dimanche 28 février 2021

Tupinilândia


 Tupinilândia

Samir Machado de Machado

Métailié, 2020 

Traduit par Hubert Tézenas


L'excellent éditeur aurait-il eu un coup de mou avec la quatrième de couverture? Non qu'elle soit menteuse, bien au contraire, mais elle raconte les trois quarts du roman, et c'est bien dommage. Cependant il en restait heureusement beaucoup à découvrir.

Un (très) riche industriel brésilien fan absolu de Walt Disney a lancé la construction d'un parc d'attractions au fin fond de l'Amazonie, parc devant être inauguré en 1984 (si!) , au grand moment du retour de la démocratie au Brésil, après 20 ans de dictature militaire.

Hélas rien ne va se passer comme prévu...

Idée fort originale, imagination parfois délirante, description du parc dans les moindres détails, évocation de cette culture brésilienne des contes, livres d'enfants et objets de collection, boissons colorées, héros de l'enfance, tout est là! Un peu trop d'ailleurs, j'ai un peu fatigué, ce n'est pas mon univers. Pourtant j'ai arpenté avec délices trois parcs Disney et Epcot center, c'est dire que j'ai gardé une âme d'enfant au fil des décennies. Mais c'était plus proche de mes souvenirs d'enfance.

"A Tupinilândia, la réalité grise de l'inflation et de la déforestation incontrôlée, de la dette extérieure et des généraux antipathiques, des oligarques brutaux et des célébrités vulgaires serait effacée par une autre, bariolée comme un décor de BD, où tout fonctionnerait toujours parfaitement, où tout le monde serait en permanence joyeux et enthousiaste."

On le sent, l'auteur va aussi présenter un Brésil en proie à la corruption, la violence, surtout durant ces années noires.

Et les personnages? Pas de souci, ils sont hauts en couleurs, le "méchant" se nomme Kruell, et il l'est! Face à lui, la famille du concepteur du parc, dont Helena, un bon personnage féminin flamboyant. 

 Ajoutons de l'humour, et beaucoup beaucoup d'action, parfois, dans un parc imaginé (il y a un plan à la fin). Au point que j'ai un peu fatigué à m'imaginer tous les déplacements (mais pas grave, on suit!)

"Si, quand j'avais onze ans, quelqu'un m'avais annoncé que je me retrouverais un jour dans une ville perdue en pleine Amazonie, entouré de dinosaures et en train de combattre des nazis avec le capitaine Aza, je l'aurais pris pour un débile." 

Donc ça bouge, ça castagne, mais pas que. De belles pages sur la nostalgie. De bons retours en arrière pour ceux qui ont vécu les années 80. "La dernière décennie où, pour parler à quelqu'un, vous deviez attendre que ce quelqu'un rentre chez lui."

Et le bandeau? Orwell oui finalement puisqu'on découvre un monde évoquant pas mal 1984; quant aux dinosaures,  ils ne sont pas vivants, mais le parc recèle un bassin de loutres pas sympathiques quand on les dérange...

Avis babelio ,

Je termine en dénonçant A girl qui m'a entraînée dans l'aventure, et grâce à qui je participe au challenge latino-américain!



jeudi 25 février 2021

Petits secrets, grands mensonges


 Petits secrets, grands mensonges

Big little lies

Liane Moriarty

Livre de poche, 2018

Traduit par Béatrice Taupeau


Qui pourrait croire qu'il se passe tant de choses dans une école maternelle? La petite Amabella (et non Annabella, sa mère précisant que ça vient de France, ce prénom. Vous connaissez, vous?) est physiquement agressée par un petit camarade, mais lequel? On soupçonne le petit Ziggy, dont la mère, Jane, vient de s'installer dans le quartier de Pirriwee (Sydney, Australie). Les parents prennent position pour l'un ou l'autre, une pétition circule.

Dès le début on sait que lors d'une soirée quiz dans cette école, il y a eu un mort. Accident? Suicide? Meurtre? Qui? Comment? Pourquoi? Le compte à rebours démarre, le suspense est comme d'habitude chez l'auteur aisé à supporter car il y a tant à apprendre! Et l'humour est présent. On a Jane, mère célibataire, une famille recomposée avec Madeline, et un couple 'basique' avec Céleste. Trois femmes que le lecteur va suivre.

Comme thèmes, il y a du lourd, avec du harcèlement scolaire, et de la violence conjugale, vraiment bien étudiée au travers d'un exemple. Sous des apparences légères, on a un bon petit roman plaisant mais pas que.

Ici comme dans les autres romans de l'auteur, on est dans des milieux sociaux plutôt aisés (voire très), en Australie, mais à part le surf au moment de Noël, on n'a pas vraiment l'impression d'être en Australie (ce qui ne me gêne pas).

Moult avis chez babelio,

et AifelleSandrion,

 

Tiens, un autre roman venant d'Australie, mais qui se passe dans le Kentucky principalement.

 


Le mystère Sammy Went

The nowhere child

Christian White

Denoël, 2019

Traduit par Simone Davy

 

Envie d'un bon petit roman qu'on ne lâche pas, qui ne révolutionne pas la littérature mais qui fait bien le job dans son créneau? Le mystère Sammy Went est pour vous!

"Qu'est-ce qui se passerait si on découvrait qu'on a été enlevé dans son enfance et que les gens qu'on a toujours considérés comme ses parents sont en fait les ravisseurs?" Voilà l'idée germée dans le cerveau de l'auteur, qui par ailleurs a suivi les conseils de Stephen King dans Ecriture : mémoires d'un métier (excellent bouquin , lu il y a longtemps)

Donc Kim vit tranquillement en Australie jusqu'au jour où apparaît un inconnu lui apprenant qu'en fait elle s’appelle Sammy Went, enlevée à l'âge de deux ans dans le Kentucky.

A partir de là, on alterne entre les chapitres Aujourd'hui, avec Kim / Sammy à la découverte de la vérité, et Autrefois, où l'on plonge vraiment dans un nœud de vipères, en plus de l'enquête policière. 

Je ne vais pas en dire plus, c'est bien fait, on sent parfois les ficelles (le cliffhanger en fin de chapitre), les personnages ne sont pas super approfondis, il y a des tentatives pour faire peur, sans trop de succès, mais je n'ai pas boudé mon plaisir et je recommande si vous voulez vraiment vous vider la tête...

Avis babelio

lundi 22 février 2021

Comment gagner sa vie honnêtement

Me voilà au bout de la découverte de l'auteur, restent sans doute quelques textes, mais on va en rester là (pour l'instant).


Comment gagner sa vie honnêtement
La vie poétique, 1
Jean Rouaud

Gallimard, 2010

" Sur la question de savoir comment gagner sa vie honnêtement, on n'a presque rien écrit qui puisse retenir l'attention." Par cette citation de Thoreau démarre ce nouvel opus de Jean Rouaud, qui bien sûr ne va pas répondre à la question. Toujours myope, ce qui aura son avantage lors des trois jours, fils de sa Loire-Inférieure de tradition catholique, ayant du mal à se défaire des valeurs de sa famille, assez emprunté il l'avoue, le voilà qui après 68 devient étudiant, sans grande idée de l'avenir à choisir, vivotant de petits boulots qu'à l'époque on trouvait aisément, distributeur de prospectus, ouvrier aussi, vendeur d'encyclopédies, de glaces sur une plage. Du saisonnier.
L'époque des cheveux longs, de l'auto-stop assez aléatoire (ah le routier plus que pervers, mais il s'échappe), des squats, des fumettes (pas son truc, il veut garder la cervelle libre pour la poésie).

Pour la construction du récit, en dépit d'une impression de naviguer à vue, c'est finalement bien maîtrisé, pour l'amusement du lecteur qui retombe sur ses pattes. Pour l'écriture, pas de "écrire vite, précipité, haché, tout en ellipse et suspension, factuel et concentré". Ce qu'il aime, ce sont "les adjectifs soyeux, les adverbes traînants, les contournements alambiqués, les antiphrases perfides, les prolégomènes fuyants (...)".

Point trop d'histoire familiale là-dedans, la page est tournée, "je ne sais même plus à quoi ressemblait mon père derrière le portrait que de livre en livre j'ai fait de lui - et ma mère prend le même chemin."

Avis babelio 



Une façon de chanter

La vie poétique, 2

Jean Rouaud

Gallimard, 2012

Un (court) volume consacré aux souvenirs de l'auteur avec la musique. Bien sûr on aura le cousin Joseph, un oncle , un copain d'enfance. Mais aussi les premiers pas à la guitare, toujours le regret de n'avoir pas appris tôt le piano. L'après 68, un air de liberté, les cheveux longs. les groupes anglais, sorte de révolution dans un univers fort bridé. On a même deux liens de vidéos, dont l'une présentant les Rolling Stones en direct sur un plateau télé américain...

Et toujours cette autodérision, cette façon d'avancer tranquille et de retomber sur ses pieds.

Avis babelio

Voici le 3 de la vie poétique, le 4 est lu (sans billet) et le 5 c'est Kiosque donc j'ai en gros fait le tour!


Un peu la guerre

Jean Rouaud

Grasset, 2014

Chaque fois l'on peut craindre les redites, et ma foi l'auteur ne peut changer certains événements de sa vie, avec émotion ou autodérision. Je retiendrai particulièrement la dernière partie, présentant ses relations avec le directeur des Éditions de Minuit - rappelons qu'Un peu la guerre est paru chez Grasset, comment a-t-on réagi là-bas? Même si Jérôme Lindon était déjà disparu. Des chouettes pages sur lui et Beckett, que l'on découvre pendant la seconde guerre mondiale.

Avis babelio 

jeudi 18 février 2021

Incendie nocturne


  Lu en VO, et paru en octobre 2020 sous le titre Incendie nocturne (il me reste à lire Une vérité à deux visages, retenu à la bibli par d'autres lecteurs)(et j'ai craqué, j'ai acheté le poche, na)


Incendie nocturne
The night fire
Michael Connelly

Orion, 2019

Traduit par Robert Pépin

Que doit demander de plus le fan de Connelly? Rien!
Dans cet opus il a Harry Bosch, récemment opéré du genou et en traitement pour une sale maladie, mais au top côté neurones et ténacité. Plus ou moins à la retraite, il récupère chez un collègue récemment décédé un vieux dossier. Cold case, c'est parti! Avec un gang de Los Angeles.


Puis on retrouve Renée Ballard, qui n'est plus enquêtrice au LAPD (avec son supérieur, ce fut une histoire de 'Il dit/elle dit' et c'est le supérieur qui a gagné) mais affectée au travail de nuit. Elle en profite pour quand même mettre les pieds dans les enquêtes, cette fois après un incendie ayant coûté la vie à un SDF.


Et ne manque pas Haller, l'avocat de la défense, demi-frère de Bosch, et donc voici une plongée dans un procès bien minuté, interrogatoires, contre interrogatoires, sur le fil du rasoir. Il s'agit de prouver une non culpabilité, oui, mais si l'accusé est innocent, qui a commis le crime?

Trois enquêtes qui s'entrecroisent, avancent petit à petit, sans temps morts. Bosch et Ballard n'ont guère d'heures de sommeil, on dirait.

 Avis babelio

Et relecture...


Le dernier coyote
The last coyote (1995)
Michael Connelly

poche 2019
traduit par jean Esch


Hop j'ai replongé, histoire de vérifier que les polars de Connelly fonctionnent toujours! Ma mémoire oublieuse permet de relire. Dans sa préface de 2017, l'auteur explique pourquoi Le dernier coyote est son préféré, avec son inspecteur Harry Bosch, toujours loup (coyote?) solitaire et torturé. Très humain. Cette fois suite à une altercation musclée avec son chef, il se retrouve à devoir suivre des séances avec une psy de la police, et il en profite pour enfin vouloir tirer au clair le meurtre de sa propre mère, 35 ans plus tôt. Toujours borderline dans ses méthodes, il sillonne une Los Angeles peu après un tremblement de terre (sa maison est promise à la démolition, d'ailleurs, mais il y réside toujours, illégalement bien sûr) et finira par aboutir à la vérité, après des fausses pistes, des disparitions, des rencontres, bref, ce qui fait le sel de ces romans bien fichus.

Coïncidence : Bosch emprunte le Skyway Bridge, dont parlait Echenoz dans Caprice de la reine, lu quelques jours avant.


Avis babelio

lundi 15 février 2021

Un train pour Tula

 


Un train pour Tula

Estacion Tula

David Toscana

Zulma, 2010

Traduit par François-Michel Durazzo


Inganmic et Goran ayant lancé un mois latino-américain, pourquoi ne pas participer? Mon blog a même une page dédiée. Avec des lectures enthousiasmantes ... ou moins. J'ai donc tenté Bolano, Casares, Manguel (il y a pire ^_^), etc. mais rien à faire, pas le bon moment, pas le bon titre. Je suis donc revenue à Toscana, auteur de El ultimo lector, qui là m'avait beaucoup plu.

Direction donc Tula, au Mexique, à la fin du 19ème siècle. Où Fernanda, fille de Don Alejo et Dona Esperanza se retrouve enceinte, puis mariée, puis mère puis morte. Le fils, Juan, est élevé par une servante (fidèle). Juan, plus tard Domenico, tombe amoureux fou d'une certaine Carmen. Le temps passe, roman d'apprentissage, et tout ça.

De nos jours, Froylan, écrivain en devenir, marié à Patricia, rend visite à Juan (oui, celui-là) qui lui raconte son histoire. Juan enregistre, Froylan écrit, en prenant parfois quelques libertés. Froylan lui aussi se découvre une Carmen qui l'obsède.

Compliqué? En fait dès le départ on apprend que Patricia, après la disparition mystérieuse de Froylan, a retrouvé papiers et cassettes dans les affaires de son mari.

Et le train? Heu, assez tard dans le roman, ça fait partie des événements plutôt amusants survenus à Tula.

Conclusion : Les histoires et points de vues alternent, avec vivacité, c'est au lecteur de finalement se laisser aller. A la fin, j'avais encore des questions sans réponses, c'est plaisant à lire, bien maîtrisé en fait, mais trop d'esprit cartésien n'a rien à faire là.

Avis babelio,