mardi 7 avril 2020

Habiter en oiseau

Habiter en oiseau
Vinciane Despret
Mondes sauvages
Actes sud, 2019


Intro qu'on peut sauter:
Or donc le 13 mars, subodorant la fermeture des médiathèques pour un temps long, je me précipite dans celle où j'avais des réservations arrivées, et sur le présentoir des nouveautés, que vois-je? Deux livres d'une collection inconnue, Mondes sauvages pour une nouvelle alliance, chez Actes sud. Bêtement je n'en ai emprunté qu'un... Mais mon enthousiasme à cette découverte m'a conduite à noter les autres écrits de l'auteur, et aussi de la collection, dans mes bibliothèques. Lors de leur réouverture, ce sera festival!!!
Donc : coup de coeur

Cerise sur le gâteau, l'auteur est belge, ce qui me permet de participer au mois belge (blog Anne), à l'insu de mon plein gré, au départ.
Bon, le livre, maintenant.
J'espère pour vous qu'il vous arrive d'entendre -et d'écouter- les oiseaux. Cela fait longtemps qu'ornithologues amateurs ou professionnels se posent la question : 'mais pourquoi chantent-ils?' et cherchent à y répondre.
Vinciane Despret, s'intéresse donc à l'histoire des fonctions possibles des territoires, pas en suivant une chronologie, dit-elle, mais 'comme une histoire d'idées, d'intuitions, d'ouvertures, car les territoires et les oiseaux font penser, et c'est cela qui m'intéresse.' Controverses, idées abandonnées qui reviennent, peu importe, elle ne va pas forcément trancher. Les ornithologues font beaucoup paraître de leur société et de leurs personnalités.
Alors, compétitions? Bagarres? Recherche d'une femelle? Besoin de nourriture? Ou besoin de voisinage? Que penser des recherches en laboratoire? A une époque on pouvait tuer les oiseaux pour 'évaluer ce qui se passerait si l'oiseau n'était pas là'.
Tout cela se termine par une magnifique description des chants d'oiseaux parfois différents et leurs choeurs interspécifiques (étudiés bien sûr par des bio-acousticiens).
Ensuite, à chacun d'écouter, après tout.

L'auteur, philosophe et psychologue, enseigne à l'université de Liège. On se dit 'houla ça va être imbuvable, illisible et plein de mots compliqués'. Hé bien non. Même  si elle convoque Serres et Deleuze en passant, le tout demeure d'une extrême fluidité et d'une vivacité réjouissantes. Elle n'hésite pas à laisser transparaître ses opinions, discute, s'interroge, et donne une furieuse envie d'aller écouter les oiseaux...

vendredi 3 avril 2020

Trois concerts

Trois concerts
Lola Gruber
Phébus, 2019


Introduction qu'on peut sauter:
D'abord c'est la belle couverture qui m'a attirée, avec des oiseaux sur un fil tels des notes de musique sur une portée. Voir la vidéo de Hanon de Yoshinori Mizutani.
Ensuite la quatrième de couverture dévoile que le roman parles de musique et de musiciens. Très attirée. Mais, passant en vitesse à la bibli, j'oublie d'emprunter, le livre n'est plus là, et j'ignore totalement titre et auteur...
Quelques semaines plus tard, le roman est revenu, je le vois, et là, je l'emprunte!!!

Parlant de ses suites, le compositeur Paul Crespen a déclaré "Chacune contient ce qui manque à l'autre". Ces suites auraient dû être créées par le violoncelliste Viktor Sobolevitz, puis après un événement tragique, elles le furent (mal) par un autre, et finalement jamais jouées depuis des décennies, même si Sobolevitz restait libre d'en décider. Mais, reclus, ayant mis un terme à sa carrière, fuyant tout contact ou presque, lui seul sait où sont ses partitions et l'enregistrement de l'Arpeggione avec sa défunte épouse.
Remy Nevel est critique musical, doué, ambitieux, sa fascination pour Sobolevitz pose question (on aura la réponse bien plus loin) et il fait connaissance (intéressée?) de Clarisse Villain, violoncelliste atypique qui fut élève de Sobolevitz pendant des années.

Au fil des pages, on passe d'un personnage à l'autre, voyant comment les fils se tissent, apprenant à les connaître, gare aux détails révélateurs, et pour ma part m'attachant beaucoup à Clarisse, perdue dans ses interprétations et travailleuse acharnée, cherchant la quasi perfection. Lola Gruber décortique finement l'approche des oeuvres, mélangeant souvent pensées de l'instrumentiste et jeu de l'instrument, c'est fascinant même si on ne connaît pas grand chose au violoncelle et la musique. Bien d'autres personnages gravitent autour de ce trio, et l'ensemble donne un roman foisonnant qui m'a emballée! Et que finalement j'ai préféré à Opus 88, auquel on peut penser.

Les avis de Brize

mardi 31 mars 2020

Là où chantent les écrevisses

Là où chantent les écrevisses
Where the crawdads sing
Delia Owens
Seuil, 2020
Traduit par Marc Amfreville



Il faut dire que la barque de Kya, qui sillonne les marais de ce petit coin de côte de Caroline du nord, est bien chargée. Des aînés qui fuient la maison, pas à cause des conditions de vie dans ces marais, mais à cause du père, alcoolique et violent. La mère finit par partir elle aussi (son tragique destin serre le coeur), laissant la petite dernière avec le père, qui disparaîtra définitivement quand elle a 10 ans, mais lui laissant la barque et une bonne connaissance du milieu, ce qui lui permettra de se débrouiller, en partie aussi grâce au couple Jumping et Mabel. La gamine, sans être allée à l'école, en sait plus que beaucoup sur les oiseaux, les insectes, les coquillages. Sa passion attirera Tate, qui lui apprendra à lire et écrire, et à sortir de la précarité. Mais cette jolie fille, au fil des années, ne passe pas inaperçue. Sa soif de contacts, toujours déçue, la conduira à se réfugier de plus en plus dans la solitude.

L'auteur est diplômée en zoologie et biologie, a écrit plusieurs livres sur ces sujets. Dans ce roman, elle décrit fort bien le milieu des marais, et ses parallèles entre les humains et les autres êtres vivants quant à l'attirance sexuelle et la reproduction est intéressante. Gare aux lucioles...

Toute la partie sur l'enfance de Kya, son adolescence, ses apprentissages, m'a bien entraînée, mais ensuite un poil trop de romanesque m'a fait survoler quelques paragraphes de ci de là, raccrochant quand même lors des chapitres narrant une enquête policière et un procès, des années plus tard. Au sujet du procès, je m'étonne que Tate n'ait rien saisi, puisque lui connaissait la provenance du bonnet rouge.

Ces bémols mis à part, il s'agit d'une belle histoire, l'on échappe au côté glauque de certains romans, même si le rejet des différences, sociale ou raciale, est bien présent.

Une passage expliquant le titre : "Va aussi loin que tu peux. Tout là-bas, où on entend le chant des écrevisses.
Ça veut dire aussi loin que tu peux dans la nature, là où les animaux sont encore sauvages, où ils se comportent comme de vrais animaux."

Les avis de kathel,

vendredi 27 mars 2020

Rester groupés / Art et décès / La griffe du chat

Rester groupés
Sophie Hénaff
Albin Michel, 2016


Après Poulets grillés où l'on faisait connaissance de la commissaire Anne Capestan et de son équipe de bras cassés placardisés (sans parler du chien), je n'avais qu'une envie : la suite, la suite! Mais je suis aussi tenace que ces flics là, et je l'ai eue!

L'équipe s'enrichit de Saint-Lô (qui pense être d'Artagnan) et d'un rat policier. Si!
Trois meurtres rapprochés, dont celui de l'ex-beau-père de Capestan, qu'il faudra relier. Et trouver le coupable. Pas facile, quand les documents fournis par les collègues du 36 sont tronqués. Mais l'équipe sait se débrouiller, grâce en partie à un génie de l'informatique en son sein (pas fut-fut par ailleurs).

Après le premier opus, il était difficile de l'égaler, mais franchement je pense que le deuxième est réussi. Il y a une enquête avec des rebondissements, c'est bien écrit sans grossièretés inutiles, c'est bien ficelé, et l'humour est de celui qui me fait rire!

D'accord avec A girl, la fin est ... (mais j'ai une idée, à confirmer, en mettant la main sur le tome 3

Tome 3 qu'il a fallu beaucoup de patience pour pouvoir emprunter! Mais je suis toujours aussi tenace.

Art et décès
Sophie Henaff
Albin Michel, 2019

On retrouve la fine équipe (augmentée de Joséphine! Confirmant la fin du 2) sur un plateau de tournage, pour l'adaptation d'un roman de la capitaine Eva Rosière. Celle-ci sera suspecte d'un meurtre survenu dans un des bureaux, et voilà que se dessine une histoire très Cluedo, se terminant à la Agatha Christie avec un regroupement suspects/enquêteurs.

Toujours marrant, mais j'ai ressenti une petite fatigue, sans doute que l'effet de surprise est moins là.

Et dans le cadre des billets regroupant plusieurs romans, un polar d'un autre auteur français aussi, et qui a également en commun le fait d'être élément d'une série, plein d'humour et pas glauque.

La griffe du chat
Sophie Chabanel
Points, 2019


Il s'agit en fait du premier opus, qui fut suivi par Le blues du chat. On y apprend à la toute fin comment la commissaire Romano s'est laissée entraîner à prendre un chat chez elle (de toute façon, quand un chat vous choisit...).

Bon, là c'est le propriétaire d'un bar à chat qui a été assassiné / suicidé. Sa veuve s'en moque, seule l'intéresse la disparition de Ruru son chat persan! C'est là qu'intervient la fine équipe de la commissaire, à savoir Tellier et Clément, toujours obéissant, gaffeur et pas malin.

L'enquête se déroule côté flics, classiquement, avec pistes plus ou moins fausses, et une fin rapide. On ne lit pas ce genre de polar pour frémir ou se vautrer dans le gore, mais pour passer un moment distrayant : mission accomplie. Les réflexions de Romano font toujours mouche.

mardi 24 mars 2020

Petit déjeuner chez Tiffany

Petit déjeuner chez Tiffany
Breakfast at Tiffany's
Truman Capote
Gallimard, 1962
Traduit par Germaine Beaumont


Après la grosse claque de De sang froid, il fut question de continuer avec Truman Capote, d'autant plus que mon souvenir du film Diamants sur canapé était favorable.

Durant les années au cours de la seconde guerre mondiale, le narrateur tentait de devenir écrivain et logeait à New York. L'appartement du dessous était occupé par Holly Golightly, jeune femme de 19 ans sortant et recevant beaucoup (au grand dam d'une voisine!). Fascinant pas mal de messieurs, elle n'a pas d'occupations bien définies, mis à part rendre visite chaque jeudi à un gangster en prison (et passant des messages, ce qui lui vaudra des ennuis). L'on apprend qu’elle a un mari quelque part (mais est-ce légal?), et qu'elle veut épouser un brésilien. Des années plus tard, le narrateur ne sait toujours pas trop ce qu'elle est devenue.

Alors? Superbement écrit, pas de souci, quelques rebondissements, bien sûr, c'est bien mené. mais j'avoue avoir eu du mal à m'intéresser vraiment à Holly, à ses monologues autocentrés (OK, elle n'a pas eu que des bons moments dans sa vie, et cherche à s'en tirer). Quelques passages où elle se dévoile un peu (le décès d'un proche), le drame personnel vers la fin, mais finalement moins de 150 pages ça me suffisait.

Avant de me lancer des pierres, prière de considérer que le film ne suit pas à 100% le livre... Le narrateur y fréquente une femme plus âgée (dans le livre, non), la fin n'est pas franchement la même. Le chat est très bien, dans les deux versions. ("Audrey Hepburn déclara que la scène où elle devait mettre l'un des chats dehors, sous une pluie battante, fut la plus pénible qu'elle ait jamais eu à tourner.")
Vous échappez à Tiffany et à la petite robe noire
https://prince-et-puissance.skyrock.com/3300205072-Chat-diamants-sur-canape.html
Des avis chez babelio