jeudi 9 juillet 2020

Les français et la nature

Les français et la nature
Pourquoi si peu d'amour?
Valérie Chansigaud
Mondes sauvages pour une nouvelle alliance
Actes sud, 2017


Comment ça? Les français n'aiment pas la nature? Ils sont indifférents à sa protection?
Tiens, prenons les oiseaux. Tout le monde aime les oiseaux (mes chats aussi). Tout le monde a entendu parler de la LPO. Créée en France en 1912, elle compte environ 50 000 membres. Son équivalent britannique dépasse le million.
Et les bons auteurs? Les pays anglo-saxons sont sur le pont depuis des siècles (et là je découvre Gilbert White)(et hop, commande en librairie). Traduits tardivement en France, peu diffusés, peu lus. D'accord, on a quelques exceptions, avec Fabre ou le génial La Hulotte (le journal le plus lu dans les terriers), mais on fait un poil pâle figure.
Et en politique? Les écologistes entrent au parlement européen en 1979 pour la Suisse, 1981 pour la Belgique, 1983 en RFA, Irlande, Luxembourg, 1986 Pays-Bas, 1987 Italie, 1988 Suède. France : 1997.

Pourquoi? Rien de très clair. Système politique? Place des femmes? Puissance des chasseurs? Compliqué de répondre. L'auteur en tout cas présente un tableau fort documenté du rapport à la nature depuis, disons, le 18ème siècle, et plaide bien sûr pour une meilleure défense de l'environnement (il y a du travail!). C'est passionnant, propose des idées lecture (merci merci)

J'en profite pour donner encore un coup de projecteur sur cette excellente collection découverte avec Vinciane Despret et Habiter en oiseau. Depuis, je ratisse tout ce que proposent les biblis.

lundi 6 juillet 2020

Honoré et moi

Honoré et moi
Parce qu'il a réussi sa vie
en passant son temps à la rater,
Balzac est mon frère
Titiou Lecoq
L'iconoclaste, 2019



Si vous voulez une biographie plus classique de Balzac, vous avez celle de Zweig, Balzac Le roman de sa vie. Titiou Lecoq, tout en accomplissant un énorme travail de documentation en amont, c'est sûr, livre une biographie très personnelle. C'est drôle, vivant, et elle ne craint pas d'apostropher Honoré (elle l’appelle aussi ainsi) quand il exagère ou refuse la réalité, et de laisser transparaître ses propres opinions. Autant dire que ça se dévore et qu'on en ressort prêt(e) à se jeter sur quelques bons vieux romans de Balzac signalés comme les meilleurs.

Vous êtes assez grands pour (re)découvrir une vie de Balzac, bourreau de travail et pourri de dettes (c'est un gros dépensier), je ne donnerai pas de détails. Titiou Lecoq met les choses au point quand à sa méchante mère, dont la vie n'a pas été un long fleuve tranquille non plus, et n'était peut-être pas si méchante, quoiqu'en dise Zweig.

Un scoop, Balzac avait une fille illégitime, dont on a découvert l'identité en 1955 (Zweig ne pouvait donc pas la connaître), née en 1834 et décédée en ... 1930! Fille d’une femme mariée à particule, les maîtresses d'Honoré étant quasiment toutes de ce modèle. Il semblerait que Balzac demeurait discret sur ses bonnes fortunes.
Cela valait mieux, car l'époque était cruelle pour les femmes infidèles (les maris infidèles ne craignaient rien) et risquaient prison, divorce, etc.

"La France a élu Rastignac comme président de la République, et c'est peut-être le plus grand fait balzacien de notre société."

Je vous laisse, à vous de découvrir cet emballant Honoré et moi, qui se dévore!

Les avis de Antigone, babelio, Histoires d'en lire, lou,

jeudi 2 juillet 2020

Tout est possible / Amy et Isabelle/ Je m'appelle Lucy Barton

Tout est possible
Anything is possible
Elizabeth Strout
Fayard, 2018
Traduit par Pierre Brévignon


Auteur de Olive Ketterige, prix Pulitzer 2009, Elizabeth Strout fait partie de ceux qu'on veut suivre, en particulier  Je m’appelle Lucy Barton m'avait tapé dans l'oeil (en vain car pas disponible) et heureusement je n'ai pas raté ce Tout est possible. Finalement je pourrais carrément recopier une partie de mon billet sur Olive Ketteridge!

Avec neuf histoires d'une trentaine de pages, l'on pourrait se croire dans un recueil de nouvelles, par exemple dans L'écriteau, Tommy Guptil rend visite à Pete, sorte d'ours solitaire dont il saura percer la carapace avec patience et gentillesse. Ce Pete est le frère de Lucy Barton, dont on retrouvera la nièce lycéenne dans Eoliennes, etc., chaque histoire permet de de voir revenir des personnages principaux, mais en secondaires, ou bien l'on connaît une suite juste au détour d'une conversation. Cela donne vraiment un ensemble et contribue au plaisir de lecture.

Ce qui est toujours remarquable aussi, c'est la façon de raconter, simplement, efficacement, de donner à saisir les atmosphères, les dialogues, juste assez pour laisser deviner les non-dits. Il ne va pas se dérouler des événements catastrophiques ou grandioses, juste la vie telle qu'on la connaît, avec des personnages parfois blessés et rarement méchants.

image decitre
Amy et Isabelle
Amy and Isabelle, 1998
Elisabeth Strout
Pocket, 2002
Traduit par Suzanne V. Mayoux

Au cours d'un été sec et caniculaire, Isabelle, comme toujours depuis 15 ans, est à son poste de secrétaire dans une usine, se pensant amoureuse (sans espoir) de son patron, essayant de garder ses distances avec ses collègues bavardes dont elle se sent (discrètement) supérieure. Isabelle a en effet fréquenté l'université, mais a dû abandonner ses études pour s'occuper d'Amy , son bébé. Pleine d'espoir d'une vie meilleure, elle s'est installée à Shirley Falls, échouant par ailleurs à s'intégrer pleinement dans l'église congrégationaliste.

Amy est lycéenne et a obtenu un petit boulot d'été à cette usine. Mais entre elle et sa mère règne silence, hostilité et froideur. A la maison, elles se côtoient, sans plus.
La raison? Un certain Robertson, professeur de mathématiques d'Amy pour un remplacement. Tiens, pour une fois dans un roman ce n'est pas un professeur de lettres... Mais Robertson saura plaire à l'adolescente en lui parlant poésie, ouf, les traditions sont respectées. Sauf que là l'histoire va aller un poil trop loin!

Voilà un roman sur les relations mère/fille. Isabelle a reproduit avec Amy ce qu'elle a vécu enfant et adolescente, à savoir peu d'ouverture vers l'extérieur. Mais d'autres personnages gravitent autour d'elles, et c'est tout un petit monde que le lecteur souvent omniscient découvre. Une petite ville avec des quartiers bien séparés, des classes sociales aussi. Une fin magnifique ouvre l'avenir sur de nombreuses années futures.
Au cours du roman Isabelle va évoluer, découvrir la chaleur de l'amitié avec quelques collègues à qui elle dévoile quelques pans de son passé. Il me reste à m'interroger sur Robertson, au départ même s'il avait été une femme enseignante j'aurais trouvé son comportement inapproprié à l'égard d'une adolescente peu sûre d'elle, mais ensuite en tant qu'homme mûr il est inexcusable.

Et enfin, de retour de réparation à la bibli, voici Je m'appelle Lucy Barton. Réparation qui hélas ne résistera pas à plusieurs lectures.

Je m'appelle Lucy Barton
My name is Lucy Barton, 2016
Elisabeth Strout
Fayard, 2017
Traduit par Pierre Brévignon

Dans Tout est possible Lucy Barton revenait dans la petite ville de son enfance, mais là cela se passe bien avant. Alors qu’elle est hospitalisée durant de longues semaines, à New York où elle habite avec son mari et ses deux petites filles, elle reçoit la visite de sa mère. Les deux femmes parlent, les questions de Lucy n'ont pas toujours de réponses. Les souvenirs d'une enfance dure reviennent. La mère préfère lui apprendre ce que sont devenus des habitants de sa ville.
Par ailleurs Lucy nous parle de ses voisins, de son désir d'écrire.

Cela se dévore, n'est pas d'une gaieté folle, mais est bourré d'humanité, de subtilité, de non dits...

Lors d'un stage avec un auteur, son avis sur ce qu’elle est en train d'écrire:
"... c'est très bon. ce sera publié. Mais les gens vous reprocheront de parler à la fois de la pauvreté et de la violence domestique. (...) Les gens vous diront qu'on peut très bien être pauvre sans être violent, et vous ne leur répondrez jamais rien. Ne défendez jamais votre travail. Votre historie parle d'amour, vous le savez bien. C'est l'histoire d'un homme qui, tous les jours de sa vie, a été tourmenté par ses actions pendant la guerre. C'est l'histoire d'une femme qui est restée avec lui, parce que c'est ainsi que se comportaient la plupart des femmes de sa génération, et qui vient voir sa fille à l'hôpital. Elle se met à parler de façon compulsive de tous les couples qui vont mal autour d'elle, mais elle ne s'en rend pas compte. Elle ne se rend mêem pas compte de ce qu'elle fait. C'est l'histoire d'une mère qui aime sa fille. D'un amour imparfait. Parce que nous aimons tous d'un amour imparfait. Mais si, en écrivant, vous vous surprenez à protéger quelqu'un, alors ayez cela bien à l'esprit : vous faites fausse route."
"Vous n'aurez jamais qu'une histoire  à raconter. Et vous l'écrirez de différentes façons. Ne vous tracassez jamais pour votre histoire. Vous n'en avez qu'une."

Voir l'avis de Electra, bis, il y a aussi une suite Olive, again! et avis de manou

Trois d'un coup, ça va dans le challenge de Phildes!

lundi 29 juin 2020

Le petit-fils

Le petit-fils
Little Faith
Nickolas Butler
la cosmopolite Stock, 2020
Traduit par Mireille Vignol



Lyle Hovde et sa femme Peg sont des sexagénaires tranquilles, un couple uni; le drame de leur vie, c'est d'avoir perdu un fils en bas âge, mais leur fille Shiloh, adoptée, est mère d'Isaac, mignon petit garçon de 5 ans. Tout baigne dans le bonheur serein d'une petit ville américaine, avec famille et amis. Un bonheur pas gnangnan, finement observé.

Jusqu'au jour où Shiloh se met à fréquenter une église moins conventionnelle et ne plus voir que par les yeux du responsable, Stephen. Lyle n'est pas très croyant, en dépit de rapports amicaux avec son pasteur habituel, Charlie. Là aussi les avis sur foi et comment la considérer dans sa vie sont plutôt l'objet de discussions intéressantes et variées.

Voilà un roman que j'ai dévoré, charmée par l'ambiance douce, les rapports entre grand-père et petit-fils. De magnifiques moments, particulièrement grâce aux pommes du Wisconsin en particulier, sans oublier les vieilles amitiés. Tiré d'une histoire vraie, quant à un événement tragique. Nickolas Butler, sans grands effets de manche, avec subtilité et empathie, sait faire passer les ressentis et aborde un problème qui peut arriver à tous les grands parents.

Les avis de krol, eva, et pop up monster dont je viens de voir le billet!, alex,

vendredi 26 juin 2020

L'invention de l'auteur

L'invention de l'auteur
Jean Rouaud
Gallimard, 2004


Avec Kiosque, je suis tombée dans la marmite Rouaud, lequel est entré dans le club très fermé des auteurs français contemporains dont je veux tout lire. Après Etre un écrivain (2015)(pas de billet ici), voici cette Invention de l'auteur (2004).

Dès l'abord, se croisent Jean de la Croix ("Pour aller où l'on ne sait pas il faut passer par où l'on ne sait pas."), Thérèse d'Avila, de Lisieux, et surtout Bernadette Soubirous ("Ce qu'on écrira de plus simple sera le meilleur."). Sa vision de Joseph charpentier (est-ce bien un charpentier sur le tableau? se demande Rouaud) le conduit à Joseph, son père décédé alors qu'il avait 11 ans. Hé oui, après cinq livres, il pensait en avoir terminé avec son père, mais non.

Par <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/fr:Georges_de_La_Tour" class="extiw" title="w:fr:Georges de La Tour">Georges de La Tour</a> — <a href="//commons.wikimedia.org/wiki/User:Sammyday" title="User:Sammyday">Sammyday</a> (2010-10-23), Domaine public, <a href="https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=18953220">Lien</a>
Revoilà le lecteur plongé dans des souvenirs, encore, et ça tourbillonne, et ça se répond, et il rencontre à une reprise une femme, on en saura pas comment elle s'adresse à lui dans sa lettre, tiens, en tout cas voilà Nils Holgersson. Rouaud a voulu être un écrivain, alors il cherche la genèse de cette envie, les signes dans son enfance.

Bon, impossible à résumer, mais auteur il y a. Et puis, il peut raconter ce qu'il veut, je le suis. Peut-être parce que je visualise bien l'environnement de son enfance?
Allez, quand on voit comment il parle de Bach (et sa mère) ou de Mozart (et son père), on en redemande. Fascinant, virtuose.

Beau billet de marques pages, qui propose ailleurs un passage,

mardi 23 juin 2020

Le célibataire

Le célibataire
The bachelor, 1944
Stella Gibbons
Poche points, 2017


Stella Gibbons (1902-1989) est l'auteur de Le bois du rossignol et La ferme de cousine Judith


Dans une grande maison d'un village pas très loin de Londres, durant la seconde guerre mondiale, vivent Miss Fielding, son frère Kenneth et sa cousine Frances. Assez indépendante mais gentille, Frances n'ose pas trop affronter la terrible Miss Fielding, qui manipule aussi son frère et considère qu'il est mieux qu'il demeure célibataire. Arrivent là-dessus Betty, une pimpante veuve dont Kenneth fut amoureux, mais en vain (de toute façon Miss Fielding veillait au grain) et son fils Richard, de santé fragile.
Ajoutons un ami de miss Fielding, le père des Fielding, et Vartouhi, une réfugiée baïramienne chargée du ménage et de la cuisine, et voici une pleine maisonnée de célibataires d'âges différents, allant et venant, des amourettes, des demandes en mariage, au point qu'il est bien difficile de savoir qui sera avec qui à la fin.

Le tout se déroule dans une ambiance de guerre, avec couvre-feu, raids nocturnes, abris, et, principalement  à Londres, destructions. Quelques restrictions. Des jeunes gens au loin, à la guerre. Du travail en usine, et des réfugiés de Londres (mais ouf, partis, se réjouit Miss Fielding au tout début)

La jeune Vartouhi, dont on découvre un peu de son pays (imaginaire), ne se laisse pas faire, et c'est elle qui met dans l'histoire un brin de fantaisie et d'exotisme. Les personnages sont bien croqués, peuvent évoluer, jamais vraiment méchants. Les dialogues ou les pensées recèlent souvent de l'ironie.

"Oh, les Baïramiens sont polis, évidemment. Mais il ne faut pas s'y fier. Même si elle nous détestait de tout son cœur, elle se montrerait d'une parfaite politesse."
"Il doit être merveilleusement reposant de ne jamais penser au bien-être ou aux sentiments d'autrui."

Bref, une lecture fort plaisante, avec de (courtes) mais fort belles descriptions de la nature environnante. On tombe facilement sous le charme.

Les avis de Plaisirs à cultiver,


Mois anglais chez Lou, Lamousmé et Titine


vendredi 19 juin 2020

Mentir n'est pas trahir / De toutes les couleurs/ Tendres silences

Mentir n'est pas trahir
Deception is so easy
Angela Huth
Quai voltaire, 2015
Traduit par Anouk Neuhoff


Angela Huth continue à m'apporter des lectures douces en apparence, avec des sujets ordinaires, des personnages que l'on pourrait connaître. Cette fois, un triangle, avec Gladwyn Purser, son épouse Blithe, et Lara, la jeune femme accidentée qu'il a aidée un jour et qu'il n'arrive pas à oublier, en dépit du temps qui passe.
Alors, encore un mari - heureux en ménage et amoureux de sa femme depuis près de 20 ans- attiré par l'herbe plus verte? Angela Huth réussit à le rendre assez sympathique et parfois ridicule, embrouillé qu'il est dans ses affaires de cœur, et aussi d'emploi du temps car chacune des deux femmes ignore l'existence de l'autre; bien sûr cela ne durera pas! Inutile de le plaindre, bien sûr.

"Le mariage était comme un de ces globes en plastique remplis de fausse neige que certains aimaient à placer sur leur bureau. On renversait le globe, et la maisonnette, ou le bonhomme de neige, disparaissait un instant sous une mini-tempête silencieuse. On reposait le globe, et la scène retrouvait son caractère tranquille. L'embêtant, c'était que la tempête était souvent déclenchée par étourderie, et qu'il fallait ensuit du temsp pour l'apaiser."

"La vie en solitaire, elle s'en rendait compte, nécessitait un certain talent. Il fallait toujours prévoir ses petits plaisirs à l'avance, ne serait-ce qu'une chose aussi dérisoire que l'achat d'un livre, et il ne fallait jamais rester sans projets plusieurs jours d'affilée. Pour Lara, être seule, signifiait pouvoir observer les choses en toute tranquillité. Dans une vie animée remplie de gens et d'activités, la contemplation était moins facile. Elle s'expliquait mal pourquoi tant de gens redoutaient l'idée de la solitude."

De toutes les couleurs
Colouring in
Angela Huth
Quai Voltaire, 2005
Traduit par Marie-Odile Fortier-Masek

Après le triangle, le carré, si j'ose dire! Dans ce roman choral dont les personnages principaux ont des voix différentes, Isabel et Dan forment un couple solide et amoureux, elle crée des masques, lui occupe un boulot alimentaire et rêve d'écrire une pièce à succès. Leur ami Bert revient des Etats Unis, voici l'occasion d'un dîner avec leur amie Carlotta. Mais rien ne se passe comme prévu, des sentiments, des attirances se créent.
Ajoutons les voix de Sylvie, la fille adolescente de Dan et Isabel, Gwen leur femme de ménage; et l'on obtient un joli roman plein de subtilité, où le lecteur s'amuse du décalage créé entre la réalité et ce que chacun voit ou imagine.

Pour terminer (pour l'instant, mais peu me restent à lire)

Tendres silences
Easy silence
Angela Huth
Quai Voltaire, 1999
Traduit par Marie-Odile Fortier-Masek
et Henri Robillot

Dans le vieux couple formé par William et Grace, beaucoup de silences, tellement ils se connaissent bien. Pas ces silences malaisés, mais parler n'est pas nécessaire. Leur vie reste dans les rails, tranquille, ponctuée par les répétitions et concerts de William, violoniste dans un quatuor assez renommé.

Or leur altiste vient de les quitter, remplacé par la jeune et spontanée Bonnie, sur laquelle William fantasme beaucoup. Jouer Mozart à deux, et voilà William qui perd les pédales et décide de se débarrasser de son épouse. C'est plutôt invraisemblable si on y réfléchit bien (Bonnie n'est même pas au courant des élans de William et le considère comme une personne d'une autre génération) mais Angela Huth fait passer ça et on s'intéresse aux diverses péripéties, où William est parfois ridicule (mais gentiment).

Grace, elle, a fait connaissance de Lucien, un jeune voisin gentil mais pas toujours, un peu dérangé semble-t-il, qui semble apprécier son travail d'illustratrice, mais finit par la perturber et la rendre nerveuse, ses visites répétitives n'étant pas toujours bienvenues.

Voilà un roman qui baigne un peu dans la musique du quatuor, à l'ironie très très subtile, montrant finement les ressentis de William et Grace. Ce sont Jack, le fils  du couple, et sa copine Laurel, qui de bout en bout sont plutôt antipathiques, chose rare chez Angela Huth. Mais ils sont bien réussis.

Un passage pouvant s'appliquer à William et Grace en rapport avec Bonnie et Lucien
"Qui sait pourquoi nous sommes attirés par les gens? Quand les affinités ne sont pas évidentes, quand une passion ou une affection irrationnelles sont l'unique lien, plutôt que tout autre sentiment plus stable, plus pratique, il peut s'ensuivre toutes sortes de problèmes, de souffrances."

Mois anglais chez Lou, Lamousmé et Titine


mardi 16 juin 2020

L'ombre de la route de la soie, de Kachgar à Méched

L'ombre de la route de la soie
de Kachgar à Méched
Colin Thubron
folio, 2010Traduit par Katia Holmes




Colin Thubron, dont j'ai aimé En Sibérie, a parcouru la route de la soie, à au moins deux reprises semble-t-il, et j'ai pu lire, dans L'ombre de la route de la soie, paru en 2006, uniquement la partie De Kachgar à Méched. Un cadeau offert par folio avec l'achat d'un guide Gallimard.

Parti de Chine et se dirigeant vers la Turquie, Colin Thubron voyage, seul, plutôt en stop ou transports en commun. Arrivé au Kirghizistan par le col de Torugart (3600 m quand même), le voilà "dans des herbages couverts de troupeaux de chevaux, devant un horizon colonisé par des cimes neigeuses."

Halte au caravansérail de Tash Rabat, 15ème siècle, "tout de pierre sombre, avec des tours arrondies".

et nuit dans une yourte "sous des couvertures matelassées". Seule Nazira habite le coin en demi permanence.
"Les cimetières paraissaient souvent mieux dotés que les habitations des vivants. Ils s'assemblaient en hameaux spongeurs sur les crêtes ou au bord des rivières, leurs tourelles crénelées et leur dômes de fer forgé surmontés de croissants de lune islamiques ou d'étoiles communistes."

De rencontres en rencontres, arrosées  de kumis ou vodka, il arrive à Samarcande.
puis Boukhara
avec des rappels géographiques et historiques récents ou pas. J'ai notamment appris que les frontières de ces pays en -stan ont été établies par les soviétiques à l'époque de l'URSS, puis gardées après 1991, alors qu’elles ne correspondent pas aux populations y habitant.

Puis Colin Thubron file plein sud en Afghanistan, du côté de Mazar et Hérat, donc le nord, dangereux, et marqué par les guerres récentes (ou actuelles?). Pourtant que de splendeurs (détruites ou pas?). Il prend prudemment l'avion pour se rapprocher de l'Iran, et on le quitte là pour l'instant.

A Hérat
"La destruction de ce magnifique ensemble est une triste histoire. Les incomparables édifices avaient survécu pendant quatre siècles, délabrés mais intacts. Craignant une avancée russe vers l'Inde, les ingénieurs de l'armée britannique-indienne (...) les firent sauter en 1885, pour créer un vaste champ d'opérations. Et finalement, les russes ne vinrent pas... Neuf minarets survécurent jusqu'au XXe siècle, mais deux succombèrent au tremblement de terre de 1931. Robert Byron décrivit deux ans plus tard une paire de survivants d'une beauté unique. Mais l'un d'eux s'écroula en 1951, et des tirs soviétiques démolirent l'autre en 1979, laissant un moignon de dix mètres sur lequel je trouvai la trace d'un revêtement de marbre."
De la même époque (15ème siècle) existe à Meched (Iran) une mosquée (dont le dôme fut endommagé en 1911 par un bombardement des troupes russes). Donc l'ensemble à Hérat devait ressembler à ceci.

Forcément j'ai beaucoup aimé cette lecture, Thubron sait parfaitement faire saisir l'ambiance du voyage, les rencontres, un poil d'histoire et de géographie si on ne connaît rien au coin, et demeure pour le lecteur une possible grosse bouffée de nostalgie. 
(j'ai craqué, j'ai acheté le livre complet, lecture à venir)

Mois anglais chez Lou, Lamousmé et Titine

samedi 13 juin 2020

Dans les replis du temps

Dans les replis du temps
Human croquet, 1997
Kate Atkinson
Poche, 1999
Traduit par Jean Bourdier


Human croquet est le deuxième roman de Kate Atkinson après Dans les coulisses du musée, qui connut un légitime succès. Ici le titre anglais est complètement différent (la règle de Human croquet est donnée en fin de livre) et je me demande si le titre français ne cherche pas à copier ce Dans les coulisses du musée?

La mère d'Isobel a disparu, son père a disparu aussi puis est revenu, sa nouvelle belle-mère est bizarre, sa grand-mère peu compréhensive et sa tante une vraie harpie. Voici dans quel environnement grandissent Isobel et son frère Charles, dans un petit village anglais. Des familles voisines, des copines de classe, un amoureux rêvé, voilà pour le reste.

La quatrième de couverture annonce la faculté pour Isobel de circuler 'à son gré' (je cite) dans le temps, pour 'explorer une tranche du passé ou entrouvrir une porte sur l'avenir.'
Soit.
En fait, Isobel se retrouve à l'insu de son plein gré, pour quelques minutes, et peu de fois, dans un passé plus ou moins lointain. Expérience sans intérêt (pour moi) qui ne change rien pour Isobel semble-t-il (elle ironise dessus) et n'apprend pas grand chose au lecteur.

On se retrouve en fait avec une histoire bourrée d'humour (Kate Atkinson est géniale!), bien racontée, avec des incursions dans le passé de la famille, clairement marqués en tête de chapitre, en fait comme dans bien des romans classiques.
Vers la fin des réalités alternatives sont narrées, j'ai fini non par trop m'y égarer, en fait j'ai plutôt aimé l'imagination de l'auteur, mais par contre j'ai perdu tout intérêt pour Isobel, sa famille et son entourage.
Dans le même genre, il vaut mieux lire l’excellent Une vie après l'autre du même auteur!

On retient : de l'humour, de la fantaisie, un style inimitable et ciselé, et des passages avec des chats qui me font craquer:
"Pourquoi les chats dorment-ils autant? Peut-être leur a-t-on confié une mission cosmique essentielle et répondent-ils à une loi physique de première importance - un loi voulant, par exemple, que s'il y avait moins de cinq millions de chats dormant en même temps, la terre s'arrêterait de tourner. Peut-être donc que, lorsque vous les regardez dormir en vous disant 'Quel troupeau de bons à rien!', ils sont, en fait, en train de travailler très, très dur."

Avis et extraits chez babelio, aussi chez lecture ecriture ,

Mois anglais chez Lou, Lamousmé et Titine

mercredi 10 juin 2020

Les aventures d'Elisabeth à Rügen

Les aventures d'Elisabeth à Rügen (paru en 1904)
Elisabeth von Arnim
Les belles lettres, 2014
Traduit (de l'anglais) par Bernard Delvaille


Elisabeth von Arnim mériterait un livre sur sa vie, bien remplie. Née en Australie en 1866, décédée en 1941 aux Etats-Unis, ayant épousé un von Arnim bien prussien (5 enfants avec lui)(Forster fut un de leurs précepteurs) , puis un Russell, ayant vécu dans moult pays européens, elle a laissé quelques romans et œuvres plus autobiographiques.
A une époque je la lisais systématiquement, mais finalement ces aventures à Rügen ne sont pas une relecture. Avril enchanté, si. Ma médiathèque a rangé ses œuvres au magasin (grrr), deux sont disponibles directement, une à A et l'autre à V (on s'amuse).

Elisabeth a laissé mari et enfants (on a du petit personnel, pas d'inquiétude) à la maison pour une balade dans l'île de Rügen, en mer Baltique. Ses amies ayant décliné son offre de l'accompagner, elle y va seule. Mais pas sans bagages et toujours du petit personnel. Gertrud, fidèle femme de chambre, s'occupe de faire et refaire les bagages chaque jour, elle voyage en train, bateau, puis, sur l'île, en victoria à deux chevaux conduite par son cocher Arthur. L'île est assez fréquentée par les touristes à cette époque, parfois elle trouve difficilement un logement, elle a un guide, mais son projet de compléter ce guide va quelque peu tomber à l'eau, suite à des rencontres sur l'île. Le monde est petit, Rügen particulièrement.

Elle va donc rencontrer (et essayer d'éviter) une anglaise et son fils, sa cousine Charlotte (et  son mari), le tout parfois dans une course poursuite car Charlotte fuit son mari. Elisabeth réussit tout de même à visiter l'île (ah cette proustienne ville de Putbus!), décrire avec vivacité les villes et les paysages, se baigner (cabines de bains! sans qu’elle indique la température de l'eau, car la Baltique, même en été?)

Mais surtout elle s'enthousiasme des beautés de l'île (on peut toujours y aller si on veut) dans un style chatoyant. "Bien au-dessus de nos têtes, les alouettes volaient dans la lumière, avec ce grisollement  que je ne peux jamais entendre sans une palpitation de gratitude pour le fait d'être en vie."

Evidemment il faut accepter le côté 'd'excellent milieu social' du personnage, mais si on le prend au second degré, son ironie fait mouche et on lui pardonne tout car elle sait se réjouir des beautés de la nature, sans chichis. Personnellement je me suis bien amusée à suivre ses aventures et compte continuer.
https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%BCgen
Voir babelio

Mois anglais chez Lou, Lamousmé et Titine

lundi 8 juin 2020

Blog anniv'

L'année dernière,  par paresse, manque d'envie ou fatigue, j'avais laissé passer l'occasion de marquer l'anniversaire du blog.


Mais là, sans grand enthousiasme (si!) je marque la date tout de même. Rappelons le jour historique du 8 juin 2008, chez overblog (voilà ce qu'overblog a fait de ma boutique depuis que je l'ai fermée), puis le passage chez blogspot, dans un format qui ne change plus depuis un bout de temps. La possibilité de marquer des adresses de blogs tout en bas pallie les fantaisies des agrégateurs de flux, même si ce n'est pas franchement tenu à jour.

En 12 ans, il en est passé des blogs! Existant encore ou non, plongés dans le sommeil, ressortis, replongés? Des liens se sont créés avec des blogueurs (surtout blogueuses, les gars, c'est comme ça!)(mais on vous chouchoute), certains apparaissent, avec lesquels on se découvre une énorme compatibilité livresque, d'autres disparaissent.

Depuis un bout de temps, l'activité ici diminue, bien moins de billets, et - curieusement, au moment du confinement- bien moins de lectures. J'en profite pour signaler que ma PAL qui semblait immense n'a pas trop supporté le confinement, et il était temps que ça s'arrête, quelques visites dans trois médiathèques et trois librairies devraient la voir refleurir."On ne sait jamais".

Côté rendez-vous, là j'avoue qu'à part le mois belge et le mois anglais, rien.

Côté voyages (voir le titre du blog) c'est au point mort. Je me rattrape avec les récits de voyage...

Et les SP? Après trois livres 'égarés' par la poste (?) je n'ose plus en demander, et emprunte dans mes trois médiathèques. Ce qui n'empêche pas d'aller en librairie. Et de recevoir quand même des nouveautés, par Masse critique ou des éditeurs fidèles.

A vous tous, merci d'être là!

jeudi 4 juin 2020

Depuis le temps de vos pères

Depuis le temps de vos pères
Les enquêtes du généalogiste
The blood atonement
Dan Waddell
Lu  en Rouergue noir, 2012
Traduit par jean-René Dastugue



Pour les séries policières il faut être patient (je l'ai vu avec Henaff et Chapman) alors voilà, j'ai fini par trouver le deuxième de la série du généalogiste. Mes billets précédents :  Code 1879   La moisson des innocents . Je précise que la quatrième de couverture en dit pas mal trop (le poche est moins disert) et l'auteur lui-même résume tout le 1 dans son deuxième opus, c'est un comble.

On retrouve, avec plaisir, l'inspecteur Grant Foster, qui encore une fois fera appel au généalogiste Nigel Barnes pour l'aider à démêler une enquête où le passé semble avoir une importance capitale. Assassinats sanglants (sans détails), disparition de très jeunes filles, menaces sur les encore vivants : on rentre vite dans l'histoire et on ne la lâche pas. J'apprécie ces enquêtes où l'on en apprend sur un sujet (la généalogie, l'ADN, les M.) et où la vie personnelle des enquêteurs n'empiète pas sur le déroulé de l'histoire. Efficace, quoi.

Je ne dirai rien de plus sur les tenants et aboutissants du mystère, si vous voulez tout savoir, lisez la quatrième, disponible sur internet. Parfois quelques rapidités dans le déroulement et les explications (comment a-t-on retrouvé G?)(pourquoi laisser vivant D? puisque...) mais ça reste un bon polar qui fait le job.

Des avis chez babelio, dont Nicole,

Mois anglais chez Lou, Lamousmé et Titine

lundi 1 juin 2020

Le beau monde

Le beau monde
Alys, Always
Harriet Lane
Plon, Feux croisés, 2012
Traduit par Amélie de Maupeou


Terne, renfermée, Frances travaille aux pages Livres d'un journal londonien, passant la plupart de son temps à des corrections de documents apportés bien tard par ses collègues. Efficace, c'est la bonne employée, et en tant que fille d'un couple planplan, elle est parfaite et ne sait pas dire non quand il s'agit de leur rendre visite ou de garder ses neveux. Sa vie sentimentale est au point mort. Mais elle est intelligente et très observatrice.

Un soir elle arrive juste après un accident, appelle les secours, et tout pourrait en rester là si la mari de la victime n'était pas un écrivain célèbre, Laurence Kyte. A partir de là, Frances va prendre les choses en main, avec doigté et ténacité. Sa vie professionnelle puis sentimentale vont changer du tout au tout, mais graduellement, patiemment.

Dans ce premier roman époustouflant de maîtrise, Harriet Lane présente une héroïne qui va garder quelques zones d'ombre. Petit à petit l'on découvre où elle veut en venir. Les détails sont vus par elle, épatante pour tous ces détails qui sont ceux du 'beau monde', si loin du sien. Fin, subtil, un excellent roman!

Les avis de cathulu, babelio, Alexielle,
Mois anglais chez Lou, Lamousmé et Titine

jeudi 28 mai 2020

La chevauchée des steppes

La chevauchée des steppes
3000 km à cheval à travers l'Asie centrale, 2001
Sylvain Tesson Priscilla Telmon
Pocket, 2013



En 1999 Sylvain tesson et Priscilla Telmon se lancent dans une grande randonnée à chaval, en partant du Kazakhstan où ils se procurent trois chevaux, qu'ils nommeront Ouroz, Boris et Bucéphale. Dans le coin, les chevaux n'ont pas toujours de nom, et se récupèrent plus de coups de talon et de cravache que de bons soins. Nos deux voyageurs ne se sont pas comporté ainsi, faisant souvent passer le bien-être de leurs montures avant la leur. D'ailleurs ces compagnons ne seront quittés aux alentours de la mer d'Aral, en de bonnes mains, et avec un gros serrement de coeur.
Deux kirghizes, à cheval!
On suit les cavaliers avec plaisir, au Kirghizistan par exemple arriver à cheval est une promesse de bon accueil (et il est difficile de refuser le kumis et la vodka, et le plov)

(3030 m d'altitude)
Globalement ils ont pu parcourir le trajet espéré, sauf une fois à cause de problèmes de sécurité. Le passage des frontières demande souvent patience et art de la discussion. Ils ont dû se méfier aussi des voleurs de chevaux ou autres.

La dernière partie leur fait traverser un désert vers la mer d'Aral, un vrai crève cœur écologique... Pour cultiver le coton, les eaux du Syr Daria et de l'Amou Daria ont été détournées. Sans parler de la pollution des sols et de l'air, des maladies... L'on sent parfaitement la colère et l'émotion chez les deux auteurs.

J'ai vraiment beaucoup aimé ce récit, avec un Tesson même pas trentenaire, évitant les grandes envolées philosophico-lyriques et trouvant la juste mesure entre le périple équin lui-même, et quelques information historiques et géographiques.

Des avis sur babelio,

Et voilà que je tombe en librairie post confinement sur :
(image prise chez La librairie du voyage)
Carnets de steppe, 2002
A cheval à travers l'Asie centrale
Sylvain Tesson Priscilla Telmon
Nouvelle édition revue et corrigée, Pocket, 2017


Bon alors, c'est le même livre? Hé bien non. Le voyage , son parcours, ses péripéties demeurent, bien sûr, mais je l'ai lu avec intérêt juste après l'autre. C'est bien plus court, agrémenté de photographies, et, comment dire? , alors que le premier déroulait le voyage du début à la fin, suivant la chronologie, le second est un peu classé, s'il s'agit de thèmes récurrents, par exemple le passage de frontières, la vision locale des femmes, la yourte, des vignettes historiques et géographiques.

"De nombreuses et très anciennes dénominations désignent les régions morcelées de cet ensemble. Elles chantent aux oreilles de ceux pour qui les toponymes valent plus que tous les poèmes : Transoxiane, Turkestan, Bactriane, Surthe, Sogdiane, Khorezm..."

"Les Bolcheviks usaient des frontières comme on élève les bonsaïs: en les tordant, les corsetant, sachant que rien n'affaiblit mieux que ce qui détourne de l'ordre naturel." (voir le Ferghana)

"De Boukhara à Khiva, nous aurons mis dix-sept jours. Autant qu'il en a fallu à  Ibn Battuta et à Ambéry. Ce que nous aimons dans le voyage à cheval, c'est qu'il n'y a pas de progrès."

Boukhara : à gauche la mosquée kalon, à droite le minaret kalon, haut de 48 m, d'où l'on jetait les condamnés à mort...


Petits commerces à Boukhara

Pendant ce temps les femmes travaillent...
Statue de Tamerlan à Samarcande
Lequel lire? Les deux!!!! Et dans le même ordre, si on veut bien.

lundi 25 mai 2020

Un coeur si blanc

Un coeur si blanc
Corazon tan blanco, 1992
Javier Marias
Rivages poche, 1996
Traduit par Alain et Anne-Marie Keruzoré



Grâce au confinement, si j'ose dire, voici un roman de cet auteur dont je veux tout lire, qui devrait recevoir le Nobel s'il y a une justice, et qui, hélas pour certains blogueurs/euses, appartient à la catégorie on aime ou on déteste, pas de milieu! Un grand merci à Kathel, j'ai toujours la carte qui accompagnait ton envoi, il y a des années...

Juan et Luisa sont en voyage de noces à La Havane, ils surprennent la conversation du couple dans la chambre d'à côté, les fenêtres étant ouvertes. Juan est le fils de Ranz, veuf pour la deuxième fois, on apprend comment dès le premier chapitre (quel début de roman!) et pourquoi vers la fin, quand Ranz l'apprend à Luisa, Juan écoutant par la porte entrebâillée de sa chambre, dans son appartement. Déjà des scènes en miroir, et ce ne seront pas les seules.

Volontairement je ne veux pas tout raconter, Marias le fait très bien, à condition que le lecteur accepte qu'on joue avec ses nerfs, qu'un détail ne soit révélé que bien après, ou pas du tout (Juan a préféré oublier Corduroy, par exemple, et le lecteur est bien forcé d'en faire autant)(on ignore si Bill et Guillermo sont la même personne). Les phrases sont longues, sinueuses (je vous ai prévenus!), des expressions reviennent en leitmotiv (par exemple ce cœur si blanc, My hands are of your colour; but I shame to wear a heart so white, tiré de Macbeth).

Peut-être ce roman pourrait être le moyen de pénétrer dans l'univers de Marias? Il existe des passages peut-être plus attractifs?  Sans parler du tout début, disons par exemple aux pages 70 80, où Marias, qui sait de quoi il parle, explique la différence entre traducteur et interprète, le métier de Juan et Luisa, qui ont d'ailleurs fait connaissance lors d'une rencontre entre deux hauts responsables espagnol masculin et britannique féminin (on peut penser à deux personnes réelles), Juan étant chargé d'interpréter, et Luisa servant de 'filet'. S'ennuyant, Juan se mit à interpréter très librement le dialogue entre les deux personnages, dans un passage du roman absolument hilarant. Sans parler aussi de l'anecdote d’une réunion au sommet du Commonwealth, où tous les participants étaient anglophones, mais où un participant réclama un interprète.

On en apprend aussi sur les 'experts' en œuvres d'art, et j'ai aimé la scène où un gardien de musée veut mettre le feu à un tableau, d'où intervention de Ranz.

Voilà, je n'ai pas vraiment divulgâché l'histoire!

Des avis chez babelio, marque pages, lecture écriture, claudia lucia, le bouquineur,

jeudi 21 mai 2020

Patagonie Express

Patagonie Express
The old patagonian express
Paul Theroux
Les cahiers rouges, Grasset, 2006
Traduit par Alexandre Kalda



Après La Chine à petite vapeur, datant des années 80, je retrouve Paul Theroux, toujours en train, mais au cours de l'hiver 1978. Boston et sa région sont en plein blizzard, les températures sont bien négatives, alors il décide de partir au sud, jusqu'en Patagonie, et par le train.

Voilà, simplissime comme projet, non? Arrivé à Esquel, à la fin du livre, hé bien il prend l'avion et rentre. Les titres de chapitres s'égrènent ainsi, de Le Lake shore Limited au Patagonie Express, en passant par exemple par L'Aztec Eagle, Le train de 7 heures pour Zacapa (un magnifique titre de film, non?), Le Balboa bullet pour Colon, L'autoferro pour Guayaquil, Le Tren de la Sierra, La Estrella Del Norte ... Des Etats-Unis vers le Mexique, le Guatemala, le Salvador (où il assiste à un match de foot, un grand moment!), le Costa Rica, Panama, Colombie, Equateur, Pérou, Bolivie et Argentine (j'en oublie sûrement, peu importe).
"Mon arrivée ne comptait pas. C'était le voyage qui importait."

Des trains de conforts disons, différents, pas franchement toujours à l'heure, des hôtels variés, quelques visites, plus de temps au Panama et en Argentine (il rencontre longuement Borges!).

"Nous, nous prenons l'autocar, apparemment c'était la devise de l'Amérique centrale en réponse à toute la publicité des chemins de fer Prenez le train - c'est moins cher. C'était une  question de vitesse: le car mettait deux heures, le train tout l'après-midi."
Prendre le train, constate-t-il, "était une bonne introduction aux misères sociales et aux splendeurs du paysage."

Sans surprise, j'ai beaucoup aimé ma lecture; je précise que ce n'est pas un guide de voyage, Theroux raconte ce que lui a vu et vécu, il parle peut-être plus précisément de Panama, c'était à l'époque où l'on renégociait un accord sur la zone du canal. Il parle espagnol, ça aide, même si porter la moustache ne le fait pas passer pour un autochtone. Il rencontre diverses personnes et, ce qui ne m'avait pas frappée dans son voyage en Chine, je le trouve parfois assez condescendant (avis partagé par Dasola et sur Goodreads aussi) , ne semblant ressentir quelque empathie que pour les Indiens et les gamins de la rue. Des passages amusants, de jolies descriptions, cela se lit tout de mêem agréablement et donne une furieuse envie de prendre le train!!!

Un seul avis sur babelio (!)
Tiens, ce livre retrouvera sur l'étagère En Patagonie de Chatwin (les deux auteurs se sont connus)
(WH Hudson)


lundi 18 mai 2020

Méditations en vert

Méditations en vert
Meditations in green, 1983
Stephen Wright
Gallmeister, collection americana, 2009
Traduit par François Happe



Good morning Vietnam!

James Griffin se retrouve au Vietnam dans une unité de renseignements militaires, à s'user les yeux sur des photos prises d'avion. Autour de lui,  chacun cherche à survivre, compte les jours, pète les plombs, fait tourner la drogue, etc. Stephen Wright sait raconter une histoire sans trop insister parfois (et ça vaut mieux, quelques détails réalistes, ça suffit largement). Les dialogues sont ciselés, l'humour caustique omniprésent, permettant de survivre, et au lecteur de continuer, qui se demande quand même où il a mis les pieds, car il  y a du lourd dans cette unité... Wendell qui ne pense qu'à tourner un film (avec éventuellement les américains grimés en viet-congs), un sergent-chef à vérifier que tout le monde obéit aux consignes, un colonel devant déjouer des tentatives d'assassinat de la part de ses soldats...), des bleus découvrant la jungle et l'horreur de la guerre.

Griffin et son pote Trips survivront, mais dans quel état... La narration est coupée par le récit de leur vie d'après, plutôt hallucinée, Trips cherchant à se venger du sergent-chef, justement.

Un grand roman, à lire absolument

Plein de trucs du genre :
"La première fois que j'ai entendu parler de l'agent orange, confessa Griffin, j'ai vu un morceau de fruit enveloppé dans un imperméable."

Les 30 dernières pages ne se lâchent pas. Je peux divulgâcher, c'est sans importance, figurez-vous que durant une projection de film avec des morts-vivants, les vietnamiens attaquent!
"A chaque fois qu'on a un bon film, se plaignit quelqu'un.
C'est à se demander s'ils n'ont pas un double de la programmation de nos films, ou quelque chose comme ça."
"A la section Recherche et Analyse, un plateau de jetons de Scrabble fut projeté par terre.
Eh bien, Messieurs, dit le sergent Maloney d'un vois traînante, on dirait que le 5ème régiment NVA nous a trouvés le premier."
"Un mortier marqua un trou dans le terrain de basket, une roquette enleva les cuisines de l'arrière de la cantine."
"Le sergent Anstin ordonna à deux soldats de prendre sur un bloc-notes, à la lumière d’une lampe de poche, le nom de tous ceux qui n'avaient pas leur casque, ni leur gilet pare-balles."
(et c'est juste le début de la fin...)

Les avis de le bouquineur, zarline, et babelio,

Du même auteur (et recommandé!!!) La polka des bâtards.


mercredi 13 mai 2020

Les gens de Holt County

Les gens de Holt County
Eventide, 2004
Kent Haruf
Pavillons poche
Robert Laffont, 2015
Traduit par Anouk Neuhoff


Après Le chant des plaines, que j'avais tellement aimé, je ne pensais plus trouver cette suite, mais aussitôt vue en bibli, aussitôt lue!

Une suite si on veut, même si cela se déroule au même endroit un peu rural et paumé, avec ces deux frères Harold et Raymond, ranchers à quelques kilomètres de la ville de Holt, qui sous leurs abords un peu frustres cachent beaucoup de sensibilité et n'hésitent pas à aider les autres (on l'a vu dans le précédent).

Je ne dirai pas trop de choses du drame qui survient, mais du bon arrive aussi, qui donnera au lecteur un sourire collé aux lèvres.
Kent Haruf ne cherche toujours pas de grands effets de style, c'est simple (faussement simple) et efficace, ses dialogues en disent beaucoup déjà. L'on fait connaissance d'un gamin de 11 ans et de son grand père, d'une maman laissée seule avec deux fillettes, d'une sorte d'abruti violent, il n'y a pas d'autre mot, et particulièrement d'une famille qui pourrait désespérer leur assistante sociale (mais non, Rose est parfaite!). Rien que la description de cette famille faisant ses courses, commençant par les surgelés et privilégiant la junk food, en dit beaucoup... Hélas pas trop d'espoir pour ce couple qui pourtant aime ses enfants, mais ne sait pas les protéger ...

Une lecture que je recommande, mais il vaut mieux lire le premier avant. Et, hélas, j'aurais bien aimé savoir ce qu'il advenait des certains personnages si attachants, mais l'auteur est décédé en 2014. Il me reste à mettre la main sur Colorado blues...

Plein d'avis sur babelio, et celui d'electra!

vendredi 8 mai 2020

Un peu, beaucoup, à la folie

Truly Madly Guilty
Un peu, beaucoup, à la folie
Liane Moriarty
Penguin books, 2017





Voici le troisième titre de l'auteur que je lis, et cela se passe encore bien. Nous sommes à Sydney, et faisons connaissance de trois couples: Erika et Oliver, sans enfants, ayant connu tous deux un milieu familial difficile (à découvrir, la pathologie de la mère d'Erika). Clementine et Sam, parents de deux fillettes. Tiffany et Vid, leur fille, Dakota, issue du remariage de Vid.
Un soir Vid et Tiffany invitent les deux autre couples pour un barbecue.

Le lecteur sait tout de suite qu'il s'est passé quelque chose lors de ce barbecue, mais quoi? D'après Goodreads, certains lecteurs se sont agacés de devoir attendre un poil de temps et j'aurais pu les rejoindre, mais non, car en fait Liane Moriarty sait raconter, présenter ses personnages avec tellement de détails intéressants, manier l'humour et l'émotion (pas trop lourde!), qu'il n'était pas question de lâcher, juste de lui faire confiance pour mener sa narration. C'est le chemin qui a compté, pas l'arrivée. ^_^

Donc, plein de petits détails qui se révéleront utiles pour l'histoire, ou juste pour étoffer ses personnages, et ça j'ai aimé. On a aussi une jolie réflexion sur un couple à la dérive, une drôle d'amitié, et aussi plein de thèmes que je ne développerai pas pour ne pas spoiler.
Idéal pour de bons moments de lecture pas trop compliquée mais demandant une certaine attention. Je l'ai lu en VO, pour m'entraîner, même si l'écriture est correcte mais sans originalité, finalement. Bon travail, quoi!

Les avis de babelio,