mardi 7 avril 2020

Habiter en oiseau

Habiter en oiseau
Vinciane Despret
Mondes sauvages
Actes sud, 2019


Intro qu'on peut sauter:
Or donc le 13 mars, subodorant la fermeture des médiathèques pour un temps long, je me précipite dans celle où j'avais des réservations arrivées, et sur le présentoir des nouveautés, que vois-je? Deux livres d'une collection inconnue, Mondes sauvages pour une nouvelle alliance, chez Actes sud. Bêtement je n'en ai emprunté qu'un... Mais mon enthousiasme à cette découverte m'a conduite à noter les autres écrits de l'auteur, et aussi de la collection, dans mes bibliothèques. Lors de leur réouverture, ce sera festival!!!
Donc : coup de coeur

Cerise sur le gâteau, l'auteur est belge, ce qui me permet de participer au mois belge (blog Anne), à l'insu de mon plein gré, au départ.
Bon, le livre, maintenant.
J'espère pour vous qu'il vous arrive d'entendre -et d'écouter- les oiseaux. Cela fait longtemps qu'ornithologues amateurs ou professionnels se posent la question : 'mais pourquoi chantent-ils?' et cherchent à y répondre.
Vinciane Despret, s'intéresse donc à l'histoire des fonctions possibles des territoires, pas en suivant une chronologie, dit-elle, mais 'comme une histoire d'idées, d'intuitions, d'ouvertures, car les territoires et les oiseaux font penser, et c'est cela qui m'intéresse.' Controverses, idées abandonnées qui reviennent, peu importe, elle ne va pas forcément trancher. Les ornithologues font beaucoup paraître de leur société et de leurs personnalités.
Alors, compétitions? Bagarres? Recherche d'une femelle? Besoin de nourriture? Ou besoin de voisinage? Que penser des recherches en laboratoire? A une époque on pouvait tuer les oiseaux pour 'évaluer ce qui se passerait si l'oiseau n'était pas là'.
Tout cela se termine par une magnifique description des chants d'oiseaux parfois différents et leurs choeurs interspécifiques (étudiés bien sûr par des bio-acousticiens).
Ensuite, à chacun d'écouter, après tout.

L'auteur, philosophe et psychologue, enseigne à l'université de Liège. On se dit 'houla ça va être imbuvable, illisible et plein de mots compliqués'. Hé bien non. Même  si elle convoque Serres et Deleuze en passant, le tout demeure d'une extrême fluidité et d'une vivacité réjouissantes. Elle n'hésite pas à laisser transparaître ses opinions, discute, s'interroge, et donne une furieuse envie d'aller écouter les oiseaux...

vendredi 3 avril 2020

Trois concerts

Trois concerts
Lola Gruber
Phébus, 2019


Introduction qu'on peut sauter:
D'abord c'est la belle couverture qui m'a attirée, avec des oiseaux sur un fil tels des notes de musique sur une portée. Voir la vidéo de Hanon de Yoshinori Mizutani.
Ensuite la quatrième de couverture dévoile que le roman parles de musique et de musiciens. Très attirée. Mais, passant en vitesse à la bibli, j'oublie d'emprunter, le livre n'est plus là, et j'ignore totalement titre et auteur...
Quelques semaines plus tard, le roman est revenu, je le vois, et là, je l'emprunte!!!

Parlant de ses suites, le compositeur Paul Crespen a déclaré "Chacune contient ce qui manque à l'autre". Ces suites auraient dû être créées par le violoncelliste Viktor Sobolevitz, puis après un événement tragique, elles le furent (mal) par un autre, et finalement jamais jouées depuis des décennies, même si Sobolevitz restait libre d'en décider. Mais, reclus, ayant mis un terme à sa carrière, fuyant tout contact ou presque, lui seul sait où sont ses partitions et l'enregistrement de l'Arpeggione avec sa défunte épouse.
Remy Nevel est critique musical, doué, ambitieux, sa fascination pour Sobolevitz pose question (on aura la réponse bien plus loin) et il fait connaissance (intéressée?) de Clarisse Villain, violoncelliste atypique qui fut élève de Sobolevitz pendant des années.

Au fil des pages, on passe d'un personnage à l'autre, voyant comment les fils se tissent, apprenant à les connaître, gare aux détails révélateurs, et pour ma part m'attachant beaucoup à Clarisse, perdue dans ses interprétations et travailleuse acharnée, cherchant la quasi perfection. Lola Gruber décortique finement l'approche des oeuvres, mélangeant souvent pensées de l'instrumentiste et jeu de l'instrument, c'est fascinant même si on ne connaît pas grand chose au violoncelle et la musique. Bien d'autres personnages gravitent autour de ce trio, et l'ensemble donne un roman foisonnant qui m'a emballée! Et que finalement j'ai préféré à Opus 88, auquel on peut penser.

Les avis de Brize

mardi 31 mars 2020

Là où chantent les écrevisses

Là où chantent les écrevisses
Where the crawdads sing
Delia Owens
Seuil, 2020
Traduit par Marc Amfreville



Il faut dire que la barque de Kya, qui sillonne les marais de ce petit coin de côte de Caroline du nord, est bien chargée. Des aînés qui fuient la maison, pas à cause des conditions de vie dans ces marais, mais à cause du père, alcoolique et violent. La mère finit par partir elle aussi (son tragique destin serre le coeur), laissant la petite dernière avec le père, qui disparaîtra définitivement quand elle a 10 ans, mais lui laissant la barque et une bonne connaissance du milieu, ce qui lui permettra de se débrouiller, en partie aussi grâce au couple Jumping et Mabel. La gamine, sans être allée à l'école, en sait plus que beaucoup sur les oiseaux, les insectes, les coquillages. Sa passion attirera Tate, qui lui apprendra à lire et écrire, et à sortir de la précarité. Mais cette jolie fille, au fil des années, ne passe pas inaperçue. Sa soif de contacts, toujours déçue, la conduira à se réfugier de plus en plus dans la solitude.

L'auteur est diplômée en zoologie et biologie, a écrit plusieurs livres sur ces sujets. Dans ce roman, elle décrit fort bien le milieu des marais, et ses parallèles entre les humains et les autres êtres vivants quant à l'attirance sexuelle et la reproduction est intéressante. Gare aux lucioles...

Toute la partie sur l'enfance de Kya, son adolescence, ses apprentissages, m'a bien entraînée, mais ensuite un poil trop de romanesque m'a fait survoler quelques paragraphes de ci de là, raccrochant quand même lors des chapitres narrant une enquête policière et un procès, des années plus tard. Au sujet du procès, je m'étonne que Tate n'ait rien saisi, puisque lui connaissait la provenance du bonnet rouge.

Ces bémols mis à part, il s'agit d'une belle histoire, l'on échappe au côté glauque de certains romans, même si le rejet des différences, sociale ou raciale, est bien présent.

Une passage expliquant le titre : "Va aussi loin que tu peux. Tout là-bas, où on entend le chant des écrevisses.
Ça veut dire aussi loin que tu peux dans la nature, là où les animaux sont encore sauvages, où ils se comportent comme de vrais animaux."

Les avis de kathel,

vendredi 27 mars 2020

Rester groupés / Art et décès / La griffe du chat

Rester groupés
Sophie Hénaff
Albin Michel, 2016


Après Poulets grillés où l'on faisait connaissance de la commissaire Anne Capestan et de son équipe de bras cassés placardisés (sans parler du chien), je n'avais qu'une envie : la suite, la suite! Mais je suis aussi tenace que ces flics là, et je l'ai eue!

L'équipe s'enrichit de Saint-Lô (qui pense être d'Artagnan) et d'un rat policier. Si!
Trois meurtres rapprochés, dont celui de l'ex-beau-père de Capestan, qu'il faudra relier. Et trouver le coupable. Pas facile, quand les documents fournis par les collègues du 36 sont tronqués. Mais l'équipe sait se débrouiller, grâce en partie à un génie de l'informatique en son sein (pas fut-fut par ailleurs).

Après le premier opus, il était difficile de l'égaler, mais franchement je pense que le deuxième est réussi. Il y a une enquête avec des rebondissements, c'est bien écrit sans grossièretés inutiles, c'est bien ficelé, et l'humour est de celui qui me fait rire!

D'accord avec A girl, la fin est ... (mais j'ai une idée, à confirmer, en mettant la main sur le tome 3

Tome 3 qu'il a fallu beaucoup de patience pour pouvoir emprunter! Mais je suis toujours aussi tenace.

Art et décès
Sophie Henaff
Albin Michel, 2019

On retrouve la fine équipe (augmentée de Joséphine! Confirmant la fin du 2) sur un plateau de tournage, pour l'adaptation d'un roman de la capitaine Eva Rosière. Celle-ci sera suspecte d'un meurtre survenu dans un des bureaux, et voilà que se dessine une histoire très Cluedo, se terminant à la Agatha Christie avec un regroupement suspects/enquêteurs.

Toujours marrant, mais j'ai ressenti une petite fatigue, sans doute que l'effet de surprise est moins là.

Et dans le cadre des billets regroupant plusieurs romans, un polar d'un autre auteur français aussi, et qui a également en commun le fait d'être élément d'une série, plein d'humour et pas glauque.

La griffe du chat
Sophie Chabanel
Points, 2019


Il s'agit en fait du premier opus, qui fut suivi par Le blues du chat. On y apprend à la toute fin comment la commissaire Romano s'est laissée entraîner à prendre un chat chez elle (de toute façon, quand un chat vous choisit...).

Bon, là c'est le propriétaire d'un bar à chat qui a été assassiné / suicidé. Sa veuve s'en moque, seule l'intéresse la disparition de Ruru son chat persan! C'est là qu'intervient la fine équipe de la commissaire, à savoir Tellier et Clément, toujours obéissant, gaffeur et pas malin.

L'enquête se déroule côté flics, classiquement, avec pistes plus ou moins fausses, et une fin rapide. On ne lit pas ce genre de polar pour frémir ou se vautrer dans le gore, mais pour passer un moment distrayant : mission accomplie. Les réflexions de Romano font toujours mouche.

mardi 24 mars 2020

Petit déjeuner chez Tiffany

Petit déjeuner chez Tiffany
Breakfast at Tiffany's
Truman Capote
Gallimard, 1962
Traduit par Germaine Beaumont


Après la grosse claque de De sang froid, il fut question de continuer avec Truman Capote, d'autant plus que mon souvenir du film Diamants sur canapé était favorable.

Durant les années au cours de la seconde guerre mondiale, le narrateur tentait de devenir écrivain et logeait à New York. L'appartement du dessous était occupé par Holly Golightly, jeune femme de 19 ans sortant et recevant beaucoup (au grand dam d'une voisine!). Fascinant pas mal de messieurs, elle n'a pas d'occupations bien définies, mis à part rendre visite chaque jeudi à un gangster en prison (et passant des messages, ce qui lui vaudra des ennuis). L'on apprend qu’elle a un mari quelque part (mais est-ce légal?), et qu'elle veut épouser un brésilien. Des années plus tard, le narrateur ne sait toujours pas trop ce qu'elle est devenue.

Alors? Superbement écrit, pas de souci, quelques rebondissements, bien sûr, c'est bien mené. mais j'avoue avoir eu du mal à m'intéresser vraiment à Holly, à ses monologues autocentrés (OK, elle n'a pas eu que des bons moments dans sa vie, et cherche à s'en tirer). Quelques passages où elle se dévoile un peu (le décès d'un proche), le drame personnel vers la fin, mais finalement moins de 150 pages ça me suffisait.

Avant de me lancer des pierres, prière de considérer que le film ne suit pas à 100% le livre... Le narrateur y fréquente une femme plus âgée (dans le livre, non), la fin n'est pas franchement la même. Le chat est très bien, dans les deux versions. ("Audrey Hepburn déclara que la scène où elle devait mettre l'un des chats dehors, sous une pluie battante, fut la plus pénible qu'elle ait jamais eu à tourner.")
Vous échappez à Tiffany et à la petite robe noire
https://prince-et-puissance.skyrock.com/3300205072-Chat-diamants-sur-canape.html
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jeudi 19 mars 2020

Quoiqu'il arrive

Quoiqu'il arrive
The versions of us
Laura Barnett
Les escales, 2016
Traduit par Stéphane Roques



Envie d'un 'petit' roman un poil romantique qui se lit sans peine (un peu de mémoire et d'attention est demandé quand même)? Voilà ce qu'il vous faut!

En 1958, à Cambridge, Eva et Jim ont 19 ans  et sont étudiants. Jim, en droit, pour faire plaisir à sa mère, qui ne désirait pas qu'il soit peintre comme son père, ce dernier l'ayant trompée et quittée. Mais Jim veut vraiment devenir peintre.
Eva est amoureuse de David, acteur en devenir, qui aime Eva, mais surtout beaucoup lui-même.

Un jour, Eva, pour éviter un chien, a un petit accident de bicyclette. Jim assiste à l'événement et intervient pour l'aider.
A partir de là, trois possibilités de vie :
Version 1 : Eva quitte David, épouse Jim, réussit une carrière d'écrivain, mais Jim un peu moins celle de peintre.
Version 2 : Eva épouse David, divorce, etc. Tout en rencontrant fortuitement Jim, avec l'impression de bien le connaître. Bien des occasions ratées... La fin de leur histoire sera -pour mon petit coeur romantique- la plus émouvante.
Version 3 : Eva épouse David, mais finira par retrouver Jim.

Trois histoires pour le prix d'une? Les trois versions alternent, ça va, on ne s'y perd pas trop, même si certains événements reviennent, par exemple une exposition, une fête d'anniversaire, où Eva et Jim n'ont pas le même vécu, et dont les protagonistes secondaires sont toujours les mêmes, mais  ne jouent pas le même rôle vis à vis d'Eva et Jim. Plutôt une bonne idée, bien maîtrisée. Le désir d'Eva pour l'écriture, celui de Jim pour la peinture, sont une constante, mais avec des succès différents.

Bref, une lecture plaisante, on se demande 'et si?', et sur plusieurs décennies on suit l'évolution des personnages, et la place de la femme si on suit bien.

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lundi 16 mars 2020

Le pont des soupirs/ Bridge of sighs

Bridge of sighs
(le pont des soupirs)
Richard Russo
Vintage Books, 2008



Vous pensez voyage en gondole, Rialto, Salute, aqua alta? Mis à part quelques dizaines de pages consacrées au peintre reconnu Noonan qui y réside, on n'est pas vraiment à Venise. D'ailleurs ses souvenirs de jeunesse aux Etats Unis lui reviennent ... A Thomaston, Sarah, épouse de Lou Lynch, alias Lucy, le décide enfin à quitter son trou et voyager en Italie, pour revoir leur ami Bobby après des décennies...

Richard Russo est à son meilleur quand il s'agit de brosser la vie d'une petite ville de l'est des Etats-Unis, au cours des cinquante dernières années, vues par deux gamins, Lou Lynch et Bobby Marconi, puis Sarah. Des quartiers chics, d'autres misérables, d'où s'extraient les deux familles, mais les Lynch ont bien du mal à s'en tirer, avec sa petite boutique épicerie du coin ouverte jusqu'à pas d'heure. Tout n'est pas dit, c'est l'art de Russo, mais l'on devine que la tannerie (ensuite fermée) a bien pollué les eaux et causé des cancers, et qu'il ne fait pas toujours bon être noir dans le coin, en tout cas les communautés ne se mélangent pas.

Les 700 pages ne coulent pas de façon linéaire, mais avec une fluidité admirable, laissant espérer une explication, qui vient plus tard. Surtout, l'on ressent une empathie avec les personnages, des passages coupent le souffle (tiens, le cours du père de Sarah, dingue ce truc!), l'on passe du tragique au comique, les dialogues sont superbes, les regards aussi en disent beaucoup, l'on hésite à juger car comment savoir ce qui est vrai, et pourquoi tel agit ainsi? Franchement mon coeur s'est souvent serré. C'est moins foufou que les deux se déroulant à Bath, mais d'une profondeur qui retourne.

Coup de coeur...

Des avis sur Babelio,

jeudi 12 mars 2020

Le tour du monde en 72 jours

Le tour du monde en 72 jours
Around the world in seventy-two days, 1890
Nellie Bly
Points, 2016




Nellie Bly (1864-1922) est une journaliste américaine, connue pour un reportage clandestin dans un asile. En novembre 1889 elle part pour un tour du monde, bien décidée à battre le record de Phileas Fogg. Elle voyage léger : juste un sac, pas de robe de rechange, mais quand même un corset (ah ces tailles fines de l'époque!)

Portrait de Nellie Bly  Crédits : Library of Congress / Collection Corbis Historic - Getty

Une jeune femme très décidée à obtenir ce qu'elle veut et ne craignant pas les aléas d'un tel voyage.
Son trajet : New York - Angleterre - France (où elle rencontre le couple Verne), train de Calais à Brindisi (hé oui), bateau via Suez Aden Colombo Hong Kong (visite de Canton et détails affreux), Japon (qui visiblement lui a fort plu) et retour aux Etats-Unis, avec train jusqu'au point de départ, 72 jours avant! Pari gagné.

Même si elle voyage 'seule' elle a quand même des contacts avec des employés de son journal (qui finance le voyage) et que ce soit en train ou en bateau elle est toujours en contact avec des gens fréquentables. Aucune péripétie dangereuse ne lui advient, elle connaît un peu de mal de mer et la crainte de ne pas gagner son pari, c'est tout. Elle a de l'humour, heureusement, mais pour elle je sens que rien n'est au-dessus des Etats-unis.On va dire qu'à l'époque on avait ce genre de façons de voir l'étranger... (pas toujours disparue de nos jours).

Un livre court, vif, sans longueurs, la narration étant entrecoupée d'articles de journaux détaillant pour les lecteurs où se trouve Nellie Bly. A lire, pour découvrir tous ces détails intéressants et bien racontés.

La lecture de ce voyage (pas vraiment à la roots) a été parfois pour moi source d'agacement, dû à un usage fantaisiste du passé simple et de l'imparfait. OK, je fais des fautes, comme tout le monde, mais je ne suis pas du métier! Par exemple : "Je descendis la passerelle et marchais à la suite du gardien dans la ville sombre. Il s'arrêta enfin etc." Pourquoi marcher a-t-il droit à l'imparfait alors que le reste est au passé simple? Bon, soit, ça peut se discuter, elle a marché un certain temps, on comprend. Mais que dire de ce "Je prenai donc le repas de noël"? Hélas cela suffit à me déconcentrer.

Les avis d'Agnès, complètement en accord!

lundi 9 mars 2020

Un été prodigue

Un été prodigue
Prodigal Summer
Barbara Kingsolver
Rivages, 2002
Traduit par Guillemette Belleteste



"Un été prodigue, la saison d’une débordante procréation. Qui pouvait tout anéantir sur son passage par la faute de ses excès passionnés, mais rien de ce qui était vivant, doté d'ailes ou de cœur, graine lovée sur elle-même dans le sol, n'allait se retenir de lui souhaiter à son tour la bienvenue lorsqu'il arriverait."

Depuis deux ans Deanna vit isolée dans une cabane forestière, surveillant quelques kilomètres carrés d'arbres, ravitaillée par un employé du service des forêts, rencontrant mais trop encore à son gré, randonneurs et chasseurs. Ce qui l'intéresse et l'inspire, ce sont différents oiseaux, insectes, mammifères, chacun tenant son rôle dans une chaîne alimentaire. Auteur d’une thèse sur les coyotes, elle guette les signes de la réapparition de l'animal dans son coin de forêt.
Jeunes coyotes de Mearns (C. l. mearnsi) en train de jouer.
Ce n'est pas sport de ma part de proposer une photo de jeunes coyotes, mais d'après Deanna l'animal est fort intéressant, on en apprend beaucoup à la lecture.
Mais arrive un inconnu, Eddie Bondo, avec petit bagage et fusil, et ennemi du coyote qui boulotte ordinairement des rongeurs mais parfois des brebis, et dans le Wyoming d'où il arrive, c'est mal vu.
Pourtant entre ces deux humains là, les corps vont parler.

Plus bas dans la vallée, se trouvent quelques fermes. En particulier celle de Cole et Lusa, jeunes mariés, Lusa ayant quitté son travail pour suivre Cole, et découvrir sa famille au départ peu accueillante. Lusa a étudié les insectes et va lancer sa ferme sur des voies autres que l'élevage bovin.

Autres fermes, celles des largement septuagénaires Garnett et Nannie Rowley, que tout oppose a priori. Lui, grincheux, adepte du Roundup, elle vendant ses pommes bio et laissant la végétation vivre sa vie en paix.

Au cours d'un été, la vie de tous va évoluer, non absente de drames, de réconciliations. La vie foisonne, la nature explose, et Barbara Kingsolver au travers de ses personnages opposés saura rappeler des opinions tout aussi difficiles à cohabiter, avec clarté et pédagogie. Elle saura aussi rendre avec tendresse le quotidien de personnages parfois fragiles et souvent attachants, dont les liens apparaîtront peu à peu au lecteur. Sans oublier les coyotes, wouhou!

On l'aura compris, c'est un coup de coeur !!!

jeudi 5 mars 2020

Ça fait longtemps qu'on s'est jamais connu

Ça fait longtemps qu'on s'est jamais connu
Pierre Terzian
Quidam, 2020


"Je suis au Québec. Nous sommes en janvier 2017 et je viens tout juste de me marier. Ma femme ronfle à mes côtés. Il fait noir comme à la mine, mais je distingue ses traits de féministe. Qu’elle est belle, qu’elle est forte, ma Québécoise. (...) Adieu la France, les manigances, ici pas de lutte des classes, rien que de la neige et de l'espoir. Je ne suis rien. Tout à créer. J'ai fui mon pays, Maman. Je m'excuse. Je suis tombé amoureux, et me voilà remplaçant en garderie, tabarnak. Des enfants partout. La fatigue coup de boule. Quelle idée j'ai eu?"

Donc voilà Pierre envoyé par son chef Gaëtan dans des garderies de Montréal, à découvrir la réalité des garderies, et différents p'tits bouts parfois difficiles ou étranges. Il s'en tire pas trop mal, on sent souvent son intérêt pour ces gamins. Au fil des chroniques, c'est aussi la vie québécoise qui apparaît.

J'ai beaucoup beaucoup aimé. Et j'ai dit qu'en plus c'était plein de drôlerie? Encore une découverte épatante chez cet éditeur!!!

lundi 2 mars 2020

Rendez-vous avec le mystère / Le danger / Le poison

Quand il s'agit de séries ou de romans ayant des points communs, je regroupe les lectures dans un même billet. Mais ces lectures n'ont pas eu lieu d'affilée.

Rendez-vous avec le mystère
Date with mystery
Julia Chapman
Robert Laffont, 2018
Traduit par Dominique Haas et Viviane Mikhalkov



Hé oui, le tome 3 des aventure de Delilah Metcalfe et SamsonO'Brien, toujours dans le Yorkshire, ses collines, ses fermes isolées, et ce réseau de papotages rendant apparemment impossible tout secret.

Pourtant, quand décède la mère de Jimmy Thorton, son testament partage ses biens en deux parties, l'un à Jimmy, l'autre à sa soeur Livvy. Le problème c'est que celle-ci est décédée depuis des années, pleurée et regrettée par sa famille et tout le village. Comme on ne retrouve pas d'acte de décès, le notaire engage Samson (et Delilah) pour mener l'enquête, en démarrant par Leeds où la jeune fille résidait et où a eu lieu l'accident de voiture.

Voilà l'accroche, et c'est du bonheur de retrouver ce petit village où l'on a déjà pas mal de connaissances auxquelles on s'intéresse. Delilah d'abord, dont l'ex-mari va débarquer pour récupérer son chien, Calimero. Samson, lui, est sous la menace de poursuites, raison de son retour au pays après un tabassage en règle. D'autres personnes n'aiment d'ailleurs pas son côté fouineur, et le tome 3 se termine sur l'annonce de gros problèmes pour lui.

Si ce n'est déjà fait, je vous engage à découvrir cette série 'cosy' , fort plaisante, sans trop de montée d'adrénaline (j'avais deviné deux trois trucs avant que ce soit narré ou découvert), et je compte bien découvrir le tome 4!

Les avis de Titine,

Le dit tome 4, toujours emprunté...
Mais j'ai vu et donc récupéré le tome 5, non mais!

Rendez-vous avec le danger
Date with danger
Julia Chapman
Robert Laffont, 2019
Traduit par Dominique Haas et Stéphanie Leigniel

Bien sûr lire dans l'ordre serait préférable, puisqu’il est fait allusion à des événements du 4; mais cela n'est pas si grave, et n'enlève pas mon  envie de lire le 4 (réservé à la bibli, là j'ai pris les choses en mains!)

Un accident mortel lors d'une vente aux enchères de brebis, et voilà Samson et Delilah sur la piste d'un assassin, ainsi que de voleurs de moutons très bien organisés et ne reculant devant rien, d'où des moments difficiles pour nos héros. Bien sûr d'autres intrigues récurrentes poursuivent leur bonhomme de chemin : un fermier trouvera-t-il enfin l'âme soeur? Rick Procter se révèle toujours aussi écœurant (et franchement, du cannabis dans le Yorkshire?) tandis que la situation de Samson est toujours sur le fil du rasoir. Calimero est fidèle à lui-même, rassurez-vous.

Et enfin j'ai pu lire le 4!

Rendez-vous avec le poison
Date with poison
Julia Chapman
Robert Laffont, 2019
Traduit par Dominique Haas et Stéphanie Leigniel

Bien sûr je connaissais déjà en gros les grandes lignes du 4 grâce au 5 lu auparavant, mais mon plaisir a été intact. Cette fois on découvre qu'existent des vols récurrents de moutons (ce sera traité dans le 5), mais surtout des empoisonnements d'animaux, chiens et chat. Grâce à l'aide du vétérinaire et d'une bouchère, l'affaire sera résolue par nos deux détectives. Samson sera accusé de meurtre (suite à la fin du 3) et Nathan son filleul de problèmes de drogue. Bien sûr tout s'arrangera, mais planent toujours les mêmes problèmes sur Samson.

Bref, je suis de plus en plus accro!


jeudi 27 février 2020

L'arche des ombres

L'Arche des ombres
Le rêveur de la Neva
Max Milan
Ginkgo éditeur, 2019

Parisien, Jacob est un brillant chercheur en mathématiques, avec plein d'avenir. Sans être dépourvu d'amis et d'amourettes, il paraît très réservé et mène une vie très cadrée. Puis il rencontre Natacha, une histoire entre eux pourrait commencer. Atmosphère douce, romantique et rêveuse.

Puis Jacob, ayant obtenu une bourse, se rend à Saint-Pétersbourg, où réside Natacha. Là boum on découvre (et Natacha aussi) qu'il est d'origine russe et parle russe. Son passé revient sur la sellette, il veut connaître là vérité, et là on le suit dans une quête haletante, dangereuse, sans temps morts, à la découverte de pratiques épouvantables dans les hôpitaux psychiatriques soviétiques. Atmosphère de peur.

Un roman que j'ai du mal à cataloguer (de toute façon, faut-il mettre les livres dans des cases?)
J'ai l'impression qu'il y aura une suite?

lundi 24 février 2020

Vie de Gérard Fulmard

Vie de Gérard Fulmard
Jean Echenoz
Les éditions de Minuit, 2020


A une époque je pensais Echenoz calibré écrivain Minuit sérieux et illisible, et depuis je l'ai découvert comme légèrement brindzingue (dans ses écrits) avec des histoires improbables rondement menées.

Gérard Fulmard est un ex-steward viré pour faute lourde, qui va tenter de se lancer dans les enquêtes privées, hélas avec peu de succès, en tout cas non sans conséquences pour lui.
Ajoutons un accident catastrophe pas loin de chez lui (il habite rue Erlanger, ce qui vaudra au lecteur des anecdotes), un drôle de parti politique où ça se tire dans les pattes pour le pouvoir, et un enlèvement.
Tout est narré avec un humour pince sans rire, un souci du détail, des explications souvent repoussées (ou absentes).

A lire pour les fans de l'auteur, ou ceux désirant le découvrir.

jeudi 20 février 2020

Incarner l'état

Incarner l'état
Emilie Blot
Rémanence, 2020


A lire les détails de la vie de l'auteure, je pense qu’elle connaît bien le terrain (elle vit en Limousin, a un père haut fonctionnaire, et après des études de sciences politiques, a connu des missions en collectivités territoriales). J'ajouterai qu’elle possède un joli brin de plume et un bel art de l'humour discret mais efficace.

Faisons donc connaissance avec un trentenaire issu non de l'ENA mais du territorial, envoyé comme sous-préfet à Ussel, Haute-Corrèze. Un coin qu'on imagine verdoyant et rural, et qui a donné à la France deux présidents. Notre jeune homme va devoir jongler avec ses supérieurs et collègues, qui ne vont pas se priver de coups en douce, apaiser les colères des agriculteurs et des ouvriers, caser des familles de syriens, et il finira par se lâcher une nuit (et sans regrets). On vous laisse découvrir comment cela se terminera.

Près de 200 pages jouissives et souvent caustiques, pour 12 euros (je découvre l'éditeur), qui donneront une bonne vision du travail d'un sous -préfet. Encore une bonne pioche Babelio.

tous les livres sur Babelio.com

lundi 17 février 2020

Gallmeister vintage!

Disons-le, à une époque j'ai lu systématiquement les Gallmeister, puis je m'en suis éloignée, appréciant moins les parutions un poil bien noires ou moins 'nature'. Pour le dire clairement, j'en ai laissé tomber pas mal, qui abordaient des thèmes trop fréquents actuellement ou sentaient trop l'atelier d'écriture, bref, formatés (OK, c'est juste mon ressenti!)
Dans ma nouvelle bibli j'ai cherché ce qui m'avait échappé dans la catégorie nature writing à l'ancienne, et j'en ai trouvé deux!  (et c'est là que les lecteurs du billet se défilent fissa)(oui, toi, F, je t'ai vue!).
Pour moi :  Oldies but goldies.

D'abord, je reviens à

Testament d'un pêcheur à la mouche
John D. Voelker
Gallmeister 2007
Traduit par Jacques Mailhos


Franchement, ce type est fort : je ne connais absolument rien à la pêche à la mouche (ni à la pêche d'ailleurs), et cela ne m'attire pas a priori. Mais John Voelker, qui fut procureur dans le Michigan et auteur de romans policiers, avait une passion: la pêche à la mouche. Et il sait fichtrement bien en parler. Pas de détails trop techniques, mais beaucoup beaucoup d'humour et d'autodérision, associés à une jolie plume. A l'arrivée : je n'ai guère lâché ce bouquin. Il m'avait déjà ferrée avec Itinéraire d'un pêcheur à la mouche, et là il récidive avec de courts textes où il partage ses expériences.

"Le seul travail régulier auquel Danny et ses gars se fussent jamais adonnés consistait à chercher de nouvelles manières d'échapper à toute forme de travail régulier."

Note : Oliver Gallmeister pêche à la mouche, tout s'explique...
Les deux titres de Voelker sont disponibles avec un nouveau tirage.

Et enfin, après L'or des fous (où j'en dis plus sur l'auteur) revoilà Rob Schultheis et sa passion pour l'ouest (le vrai), au delà du centième méridien.

Sortilèges de l'ouest
The Hidden West
Rob Schultheis
Gallmeister, 2009
Traduction de Marc Amfreville

Le gars n'hésite pas à crapahuter, dans les canyons, sur le plateau du Colorado, chez les indiens et les Navajos en particulier, dans le delta du Colorado, dans des coins où la main de l’homme blanc n'a pas trop mis le pied. Et c'est fascinant.

"En 1540 Hernando de Alarcon traversa la mer de Cortès et 'découvrit' le delta. Les indiens cocopah y vivaient de puis des siècles, les Papagos connaissaient bien les lieux, mais par définition les Indiens ne découvrent jamais rien. Apparemment ils sont là, comme les pierres, les nappes phréatiques, les herbes sauvages."

Schultheiss fait montre d'une immense admiration pour les indiens, qui ont réussi à vivre (survivre?) dans des coins incroyables, et ont aussi laissé des traces de belles civilisations. Il n'est pas aveugle à leurs réalités actuelles, et par ailleurs offre des pages fascinantes sur un jeu qu'ils pratiquent (jeu de mains).

La plupart des chapitres ont été écrits il y a quelques décennies, et déjà l'auteur considérait comme dangereux de bâtir des barrages et de détourner l'eau du Colorado et de lacs immémoriaux juste pour satisfaire les besoins en eau de Los Angeles (piscine, golfs), asséchant des lacs, réduisant à la misère et au déplacement des populations (au Mexique, donc ça ne compte pas?)(et les oiseaux migrateurs encore moins)

Je laisse le lien vers le lac Mono sur wikipedia, il semble que là une action ait réussi.

jeudi 13 février 2020

La cuisine de l'exil

La cuisine de l'exil
Récits et recettes
Stéphanie Swartzbrod
Actes sud, 2019

Quitter son pays? Il existe plein de raisons, politiques, économiques, etc. Au cours des dernières décennies, de tous les coins du monde, beaucoup sont arrivés en France, parfois définitivement, ou avec des aller retours dans leur coin d'origine. Avec souvent une nostalgie prégnante, particulièrement quand on pense à la cuisine du pays.

Les 24  personnes interviewées ici racontent des histoires parfois poignantes, parfois optimistes, jamais bien simples, et parlent beaucoup de cuisine, le chapitre se terminant avec des recettes et des adresses (en grande ville plutôt).

C'est vraiment intéressant d'avoir une vision de l'immigration depuis les années 20, avec les idées préconçues sur la France et la découverte de la réalité, les divers parcours pas forcément de tout repos, et comment cela s'est passé pour la génération née en France ou arrivée dès la petite enfance.

J'ai beaucoup aimé cette façon d'aborder le sujet. Et vous, si vous deviez partir loin, quels plats regretteriez-vous? Comment mangeriez-vous? (j'ai ma réponse perso, j'ai testé le local, puis continué à manger français, l'estomac s'adapte mal dans la plupart des pays)(mais j'ai quand même des plats préférés d'autres pays)

lundi 10 février 2020

Anatomie de la stupeur

Anatomie de la stupeur
State of Wonder
Ann Patchett
Actes sud, Babel, 2019
Traduit par Gaëlle Rey



J'avais tellement aimé Orange amère, l'ambiance, la construction, les personnages, que j'ai tout de suite sauté sur Anatomie de la stupeur, sans savoir de quoi ça parlait.

Dans le Minnesota, Marina Singh est chercheuse au sein d'une entreprise pharmaceutique qui finance un groupe de médecins au fin fond de l’Amazonie, sous la houlette du Dr. Annick Swenson, quand même un fichu personnage qui mène le tout à son idée, sans trop rendre compte de l'avancée des recherches. Un collègue de Marina a été envoyé, hélas Swenson a annoncé sa mort, alors le chef de Marina l'envoie à Manaus, charge à elle de se débrouiller pour en savoir plus. Sauf que personne ne sait trop comment retrouver le Dr. Swenson.

Finalement, Marina va mener la mission à bien, non sans grosses surprises. La jungle amazonienne est pleine de découvertes (et de bébêtes pas sympathiques).

Se posent diverses questions : jusqu'où peut-on aller dans les recherches et les expérimentations? Jusqu'où peut-on tromper ceux qui vous financent? Jusqu'où peut-on intervenir auprès des populations locales (ici les Lakashis)?

Bref, excellent roman, (un peu trop ^_^) dépaysant, et passionnant!!! Tout de suite on est en empathie avec les personnages, même agaçants mais qui se découvrent au fil du roman, l'auteur impose son rythme de découverte, et le tout est fort fluide.

Un truc dingue que j'ai découvert, l'opéra de Manaus!




jeudi 6 février 2020

Les filles de Romorantin

Les filles de Romorantin
Nassira El Moaddem
L'iconoclaste, 2019


Nassira El Moaddem est journaliste, télévision, internet (Bondy blog), elle est née en 1984, et après quelques années d'enfance passées à S., ville bien connue pour son fromage de chèvre (oui, A girl, là même), sa famille déménage à Romorantin. Le père, comme 3500 habitants du coin, travaille à l'usine Matra, les enfants font des études, Nassira a le parcours qu'on peut découvrir sur wikipedia et que de toute façon elle relate dans son livre.

Elle est revenue récemment à Romorantin, dite 'capitale de la Sologne', au moment des gilets jaunes, désireuse d'en rencontrer, et aussi de parler de sa ville et de sa jeunesse. En particulier elle veut retrouver son amie Caroline, fille de commerçants et désormais ouvrière, dont la deuxième quinzaine de mois est chaque fois très difficile.
Comme indiqué sur la couverture, 'elles sont nées dans la même ville, l'une est restée, l'autre est partie, c'est l'histoire de deux destins...', alors pourquoi? J'avais une petite idée de la réponse avant cette lecture, à vous de la découvrir.

C'est aussi l'occasion pour Nassira el Moaddem de parler de Romorantin, qui comme bien des villes dont l'usine principale a fermé, a connu le choc du chômage, des départs, des drames humains. Beaucoup vivotent. le centre ville voit les commerces fermer ou en tout cas les enseignes défiler, ce qui est le cas de bien d'autres petites villes. Elle a parcouru la ville, assisté à des réunions avec des gilets jaunes (un peu réticents face à une journaliste, même issue du coin), revu des connaissances ou amis d'enfance. Elle a rencontré le maire et des responsables (parfois avec difficulté) et rencontré le public lors d'une réunion houleuse, à en lire la presse locale. C'est sûr que certaines affirmations sur la ville ne lui ont pas fait que des amis. Center Parks n'a pas dû apprécier non plus (je n'ai pas d'échos)

Mais elle l'aime, sa ville, cela se sent, et elle a écrit des pages aussi pleines de sensibilité, ainsi que sur sa famille et la communauté de Romorantin issue de l'immigration. Même si l'on ne connaît pas ce coin (et c'est dommage!), ce qui en est dit peut s'appliquer à d'autres villes et c'est aussi pour cela que la lecture s'avère intéressante.

Ceci étant, je ne peux demeurer neutre dans cette histoire, quand tout du long des pages je visualise les lieux, je reconnais des noms de lieux et de personnes, et le gros choc pour moi ça a été de retrouver une personne que j'ai bien connue, et donc j'ignorais qu’elle habitait encore la ville (le temps passe...)

Des avis sur babelio

lundi 3 février 2020

Opération âme errante

Opération âme errante
Opération Wandering Soul, 1993
Richard Powers
Le cherche midi, 2019
Traduit par Jean-Yves Pellegrin


Un titre paru il y a longtemps et enfin traduit? On se demande pourquoi avoir attendu, car cet opus est parfaitement au niveau des autres. Les mystères de l'édition... Les fans de Powers y retrouveront son écriture plutôt fouillée, son souffle, son empathie. Un roman de Richard Powers ne laisse jamais indifférent, même si j'avoue ne pas avoir vraiment tout compris. Cela peut être lyrique, évocateur de faits dont on ne se souvient pas toujours, cela peut faucher le lecteur au cours d'une phrase, par un détail douloureux et atroce sur le mal fait aux enfants.

Les enfants, oui. Un chapitre peut être consacré à une réécriture du conte du joueur de flûte de Hamelin, présenter la croisade des enfants, parler de la construction d'une école dans le sud est asiatique par des enfants privilégiés, décrire un attentat dans une école primaire, nous plonger dans le quotidien foutraque d'enfants très malades à l'hôpital (ah Nicolino), émouvoir avec la lumineuse petite Joy, réfugiée du Laos et bouffée par la maladie, amuser ironiquement avec l’évacuation des petits londoniens lors de la seconde guerre mondiale.

Après une extraordinaire arrivée (par les tentaculaires voies traversant Los Angeles) du docteur Kraft à son hôpital où il exerce en chirurgie pédiatrique, on est ferré. Il tombe raide amoureux de la belle Linda Espera, kinésithérapeute, mais on n'est pas dans un roman Harlequin, bien sûr. Alors faites confiance à Richard Powers pour ne pas vous diriger là où vous le pensiez. C'est dense, parfois beaucoup, et pas très optimiste sur notre monde...

L'opération wandering soul a réellement existé, au Vietnam.

Les avis de babelio,

jeudi 30 janvier 2020

Quartet in Autumn / An academic question / Une demoiselle comme il faut

Voilà la dernière livraison de Barbara Pym sur ce blog! Il m'aura fallu de la ténacité pour mettre la main dessus, mais c'était un challenge personnel. Je laisse les marques des mes recherches au fil du temps.

Quartet in Autumn
Barbara Pym
Picador,
Paru en 1977


Comme je veux lire tous les romans de Barbara Pym, si possible en VO, je ne m'occupe pas trop de connaître le sujet à l'avance, mais là j'étais prévenue : c'est son plus sombre!

Dans les années 70, Edwin, Norman, Letty et Marcia travaillent dans le même bureau londonien, sans que de vrais liens existent entre eux. Les quatre sont sexagénaires et assez solitaires. Après un peu de temps j'ai quand même capté les différences entre eux, tout n'est pas si gris! Edwin est veuf, son fils est marié et ils passent des vacances ensemble; il est très occupé par la fréquentation de différents églises (Church of england). Norman, assez sarcastique et près de ses sous, se contente de sa vie tranquille. Letty aussi, mais elle a des centres d'intérêt, une amie en province, etc. La plus pathétique est Marcia, récemment opérée et faisant une fixation sur son chirurgien, tout en refusant toute aide et main tendue des voisins, services sociaux et même ex collègues, une fois elle et Letty à la retraite.
Une vision pas très joyeuse de la solitude et du vieillissement, mais transcendée par le regard de l'auteur, qui je crois savait de quoi elle parlait...

Cependant ironie et petites notations sont toujours présentes, même quand c'est bien plus tragique. (Pauvre Marcia!)
"But she kept to her rules -one did not drink sherry before the evening, just as one did not read a novel in the morning, this last being a left-overddictum of a headmistress of forty years ago."

(Traduction à l'arrache : elle se tenait à sa règle, on ne boit pas de sherry avant le soir, juste comme on ne lit pas un roman le matin, comme le lui avait dit une directrice quarante ans auparavant)

Ensuite, le 'dernier' (il me manque An unsuitable attachment, mais la librairie -une vraie- n'a rien pu faire et le challenge est de ne pas commander chez qui vous devinez)

An academic question
Barbara Pym
Virago Modern Classics

Il existait deux versions de ce roman, amalgamées par Hazel Holt d'après les manuscrits originaux et les notes de l'auteur, pour une parution posthume en 1986.

Dans le précédent, les petites histoires d'églises étaient quasiment minimes, et là, rien, pas de clergé, sauf bien sûr pour deux enterrements. La narratrice est une jeune femme mariée à un universitaire et mère d’une petite fille. Sa vie n'est guère palpitante, elle soupçonne son époux de s'intéresser de trop près à une collègue. Cherchant à s'occuper, elle va lire dans une maison de retraite, et son mari se débrouille pour dérober les documents du vieil anthropologiste résident.

Peut-être pas le meilleur Pym, dixit l'introduction, mais cela se lit plaisamment, comme d'habitude, pas un gramme de trop, et le couple mère fils des Jeffreys est parfaitement réussi.

Caro se demande si elle doit tenter de rencontrer Cressida :
"I think I'd rather it was like one of those novels where people don't meet - you know, the novelist carefully not bringing them together.
That might be  because the novelist can't think how to make them behave and so takes the easy way out."

Idée de signification du passage :
(au sujet de romans dont les personnages ne se rencontrent pas, par le soin du romancier. peut-être parce qu'il ne sait pas comment les faire se comporter et choisit la facilité?)

Finalement, j'ai trouvé le petit dernier en médiathèque (au magasin quand même!)

Une demoiselle comme il faut
An unsuitable attchment, écrit en 1963, publié en 1982
Barbara Pym
C Bourgois, 1989

Ianthe la bibliothécaire, ses deux collègues, son nouveau voisin Rupert, un couple pastoral Mark et Sophia (je me perds toujours dans les subtilités des catégories ecclésiastiques anglaises), Penelope la soeur de Sophia, un frère et une soeur tenant une pension pour animaux, et Faustina la chatte hyper pourrie gâtée de Sophia. On mixe, un peu de sherry ou gin, beaucoup de thé, des recherches d'âmes soeurs (ou frères) , et voilà ! On est chez Barbara Pym, pas le longueurs, ça coule tout seul, ça fait mouche.

Un passage, juste avant un délicieux séjour en Italie.

"Nous aurions pu vous présenter au professeur Vanchetti à Rome, intervint Gervase Fairfax, mais malheureusement il est tombé raide mort l'autre jour.
(...)
Oui, près de Saint-Pierre, juste à côté de l'obélisque je crois. Dans la cité du Vatican. Un endroit tout indiqué.
-Il avait emprunté un livre à Gervase, dit Robina. Maintenant, j'imagine que nous ne le reverrons jamais.
- C'était un livre très cher en plus, heureusement je ne l'avais pas payé. On me l'avait envoyé pour faire un compte rendu. Naturellement je n'ai pas écrit mon article; je ne sais pas si j'aurai le temps, mon propre travail m'occupe tellement.
(discussions d'anthropologues, figures familières chez l'auteur)

Voilà voilà, il me reste à relire...

lundi 27 janvier 2020

Prosper à l'oeuvre

Prosper à l'oeuvre
Eric Chevillard
Notabilia, 2019
Illustrations de Jean-François Martin


A la lecture des citations de la page 9, sans aucun doute toutes réellement tirées de romans ayant déjà subi les foudres d'Eric Chevillard, j'hésite entre écarquiller les yeux et être durablement effondrée. Ma foi, quand on lit un Harlequin mouture classique, au moins on sait à quoi s'attendre, c'est dans le contrat. Mais là, s'agissant d'auteurs reconnus, ayant pourrait-on dire pignon sur rue, et pour certains fort sympathiques, que dire?
Une petite pour la route
"Rien n'était tragique. Il savait qu'il existait des navettes entre l'île de la souffrance, celle de l'oubli, et celle, plus lointaine encore, de l'espoir."

Prosper Brouillon, lui, est un auteur que l'on espère fictif, quoique je soupçonne que Chevillard en a rencontré. Prose boursouflée, au grand dam de Max, son éditeur, qui renonce face à la menace de le quitter pour un concurrent. Car il rapporte des pépettes, Prosper!
Prosper qui dévoile tout ou presque de sa vie d'écrivain, n'hésitant pas à conseiller (stages payants), cherchant à écrire sous des cieux en général ensoleillés, flairant les filons des sujets bankables. Cette fois sa muse l’entraîne dans une enquête policière, dont le lecteur de Chevillard suivra l'élaboration, les pistes, les clichés (pour offrir tout de même une histoire qui en vaut d'autres). Bien sûr les méandres de la pensée chevillardesque -ça passe ou ça casse- sont présents, ce qui rend ce roman parfaitement impossible à présenter. Les fans de l'auteur (dont je suis) en feront leur miel.

Les fans? Justement j'ai une liste (aidez-moi à la compléter) : motspourmots, cathulu,


jeudi 23 janvier 2020

Howards End

Howards End (paru en 1910)
E.M. Forster
Penguin Classics, 2000




Poursuivant ma découverte de Forster, sans trop de complexes et en VO, abordable d'ailleurs, voici Howards End. Ainsi se nomme une demeure dans la campagne anglaise, appartenant en fait à Mrs Wilcox, mais qui devrait revenir à sa famille, comprenant le mari, homme d'affaires actif et pragmatique et les enfants Charles, Paul et Evie. Lors d'un voyage en Allemagne, le couple a rencontré les soeurs Schlegel, Margaret et Helen. Ces dernières sont issues d'un milieu plus mélangé, plus intellectuel, mais sans problèmes de fin de mois. Helen approche de la trentaine, sa soeur plus jeune est très spontanée. Elles sont invitées à Howards End, seule Helen s'y rend et voilà qu'elle et Paul, au grand dam de leurs familles, échangent des promesses de mariage. Le tout dure moins de 24 heures, occupe les premières pages du roman et pose le lecteur dans l'ambiance.
Cette histoire entre Paul et Helen va durablement influencer la famille Wilcox.
Par ailleurs les deux soeurs, lors d'un concert à Londres où elles résident, font connaissances d'un employé de bureau, Leonard Bast, jeune homme engagé dans une liaison peu enthousiasmante, et rêvant de plus de culture et d'échanges intellectuels.

On est à peine au début du roman, d'office pas question de décrocher, même si je me demandais où tout cela allait mener. N'ayant rien lu de la préface ou sur internet, j'ai découvert les différentes péripéties de l’histoire où tous ces personnages interviendraient. Des passages descriptifs, en particulier de la campagne anglaise et de Londres, des dialogues avec sous-entendus, des plongées dans la tête, du dialogue indirect, un poil de féminisme en ce début du 20ème siècle, et parfois en quelques lignes des avancées importantes, des découvertes étonnantes (en tout cas je n'ai rien vu venir), des ellipses parfois frustrantes. Le tout dans une Angleterre où d'ordinaire les classes sociales ne se mêlent pas, où riches et pauvres existent mais ne sortent pas de leur case de départ.

Et Howards End, la demeure? En fait les personnages y résident peu, en tout cas peu du roman s'y déroule sous les yeux du lecteur.

Les avis de lilly, Dominique, lecture/écriture, papillon,

lundi 20 janvier 2020

Voyager en BD

En fouinant dans ma nouvelle bibliothèque j'ai découvert des 'carnets de voyage' bien épais!

Rouge Himba
Carnet d'amitié avec les éleveurs nomades de Namibie
Solenne Bardet
Simon Hureau
La boîte à Bulles

A 18 ans, Solenn Bardet est partie vivre chez les Himba, s'immergeant au point d'être adoptée par une famille. Elle y retourne ensuite régulièrement, et vingt ans après, elle s'y rend avec Georges, leur fille Zélie (deux dents, encore allaitée) et Simon Hureau, qui va croquer avec talent la vie quotidienne des éleveurs Himba, leurs problèmes actuels, assister à tout le cheminement vers une réunion de responsables (pas du tout le rythme européen). Solenn est la guide, ainsi que certains de ses amis Himba.



Pour ceux qui en ignorent tout, les femmes Himba ont le corps enduit d'ocre et un look reconnaissable, et ce peuple habite au nord ouest de la Namibie. Si vous voulez en savoir plus, lisez ce livre!

Simon Hureau joue avec bonheur les candides enthousiastes, son autodérision et son sens de l'observation font mouche. Du dessin, du texte, 300 pages. Coup de coeur, quoi.


Passons à l'Indonésie, avec
Kompilasi Komikus
Carnet de résidence
Sylvain-Moizie, C Baloup, S Hureau, J Alessandra
La boîte à Bulles

Quatre dessinateurs, de 2009 à 2012, animent sur quelques semaines des rencontres et ateliers dans divers instituts français d'Indonésie. Quatre auteurs, quatre choix, avec plus ou moins de présentation des problèmes des auteurs de BD locaux, mal reconnus, ou carrément de découverte du coin. Bon, moi j'ai préféré Simon Hureau, auquel je suis peut-être plus habituée...

La preuve, j'ai beaucoup aimé, des semaines plus tard :

Mille parages 1 (je veux le 2 !)
Fragments bourlingatoires d'ici et d'ailleurs
Simon Hureau
La boîte à bulles, 2014

De courtes histoires qui mèneront le lecteur en Asie (la jungle et ses bébêtes de tailles diverses...), en Afrique (ah les démêlés avec les autorités parce qu'il a dessiné une vache!), sur les rives de la Loire, au secours d'une auto stoppeuse, ou par ci par là à trouver un coin où dormir (hilarant).

jeudi 16 janvier 2020

Moumou / Le gaucher / Coeur de chien

L'éditeur Ginkgo (merci à lui) m'a permis de découvrir trois textes classiques parus dans sa Petite bibliothèque slave. J'ai donc commencé à combler un retard certain dans cette catégorie de littérature.
Je vais aussi proposer au fil du temps des billets présentant plusieurs livres, car ça s'est pas mal accumulé dans les brouillons... Les couvertures des livres ont disparu depuis l'écriture du billet, je les remets, mais elles peuvent sans doute disparaître...


Moumou (écrit en 1852)
Ivan Tourgueniev
Ginkgo, 2020
Traduit par Henri Mongault
Préface de Dominique Fernandez


En une quarantaine de pages sans graisse inutile, Tourgueniev conte une histoire noire et crédible. C'est l'époque où les grands propriétaires ont à leur service une multitude de serviteurs, et le servage existe toujours.
Guérassime est un colosse sourd-muet, abattant à lui seul le travail de plusieurs. Sa maîtresse est dure, autoritaire, particulièrement quand elle 'a ses nerfs'. Elle arrange le mariage de deux de ses employés, et ne supporte pas que Guérassime s'occupe d'une petite chienne, Moumou, qu'il a récupérée dans le fleuve.

Ce texte donne à saisir la vie de ces serviteurs dans une bonne maison moscovite, les dialogues sont vifs et bien rendus, et vers la fin, la description de Guérassime marchant dans la campagne est une pure merveille.

La préface de Fernandez est fort intéressante, mais il ne faut surtout pas la lire avant, car comme bien souvent la préface raconte l'histoire! Heureusement on y trouve aussi des considérations fort bien pensées (sur le sacrifice), un peu de biographie de l'auteur, et surtout, permet de réaliser que Moumou est une oeuvre marquante puisqu’elle ne tient pas qu'à son déroulement.

Le gaucher (1881)
ou le Dit du gaucher bigle de Toula et de la puce d'acier
Nikolaï Leskov
Ginkgo, 2019
Traduit par Paul Lequesne
Préface de Michel Parfenov

Début 19ème siècle, le tsar Alexandre se rend en Angleterre, et se révèle admiratif de tout ce qu'il voit, au grand dam du cosaque Platov. Pour finir, on offre au souverain une puce mécanique qui saute. Heureusement à Toula des artisans vont faire mieux, le gaucher bigle ira jusqu'en Angleterre défendre l'honneur de la Russie!
Ce conte (?) se termine par un constat amer.
"Les machines ont nivelé l'inégalité des talents et des dons, et le génie n'aspire plus à lutter contre le zèle et l'application."

Encore une fois c'est vif, enlevé, parfois tragique, plaisant à lire aussi, surtout grâce à la langue de l'auteur, inventive, et, je trouve, bien traduite pour ce que j'en sens.

Coeur de chien
Mikhaïl Boulgakov (1891-1940)
Ginkgo, 2019
Traduction de Alexandre Karkovski (1990)(bravo à lui)

Un auteur connu dont je n'avais rien lu, pour un roman publié officiellement en URSS en 1987. On comprend qu'il ne soit pas sorti avant, car ça charge pas mal. Dans les années 20, donc juste après la révolution, le professeur Préobajensky, dont le cabinet et laboratoire de recherches occupent plusieurs pièces dans un immeuble, au grand dam d'autres locataires d’appartements collectifs, recueille un chien errant, Boule. Lequel, blessé, étique, va vite apprécier le confort bourgeois, mais devenir sans son consentement sujet d'expérience. Le voilà devenu humain, marchant, parlant, mais ayant acquis les défauts d'un homme.

Le début, vu par les yeux du pauvre Boule, est parfaitement hilarant. On se sent vraiment 'chien'. Ensuite, la situation dans l’appartement déborde complètement, ça court, ça discute, ça dégénère. Avec une critique du système politique et social.

"Si vous vous souciez de votre digestion, je n'ai qu'un conseil à vous donner : ne parlez à table ni de bolchevisme ni de médecine. Et surtout, ne lisez pas les journaux soviétiques avant le repas, au grand jamais!
- Hum... C'est-à-dire qu'il n'y en a pas d'autres.
- Précisément, n'en lisez aucun. (...) Les patients qui ne lisaient pas les journaux se portaient comme un charme. Et ceux que j'ai obligé à lire la Pravda, ils me perdaient du poids.(...) Et ce n'est pas tout. Mauvais réflexe rotulien, absence d'appétit, humeur dépressive."

lundi 13 janvier 2020

Le dernier thriller norvégien

Le dernier thriller norvégien
Luc Chomarat
La manufacture de livres, 2019



Aaaaaah! Même si on lit peu de polars norvégiens (ou du coin), il ne faut pas passer à côté de cette lecture jubilatoire!

Trois éditeurs parisiens se rendent à Copenhague (oui, je sais, ce n'est pas en  Norvège, mais s'il n'y avait que ce détail, là-dedans...) pour se disputer les droits de traduction du dernier polar d'Olaf Grundozwkzson (tous les noms locaux sont de ce genre, manquant cruellement de voyelles). Par ailleurs (quoique?) un serial killer sévit dans la ville, ses victimes étant de jolies jeunes filles blondes et girondes. Une équipe de policiers 'à procédure' mène l'enquête, des hommes 'au poil ras, à la mâchoire carrée', comme tous ceux rencontrés sur place... Il fait nuit très tôt, il fait froid, et 'il se prit à souhaiter qu'arrive très vite la nouvelle vague du thriller polynésien.',

On se dit que ça va pasticher pas mal, les codes sont bien respectés, mais il n'y a pas que cela. Les trois éditeurs ont des idées bien différentes sur l'édition, la littérature, le livre, et le lecteur trouvera de quoi réfléchir en s'amusant. Puis l'histoire s’affole, est-on dans la réalité ou la fiction, l'histoire est déjà écrite (ou en cours?). Mais 'ne s'était-il pas emballé avec cette prétendue histoire de construction en abyme?'

De plus Sherlock Holmes enquête lui aussi;'en même temps, qu'est-ce que Sherlock Holmes pouvait bien faire dans un polar nordique?'

Comme le dit Olaf, 'j'ai crée un cadre absolument neuf, fait de chausse-trappes inventives, où des univers en d'autres temps étanches se télescopent et finissant par se mêler, en un imbroglio purement mental qui suppose que l'écriture est un lieu  à part, où tout peut arriver.'

Finalement, c'est une description possible du contenu de ce Dernier thriller norvégien, que j'ai englouti avec délectation.

Les avis de encore du noir, actu du noir, papillon, nicole, y'a d'la joie, alex,

Une lecture commune avec A girl.

jeudi 9 janvier 2020

La fabrique du crétin digital

La fabrique du crétin digital
Les dangers des écrans pour nos enfants
Michel Desmurget
Seuil, 2019


L'auteur est directeur de recherches à l'Inserm et docteur en neurosciences, donc a priori pas un rigolo dans son domaine. Alors quand il s'attaque à la télévision (TV Lobotomie)(à relire mon billet je pourrais quasiment recopier des passages) et cette fois aux écrans en général, on devrait pouvoir lui faire confiance. Bien sûr il laisse chaque parent libre, il conseille en s'appuyant sur des recherches sérieuses. Bien sûr chacun connaît un môme toujours le nez sur ses écrans, mais réussissant brillamment à l'école, dormant bien, à l'aise dans ses baskets, etc., mais est-il bien utile de vérifier avec le votre si les écrans peuvent être nocifs ou pas? En tout cas les patrons de la Silicon Valley interdisent les écrans à leurs enfants, c'est connu. "Livrez vos enfants aux écrans, les fabricants d'écrans continueront de livrer leurs enfants aux livres."

Franchement ça fait peur et parfois j'en frissonnais. "Si vous voulez exalter l'exposition de votre progéniture au numérique, assurez-vous que le petit possède en propre son smartphone et sa tablette et équipez sa chambre en télé et console. Cette dernière attention pourrira son sommeil, sa santé et ses résultats scolaires." On remarquera que l'auteur y va parfois fort dans l'ironie, ce qui permet d'avaler des passages plus cotons.

Et à l'école? Là il ne va pas se faire des amis. En effet c'est prouvé que cela ne sert pas à grand chose, voire à rien du tout, et que le meilleur pour l'élève, c'est un enseignant bien formé.

Et nous, ringards nés au 20ème siècle? Franchement, et je confirme, quand il l'a fallu, on s'y est mis, à ces écrans, il n'était donc pas nécessaire d'en avoir un sous les yeux dès le berceau. "Il est un poil condescendant de suggérer que personne avant l'an 2000 n'a jamais eu besoin d'avoir de l'esprit critique, de résoudre des problèmes, de communiquer, de collaborer, de créer d'innover ou de lire." Certaines aptitudes, quand elles ne sont pas acquises dans l'enfance, à cause des écrans ou de leur excès, sont perdues, hélas, alors que se servir d'un écran en virtuose, ça peut s'acquérir ensuite, pour l'utilisation basique, communiquer avec les copains ou regarder une vidéo.

On s'en doute, certains ont tout intérêt à maîtriser les gens via les écrans, pour vendre les produits par exemple.

Bon, le mieux est de vous jeter sur ce livre, et, si vous avez des enfants, de prendre bonne note et de demeurer prudents, en toute liberté bien sûr. Votre enfant râlera, mais il vous remerciera plus tard...

lundi 6 janvier 2020

Le répondeur

Le répondeur
Luc Blanvillain
Quidam, 2020


Ah que j'aime ça! Un bouquin qui arrive sans crier gare, d'un éditeur dont on apprécie les choix. Un auteur inconnu de mes services, un roman dont personne n'a parlé! L'occasion pour un lecteur de marcher le premier sur la neige ou le sable...

Baptiste possède un don, un talent. Qu'il  travaille, bien sûr. Il imite les voix. Hélas sur scène le succès n'est pas au rendez-vous, le public boude. Alors quand un romancier célèbre (prix Goncourt quand même), désireux de ne pas être dérangé  pendant l'écriture de son roman en cours (même par des messages sur répondeur auxquels il doit donner suite), le contacte, avec comme mission (fort possible) de répondre à sa place en imitant sa voix, moyennant finances, il n'hésite pas longtemps. Pour éviter les impairs, Chozène  lui remet une liste détaillée de ses correspondants avec des détails normalement suffisants. Sa fille, son père, son traducteur, son ex-femme, des relations, etc. Sauf que Baptiste tombe amoureux d'Elsa, la fille, prend des initiatives avec d'autres, bref ça va s'embrouiller pour le plus grand plaisir du lecteur, qui avec Baptiste découvre tout un petit milieu littéraire et artistique.

Allez, j'ai dévoré ce joli roman, souvent le sourire aux lèvres. Oui, ça fait du bien, c'est bien mené, un bon niveau de langage, fluide, des passages font mouche, les personnages sont prenants; ma seule crainte, que la fin ne soit pas à la hauteur. Réponse : si, elle l'est.

" On n'était plus célèbre parce qu'on avait tourné dans un film. On devenait acteur parce qu'on était célèbre."

Pour terminer, et pas juste pour faire joli, car il y a une raison!
https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Grande_Odalisque#/media/Fichier:Jean_Auguste_Dominique_Ingres,_La_Grande_Odalisque,_1814.jpg

jeudi 2 janvier 2020

Atlas des mondes fantômes

Atlas des mondes fantômes
Ouvrage dirigé par Agnès Gauzit
Textes : Arnaud Goumand
Direction artistique : François Egret
Belles balades éditions, 2019


Superbe est le premier mot qui vient à l'esprit quand on ouvre ce livre, présentant des lieux situés partout sur la planète, mais abandonnés pour diverses raisons : obsolescence, danger, changements sociaux ou politiques.
Puis tout en admirant les photos on lit les textes, courts, explicatifs, passionnants.

J'ai essayé de trouver et proposer des images trouvées ici:
https://www.google.com/search?q=alas+des+mondes+fant%C3%B4mes+photos&rlz=1C1AOHY_frFR708FR708&sxsrf=ACYBGNTgCI-kx6RYsjx2VLjXzLVSJPfukQ:1577691667468&tbm=isch&source=iu&ictx=1&fir=PluYS4rvvieT2M%253A%252CrliyO4Q5Hw-GVM%252C_&vet=1&usg=AI4_-kQOf_N8FRnPBzRWcsO5AyolHMExaw&sa=X&ved=2ahUKEwjy652779zmAhWlxYUKHVAHCMwQ9QEwCHoECAoQGw#imgrc=PluYS4rvvieT2M:
La page du sommaire et le village italien abandonné de Craco...

De quoi rêver, s'étonner... On y trouve aussi le paquebot sanatorium du roman de Valentine Goby, l'île de Tromelin, la route 66, à Paris tout un réseau de défense passive (quoi?), la petite ceinture de Paris (je veux y aller - interdit), et des coins où on peut se rendre quand même, à ses risques et périls, comme le labyrinthe des catacombes d'Odessa (certains n'en sont jamais ressortis) ou près de Tchernobyl (d'ailleurs la couverture montre le parc d'attraction de Pripiat, devant être inauguré le 30 avril 1986, soit quatre jours après la catastrophe nucléaire)

Un grand merci à Babelio et masse critique!