lundi 14 octobre 2019

Une étincelle de vie

Une étincelle de vie
A spark of light
Jodi Picoult
Actes sud, 2019
Traduit par Marie Chabin



Le jour de ses 40 ans, Hugh McElroy, policier et négociateur, doit gérer une prise d'otages dans un centre d'IVG, le seul du Mississipi. Un homme armé a déjà tué et blessé, de plus parmi les otages se trouvent sa fille et sa soeur. Théoriquement il devrait passer la main, mais...

Cette fois Jodi Picoult s'intéresse à l'IVG et nous fait profiter de sa documentation tous azimuts de façon fluide et - on ne peut dire agréable, vu le sujet- parfaitement abordable et passionnante. Elle sait donner la parole à tous les bords, de façon assez subtile, privilégiant l'empathie avec les femmes qui souffrent de telle ou telle situation.
Elle permet une connaissance intéressante du problème aux Etats Unis, particulièrement dans le Mississipi, un état du sud strict quant aux durées des grossesse en cours.
Côté littéraire, c'est efficacement écrit, sans chichis et pathos, et j'ai fortement apprécié sa virtuosité dans la narration, heure après heure (rien d'original là) mais à rebours.

(Dès le début j'ai deviné qui était Beth, mais je n'ai rien vu venir pour Izzy)

lundi 7 octobre 2019

Le coeur de l'Angleterre

Le coeur de l'Angleterre
Middle England
Jonathan Coe
Gallimard, 2019


Après un repas avec son père Colin dans une jardinerie aux multiples ramifications, Benjamin déclare
"J'aime bien cet endroit. C'est toujours une aventure, on en sait jamais ce qu'on va trouver. Parfois c'est sympa, parfois c'est désagréable, et le plus souvent c'est ce qu'il y a de plus bizarre. Mais voilà, c'est l'Angleterre. Elle nous colle aux semelles."

De 2010 à 2018, de Londres à Birmingham, en passant par Marseille et une croisière dans la Baltique, j'ai retrouvé avec plaisir certains des personnages de Bienvenue au club et Le cercle fermé. Qu'on se rassure, les avoir lus n'est pas indispensable pour suivre, et j'ai juste développé une furieuse envie de les relire...

Ces années pré-Brexit sont donc vues par le prisme de la famille Trotter et ses amis, Jonathan Coe usant comme d'habitude d'une ironie bristish bienvenue. Les craintes de certains vis à vis des 'minorités' m'ont rappelé ce qui peut exister de notre côté du Channel. Ainsi que la langue de bois de quelques politiques (ah, Nigel, j'ai aimé son pétage de plombs final). Certains événements, ignorés ou oubliés, sont juste évoqués, mais parfois je voyais un peu les 'coutures' du vêtement. Ceci étant, j'ai dévoré avec un immense plaisir parfois jubilatoire les plus de 500 pages du roman et quitté avec regret les personnages principaux, c'est un signe, non?

jeudi 3 octobre 2019

Le désert des Tartares

Le désert des Tartares
Il deserto dei Tartari
Dino Buzzati
Poche, 1966
Traduit par Michel Arnaud


(paragraphe qu'on peut sauter)
Il y a plus de 20 ans j'habitais au fin fond du fin fond (et ça l'est resté), selon une bonne vieille habitude j'ai demandé à un collègue de lettres quelles lectures il me recommandait. Dans sa réponse, avec Splendeurs et misères des courtisanes, il y avait Belle du Seigneur, et, pour donner une idée de l'ambiance de la ville où nous habitions : "Le désert des Tartares et Le rivage des Syrtes". 
Quand Ellettres a suggéré une lecture commune du désert des Tartares, j'ai bondi sur l'occasion. Souvenirs flous mais positifs.
Et alors là, j'ai dévoré le roman : grosse claque! On est dans la catégorie 

Coup de coeur Incontournable Ne se lâche pas.

"Ce fut un matin de septembre que Giovanni Drogo, qui venait d'être promu officier, quitta la ville pour se rendre au fort Bastiani, sa première affectation."

Tout jeune homme sorti de l'Académie militaire, Drogo s'en va sur sa monture vers ce fort, lui aussi au fin fond du fin fond, perdu dans les montagnes. Au nord du fort, le fameux désert des Tartares, l'ennemi historique semble-t-il, qui pourrait attaquer de ce côté.
Dès le début, le lecteur sent subtilement que ce fort aux pierres jaunes, sous des nuages passant au dessus, et avec peu d'aperçus sur le désert mystérieux, va à la fois donner à Drogo le désir de vite filer, retour vers une autre garnison, et d'en découvrir plus. Allez, on reste quatre mois, on n'a pas peur. Avec le risque de s'engluer dans le quotidien militaire, ponctué de relève de gardes montantes et descendantes, avec mots de passe, et parfois une rigidité criminelle et obtuse. On le devine, Drogo sera pris au piège, même si toujours il peut partir.

Drogo est un militaire, toujours espérant qu'un jour un jour l'ennemi surviendra, que son temps à Bastiani ne sera pas vain, qu'il aura l'occasion de briller...

Comme Drogo, le lecteur ne peut quitter librement ce fort, il est fasciné, il vaut en savoir plus, il espère.

"Drogo s'obstine dans l'illusion que ce qui est important n'est pas encore commencé. Giovanni attend, patiemment, son heure qui n'est jamais venue, il ne pense pas que le futur s'est terriblement raccourci, que ce n'est plus comme jadis, quand le temps à venir pouvait lui sembler une immense période, une richesse inépuisable que l'on ne risquait rien à gaspiller."

Je dirais que c'est le roman parfait dans sa narration et sa construction. Rien que les rencontres en écho d'un officier ancien et d’une jeune recrue, au début, et vers la fin. Rien n'est appuyé, ni les relations entre ces militaires, leurs pensées, ni le temps qui finalement passe.

L'on s'interroge forcément sur sa vie, à quoi a-t-elle servi, où s'est-elle embourbée dans l'inutile, dans l'attente? Cependant le roman se termine sur une note absolument magnifique, au moment où Drogo livre enfin -et je crois, avec succès- sa plus belle bataille.

Une lecture commune avec Ellettres.

Les avis de nathalie, le bouquineur,

jeudi 26 septembre 2019

Protocole gouvernante

Protocole gouvernante
Guillaume Lavenant
Rivages, 2019


Un premier roman narré comme un protocole justement, élaboré par Lewis, s'adressant avec 'vous' et au futur à la protagoniste principale, qui vient d'être engagée comme gouvernante dans une famille bourgeoise aisée. Que cherche-t-elle au juste? Pourquoi certains agissements à la maison ou avec la petite Elena? Quel est ce mystérieux groupe qui la guide? D'emblée c'est fascinant, le lecteur veut savoir, et quand l'écriture n'a guère d'aspérités il file vite sur les pages, captant les informations. J'ai  lu en diagonale les passages relatifs à la série télé visionnée par les deux femmes (ai-je vraiment raté quelque chose?) et foncé vers la fin, oscillant entre le 'pas mal, original, bien goupillé' et le 'tout ça pour ça?', entre 'tiens un peu d'imaginaire?' et 'un zeste de gilets jaunes?'.

Une fin rapide, ai-je lu dans un avis Goodreads, exact, mais un roman à découvrir, histoire de pouvoir en discuter, y compris proposer des hypothèses, en tout cas il ne laisse pas indifférent. Une bonne pioche de la rentrée.

Les avis du bouquineur,

jeudi 19 septembre 2019

Francis Rissin

Francis Rissin
Martin Mongin
Tusitala, 2019


Ce (premier) roman fut repéré sur le blog de Nicole puis celui de Papillon, et cela suffisait à me tenter. Surtout qu’elles n'en disaient pas trop, se contentant de tenter avec des histoires de neurones grésillant de plaisir ou pétillant (et je confirme que les miens furent aussi à la fête), et de donner comme références Antoine Bello ou le Binet de La septième fonction du langage. Me voici encore bien d'accord, si l'on considère l'originalité de la forme, le côté jubilatoire, l'écriture fluide, l'imagination sans faille, le sujet sans autofiction aucune (ouf!), l'ambiance 'tu tourneras les pages'. J'ajouterai juste que ça m'a aussi fait penser, dans le genre bluffant, à Roman fleuve d'Antoine Piazza.

Mais qui est donc ce Francis Rissin, dont le nom apparaît subitement sur des affiches collées nuitamment dans les moindres villages français? Un candidat à quelque chose? Un homme providentiel? Onze chapitres vont en dévoiler un peu, sans trop de chronologie, laissant parler différentes voix pas forcément en accord, pour un tout vertigineux. Rien que le premier texte, une conférence de séminaire dont l'auteur narre sa recherche frustrée d'un livre n'existant probablement pas, est déjà un grand moment de lecture! Ensuite, hé bien, le lecteur est bien baladé, de textes fascinants en textes quasi hallucinés. Une fête au centre Pompidou, une prison de haute sécurité et sa guillotine, voilà des moments inoubliables. Mais faut-il prendre pour argent comptant les récits autour de Francis Rissin? L'on peut y détecter une quasi hagiographie, voire des tournures des Évangiles ou de l'Ecclésiaste... L'on flirte parfois avec l'imaginaire.
Le tout -le début du moins- se déroule dans une monde qui ressemble fortement au notre, avec ses imperfections, ses privilégiés, ses attentes frustrées. Faut-il un homme fort à la Napoléon ou De Gaulle? Voire un dictateur?

Bref, jetez-vous sur ce roman ! Je ne dirais pas Votez Francis Rissin, parce que, comme vous le découvrirez  au cours de la lecture, (mais chut).

(je continue à lever le pied côté blog, mais quand on a des chouettes lectures, difficile de laisser passer)