lundi 19 octobre 2020

Nickel Boys


 Nickel Boys

Colson Whitehead

Albin Michel, 2020

Traduit par Charles Recoursé


Nickel Boys est l'exemple parfait du roman dont on a tellement entendu parler (même le Masque et la Plume) qu'on a l'impression qu'il n'en reste pas grand chose à découvrir. Comment retrouver les plaisir de la pure découverte? Hé bien : si!

Dans les années 60, dans un sud où mieux vaut regarder où on met les pieds quand on est noir (ah bon, de nos jours encore?) , le jeune Elwood Curtis est élevé par sa grand mère, travaille pour ensuite payer ses études, et se révèle bon élève, au point de pouvoir intégrer une université.

Las! Il se retrouve dans une sordide maison de correction, inspirée à l'auteur par la Dozier school for boys, à Marianna, en Floride. La lecture des articles parus à l'époque de la découverte des faits, dans les années 2010, fait froid dans le dos. Colson Whitehead n'a hélas rien inventé. On peut même dire qu'il est resté clairement allusif, sans ajouter de détails insoutenables. Il a cependant imaginé les personnalités de ses personnages, surtout Elwood et son ami Turner, et a utilisé un découpage efficace présent/passé/présent. Le Masque et la Plume, sans tout révéler, avait quand même déjà annoncé quelque chose.

On ressort de cette lecture quand même assez lessivé, même si on avait déjà entendu parler de ces histoires de livres scolaires refilés aux écoles noires et cette piscine rendue inutilisable. Quand à la maison de redressement (ouverte aux blancs et aux noirs, mais séparés!), ça allait franchement loin dans l'horreur.

Tout de même il y a un peu d'humour dans cette narration, j'ai bien aimé Jaimie, papa noir, mère mexicaine, qui allait d'une partie à l'autre du centre, parfois trop foncé, parfois trop clair, et qui spectateur du combat de boxe se réjouissait que de toute façon "quoiqu'il arrive, je peux pas perdre".

Tellement d'avis (babelio)

jeudi 15 octobre 2020

L'homme en rouge


 L'homme en rouge

The man in the red coat

Julian Barnes

Mercure de France, 2020

Traduit par Jean-Pierre Aoustin


"Un artiste peint une ressemblance, ou une version, ou une interprétation, qui célèbre un sujet vivant, évoque son souvenir après sa mort, et peut éveiller la curiosité de ceux qui le voient des siècles après. Cela paraît simple, et l'est parfois. Je me suis intéressé au docteur Pozzi en découvrant son portrait par John Sargent, je suis devenu curieux de sa vie et de son œuvre, j'ai écrit ce livre, et je vois toujours dans cette image une réelle et vive ressemblance."

Voilà comment Julian Barnes, francophile et je pense francophone s'est lancé dans une biographie à son idée du docteur Pozzi. Comme vous sans doute, j'ignorais son nom, alors que, comme le dit Barnes avec malice, il était partout, entre les deux guerres 70-71 et 14-18, fréquentant le beau monde, le soignant souvent. Sa spécialité, la gynécologie, qu'il a contribué à faire évoluer (et il y avait du boulot!). 

Barnes en profite, avec souvent un humour british, pour parler de la Belle Epoque (pas belle pour tout le monde, mais bref), en particulier de Polignac et Montesquiou. Ce dernier paraît-il reconnaissable dans des romans, Huysmans et Proust particulièrement, A rebours étant étonnamment inspiré par lui, et évoqué lors du procès de Wilde. Pozzi fut le médecin, l'amant et l'ami fidèle de Sarah Bernhard. On croise donc bien des auteurs, des journalistes, du grand monde, dans cette biographie érudite sans excès, aux fils conducteurs assez lâches, et passionnante de bout en bout.

Sa vie familiale ne fut pas une réussite, mais sa vie professionnelle, si. Il fut amené à soigner des victimes de duels ou de tirs au pistolet, l'époque semblant en France vraiment favorable à ces activités déplorables et criminelles (et pour des raisons futiles, souvent).

J'ajouterai que des reproductions de tableaux et de vignettes ' Félix Potin' illustrent ce livre soigné.

Des avis sur babelio,


lundi 12 octobre 2020

Les Lettres d'Esther


 Les Lettres d'Esther

Cécile Pivot

Calmann Levy, 2020

L'auteur est la fille de qui vous savez, mais heureusement Les Lettres d'Esther est un ouvrage de fiction, qui ne cherche pas à régler un compte ou honorer un proche. Mon impression assez rapidement : bonne pioche!

Très liée avec son père avec qui elle entretenait une vraie correspondance avant sa mort, Esther est libraire à Lille, et lance l'idée d'un atelier d'écriture : il faudra écrire des lettres à au moins deux personnes inscrites, durant une période donnée. Elle-même participera, donnant des conseils, et recevra un exemplaire de chaque courrier.

Un couple, Nicolas et Juliette, est dans la tourmente à cause de la dépression post-partum de Juliette (on en apprend beaucoup!), Samuel est un tout jeune homme qui a lâché ses études, après le décès de son frère julien lui et ses parents ont du mal à communiquer, Jeanne, la soixantaine, mène dans son coin de campagne un combat contre le mal-être animal et l'enlaidissement des villages, Jean est un homme d'affaires très aisé, toujours en déplacement aux quatre coins du monde.

Au fil des échanges épistolaires, parfois agités, mais toujours urbains, se dessinent les personnalités, les évolutions, jusqu'à une très jolie fin. C'est un roman vraiment agréable à lire, les personnages (même Jean) sont attachants, humains, et j'avoue que j'aurais bien cheminé encore un peu avec eux.

Les avis de LewerenzEve, Didi,

jeudi 8 octobre 2020

Petit traité d'écologie sauvage

Je parle d'une trilogie, lue dans le désordre (mais ce n'est pas grave), dans la dépendance des lecteurs de la médiathèque!

Petit traité d'écologie sauvage t 2
La cosmologie du futur
Alessandro Pignocchi

Steinkis, 2018

D'abord grand merci au squatteur chez Dasola qui m'a permis de découvrir ces pépites. En gros on est dans la veine Fabcaro pour l'absurde et la critique. Sur le blog Puntish, vous aurez une idée.

Dessins à l'aquarelle, et à première vue les mêmes reviennent, mais ce sont les dialogues qui font avancer l'affaire. D'ailleurs Proust explique dans la dernière partie l'avantage du processus.
Quoi, Proust? Oui, avant de partir chez les Jivaros.
Quoi, les Jivaros? Oui, là où notre président (oui, lui) séjourne et découvre. Un anthropologue Jivaro, par ailleurs, étudie la population de Bois-le-roi, et bien entendu est à côté de la plaque dans ses déductions.
Ajoutons des mésanges un poil éco terroristes (et amateurs de drogues), des hommes et femmes politiques vraiment fatigués, des réflexions sur nature et culture, et franchement, c'est à découvrir!

Des avis chez babelio


Petit traité d'écologie sauvage t 3

Mythopoïèse 

Alessandro Pignocchi

Steinkis, 2020


Où l'on retrouve E Macron, D Trump et A Merkel comme on ne les connaît pas (ou alors ils cachent bien leur jeu), le Jivaro toujours en étude de ce qui reste de notre civilisation, et les inénarrables mésanges ("Vous étiez vraiment obligés de brûler l'Elysée? C'était un beau bâtiment. - C'est les pinsons. Ils étaient incontrôlables, on n'a rien pu faire.")


Des avis sur babelio

Et pour terminer, le t1 !


Petit traité d'écologie sauvage

Alessandro Pignocchi

Steinkis 2017 

Finalement j'aurais mieux fait de commencer par le t1, ç'aurait été plus clair de comprendre ce que voulait l'auteur.

"Dans cette bande dessinée, j'ai voulu prolonger ce mouvement de mise à distance en imaginant à quoi ressemblerait le monde si l'on empruntait quelques outils de composition aux Jivaros. Le résultat est absurde. Mais l'est-il beaucoup plus que le monde que nous sommes en train de composer?"

Je ne vais pas détailler ce qu'il entend par 'composer', ni ce qu'il connaît des Jivaros, mais la postface est vraiment intéressante. "Pourquoi agrandir ses jardins quand ceux que l'on a suffisent largement à nous nourrir? Pourquoi se lancer dans l'élevage alors que la chasse est une activité autrement plus ludique?"

La première illustration (au fait, il s'agit d'aquarelles) nous montre un François Hollande et un Jivaro se donnant une poignée de main. "Les dirigeants de la planète ont enfin décidé d'adopter la vision du monde des Indiens d'Amazonie. Il est désormais admis que les plantes et les animaux ont une vie intellectuelle et sentimentale similaire à celle des humains. Ils sont, à ce titre, des membres à part entière de la communauté morale."

Imaginons un premier ministre dont le chauffeur écrase un hérisson. Il faut alors le manger. Puis le premier ministre décide d'aller en vélo au rendez-vous d'Angela. "Appelez-là pour le reculer de deux mois."

On retrouve l'anthropologue Jivaro, etc. , mais hélas pas encore tellement les mésanges...

Des avis sur babelio,

Et pour terminer, hors trilogie, paru avant



Anent

Nouvelles des Indiens jivaros

Alessandro Pignocchi

Préface de Philippe Descola

Steinkis, 2016


Là on se rend chez les achuar, 'étudiés' par Philippe Descola il y a quelques décennies, et revisités par Pignocchi. Le temps a passé, la modernité est arrivée (un peu), que sont devenus les anent?

Je n'explique rien, de l'humour dans cette BD superbement dessinée et colorée, et j'ai appris ce que signifie 'puntish'. S'il vous prend envie de visiter ces communautés, "un puntish offert à l'arrivée sur présentation de ce livre". Mouarf!

Plus sérieusement : livre à découvrir!


Avis chez babelio,

 

lundi 5 octobre 2020

Bénie soit Sixtine


 Bénie soit Sixtine

Maylis Adhémar

Juilliard, 2020

 

Sixtine est la sixième enfant de Muriel et Bruno, famille que sans exagérer on peut qualifier de catholique intégriste, très très, même. Vatican II connaît pas, le pape, non plus. Messe en latin; éducation stricte; pour les jeunes, camps de Frères de la Croix. Bruno serait peut-être un poil plus cool, mais il n'a pas voix au chapitre.

Tenues strictes, couleurs classiques, jupes sous le genou, l'ambiance est totalement bien rendue, au point que c'en était presque caricatural, mais si, ça existe on peut le supposer! 

 Sixtine ne semble pas souffrir de cette existence, en temps voulu elle épouse, sans contrainte, Pierre-Louis Sue de La Garde. Elle est vite déçue par les relations conjugales sans chaleur. Rapidement enceinte, à la joie de tous (on en aura 5 ou 6), elle mène une grossesse pénible, elle doit endurer; à l'arrivée il ne sera pas question de péridurale, elle le sait. Pas question non plus de choisir le prénom de son fils. Mère et belle-mère régissent tout.

Survient un événement tragique qui change la donne, en tout cas les velléités de Sixtine de prendre sa vie en mains peuvent se donner libre cours. Elle n'envoie pas forcément son bonnet par dessus les moulins, mais découvre vraiment d'autres façons de vivre, parfois assez radicales (et là je trouve que l'auteur a poussé le bouchon un peu loin).

Ne chipotons pas, l’histoire est originale et passionnante de bout en bout.Sans doute comme moi allez-vous ouvrir grands vos yeux lors de l'immersion dans ces différents milieux. La religion n'est pas maltraitée en tant que telle, mais ses dérives vraiment extrêmes. Sixtine trouve aussi dans son parcours des gens accueillants et pas rigides.

Des avis sur babelio, dont mumudanslebocage, et sandrion  , on aurait pu faire une LC ^_^,