lundi 21 août 2017

Le territoire des barbares

Le territoire des barbares
El coracon del tartaro
Rosa Montero
suites Métailié, 2004
Traduit par André Gabastou


"Le pardon d'un être bon suffisait. L'existence d'un juste suffisait pour que la ville échappe à la pluie de feu."

Mon 'dernier' Rosa Montero, en attendant la traduction d'un autre ou l'apprentissage éclair de l'espagnol. Mais un ancien, en fait paru au début des années 2000. Déjà l'univers de l'auteur et son talent de conteuse sont bien présents.

Zarza mène une vie étriquée, mais quasi normale, travaillant comme éditrice et correctrice dans une maison d'édition, rayon romans médiévaux. Un matin le passé refait surface, un coup de téléphone "Je t'ai retrouvée". Elle fuit, en vain, elle est pistée. Comme une mouche se cognant à une vitre, elle parcourt la ville, retrouvant ceux qu'elle avait fréquentés du temps de la Blanche et de la Tour, poursuivie par ce correspondant matinal.

Une ville, une seule journée, pour Zarza qui devra enfin affronter ses peurs et ses culpabilités. Ses souvenirs d'ailleurs sont-ils réels?

Bref, à lire.

Les avis de violette, philisine, luocine,

vendredi 18 août 2017

L'homme qui s'envola

L'homme qui s'envola
Antoine Bello
Gallimard, 2017

Conversation avec ma voisine dans sa voiture. Et vous lisez quoi actuellement? - Oh une histoire un homme qui disparaît qui s'envole. - Ha bon? Oh mais je vois ce que c'est, je voulais le lire, celui-ci. - Pas de souci, je l'ai emprunté à la bibliothèque [de la banlieue où elle réside principalement], je vous le passe à condition que vous l'ayez terminé avant fin août. [Deux jours plus tard, lu!]

Tout a réussi à Walker. Il a tout : une famille aimante, Sarah son épouse et trois enfants, un métier passionnant, et beaucoup beaucoup d'argent. A quarante trois ans, que demander de plus? Eh bien, du temps, du temps. Il fait tout pour en gagner, se démène, jongle entre vie familiale et professionnelle, mais il n'est pas heureux, il étouffe, il veut se libérer. Il décide de tout laisser derrière lui (sauf un paquet d'argent, faut bien vivre) et met en scène sa disparition dans un accident d'avion.

On est à un petit tiers du roman et on se doute que (spoiler : ah ben non, vous croyez que je vais révéler quoi que ce soit?). Là j'ai commis l'erreur de me tourner vers la quatrième de couverture, qui, soupirs, en raconte bien trop à mon goût, mais sans dévoiler toutes les surprises attendant le lecteur.

J'ai englouti ce roman à vitesse record, terminant à plus de 23 heures (ceux qui me connaissent savent que c'est un super critère de page turner!). Le démarrage est peut-être un peu longuet, je n'avais pas d'empathie particulière pour Walker, d'ailleurs en règle générale l'auteur fournit plus de cérébral que de sentimental, ce qui ne me déplaît pas, mais donne parfois une certaine raideur au tout.
Mais une fois la disparition dans les rails, on ne lâche pas, et je peux assurer que c'est extrêmement bien goupillé et raconté, même on s'amuse un peu, dans une sorte de duel (référence au film Duellistes, à un moment), on apprend plein de choses techniques.
Bref, c'est une lecture plaisante, et on se surprend à rêver de changer de vie, pourquoi pas? (envoyer les dons sur le compte n° machin, ça m'aidera)

Les avis de krolpapillon, cuné, motspourmots, qui ont choisi d'en dire un peu plus, mais curieusement j'avais déjà oublié certain détail. Heureusement, car pour ce genre de roman je préfère ne rien savoir (je lis Bello de confiance, systématiquement)

mercredi 16 août 2017

Vargas, jusqu'au bout! (quand sort la recluse)

Cet été 2017 fut consacré (en partie) à une lubie Vargas, à savoir reprendre là où je m'étais arrêtée (Sous les vents de Neptune) et continuer jusqu'au dernier paru. Avec risque de fatigue ou de déception.
Hé bien non.

Temps glaciaires
Fred Vargas
Flammarion, 2015


Pour mémoire, un petit tour en Islande et dans la Révolution Française. Bien bidouillé comme intrigue. Mais comme d'habitude c'est l'ambiance dans la Brigade imaginée par Fred Vargas qui compte, les dialogues fous, les tensions, les errements, un poil de hasard quand même pour résoudre les mystères, les pommes paillasson (recette secrète), un sanglier, de la peur, de la folie...

Et enfin, libéré de la pile des résas par une bibliothécaire qui doit avoir confiance en ma vitesse de lecture (et l'autre usager avait déjà une autre résa), voici la fameuse recluse, dans le peloton de tête des lectures actuelles à en croire les magazines:

Quand sort la recluse
Fred Vargas
Flammarion, 2017

Avec cinq Vargas au compteur estival (no comment, merci ^_^), je commence à discerner quelques constantes. D'abord on est tout de suite bien accueilli dans cette Brigade un peu spéciale, avec rappel de ses particularités, l'ichtyologue, le spécialiste du café, les cheveux de Veyrenc, l'hypersomniaque, et La Boule, Adamsberg et ses méthodes parfois borderline. Souvent du mystère datant de plusieurs siècles, de l'incompréhensible, des traditions obscurantistes. Un poil d'histoire, un rien de sciences voire d'archéologie (nota : Vargas est 'archéozoologue et médiéviste'), des dialogues au cordeau, des déambulations d'où jaillissant les idées, des tensions voire des trahisons (?) au sein de la Brigade, les idées bulles remontant en tête, un poil de hasard, et finalement un ton et une originalité addictives.

Dans ce volume, deux micro enquêtes histoire de chauffer les neurones du commissaire,  mais on repart vite sur des séries de crimes, et comme dans Temps glaciaires, la résolution de l'affaire fera gravement tanguer le lecteur en l'emmenant au plus profond de l'abominable.

Présumée coupable : la recluse, une araignée discrète et peureuse, mais qui peut devenir une arme redoutable, sa morsure ne faisant pas de cadeau...

"Faudra trois paires de menottes quand on tiendra le tueur, dt Noël en ricanant. Une pour chaque paire de pattes.
- Quatre paires de menottes, Noël, rectifia Adamsberg. Elles ont huit pattes."

Les morts suite aux morsures se suivent, se ressemblent, Adamsberg a du mal à convaincre qu'il s'agit de meurtres, puis des liens apparaissent entre les morts, mais il doit par ailleurs affronter des souvenirs enfuis.

Les amateurs d'atmosphère décalée se réjouiront de savoir qu'on ne dit pas de Balzac qu'il ne s'est pas foulé (p 23) et apprécieront les efforts de la Brigade pour nourrir des petits merles fraîchement éclos (p 297).

En conclusion : ce dernier opus est de bonne facture; je lis peu de polars récents et manque de points de comparaison. Mais j'ai fini par fatiguer des ambiances volontairement oppressantes, des passages dédiés aux ressentis des victimes ou des assassins, alors que là, on se fixe sur Adamsberg et ses méthodes parfois embrumées, et c'est bien mieux pour les nerfs.
Juste signaler que j'ai deviné l'identité du coupable avant la fin, c'est rare, mais après six romans, forcément, on a plus de flair.

Avis nombreux, parmi lesquels Papillon, cathulu, delphine, brize, dasola, fanja, Mrs pepys, glaz, actu du noir, d'autres vies que la mienne,

Incroyable : on en parlait au JT du 13 août 2017... (de l'araignée)
http://www.francetvinfo.fr/animaux/araignees-le-retour-de-la-recluse-brune_2326257.html

lundi 14 août 2017

Quarante tentatives pour trouver l'homme de sa vie

Quarante tentatives pour trouver l'homme de sa vie
Rachel Corenblit
la brune au Rouergue, 2015


Note liminaire: ce n'est pas du tout du tout de la chick lit classique, peut-être même pas de la chick lit.

A presque quarante ans, Lucie connaît des ami(e)s, un ex, Pascal, quitté après quinze années, l'ex d'une copine, Romuald, des collègues, des parents d'élèves, un caissier de supérette, des cousins plus ou moins éloignés; elle sort, en boîte, en club de vacances, en club de gym, à la piscine, chez la voisine, chez les amis ou chez elle sur site de rencontre..
Bref, elle bouge, elle imagine, elle essaie, mais rien à faire, l'homme de sa vie, où se cache-t-il?

Alors quand même on rit (mais souvent jaune) , c'est parfois cruel, émouvant plus rarement. Un poil désespérant, je vous préviens, les filles. Des chapitres courts, avec parfois un chapitre 'plus' pour détailler (ça j'aime bien), une sorte de fil directeur, mais dans l'ensemble c'est assez indépendant. Un portrait pas très réjouissant d'une certaine solitude.

Les avis de clara, cathulu, céline, sunalee,

vendredi 11 août 2017

L'usage du monde

L'usage du monde
Nicolas Bouvier
Dessins de Thierry Vernet
Petite bibliothèque Payot Voyageurs, 1995
Paru en 1963 (Librairie Droz)



Récit mythique, récit de voyage, bien plus encore. En 1953 et 1954, deux jeunes amis, à bord d'une vieille Fiat retapée, se retrouvent dans les Balkans, et à partir de là, prévoient "la Turquie, l'Iran, l'Inde, plus loin peut-être. Nous avions deux ans devant nous et de l'argent pour quatre mois. Le programme était vague, mais dans de telles affaires, l'essentiel est de partir." "Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. On croit qu'on va faire un  voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait."
Ils comptent vivre de l'écriture, articles aux journaux locaux, conférences, cours de langue- pour Nicolas Bouvier, ou de peinture- pour Thierry Vernet.

Récit fabuleux, plus de soixante ans ont passé, la Yougoslavie a explosé, et inutile de raconter la Turquie, L'Iran, l'Afghanistan. Quoique, quand je sors d'un rêve jaloux, mis à part ce dernier pays, tout demeure possible (et je sais que les Afghans arrivant en Europe, justement, ont traversé la frontière pour se rendre d'abord en Iran)

Tâchons de nous concentrer sur le récit de Nicolas Bouvier. Déplorons l’absence d'une carte du trajet, qui m'a obligée à fouiner dans mes atlas. A part ça, on y est : odeurs, couleurs, impressions, ambiances!
Mais depuis j'ai trouvé cela , et finalement rêvasser sur les noms des villes sans trop les situer, ce n'est pas plus mal...

Grèce "Les poissons frits brillent comme des lingots dans nos assiettes, puis le soleil s'abîme derrière une mer violette en tirant à lui toutes les couleurs."

Turquie : "L'admirable mosquée de bois où vous trouveriez justement ce que vous êtes venu chercher, ils ne penseront pas à la montrer, parce qu'on est moins sensible à ce qu'on a qu'à ce dont on manque."

Tabriz, où ils passeront l'hiver
"Jamais le travail n'est si séduisant que lorsqu'on est sur le point de s'y mettre.; on le plantait donc là pour découvrir la ville."
(communauté arménienne à Tabriz) "le dimanche à l'église, on chantait tout naturellement à quatre voix: depuis le temps qu'ils se connaissaient, on savait bien que le clan des Arzrouni donnait plutôt des basses, et que les Mangassarian étaient dans les ténors."

Tabriz toujours, avec les Américains désireux de construire des écoles. "Les cadeaux ne sont pas toujours faciles à faire quand les 'enfants' ont cinq mille ans de plus que Santa Claus."

Iran "Moi, ce qui m'y frappe le plus, c'est que l'état lamentable des affaires publiques affecte si peu les vertus privées. A se demander si, dans une certaine mesure, il ne les stimule pas. Ici, où tout va de travers, nos avons trouvé plus d'hospitalité, de bienveillance, de délicatesse et de concours que deux Persans en voyage n'en pourraient attendre de ma ville où pourtant tout marche bien."
Ispahan, photo perso, et franchement, soupirs...
Le Baloutchistan (je place cela entre l'Iran et l'Afghanistan, quoique techniquement en Iran)
"Le Baloutch est plutôt sûr de lui. Son aisance morale éclate dans ce sourire qui flotte à hauteur de barbe et dans le drapé de hardes toujours propres. Il est très hospitalier et rarement importun. Par exemple, ils ne se mettent pas à cinquante pour ricaner bêtement autour d'un étranger qui change sa roue; au contraire, ils offrent du thé et des prunes puis vont chercher un interprète et vous harassent de questions pertinentes.
Pas follement épris de travail, ils se livrent volontiers à la contrebande sur les confins persans, et tirent des fusées vertes pour attirer les merveilleuses patrouilles du Chagaï Frontier Corps pendant que les sacs changent de main sous l’œil de dieu à l'autre bout du désert."

Frontière afghane, justement : "Nos visas étaient expirés depuis six semaines. Il l'avait déjà remarqué sans en être autrement ému. En Asie on ne tient pas l’horaire, et puis, pourquoi nous refuser en août ce passage qu'on nous accordait pour juin? En deux mois, l’homme change si peu."

Plus loin "Il faut un passeport de la police de Kaboul.(...) Ce permis est souvent refusé; mais lorsqu'on lui fournit une raison simple, évidente et qui lui parle -voir du pays, vagabonder - la police est bonne fille. (...) En ajoutant que je n'étais pas pressé, j'ai obtenu mon permis tout de suite."

On l'aura compris, j'ai adoré ce récit, admirablement écrit. Signalons que de belles notions de mécanique (et de la patience!) ont été bien utiles à nos deux voyageurs...

Un incontournable, qui sera prolongé ou accompagné par L'oeil du voyageur, paru chez Hoebeke.
où les photographies de Bouvier prises lors du voyage accompagnent des textes dont certains ont été retravaillés pour L'usage du monde, en tout cas c'est l'impression que j'ai eue à la lecture. Une partie en Inde, qui complète fort bien L'usage du monde.
Présentation d'Olivier Barrot.

Lire le monde (Suisse) chez Sandrine