mercredi 22 mars 2017

La guerre des familles (les princes-marchands 4)

La guerre des familles
The merchant's war
Les princes-marchands 4
Charles Stross
Robert Laffont, Ailleurs & Demain, 2011
Traduit par Patrick Dusoulier



En découvrant Une affaire de famille, et Un secret de famille, déjà en 2009..., je croyais naïvement que c'était une trilogie. Las,  Familles et Cie, le tome 3, se terminait sur un cliffhanger dont je pressentais l'issue heureuse pour l'héroïne. Je connais quand même les codes de ce genre de littérature.

J'avais raison, Myriam Beckstein s'en sort.

La mauvaise nouvelle, c'est qu'il existe déjà trois autres tomes parus (non traduits, mais ce n'est pas un problème) et deux autres à paraître. Rien en français depuis 2011, ça sent mauvais! L'auteur est né en 1964, on peut donc penser qu'il ne va pas laisser ses lecteurs en plan, mais bon, quoi, quand même, Charlie, va falloir penser à terminer!

La bonne nouvelle, c'est que même si l'on sait que le mot fin n'est pas pour aujourd'hui, ça reste une excellente série, extrêmement bien faite et addictive. D'accord, c'est pour les fans de mondes parallèles, avec un poil d'humour et d'action, un découpage à suspense, et des potentialités justifiant ces tomes à venir. Livre plutôt détente, idéal pour grand voyage ou journée pluvieuse, et après tout on s'en fiche que le bout soit si lointain... En attendant, on s'amuse bien.

Juste au cas où j'aurais convaincu quelqu'un de s'y lancer, un bref aperçu de mes billets précédents:
Myriam a découvert qu'en regardant un dessin sur un médaillon elle pouvait accéder à un monde parallèle dont sa famille est originaire.
" Un monde médiéval. Un monde dans lequel le christianisme n'est jamais devenu la religion officielle à Rome, où le haut Moyen-Age a duré plus longtemps, et où l'émigration scandinave a atteint cette côte et s'y est implantée jusqu'aux Appalaches, tandis que l'Empire chinois occupe l'Ouest. "

Son retour dans ce monde n'a pas plu à tous et au moins deux groupes différents essaient de la tuer. Elle trouve sur un de ses agresseurs un médaillon présentant un dessin légèrement différent et qui lui donne accès à (encore) un autre monde parallèle.
" Ils ont eu deux guerres mondiales - mais ils ont combattu avec des vaisseaux en bois et des ballons dirigeables. (...). Ils connaissant l'origine microbienne des maladies, et ils ont des voitures à vapeur.(...).La révolution industrielle a été retardée - ils en sont au niveau des années 30 en ce qui concerne l'électronique."
Existe en poche (ça c'est de la couv')

lundi 20 mars 2017

Dans les prairies étoilées

Dans les prairies étoilées
Marie-Sabine Roger
la brune au rouergue, 2016


Merlin est auteur de bandes dessinée; sa série Wild Oregon en est déjà au tome XIII (je vois ça comme Valerian et Laureline, pour l'ambiance, en plus western peut-être?) et fignole aussi des aquarelles d'oiseaux. Pas de quoi rouler sur l'or, mais assez pour acheter une grande bâtisse au fin fond de la campagne, avec travaux sans fin à la clé. Il est follement amoureux de sa compagne, Prune.

Jusqu'au jour où meurt Laurent, l'ami de presque toujours, inspirateur de son héros Jim Oregon, et Merlin va se retrouver plongé dans de grands questionnements sur la suite de sa série. "Jim Oregon arpentera à jamais les prairies étoilées", ou bien?

Avec Marie-Sabine Roger, c'est l'assurance d'un roman plutôt feel good, avec des gentils sympathiques, bourrés d'autodérision, où les méchants sont rares et plus ridicules que méchants. En plus ici, deux chats, dont Cirrhose absolument bien rendu mais à éviter si l'on tient à ses mains, et l'art de boire du whisky. De bons moments entre potes. La vie d'un créateur de BD.

De jolis passages au détour d'une page
"des oiseaux (...) affublés, pour certains, de noms invraisemblables -Tadorne de belon, Fuligule Milouin - que l'on croirait sortis d'un roman social du XIXe siècle, jeunes nobles ruinés au jeu, ou tristes clercs de notaire mielleux."

Des descriptions
"Lolie et Genaro, c'est le monde merveilleux des contes pour enfants, dans lequel les gentils sont gentils, bêtement. Ils m'agacent parfois avec leur idéal militant d'une vie dans laquelle chaque citoyen adopterait un sdf, un chien perdu, un réfugié, un viticulteur bio, une grand-mère, parrainerait un enfant à l'autre bout du monde et donnerait au WWF. Ils croient que les gens sont généreux, pour peu qu'on leur laisse le choix. Ils sont de toutes les bonnes causes, de toutes les pétitions, de toutes les manifs. Ce sont des intégristes de la démocratie. Ils font encore confiance aux hommes politiques. Cons comme des poussins qui voteraient Renard.
C'est aussi pour ça que je les aime."

Là où j'émettrais quelques bémols, c'est quand les métaphores sont filées parfois un peu longuement et que les chapitres se terminent parfois - à mon goût- de façon sentencieuse. Mais le joli brin de fantaisie qui court le long des pages fait oublier cela.

Les avis de clara,

vendredi 17 mars 2017

Les nains de la mort

Les nains de la mort
The Dwarves of death, 1990
Jonathan Coe
Gallimard, 2001
Traduit par Jean-François Ménard



C'est sûr, à côté de Testament à l'anglaise, ces nains de la mort peuvent paraître moins grandioses, mais, mais... A y réfléchir, l'ambiance douce-amère du roman vous poursuit longtemps, et certains passages sont carrément d'anthologie. Aaaaah attendre un bus le dimanche dans cette banlieue où réside  William, le héros! Aaah ces moments musicaux où je ne comprends pas grand chose mais qui réussissent à demeurer passionnants. Aaaah cette Tina la colocataire de William que l'on connaît par des échanges manuscrits entre elle et lui, leurs horaires étant différents.

Découvrez donc qui sont ces Nains de la mort, ainsi que l'Alaska Factory, le groupe de musique, à l'avenir peu prometteur, auquel appartient William. Il est plutôt doué, William, sympathique et tout ça, et au cours du roman (et ça, c'est drôlement bien fait) apparaissent de micro détails faisant qu'on s'interroge, à la fin.

Quant à Madeline, il en est amoureux, et bien le seul à croire que cela pourrait tourner autrement...
Comme souvent chez Coe, l'humour très second degré est inégalable. Il m'a eue, finalement. Drôlement bien ficelé, ce roman.

Les avis sur Lecture Ecriture, bluegrey,

mercredi 15 mars 2017

La passerelle

La passerelle
A gate at the stairs
Lorrie Moore
Editions de l'Olivier, 2010
Traduit par Laetitia Devaux


"Des volées sinistres de rouges-gorges aux plumes presque grises picoraient désespérément le sol gelé - mais quel oiseau, même en bonne santé, n'a pas l'air un peu désespéré?"
"J'étais allée donner mon sang plusieurs fois (...), mais la dernière fois, la clinique n'en avait pas voulu sous prétexte que mon plasma était nuageux parce que j'avais mangé du fromage la veille au soir. Plasma nuageux! Un groupe avec un nom pareil, j'aurais rêvé d'en être la bassiste!"
"C'était un restaurant qui servait sans doute les pommes de terre cultivées par mes parents, même si mon père n'aurait jamais pu s'y offrir un repas."
"Nous avions aussi possédé une truie exubérante du nom d'Helen qui répondait à son nom et souriait comme un dauphin quand on lui parlait. Puis elle disparut quelque temps, et un jour au petit déjeuner, alors que nous mangions nos œufs au bacon, mon frère avait demandé : 'C'est Helen?' J'avais lâché ma fourchette pour m'exclamer: 'C'est Helen? Est-ce que c'est Helen?' Ma mère cessa de manger à son tour t fusilla mon père du regard: 'Bo, c'est Helen?' Le cochon suivant, on ne le vit jamais, et il s'appela à jamais #WK3746."

Même pas 20 pages lues et déjà j'étais en éveil, cette impression de sortir fréquemment des rails narratifs ronronnants. Des comparaisons et images originaux, on s'arrête, on se dit 'ah mais oui c'est exactement ça'. Jamais de lourdeur, une légèreté discrète et superbement efficace. Je me suis laissée balader tout du long de l'histoire, quels que soit les chemins décidés par l'auteur, je les empruntais. Quitte à terminer le cœur un poil broyé, et bien décidée à découvrir mieux cet auteur.

Ha oui, l'histoire? L'année 2002 pour Tassie Keltjin, 20 ans, étudiante issue d'un patelin assez bouseux du Midwest, et baby-sitter pour le couple Sarah et Edward. Drôle de couple, sans enfants, et entraînant Tassie à leurs rendez-vous d'adoption, car le bébé à garder n'est pas encore chez eux. La petite Mary-Emma sera choisie, et capturera le cœur de tous (y compris du lecteur). Une petite métisse, encore ignorante des remarques racistes, contrairement aux adultes l'entourant.

Je n'en dis pas plus, rien sur la colocataire de Tassie, son premier amour, son frère.

"J'avais passé le plus clair de ma vie à essayer de me tenir tranquille comme un petit bout de corail, de façon à ne pas me faire repérer par les requins."
"Les cerisiers n’avaient pas été taillés depuis trois saisons, et leurs branches drues, noueuses et improductives attendaient peut-être une scie circulaire, un ébéniste, voire un écrivain de théâtre russe..."

Une auteur déjà dans la LAL pour Que vont devenir les grenouilles? , et récemment (et merveilleusement) chroniquée par Cunéipage, pour un autre livre: voilà l'historique de cette lecture.

lundi 13 mars 2017

American prophet


American Prophet
The White Boy Shuffle, 1996
Paul Beatty
Passage du Nord-Ouest, 2013
Traduit par Nathalie Bru
Existe en poche!

Oyez l'histoire de Gunnar Kaufman, issu d'un longue lignée d'afro-américains. Son enfance à Santa Monica se termine brusquement quand sa mère déménage à Hillside, un autre quartier de Los Angeles. Vraiment autre.
Il passe donc de
" J'étais le Noir cool et marrant. A Santa Monica, comme dans la plupart des refuges à majorité blanche préservés des fléaux urbains, 'Noir cool et marrant' est un identifiant passe-partout servant à distinguer l’homme de couleur inoffensif du jeune de race blanche sans avoir à quitter la sémiotique du politiquement correct."
à
"Ma, t'as merdé grave, on est dans le ghetto!"

Gunnar va donc devoir se couler dans le moule pour survivre, connaître les codes, et une fois ses talents au basket et comme poète reconnus, se fait des amis, est inclus dans une bande.

Comme dans The Sellout (moi contre les Etats Unis d'Amérique), ça canarde -en mots- dans tous les coins -sans oublier quelques paragraphes joliment racontés émergeant du grand barré non politiquement correct et vivifiant. Jamais on ne se dirige vers une direction prévisible.

Tiens, au hasard, les émeutes et le pillage des magasins durant l'affaire Rodney King...

Roman décapant (bien traduit, j'ai ressenti le même plaisir qu'avec le précédent lu en VO), à découvrir, forcément.

Les avis de charybde 27, le bouquineur,