jeudi 28 mai 2020

La chevauchée des steppes

La chevauchée des steppes
3000 km à cheval à travers l'Asie centrale, 2001
Sylvain Tesson Priscilla Telmon
Pocket, 2013



En 1999 Sylvain tesson et Priscilla Telmon se lancent dans une grande randonnée à chaval, en partant du Kazakhstan où ils se procurent trois chevaux, qu'ils nommeront Ouroz, Boris et Bucéphale. Dans le coin, les chevaux n'ont pas toujours de nom, et se récupèrent plus de coups de talon et de cravache que de bons soins. Nos deux voyageurs ne se sont pas comporté ainsi, faisant souvent passer le bien-être de leurs montures avant la leur. D'ailleurs ces compagnons ne seront quittés aux alentours de la mer d'Aral, en de bonnes mains, et avec un gros serrement de coeur.
Deux kirghizes, à cheval!
On suit les cavaliers avec plaisir, au Kirghizistan par exemple arriver à cheval est une promesse de bon accueil (et il est difficile de refuser le kumis et la vodka, et le plov)

(3030 m d'altitude)
Globalement ils ont pu parcourir le trajet espéré, sauf une fois à cause de problèmes de sécurité. Le passage des frontières demande souvent patience et art de la discussion. Ils ont dû se méfier aussi des voleurs de chevaux ou autres.

La dernière partie leur fait traverser un désert vers la mer d'Aral, un vrai crève cœur écologique... Pour cultiver le coton, les eaux du Syr Daria et de l'Amou Daria ont été détournées. Sans parler de la pollution des sols et de l'air, des maladies... L'on sent parfaitement la colère et l'émotion chez les deux auteurs.

J'ai vraiment beaucoup aimé ce récit, avec un Tesson même pas trentenaire, évitant les grandes envolées philosophico-lyriques et trouvant la juste mesure entre le périple équin lui-même, et quelques information historiques et géographiques.

Des avis sur babelio,

Et voilà que je tombe en librairie post confinement sur :
(image prise chez La librairie du voyage)
Carnets de steppe, 2002
A cheval à travers l'Asie centrale
Sylvain Tesson Priscilla Telmon
Nouvelle édition revue et corrigée, Pocket, 2017


Bon alors, c'est le même livre? Hé bien non. Le voyage , son parcours, ses péripéties demeurent, bien sûr, mais je l'ai lu avec intérêt juste après l'autre. C'est bien plus court, agrémenté de photographies, et, comment dire? , alors que le premier déroulait le voyage du début à la fin, suivant la chronologie, le second est un peu classé, s'il s'agit de thèmes récurrents, par exemple le passage de frontières, la vision locale des femmes, la yourte, des vignettes historiques et géographiques.

"De nombreuses et très anciennes dénominations désignent les régions morcelées de cet ensemble. Elles chantent aux oreilles de ceux pour qui les toponymes valent plus que tous les poèmes : Transoxiane, Turkestan, Bactriane, Surthe, Sogdiane, Khorezm..."

"Les Bolcheviks usaient des frontières comme on élève les bonsaïs: en les tordant, les corsetant, sachant que rien n'affaiblit mieux que ce qui détourne de l'ordre naturel." (voir le Ferghana)

"De Boukhara à Khiva, nous aurons mis dix-sept jours. Autant qu'il en a fallu à  Ibn Battuta et à Ambéry. Ce que nous aimons dans le voyage à cheval, c'est qu'il n'y a pas de progrès."

Boukhara : à gauche la mosquée kalon, à droite le minaret kalon, haut de 48 m, d'où l'on jetait les condamnés à mort...


Petits commerces à Boukhara

Pendant ce temps les femmes travaillent...
Statue de Tamerlan à Samarcande
Lequel lire? Les deux!!!! Et dans le même ordre, si on veut bien.

lundi 25 mai 2020

Un coeur si blanc

Un coeur si blanc
Corazon tan blanco, 1992
Javier Marias
Rivages poche, 1996
Traduit par Alain et Anne-Marie Keruzoré



Grâce au confinement, si j'ose dire, voici un roman de cet auteur dont je veux tout lire, qui devrait recevoir le Nobel s'il y a une justice, et qui, hélas pour certains blogueurs/euses, appartient à la catégorie on aime ou on déteste, pas de milieu! Un grand merci à Kathel, j'ai toujours la carte qui accompagnait ton envoi, il y a des années...

Juan et Luisa sont en voyage de noces à La Havane, ils surprennent la conversation du couple dans la chambre d'à côté, les fenêtres étant ouvertes. Juan est le fils de Ranz, veuf pour la deuxième fois, on apprend comment dès le premier chapitre (quel début de roman!) et pourquoi vers la fin, quand Ranz l'apprend à Luisa, Juan écoutant par la porte entrebâillée de sa chambre, dans son appartement. Déjà des scènes en miroir, et ce ne seront pas les seules.

Volontairement je ne veux pas tout raconter, Marias le fait très bien, à condition que le lecteur accepte qu'on joue avec ses nerfs, qu'un détail ne soit révélé que bien après, ou pas du tout (Juan a préféré oublier Corduroy, par exemple, et le lecteur est bien forcé d'en faire autant)(on ignore si Bill et Guillermo sont la même personne). Les phrases sont longues, sinueuses (je vous ai prévenus!), des expressions reviennent en leitmotiv (par exemple ce cœur si blanc, My hands are of your colour; but I shame to wear a heart so white, tiré de Macbeth).

Peut-être ce roman pourrait être le moyen de pénétrer dans l'univers de Marias? Il existe des passages peut-être plus attractifs?  Sans parler du tout début, disons par exemple aux pages 70 80, où Marias, qui sait de quoi il parle, explique la différence entre traducteur et interprète, le métier de Juan et Luisa, qui ont d'ailleurs fait connaissance lors d'une rencontre entre deux hauts responsables espagnol masculin et britannique féminin (on peut penser à deux personnes réelles), Juan étant chargé d'interpréter, et Luisa servant de 'filet'. S'ennuyant, Juan se mit à interpréter très librement le dialogue entre les deux personnages, dans un passage du roman absolument hilarant. Sans parler aussi de l'anecdote d’une réunion au sommet du Commonwealth, où tous les participants étaient anglophones, mais où un participant réclama un interprète.

On en apprend aussi sur les 'experts' en œuvres d'art, et j'ai aimé la scène où un gardien de musée veut mettre le feu à un tableau, d'où intervention de Ranz.

Voilà, je n'ai pas vraiment divulgâché l'histoire!

Des avis chez babelio, marque pages, lecture écriture, claudia lucia, le bouquineur,

jeudi 21 mai 2020

Patagonie Express

Patagonie Express
The old patagonian express
Paul Theroux
Les cahiers rouges, Grasset, 2006
Traduit par Alexandre Kalda



Après La Chine à petite vapeur, datant des années 80, je retrouve Paul Theroux, toujours en train, mais au cours de l'hiver 1978. Boston et sa région sont en plein blizzard, les températures sont bien négatives, alors il décide de partir au sud, jusqu'en Patagonie, et par le train.

Voilà, simplissime comme projet, non? Arrivé à Esquel, à la fin du livre, hé bien il prend l'avion et rentre. Les titres de chapitres s'égrènent ainsi, de Le Lake shore Limited au Patagonie Express, en passant par exemple par L'Aztec Eagle, Le train de 7 heures pour Zacapa (un magnifique titre de film, non?), Le Balboa bullet pour Colon, L'autoferro pour Guayaquil, Le Tren de la Sierra, La Estrella Del Norte ... Des Etats-Unis vers le Mexique, le Guatemala, le Salvador (où il assiste à un match de foot, un grand moment!), le Costa Rica, Panama, Colombie, Equateur, Pérou, Bolivie et Argentine (j'en oublie sûrement, peu importe).
"Mon arrivée ne comptait pas. C'était le voyage qui importait."

Des trains de conforts disons, différents, pas franchement toujours à l'heure, des hôtels variés, quelques visites, plus de temps au Panama et en Argentine (il rencontre longuement Borges!).

"Nous, nous prenons l'autocar, apparemment c'était la devise de l'Amérique centrale en réponse à toute la publicité des chemins de fer Prenez le train - c'est moins cher. C'était une  question de vitesse: le car mettait deux heures, le train tout l'après-midi."
Prendre le train, constate-t-il, "était une bonne introduction aux misères sociales et aux splendeurs du paysage."

Sans surprise, j'ai beaucoup aimé ma lecture; je précise que ce n'est pas un guide de voyage, Theroux raconte ce que lui a vu et vécu, il parle peut-être plus précisément de Panama, c'était à l'époque où l'on renégociait un accord sur la zone du canal. Il parle espagnol, ça aide, même si porter la moustache ne le fait pas passer pour un autochtone. Il rencontre diverses personnes et, ce qui ne m'avait pas frappée dans son voyage en Chine, je le trouve parfois assez condescendant (avis partagé par Dasola et sur Goodreads aussi) , ne semblant ressentir quelque empathie que pour les Indiens et les gamins de la rue. Des passages amusants, de jolies descriptions, cela se lit tout de mêem agréablement et donne une furieuse envie de prendre le train!!!

Un seul avis sur babelio (!)
Tiens, ce livre retrouvera sur l'étagère En Patagonie de Chatwin (les deux auteurs se sont connus)
(WH Hudson)


lundi 18 mai 2020

Méditations en vert

Méditations en vert
Meditations in green, 1983
Stephen Wright
Gallmeister, collection americana, 2009
Traduit par François Happe



Good morning Vietnam!

James Griffin se retrouve au Vietnam dans une unité de renseignements militaires, à s'user les yeux sur des photos prises d'avion. Autour de lui,  chacun cherche à survivre, compte les jours, pète les plombs, fait tourner la drogue, etc. Stephen Wright sait raconter une histoire sans trop insister parfois (et ça vaut mieux, quelques détails réalistes, ça suffit largement). Les dialogues sont ciselés, l'humour caustique omniprésent, permettant de survivre, et au lecteur de continuer, qui se demande quand même où il a mis les pieds, car il  y a du lourd dans cette unité... Wendell qui ne pense qu'à tourner un film (avec éventuellement les américains grimés en viet-congs), un sergent-chef à vérifier que tout le monde obéit aux consignes, un colonel devant déjouer des tentatives d'assassinat de la part de ses soldats...), des bleus découvrant la jungle et l'horreur de la guerre.

Griffin et son pote Trips survivront, mais dans quel état... La narration est coupée par le récit de leur vie d'après, plutôt hallucinée, Trips cherchant à se venger du sergent-chef, justement.

Un grand roman, à lire absolument

Plein de trucs du genre :
"La première fois que j'ai entendu parler de l'agent orange, confessa Griffin, j'ai vu un morceau de fruit enveloppé dans un imperméable."

Les 30 dernières pages ne se lâchent pas. Je peux divulgâcher, c'est sans importance, figurez-vous que durant une projection de film avec des morts-vivants, les vietnamiens attaquent!
"A chaque fois qu'on a un bon film, se plaignit quelqu'un.
C'est à se demander s'ils n'ont pas un double de la programmation de nos films, ou quelque chose comme ça."
"A la section Recherche et Analyse, un plateau de jetons de Scrabble fut projeté par terre.
Eh bien, Messieurs, dit le sergent Maloney d'un vois traînante, on dirait que le 5ème régiment NVA nous a trouvés le premier."
"Un mortier marqua un trou dans le terrain de basket, une roquette enleva les cuisines de l'arrière de la cantine."
"Le sergent Anstin ordonna à deux soldats de prendre sur un bloc-notes, à la lumière d’une lampe de poche, le nom de tous ceux qui n'avaient pas leur casque, ni leur gilet pare-balles."
(et c'est juste le début de la fin...)

Les avis de le bouquineur, zarline, et babelio,

Du même auteur (et recommandé!!!) La polka des bâtards.


mercredi 13 mai 2020

Les gens de Holt County

Les gens de Holt County
Eventide, 2004
Kent Haruf
Pavillons poche
Robert Laffont, 2015
Traduit par Anouk Neuhoff


Après Le chant des plaines, que j'avais tellement aimé, je ne pensais plus trouver cette suite, mais aussitôt vue en bibli, aussitôt lue!

Une suite si on veut, même si cela se déroule au même endroit un peu rural et paumé, avec ces deux frères Harold et Raymond, ranchers à quelques kilomètres de la ville de Holt, qui sous leurs abords un peu frustres cachent beaucoup de sensibilité et n'hésitent pas à aider les autres (on l'a vu dans le précédent).

Je ne dirai pas trop de choses du drame qui survient, mais du bon arrive aussi, qui donnera au lecteur un sourire collé aux lèvres.
Kent Haruf ne cherche toujours pas de grands effets de style, c'est simple (faussement simple) et efficace, ses dialogues en disent beaucoup déjà. L'on fait connaissance d'un gamin de 11 ans et de son grand père, d'une maman laissée seule avec deux fillettes, d'une sorte d'abruti violent, il n'y a pas d'autre mot, et particulièrement d'une famille qui pourrait désespérer leur assistante sociale (mais non, Rose est parfaite!). Rien que la description de cette famille faisant ses courses, commençant par les surgelés et privilégiant la junk food, en dit beaucoup... Hélas pas trop d'espoir pour ce couple qui pourtant aime ses enfants, mais ne sait pas les protéger ...

Une lecture que je recommande, mais il vaut mieux lire le premier avant. Et, hélas, j'aurais bien aimé savoir ce qu'il advenait des certains personnages si attachants, mais l'auteur est décédé en 2014. Il me reste à mettre la main sur Colorado blues...

Plein d'avis sur babelio, et celui d'electra!