jeudi 13 août 2020

Au bonheur des fautes

Au bonheur des fautes
Confessions d'une dompteuse de mots
Muriel Gilbert

Vuibert, 2017


Muriel Gilbert est correctrice au journal Le Monde et dans ce livre plein de peps raconte comment elle est arrivée là, et plus généralement à ce métier. Réponse : sans l'avoir vraiment pensé, car, enfant, qui se dit 'je veux devenir correcteur/correctrice!' et, plus simplement, qui connaît ce métier? Moi non, je m'en faisais une idée incomplète, traquer les fautes d'orthographe et de grammaire, oui, mais il n'y a pas que cela!

Un parcours vraiment intéressant (elle donne les coordonnées de l'unique formation diplômante) et axé sur son travail dans un quotidien, avec les urgences de dernière minute qui laissent passer des fautes, mais le zéro faute, chacun sait que c'est mission quasi impossible. D'ailleurs elle fait part de quelques erreurs amusantes et on sent que parfois elle regrette d'avoir à les corriger tellement elles sont jolies...


Je craignais de tomber sur des règles à tout bout de champ, mais non, seuls quelques encadrés bienvenus rappellent des particularités de la langue. Le corps du texte explique aussi quelques subtilités, par exemple la différence entre futur et conditionnel, il suffit de passer à la deuxième personne du singulier. Par exemple,"je viendrai demain" ou "je viendrais demain". Hé bien, tu viendras ou tu viendrais? Je signale que ça et la confusion passé simple/ imparfait font partie de mes agacements, j'étais sans doute une candidate idéale pour devenir correctrice.

Quoique, franchement, j'ai souvent des doutes et cet accord du participe passé, par exemple, je croyais connaître, et c'est encore plus horrible que je ne pensais. C'est Clément Marot qui a ramené ça d’Italie (depuis les Italiens y ont renoncé, pas fous les gars)


Attention cependant : "Le correcteur ne sait pas tout, mais il sait où sont les pièges, ce qu'il lui faut vérifier et où trouver la réponse rapidement."

Où j'apprends que certains auteurs (Simenon, Céline) ont eu des correctrices, et actuellement Muriel Gilbert révise chacun des romans de Foenkinos (recorrigés ensuite chez l'éditeur)

Franchement, le français peut être coton. Des vaches noires et blanches, ce n'est pas du tout pareil que des vaches noir et blanc. Les deux sont corrects, ça dépend des vaches.

Pour terminer, quelqu'un qui connaît et aime le irrégulomadaire (mot que j'apprends!) La Hulotte ne peut que me plaire!

Des avis chez babelio, Dominique,

vendredi 7 août 2020

BD en vrac!

A la demande générale d'une blogueuse, je vais faire un effort pour parler de toutes mes lectures, y compris les chouettes BD sur lesquelles je tombe.


Mondo disco
Nicolas Wild
La boîte à bulles, 2019

Dirais-je que Nicolas Wild est un dessinateur reporter? Le voilà qui promène son lecteur aux quatre coins de la planète.
A Beyrouth en 2012. Au Népal en 2013, où ont dû se réfugier des Bhoutanais d'origine népalaise (hé oui, même le Bhoutan a des pratiques pas sympa)
En France en 2014 c'est l'armée qui l’accueille pour des reportages dans trois bases. La com, quoi, il n'a pas accès à tout! Mais son humour reste actif et accepté de ses hôtes, on peut le supposer. Et puis, cette histoire d'avion détourné! Où j'apprends qu'en cas d'attentat-suicide, l'ordre d'abattre un avion civil vient du premier ministre en personne. Et pourquoi en 1991 lors de la guerre du golfe, la France n'a pas fait décoller ses mirages F1 (Saddam Hussein en possédait, d'où risque d'erreur des américains). Et un berger dont les moutons (croqués à la Shaun) broutent les prairies autour des sites...
Istambul 2014, Ukraine 2016, Phnom Penh 2016 puis les Alpes et le Maroc terminent ce mini tour du monde.

Franchement j'ai aimé le regard de Nicolas Wild, son humour parfois décalé, son empathie, sa vision et ses remerciements.
"La BD sur Tchernobyl était une commande de la chaîne de Télévision Arte. je remercie facétieusement Philippe Brachet qu m'a proposé cet étrange périple et grâce à qui je brille la nuit."


Autre genre, plutôt Comics.
Joyride
Collectif

Glénat,



Douze épisodes réunis en un volume, pour une histoire complète. Cela commence avec une histoire d'ado rebelle, Uma, entraînant son ami Dewydd, et Catrin, dans une cavale intergalactique. Uma égocentrique et à baffer au départ (faut croire que le YA en Comics ne m'accroche pas trop), prend de l'épaisseur, ainsi que les deux autres protagonistes.
Beaucoup d'imagination, des aventures renouvelées, du rythme (même si j'aurais préféré qu'on passe moins vite, parfois), de l'humour (genre Saga pour les fans) et une fin (trop rapide) à la fois attendue et culottée.


Je suis tombée sur le tome 3 de A nos amours (les deux premiers n'ont pas été chroniqués, mais bon, le principe est le même)

A nos amours
Tome 3
J.P. Nishi

Ed Kana
(image fnac)

L'auteur est japonais, époux de Karen, une française, ils vivent au Japon avec leur fils, Nao.
L'idée est de présenter les différences culturelles entre France et Japon, au travers d'expériences vécues. Vraiment sympa, commencer par le tome 1 et Enjoy!
Dans ce tome on retourne au salon de Paris, on porte un masque quand on pense avoir la grippe, et une surprise à la fin!
(on peut aussi découvrir la série à paris A nous deux, Paris      Paris, toujours )


Noire
La vie méconnue de Claudette Colvin
d'après Tania de Montaigne

Emilie Plateau

Dargaud, 2019

Montgomery, Alabama, 2 mars 1955. Claudette Colvin a 15ans, rentre de l'école par le bus, et refuse de changer de place pour laisser un blanc s'asseoir. Cela vous rappelle quelque chose? Oui, Rosa Parks. Mais c'est juste avant. D'ailleurs on va voir comment ça s'est passé. Procès, boycott, etc.
Comment Claudette, jeune, célibataire, enceinte, a été oubliée. Comment les hommes (noirs) ont pris le contrôle de l'affaire.
A lire, bien sûr.

samedi 1 août 2020

Dry bones

Dry bones
Craig Johnson
Gallmeister, collection Americana, 2019
Traduit par Sophie Aslanides


On est bien d'accord, on ne lit pas les aventures de Walt Longmire pour l'histoire policière et un suspense haletant à chaque page, mais pour se retrouver dans le Wyoming avec toute la bande. Ils sont tous là, y compris Henry Standing Bear, Cady et le bébé, Lucian, l'agent spécial McGroder sans oublier Robert et Bob, quasiment des Dupont Dupond, mais je serais bien incapable de me souvenir où ils sont apparus la première fois.

Que se passe-t-il dans cet épisode? On découvre un vieux Cheyenne noyé alors qu'il pratiquait la pêche, et un T Rex dans un terrain proche. Ossements déchaînant les passions car à la vente il s'agit de millions de dollars! Un autre événement survient aussi, qui laisse augurer une prochaine enquête dans un opus à venir, mais mes lèvres sont scellées.

Sujet sensible : Vic! Elle est présente, et (j'ai vérifié) elle passe la moitié du bouquin sans grossièretés. Incroyable. Ensuite elle est blessée et on lui pardonne d'user d'un langage plus fleuri, mais sans exagérer comme à l'ordinaire. Craig Johnson a-t-il eu vent de la lassitude de certains lecteurs à ce sujet?
"Nous n'allons pas être obligés de la piquer.
- C'est une bonne nouvelle.
- Mais elle a gagné la botte et les béquilles.
- Ouh là, on ne va pas s'amuser.
David sourit et secoua la tête.
- Assez impatiente, la patiente.
La Nation Cheyenne se leva et me rendit la petite carte.
- Vous avez remarqué?
- Quand nous avons manipulé sa cheville, nous avons eu droit à un échantillon de langage que je n'avais pas entendu depuis les matchs de foot du lycée.
- Dans cette discipline, elle a un véritable talent d'artiste, reconnaissons-le."

Ce qui rend les lectures plaisantes, si on n'est pas pressé, ce sont les touches d'humour plutôt sympa parsemant les dialogues.

Pour terminer, j'ai bien rigolé à la fin du roman, quand apparaissent les patronymes de l'éditeur et de la traductrice! Sans doute une jolie complicité avec l'auteur.

Les avis de Le Bouquineur,

mardi 28 juillet 2020

Chimpanzés, mes frères de la forêt / Les secrets de l'intelligence animale

Chimpanzés, mes frères de la forêt
Sabrina Krief
Actes sud, 2019
Mondes sauvages Pour une nouvelle alliance




On ne discute pas: je ratisse tous les livres parus dans cette collection d'actes sud, Mondes sauvages pour une nouvelle alliance. Joli format, environ 150 pages, présentation soignée. Et le contenu? Nickel ! Des spécialistes dans leur domaine, qui ont le bon goût d'être parfaitement lisibles, abordables, savent partager leur passion, ne prennent pas leur lecteur pour des ignorants ou des spécialistes, bref, un équilibre parfait. Bon, petit détaillounet, ce ne sont pas des romans, et ça parle de nature, écologie, environnement, animaux et tutti quanti.

Sabrina Krief est vétérinaire et professeure au Muséum d'histoire naturelle. Depuis deux décennies environ elle s'intéresse aux chimpanzés vivant dans le parc national de Kibale (Ouganda), d'abord à Kanyawara puis à Sebitoli, là depuis 10 ans.

Les chimpanzés sont les êtres vivants les plus proches de l'homme, plus encore que les autres singes. Proches génétiquement, mais pas question de trop les coller, parce que quand on les étudie, mieux vaut rester à distance prudente, histoire de respecter leur santé, leurs habitudes, bref leur vie. Ceux de Sebitoli sont en forêt, non primaire, mais une forêt de remettant d'une surexploitation, elle est entourée de villages (et leurs attractifs champs de maïs) et traversée par une route! Problèmes avec les braconniers et leurs pièges, les pesticides répandus causant des malformations.

Sabrina Krief et son équipe pensent aux chimpanzés et aussi aux villageois, avec l'installation d'une clôture de ruches suspendues, empêchant l'incursion des éléphants dans les villages.

Ce qui est très intéressant, c'est que l'étude des chimpanzés malades -disons l'observation de leur comportement quand ils le sont- et de leur consommation de certaines plantes (aux propriétés souvent connues aussi des villageois!) amène à découvrir des molécules utiles pour la médecine des humains.

Les chimpanzés sont des animaux passionnants à observer, il faut pour cela une énorme patience (on compte pas en semaines ni en mois, mais en années!) et une excellente forme physique.

Ce livre très très riche est à lire, j'en ai fait un coup de coeur.

Des avis chez babelio,


Les secrets de l'intelligence animale
Université d'été de l'animal
Sous la direction de Yolaine de la Bigne
Préface de Pascal Picq
Larousse, 2018


"L'université d'été de l'animal a pour vocation de réunir chaque année les meilleurs spécialistes de l'intelligence animale et de communiquer leurs découvertes au grand public."

Voilà donc des conférences vivantes, pas trop compliquées à suivre, tout en étant sérieuses. Sabrina Krief a reparlé de ses singes médecins (j'ai apprécié l'incursion dans le monde des chercheurs...), Pierre Jouventin a su me fasciner avec le chien et le loup, détruisant quelques idées reçues sur la date de la domestication du chien, Christine Rollard, non sans humour, a fait de son mieux pour aborder un sujet clivant, les araignées, Anne-Claire Gagnon avait un sujet plus facile, n'est-ce-pas, avec les chats, Chris Herzfeld raconte cinq adoptions de chimpanzés en famille (plutôt triste, en fait)(dont Léo Ferré) et Bernard Séret fait part de sa passion pour les requins.

Des avis sur babelio,

vendredi 24 juillet 2020

Habemus piratam

Habemus piratam
Pierre Raufast
Alma éditeur, 2018



Un auteur que je suis systématiquement, même en léger décalage... Cette fois faisons connaissance de l'abbé Francis, qui officie dans un petit village. Hélas les confessions des tricheuses au scrabble n'ont rien d'exaltant, alors quand un mystérieux personnage, profession, pirate informatique, vient s'accuser ou pas d'avoir attenté aux dix commandements, notre abbé s'emballe et s'en va vérifier innocemment sur internet les histoires narrées par son 'pénitent'.

Pierre Raufast a vraiment le chic pour raconter! A chaque chapitre son anecdote de piratage, drôle, émouvante, révoltante, toujours passionnante. 
Et une fin réussie!

"Les informations sensibles étaient noyées au milieu du délire romanesque. Des descriptions de personnages, des situations à risque bien précises... A part les intéressés, personne n'a jamais rien remarqué.
- C'étaient des clins d'oeil.
-Oui. Certains auteurs aiment ça."
(alors je me demande si...)

Ceci étant, on retrouve avec plaisir au détour d'un paragraphe des allusions aux romans précédents, sans gêne pour le néophyte, par exemple les rats taupes.

Beaucoup d'avis, dasola, nicole, le bouquineur, alex,