jeudi 2 février 2023

Le pain perdu

 


Le pain perdu

Il pane perduto

Un récit d'Edith Bruck

Editions du sous-sol, 2021

Traduit de l'italien par René Ceccaty

Edith Bruck est née en 1931 dans une petit village de Hongrie, avec ses diverses communautés religieuses. Sa famille est juive, et dès le début du récit la situation est difficile, en dépit de l'existence de certains villageois chrétiens les acceptant mieux. Il semblerait que jusqu'au début de 1944 les juifs, même si persécutés et tenus à l'écart, ne sont pas livrés aux nazis. En tout cas, pour Edith-Ditke, c'est brusquement que tous doivent quitter leur maison (laissant le pain lever, au grand dam de sa mère), pour un train les menant à  Auschwitz Birkenau, où sa mère disparaît dès son arrivée. Durant des mois de survie, elle reste avec sa sœur Judit, frôlant souvent la mort, en plus des conditions inhumaines. 

De camp en camp, elles finissent par être libérées, puis retour en Hongrie, où Edith retrouve sa famille (enfin, les survivants). Pas forcément avec enthousiasme, d'ailleurs. Pareil dans leur village, avec les anciens voisins, et elles filent vite.

Après quelque temps en Israël, elle s'installe en Italie, où elle vit toujours. Scénariste, réalisatrice, écrivain, Le pain perdu est son dernier livre, une occasion de revenir sur sa vie. Certains souvenirs sont prégnants, pour d'autres ils n'y sont pas, beaucoup d'ellipses, et je trouve que c'est normal et d'autant plus fort.

Quelques passages:

"Bien sûr nous n'avions plus grand chose d'humain et nous les effrayions tout comme ils m'effrayaient, moi aussi, qui me demandais, en surmontant ma douleur, ce qu'ils deviendraient, ces enfants, une fois adultes." Il s'agit des enfants d'officiers séjournant dans un château, Edith travaille dans les cuisines...

Le cuisinier lui demande son nom

"Quelque chose d'incroyable pour moi, qui n'étais plus que le numéro 11152. (...)

 S'il n'était pas Dieu en personne, qui était-il? 

J'eus le sentiment de renaître. J'avais un nom. J'existais."

Avec leur soeur Mirjam, au retour en Hongrie

"Mais qu'est-ce que la vie vous réserve?

- La vie, avons-nous répondu d'une seule voix!"

A sa sœur Judit, qui projette d'aller en Palestine

"Vivons, nous verrons en vivant. Nos vrais frères et sœurs sont ceux des camps. Les autres ne nous comprennent pas, ils pensent que notre faim, nos souffrances équivalent aux leurs. Ils ne veulent pas nous écouter: c'est pour ça que je parlerai au papier."

Le livre se termine par une Lettre à Dieu, "pitié oui, envers n'importe qui, haine jamais , c'est pour ça que je suis saine et sauve, orpheline, libre et c'est ce dont je Te remercie, dans la Bible Hashem, dans la prière Adonai, et dans la vie de tous les jours, Dieu."

Avis plaisirs à cultiver, babelio, bibliosurf, Aifelle

Une lecture commune, dans le cadre de

lundi 30 janvier 2023

La route des Gitans / Le dernier voyage à Venise


 La route des Gitans

Miguel Haller

Ginkgo éditeur, 2019

Préface de Joseph Joffo


L'auteur, issu de deux cultures, nomade et sédentaire, parle de Gitans, qu'ils se déplacent Europe du nord ou du sud, je ne vais donc pas détailler ou discuter les différentes dénominations. En tout cas les Gitans sont les héros de cette histoire, un peu moins méconnus quand on l'a lue. Elle se déroule dans la première moitié du 20è siècle, et leur mode de vie a vraisemblablement changé  nos jours. Plus de verdines mais de modernes caravanes. Dans mon enfance je me souviens de ces roulottes, stationnant  régulièrement sur un terrain, lequel est aujourd'hui une 'aire de passage' pour 'gens du voyage', mais dans la réalité c'est quasi permanent, au grand dam d'un partie des habitants de la ville, chouinant à cause de l'accumulation de ferraille.  Les réunions locales avant élections municipales sont souvent l'occasion d'y aller très fort dans les propos... 

Dans le clan de Bolochka la vie s'écoule, l'on vit dans l'ignorance de la grande histoire et des frontières. L'on ne sait ni lire ni écrire, mais l'on parle plusieurs langues. Musique, danse, animaux dressés, sans doute vannerie, colportage, et braconnage, ainsi que travaux des champs chez les paysans, cela aurait pu durer encore, mais le régime nazi a voulu se débarrasser de ce peuple. 

L'auteur conte l'histoire d'amour assez improbable de Sara et Franz, tragique forcément. Peu importe s'ils ont réellement existé, en tout cas la vie des nomades est bien documentée et expliquée, ainsi que la vie dans la 'grande' Allemagne des années 40. 

C'est surtout l'occasion de savoir que des centaines de milliers d'hommes, femmes et enfants ont péri dans les camps de concentration, lors de ce génocide souvent oublié... 

"On ne connaît pas exactement le nombre de Tsiganes tués au cours de la Shoah. Bien que des chiffres ou des pourcentages précis ne puissent pas être vérifiés, les historiens estiment que les Allemands et leurs alliés auraient exterminé environ 25% des Tsiganes européens. Sur un peu moins d'un million de Tsiganes vivant en Europe avant la guerre, jusqu'à 220 000 auraient ainsi été tués par les Allemands et leurs partenaires de l'Axe."

Avis babelio

Du même auteur, pour continuer à voyager avec cette communauté:


Le dernier voyage à Venise

Miguel Haler

 Ginkgo, 2022

Dans les années 60 près de Lyon, le vieux Sylvano, brocanteur récupérateur avec sa charrette, vit tranquillement dans sa cabane sans confort, cultivant son petit jardin. C'est son petit-fils Gaston qui raconte, aidant le grand-père et allant récupérer quelques pièces en grattant sa guitare dans les cafés.

Hélas, un genre de vie qui va devoir disparaître, car les terrains sont convoités par des promoteurs. Suite à un événement inattendu, voilà grand père et petit-fils partant mener la grande vie (puis la moins grande) à Venise, lieu natal de Sylvano.

J'ai beaucoup aimé cette histoire bourrée d'énergie, avec le personnage haut en couleurs et vraiment sympathique de Sylvano. 

Deux lectures dans le cadre de


et de 

Merci à Nathalie qui signale un podcast de France Culture.

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-resistances-tsiganes

Maryline parle d'une artiste rom qui a connu les camps.

vendredi 27 janvier 2023

Seul l'espoir apaise la douleur


 Seul l'espoir apaise la douleur

récit

Simone Veil

Flammarion, 2022

Préface de Jean et Pierre-François Veil

Avant-propos de Dominique Missika

"La Fondation pour la Mémoire de la Shoah et l'INA  ont imaginé le projet 'Mémoires de la Shoah', confié à Mme Dominique Missika, qui a permis de recueillir plus de 100 témoignages, sous forme d'entretiens filmés." Celui de Simone Veil date de 2006 et la plupart sont consultables sur le site de l'INA, au Mémorial de la Shoah, à l'Inathèque et à Yad Vashem.

Ce livre est la transcription écrite de ces entretiens.

Bien sûr l'on connaît d'autres livres sur la vie et les combats de Simone Veil, dans ces entretiens elle rappelle son enfance, son adolescence et sa vie (sa survie) dans les camps, les amitiés s'étant nouées là-bas, puis le retour.

Mais ici Simone Veil aborde des sujets dont je ne me souvenais pas, elle donne plein de détails, sobrement, à son habitude.

Perce parfois une énergie brutale, comme quand elle rappelle avoir dit à un type qui insistait sur le retour des camps "Ah monsieur, vous êtes un petit con." Son admiration et son amour pour sa mère sont flagrants. Et surtout son émotion quand elle parle de la mort des enfants déportés. 

Souvent sa phrase s'interrompt (on devine ce qu'elle ne dit pas) et il y a régulièrement ce poignant "Elle marque une pause)" qui fait à mon sens la valeur de ce livre, qu'on n'aurait pas dans juste de l'écrit posé et repris.

Dans le cadre de 






lundi 23 janvier 2023

L'Europe réensauvagée


 L'Europe réensauvagée

vers un nouveau monde

Gilbert Cochet Béatrice Kremer-Cochet

Préface de Baptiste Morizot

Babel, 2022


Hé oui, on est complètement dans mon créneau, et après Ré-ensauvageons la France de Gilbert Cochet et Stéphane Durand (pas de billet!)(mais si, je l'ai trouvé!!!) (toujours chez Actes sud, collection Mondes sauvages, mais en poche, youpee!) j'ai agrandi mon monde à l'Europe.

Morizot explique d'abord clairement que le ré-ensauvagement n'est pas contre l'être humain, il s'agit souvent de redonner la place à la nature, elle ne demande que cela si on la laisse faire. Pas d'inquiétude, un loup ne s'installera pas dans votre jardin, de toute façon il vit en meute et a besoin d'espace. Mais, rêvons avec les auteurs, on pourrait un jour voir des ours bruns capturer des saumons dans nos rivières, plus la peine de polluer la planète pour aller au bout du monde admirer ces scènes.

Cet ouvrage parcourt l'Europe, ses montagnes, forêts, fleuves et rivières, ses côtes aussi, exposant l'état des lieux, avec en règle générale des espèces ayant frôlé (ou hélas plus que frôlé l'extinction), mais pour beaucoup ayant su profiter de leur protection. Le ton général du livre est à l'optimisme (mesuré et circonstancié) et à l'enthousiasme, ce qui change de trop de pessimisme, mais restons vigilants.

Quelques citations (mais l'on apprend plein d'autres choses!)

" Dans le parc national suisse, les 1500 chamois s'autorégulent depuis plus d'un siècle autour de la densité optimale de 10 individus pour 100 hectares (soit un kilomètre carré). Aucune intervention humaine n'a été nécessaire pour le maintien de cet équilibre."

"Il y a plus d'ours sur le continent européen que dans les Etats-Unis et le Canada réunis."

"Les fleuves libres et sauvages, gratuitement et inlassablement, entretiennent nos côtes, nourrissent la mer et approvisionnent nos plages en sable blond avec l'élégance de la courbe."

Il y a aussi la comparaison de l'intervention tchèque face à une attaque des épicéas par des scolytes et le laisser-faire en Allemagne. A l'arrivée, la non intervention était le bon choix.

Avis babelio

jeudi 19 janvier 2023

Mon cancer couillon


 Mon cancer couillon

Kazuyoshi Takeda

Pika Graphic, 2019


Le titre original est Sayonara Tama-chan, mais j'ignore qui a trouvé ce génial titre en français! L'auteur, alors qu'il est encore assistant d'un mangaka, doit mettre sa carrière entre parenthèses car on lui diagnostique (à temps) un cancer d'un testicule (le gauche si vous voulez tout savoir). Un cancer rare, le plus répandu chez les hommes jeunes, avec un excellent taux de survie à cinq ans. 

En dépit d'un opération, il lui faut subir une chimiothérapie, car  il y a des métastases. Le voici pour un long moment à l'hôpital, en urologie, avec des hommes plus âges atteints par exemple d'un cancer de la prostate.

Les effets secondaires de la chimio sont bien décrits, perte de goût, ultra sensibilité aux odeurs et aux bruits, vomissements, douleurs, dépression même. 

(D'accord, là j'en ai perdu pas mal). D'abord, cancer, hôpital. Ensuite, manga, surtout à lire ans le bon vieux sens manga, en commençant par 'la fin' et en lisant de droite à gauche (on s'y fait).

Mais l'humour (si!), la description de la vie dans cet hôpital, avec les autres malades (j'ai découvert que les chambres sont communes à plusieurs, avec juste des rideaux pour isoler un peu) et le personnel, et l'épouse de l'auteur (sans oublier le mignon chiot) donnent un ensemble parfaitement accrocheur.

Cependant je comprendrais parfaitement qu'on n'aie pas envie de s'y lancer, chacun a un vécu plus ou moins douloureux avec la maladie. C'est le témoignage de l'auteur, voilà.

Avis babelio