lundi 8 août 2022

87ème district Volume 3


 87è District 3

Ed McBain

Omnibus, 2004

(image https://www.leslibraires.fr/livre/755650-87e-district-3-87eme-district-tome-3-ed-mc-bain-omnibus)


Bon, il existe deux sortes de lecteurs, ceux qui ont lu les enquêtes du 87ème ... et les autres. Pour ceux qui en ignorent tout, se reporter à mon billet sur le Volume 2, où j'espérais lire le 3, hum , dans un délai déjà bien dépassé. Pas grave, car  ces enquêtes, c'est comme des bonbons addictifs, mais ne se périmant pas.

J'avoue que depuis j'ai mis la main sur quatre autres volumes (yes!). 

Parlons du 3. Paru chez Omnibus, avec comme traducteurs, Chantal Wourgaft, G. Louedec, Jacques Martinache, Rosine Fitzgrald (et Pierre de Laubie), Jane Fillon, André Bénat,  et comprenant plusieurs titres. J'ai lu les trois premiers il y a un certain temps mais il en restait cinq, donc cela me permettra de participer largement  à la trilogie de l'été chez Philippe

Ces histoires se déroulent au début des années soixante, dans la ville fictive d'Isola, et font la part belle à des enquêtes du 87è district, particulièrement celles aux mains de Steve Carella. Les fans dont je suis les lisent dans l'ordre chronologique, non que McBain ne dévoile trop sur les précédents romans, mais on se sent comme dans une histoire de famille, avec l'évolution des personnages.

Chaque fois je suis épatée par la facilité avec laquelle on entre dans chaque histoire, le ton particulier, l'humour sensible particulièrement dans les dialogues, mais aussi l'émotion qui point, sans parler des informations sur la vie d'une brigade et la loi à respecter.

Allons y pour les détails

Dix plus un

Un tireur posté en hauteur abat des personnes n'ayant absolument rien en commun, un canardeur fou? c'est la crainte de la police. Bien sûr elle va trouver les liens et attrapera de justesse le coupable.

La hache

Sans entrer dans les détails, un crime sanglant et sordide.

Entre deux chaises

Certains n'aiment pas, et j'accepte qu'on soit déconcerté. Les policiers demeurent en retrait, des seconds rôles. Alors qu'un jeune homme hésite tout le long du roman à rencontrer un inspecteur car il a quelque chose à dire, mais toujours quelque chose à faire avant. Mais que veut-il déclarer? Et le fera-t-il?

Cause toujours, ma poupée

Alors là un événement au milieu du roman m'a coupé le souffle, bien sûr que ce n'était pas possible, mais...

80 millions de voyeurs

Un artiste meurt en direct à la télévision, suicide ou assassinat? Une seconde intrigue sans rapport avec la première existe aussi, un type violent faisant une fixation sur une jeune fille (rencontrée dans Dix plus un).

Voyons plus loin, un quatrième volume pourrait être lu en 2023?

lundi 1 août 2022

Fille, femme, autre


 Fille, femme, autre

Bernardine Evaristo

Globe, 2020

Man Booker Prize 2019

Traduit par Françoise Adelstain


C'est la lecture de billets sur Mr Loverman (de la même auteure, plus récemment paru en France) qui m'a poussée à enfin lire Fille, femme, autre... A première vue, un texte que j'aurais dû abandonner fissa, le genre retour fréquent à la ligne, pas de majuscules, pas de points.

Et puis...en un paragraphe j'étais happée là-dedans, tenue par cette énergie se dégageant du texte, non dénuée d'ironie, sachant respecter les personnages.

Les personnages? Quasiment tous féminins, aux origines mélangées, tout comme l'auteure d'ailleurs, en tout cas ce sont douze femmes qui interviennent l'une après l'autre, au fil du temps sans trop de chronologie, liées par leur vie ou à leur insu, des femmes qui ont dû lutter pour se faire entendre et refuser le destin qui leur était promis.

Bref, un chouette roman qui m'a enthousiasmée (comme quoi il ne faut pas se laisser impressionner par une première vision, et donc un jour je lirai peut-être certains romans dont la présentation m'attire peu) et que je vous invite à lire aussi!

Des avis babelio, et beaucoup de billets... motspourmots, eva, pages versicolores, kathel, sylire, antigone, bibliosurf, lanuitjemens

lundi 25 juillet 2022

Une histoire du monde sans sortir de chez moi


 Une histoire du monde sans sortir de chez moi

A short history of private life

Bill Bryson

Lu en Petite bibliothèque Payot, poche 2015

 plus de 550 pages, de la page 15 à 628


Bill Bryson a son rond de serviette dans ce blog, et sa propension à écrire des livres plein d'humour qui coulent tout seuls, sans oublier érudition et intelligence, en fait un candidat idéal pour le pavé de l'été (et un livre de moins dans la PAL)

Propriétaire d'un ancien presbytère dans le Norfolk, le voilà s'intéressant aux pièces dudit, sans oublier le jardin; contrairement à ce que laisse penser le titre, ses recherches conduisent le lecteur fort loin dans le passé et ce vaste monde... 

Prenons la cuisine

"Les homards étaient si nombreux le long des côtes britanniques qu'on en donnait aux prisonniers, aux orphelins,  ou qu'on les broyait pour en faire de l'engrais. Les domestiques demandaient à leurs employeurs l'assurance écrite qu'on ne leur en servirait pas plus de deux fois par semaine."

L'arrière-cuisine et le cellier : la dure vie des domestiques

Le salon : les célèbres meubles Chippendale ont été tellement demandés qu'il sera impossible d'avoir exactement  les mêmes, car fabriqués avec une variété d'acajou irrémédiablement disparue. 

A partir des simples poivrier et salière vient l'occasion de découvrir toutes sortes d'épices, leur provenance, leur quête, que d'aventures! (oui, on sort du presbytère)

La cave : on en apprend plein sur les briques!

Le couloir : où j'apprends en passant qu'Eiffel a imaginé la charpente de la statue de la Liberté. Quant au domaine de Biltmore, j'en suis baba, oui, elle ressemble (un peu) à un château de la Loire- "en plus grandiose, bien entendu, et avec des sanitaires plus convenables." (voir ci-dessous, en effet...)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Domaine_Biltmore#/media/Fichier:Biltmore_Estate.jpg
Le bureau : "la tapette à souris. Celle-ci fait partie -au même titre que le trombone, la fermeture Eclair et l'épingle de nourrice- des nombreux objets utiles qui furent inventés à la fin du 19ème siècle  et qui étaient d'emblée si proches de la perfection que c'est à peine si on les a améliorés depuis."

Je m'en voudrais de laisser croire qu'il ne s'agit que d'un recueil d'anecdotes plaisantes, c'est absolument passionnant et agréable à lire, ce qui n'est pas si aisé à réussir en fait, et j'ai aimé qu'à la fin l'auteur s'interroge sur les conséquences de l'activité humaine, même si on connaît, cela ne fait pas de mal de se l'entendre répéter.

Avis babelio

Challenge pavé de l'été chez Brize

lundi 18 juillet 2022

Le passage du canyon


 Le passage du canyon

Canyon passage, 1945

Ernest Haycox

Actes sud, 2015

Traduit par Jean Esch

Postface de B. Tavernier (surtout à propos du film, d’ailleurs) 


Quand je découvre un auteur, et l'aime, je continue à le découvrir, et au risque de lasser, après Les pionniers, voici encore une occasion de séjourner dans l'ouest (le vrai), à savoir cette fois l'Oregon, vers 1850. Les chariots ne roulent plus, mais des convois de mules convoient les marchandises d'un endroit à un autre; l'or des chercheurs, peut sortir d'un coffre, être perdu au jeu, ou voyager avec un cavalier, au risque d'attirer les convoitises. Les indiens, ici les Rogues, sont censés être en paix, mais censés seulement, et ils peuvent attaquer les fermiers établis sur leurs terres (celles des indiens, quoi). 

Haycox a vraiment le chic pour imaginer des personnages humains, pas parfaits, crédibles, et indiquer clairement leur mode de vie sans détailler inutilement, s'intéressant à des moments clés, laissant le lecteur deviner quelques péripéties. Quels personnages? Deux amis, Logan Stuart et Georges Camrose, ce dernier dont les faiblesses le perdront, et fiancé à Lucy dont Logan est amoureux. Argh, quoi. Un vrai méchant aussi, Bragg , qui vaudra une bien belle bagarre de saloon. Je termine par les deux jeunes femmes, Lucy et Caroline,  et comme dans Les pionniers, ce sont des personnages déterminés, solides, pas juste dans le décor!

Le premier paragraphe: on est tout de suite dans l'affaire, tous les sens dont concernés,  non?

"Dès qu'il fut arrivé à Portland, Logan Stuart laissa son cheval à l'écurie d'Oak Street et rebroussa chemin dans Front Street en direction du bureau de messagerie exprès. Un vent violent du sud-ouest faisait rouler des nuages noirs au-dessus de la ville et les gouttes gonflées d'une pluie cinglante formaient un écran argenté et oblique autour de lui, ridant la boue liquide des rues et exécutant une danse cristalline sur les toits brillants. Les trottoirs de planches aux intersections étaient à moitié immergés et s'enfonçaient sous son poids. A 14 heures, un jour comme celui-ci, les lampes à pétrole scintillaient déjà à travers les carreaux ruisselants, et l'odeur qui émanait des saloons devant lesquels il passait était un mélange chaud et puissant de tabac, de whisky et de vêtements de laine trempés."

Avis babelio

jeudi 14 juillet 2022

Je suis une fille sans histoire


 Je suis une fille sans histoire

Alice Zeniter

L'Arche, 2021

Des écrits pour la parole


J'ai lu dévoré ce texte d'un seul souffle, sentant fréquemment mes neurones grésiller (expression que je dois à Nicole (pour d'autres écrits, peu importe). Vous savez, l'impression de découvrir ou redécouvrir des notions complexes et de les comprendre! Tout en sachant hélas que je vais rapidement être incapable de bien expliquer, mais en attendant, quel bonheur! Alice Zeniter sait expliquer avec des images, beaucoup d'humour et de vivacité. Ah cette sensation de se sentir plus intelligent! (pour un moment ^_^)

"Dans la Théorie de la fiction-panier, l'autrice américaine Ursula Le Guin se demande comment notre civilisation de chasseurs-cueilleurs a pu devenir le berceau de récits qui ne parlent que de chasseurs." p14

Eco : "Par définition , des textes de fiction parlent clairement de personnes et d'événements non existants. Donc, une assertion fictionnelle devrait toujours dire ce qui n'est pas existant et pourtant nous ne considérons pas ces assertions fictionnelles comme des mensonges." (on va même jusqu'à pleurer sur la mort d'un personnage)

Voilà, fiction, le mot est clair, et Zeniter passionnante. Il faut lire sa présentation théâtrale de la poétique d'Aristote, ses coups de griffes féministes, ses notes de bas de page hilarantes...

Oups numéro 1 : je constate en relisant mon billet qu'on ne sait même pas de quoi ça parle... Comme je suis sympa, je copie colle ce qu'en dit l'éditeur: 

« Une bonne histoire, aujourd’hui encore, c’est souvent l’histoire d’un mec qui fait des trucs. Et si ça peut être un peu violent, si ça peut inclure de la viande, une carabine et des lances, c’est mieux... »

Mais quelle place accorde-t-on dans ces histoires aux personnages féminins et à la représentation de leur corps ? Alice Zeniter déconstruit le modèle du héros et révèle la manière dont on façonne les grands récits depuis l’Antiquité. De la littérature au discours politique, elle nous raconte avec humour et lucidité les rouages de la fabrique des histoires et le pouvoir de la fiction.

Oups numéro 2 : ce bouquin est totalement le genre qu'affectionne cathulu! Je trouve bien sûr son billet.

Avis babelio