lundi 27 janvier 2020

Prosper à l'oeuvre

Prosper à l'oeuvre
Eric Chevillard
Notabilia, 2019
Illustrations de Jean-François Martin


A la lecture des citations de la page 9, sans aucun doute toutes réellement tirées de romans ayant déjà subi les foudres d'Eric Chevillard, j'hésite entre écarquiller les yeux et être durablement effondrée. Ma foi, quand on lit un Harlequin mouture classique, au moins on sait à quoi s'attendre, c'est dans le contrat. Mais là, s'agissant d'auteurs reconnus, ayant pourrait-on dire pignon sur rue, et pour certains fort sympathiques, que dire?
Une petite pour la route
"Rien n'était tragique. Il savait qu'il existait des navettes entre l'île de la souffrance, celle de l'oubli, et celle, plus lointaine encore, de l'espoir."

Prosper Brouillon, lui, est un auteur que l'on espère fictif, quoique je soupçonne que Chevillard en a rencontré. Prose boursouflée, au grand dam de Max, son éditeur, qui renonce face à la menace de le quitter pour un concurrent. Car il rapporte des pépettes, Prosper!
Prosper qui dévoile tout ou presque de sa vie d'écrivain, n'hésitant pas à conseiller (stages payants), cherchant à écrire sous des cieux en général ensoleillés, flairant les filons des sujets bankables. Cette fois sa muse l’entraîne dans une enquête policière, dont le lecteur de Chevillard suivra l'élaboration, les pistes, les clichés (pour offrir tout de même une histoire qui en vaut d'autres). Bien sûr les méandres de la pensée chevillardesque -ça passe ou ça casse- sont présents, ce qui rend ce roman parfaitement impossible à présenter. Les fans de l'auteur (dont je suis) en feront leur miel.

Les fans? Justement j'ai une liste (aidez-moi à la compléter) : motspourmots, cathulu,


jeudi 23 janvier 2020

Howards End

Howards End (paru en 1910)
E.M. Forster
Penguin Classics, 2000




Poursuivant ma découverte de Forster, sans trop de complexes et en VO, abordable d'ailleurs, voici Howards End. Ainsi se nomme une demeure dans la campagne anglaise, appartenant en fait à Mrs Wilcox, mais qui devrait revenir à sa famille, comprenant le mari, homme d'affaires actif et pragmatique et les enfants Charles, Paul et Evie. Lors d'un voyage en Allemagne, le couple a rencontré les soeurs Schlegel, Margaret et Helen. Ces dernières sont issues d'un milieu plus mélangé, plus intellectuel, mais sans problèmes de fin de mois. Helen approche de la trentaine, sa soeur plus jeune est très spontanée. Elles sont invitées à Howards End, seule Helen s'y rend et voilà qu'elle et Paul, au grand dam de leurs familles, échangent des promesses de mariage. Le tout dure moins de 24 heures, occupe les premières pages du roman et pose le lecteur dans l'ambiance.
Cette histoire entre Paul et Helen va durablement influencer la famille Wilcox.
Par ailleurs les deux soeurs, lors d'un concert à Londres où elles résident, font connaissances d'un employé de bureau, Leonard Bast, jeune homme engagé dans une liaison peu enthousiasmante, et rêvant de plus de culture et d'échanges intellectuels.

On est à peine au début du roman, d'office pas question de décrocher, même si je me demandais où tout cela allait mener. N'ayant rien lu de la préface ou sur internet, j'ai découvert les différentes péripéties de l’histoire où tous ces personnages interviendraient. Des passages descriptifs, en particulier de la campagne anglaise et de Londres, des dialogues avec sous-entendus, des plongées dans la tête, du dialogue indirect, un poil de féminisme en ce début du 20ème siècle, et parfois en quelques lignes des avancées importantes, des découvertes étonnantes (en tout cas je n'ai rien vu venir), des ellipses parfois frustrantes. Le tout dans une Angleterre où d'ordinaire les classes sociales ne se mêlent pas, où riches et pauvres existent mais ne sortent pas de leur case de départ.

Et Howards End, la demeure? En fait les personnages y résident peu, en tout cas peu du roman s'y déroule sous les yeux du lecteur.

Les avis de lilly, Dominique, lecture/écriture, papillon,

lundi 20 janvier 2020

Voyager en BD

En fouinant dans ma nouvelle bibliothèque j'ai découvert des 'carnets de voyage' bien épais!

Rouge Himba
Carnet d'amitié avec les éleveurs nomades de Namibie
Solenne Bardet
Simon Hureau
La boîte à Bulles

A 18 ans, Solenn Bardet est partie vivre chez les Himba, s'immergeant au point d'être adoptée par une famille. Elle y retourne ensuite régulièrement, et vingt ans après, elle s'y rend avec Georges, leur fille Zélie (deux dents, encore allaitée) et Simon Hureau, qui va croquer avec talent la vie quotidienne des éleveurs Himba, leurs problèmes actuels, assister à tout le cheminement vers une réunion de responsables (pas du tout le rythme européen). Solenn est la guide, ainsi que certains de ses amis Himba.



Pour ceux qui en ignorent tout, les femmes Himba ont le corps enduit d'ocre et un look reconnaissable, et ce peuple habite au nord ouest de la Namibie. Si vous voulez en savoir plus, lisez ce livre!

Simon Hureau joue avec bonheur les candides enthousiastes, son autodérision et son sens de l'observation font mouche. Du dessin, du texte, 300 pages. Coup de coeur, quoi.


Passons à l'Indonésie, avec
Kompilasi Komikus
Carnet de résidence
Sylvain-Moizie, C Baloup, S Hureau, J Alessandra
La boîte à Bulles

Quatre dessinateurs, de 2009 à 2012, animent sur quelques semaines des rencontres et ateliers dans divers instituts français d'Indonésie. Quatre auteurs, quatre choix, avec plus ou moins de présentation des problèmes des auteurs de BD locaux, mal reconnus, ou carrément de découverte du coin. Bon, moi j'ai préféré Simon Hureau, auquel je suis peut-être plus habituée...

La preuve, j'ai beaucoup aimé, des semaines plus tard :

Mille parages 1 (je veux le 2 !)
Fragments bourlingatoires d'ici et d'ailleurs
Simon Hureau
La boîte à bulles, 2014

De courtes histoires qui mèneront le lecteur en Asie (la jungle et ses bébêtes de tailles diverses...), en Afrique (ah les démêlés avec les autorités parce qu'il a dessiné une vache!), sur les rives de la Loire, au secours d'une auto stoppeuse, ou par ci par là à trouver un coin où dormir (hilarant).

jeudi 16 janvier 2020

Moumou / Le gaucher / Coeur de chien

L'éditeur Ginkgo (merci à lui) m'a permis de découvrir trois textes classiques parus dans sa Petite bibliothèque slave. J'ai donc commencé à combler un retard certain dans cette catégorie de littérature.
Je vais aussi proposer au fil du temps des billets présentant plusieurs livres, car ça s'est pas mal accumulé dans les brouillons... Les couvertures des livres ont disparu depuis l'écriture du billet, je les remets, mais elles peuvent sans doute disparaître...


Moumou (écrit en 1852)
Ivan Tourgueniev
Ginkgo, 2020
Traduit par Henri Mongault
Préface de Dominique Fernandez


En une quarantaine de pages sans graisse inutile, Tourgueniev conte une histoire noire et crédible. C'est l'époque où les grands propriétaires ont à leur service une multitude de serviteurs, et le servage existe toujours.
Guérassime est un colosse sourd-muet, abattant à lui seul le travail de plusieurs. Sa maîtresse est dure, autoritaire, particulièrement quand elle 'a ses nerfs'. Elle arrange le mariage de deux de ses employés, et ne supporte pas que Guérassime s'occupe d'une petite chienne, Moumou, qu'il a récupérée dans le fleuve.

Ce texte donne à saisir la vie de ces serviteurs dans une bonne maison moscovite, les dialogues sont vifs et bien rendus, et vers la fin, la description de Guérassime marchant dans la campagne est une pure merveille.

La préface de Fernandez est fort intéressante, mais il ne faut surtout pas la lire avant, car comme bien souvent la préface raconte l'histoire! Heureusement on y trouve aussi des considérations fort bien pensées (sur le sacrifice), un peu de biographie de l'auteur, et surtout, permet de réaliser que Moumou est une oeuvre marquante puisqu’elle ne tient pas qu'à son déroulement.

Le gaucher (1881)
ou le Dit du gaucher bigle de Toula et de la puce d'acier
Nikolaï Leskov
Ginkgo, 2019
Traduit par Paul Lequesne
Préface de Michel Parfenov

Début 19ème siècle, le tsar Alexandre se rend en Angleterre, et se révèle admiratif de tout ce qu'il voit, au grand dam du cosaque Platov. Pour finir, on offre au souverain une puce mécanique qui saute. Heureusement à Toula des artisans vont faire mieux, le gaucher bigle ira jusqu'en Angleterre défendre l'honneur de la Russie!
Ce conte (?) se termine par un constat amer.
"Les machines ont nivelé l'inégalité des talents et des dons, et le génie n'aspire plus à lutter contre le zèle et l'application."

Encore une fois c'est vif, enlevé, parfois tragique, plaisant à lire aussi, surtout grâce à la langue de l'auteur, inventive, et, je trouve, bien traduite pour ce que j'en sens.

Coeur de chien
Mikhaïl Boulgakov (1891-1940)
Ginkgo, 2019
Traduction de Alexandre Karkovski (1990)(bravo à lui)

Un auteur connu dont je n'avais rien lu, pour un roman publié officiellement en URSS en 1987. On comprend qu'il ne soit pas sorti avant, car ça charge pas mal. Dans les années 20, donc juste après la révolution, le professeur Préobajensky, dont le cabinet et laboratoire de recherches occupent plusieurs pièces dans un immeuble, au grand dam d'autres locataires d’appartements collectifs, recueille un chien errant, Boule. Lequel, blessé, étique, va vite apprécier le confort bourgeois, mais devenir sans son consentement sujet d'expérience. Le voilà devenu humain, marchant, parlant, mais ayant acquis les défauts d'un homme.

Le début, vu par les yeux du pauvre Boule, est parfaitement hilarant. On se sent vraiment 'chien'. Ensuite, la situation dans l’appartement déborde complètement, ça court, ça discute, ça dégénère. Avec une critique du système politique et social.

"Si vous vous souciez de votre digestion, je n'ai qu'un conseil à vous donner : ne parlez à table ni de bolchevisme ni de médecine. Et surtout, ne lisez pas les journaux soviétiques avant le repas, au grand jamais!
- Hum... C'est-à-dire qu'il n'y en a pas d'autres.
- Précisément, n'en lisez aucun. (...) Les patients qui ne lisaient pas les journaux se portaient comme un charme. Et ceux que j'ai obligé à lire la Pravda, ils me perdaient du poids.(...) Et ce n'est pas tout. Mauvais réflexe rotulien, absence d'appétit, humeur dépressive."

lundi 13 janvier 2020

Le dernier thriller norvégien

Le dernier thriller norvégien
Luc Chomarat
La manufacture de livres, 2019



Aaaaaah! Même si on lit peu de polars norvégiens (ou du coin), il ne faut pas passer à côté de cette lecture jubilatoire!

Trois éditeurs parisiens se rendent à Copenhague (oui, je sais, ce n'est pas en  Norvège, mais s'il n'y avait que ce détail, là-dedans...) pour se disputer les droits de traduction du dernier polar d'Olaf Grundozwkzson (tous les noms locaux sont de ce genre, manquant cruellement de voyelles). Par ailleurs (quoique?) un serial killer sévit dans la ville, ses victimes étant de jolies jeunes filles blondes et girondes. Une équipe de policiers 'à procédure' mène l'enquête, des hommes 'au poil ras, à la mâchoire carrée', comme tous ceux rencontrés sur place... Il fait nuit très tôt, il fait froid, et 'il se prit à souhaiter qu'arrive très vite la nouvelle vague du thriller polynésien.',

On se dit que ça va pasticher pas mal, les codes sont bien respectés, mais il n'y a pas que cela. Les trois éditeurs ont des idées bien différentes sur l'édition, la littérature, le livre, et le lecteur trouvera de quoi réfléchir en s'amusant. Puis l'histoire s’affole, est-on dans la réalité ou la fiction, l'histoire est déjà écrite (ou en cours?). Mais 'ne s'était-il pas emballé avec cette prétendue histoire de construction en abyme?'

De plus Sherlock Holmes enquête lui aussi;'en même temps, qu'est-ce que Sherlock Holmes pouvait bien faire dans un polar nordique?'

Comme le dit Olaf, 'j'ai crée un cadre absolument neuf, fait de chausse-trappes inventives, où des univers en d'autres temps étanches se télescopent et finissant par se mêler, en un imbroglio purement mental qui suppose que l'écriture est un lieu  à part, où tout peut arriver.'

Finalement, c'est une description possible du contenu de ce Dernier thriller norvégien, que j'ai englouti avec délectation.

Les avis de encore du noir, actu du noir, papillon, nicole, y'a d'la joie, alex,

Une lecture commune avec A girl.