jeudi 20 septembre 2018

Arcadie

Arcadie
Emmanuelle Bayamack-Tam
P.O.L., 2018


Heureusement que Sans Connivence en a parlé, sinon je n'aurais pas eu l'idée de noter cette lecture. Éditeur aux choix intéressants, mais auteur complètement inconnue, et pas beaucoup d'avis sur les blogs (Cunéipage, avec une vidéo de l'auteur! a quand même bien enfoncé le clou, déjà quasiment rendu à la tête)

Quand elle a six ans, les parents de Farah s'installent dans une communauté près de la frontière italienne, en pleine nature, et en zone blanche; loin des ondes nocives pour la mère de Farah. Fuyant les pollutions électromagnétiques ou pollutions tout court, dans un univers dirigé par Arcady (gourou?) et accueillant pas mal de cas médicaux ou sociétaux. La cuisinière Fiorentina a dû se plier au végétarisme, mais n'a pas plié face aux vegans. Une enfance sans portable, sans internet, mais pas sans école, puisque Farah et les autres enfants fréquentent l'école de la ville voisine. Une enfance à connaître les arbres, les fleurs, les champignons, les étoiles. Une ambiance assez peace and love, calme, sans contraintes, où chacun est libre d'aimer qui il veut comme il veut, à condition de ne rien imposer à l'autre. Farah est subjuguée par Arcady, qui refuse de la toucher avant qu'elle ne soit assez âgée.

Une grand-mère mannequin et une mère très belle n'ont pas empêché Farah d'avoir un physique assez médiocre, pas très féminin, et ça ne va pas s'arranger à la puberté, la gamine tournant franchement vers le masculin, en s'arrêtant entre deux.

Un jour un visiteur met Arcady en défaut et Farah ne le supporte pas. Forcément, ce 'paradis' ne pouvait durer?

J'ai dévoré ce roman, tellement original, sur une sorte d'utopie rendue crédible. Les questionnements de Farah sur son identité, et surtout l'écriture précise et belle, sans oublier l'humour et l'émotion, m'ont emportée sans trop réfléchir. Un roman riche par ses questionnements, cependant.

lundi 17 septembre 2018

Un million de minutes

Un million de minutes
Einen Millionen Minuten
Comment j'ai exaucé le souhait de ma fille et trouvé le bonheur en famille
Wolf Küper
Actes sud, 2018
Traduit par Rose Labourie


Voilà clairement le genre de livre dont je me méfie d’ordinaire a priori. D'abord le long deuxième titre (apparemment non existant à l'origine) et son côté potentiellement découverte personnelle, manquait plus que la narration soit adressée à Nina la petite fille.
Mais ouf, non, et je dois remercier le blog (les blogs?) dont les avis m'ont fait noter ce titre. Et puis Actes sud, l'éditeur, évite quand même généralement les nunucheries.
Car j'ai dévoré ce récit, le sourire aux lèvres en quasi permanence et je le recommande chaudement!

Marié à Vera, Wolf Küper est papa de Nina et Simon, respectivement quatre ans et quelques mois au début de l'aventure. Wolf a un métier super prenant, qui l'amène partout sur la planète, et super bien payé aussi. Un soir, au moment de l'histoire à Nina, voilà qu’elle réclame plus que les dix minutes accordées, mais "un million de minutes". En gros, ça fait deux ans, ce désir est sans doute la goutte d'eau faisant déborder un vase déjà bien plein, et la famille part en Asie du sud est puis Australie et Nouvelle Zélande pour de longues 'vacances'. Avec quel argent? Hé bien, en n'achetant pas la berline germanique extra chère et ses équipements dernier cri, par exemple. Et c'est l'occasion de faire le tri et jeter, car la compagnie aérienne exigeait de ne pas dépasser 69 kilos de bagages. Avant donc le voyage réel, il y avait un autre voyage à accomplir...

Il est temps de parler de la petite Nina. Assez vite ses parents et les spécialistes se sont aperçus qu’elle était, en s'exprimant comme elle, 'lonte'. Pour tout. Dans son développement, sourire, parler, marcher. Dans les gestes quotidiens. Et puis comme tous les enfants elle a son monde et ses idées bien à elle. Le récit va principalement se concentrer sur le narrateur et Nina, mais aussi évoquer l'ancien métier de Wolf, des hippies, un homme handicapé, des cadres en mode survie commando, des australiens sympas... Et des plages absolument fabuleuses...

J'oubliais! Ce récit est absolument drôle, pas à rire tout fort en se tenant les côtes, non, humour plutôt léger, autodérision, moquerie gentille avec clins d’œil, quelques passages plus émouvants, mais pas de guimauve pathos beurk!

Allez, j'en fais un coup de coeur? Chiche?

Des avis chez babelio,

vendredi 14 septembre 2018

Albergo Italia

Albergo Italia
Carlo Lucarelli
Métailié, 2016
Traduit par Serge Quadruppani


Après Le temps des hyènes (paru en 2018) il me plaisait bien de retrouver le capitaine Colaprico et son adjoint érythréen Ogba, qui sait observer et déduire tel Sherlock Holmes dans une enquête se déroulant dans cette ex colonie italienne en 1899. Direction Asmara, sa chaleur insupportable et sa grosse averse de grêle, durant laquelle un italien est assassiné dans une chambre de l'hôtel Italia. Meurtre déguisé en suicide, chambre close fermée de l'intérieur, mais assez vite quatre suspects seront sur la sellette. Ajoutons la mystérieuse disparition d'un coffre-fort, une histoire pas jolie jolie vieille de vingt ans en Italie, un massacre dans le désert, une femme mystérieuse et séduisante, hélas pour Colaprica, et en moins de 140 pages d'ambiance chaude se déroule une histoire taillée au cordeau avec moult rebondissements.

L'avis récent de Moustafette.

mercredi 12 septembre 2018

Moi, Edgar, chat acariâtre

Moi, Edgar, chat acariâtre
Frédéric Pouhier et Susie Jouffa
Illustré par Rita Berman
First éditions, 2016

361e jour de captivité
Se réveiller, regretter, se recoucher

Vous avez un chat? (plusieurs?). Vous aimeriez en avoir? Ce livre est pour vous. Vous y retrouverez le portrait de votre propre boule de poils. Sous la forme d'un journal de captivité. Edgar est râleur, de mauvaise foi, pas modeste, gaffeur, déteste le vétérinaire, la douche et les autres chats, mais dans sa tête c'est lui le meilleur, le boss, et les Humains n'ont qu'à le servir. Bref, un vrai chat.

L'Humain qui comme moi, lisant sur le canapé par une belle journée de canicule, aura apprécié de voir arrivé la louloute, 3 kg à 38 degrés, se lover contre lui, compatira. Non, je ne l'ai pas virée, j'ai juste râlé gentiment (et seulement obtenu l'augmentation du volume sonore des ronrons).

Edgar est un concentré de chat qui fera craquer les amoureux des félins. OK, ce n'est pas du Kant, mais c'est bien vu et plein d'humour.

"244e jour de captivité
Les chiens ont un propriétaire, les chats ont un staff. Je ne suis pas du genre à me plaindre, mais mon staff n'est pas d'une très grande efficacité. Vous n'imaginez pas le nombre de fois où je dois quémander avant d'être enfin servi!
La maison n'est pas prête d'obtenir une étoile au guide Michelin. Le room service est inexistant, je dois me déplacer jusqu'à ma gamelle pour manger des boîtes de conserve sans goût. Le personnel n'est pas présent en journée pour satisfaire mes moindres désirs et la literie laisse à désirer. Il n'y a que l'absence de piscine qui ne me pose pas de problème."

lundi 10 septembre 2018

Extension du domaine de la lutte

Extension du domaine de la lutte
Michel Houellebecq
Maurice Nadeau, 1994


Attaquons donc la rentrée littéraire 1994, avec ce premier roman d'un nouvel auteur, paru chez un 'petit' éditeur; roman 'vendu' par le responsable de la bibli, qui me l'a carrément mis en mains, et j'ai d'autant vite cédé que la bestiole comporte moins de 200 pages. Auparavant ledit responsable et moi avions échangé sur l'idée d'Auster dans 4321, avec des vies différentes du même personnage, lui rappelant un roman de Houellebecq, mais lequel? (la possibilité d'une île?). Voilà comment je me suis retrouvée à lire mon 'premier Houellebecq'. Tout arrive.

Méfiante, j'ai préféré démarrer hors période de spleen, déprime, quand mon taux d'hormone du bonheur est à son maximum. Quelque chose me disait que ça valait mieux, pour aborder l'ouvrage d'un Droopy de la littérature (ce n'est pas de moi)(de Lançon je crois, qui avait aimé son dernier roman, raconte-t-il dans Le lambeau)

Alors, résultat?
Ben, toujours vivante. Pourtant les aventures (si l'on peut dire) de ce cadre technicien en informatique du ministère de l'Agriculture parcourant la France pour initier aux nouveaux logiciels sont peu glamour, et encore moins son collègue Tisserand (pauvre gars!). Dépressifs de tous les pays, unissez-vous, bon je rigole mais c'est finement observé je pense.

Quid du titre? Grâce au petit malin qui a encadré les 'bons passages', ce fut tout de suite trouvé (page 115). "Le libéralisme économique, c'est l'extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. De même, le libéralisme sexuel, c'est l'extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société."

"Vous avez eu une vie. Il y a eu des moments où vous aviez eu une vie. Certes, vous ne vous en souvenez plus très bien; mais des photographie l'attestent. Ceci se passait probablement à l'époque de votre adolescence, ou un peu après. Comme votre appétit de vivre était grand, alors! L'existence vous paraissait riche de possibilités inédites. Vous pouviez devenir chanteur de variétés; partir au Venezuela."

"La forme romanesque n'est pas conçue pour peindre l'indifférence, ni le néant; il faudrait inventer une articulation plus plate, plus concise et plus morne."
"Mon propos n'est pas de vous enchanter par se subtiles notations psychologiques. je n'ambitionne pas de vous arracher des applaudissements par ma finesse et mon humour. Il est des auteurs qui font servir leur talent à la description délicate de différents états d'âme, traits de caractère, etc. On ne me comptera pas parmi ceux-là. Toute cette accumulation de détails réalistes, censés camper des personnages nettement différenciés, m'est toujours apparue, je m'excuse de la dire, comme pure foutaise."

Alors? finalement il n'a jamais été question d'abandonner ce roman, et je comprends qu'il ait attiré l'attention d'un éditeur à cette époque. Diantre, il y a quelque chose là-dedans! Original, piquant, bien observé, pas feel good pour un sou.

Mais! Dès les début j'ai arboré un sourire intérieur, pensant 'mais c'est très drôle ce truc', bon, OK, au 12ème degré. Quelques exemples, et il y en a d'autres.

"Il se peut, sympathique ami  lecteur, que vous soyez vous-même une femme. Ne vous en faites pas, ce sont des choses qui arrivent. D'ailleurs ça ne modifie en rien  ce que j'ai à vous dire. Je ratisse large."

"De retour à l'hôtel, j'ai essayé de dormir, mais ça n'allait pas; une fois allongé, je n'arrivais plus à respirer. Je me suis rassis; le papier peint était décourageant."

Bref, j'ai lu Houellebecq.

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