lundi 19 août 2019

Washington Square

Washington Square
Henry James
Paru en 1880
Lu avec la version Omnibus, 2013
Traduit par Camille Dutourd


Poursuivons notre lecture des œuvres de James. De toute façon certaines blogueuses n'hésitent pas à proposer des piqûres de rappel. Après Portrait de femme, voici Washington Square, New York, du temps où la ville était en pleine expansion (vers le nord, ai-je appris), pour une histoire démarrant vers 1850.

Cette fois, peu de personnages. Catherine est la fille du docteur Sloper. A 20 ans passés, elle n'a pas grand chose pour attirer les prétendants. Ni belle ni laide, timide, obéissant  à son père, d'intelligence moyenne. Mais elle est plutôt riche et le sera encore plus. Autant dire que son père n'apprécie pas du tout la cour que lui fait Morris Townsend, d'après lui plus attiré par l'argent de Catherine que par ses qualités. Lavinia Penniman, tante de Catherine, prend fait et cause pour le jeune couple, jusqu'à franchement pousser le bouchon un peu loin. Le temps passe, père et fille effectuent le classique voyage en Europe (une année entière!), les lignes ont-elles bougé?

Subtilité ironique, voilà une des marques de James, très fort pour explorer l'intérieur de ses personnages, en gardant un flou cependant. Je m'interroge encore sur ce que ressentaient réellement les héros, sur leurs motivations profondes, en tout cas des zones d'ombre demeurent, à chacun de picorer les indices. A chacun aussi de se satisfaire ou pas de la fin.

Les avis de cléanthe, une vie à lire, nathalie,


jeudi 15 août 2019

La France (chroniques)

La France
Chroniques
Aurélien Bellanger
Gallimard / France culture, 2019





Simplissime en apparence : des chroniques quotidiennes sur France Culture, d'août 2017 à décembre 2018, on imprime et voilà. Mais Aurélien Bellanger, que je découvre ici, est un type qui sait appâter le lecteur par des accroches souvent autobiographiques et pleines d'humour, pour le conduire mine de rien à des réflexions fichtrement intelligentes et fines sur la France en général, mâtinées souvent de philosophie.

"J'aime beaucoup les timbres, les images d'Epinal et BFM sans le son." conduira à Macron et Charlemagne.
"J'ai commencé cet été les Mémoires de Saint-Simon. Moitié par curiosité, c'est un monument de notre littérature, moitié par masochisme. Non pas que cela soit difficile à lire - Les Mémoires de Saint-Simon, c'est une excellente lecture de plage, c'est Voici à la cour du Roi-Soleil, c'est la vie intime des célébrités d l'époque, c'est cruel comme une photo zoomée sur la cellulite d’une célébrité, c'est méchant comme un paparazzi dans un tunnel."
Son papier sur Houellebecq (qu'il admire) mériterait d'être cité in extenso.

Un (seul) avis sur Babelio, mais je le partage dans les deux sens du terme.

jeudi 8 août 2019

Dans le faisceau des vivants

Dans le faisceau des vivants
Valérie Zénatti
Editions de l'Olivier, 2019

Aharon Appelfeld est mort le 4 janvier 2018 et Valérie Zenatti l'apprend dans le taxi qui l'emmène à Orly, en route pour le retrouver - trop tard- à l'hôpital. Elle évoque longuement sa découverte de l'auteur, ses rencontres avec lui, son travail de traductrice, de ses romans, ou en interview. Elle visionne des vidéos. Elle est en deuil, comme pour un père, et dans la seconde partie du livre elle se rend à Czernowitz (Tchernivtsi aujourd'hui, en Ukraine), le jour anniversaire de la naissance d'Appelfeld, près de cette ville, le 16 février 1932). Se laissant porter par le hasard, puis choisissant de se rendre au bord du fleuve, non sans avoir vécu la veille une drôle d'expérience de sidération.

Un livre qui permet de mieux connaître Aharon Appelfeld (avoir lu au moins un de ses livres -c'est mon cas- ça aide quand même) et Valérie Zenatti.

Des passages permettant de saisir en partie la belle richesse de cet essai:

"Lorsque j'écris mes propres livres, je vis pendant plusieurs mois avec ceux que l'on appelle mes personnages, ils accomplissent leur travail de transformation intérieure, ils cherchent en moi une raison de vivre en éclairant quelques zones d'ombre sur leur passage et quand le livre est achevé, laissant derrière eux un sillage d'espoir fragile - d'autres les aimeront peu-être. Tandis que lorsque je traduis ses livres, ses personnages entrent en moi, pas à pas, et une fois la traduction terminée, ils ne me quittent plus, ils font partie de moi." VZ

"Avant de partager la même langue, avant que l'hébreu soit conquis au terme d'un combat où chaque mot introuvable était un désarroi amer et chaque mot correctement employé un soulagement, avant cela nous avons partagé le silence hébété des 'nouveaux immigrants'. Puis nous nous sommes mis à parler cette langue dans laquelle nous n'avions pas vécu, c'est-à-dire une langue dans laquelle nous n'avions pas découvert le monde ni été aimés, dans laquelle nous n’avions pas souffert non plus, et surtout dans laquelle n'étaient pas inscrits les silences de l'enfance. Nous nous sommes glissés dans l'hébreu comme dans des draps rugueux, dans une hospitalité qui créait grossièrement mais sûrement un espace inviolable par le passé, dont on pouvait se donner l'illusion qu'il n'avait pas eu lieu. Le merveilleux oubli avait aussi permis la renaissance." VZ

"Je me sens chez moi en Europe. Mes parents parlaient français et ils seraient malheureux aujourd'hui de voir que je ne le parle pas. C'étaient des gens laïcs, ils n'allaient jamais à la synagogue mais le jour de Kippour ils fermaient les volets et lisaient A la recherche du temps perdu." AA

Les avis de Aifelle, Sylire, Laure,

lundi 5 août 2019

Long island

Long Island
Orient
Christopher Bollen
Calmann-Lévy, 2017
Traduit par Nathalie Peronny


Ballotté durant son enfance dans des familles d’accueil en Californie, le jeune Mills file à l'est, commence à s'enfoncer dans une vie précaire à New York, puis est repêché par Paul, un quadragénaire originaire d'Orient, petite bourgade à l'est de Long Island, qui l'engage pour des travaux dans sa maison.

Décès plus ou moins suspects, incendie criminel, découverte de créatures étranges sur la plage, se succèdent à Orient, quasiment dès l'arrivée de Mills, et le voilà pris dans un filet car tout concourt à le désigner comme coupable. Paul le défend, ainsi que Beth, son amie avec laquelle ils vont démarrer une enquête.

Ce gros roman n'est pourtant pas qu'un bon suspense bien mené, c'est aussi une vision non dénuée d'humour de ce petit monde où se côtoient, s'épient, se fréquentent les nouveaux arrivés à Orient, souvent artistes, riches parfois, se lançant alors dans des travaux de rénovation, et les anciennes familles, attachées à leurs habitudes, mais même parmi eux des scissions se font jour. Par exemple Paul et Beth ont été élevés à Orient, mais sont partis  à Manhattan et sont revenus. Beth, artiste n'ayant pas connu le succès, s'interroge sur son désir d'avoir un enfant avec Gavril, son époux originaire de Roumanie,qui lui vend bien ses œuvres.

Des avis, Babelio,

Un gros pavé qu'on ne lâche pas, idéal pour le challenge de Brize. En fait j'avais lu les dernières pages, mais l'intérêt était toujours là, au contraire : bon point pour ce roman!

lundi 29 juillet 2019

Dans la lumière

Dans la lumière
Flight Behavior
Barbara Kingsolver
Rivages, 2013



Après Un jardin dans les Appalaches (non fiction), Barbara Kingsolver propose à son lecteur un roman se déroulant dans ce même coin des Etats-Unis. Y être né n'est pas forcément un cadeau, et bien des personnages, à commencer par Dellarobia, font partie des petits blancs pauvres, comptant chaque dollar, même dans les magasins de seconde main ou à bas prix. Deux passages fort dialogués racontent ces courses, c'est parlant; sinon, le mari et la belle-famille de Dellarobia sont de petits exploitants agricoles et élèvent des moutons. Elle a fréquenté le lycée (mais les professeurs n'étaient pas tous bons), renoncé à poursuivre des études (bien des difficultés, surtout tomber enceinte à 17 ans). Son mari n'est pas parfait mais gentil, cependant Dellarobia rêve toujours...

Un jour elle découvre dans les collines derrière sa maison une colonie de millions de papillons monarques venus là lors de leur migration.
"Les gens, elle et les autres, étaient des rocs humains dans le courant d'insectes. Ils avaient pénétré dans une rivière de papillons et le flot, indifférent, se ruait en direction de la vallée, n'obéissant à rien sinon à sa propre force. Les papillons traversaient continuellement son champ de vision, flocons noir orange qui la faisaient cligner des yeux, et se fondaient au loin en une masse confuse et chaotique, et elle trouvait franchement impossible de croire ce que ses yeux lui révélaient. Ou ses oreilles : le bruissement sans fin, comme une robe de taffetas."
https://www.monnuage.fr/photos/point-d-interet/251106#
Les médias s'en mêlent, arrive le professeur Ovid Byron, spécialiste des ces lépidoptères, ainsi que son équipe.

Deux fils dans ce roman, la vie de cette petite communauté d’américains ne bougeant pas de leur coin, et le changement environnemental vu à travers le papillon monarque. C'est très bien fait, les idées sont bien amenées, on conçoit le choc de deux mondes, et on s'attache aux personnages.

"ça la sciait , de faire partie des gens qui voyaient le monde tel qu'il était avant. Tandis que les gosses faisaient leur chemin." Quand elle se rend compte que sa fille joue avec un vieux modèle de téléphone (" boîtier massif, cordon, combiné, cadran"), sans savoir que cela servait à téléphoner, car pour elel un ténéphone est dans la poche, on le fait glisser pour l'ouvrir..

Des avis : Brize, assez mitigée, mais aussi Dominique (et comme d'habitude des photos superbes), clara, papillon,