chouette! Vraiment épatée que ça se lise encore si agréablement, l'écriture de Cervantès est sans aspérités et coule bien.

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    2. Aaah il a plus d'humour, de sens de la dérision, et il m'a l'air encore plus alerte que bien des écrivains contemporains.
      Euuh le tome 2 d'ici fin 2013, je n'oserais pas m'avancer aussi tôt vu mon rythme lecture et blog actuel. J'aimerais caser aussi le Middlemarch, et avec Loo, on allait faire une LC sur un Mark Twain aussi. Enfin, tout ça reste de la théorie hahaha !

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    3. Tu as parfaitement raison, ses descriptions par exemple, juste un paragraphe, et hop, on voit le lieu!
      Pas de souci, je t'attends pour le tome 2. Cependant, hum, moi qui veut relire Middlemarch depuis des années, là je suis tentée, car l'avantage des LC c'est de vous pousser un peu.

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    4. Hiiii une LC Middlemarch !! On en reparle alors ! Je le lirais bien en juillet/août, ça va être assez calme côté boulot & co, et je serai peut-être sevrée de Candy Crush d'ici là.:)

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    5. Pas de problème, je le possède sur une étagère (déjà lu il y a trèèèèèèès longtemps) et juillet août ce sont les vacances.
      Candy crush, m'enfin, va falloir que je voie ce que c'est, sur mon autre F**k, celui sous mon vrai nom, ça sévit aussi je crois... Ou Farmville, bref, un jeu, quoi.

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  14. Et bien je me rends compte que je ne connais rien en fait du personnage de Don Quichote En tous cas, chapeau les filles d'avoir le courage de vous attaquer à de tels pavés !

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    1. Tu as vu, on n'a pas peur! Et ce n'est que la première partie, la seconde fait aussi dans les 600 pages... ^_^

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  15. Un très beau livre. On comprend pourquoi il est considéré comme un des plus grands auteurs espagnoles. Le tome II te donnera le sens profond de livre.

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    1. Un incontournable!
      J'ai déjà lu le second tome, mais il y a longtemps, donc pas trop de souvenirs, sauf que ça m'avait suffisamment plu pour que je me lance, maintenant, dans une relecture.

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  16. Ben non, pas tentée de m'y replonger, même après lecture de ton avis :S Je crois que ce livre m'a vraiment traumatisée ! Je ne l'ai trouvé ni drôle, ni moderne, ni intéressant,ni ... rien en fait, si ce n'est ampoulé et carrément ch****. Le style m'a vraiment tannée au-delà des mots. C'est ce que je retiens des mois après mon abandon : cette écriture lourdingue. Bon, il en faut pour tous les goûts ! Mais je mourrais sans l'avoir lu ;p

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    1. Je reconnais que je n'ai pas ri de certaines aventures pitoyables, mais j'ai apprécié la façon alerte de raconter. Il en faut pour tous les goûts, et on ne va pas se disputer, je le sais. Abandonne sans regret, tu as tenté une partie, c'est déjà héroïque! (moi j'aurais vite abandonné, à ta place, je n'aime pas souffrir ainsi)

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  17. Qu'est ce que j'ai pu le travailler au lycée (ça remonte, rires), la prof de français/psycho était accro à ce texte et sur plusieurs années (car j'ai eu la même prof), on a travaillé la lecture et différents extraits. Un bon souvenir. Et tu me donnes envie de m'y replonger. (Très bon souvenir de cette prof qui m'a donné encore plus le goût de la lecture avec son choix de textes)

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    1. Ouh là, décortiquer les textes comme ça? J'aurais aimé, mais il faut une œuvre qui nous plaise, sinon, imagine, retrouver ça d'années en années si on n'aime pas!

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  18. J'avais totalement adoré la première partie, mais je me suis totalement essoufflée à la seconde, que j'ai eu un mal fou à terminer Trop long, et puis ça devient triste...

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    1. A girl a décidé, et je la pense sage, de laisser quelques mois s'écouler avant la seconde partie.

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Bon, peut-être votre commentaire n'apparaîtra-t-il pas? Passez à Anonyme, ça marche très bien, j'en fais autant avec quelques blogs, sans trop comprendre le pourquoi du comment du 'bug'. Merci !