vendredi 13 juillet 2018

La quête de Wynne

La quête de Wynne
Wynne's war
Aaron Gwyn
Gallmeister, 2015
Traduit par François Happe


J'avoue délaisser un peu les parutions Gallmeister, parfois un peu trop noires ou violentes, et souvent dans le cercle familial. Alors qu'est-ce qui m'a pris de me lancer dans une histoire démarrant dans les années 2000 en Irak, puis en Afghanistan, embedded si j'ose dire parmi les Rangers et forces spéciales des Etats- unis d'Amérique? Un monde bien masculin, si l'on excepte l'infirmière Sara? Où les balles sifflent, où l'on tire des roquettes comme un gamin lance un caillou, où l'on est salement blessé ou vengé (peu de scènes difficiles, mais deux ou trois quand même), où face aux talibans c'est eux ou nous?

Hé bien le héros s'appelle Russell, originaire de l'Okhlahoma, c'est un as avec les chevaux, ce qui offre des scènes absolument fabuleuses. L'idée de Wynne, le charismatique (et un poil inquiétant) capitaine du groupe dans le nord est de l'Afghanistan, c'est de se déplacer en groupe de cavaliers dans les vallées des ces montagnes, pour une quête un brin fêlée. Serais-je donc moi aussi fan des chevaux? Non, je n'y connais absolument rien.

Donc, étonnant ou pas, j'ai aimé ce roman absolument pas dans mon créneau au départ, pour l'originalité de l'histoire, cette ambiance parfaitement crédible de danger, ces personnages bien campés, ce poil d'humour et de suspense. Alors enfilez votre gilet pare balles (15 kg) et lisez ce livre!

Des avis sur babelio, zarline, electra,

mardi 10 juillet 2018

Ce que les oiseaux disent des hommes

Ce que les oiseaux disent des hommes
The thing with feathers, the surprising lives of birds and what they reveal about being human
Noah Strycker
Arthaud, 2018


Noah Strycker est passionné par les oiseaux, ce qui est préférable quand on est ornithologue, et ce depuis son enfance, entouré par des parents que l'on imagine bienveillants et patients (ramener un cadavre récent de cerf dans le jardin, histoire de prendre en photo les vautours - je précise qu'en Oregon, cela se trouve aisément, - sans parler des odeurs subsistant longtemps dans la voiture, ça c'est fait)

Depuis il a parcouru le vaste monde, épiant des bestioles aussi diverses que les harfangs des neiges, les colibris, les mérions couronnés, dont le comportement interroge sur le notre (le dilemme du prisonnier), sans oublier du plus proche mais néanmoins fascinant, comme les poules ou les pies.

Moins de 300 pages qui informent donc sur les oiseaux et les hommes. De plus Noah Stycker fait partie de ces gens qui n'assomment pas avec des termes compliqués (ou en tout cas savent les expliquer et user d'images parlantes), qui sont passionnés par leur sujet, n'ont rien contre un poil d'humour et d'autodérision et savent conduire vers des réflexions sur nous-mêmes.

Savez-vous ce qu'est une murmuration? Je l'ai découvert (le terme, pas le phénomène) avec ce livre, et je laisse cette vidéo (ce sont des étourneaux, patientez quelques secondes, et on peut virer le son)
Il me reste à remercier Babelio

vendredi 6 juillet 2018

4321

4321
Paul Auster
Picador, 2018

M'enfin quoi, Paul Auster a fait attendre ses lecteurs de longues années depuis parution de Sunset Park, mais ça valait le coup de patienter. Bon, j'aurais pu lire ses essais et autres textes, c'est sûr. Bref.

La taille de la bête semble avoir fait fuir les gens (bravo aux blogueuses citées ci-dessous) et je me le réservais pour le 'pavé de l'été' . C'est de plus lu en VO, avec 891 pages écrites assez petit. Étonnamment aisé à lire, d'ailleurs (je parle du texte, pas de la taille des caractères), je n'ai vraiment pas peiné.

Alors, de quoi ça parle?
Archie Ferguson est le petit fils d'immigrants européens, le fils unique d'un propriétaire de magasins et d'une photographe. On va suivre Ferguson, né en 1947 (tiens tiens, comme Paul Auster) jusqu'au début des années 1970.
Assez vite arrivent des détails troublants, et -c'est connu je pense, maintenant- le lecteur réalise qu'en fait on suit quatre Ferguson aux vies différentes mais avec des ressemblances. Les frères de son père sont assez 'toxiques', et selon leur éloignement ou pas, tout évolue bien différemment, la situation familiale en particulier, son niveau de vie, les relations avec son père, ses études, mais demeurent des constantes, à savoir la littérature, la musique, le cinéma, l'université, les grandes pages de l'histoire américaine des années 50 et 60, et la France (cocorico), en particulier Paris, le sport (baseball ou tennis) et Amy Scheiderman, au statut variable selon les versions 432 ou 1 mais incontournable.

"To imagine how things could be different for him even though he was the same.""What if?"
(imaginer comment les choses pouraient être différentes pour lui même s'il était le même? / Et si?)

Bien, on a donc quatre histoires, et je conseille de lire à la suite, en fait on ne s'y perd pas, au pire quelques paragraphes suffisent pour reprendre pied.

D'accord, mais y-a-t'il des longueurs ?
D'abord, il n'y a pas vraiment de répétitions, même si certains événements extérieurs demeurent (assassinat de Kennedy, guerre du Vietnam, émeutes à Newark, événements à l'université de Columbia). Les différences permettent d'ailleurs de brosser un portrait plus complet de l'Amérique de l'époque.
Ensuite, les amis, c'est Paul Auster, et il sait fichtrement bien mener une narration!
J'avoue avoir juste eu un coup de mou quand il y avait un poil trop de baseball, et à Columbia, j'ai décroché sur le récit des événements.

Alors, aimé ou pas?
Comment ne pas être fasciné par la connaissance qu'il a de Paris? L'amour qu'il a pour la France?
Je n'ai pu m'empêcher de penser qu'Auster est fort présent dans ce roman, comment Ferguson découvre le pouvoir de la littérature, engloutissant les 'grandes œuvres' à marche forcée, comment, selon les versions, il se lance dans l'écriture d'un roman (tout le processus créatif, jusqu'à l'édition, on sent le vécu), ou de poèmes, ou de traductions, bref, c'est passionnant.

Pour les familiers d'Auster, on s'amuse à retrouver des clins d'oeil (par exemple un Moon Palace) et même si chaque histoire prise séparément paraît assez classique, je me suis régalée à retrouver l'imagination habituelle de Paul Auster justement dans les écrits de son héros, ces histoires flirtant avec le fantastique, on a même des morceaux d'écrits. Comment ne pas s'amuser aussi de l'histoire racontée de cet homme devant choisir un chemin? Ferguson n'a pas eu à choisir, c'est Auster qui l'a fait pour lui, mais, quoique. Quant à la nouvelle sur la paire de chaussures, quel talent!

Bourré de réflexions 
Le Ferguson auteur: "Books lived inside you only as long as you were writing them, but once they came out of you they were all used up and dead."(p 755)
(les livres vivent à l'intérieur de vous aussi longtemps que vous êtes en train de les écrire, mais une fois sortis de vous ils sont usés et morts)
D'accord ou pas? Je n'écris pas, je lis, et ai plutôt l'impression que les livres vivent une belle et longue vie après...

Conclusion
J'espère avoir convaincu de se lancer dans ce pavé, avec vraiment des richesses quasiment à chaque page. J'ai essayé de ne pas trop en dire, mais les curieux, au risque et péril de leur bonheur de lecture, trouveront des avis sur le net (les journalistes sont terribles pour cela), qui leur raconteront tout ou presque. Y compris pourquoi ce titre 4321...

Pour terminer en s'amusant:
Des erreurs dans ce roman? En 1965 Ferguson lit Silence de John Cage, et un billet ou avis (pas retrouvé) s'en étonne car à l'époque ce livre n'était pas paru (en français). J'ai vérifié, il est paru en 1961, donc pas d'erreur.
Mais je pense en avoir trouvé une! Page 459, Auster/Ferguson s'émerveille que la latitude de Paris permette cette luminosité jusqu'à 22 h 30 voire 22 h 45 -juste après mi juillet, donc c'est correct, il suffit de se souvenir de l'heure de démarrage du feu d'artifice, jamais avant 23 h. Sauf que, nous sommes dans les années 60, et l'heure d'été était-elle effective?

Les avis de Papillon, kathel, Valérie, culturelle, mimi,

Vraiment le pavé de l'été, (chez Brize)

mardi 3 juillet 2018

Détails

Détails
faits
Marcel Cohen
Gallimard, 2018


Bien sûr j'aurais pu insérer mon avis sur Détails dans le billet sur Faits (I, II, et III) car il est dans la droite ligne de la trilogie. Mais d'abord l'auteur se contente d'un petit 'faits' en couverture, et non pas IV. Et puis c'est tellement bien que j'en rajoute une couche, quoi.

Durant ces lectures je suis tombée sur l'auteur invité de l'émission sur France culture le 24 avril, avec André Dussolier en lecteur de quelques textes. Peut-être Luocine pourrait utiliser ces textes pour ses auditrices?

Revenons au livre.
Cette fois les textes sont plus longs, avec quelques uns menés par 'l'homme' ou 'l'enfant' que je sens assez autobiographiques. Une enfance lointaine et campagnarde, plein de charme. Avec un canif, un stylo, des sauterelles, des lapins. Toute personne ayant connu une enfance rurale il y a quelques décennies s'y retrouvera. Un homme très observateur, et de menus détails. Que je soupçonne d'être véridiques. Je pense aller vérifier par exemple si Rue royale se trouve toujours une affiche annonçant l'ordre de mobilisation générale d’août 1914... D'autres détails bénéficient de références en fin de volume, d'ailleurs.

J'ai été fascinée par cette histoire de l'homme ratant (presque?) son avion. Et puis ce long texte sur le séjour en hôpital, cette observation des détails, toujours... Fin, sensible, intelligent.

Et puis ce texte sur cet homme lecteur, quel bonheur! "S'il décidait de ne pas lire un livre sur la foi de quelques lignes, il n'avait pas besoin de beaucoup plus pour aimer un auteur qu'il n'avait pas lu."

Tout serait à citer (soupirs)
Cette histoire d'un couple chez le docteur Petiot, échappant à la mort grâce à un détail observé par l'épouse. Cette autre de l'homme achetant un baromètre. Les deux lues par Dussolier, tiens.

A savourer.

vendredi 29 juin 2018

Little America

Little America
Henry Bromell
Gallmeister, 2017
Collection Americana
traduit par Janique Jouin-de-Laurens

Parution totem en mai 2018, je dis ça je dis rien!



Inutile de chercher le Korach sur une carte, ce petit pays (fictif mais parfaitement exemplaire ), censé se situer aux frontières de la Syrie, de la Jordanie et de l'Irak et exister en 1958, a disparu, même dans le temps de ce roman.

En 1958 donc, à l'ambassade américaine d'Hamra, arrivent Mack Hopper, son épouse Jean et leur fils Terry, le narrateur. Ambassade comprenant le personnel habituel, sachant que bien sûr s'y glissent des agents de renseignements. Dont Mack, travaillant depuis des années pour la CIA. Sa mission : amorcer une amitié avec le jeune roi du Korach.

C'est l'époque de la guerre froide, russes et américains n'aiment pas qu'on piétine leur plates bandes, de plus Nasser est au pouvoir en Egypte, Israël est dans le coin, les Frères Musulmans n'aiment pas certaines évolutions du pays. Bref, une jolie poudrière. Sans pétrole, avec bédouins sous la tente dans le lointain, mais une poudrière quand même.

Dès le départ, on sait que ça s'est mal terminé pour le pays (démembré par ses voisins) et le roi (assassiné, comme son père d'ailleurs). Mais qui l'a tué?

Le roman dévoile les dessous pas jolis jolis de la politique américaine rayon barbouzes, on y croit hélas vraiment. L'enquête est menée par Terry, réussira-t-il à braver le mur du silence? Ses souvenirs de cette période, où gamin il vivait à Little America, l'enclave destinée aux américains, alternent avec ses recherches. Connaîtra-t-il finalement le rôle de son père dans l'histoire?

Je suis étonnée de n'avoir pas vu ce roman sur les blogs (mais au moins la -bonne- surprise est totale!), car il se dévore et n'est pas qu'un simple roman d'espionnage comme on pourrait le penser. Le Korach -ou un pays de la région- est parfaitement reconstitué dans sa vie, son ambiance, ses enjeux de pouvoir.

Les avis chez babelio, bibliosurf,