lundi 18 mars 2019

La vie secrète des animaux

La vie secrète des animaux
Amour, deuil, compassion
un monde caché s'ouvre à nous
Peter Wohlleben
Les Arènes, 2018


Après La vie secrète des arbres (lu mais pas chroniqué), le forestier allemand le plus connu actuellement récidive avec les animaux, et, disons-le, pour notre plus grand plaisir. Il s'appuie sur une grands liste (bibliographie à la fin) de documents, qu'il a lus et disséqués pour nous, présentant ainsi plein de données sur différentes bestioles, parfois peu ragoûtantes, mais qu'il réussit à nous faire sinon aimer mais comprendre (la tique, franchement...). Hé oui, le hérisson est plein de mignonnitude, mais ce n'est pas le cas de tous.

Il a recours pour ses assertions et ses questionnements à des anecdotes tirées de sa vie personnelle avec les animaux sauvages de ses forêts, ainsi que de ses chevaux, chèvres, chiens et chats.

En résumé : plaisant à lire, instructif, donnant une autre vision des animaux (si on ne l'avait pas déjà!) et menant à s'interroger sur leurs facultés bien réelles et notre attitude à leur égard.

L'horloge de la nature
Prévoir le temps, comprendre les saisons, les animaux et les plantes
Peter Wohlleben
Le fil vert, Macro, 2017
Traduit par Laurent Palet

Pourquoi s'en priver? J'ai continué avec ce titre plus généraliste, et j'adore ces bouquins proposant en deuxième titre un catalogue des thèmes abordés.
Finalement, existent très peu de répétitions par rapport au livre précédent, on est plus dans les Sciences de la vie et de la terre, avec la météorologie, l'astronomie, les saisons, le changement climatique, différentes bestioles, et des conseils pour le jardin, et redécouvrir qu'on peut mieux observer la nature et ce faisant en apprendre pas mal.

Tout public, y compris jeunesse intéressée, à partir de 12/15 ans?!

jeudi 14 mars 2019

Le voyage du canapé-lit

Le voyage du canapé-lit
Pierre Jourde
Gallimard, 2018


Cela va finir par se savoir : j'aime beaucoup l'auteur, enfin, heu, ses livres, seule rencontre à l'heure actuelle. Après Le Maréchal absolu    Pays perdu   La première pierre   Winter is coming, ces trois derniers évoquant des épisodes de sa vie, genre que d'ordinaire je fuis, voici une histoire de canapé-lit; mais son talent doit être incontournable puisque même sur la maladie (et le décès) de son fils, j'ai dévoré le texte.

Cette fois, à une époque non précisée, Jourde faisant fi de la chronologie et mélangeant allègrement passé, présent et même futur, ainsi que la géographie, peu importe,  sa grand-mère maternelle est décédée, une grand-mère affreuse en particulier à l'égard de sa fille, la mère de l'auteur (vous suivez?), et le voilà, accompagné de son frère Bernard et son épouse Martine, à transbahuter un canapé vieillot jusqu'à la demeure familiale au fin fond de l'Auvergne.

Cette équipée permet de découvrir le trajet en France profonde (respect à la France profonde, hein!), des dialogues fous (inventés, mais psychanalysants parfois, il y a de la névrose familiale dixit la quatrième)(de toute façon, il y a déjà le canapé) et des voyages jourdesques, avec ou sans Bernard, dont ils s'est tiré vivant, mais après moult péripéties.

Avouons-le, parfois les blagues sont scato, Jourde raconte sa vie, mais fichtre je me suis bien amusée. Et j'en avais besoin. Je sais, ce n'est pas franchement un compte-rendu objectif mais tant pis. De toute façon Jourde a déjà désamorcé les critiques qu'on pouvait lui faire, alors...

Intervention d'un lecteur déçu de trouver tels passages sous la couverture blanche de Gallimard (mais où-va-t-on, quoi!)
"-Je revenais faire un tour, mais je vois que ça ne s'est pas arrangé, je vais revendre ce bouquin chez Gibert fissa, fait le lecteur.
-C'était qui? turlute Martine.
-Notre lecteur. Il s'en va.
- C'est le seul?
- J'en sais rien.
- Mais si personne ne nous lit, on va continuer à exister?
- Un livre existe sans lecteur.
- Tu es sûr?"

Page 170 allusion aux lecteurs de Chevillard, un pote de Jourde, d'où

Détartre et désinfecte
Eric Chevillard
Fata Morgana, 2017


De courts textes qui m'ont intéressée de façon inégale (désolée). La soupe et La chaise sont excellents, Nets progrès, génial (pour moi ça parle d'un chat, donc) et Rapport parlementaire, original et parlant, cause animale et extinction des espèces.

lundi 11 mars 2019

Oyana

Oyana
Eric Plamondon
Quidam, 2019




Quels rapports entre les Basques et les Québecois? (vous avez quatre heures)
Eléments de réponse : les baleines (chasseurs basques partis vers Terre Neuve et baleines au Saint Laurent) et la lutte pour l'indépendance (et la langue?). Et Oyana, mais là c'est le roman.

Depuis plus de 20 ans Oyana vit au Québec, partageant la vie de Xavier. Elle s'apprête à partir pour la France, retrouver le pays basque qu’elle a quitté dans des circonstances dramatiques. Le déclencheur? L'annonce le 3 mai 2018 que l'ETA a décidé de se dissoudre, 'la lutte est terminée', 'les armes et la violence ne sont plus une solution.'

Oyana se remémore sa vie, celle des ses parents, de son pays. Comme pour Taqawan, Eric Plamondon use d'un récit éclaté, nerveux, efficace. Du suspense, des retournements, des révélations, assez pour maintenir l'intérêt. Une héroïne écorchée, dans la douleur.

Merci à l'éditeur et à sa confiance. Toujours de superbes couvertures de Hugues Vollant.

Les avis de mots pour mots,

jeudi 7 mars 2019

Cachée sous mon turban

Cachée sous mon turban
Nadia Ghulam avec Agnès Rotger
L'archipel, 2019
Traduit (du catalan) par Martine Desoile




Forcément j'ai été attirée par le thème et l'occasion d'en savoir plus sur le pays. Née en 1985 à Kaboul, Nadia raconte son enfance auprès de ses parents, son frère aîné et ses petites sœurs. La guerre les oblige à fuir de maison en cave, tentant de se protéger des bombes. Un jour elle est gravement blessée, puis soignée et opérée dans ce qui sert d'hôpital. Son père ne peut travailler, son frère a disparu, alors elle  endosse son identité et à partir de 11 ans, comme bien des gamins, effectue toutes sortes de petits boulots, particulièrement dans les fermes autour de la ville.
Durant dix ans environ, elle est 'cachée sous mon turban', tremblant d'être découverte, rêvant d'aller à l'école (y parvenant); repérée par une association, elle raconte ses expériences et part en Espagne pour être vraiment opérée.

Je raconte les grandes lignes; bien sûr ce genre de livre ne vaut pas pour ses qualités littéraires (quoique ce soit bien fait, en courts chapitres), mais s'est révélé passionnant. Nadia ne cherche pas à être plainte, c'est une gamine déterminée et courageuse. J'ai particulièrement aimé de comprendre de l'intérieur la vie des gens durant une bonne quinzaine d'années à Kaboul (pour ce que j'en sais, ce n'est pas le top encore maintenant) et particulièrement la vie des jeunes en général.

Une video

Merci à l'éditeur (Mylène P) et Patricia de LP Conseils

lundi 4 mars 2019

Oiseau de malheur

Oiseau de malheur
Linnunaivot
Johanna Sinisalo
Actes sud, 2011
traduit par Paula et Christian Nabais



Cet oiseau serait-il le perroquet kéa, malin et adaptable? Deux randonneurs finlandais, Heidi et Jyrki pourraient se le demander, au cours d'une randonnée en Tasmanie. Ces deux là ne se connaissaient guère auparavant; Jirki est efficace et aguerri, a tendance à allonger les étapes ("allez, que douze kilomètres, on les fait!"), et est un quasi maniaque du respect de la nature (zéro déchet sur place). Elle est plus petite, moins costaud, mais déterminée, surtout qu’elle a des comptes à régler avec un père riche et étouffant. Drôle de couple, leurs narrations alternent en courts chapitres, lui la nomme 'elle', elle l’appelle Jirky.

Après un décrassage en Australie et nouvelle-Zélande, les voilà sur le South Coast Track dans le sud de la Tasmanie, et là ce n'est pas pour les mauviettes! Le lecteur confortablement installé les suit dans les kilomètres de grimpées et descentes, sous le soleil, la pluie, dans les broussailles et la boue. Pas mon truc, mais j'ai été passionnée. Et puis Jirky en connaît un rayon en écologie.

En même temps, sont proposés des extraits d'Au coeur des ténèbres de Conrad, et les 'exploits' d'un type plutôt nuisible (le frère de Heidi?), des objets disparaissent et réapparaissent (coupable, un kéa?), par exemple un briquet orange, mais le roman m'a absolument passionnée sans recours à ces trucs là.

"La nouvelle-Zélande était une carte postale bluffante et sans fin, comme si un designer italien à la mode avait élaboré des paysages sur ordinateur en jouant à fond sur le côté esthétique. Ici, tout est primitif, rugueux, d’une beauté si différente de tout ce que j'ai pu connaître qu'il est difficile d'employer ce terme au premier abord. La côte sud de la Tasmanie est belle à la manière d'un coteau rocheux en Laponie, je dirais. Elle n'a rien d'attrayant, ni d'aguichant, c'est un paysage conscient de sa propre valeur qui n'a besoin de plaire à personne, qui peut se permettre d'être revêche. Comme une star masculine de Hollywood sur le retour, un paulnewman, un clinteastwood, avec tant de strates imprimées sur ses traits par le temps que personne ne pourrait désormais qualifier son visage de beau, encore moins de gracieux, mais dont l'indéniable charisme viril coupe le souffle."
Perroquet kéa
Un lien vers le South Coast track (avec photos) (et c'est bluffant!)

Les avis de Mark et Marcel,