lundi 16 mai 2022

555


 555

Hélène Gestern

arléa, 2022


1685 fut une année faste chère aux amoureux du baroque, car sont nés Bach, Haendel, et Scarlatti, ce dernier sans doute moins connu, mais c'est lui, Domenico, qu'évoque ce roman.

555 ? Figurez-vous que ledit Scarlatti a composé 555 sonates pour clavecin. Helène Gestern imagine que Grégoire Coblence, restaurant un étui de violoncelle, découvre dans la doublure ce qui pourrait être une 556ème sonate de Scarlatti. Son associé luthier Giancarlo Albizon est sceptique, mais Grégoire montre la partition à la claveciniste Manig Terzian, qui l'interprète et tombe sous le charme. 

Qu'en faire? Cette partition ne leur appartient pas. L'affaire se corse quand l'atelier de Giancarlo est cambriolé, deux violons et la fameuse partition disparaissent. Mais le petit monde des spécialistes de Scarlatti, tels le musicologue Rodolphe Luzin-Farge et le richissime collectionneur Joris De Jonghe, a eu vent de l'événement, et les protagonistes du roman mènent l'enquête: d'où viendrait cette partition? est-elle de Scarlatti? et où se trouve-t-elle maintenant?  

Un mystérieux sixième personnage, semblant tirer les ficelles, guette cela dans l'ombre.

Je n'en dirai pas plus, la composition de ce roman, avec alternance des personnages, est parfaitement maîtrisée et maintient un bon suspense. En prime, on découvre qui était Scarlatti et en quoi consiste les métiers des personnages; et là, c'est écrit avec une telle subtilité, un tel amour de la musique, que le plaisir de lecture fut immense. 

Coup de coeur!

Vous n'y échapperez pas : voici un lien vers quelques sonates interprétées par Pierre Hantaï. J'ai eu la chance d'assister à un concert similaire, Hantaï ayant déclaré au tout début qu'il choisirait les numéros interprétés selon son inspiration du moment. Dans un lieu à l'acoustique parfaite, trop même puisque Hantaï a entendu un bruit de trop (moi aussi ça me gênait) , s'est arrêté, a fait une remarque, puis continué. Personne n'a pouffé.

C'était ma première lecture de l'auteur, et je compte bien récidiver, son écriture m'a enchantée!

Avis babelio, bibliosurf, dont Dominique, Delphine, ...

jeudi 12 mai 2022

Vis-à-vis


 Vis-à-vis

Before she knew him

Peter Swanson

Gallmeister, 2020

Traduit par Christophe Cuq


Il y a une dizaine d'années de cela, Hen s'est crue menacée par une étudiante, et a tenté de l'agresser; depuis, diagnostiquée bipolaire, et bénéficiant d'un bon traitement, elle peut mener à bien son métier d'illustratrice, ayant trouvé l'atelier parfait non loin de la nouvelle maison qu'elle partage avec son mari Lloyd. Parmi les voisins, des liens semblent se créer avec Mira et Matthew, jusqu'à ce que lors d'un dîner chez eux, elle remarque dans le bureau de Matthew un objet relié à un meurtre. Objet que Matthew fait disparaître ensuite.

Hen est certaine de connaître le coupable de ce meurtre non élucidé, mais elle sait que Matthew sait qu'elle sait. Pire, vu son passé, la police ne la croira pas.

La tension monte, surtout grâce à l'évolution des rapports entre Hen et Matthew. La narration passe de l'un à l'autre. Jusqu'à la fin.

Comme je lis peu de ce genre de thrillers, qu'il n'est pas franchement sanglant et stressant, j'ai lu rapidement le tout, avec plaisir.

En cherchant des avis, j'ai trouvé celui du Bouquineur, qui a vraiment détesté! Intéressant d'avoir des ressentis si différents. Sans doute que je suis bon public car j'ai peu d'éléments de comparaison, ou alors je préfère l'assez soft. C'est chouette, ces avis tranchés et différents!

Avis babelio

lundi 9 mai 2022

Du temps où les pingouins étaient nombreux...

 


Du temps où les pingouins étaient nombreux...

Jean-Jacques Audubon (1785-1851)

Henri Gourdin

Le Pommier, 2022


Audubon? Mais oui, Les oiseaux d'Amérique! Peut-être avez-vous en mémoire une de ces illustrations absolument bluffantes? Mais quant à Audubon, en France, on en sait quoi? Henri Gourdin, absolument fasciné par Audubon, et on le comprend, a consacré des années de sa vie à le connaître et le faire connaître par ses écrits, et là je suis ravie d'avoir reçu ce livre (merci à l'éditeur qui a flairé que j'étais la lectrice idéale pour cet ouvrage) (quoique, Géraldine, tu devrais aimer), que j'hésite à réduire sous les terme de biographie, ce qu'il est, mais bien plus encore. L'auteur s'implique entre les lignes, sa passion pour Audubon, les oiseaux, bref il y a une fibre écologique chez lui. De plus l'écriture fait que cela se lit avec bonheur.

Ecologie, le mot est lâché! Audubon est considéré comme un des précurseurs, disons qu'il est de son époque, celle où comme récemment encore au 20ème siècle pour étudier un oiseau on l'abattait d'abord (à la limite mon chat use de la même méthode) mais ses réflexions deviennent à contre-courant, au fur et à mesure d'une prise de conscience.

Les pigeons migrateurs comptaient des milliards d'individus au 19eme siècle encore. Mais oups le dernier est mort en 1914 au zoo de Cincinnati. Suite aux massacres Audubon réfléchit que "un observateur qui ne connaîtrait pas ces oiseaux pourrait conclure que ces dévastations menacent l'espèce." Il va aussi jusqu'à écrire "Seule la disparition progressive de nos forêts pourrait amener leur disparition." Première moitié du 19ème siècle, pas dans le journal d'hier matin!

Sa passion, ce sont les oiseaux, pour les décrire et les illustrer il parcourt l'est des Etats Unis, va jusqu'en Floride, au Labrador, dans le Yellowstone, et au cours des décennies voit changer le pays, suite au déboisement et au massacre des animaux. Son regard sur le destin des Indiens est aussi celui d'un coureur des bois habitué à les fréquenter et les apprécier. Regard qui n'est pas celui des américains en général, ces populations étant décimées et déplacées.

"Il les observe, écoute leurs histoires. Et devine une vérité qui échappe complètement à ses contemporains : sur ce territoire où cinq millions de Blancs ne subsistent qu'au prix d'une destruction irrémédiable du milieu, deux voire trois fois plus d'Indiens ont prospéré des siècles durant dans le respect de la nature." ( citation du livre d'H Gourdin)

Que dire encore? Je n'ai pas parlé de la vie d'Audubon, ses explorations, son énergie, sa lutte pour venir à bout de son œuvre, qu'il devait ensuite faire éditer, diffuser, etc. Une pensée pour son épouse Lucy qui le voyait partir durant des mois. N'espérez même pas acquérir un exemplaire de ses Birds of America, ça part dans les 7 ou 8 millions d'euros (mais à mon avis ça les vaut largement, rien que regarder sur écran la beauté des aquarelles, leurs couleurs, la vie qui s'en dégage...)

Pour terminer, ah oui les pingouins? Audubon n'en a pas vu au Labrador (déjà disparus en 1833) ni en France (présent encore de son temps sur les côtes normandes -si!). Il a été attesté dans les calanques, sur la côte basque, etc. Disparu du vivant d'Audubon. Bon nageur, ne sachant pas voler. Représenté sur la couverture du livre.

Coup de coeur, forcément!

jeudi 5 mai 2022

La guerre des mondes


 La guerre des mondes

War of the worlds, 1898

H.G. Wells

folio, 2020

Traduit par Henry D. Davray

Préface de Norman Spinrad

(très intéressante mais qui raconte la fin, donc à lire après)


Tout le monde (ou presque) a entendu parler de cette œuvre, et je pensais l'avoir déjà lue. Finalement, non, rien ne m'est revenu en mémoire au cours de ma lecture. Bien sûr, les Martiens, dotés d'une technologie leur permettant d'arriver sur Terre, ont pour projet de la conquérir, commençant par le sud est de l'Angleterre victorienne. Au début, les habitants sont intrigués, puis rapidement affolés, et fuient. L'armée ne peut rien contre les Martiens, qui emploient fumées toxiques et rayons incendiaires. 

J'ai littéralement avalé ce roman, absolument fascinant de bout en bout. Le narrateur réside dans un petit village et se révèle, parfois sans le désirer, un témoin privilégié du désastre. Son domaine est la 'philosophie spéculative' et ses réflexions au fil du texte, sûrement celles de Wells, sont fort intéressantes.

"Nous, les hommes, créatures qui habitons cette terre, nous devons être, pour eux du moins, aussi étrangers et misérables que le sont pour nous les singes ou les lémuriens."" Avant de les juger trop sévèrement, il faut nous remettre en mémoire quelles entières et barbares destructions furent accomplies par notre propre race, non seulement sur des espèces animales, comme le bison et le dodo, mais sur les races humaines inférieures. Les Tasmaniens, en dépit de leur conformation humaine, furent en l'espace de cinquante ans entièrement balayés du monde dans une guerre d'extermination engagée par les immigrants européens. Sommes-nous de tels apôtres  de miséricorde que nous puissions nous plaindre de ce que les Martiens aient fait la guerre dans ce même esprit?"

Renversement de situation et de point de vue, donc. 

Ce qui est frappant aussi, est que ce sont des narrateurs (il y a aussi le frère du narrateur principal, qui s'échappe de justesse) à hauteur d'homme, plongés dans les destructions. Par exemple, la fuite des habitants de Londres est ressentie comme si on y était, les semaines passées à se cacher des Martiens tout proches, aussi.

Une lecture absolument incontournable.

Pourquoi cette lecture? La petite liste en a parlé récemment, ça a fait tilt, et puis je voulais emprunter La machine à explorer le temps, qui n'était pas à la bibli, alors j'ai pris La guerre des mondes, et je suis ravie!

Avis babelio

lundi 2 mai 2022

Les années sans soleil


 Les années sans soleil

Vincent Message

Seuil, 2022


Depuis Les veilleurs, (un pavé à découvrir!), je considère Vincent Message comme un auteur à suivre, et ce ne sont pas ces 'années sans soleil' qui me feront changer d'avis.

Tout démarre par les passagers d'un avion rembarqués fissa dans leur avion d 'arrivée, une impression de bizarrerie face à des autorités américaines rétives au dialogue, que se passe-t-il? Une anomalie? 

Non, même si le flouté demeure quand Elias Torres le toulousain retrouve famille, amis et collègues. Les rues de Toulouse se vident, la plupart des commerces ferment, les déplacements sont restreints. Une guerre, un bug, un événement climatique?

Non, le premier confinement évoqué sans insistance particulière. "Les années sans soleil, ce serait notre histoire à nous, celle de notre famille et de la bande qui l'entoure, et avant tout, peut-être, le récit incertain de mon histoire à moi."

Ecrivain talentueux sans doute, mais assez confidentiel, Elias travaille dans une librairie, lui et ses amis sont des passionnés de littérature, on le sent. "L'honnêteté obligeait à dire qu'on pouvait survivre sans livres, pas sans manger. Les librairies qui mettaient la clé sous la porte pour être remplacées par des sandwicheries en faisaient chaque année l'imparable démonstration. La question était simplement de savoir si c'était encore une vie qui en valait la peine."

"J'admets que le travail en librairie a quelque chose pour moi d'assez ambivalent. C'est parce que je ne peux pas gagner ma vie en laissant les autres vendre mes livres que je la gagne en vendant les livres des autres. (...) D'autant que dans ce commerce, la nouveauté ne chasse pas la fond. Le roman qui vient de sortir subit encore la concurrence légèrement déloyale d'Homère et de Virginia Woolf. Je ne peux pas en vouloir à la personne qui ressort d'une librairie avec un de leurs livres plutôt qu'avec un d ceux d'Elias Torres - je ferais exactement la même chose à sa place."

Il lui faut s'occuper, il cherche quelles ont été les pires années de l'histoire de l'humanité. Le voilà donc plongé dans des recherches (fascinantes) sur des décennies du 6ème siècle qui ont eu des conséquences sur toute la planète, dues peut-être à l'éruption de volcan(s). De fil en aiguille lisant l'œuvre de Procope de Césarée.

Au dehors, la vie continue, on sait tous comment, mais sa fille Maud va vivre des événements traumatisants.

Je l'ai dit, j'ai vraiment aimé cette lecture. Sans grand étonnement, je découvre que Nicole en a parlé. 

Ce que j'aime aussi, ce sont toutes ces petites réflexions au détour d'un paragraphe.

"Cela étant, on ne sait jamais ce qu'on cherche quand on espionne dans la bibliothèque d'un autre."

"J'aime assez cette idée de dormir à l'hôtel dans la ville où j'habite."

Avis babelio, bibliosurf

jeudi 28 avril 2022

Ecotopia


Ecotopia

Ernest Callenbach

Rue de l'échiquier fiction, 2018

Traduit par Brice Matthieussent

 

Dans ce roman paru en 1975 (!) l'auteur imagine que l'ouest des États-Unis (Californie -pas Los Angeles- Oregon et état de Wahington) a fait sécession il y a une vingtaine d'années et décidé de vivre autrement. Un journaliste du Times-Post, William Weston, y est envoyé et le roman est composé des articles officiels destinés au journal, et d'un journal plus intime. A New York il laisse une femme dont il s'est séparé, des enfants et une copine. Il semble que là-bas l'individualisme est encore plus fort que de nos jours. Sinon, ça fonctionne comme aux Etats-Unis (sans commentaires).

Bien sûr William y va avec des idées préconçues et observe cette drôle de société, aux antipodes ou presque de la sienne. Il a vraiment aussi du mal à comprendre comment réagir face à certaines nouveautés. Petit à petit, surtout grâce à une Ecotopienne dont il tombe amoureux, il évolue beaucoup!

On ne peut pas dire que le suspense soit insoutenable, ni que les surprises écologiques de cette Ecotopia soient totalement inattendues, mais pour un livre écrit en 1975, c'est fort. Plus de voitures individuelles, des trains, des villes à taille humaine. Amour de la nature, des arbres. Recyclage à fond ! Pas plus de 20 heures de travail hebdomadaire. Moins de naissances. Une femme présidente.Tout cela est bien expliqué, ainsi que les systèmes scolaires, hospitaliers, économique, de façon simple et agréable, toujours avec l’œil critique du journaliste... On se prend à rêver, et quand l'auteur égratigne les États-Unis (télévision, culture, etc.) on se dit qu'en 1975 il n'avait encore rien vu...

Avis babelio, dont cathulu,

lundi 25 avril 2022

La maison poussière


 La maison poussière

Valérie Peronnet

La belle étoile, 2022


Voici cette jeune femme arrivant en été dans une vieille maison près de Montréal, la voici grattant, ponçant, nettoyant, s'installant petit à petit. On comprend qu'elle arrive de France, après avoir vécu un drame auquel elle refuse de penser.

La maison, elle, a la mémoire de la famille y ayant vécu, aimé, et dans la maison voisine aussi. Au fil des décennies la simple voie près des maisons est devenue une autoroute.

L'hiver arrive, l'hiver canadien, la jeune femme aime sa solitude, un jour elle découvre un vieux violoncelle.

Amateurs de jolis romans tout doux mais pas que, lancez-vous dans la lecture! Ce n'est pas généralement vers ce type d 'histoires que je me tourne, mais là je me suis lovée entre les pages, les tournant rapidement. A découvrir pour une parenthèse hivernale québécoise, même si l'auteure est bien française (et qu'on l'espère à la médiathèque de ma petite ville!)

Avis babelio, Eimelle

jeudi 21 avril 2022

Portrait du baron d'Handrax


 Portrait du baron d'Handrax

Bernard Quiriny

Rivages, 2021

Connaissez-vous Henri Mouquin d'Handrax (1896-1960) ? Peintre mineur, oublié de nos jours, selon Quiriny, qui s'en entiche au point de devenir gardien de musée dans l'Allier et de tomber sous le charme du baron d'Handrax, petit-neveu de Mouquin. Une belle amitié perdurant jusqu'au décès du baron conduira Quiriny à écrire la préface d'un recueil, paru chez rivages poche, titré Carnets secrets, d'Archibald d'Handrax. 

Connaissant un peu l'imagination et la fantaisie de Bernard Quiriny, j'ai flairé rapidement l'embrouille, mais peu importe : on s'amuse follement à découvrir ce baron riche et généreux, au point d'accueillir une famille de plus dans son château (illégitime, cette seconde) , qui décrétait que le 23 mars 1928 n'avait pas existé, collectionnait les grandes cartes, organisait des dîners de sosies, durant une journée par ci par là  ne posait que des questions, s'efforçait de ne pas voir les hideurs du paysage, apprenait des langues rares, rachetait un coffre volé à son voleur, bref, un personnage aimable, parfois exaspérant, fort original. Quant à ses pensées du carnet, elle sont là pour y picorer tranquillement.


Procrastination
: Ne sachent plus quoi inventer pour ne pas se mettre au travail, cet écrivain a doté son ordinateur d'un mot de passe long de six mille caractères. 

Enfance : Déposant le bébé endormi dans son lit à barreaux, elle découvre parmi les peluches une lime et une scie à bois.




Avis babelio, bibliosurf, collection de livres (avec video de l'avis -enthousiaste- de Clara Dupont Monod, ainsi que le début du livre)

Mois belge, catégorie Traverse (?)

lundi 18 avril 2022

Des feux fragiles dans la nuit qui vient


 Des feux fragiles dans la nuit qui vient

Xavier Hanotte

Belfond, 2010


Chaque année, lors du mois belge, je me délecte à découvrir un nouvel opus de Diane Meur ou Xavier Hanotte, pour un rendez-vous attendu. Chez Hanotte j'aime l'écriture, bien sûr, et aussi l'existence subtile d'un léger décalage, d'un détail qui fait gamberger, d'une situation bizarre mais parfaitement donnée à ressentir. Là encore j'ai été ravie!

"Contrairement à nombre de sous-officiers, fussent-ils réservistes comme lui, Berthier ne voulait voir dans les consignes que des cadres un peu lâches, adaptables selon les buts réels poursuivis par ceux qui les édictaient." Sur l'Ile à l'écart du Continent, on patrouille durant le couvre-feu, avec vigilance mais sans zèle particulier rayon paperasse. Un minimum de comptes-rendus conduit Berthier à rencontrer le lieutenant Frédérique Jeunehomme, et lui, assez désabusé et vide d'espérance de ce côté-là, ne peut s'empêcher de trop penser à elle.

Un avis sur babelio évoque justement Le désert des Tartares, ou Le rivage des Syrtes, et dans cette île pluie et brumes sont fréquentes, et l'ennemi lointain. Jusqu'au jour où survient un attentat, l'ennemi presse, le vieux matériel reprend du service et voilà Berthier dans une colonne de full-tracks consommant gloutonnement le carburant, véhicules nommés par lui selon des poètes, dont Wilfred-Owen cher au cœur de Hanotte.

Un texte en Vieux-Danois, La relève de Saint Olaf, va avoir son importance dans les destin de Berthier.

J'ai absolument aimé cette ambiance volontairement floue, aux dialogues pleins de silences, aux événements sans explications superflues voire pas d'explications, cette impression d'être balancé dans une endroit étrange. Des personnages émergent, Berthier bien sûr, éminemment sympathique et attachant.

Mois belge, catégorie Traverse (?)


Avis babelio

jeudi 14 avril 2022

Comment lire des livres qu'on ne comprend pas


 Comment lire des livres qu'on ne comprend pas

Olivier Haralambon

carnets parallèles, 2021


Que l'on se rassure, cet opuscule de 80 pages n'appartient pas au genre signalé dans le titre. L'auteur, après avoir interrompu ses études pour une épopée plus cycliste, les a reprises à la trentaine. "Puis le thème de mon mémoire de maîtrise se précisant - forcément, je voulais écrire sur le corps pédalant, tenter d'esquisser une phénoménologie de l'effort-, la question des lectures préparatoires s'est posée. Je me souviens de l'air embarrassé de mon directeur se passant plusieurs fois la main dans les cheveux, m'annonçant comme on annonce une maladie mortelle que, manifestement, je ne pourrais pas échapper à la traversée de la Phénoménologie de la perception de Maurice Merleau-Ponty. 'Mais', me dit-il, s'adressant implicitement à mon parcours singulier, 'c'est un texte assez long, et pas forcément facile.' Je dois dire en passant que je n'ai jamais lu depuis le moindre texte philosophique facile."

On le voit, l'auteur a du s'attaquer à de la bête coriace, de la philo résistante, et ce afin d'écrire dessus. Il donne, non sans humour, des pistes plutôt concrètes qui devraient permettre de venir à bout, ou en tout cas d'aborder des lectures a priori ardues. Reprendrai-je Schopenhauer? Lirai-je Spinoza comme on m'y a incitée? 

"Avant tout, s'armer de patience : ça va prendre un moment. Ca ne se lira pas en une semaine. Allez-y mollo sur le mythe du dévoreur de livres, ou du mec qui s'avale Aristote et Darwin entre deux paquets de M&M's pour les besoins de l'enquête. Renoncez à l'obsession de compter le nombre de livres que vous lisez dans l'année et à la tentation d'en photographier les piles qui écrasent votre table de chevet. Nous avons tous des siècles de lecture sur nos étagères éphémères."

Avis babelio

lundi 11 avril 2022

Histoires assassines


 Histoires assassines

Bernard Quiriny

Rivages, 2015


Ces nouvelles de Quiriny ne parlent pas que d'assassins, même si Sévère, mais juste, présente un critique littéraire décidant d'assassiner un écrivain par jour, à Londres, pendant un mois, et Le buveur, un assassin mystérieux.

Nous avons aussi quelques aperçus sur des tribus amazoniennes aux us étranges, laissant perplexes les ethnologues, ou des patients atteints de désordres étonnants. On pourrait aussi parler de Bleuir d'amour, "depuis six mois, l'accouplement nous rend tout bleus (c'est réversible)(mais gênant)(les pages du livre sont écrites en bleu, d'ailleurs).

On frôle fort souvent le fantastique, mais ça passe bien. L'auteur est très doué pour rendre passionnante une histoire dès son début, et son imagination n'a pas de limites.

Le lecteur a droit aussi à une série de Correctifs, dont je cite le dernier:

"A un rédacteur en chef

Cher Christian,

Au sujet de mon article élogieux sur le roman de M***, que je t'ai envoyé la semaine dernière : je viens entre-temps de lire le livre, qui est archinul. Je voudrais du coup récrire mon papier. Est-il encore temps?

Amicalement,

H."

J'en profite pour signaler que mon article élogieux a été écrit après lecture.

Mois belge, catégorie La lettre volée


Avis babelio

jeudi 7 avril 2022

Voyages en train (Paul Theroux)

 

The great railway bazaar (en VF Railway Bazaar)

By train through Asia 

Paul Theroux

Penguin books, 1977


Début (et fin) : "depuis l'enfance, quand je vivais à Boston et dans le Maine, j'ai rarement entendu un train passer et ne pas souhaiter être à bord."(traduction perso pas parfaite)

Pas étonnant qu'on le trouve dévalant le continent américain du nord au sud (Patagonie Express) ou la Chine d'est en ouest. Cette fois, soyons fous, et suivons-le dans un périple d'environ quatre mois, de Londres à Londres par le train (rarement avion ou bateau, et si pas possible autrement), l'Orient-Express jusqu'à Istambul, puis jusqu'à Ceylan, remontant en passant par le Vietnam, le Japon et la Russie avec le mythique Trans-Sibérien. Mais les noms font rêver, The Radjani Express to Bombay, The Mandalay Express, The golden arrow to Kuala Lumpur ... Vitesses et conforts divers...

Il noue conversation ou évite des fâcheux, gagne un peu d'argent en donnant des conférences dans de grandes villes, explore un peu. Sur Babelio comme Goodreads, les avis sur l'auteur et ce livre sont tranchés ... et variés. A partir du moment où on considère que ce n'est pas un guide de voyage, que l'auteur a des points de vue personnels et souvent sarcastiques, on savoure son ironie (et même son autodérision). Comme voyager en train me ravit, ce genre de livres aussi.

Quelques passages (traduits à l'arrache, comme d'habitude)

La Suisse: "scènes de calendrier que vous admirez un moment avant de ressentir un besoin urgent de bouger vers un nouveau mois"

Le Vietnam et sa tragédie (en 1973 la guerre n'était pas terminée) "La tragédie était que nous étions venus et, dès le début, n'avions pas prévu de rester: Danang en était la preuve." Un des passages les plus troublants et tragiques du livre.

Différents trains

En Thaïlande, "il n'y a pas d'autre train dans le monde ayant un haut pot de pierre dans la salle de bains, où, avant dîner, on peut se tenir nu, se lavant à grande eau avec des mesures d'eau (difficile à traduire, je suppose que ça doit ressembler à la douche 'à la calebasse' africaine). Les trains de chaque pays contiennent les essentiels équipements de la culture : les trains thaïs ont le pot avec le dragon sur le côté, à Ceylan une voiture réservée aux moines bouddhistes, en Inde une cuisine végétarienne et six classes, en Iran des tapis de prière, en Malaisie un marchand de nouilles, au Vietnam une vitre à l'épreuve des balles pour la locomotive, et sur chaque voiture d'un train russe il y a un samovar (et ça je peux confirmer!).Le Railway bazaar, avec ses gadgets et passagers, représente si complètement la société qu'embarquer c'est être confronté au caractère national."

Avis babelio

Pour ne pas lasser mes visiteurs en multipliant les billets (mais j'annonce que j'en prévois encore!), voici un compte rendu d'un autre livre de Paul Theroux


Voyage excentrique et ferroviaire autour du Royaume-Uni

The Kingdom by the Sea, 1983

Paul Theroux

Les cahiers rouges, Grasset, 1993

Traduit par Marie-Odile Fortier-Masek

Paul Theroux habite à Londres depuis des années, c'est d'ailleurs de là qu'il était parti pour le périple précédent, et on aura d'ailleurs des nouvelles (émouvantes) d'un anglais rencontré dans l'Orient-Express. Notre homme ne manque pas d'idées, et décide de parcourir les côtes du Royaume-Uni dans le sens des aiguilles d'une montre, en train ou à pied si possible, en car ou auto-stop si pas possible autrement. En évitant les visites de châteaux ou autres attractions touristiques.

Ce périple se déroule en 1982, durant la guerre des Malouines, et on y apprend aussi la naissance du prince William, deux occasions de saisir les réactions des anglais. 

Les villes côtières se suivent (j'ai mis quand même un peu de temps à vraiment accrocher), et puis ce randonneur aux opinions arrêtées a fini par me plaire, avec sa curiosité et son art des dialogues captés sur le vif. Un Royaume-Uni fort varié, parfois à quelques kilomètres de distance, en proie au chômage ou à la guerre (le passage en Ulster est vraiment fort intéressant), et à la grève, ce qui empêche la fin du voyage en train. Je découvre que là-bas comme en France on a abandonné les petites lignes pas rentables...

"Je surpris la conversation de deux vieilles dames accoudées à la balustrade qui donnait sur la baie. (...)

La lune est belle, dit miss Maltby.

- Ouais, dit miss Thorn, c'est vrai.

-Mais c'est pas ce que nous avons vu plus tôt ce soir.

-Non, ça, c'était le soleil.

Et miss Maltby de rajouter : 'Tu m'avais dit que c'était la lune, pourtant.

-Y avait tellement de brouillard, vois-tu, reprit miss Thorn, mais maintenant je peux te dire que c'était le soleil."

Dois-je ajouter que l'écriture est de belle tenue?

Avis babelio

lundi 4 avril 2022

La vie de Mardochée de Löwenfels écrite par lui-même


 La vie de Mardochée de Löwenfels écrite par lui-même

Diane Meur

Sabine Wespieser, 2002


Si je dis roman d'apprentissage dans l'Allemagne du 14ème siècle, et plus de 600 pages, déjà plus personne ne reste. Et pourtant... Quel plaisir de se caler dans la prose de Diane Meur, confortablement mise en pages par l'éditrice. 

Mardochée doit son prénom étonnant à la suite du vœu d'un de ses ancêtres parti en croisade. Fils cadet d'un nobliau de Souabe, il est destiné à devenir évêque, l'héritage et le titre revenant à son aîné Rodolphe. Las, ledit Rodolphe est enlevé par les Tatars (j'adore ce genre d'événements qui fait bien fonctionner mon imaginaire), Mardochée voit se profiler une vie heureuse y compris amoureuse, mais on ne se débarrasse pas facilement de Rodolphe.

Pris sous son aile par Venetius, moine fort érudit aux opinions assez hérétiques finalement (mais à cacher soigneusement), notre héros souvent bien naïf mais intellectuellement vif et honnête va connaître bien des aventures, se livrer à pas mal de discussions philosophiques, rencontrant des personnages réels, mettant pas mal d'eau dans son vin, liant amitié avec un italien fantasque.

Juré promis, ça se lit avec plaisir! Mardochée écrit le récit de sa vie, non sans humour, mais point une certaine nostalgie, une tristesse résignée, alors qu'à la fin pointent les prémices de la peste prête à déferler sur le continent;

Mois belge bien sûr! catégorie : boite à Pandore? Esperluète? On lit? 

Avis babelio

vendredi 1 avril 2022

La machine à explorer le temps

 Oui, je sais, je l'ai déjà lu, mais il s'agissait de faire une lecture commune avec A girl et son défi Lectures imaginaires (elle a besoin d'aide, non?). Son billet! 

A l'occasion, je suis retombée dans la marmite, et lu La guerre des mondes, qui tient drôlement bien la route, plus d'un siècle après (billet à venir).

Qu'en est-il de cette Machine, alors?


La machine à explorer le temps

The time machine, 1895

Herbert George Wells

Folio Mercure de France, 2008

Traduit par Henry D. Davray


Tout démarre de façon absolument britannique, par des discussions entre gentlemen. L'un d'eux affirme avoir inventé une machine à explorer le temps, puis devant ses amis encore réunis revient d'un voyage, et le raconte. Simple, efficace. La machine elle-même consiste en un siège et des manettes, en 1895 pas de technologies compliquées.

Mais quel récit de voyage(s)!!! A plus de 800 000 années d'ici il se retrouve dans un joli paysage pas loin de la Tamise (en fait il est parti de Richmond), où il découvre des bâtiments assez dégradés, une sorte de musée, en fait un coin agréable à vivre, où il fait connaissance des Eloïs, gentilles créatures douces (et pas bien malignes), s'attachant particulièrement à Weena.

Hélas ce monde idyllique est aussi peuplé de Morlocks, bien plus malfaisants, qui lui volent sa machine. A plusieurs reprises l'Explorateur se livre à des conjectures sur ce monde nouveau, se plantant régulièrement. Il en arrive à soupçonner comment les humains sur Terre ont évolué, et pourquoi ces deux catégories.

Ce serait dommage de trop en dire, sachez seulement que ça se lit en tournant les pages, et que même le dernier voyage vers un futur fort fort lointain est inoubliable.

lundi 28 mars 2022

Une sortie honorable


 Une sortie honorable

Eric Vuillard

Actes sud, 2022


Existe-t-il une sortie honorable à une guerre? Citons les dernières lignes du livre : "Dans l'espérance dérisoire d'une sortie honorable, il aura fallu trente ans, et des millions de morts, et voici comment tout cela se termine: trente ans pour une telle sortie de scène. Le déshonneur eut peut-être mieux valu."

Ces événements dans le sud-est asiatique, a priori, on se dit connaître, on n'a guère envie de s'y plonger. Quelle erreur! Eric Vuillard rendrait passionnant le Bottin! Du début (les conditions effroyables de l'exploitation des coolies dans les plantations) à la fin (la débâcle américaine), c'est absolument grandiose. La prose de Vuillard est précise, caustique, ironique, usant de tournures et mots détonants dans un classicisme apparent.

Le gros du roman (mais est-ce un roman?) s'intéresse peu à ce qui se déroule sur le terrain, et beaucoup aux tripatouillages des messieurs de la finance, des gros industriels, des banquiers, des politiques. Y compris la famille Dulles (l'un proposait deux bombes atomiques aux français pour régler le problème), dont les intérêts contrariés les conduisit à agir sans état d'âme au Guatemala, au Congo, en Iran; alors l'Indochine, pourquoi se gêner?

On en ressort écœuré, révolté, et épaté par le talent de Vuillard, aussi. A lire absolument, 200 pages qui doivent se caser dans votre emploi du temps.

Avis babelio


lundi 21 mars 2022

Miracle à la combe aux aspics

 


Miracle à la combe aux aspics

Ante Tomic

Editions noir sur blanc, 2021

Traduit par Marko Despot


Chez Lectures sans frontières  je suis tombée sur ce roman croate, qui semblait parfait pour élargir mes lectures! Parfait aussi pour le mois de l'Europe de l'est.

Une belle surprise que ce roman pas du tout plombant, fantaisiste, parfois barré dans les dialogues (ça j'adore). La famille Aspic, disons, le père et ses quatre fils, vivent à l'écart du monde dans la fameuse combe, se nourrissant principalement de polenta. Ne payant pas leurs factures d'électricité, ils voient arriver deux employés de l'Intercommunale d'électricité, qui vont vivre des moments éprouvants.

Voilà que le fils aîné, peu sorti de chez lui en dehors de la guerre quinze ans auparavant, se met en tête de se trouver une femme, mission impossible se dit-on, sauf qu'il a déjà une idée sur l'identité de la demoiselle de son choix!

Il faut découvrir les aventures de tout un lot de personnages bruts de décoffrage mais finalement sympathiques, contées avec beaucoup de verve et d'humour.

Avis babelio, kathel, Jean-Marc

jeudi 17 mars 2022

Les contes de Mala Strana


Les contes de Mala Strana

Jan Neruda

Ginkgo éditeur, 2021

Traduit par François Kerel

Préface de Jan Rubes 


Parus à Prague en 1878, ces 'contes' sont plutôt de courtes nouvelles se déroulant dans le quartier pragois de Mala Strana et mettant en scène des personnages divers, commerçants, ouvriers, militaires, aubergistes, médecins, étudiants, souvent sous le regard d'un gamin narrateur. 

C'est très vivant, pittoresque, parfois amusant ou plus triste, les descriptions des personnages sont précises et bien vues. Citons deux messieurs fâchés assis régulièrement à la même table d'une taverne, se réconcilieront ils? Des étudiants papotant tout en haut d'une maison, un médecin ne consultant pas. 

Mais mes préférés demeurent ceux où le gamin se laisse enfermer la nuit à l'église, histoire d'assister à la messe dite par saint Wenceslas lui-même, ou son projet, avec trois chenapans complices, de se rendre maîtres de la forteresse et de libérer le pays du joug autrichien, carrément!

Et mademoiselle Mary, quelles tombes fleurit-elle à la Toussaint? Ou comment fumer peut couler une boutique. Ou les bavardages changer des destins.

lundi 14 mars 2022

Dans le sillage des corbeaux


 Dans le sillage des corbeaux

Pour une éthique multispécifique

Thom Van Dooren

Suivi d'une nouvelle de Vinciane Despret

Mondes sauvages Pour une nouvelle alliance

Actes sud, 2022

Traduit par Amanda Prat-Giral



Lors du dernier Masse critique de Babelio, mon oeil (vigilant) a été attiré par deux titres de cette collection, et les corbeaux ont atterri dans ma boite aux lettres. De Vinciane Despret j'avais lu (et approuvé) Habiter en oiseau et Autobiographie d'un poulpe. 

Les corvidés habitent partout sur notre Terre, parfois florissants, parfois en voie d'extinction. L'auteur a voyagé, discuté, réfléchi, et souvent a présenté les idées selon des perspectives différentes, sans prendre parti. J'ai beaucoup aimé ses questionnements, virant volontiers vers la philosophie. C'est absolument fascinant, les neurones grésillent (selon l'expression de la blogueuse Nicole).

A Brisbane, les corbeaux se sentent chez eux, au grand dam de certains habitants qui n'hésitent pas à agir de façon radicale. A Hawaaï, les 'alala' sont en grand danger, mais les populations ont leur héritage culturel à préserver. A Rotterdam, là ce sont des corneilles non originaires arrivées sur un bateau qui vont poser problème. Dans le désert des Mojaves, différentes recherches fort technologiques voudraient éviter que les corbeaux ne mettent en péril la survie d'une espèce de tortues. Pour terminer, direction Rota, iles Mariannes, où les aga vont disparaître (peut-être) pour des raisons pas encore totalement éclaircies.

On le devine, les espèces différentes (dont la notre) doivent vivre ensemble ou en tout cas apprendre à le réaliser. L'une des idées les plus belles développées est celle de l'espoir chez les corneilles; de toute façon, on en apprend beaucoup sur elles, et on ne les regardera (et les entendra) plus de la même façon.

Pour 'rendre ma copie' dans le mois, j'ai du lire un peu vite parfois, ce livre est dense, intelligent, et une deuxième lecture serait nécessaire pour moi. Certains passages sont plus ardus et demandent réflexion tout en lisant, cependant ils proposent je le sens leur propre récompense.

Allez, juste pour le plaisir, le corbeau aux sports d'hiver?

Avis babelio

jeudi 10 mars 2022

Guerre et guerre


 Guerre et guerre

Laszlo Krasznahorkai

Cambourakis, 2013


Après La mélancolie de la résistance, je savais qu'il me faudrait revenir à l'auteur, ce que j'ai fait avec l'opuscule La venue d'Isaïe, où l'on fait connaissance de Korim, héros de Guerre et guerre.

Si vous voulez un résumé exhaustif de Guerre et guerre, Wikipedia le fait très bien. En gros, disons que Korim est archiviste dans une petite ville de Hongrie, il découvre un manuscrit dans un dossier, dont la lecture va changer sa vie. Il faut dire que Korim est un homme seul, triste, dépressif, mais prompt à raconter sa vie, ce qui le sauvera de la bande de jeunes voulant l'attaquer (et fuyant sa logorrhée inquiétante) et ne l'empêchera pas de parler des journées entières à une portoricaine ne comprenant pas le hongrois. Ceci à New York, où il veut écrire et poster sur le net - pour l'éternité pense-t-il- le contenu du manuscrit.

Et ledit contenu? Hé bien, le lecteur suit quatre personnages, au fil du temps, et un cinquième, encore plus mystérieux. Les lieux? La Crète voici quelques millénaires, l'achèvement au 19ème siècle de la cathédrale de Cologne, une élection de doge vénitien au 15ème siècle, etc., je passe.

Je préviens : pour apprécier ce roman, il faut accepter de se laisser porter par l'écriture de l'auteur (ouf, les paragraphes d'une seule phrase sont numérotés) et ça vaut la peine, j'avoue ne pas avoir tout compris, mais impossible de lâcher, c'est un roman absolument unique (heu non, les autres de l'auteur sont du même tonneau).

Bref, la guerre, la violence, on n'en sort pas, même à New York le pauvre Karim la voit ou la subit.

Je m'apprêtais à tâcher d'expliquer cette écriture fabuleuse, mais, merci!, l'auteur a décrit lui-même celle du manuscrit, et finalement c'est exactement mon ressenti. Mais quelle expérience incroyable de lecture, quelle découverte!

" le manuscrit n'avait qu'un seul propos : écrire la réalité en boucle jusqu'à la folie, imprimer les scènes dans l'imaginaire du lecteur avec des détails délirants et des répétitions qui relevaient de la maniaquerie, c'était comme si l'auteur, expliqua Karim, et ce n'était pas une image, s'était servi, en guise de style et de mots, de ses ongles, pour graver les choses sur le papier et dans l'imaginaire du lecteur, car si l'accumulation de détails, les répétitions et les approfondissements rendaient la lecture plus difficile, tout ce qui était détaillé, répété, approfondi, restait gravé à jamais dans le cerveau, brain, et si les phrases se répétaient, l'auteur procédait à de fines modulations, ici la phrase était enrichie, là simplifiée, ici plus obscure, là plus limpide, et de façon étrange, fit Karim, songeur, cette répétition ne provoquait pas de crispation, d'agacement ou de lassitude chez le lecteur, non, cela lui permettait de se dissoudre, dit Karim en regardant le plafond, de se camoufler dans l'univers évoqué, mais bon, il reviendrait sur le sujet plus tard, pour l'instant il devait reprendre le récit avec le voyage ..."

Avis babelio, Inganmic, mark et marcel


lundi 7 mars 2022

Le veau d'or / Les douze chaises

 


Le veau d'or

Ilf et Petrov

Ginkgo éditeur, 2021

Traduit par Alain Préchac



Paru en 1931, ce bon gros roman reprend le personnage de Les douze chaises. Mais ne pas l'avoir lu n'était pas gênant, et je dois dire qu'ensuite j'ai eu envie de découvrir Les douze chaises.

Grand Combinateur, Ostap Bender est finalement un escroc fort inventif, rêvant de s'installer à Rio de Janeiro, une fois qu'il aura dépouillé d'un million un millionnaire discret. Pour ce faire, le voilà acoquiné à Choura Balaganov, Mikhaël Panikovsky, et se déplaçant dans l'Antilope, taxi bien vieillot de Adam Kozlewicz, mécanicien hors pair avec sa guimbarde.

Et c'est parti! Dans une ville ressemblant à Odessa, vit Alexandre Koreïko, dont les détournements et autres ficelles l'ont conduit à amasser un joli paquet. Acceptera-t-il de se délester d'un million?

Allez, je me suis bien amusée à découvrir ces aventures contées avec ironie et causticité, tout le monde en prend pour son grade, les allusions à la situation soviétique sont nombreuses. Un plan quinquennal à terminer en quatre ans, des entreprises dont les employés n'en fichent pas une rame, des appartements communautaires, tout y passe ou presque.

Le tout paru quand Staline était au pouvoir. 

Avis babelio

Le début (voir site de l'éditeur   , éditeur que je remercie chaudement)

On doit aimer les piétons. Les piétons représentent la plus grande partie de l’humanité. Et non seulement la plus grande, mais la meilleure. Ce sont les piétons qui ont créé l’univers. Ce sont eux qui ont construit les villes, édifié des immeubles à plusieurs étages ; qui ont posé des canalisations et des conduites d’eau ; eux qui ont pavé les rues et les ont éclairées au moyen d’ampoules. Ce sont eux qui ont implanté la civilisation dans les cinq parties du monde, qui ont inventé l’imprimerie, imaginé la poudre ; qui ont jeté des ponts au-dessus des fleuves, déchiffré les hiéroglyphes, lancé le rasoir de sûreté, mis fin à la traite des nègres et établi qu’on pouvait préparer à partir des graines de soja cent quatorze plats savoureux et nourrissants. Et quand tout fut prêt et que notre planète-mère eut pris un aspect plus ou moins décent, alors les automobilistes firent leur apparition.  Il convient de noter que l’automobile a elle aussi été inventée par les piétons. Mais il semblerait que les automobilistes l’aient oublié, car ils ont aussitôt entrepris d’écraser les piétons, êtres dociles et policés. Créées par les piétons, les rues ont été accaparées par les automobilistes. Les chaussées ont doublé de largeur, tandis que les trottoirs se rétrécissaient aux dimensions d’un paquet de cigarettes. Et les piétons effrayés se sont mis à raser les murs.


Mais que découvris-je dans ma bibli : Les douze chaises, dont je m'emparai sur le champ.

Les douze chaises
Ilf et Petrov

Ginkgo, 2020

Traduit par Alain Préchac


Paru en 1928, époque pas encore sous la coupe stalinienne, et ça se sent. Comme pour Le veau d''or, les deux auteurs s'en donnent à coeur joie dans la critique, mais l'ambiance du peuple est plus détendue, et les personnages beaucoup plus déchaînés. Comme dans le second roman, le Grand Combinateur Ostap Bender est aux manettes; c'est un homme de moins de trente ans, au baratin enchanteur, escroc toujours, ayant tâté de la prison.

Cette fois il est associé à Vorobianinov, fonctionnaire tranquille dont la belle-mère récemment décédée lui a appris l'existence d'un trésor en bijoux caché dans une chaise faisant partie d'un lot de douze. Voilà le duo à la poursuite des chaises, jusqu'à Moscou, le long de la Volga, en Crimée, etc. Leur quête est aussi celle d'un prêtre moins chanceux.

Je me suis follement amusée à suivre leurs aventures, à découvrir une multitude de personnages bien campés, souvent loufoques. Les dialogues sont souvent un poil barrés, disons, fantaisistes, pleins de vivacité. Un grand don aussi pour les descriptions précises (et marrantes dans les détails).

Sans oublier les coups de griffe à la société et au pouvoir (les notes sont nombreuses si on veut s'instruire).

A découvrir!

Sur le site de l'éditeur j'apprends que :"llf et Petrov n’étaient pas d’accord sur la fin à donner à l’histoire . Ils tirèrent à pile ou face..."




jeudi 3 mars 2022

Mon bourricot


 Mon bourricot

Andrzej Stasiuk

Actes sud, 2021

Traduit par Charles Zaremba

 

Alors... un auteur inconnu de mes services, alors qu'il semble très connu pour ses récits de voyages dans l'est de l'Europe et l'Asie, dixit la quatrième. Un auteur qui désarçonne aussi. D'abord le bourricot n'est pas un âne, mais une vieille voiture au kilométrage incertain que l'on devine longuet. Pas pimpante extérieurement, mais bichonnée question mécanique, c'est le style de l'auteur, elle doit être fiable. Ensuite je n'ai pas eu droit directement à un 'récit de voyage', mais des considérations sur le passé de l'auteur et sa passion pour les voitures, son grand regret étant de n'avoir pu devenir mécanicien. Les noms et détails techniques de vieilles 'caisses', j'ai un poil effleuré, je ne connais pas. Et puis la façon de voyager est ici particulière, genre 'on part'. Son compagnon de route est un certain Z, dont il vient de faire la connaissance, et qui parle russe, ça peut se révéler utile. 

"Aller aussi loin que possible, et revenir. Sans vraiment me soucier du but. Quelque part en Asie. Rouler jusqu'à une limite infranchissable, la Chine, par exemple, (...). Voici comment je voyais la chose: le monde défile derrière le pare-brise, un air étranger entre derrière la vitre baissée, une poussière inconnue s'amasse, on ne sait pas de quelle manière ça finira. Je voulais que ce soit comme autrefois, quand on prenait un autobus, puis un autre, puis un autre, pour se retrouver dans un endroit inconnu."

Quand même l'idée est de passer en Ukraine, direction le Kazakhstan. L'auteur aime bien la Russie, parfois il divague sur le passé des peuples européens et russes, c'est un peu fou dans sa tête.

En tout cas, il n'aime guère les nouvelles voitures. "Il y a juste un voyant qui s'allume, et c'est mort. Il faut s'arrêter et appeler, s'il y a du réseau. (...) Maintenant on se prend un nid-de-poule et aussitôt tous les voyants s'allument, dix-huit airbags se déclenchent, le satellite annonce un danger mortel et en cinq minutes rappliquent une ambulance, les pompiers et une cellule psychologique."

Pas de tourisme, de descriptions, pas trop en tout cas, les kilomètres défilent. La police veille, elle cherche la faille, l'erreur, et le Kazakhstan n'est pas l'endroit idéal pour discuter.

On laisse nos deux voyageurs en plein voyage. A suivre?

"Z. a ouvert l'oeil et m'a demandé:

- Où on est ?

- A cent bornes de Kobda.

-Il y a quoi à Kobda?

- Difficile à dire;

- Il  y avait quelque chose en chemin?

- Pas vraiment.

- Si tu veux, je peux conduire, a-t-il proposé."

Un billet complet de Passage à l'est, sur un voyage plus complet aussi!


lundi 28 février 2022

Bons baisers de Moscou


 Bons baisers de Moscou

Hélène Blanc et Claude André

Ginkgo, 2022


Aïe! J'ai terminé ce roman mercredi soir 23 février, juste avant que certains événements ne se précisent, et après une hésitation à en parler, je me décide car le livre est dédié, entre autres, "à l'Ukraine chevillée au coeur", "aux courageux résistants de Mémorial". L'auteure n'en est pas à son premier livre sur la Russie, et ces Bons baisers de Moscou permettent de découvrir Saint-Pétersbourg et Tachkent, sur les pas de quelqu'un dont on sent qu’elle connaît le coin. J'ai aimé aussi découvrir le théâtre Ilkom, qui existe réellement, mais j'avoue ne pas être allée vérifier tout ce dont on parle dans ce roman. Disons que ça paraît bien vraisemblable.

Quoiqu'il en soit, en avril 2022, ça chauffe à l'Elysée, des articles de journaux prétendent que les campagnes d'Emmanuel M. en 2017 et 2022 auraient été financées par le Kremlin. L'homme censé apporter les preuves qu'il s'agit d'une machination montée par une Agence russe est assassiné dans les couloirs de l'Elysée. La taupe de l'Agence, on l'apprend vite, est une certaine Natalia, qui va rapidement se retrouver recherchée par le FSB, mais la DGSI et l'ambassade de France pourront-elles la tirer de ce guêpier?

Les méchants ici, c'est le FSB, il semble que Vladimir Vladimirovitch ne soit pas dans le coup, en tout cas le roman ne le dit pas. Natalia et ses amis russes et français sont sympathiques, et globalement c'est plaisant à lire, même si certaines méthodes évoquées, certainement pas de fiction, font froid dans le dos.

Le roman se termine le 22 novembre 2023 à 12 h 30, non, pas à Dallas, mais j'ai beaucoup apprécié ce clin d'oeil final. Un peu amer compte tenu de l'actualité.

vendredi 25 février 2022

Intime Arabie


 Intime Arabie

Confidences saoudiennes

Laetitia Klotz

Transboreal, 2020


Après quelques années passées au Yémen où les contacts étaient assez aisés, fréquentant différentes personnes y compris Yéménites, Laetitia Klotz a suivi son mari en Arabie Saoudite, espérant pouvoir  connaître ce pays plutôt fermé. Elle y est arrivée en 2011 et y a résidé 3 ans environ.

Problème : elle n'a pas vraiment le droit de travailler, mais va cependant chercher à donner des cours de français (par ailleurs elle poursuit des études en FLE et écrit un mémoire). De nombreux flops en dépit de promesses, particulièrement avec une université pour femmes (forcément que pour femmes)

Elle désire beaucoup fréquenter des Saoudiennes, connaître leur vie de plus près. Mais elle réside dans un "camp" pour expatriés où il est strictement interdit aux Saoudiens d'entrer (et interdit, cela signifie interdit). Petit à petit cependant elle va pouvoir connaître quelques femmes.

Alors? Si on veut en savoir plus sur l'Arabie saoudite, oui, mais on risque de demeurer sur sa faim, et je ne peux rien reprocher à l'auteur, c'est ainsi. Déjà qu'elle ne peut conduire elle-même (en 2011) ou recevoir chez elle, ça bloque. Beaucoup de promesses non tenues, sans qu'elle sache vraiment pourquoi. 

Drôle de pays, assez fermé, où les travailleurs étrangers issus des Philippines par exemple et astreints aux travaux de ménage, entre autres, sont quasiment prisonniers, ne pouvant revenir chez eux facilement. Le 'sponsor' qui leur a permis d'arriver retient leur passeport, etc. De toute façon, même l'auteure (et son mari) dépendaient de l'administration pour sortir du pays.

Si on veut tout savoir ou presque de la vie des femmes d'expatriés, logées en appartement ou villas d'un "compound", c'est le moment! (Je connais (un peu) ce qu'est la 'vie d'expat', mais dans ce pays-ci cela m'a l'air particulier.) Entre The Truman Show et Desperates Housewives. Le coin est joli, coquet, tout est là, piscine, plage, centre de" recréation", salle de sport, diverses activités, crèche, école, possibilité de trouver une nounou (non, pas Saoudienne). Un poil étouffant quand même. Faire son trou, même parmi des femmes partageant la même vie, est difficile. Petit à petit, elle s'adapte, mais franchement, les sorties au Mall à 120 km de là, c'est souvent le seul objectif... Quelques respirations inattendues quand dauphins ou tortues se pointent. Un tout petit peu de tourisme aussi.

Un exemple intéressant où une Saoudienne est chargée de trouver une femme pour son fils, suivant les critères du fils. Les pères ne seront consultés qu'après. Les tourtereaux communiqueront d'abord par WhatsApp. Quand les réseaux sociaux permettent d'évoluer...

Avis babelio

mardi 22 février 2022

Vols au crépuscule

 


Vols au crépuscule

essais

Vesper flights

Helen Macdonald

Gallimard, 2021

Traduit par Sarah Gurcel


Sans surprise, c'est chez Dominique que j'ai découvert ce titre, et comme il venait de se poser à la médiathèque...

L'auteure a plusieurs casquettes, elle a travaillé comme fauconnière, elle est chercheuse au département d'Histoire et de Philosophie des Sciences à l'Université de Cambridge et certains essais sont parus dans le New York Times Magazine. Elle est l'auteur de M pour Mabel, sur lequel je vais devoir me pencher, maintenant.

Qu'on soit sans crainte! Ce recueil est parfaitement aisé à lire, intelligent, sensible, varié et passionnant. Bien sûr cela va parler de nature, forêts, diverses bestioles, plantes, animaux, particulièrement les oiseaux. Je ne connais même pas la moitié des noms qu'elle précise, mais peu importe.

Vols au crépuscule est un texte parmi d'autres, qui évoque le vol des martinets, et c'est fascinant.On soupçonne qu'ils dorment en groupe à quelque trois mille mètres d'altitude.

Elle peut aussi parler des daims pris dans les phares (mauvais pour le daim), des coucous, on connaît leur chant mais pour les voir, c'est coton (une fois seulement j'en ai vu en, il volait d'une rive à l'autre d'un canal  en chantant, donc il s'est trahi) , des gratte-ciel ("Pour un faucon, un gratte-ciel est une falaise : il offre les mêmes possibilités, les mêmes vents d'altitude, les mêmes dessertes pour leurs plats à emporter."), la migraine, qu’elle lie à l’urgence climatique (!),  de réactions lors d'éclipses, "une expédition (au Chili, avec une équipe de chercheurs) dans un désert de haute altitude visant à tester des méthodes de détection de vie sur Mars".

"Wicken Fen m'a appris non seulement que je ne verrai pas toujours les animaux que je sais vivre ici, mais aussi que, parfois, savoir où est un animal sans savoir quel est cet animal est plus fort que le voir."

Avis babelio

vendredi 18 février 2022

Lady Chevy


 Lady Chevy

John Woods

Terres d'Amérique, Albin Michel, 2022

Traduit par Diniz Galhos


Dans ce coin un peu perdu de l'Ohio, les mines ferment, les mineurs y ont parfois laissé leur santé, les petites entreprises ont périclité, alors quand on propose aux habitants de louer leurs terres à l'industrie du gaz de schiste, dire non est difficile. La famille Wirkner a accepté, allez savoir si c'est la cause de la maladie du petit dernier? En tout cas l'eau est imbuvable, les maladies respiratoires se développent, et parfois la terre tremble.

Dans la famille Wirkner, on ne veut pas grand monde : le grand père appartenait (appartient?) au KKK, le père est effacé, la mère désespérée traîne dans les bars, le fils est handicapé, et la fille, Amy, réussit au lycée, et rêve d'aller à l'université pour devenir vétérinaire. J'oubliais un oncle (par alliance) dont les idées font froid dans le dos (son bunker survivaliste est doté de bouquins et drapeaux qui n'auraient pas déparé un intérieur allemand des années 30). Bien évidemment tout le monde à Barnesville possède des armes et sait les utiliser, voire les utilise.

Le surpoids d'Amy, la pauvreté de sa famille, sans doute son côté cash qui ne se laisse pas piétiner lui valent bien des inimitiés, elle n'en a cure. Quant son ami Paul l'entraîne dans un projet violent, elle accepte, mais les conséquences risquent de lui coûter l'avenir dont elle rêvait.

La police, dont Brett Hastings, enquête, tourne autour de la vérité. Hastings dont les idées de suprématie blanche font écarquiller les yeux, a une façon personnelle de régler les problèmes, en effet on disparaît vite dans le coin...

Comme Le bouquineur, je n'en dis pas trop, mais je ressors de là un peu rincée, troublée, bousculée, car quasiment tous parlent et agissent sans fard. En dépit du malaise évoqué par le blogueur cité, pas question de lâcher, c'est noir, inattendu, ahurissant, mais à découvrir c'est sûr.

Avis babelio, bibliosurf, dont tu vas t'abîmer les yeux

mardi 15 février 2022

Le voyant d'Etampes

 


Le voyant d'Etampes

Abel Quentin

Les éditions de l'Observatoire, 2021


Quan on vit dans une (très) petite ville loin de Paris, on s'intéresse fort peu (voire pas du tout)(et à condition d'en avoir entendu parler) à ces notions de woke (éveillé), cancel culture, appropriation culturelle. Mais heureusement ce roman ne parle pas que de cela ou en tout cas il le fait au travers d'un exemple, celui de Jean Roscoff, professeur d'université parisienne à la retraite, pas vraiment héros flamboyant : sa femme a divorcé (il espère pourtant), il a des problèmes d'alcool, un bouquin écrit dans les années 90 sur les époux Rosenberg est tombé au mauvais moment. Bref, la lose. La compagne de sa fille est droit dans ses bottes sur les droits des femmes et des minorités, d'entrée elle est hostile face à ce mâle blanc, et pas la peine de se targuer d'un passé à SOS Racisme dans les années 80.

Le voilà qui ressort des placards une idée abandonnée des décennies plus tôt, parler d'un poète américain, Robert Willow, mort 'emplatané' en 1960. Ayant eu des soucis avec le Maccarthysme il s'est installé en France, a fréquenté les clubs de jazz et les existentialistes. Ecrivant en anglais, puis en français, et là des poèmes d'influence médiévale, Villon, tout ça. Un type intéressant, quoi, non dénué de talent.

Le livre paraît, c'est sûr que parler d'un obscur poète des années 50 n'est pas garantie de gros succès, Jean le sait, mais il  a été touché par Willow, son itinéraire, son œuvre. 

Mais patatras!!! Il n'a pas accordé une importance primordiale au fait que Willow est noir, insistant plutôt sur ses opinions communistes, car Roscoff a enseigné cette branche de l'histoire.

C'est le début d'accusations sur les réseaux sociaux, dans les magazines, ses défenseurs ne sont pas forcément fréquentables, bref ça se n'arrête pas, il se débat sans pouvoir éclaircir la situation, reconnaissant son erreur initiale mais rien à faire, la situation se dégrade.

Un anti-héros ai-je lu, oui, pas antipathique, plutôt paumé devant ce déferlement d'hostilité qu'il n'avait pas vu venir.

En conclusion : un roman fort intéressant, des thèmes dans l'air du temps, exposés plus subtilement qu'on ne le craindrait, et étonnamment de l'humour et du sens de la formule. L'histoire de Robert Willow seule aurait déjà donné un roman intéressant. Je recommande cette lecture!

Les avis de Nicole, Delphine, la petite liste, sandrion

avis babelio, bibliosurf