mercredi 21 novembre 2018

La somme de nos folies

La somme de nos folies
The sum of our follies
Shih-Li Kow
Zulma, 2018
Traduit par Frédéric Grellier


Un roman malais, une grande première pour moi! Qui plus est bourré de fraîcheur, de fantaisie et de mille détails sur la vie en village ou en capitale. Y compris de l'ironie à l'encontre des politiques et des touristes. Mais avec une certaine tendresse pour les divers personnages.

Car il y en a, des personnages! A Lubok Sayong, Beevi et ses histoires 'inconcevables', son poisson libéré emporté vers le lac de la quatrième épouse lors d'une des inondations; Auyong, l'un des narrateurs, directeur de l'usine de conserves de litchis; Mary Anne, l'autre narratrice, orpheline quasi adoptée par Beevi, rêvant de sa mère; Miss Boonsidik employée par Beevi dans son bed and breakfast sis dans une incroyable Grande Maison; des professeurs et élèves de l'école, etc.

Ne pas s'attendre à un suspense, à des happy end à la pelle, non, mais cela se lit d'un souffle, le sourire aux lèvres. Pas de temps morts (quelques belles et rares descriptions, des moments plus intimes pour connaître mieux un personnage) . Beaucoup aimé.

Les avis de Didi, Nicole, Yv, Antigone, Hélène, Bricabook, Kathel,

lundi 19 novembre 2018

Le libraire de Wigtown

Le libraire de Wigtown
The diary of a bookseller
Shaun Bythell
Autrement, 2018
Traduit par Séverine Weiss


Pour une fois il ne s'agit pas d'un roman feel good se déroulant dans une librairie (genre honorable ayant engendré d'excellents ouvrages ainsi que d'excellents films), mais du journal d'un libraire de Wigtown, petite ville  du Galloway, au sud ouest de l'Ecosse et d'environ 1000 habitants. Sa librairie est la plus importante librairie de livres d'occasion de tout le pays. Il en est propriétaire depuis 2001 mais ce journal court sur une année, de février 2014 à février 2015.


Chaque mois est introduit par une citation de Quand j'étais libraire, de Georges Orwell, et d'un commentaire de Shaun Bythell sur le sujet abordé. Mis à part le Festival du livre de Wigtown, chaque année en octobre, la vie de la librairie est rythmée par des tâches récurrentes. Ranger les livres, accueillir les clients, pas toujours délicats, préparer les colis pour des abonnés à un envoi 'au choix du libraire'. Se battre avec les sites de vente en ligne  (les conséquences d'Amazon sont présentes, mais la librairie met des livres en vente sur des sites). Aller trier de vieux livres chez des particuliers, faire une offre pour ce qui sort du lot. Constater que Nicky l'employée a un sens du rangement assez particulier et s’obstine à ramener une drôle de nourriture. Sorties pêche. Menues (ou pas) réparations. Revoir des clients fidèles.
Pour le lecteur : Découvrir des titres de bouquins complètement improbables. Et au final en apprendre pas mal sur le métier!

Cela peut paraître répétitif mais justement les gags qui reviennent contribuent à l'humour (british bien sûr) du livre. Jamais l'auteur n'en dit trop ou insiste, au lecteur d’avoir ses réactions face à des coups durs ou des attitudes limite.

Justement l'équipe a concocté une video (le livre en parle)
Envie d'y aller?

Une lecture commune avec A girl , en fait on a constaté sur Goodreads qu'on l'avait lu en gros en même temps...

vendredi 16 novembre 2018

Une double famille (suivi de ...)

Une double famille
Le contrat de mariage
L'interdiction
Honoré de Balzac
Folio, 1995
Préface (excellente) de Jean-Louis Bory


Parus dans les années 1830, ces trois courts romans se déroulant durant la Restauration, appartiendront aux Etudes de mœurs, Scènes de la vie privée.

Sans rien divulgâcher vu le titre, Une double famille raconte l'idylle entre Roger de Granville (mal marié à une bigote rigide) et Caroline la jolie brodeuse, qu'il installera dans un joli nid confortable, elle et leurs deux enfants.

Le contrat de mariage est celui de l'union entre Paul de Manerville, bien gentil et amoureux, et Natalie, bordelaise dépensière, fille de Madame Evangelista, la redoutable!

La marquise d'Espard, elle, veut faire 'interdire' son époux dont elle vit séparée, et cherche à manipuler l'honnête juge Popinot.

Autour des personnages principaux (que le lecteur peut parfois retrouver dans d'autres livres de Balzac) gravitent des personnages bien connus par ailleurs, Bianchon, Rastignac, etc. C'est le principe (addictif) de la comédie humaine selon Balzac.

Quid de ces trois romans? Hé bien on n'est pas du tout dans la romance! Le mariage, c'est sérieux et surtout une affaire de gros sous, même si certains sont réellement amoureux. Balzac présente le mariage sous un jour bien peu favorable (oui, les histoires ne se terminent pas bien pour les héros les plus sympathiques). J'avoue que les histoires de majorat, gros point de discussion entre les notaires du contrat de mariage, me sont un poil passées par dessus, et de manière générale, ne me rends pas vraiment compte du pouvoir d'achat des très très riches (ou des très très pauvres). Mais Balzac est incomparable dans les dialogues et les descriptions de maisons et d'intérieur, et de ses personnages.

Conclusion : un peu de Balzac de temps en temps, c'est à noter.

mercredi 14 novembre 2018

L'excuse

L'excuse
Julie Wolkenstein
P.O.L., 2008


Utiliser le canevas d'un roman existant (un classique de préférence) , voilà qui n'est pas une grande première, que ce soit pour un roman ou un film. Si, comme dans les cas de L'excuse, c'est assumé et participe au ressort et aux péripéties du roman, alors quelle réussite! (j'en profite pour signaler le délicieux Betty et ses filles , lui aussi une réussite, mais là c'est au lecteur d'avoir du flair)

Au décès de sa tante Françoise, la narratrice Lise hérite d'une maison à Martha's Vineyard et d'un bateau (la famille est vraiment très très riche) et retrouve trois cartons pleins de documents, laissés par son cousin Nick. Contenant des photos, un jeu de tarot incomplet (il manque les trois bouts) et un écrit de Nick intitulé "Déjà-vu", dont les chapitres ponctueront la narration principale.

D'après Nick, la vie de Lise calque celle d'Isabel Archer, l'héroïne de Portrait de femme de Henry James. Roman qu'il n'est pas nécessaire d'avoir lu pour suivre L'excuse, car Julie Wolkenstein en rappelle habilement le contenu et insère des remarques à son sujet, jusqu'à "ce que nous vivons ensemble, (...) , ce n'est pas la transgression littéraire de Portrait de femme, ce n'est pas une victoire sur cette malédiction littéraire que j'ai vue organiser ton existence, c'est au contraire l'élucidation du véritable sens du roman. Ce que James ne dit pas, peut-être même ne sait pas, ses personnages l'ont fait."

J'ai adoré ce roman très subtil, bien sûr c'est Julie Wolkenstein qui mène la danse, décidant que Lise et les autres auront cette destinée, mais dans les années 80 et suivantes, avec assez de flou, de péripéties, et un découpage dans le temps permettant un suspense et un intérêt sans faille. En plus d'un attachement à Lise, devenue âgée mais qui grâce à Dick (et le petit du tarot) vivra encore quelques aventures.

De plus cela se termine en une sorte de "chasse au trésor bizarre", Lise devant découvrir le "21" (et des révélations) et surtout "l'excuse", qui la mènera à la fin d'une recherche palpitante (pour moi lectrice aussi!). Dernière remarque : pas besoin de savoir jouer au tarot.

Des romans comme cela, j'en redemande. J'ai trouvé le livre dans la "caisse aux dons" de la bibliothèque, où les usagers peuvent déposer ce qu'il veulent, j'y fouille systématiquement, et là, pépite!

L'avis de Papillon, qui mènera à d'autres, et sur lecture/écriture

lundi 12 novembre 2018

Le coeur converti

Le coeur converti
De Bekeerlinge
Stefan Hertmans
Gallimard, 2018
Traduit par Isabelle Rosselin

"Ce livre s'inspire d'une histoire vraie. Il est le fruit à la fois de recherches approfondies et d'une empathie créative."

Monieux, מניו  ou MNYW, Vaucluse, 650 mètres d'altitude. De nos jours, Stefan Hertmans y réside et s'intéresse à l'histoire locale. Tout part d'un ancien document parlant d'une prosélyte de Monieux, et retrouvé dans la Gueniza d'une synagogue du Caire, document actuellement conservé à Cambridge. Mais contrairement à ce que j'attendais, il faudra du temps pour en savoir plus sur ce document.

A Rouen, à la fin du 11ème siècle, la jeune Vigdis, fille d'un riche Normand et d'une Flamande, tombe raide amoureuse d'un juif de Narbonne venu étudier à la yeshiva de sa ville. Tout les sépare, mais les deux jeunes gens fuient Rouen pour se réfugier à Narbonne, chez le père de David. Ils risquent gros, et le père de Vigdis envoie des cavaliers à leur poursuite.
Après quelques années heureuses du jeune couple à Montieux, le village subit un pogrom, et l'on saura comment ce fameux document sera écrit et arrivera au Caire.

Stefan Hertmans s'appuie sur des documents authentiques, et a refait le parcours de Vigdis à travers la France et plus loin, et c'est passionnant, voire émouvant par moments, quand il pense avoir vriament mis ses pas dans ceux de Vigdis. Magnifique reconstitution de cette période, la vie en campagne et au village, la navigation en Méditerranée, la vie en Egypte,  les croisades et leurs conséquences, la reconquista et ses conséquences, et bien sûr la vie de la communauté juive. Evidemment certains passages doivent tout à l'imagination de l'auteur, mais il sait ne pas insister quand il ne sait pas, tout en rendant plausible l'histoire tragique de Vigdis.

Les avis de Jostein, Anne, Dominique, Nicole (juste aujourd'hui, sans se concerter; je te rappelle que le captcha m'empêche de commenter chez toi)