samedi 26 novembre 2022

La pitié dangereuse


 La pitié dangereuse

Stefan Zweig

Lu dans La pochothèque,1996

Traduction révisé par Brigitte Vergne-Cain et Gérard Rudent


Voulant participer au rendez-vous des Feuilles allemandes

ainsi qu'à une lecture commune avec Inganmic, Brize, cleanthe, Agnès
je suis revenue à Stefan Zweig (une valeur sûre)!

La pitié dangereuse, écrit juste avant la seconde guerre mondiale, est finalement un long roman (par rapport aux nouvelles de l'auteur). Après un prologue où classiquement un narrateur rencontre un personnage qui va raconter son histoire, le lecteur se retrouve juste avant la première guerre mondiale, dans une petite ville de garnison des environs de Vienne. 

A 25 ans, le lieutenant Hofmiller a passé 15 ans de sa vie dans un milieu militaire, le voilà officier d'un régiment de uhlans. Issu d'une famille modeste, ses moyens sont réduits. Il est d'autant plus étonné et flatté de se rendre chez les Kekesfalva, les hobereaux locaux, où d'emblée il se montre maladroit, par ignorance de l'état de santé d'Edith, la jeune fille de la famille. Au fil du temps, il s'y rend soirées après soirées, développant à l'égard d'Edith des sentiments ambigus, à base de pitié surtout.

"Il y a deux sortes de pitié. L'une, molle et sentimentale, qui n'est en réalité que l'impatience du cœur de se débarrasser au plus vite de la pénible émotion qui vous étreint devant la souffrance d'autrui, cette pitié qui n'est pas du tout la compassion, mais un mouvement instinctif  de défense de l'âme contre la souffrance étrangère. Et l'autre, la seule qui compte, la pitié sentimentale mais créatrice, qui sait ce qu'elle veut et est décidée à persévérer avec patience et tolérance jusqu'à l'extrême limite de ses forces, et même au-delà."

Fort heureusement, même s'il y a une unité dans le roman, la vie de la caserne est aussi excellemment rendue, un retour sur le passé du père d'Edith et la connaissance du présent du docteur Condor ouvrent un aperçu de la vie des gens en Autriche Hongrie, et sortent de l'ambiance assez étouffante du château de Kekesfalva. Oui, sinon il était possible de commencer à s'ennuyer, en dépit de l'écriture toujours épatante de Zweig.

Zweig est à son meilleur pour nous plonger dans les atermoiements de Hofmiller, jeune homme disons naïf et sans expérience réelle, pris de pitié pour les Kekesfalva père et fille. Des conversations avec les protagonistes permettent cependant de les connaître un peu.

J'ai apprécié aussi l'utilisation de certain événement historique vécu à chaud et non sans conséquences pour le dénouement de l'histoire.

Avis babelio, miriam

Lecture faite dans le cadre des lectures thématiques « Autour du handicap »  organisées par  etsionbouquinait et Ingannmic.

60 commentaires:

  1. Je l'ai lu il y a un sacré bout de temps mais j'en garde encore un souvenir fort. J'avais adoré. Je me demande même si ce n'était pas mon premier Zweig.

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  2. Ton avis est très différent de celui de Brize. Ma lecture de ce roman est lointaine, j'avoue qu'il ne m'en reste pas grand chose.

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    1. Je viens de lire le billet de Brize, en effet... Je préfère d'autres nouvelles de l'auteur.

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  3. Zweig à son meilleur, tu as tout dit. Tu me donnes envie de relire, Le joueur d'échec par exemple.

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    1. Le joueur d'échecs est un des meilleurs à mon goût.

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  4. Cet homme-là a bien fait d'écrire plutôt des nouvelles ou des textes courts...

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    1. Dans le genre, il est excellent, ici, ça traîne un peu.

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  5. Je n'ai pas lu ce roman, mais un autre, plus court, une longue nouvelle... je pense que le thème de la pitié est intéressant, mais sur la longueur, je ne sais pas...

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  6. Je ne connais pas bien Zweig, d'ailleurs je ne suis pas forcément une inconditionnelle. Je note que le personnage a l'air d'être bien rendu dans son contexte, militaire, social, tout ça.

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    1. L'ambiance de l'époque et de plusieurs milieux différents est bien rendue!

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    2. Je viens de le voir dans ma bibliothèque ! Incroyable.

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    3. C'est souvent ainsi, avec les livres. ^_^

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  7. Décidément ce matin Zweig est à l'honneur pour mon plus grand plaisir
    je l'ai peu chroniqué sur le blog car ma lecture de lui remonte à ...bref longtemps mais vous me donnez envie de m'y repolonger

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    1. J'ai saisi avec joie l'occasion d'une lecture commune.

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  8. https://netsdevoyages.car.blog/2021/12/23/la-pitie-dangereuse-stefan-zweig/
    lu l'an passé. je vous envoie le lien pour me joindre à la lecture commune quoique je ne le relis pas cette année, plus tard peut être

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    1. Oups j'ai noté, et puis omis de répondre au commentaire.

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  9. J'ai lu 2 romans de Zweig et je n'ai pas aimé. Je n'ai plus essayé depuis. Je n'ai jamais entendu parler de celui-ci.

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  10. j'en ai vu une adaptation au théâtre, j'avais beaucoup aimé le texte!

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  11. Oui, bien rendue cette ambiance de garnison étouffante http://monbiblioblog.revolublog.com/stefan-zweig-la-pitie-dangereuse-grasset-a213445121

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    1. Je n'attendais pas cet aspect, mais au moins ça sort du château.

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  12. J'ai tellement adoré celui-ci!! Son meilleur? peut-être!!

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    1. Zweig est toujours très bien, mais je préfère des nouvelles plus courtes.

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  13. Très ancienne lecture, qui mériterait que j'y revienne sans doute... de toute façon il est toujours bon de relire Zweig

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  14. Je ne connaissais pas ce titre. Ça serait son meilleur ?! Je retiens, alors.
    Syl.

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    1. Cela dépend des avis, mais en tout cas c'est très bien.

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  15. Un grand merci à ta participation à cette lecture commune. Un vrai régal de mon côté, je suis heureux de voir qu'il t'a beaucoup plu également. Patrice

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  16. Je viens de voir la chronique chez Inganmic, et je n'avais encore jamais entendu parler de ce titre, il va falloir que je le lise.

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    1. Zweig a beaucoup écrit, ce titre est fort connu en fait.

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  17. C'est vrai que je connais davantage ses nouvelles que ses romans, je ne connaissais ce titre que de nom et je ne savais pas de quoi il parlait ! Merci donc pour cette chronique qui me donne bien évidemment envie de le découvrir un jour, le problème est quand...

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    1. Vaste problème, surtout que le roman est dense. Mais se lit bien.

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  18. Il faudrait que je le relise, je n'en garde aucun souvenir.

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  19. C'est marrant, j'ai lu un autre avis sur la blogosphère et c'est seulement en lisant le tien, qui le place dans le cadre thématique du handicap que je me suis dit "mais, je l'ai lu !" Et effectivement. Et j'avais bien aimé, notamment la vie de caserne et comme tu le dis justement, cela contre-balance bien le côté étouffant du château.

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    1. Merci de ton avis! Il y avait une lecture commune, je l'ai lu pour Les feuilles allemandes et puis vu que ça allait aussi avec 'Handicap'.

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  20. J'aime beaucoup Zweig mais j'ai raté le RDV pour la lecture commune. Une autre fois

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  21. Je suis d’accord avec ce que tu dis de la vie de caserne et du rôle des événements historiques. Une lecture que j’ai beaucoup appréciée moi aussi.

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    1. Oui, j'ai mis le billet en lien, il est vraiment excellent.

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  22. une lecture ancienne mais je l'avais trouvé trop démonstrative, et trop lourde j'ai préféré le joueur d'échec je trouve qu'il résiste mieux à le relecture

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    1. Aaaah Le joueur d'échecs, j'en garde un excellent souvenir. La pitié dangereuse, ça traîne parfois un peu.

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  23. Le résumé et certains avis sont très alléchants, mais les longueurs me font un peu peur.

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    1. Disons que les atermoiements peuvent paraître longs, mais quand même, c'est Zweig!

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  24. C'est très bien ces lectures communes, je me rends compte que j'ai focalisé mon billet sur la pitié d'Anton, et j'en ai occulté les autres aspects intéressants de ce titre. Du coup, d'avoir d'autres avis permet de réparer cet oubli.

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    1. Tout à fait, même si j'avoue que cela permettait de quitter l'atmosphère du château.

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  25. J'ai lu Zweig mais je ne sais pas si j'en lirai d'autres...

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  26. Ah ?! Un soupçon d'ennui ? Je note tout de même ! Je ne connaissais pas ce titre et comme tu le dis, Zweig est une valeur sûre !

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    1. Les pensées du narrateur reviennent et reviennent, mais c'est bien écrit, tu t'en doutes.

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  27. J'ai apprécié ce long roman, un thème peu traité et bien rendu par Zweig. Peut-être révélateur de la relation compassionnelle qu'il a(urait) eue avec Charlotte, son épouse.

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    1. Allons bon, j'ignorais tout de son histoire, ils sont morts ensemble.
      En tout cas, oui, un thème peu traité , et bien traité en fait.

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    2. Omis de m'identifier dans le précédent post, pardon.

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