lundi 6 décembre 2021

L'énigme de l'anguille et autre bizarreries animales


 L'énigme de l'anguille et autre bizarreries animales

The unexpected truth about animals

Lucy Cooke

Albin Michel, 202

Traduit par Esther Ménévis

 

Vous croyez tout savoir (ou presque?) sur l'anguille (mais où sont les oeufs?) , le castor, le paresseux (heu, paresseux?), la hyène (hilare, forcément), le vautour (beurk?), la chauve-souris (je sais par expérience qu’elle ne s’entortille pas dans les cheveux),  la grenouille et le crapaud (qui connaît la différence?), la cigogne (et les enfants?), l'hippopotame (cousin de la baleine), l'orignal (saoul?), le panda (et la diplomatie?), le manchot (qui ne se caille pas forcément les papattes?), et le chimpanzé? Détrompez-vous.

Grâce à Lucy Cooke, zoologiste anglaise dotée d'un humour fort british, vous saurez tout (ou presque). Elle conte les erreurs (fake news?) trimballées au cours des siècles, par Aristote, Buffon et autres, dépoussière les connaissances, et remet les pendules à l'heure.

J'en ai fait un coup de cœur d'abord parce que toutes les bestioles, c'est tout ce que j'aime (parfois de loin) et surtout parce que je me suis follement amusée à lire ce bouquin (si!)

Créatrice de la Sloth Appreciation Society (société pour l'appréciation du paresseux), dont la devise est "La rapidité est surfaite", l'auteur convainc parfaitement que la bestiole est digne d'intérêt.

"Progresser furtivement à la cime des arbres, à peine plus vite qu'un escargot, couvert d'algues et infesté d'insectes, et ne déféquer qu'une fois par semaine ne correspond certes peut-être pas à l'idée que vous vous faites d'une vie ambitieuse, mais d'un autre côté vous n'essayez pas de survivre dans les jungles extrêmement concurrentielles d'Amérique centrale et du Sud - ce pour quoi le paresseux est très doué.

Quand on cherche à comprendre les animaux, le contexte est essentiel."

Elle a franchement l'art de la formule parlante:

"Les voir évoluer dans les arbres, c'est comme regarder Le Lac des cygnes au ralenti." "On dirait qu'ils sont immergés dans de la colle, voire qu'ils en ont sniffé." "Tous les paresseux appartiennent aux Xénarthres, un superordre de mammifères très ancien dont le nom semble tout droit sorti de Star Trek, et ils ont le look SF à l'avenant." ""Il passe son temps à brouter des feuilles dont on dit qu’elles contiennent des alcaloïdes aux propriétés semblables à celles du Valium.Il n'a donc pas seulement l'air défoncé, il l'est."

Terminons par le panda, sur lequel on raconte plein de 'menteries' : ne pas confondre le panda dans son milieu naturel (hélas dégradé et rétréci) et le panda forcé de se reproduire dans des conditions complètement non prévues à l'origine, et objet depuis longtemps de trocs diplomatiques. Alors que "l'autre panda est un survivant magnifique qui existe dans sa forme actuelle, naturelle, depuis au moins trois fois plus longtemps que les humains, et qui est parfaitement adapté à son mode de vie (certes) excentrique. Ce panda sauvage est un étalon secret, adepte des plans à trois et des rapports brutaux; il ne dédaigne pas la viande et possède un redoutable coup de mâchoire." 

Versus "son approche apathique de la chose sexuelle et son régime végétarien déviant attirent les moqueries."

D'accord, "les bébés pandas géants, avec leurs gestes maladroits et enfantins, sont comme un shoot instantané de mignonnerie." J'avoue avoir ululé comme une débile devant une vidéo de bébés pandas... Mais après ma lecture, je suis persuadée qu'on doit absolument les laisser tranquilles dans leur milieu sauvage préservé (et ça c'est pas gagné).

Alors, pour en savoir beaucoup plus, jetez-vous sur cet excellent livre!!!

vendredi 3 décembre 2021

Une mauvaise maire

 


Une mauvaise maire

Jacques Jouet

P.O.L., 2007 


Toujours en pleine période oulipienne, je découvre Jacques Jouet (quoique son nom ne soit pas inconnu aux auditeurs des papous dans la tête).

Ce court roman présente Marie Basmati (je n'ai pas tout de suite compris l'astuce, en fait son mari d'origine italienne se nomme Basmati), ci-devant maire de La Chapelle, région parisienne, un peu moins de 30 000 habitants.  On la suit dans son quotidien fort occupé de maire, taclée souvent par son deuxième adjoint, alias Dents Longues. Cartée au parti communiste, mais sans excès semble-t-il, elle fait le job, réaliste, connaît ou cherche à connaître tous les coins et problèmes de sa commune. C'est ainsi qu’elle rencontre Masmaïl, un intrigant jeune homme  issu de la cité des Garnerets.

Bref, une jolie chronique au ras de la vraie vie, écrite classiquement et avec vivacité, lue avec plaisir. A la fin moi je pensais que Marie est plutôt une bonne maire...

Avis babelio,

Puis j'ai continué avec


La seule fois de l'amour

P.O.L., 2011

Victoire est une jeune femme qui a un projet, celui de connaître un amour, avec lequel justement elle fera l'amour, mais juste une fois. Espérant être enceinte. Non, ce n'est pas une fille coincée, elle fréquente pas mal de garçons ou d'hommes, qui vivent parfois assez mal ce genre de relation... 

C'est amusant à lire, on se demande si Victoire mènera à bien son projet (elle a aussi la chance d'être jolie et intelligente, ça aide quand les types intéressés se prennent un râteau, car sinon ils se raréfieraient?), mais en dépit de l'imagination de l'auteur cela devient un peu longuet.

On va dire que Jacques Jouet a eu une belle idée de départ, et l'a explorée façon conte moderne.

Babelio,

lundi 29 novembre 2021

Et toujours en été


 Et toujours en été

Julie Wolkenstein

P.O.L. , 2020 (couverture du poche)

 

 

Julie W. et moi :

Curieusement, c'est Adèle et moi, sans doute la plus classique des histoires de Julie Wolkenstein, qui m'a le moins enthousiasmé, peut-être trop classique justement? 

Depuis,  je ne l'ai pas laissée tomber, et reconnais qu’elle a un style, un univers bien personnel, et surtout une grande originalité dans sa façon de traiter la narration.

Pour Et toujours en été, le sujet était casse-g., puisqu'à première vue il s'agit de décrire la (grande) villa de famille au bord de la mer, à Saint-Pair, et d'évoquer les vacances s'y déroulant, frères, sœurs, cousins, amis, familles recomposées, etc., sur plusieurs décennies. Le risque était que le lecteur ne soit que spectateur, et laisse ces gens à leur vie et leur décor de vacances. 

Mais l'idée de départ est d'explorer cette maison comme dans un escape game. Pour ceux qui en ignorent tout, on a un tutoriel en début de livre, et ensuite l'on s'amuse à découvrir les pièces, non sans changer d'époque; on clique, en vain ou pas, sur les objets, on réfléchit aussi. Bien sûr on peut se lasser, mais le tout n'a que 220 pages, et puis on peut ne pas se stresser sur certaines descriptions.

Un dernier aveu : le titre; là j'ai l'air dans la tête, et page 203, je cite "... le temps, ici, de durer longtemps, et la vie sûrement plus d'un million d'années."

 Avis babelio,

jeudi 25 novembre 2021

Deborah Levy : Trilogie autobiographique

 


Le coût de la vie

The cost of living

Deborah Levy

Editions du sous-sol, 2020

Traduit par 

 

Un nom inconnu, vu chez La nuit je mens, et assez d'envie de découvrir pour repérer tout de suite le livre sur le présentoir de la bibli. Sur les conseils du bibliothécaire, j'ai choisi le volet 2 de cette autobiographie et m'y suis plongée sans trop en savoir. 

Si on veut, on peut parler d'autobiographie, elle évoque  sa venue en Angleterre, son père, la maladie de sa mère (ah ces glaces achetées chez les frères turcs, le cœur se serre), la séparation d'avec son mari, l'installation dans un immeuble pas chauffé et en travaux, l'écriture, et donc son refuge, un cabanon au fond du jardin de Celia.

"Celia, comprenant que je pourrais passer écrire à toute heure du jour et de la nuit, m'a présentée à ses amis comme La Femme tapie dans le Jardin. Tant qu'elle serait là, personne n'aurait autorisation de m'interrompre; ni pour faire la conversation (météo, nouvelles, un gâteau tout juste servi) ni même pour transmettre un message urgent à la Maîtresse de Maison. Se voir respectée et valorisée de la sorte, comme s'il n'y avait rien de plus naturel au monde, était nouveau pour moi. Je l'ignorais encore, mais j'allais écrire trois livres dans ce cabanon, dont celui que vous êtes en train de lire. C'est là que j'ai commencé à écrire à la première personne, à recourir à un Je qui m'est proche sans être moi  pour autant."

Vivacité, humour, mordant, dans cette description d'un chambre pour soi très woolfienne. Lisez ce livre, court, intelligent et prenant, ciselé, avec des échos parfois, par exemple la couleur jaune, l'obscurité noire et bleutée... Je l'ai dévoré, trop vite sans doute, mais peu importe...

Avis babelio

 N'ayant pas été trop psychorigide, mais tout de même tenace, j'ai emprunté et lu le volet 1.


Ce que je ne veux pas savoir

Une réponse au 'Pourquoi j'écris' de Georges Orwell (1946)

Things I don't want to know.

A response to Georges Orawell's essay 'Why I write'

Deborah Levy

Éditions du sous-sol, 2020

Traduit par Céline Leroy

 

Retrouvant avec plaisir ce ton, j'ai (re)découvert une façon de mettre le lecteur tout de suite dans le bain, sans détails inutiles; là voici à Majorque (où, l'hiver il fait si froid!) en pleine interrogation. Puis elle évoque son enfance en Afrique du sud, son 'exil' en Angleterre. C'est à découvrir tout seul, je n'en dis rien, volontairement.

"Ce printemps là, à Majorque, alors que la vie était très compliquée et que je ne voyais tout bonnement pas vers quoi tendre, je songeai que ce vers quoi je pouvais tendre était une prise électrique. Plus utiles encore pour un écrivain qu'une chambre à soi sont les rallonges et une panoplie d'adaptateurs pour l'Europe, l'Asie et l'Afrique."

Lilly a aussi choisi de présenter les deux en même temps. Avis babelio,

Et voici le dernier


Etat des lieux

Real Estate

Deborah Levy

Editions du sous-sol, 2021

Traduit par Céline Leroy

 

Un vrai plaisir de retrouver la plume de Deborah Levy, vivante, énergique, personnelle. Elle s'apprête à quitter sa cabane chez Célia, séjourne à Paris, en Inde, en Grèce, fête ses soixante ans, laisse partir ses filles quasi adultes. Elle rêve d'une maison bien précise, sans avoir les moyens de l'acquérir, une maison qu'elle n'a pas trouvée de toute façin. "Mon seul projet était la villa avec le grenadier, ses mimosas, sa cheminée en forme d'oeuf d'autruche, la rivière et la barque appelée Sister Rosetta. Je n'avais pas de plan B alors que dans la vie il faut toujours un plan B." 

Plein de détails sympathiques, de réflexions. Elle m'a fait noter la lecture de Le cornet acoustique de Leonora Carrington, mais, coïncidence, je me suis aperçue juste après que je l'avais déjà lu et aimé! Si le coeur vous en dit...

Quoi donc? Ah oui, au passage, au sujet des traductions :

"Je savais que ces traductrices et traducteurs talentueux ne créaient pas tant un double de mon livre qu'ils ne lui offraient une nouvelle vie. Faire entendre sa voix dans ce vaste monde impressionnant était le but de l'écriture, l'unique but, même."

Avis babelio,

lundi 22 novembre 2021

Au coeur du Yamato

 Au coeur du Yamato est une pentalogie d'Aki Shimazaki, comprenant de forts courts livres, tout comme Le poids des secrets. Comme je suis psychorigide, j'ai commencé par le premier, quoiqu'il semble que ça n'a pas d'importance, mais comme le 2 est emprunté depuis des semaines (et 15 jours de retard!), je vais peut-être devoir être plus souple.


Mitsuba

Aki Shimazaki

Actes sud, 2012

Takashi Aoki est un employé modèle d'une compagnie japonaise, un shôsha man ne comptant pas ses heures et ses jours de travail. Après le travail, comme ses collègues mariés (sauf un), il va se détendre autour d'un verre dans un bar. Mais il rêve de se marier, il refuse les mariages arrangés, d'ailleurs il est amoureux de Yûko Tanase.

Une jolie histoire plutôt triste, racontée avec sobriété, fausse simplicité et sensibilité. J'y ai découvert l'emprise des compagnies sur la vie des gens...

Avis babelio,

Zakuro

Le père de Tsuyoshi Toda était en Mandchourie a la fin de la seconde guerre mondiale, puis il a disparu en Sibérie. Ce roman est l'occasion de découvrir un pan de l'histoire japonaise, caché même là-bas, à savoir le sort de nombreux japonais dans des camps en Sibérie.

Jusqu'au jour où Tsuyoshi découvre qu'en fait son père vit au Japon... Un jolie histoire familiale, aussi.

L'histoire se déroule en 1970, on découvre que c'est grâce à Toda que la famille du héros de Mitsuba a pu  bénéficier de meilleures conditions de vie après le décès du père. On aura des nouvelles de Toda, rapidement, dans le volume suivant, Tonbo.

Tonbo

L'occasion de découvrir le système des cours privés après l'école, et que les brimades existent aussi au Japon... On retrouve Nobu, ami du héros de Mitsuba, qui a préféré démissionner, et l'on découvre un éclaircissement sur la mort de son propre père, enseignant lui aussi.

Arrivée à plus de la moitié, je pense continuer tranquillement. C'est dans ce numéro trois que l'on explique Yamato, mais ça ne m'a pas trop intéressée. En fait l'auteur explique parfois trop la signification d'un mot, qui revient de façon assez artificielle. 

Le charme de la série agit quand même. Affaire à suivre.

Tsukushi

Pour qui a lu le 1, à savoir Mitsuba, l'on connaît ce qui s'est passé avant le mariage de Yuko Tanase et ce qui arrive lors de son séjour à Kobe, où elle se rend à la fin du 4. Et si on lit d'abord le 4, on a quasiment l'histoire du 1 à l'intérieur.

Mais quoiqu'il en soit, Mitsuba, fille de Yuko, fête ses 13 ans. Fête familiale où tout baigne, pas d'aspérités, milieu aisé, belle maison. Yuko trouve une boîte d'allumettes dans une table de chevet et c'est le début de découverte d'un pan important de la vie de son mari. Un lecteur vigilant aura vite deviné de quoi il s'agit...

Yamabuki

On termine avec Tsuyoshi Toda, et une belle histoire d'amour racontée par son épouse Aïko. des questionnements sur le couple, les mariages arrangés, c'est doux et tranquille. La fin se devine, mais ce n'est pas grave...

Comme l'auteure vit au Canada (elle écrit directement en français), on va dire que c'est le mois du Québec, mais version Japon.

Mon ordi étant péniblement lent, je ne mets pas de liens et images...