jeudi 29 août 2019

En attendant le jour / Sur un mauvais adieu / Dark sacred night

En attendant le jour
The late show
Michael Connelly
Calmann Levy, 2019
Traduit par Robert Pépin


L'inspecteur Renée Ballard s'est fait éjecter de son poste d'enquêtrice au LAPD et se retrouve reléguée dans le quasi placard d'une place de nuit, où elle peut prendre les premières constatations, mais pas enquêter. Frustrant, mais la jeune femme décide de poursuivre trois affaires, l'une de cambriolage et vol de carte bleue, entre autres, la deuxième, une agression particulièrement sordide et violente, et la troisième, une fusillade dans un night-club. Il lui est clairement fait comprendre qu’elle n'a pas à fourrer ses pattes dans la dernière.
Tenace, elle fouine, se retrouve dans une situation fort dangereuse, et à la fin les mystères sont éclaircis.
Du classique, donc, pour cette nouvelle série (enfin, j'espère que ce sera une série) de Connelly, avec une héroïne talentueuse et qui en veut, un peu 'cavalier seul'. Comme d'habitude avec Connelly on a plein de détails sur le fonctionnement de la police et de la justice, mais juste ce qu'il faut, avec une utilisation des dernières technologies.
Sans surprise, j'ai beaucoup aimé, il n'était pas question de rater ce nouvel opus!

Les avis de maggie,

Sur un mauvais adieu
Michael Connelly
Poche, 2019
Traduit par Robert Pépin
Existe en poche!

Vu en librairie, et hop, acheté sans trop tergiverser. Harry Bosch est toujours là, mais à la brigade de San Fernando, assez libre de son temps pour s'adonner à des recherches plus privées. Un très très riche industriel l'approche si l'on ose dire (maison blindée!) pour lui demander de rechercher une descendance éventuelle. Des milliards sont en jeu, on ne rit plus! Par ailleurs à San Fernando sévit depuis quelques années un violeur (n'hésitant pas à laisser des traces, tellement il est sûr de lui) et tout indique qu'il pourrait passer au meurtre.
Deux enquêtes, donc, palpitantes bien sûr, que les fans ne doivent pas rater, et ce peut être une occasion d'enfin connaître Harry Bosch, n'est-ce pas? On s'y retrouve très bien.

Dark sacred night
Michael Connelly
Orionbooks, 2018 ou 2019 (poche)(pas traduit)



Ah voilà ce que tout fan attendait! La rencontre Ballard/Bosch! Plutôt amusante pour le lecteur qui pour une fois en sait plus. Ils vont travailler sur une vieille affaire jamais élucidée où il faudra éplucher pas mal de documents, beaucoup téléphoner, etc. Par ailleurs chacun mène ses enquêtes relatives à son département. Le lecteur a donc plusieurs histoires, certaines bouclées rapidement, d'autres rejaillissant plus tard.

Comme d'habitude, c'est plaisant à lire, et vu du côté enquêteurs. Donc (ouf!) pas de plongée dans les cerveaux de serial killer au long du roman, et pas de plongée dans les cerveaux des victimes (en italique en général, je n'en peux plus!). De plus pas de descriptions gore, même si bien sûr il y a des morts... Des enquêtes bien épluchées, réalistes, où on ne prend pas le lecteur pour un idiot, ça me va!

Encore une fois,  le challenge de Philippe

lundi 26 août 2019

Pourquoi les hommes fuient?

Pourquoi les hommes fuient?
Erwan Larher
Quidam, 2019


Jane a 21 ans et pas froid aux yeux (ni ailleurs d'ailleurs), vivant sa vie à 200 à l'heure. Elle ne se laisse pas marcher sur les pieds et a le sens de la répartie cinglante (pour le plus grand plaisir du lecteur). Côté famille? Des grands parents peu attractifs qui se révéleront moins moches qu'attendu, une mère décédée et un père en pointillés finalement disparu on ne sait où. Seul indice lâché par sa mère : c'est un musicien. De fil en aiguille Jane enquête, rencontre, découvre le milieu rock des années 80, les petits groupes qui percent, disparaissent, un milieu où l'on se marche sur les pieds et lutte pour sa part de lumière.

Que l'on ne s'y trompe pas, ce roman ne se résume pas à la quête du père, il est beaucoup plus dense et riche que cela! Le monde du rock comme si vous y étiez,  la fuite en autarcie dans une campagne reculée, les portables qui buguent mystérieusement, des grèves, manifestations, de la violence policière, des auras ou manques d'auras, mais dans quel monde sommes-nous? Le retour de Billie, mère de Marguerite (celle qui n'aime pas ses fesses), des scènes gouleyantes, Jane n'appréciant pas qu'on lui pique sa place de train, le type aviné dans le bistrot, les colocataires de Jane, une journaliste locale, un plan à trois, un personnage ne comprenant pas la signification de 'non'. Des retours vers le passé, éclairant le présent, un suspense bien mené. J'ai dévoré le tout.

As de Trêfle au Bateau Ivre (https://www.leprog.com/186-la-petite-histoire-du-bateau-ivre.html)
Quelques extraits

Jane utilise pas mal de vocabulaire et tournures 'jeune', mais on suit (j'ai quand même dû chercher MMORPG et yolo, shame on me)
-  Si on a inventé un mot, c'est parce qu'il n'y en avait pas pour dire ça.
- On dit ce qu'on veut, surtout!"

Avec le colocataire, Greg
"- Neuf heures?! Bordel, Greg, je me suis padgée à cinq dum, et puis on n'entre pas dans la chambre des gens à neuf heures un dimanche matin!
Ce taré de petit bourge confit dans ses habitudes, je parie qu'il préférerait une dictature militaire à une pénurie de lait bio."
(et peu après on a une description d'un magasin bio par Jane, ça vaut son pesant de quinoa.)

A feuilleter je retrouve pleiiiiiiiin de passages réjouissants.

Mais aussi

"L'hiver t'est merveille à présent. Lactescence pureté tavelée de crissements, de craquements, ponctuée de diamants givrés, le rien réverbère le rien à perte de vue, un aperçu des origines, ou de l'éternité. les larmes nivéales aux branches pendues disent le chagrin de la forêt, affirment qu’elle était là avant la matrice qui la rase et survivra à l'implosion de celle-ci.
Découvrir que le silence de la solitude n'en est pas un non plus."

"Tu plantes, cueilles, chasses sans te poser de questions. S'en posaient-ils, tes ancêtres berrichons au XVIIème siècle? La culture, l’éducation, les livres ont enherbé les esprits, lents vénéfices qui ont accouché d’ego monstrueux. Et de questions. Trop de questions. Heureusement, on a inventé la télévision."

Erwan Larher fait partie du club très fermé des auteurs dont je veux tout lire, et arrivée au 7ème opus j'ai tenté de comprendre pourquoi. Une belle imagination flirtant parfois avec l'imaginaire, un regard acéré sur notre monde et éventuellement des pistes de solutions, des personnages parfois brut de pomme sur lesquels l'on sent le regard bienveillant du créateur, et cette écriture dense et drue qui paraît couler de source, pourtant on sent que la barre est haute et pas question d'à peu près.

Les avis de Cunéipage,

lundi 19 août 2019

Washington Square

Washington Square
Henry James
Paru en 1880
Lu avec la version Omnibus, 2013
Traduit par Camille Dutourd


Poursuivons notre lecture des œuvres de James. De toute façon certaines blogueuses n'hésitent pas à proposer des piqûres de rappel. Après Portrait de femme, voici Washington Square, New York, du temps où la ville était en pleine expansion (vers le nord, ai-je appris), pour une histoire démarrant vers 1850.

Cette fois, peu de personnages. Catherine est la fille du docteur Sloper. A 20 ans passés, elle n'a pas grand chose pour attirer les prétendants. Ni belle ni laide, timide, obéissant  à son père, d'intelligence moyenne. Mais elle est plutôt riche et le sera encore plus. Autant dire que son père n'apprécie pas du tout la cour que lui fait Morris Townsend, d'après lui plus attiré par l'argent de Catherine que par ses qualités. Lavinia Penniman, tante de Catherine, prend fait et cause pour le jeune couple, jusqu'à franchement pousser le bouchon un peu loin. Le temps passe, père et fille effectuent le classique voyage en Europe (une année entière!), les lignes ont-elles bougé?

Subtilité ironique, voilà une des marques de James, très fort pour explorer l'intérieur de ses personnages, en gardant un flou cependant. Je m'interroge encore sur ce que ressentaient réellement les héros, sur leurs motivations profondes, en tout cas des zones d'ombre demeurent, à chacun de picorer les indices. A chacun aussi de se satisfaire ou pas de la fin.

Les avis de cléanthe, une vie à lire, nathalie,


jeudi 15 août 2019

La France (chroniques)

La France
Chroniques
Aurélien Bellanger
Gallimard / France culture, 2019





Simplissime en apparence : des chroniques quotidiennes sur France Culture, d'août 2017 à décembre 2018, on imprime et voilà. Mais Aurélien Bellanger, que je découvre ici, est un type qui sait appâter le lecteur par des accroches souvent autobiographiques et pleines d'humour, pour le conduire mine de rien à des réflexions fichtrement intelligentes et fines sur la France en général, mâtinées souvent de philosophie.

"J'aime beaucoup les timbres, les images d'Epinal et BFM sans le son." conduira à Macron et Charlemagne.
"J'ai commencé cet été les Mémoires de Saint-Simon. Moitié par curiosité, c'est un monument de notre littérature, moitié par masochisme. Non pas que cela soit difficile à lire - Les Mémoires de Saint-Simon, c'est une excellente lecture de plage, c'est Voici à la cour du Roi-Soleil, c'est la vie intime des célébrités d l'époque, c'est cruel comme une photo zoomée sur la cellulite d’une célébrité, c'est méchant comme un paparazzi dans un tunnel."
Son papier sur Houellebecq (qu'il admire) mériterait d'être cité in extenso.

Un (seul) avis sur Babelio, mais je le partage dans les deux sens du terme.

jeudi 8 août 2019

Dans le faisceau des vivants

Dans le faisceau des vivants
Valérie Zénatti
Editions de l'Olivier, 2019

Aharon Appelfeld est mort le 4 janvier 2018 et Valérie Zenatti l'apprend dans le taxi qui l'emmène à Orly, en route pour le retrouver - trop tard- à l'hôpital. Elle évoque longuement sa découverte de l'auteur, ses rencontres avec lui, son travail de traductrice, de ses romans, ou en interview. Elle visionne des vidéos. Elle est en deuil, comme pour un père, et dans la seconde partie du livre elle se rend à Czernowitz (Tchernivtsi aujourd'hui, en Ukraine), le jour anniversaire de la naissance d'Appelfeld, près de cette ville, le 16 février 1932). Se laissant porter par le hasard, puis choisissant de se rendre au bord du fleuve, non sans avoir vécu la veille une drôle d'expérience de sidération.

Un livre qui permet de mieux connaître Aharon Appelfeld (avoir lu au moins un de ses livres -c'est mon cas- ça aide quand même) et Valérie Zenatti.

Des passages permettant de saisir en partie la belle richesse de cet essai:

"Lorsque j'écris mes propres livres, je vis pendant plusieurs mois avec ceux que l'on appelle mes personnages, ils accomplissent leur travail de transformation intérieure, ils cherchent en moi une raison de vivre en éclairant quelques zones d'ombre sur leur passage et quand le livre est achevé, laissant derrière eux un sillage d'espoir fragile - d'autres les aimeront peu-être. Tandis que lorsque je traduis ses livres, ses personnages entrent en moi, pas à pas, et une fois la traduction terminée, ils ne me quittent plus, ils font partie de moi." VZ

"Avant de partager la même langue, avant que l'hébreu soit conquis au terme d'un combat où chaque mot introuvable était un désarroi amer et chaque mot correctement employé un soulagement, avant cela nous avons partagé le silence hébété des 'nouveaux immigrants'. Puis nous nous sommes mis à parler cette langue dans laquelle nous n'avions pas vécu, c'est-à-dire une langue dans laquelle nous n'avions pas découvert le monde ni été aimés, dans laquelle nous n’avions pas souffert non plus, et surtout dans laquelle n'étaient pas inscrits les silences de l'enfance. Nous nous sommes glissés dans l'hébreu comme dans des draps rugueux, dans une hospitalité qui créait grossièrement mais sûrement un espace inviolable par le passé, dont on pouvait se donner l'illusion qu'il n'avait pas eu lieu. Le merveilleux oubli avait aussi permis la renaissance." VZ

"Je me sens chez moi en Europe. Mes parents parlaient français et ils seraient malheureux aujourd'hui de voir que je ne le parle pas. C'étaient des gens laïcs, ils n'allaient jamais à la synagogue mais le jour de Kippour ils fermaient les volets et lisaient A la recherche du temps perdu." AA

Les avis de Aifelle, Sylire, Laure,

lundi 5 août 2019

Long island

Long Island
Orient
Christopher Bollen
Calmann-Lévy, 2017
Traduit par Nathalie Peronny


Ballotté durant son enfance dans des familles d’accueil en Californie, le jeune Mills file à l'est, commence à s'enfoncer dans une vie précaire à New York, puis est repêché par Paul, un quadragénaire originaire d'Orient, petite bourgade à l'est de Long Island, qui l'engage pour des travaux dans sa maison.

Décès plus ou moins suspects, incendie criminel, découverte de créatures étranges sur la plage, se succèdent à Orient, quasiment dès l'arrivée de Mills, et le voilà pris dans un filet car tout concourt à le désigner comme coupable. Paul le défend, ainsi que Beth, son amie avec laquelle ils vont démarrer une enquête.

Ce gros roman n'est pourtant pas qu'un bon suspense bien mené, c'est aussi une vision non dénuée d'humour de ce petit monde où se côtoient, s'épient, se fréquentent les nouveaux arrivés à Orient, souvent artistes, riches parfois, se lançant alors dans des travaux de rénovation, et les anciennes familles, attachées à leurs habitudes, mais même parmi eux des scissions se font jour. Par exemple Paul et Beth ont été élevés à Orient, mais sont partis  à Manhattan et sont revenus. Beth, artiste n'ayant pas connu le succès, s'interroge sur son désir d'avoir un enfant avec Gavril, son époux originaire de Roumanie,qui lui vend bien ses œuvres.

Des avis, Babelio,

Un gros pavé qu'on ne lâche pas, idéal pour le challenge de Brize. En fait j'avais lu les dernières pages, mais l'intérêt était toujours là, au contraire : bon point pour ce roman!

lundi 29 juillet 2019

Dans la lumière

Dans la lumière
Flight Behavior
Barbara Kingsolver
Rivages, 2013



Après Un jardin dans les Appalaches (non fiction), Barbara Kingsolver propose à son lecteur un roman se déroulant dans ce même coin des Etats-Unis. Y être né n'est pas forcément un cadeau, et bien des personnages, à commencer par Dellarobia, font partie des petits blancs pauvres, comptant chaque dollar, même dans les magasins de seconde main ou à bas prix. Deux passages fort dialogués racontent ces courses, c'est parlant; sinon, le mari et la belle-famille de Dellarobia sont de petits exploitants agricoles et élèvent des moutons. Elle a fréquenté le lycée (mais les professeurs n'étaient pas tous bons), renoncé à poursuivre des études (bien des difficultés, surtout tomber enceinte à 17 ans). Son mari n'est pas parfait mais gentil, cependant Dellarobia rêve toujours...

Un jour elle découvre dans les collines derrière sa maison une colonie de millions de papillons monarques venus là lors de leur migration.
"Les gens, elle et les autres, étaient des rocs humains dans le courant d'insectes. Ils avaient pénétré dans une rivière de papillons et le flot, indifférent, se ruait en direction de la vallée, n'obéissant à rien sinon à sa propre force. Les papillons traversaient continuellement son champ de vision, flocons noir orange qui la faisaient cligner des yeux, et se fondaient au loin en une masse confuse et chaotique, et elle trouvait franchement impossible de croire ce que ses yeux lui révélaient. Ou ses oreilles : le bruissement sans fin, comme une robe de taffetas."
https://www.monnuage.fr/photos/point-d-interet/251106#
Les médias s'en mêlent, arrive le professeur Ovid Byron, spécialiste des ces lépidoptères, ainsi que son équipe.

Deux fils dans ce roman, la vie de cette petite communauté d’américains ne bougeant pas de leur coin, et le changement environnemental vu à travers le papillon monarque. C'est très bien fait, les idées sont bien amenées, on conçoit le choc de deux mondes, et on s'attache aux personnages.

"ça la sciait , de faire partie des gens qui voyaient le monde tel qu'il était avant. Tandis que les gosses faisaient leur chemin." Quand elle se rend compte que sa fille joue avec un vieux modèle de téléphone (" boîtier massif, cordon, combiné, cadran"), sans savoir que cela servait à téléphoner, car pour elel un ténéphone est dans la poche, on le fait glisser pour l'ouvrir..

Des avis : Brize, assez mitigée, mais aussi Dominique (et comme d'habitude des photos superbes), clara, papillon,

lundi 15 juillet 2019

Jane and Prudence (et les autres) : toujours Pym!

Jane and Prudence
Barbara Pym
Virago Press
Paru en 1953


Poursuivant ma lecture/relecture de Barbara Pym, mais en VO pour donner du piquant à la recherche de ses romans (sans passer par A*), voici donc Jane and Prudence.

Elles sont amies, mais vraiment fort différentes. Jane est l'épouse d'un 'vicar' fraîchement nommé dans une paroisse campagnarde, elle se sent vraiment peu compétente en tant que femme d'ecclésiastique et comme femme d'intérieur tout court, heureusement son époux est compréhensif et elle est secondée (voire remplacée) par sa fille de 18 ans et une femme du village.

Prudence est célibataire et approche de la trentaine, autant dire qu'à l'époque ça sentait bien le brûlé! Élégante, londonienne, travaillant dans un bureau, vaguement amoureuse de son patron. Mais Jane se met en tête de jouer les marieuses (Emma Woodhouse n'est pas loin) et lui présente un veuf du village.

Comme d'habitude avec Barbara Pym, il n'y a rien à enlever, les dialogues sont vifs, les sous-entendus subtils, les petits détails ont leur importance, les personnages apparemment secondaires peuvent avoir un grand rôle à jouer (ah cette Jessie Morrow) . Le statut matrimonial a une grande importance, il faut croire que début des années 50 une femme se devait d'être mariée (ou plainte).

Crampton Hodnet
Barbara Pym
Virago Press
Paru en 1985 (donc posthume) mais écrit avant 1940

Mais quoi? Deux des personnages principaux se nomment Miss Doggett et sa demoiselle de compagnie Jessie Morrow, comme dans Jane and Prudence. Un binôme qui réside à Oxford, et cette fois Jessie dont l'humour fait mouche partage les événements dont elle est témoin voire actrice.

Miss Doggett accueille sous son toit un bel ecclésiastique; son neveu le professeur Cleveland (pourtant aucun rapport avec Jane Cleveland!) s'imagine tomber amoureux d'une belle étudiante; Anthea, fille du professeur est elle bien amoureuse mais cela durera-t-il? Dans ce petit monde où chacun s'efforce de garder une vie privée, hélas les rencontres inopinées sont inévitables, et ça chuchote beaucoup.

Un roman pymissime à souhait, avec ses ecclésiastiques, ses célibataires, ses professeurs et étudiants. Cela ne donne pas forcément envie au départ, mais le regard de Pym sur ses personnages, les remarques au fil du texte rendent le tout réjouissant.

Les avis de Papillon Dominique - Aifelle

Adam and Cassandra (Civil to strangers)
Barbara Pym
Ecrit en 1936 mais paru en 1987 (posthume)
Lu dans l'édition chez Grafton
Existe en poche (y'a plus qu'à)

Cette fois c'est un couple, Adam et Cassandra, qui occupe le devant de la scène. Mariés depuis 5 ans, ils habitent dans le petit village d'Upcallow, Adam écrit ou plutôt tente d'écrire un roman, chouchouté par Cassandra qui n'est pas dupe de ses caprices. Qui dit petit village chez Barbara Pym dit le pasteur et sa famille (dont une jeune fille, Janie), un aide pasteur (j'ignore comment ça se traduit, en fait) mariable et convoité par Angela Gay, jeune femme encore célibataire (le mariage commence tôt à urger, à l'époque), des femmes respectables aimant propager les nouvelles, et beaucoup de thé consommé!

Jusqu'au jour où s'installe dans le village un étranger, un Hongrois! Quoique poursuivi par Amanda, il s'entiche de Cassandra qui sans être intéressée voit là l'occasion de réveiller un peu Adam.

Ajoutons un couple plus âgé qui va se former et un voyage à Budapest, et voilà un roman absolument charmant et réjouissant de la jeune Barbara Pym. Je recommande pour un premier contact, tiens. On frôle le romantique, c'est dire! Même si l'ironie gentille est toujours présente.

Les avis de Papillon, Titine,

Grâce à Barbara Pym voilà entamé le challenge de Philippe,
site https://www.livrenpoche.com/
civil-to-strangers-e365649.html
Barbara Pym a vu quelques uns de ses manuscrits refusés, elle en a laissé certains de côté, mais mon exemplaire d'Adam et Cassandra est complété par trois courts romans et quatre nouvelles, qui se laissent bien lire!

Gervase and Flora se déroule en Finlande, mais une Finlande parmi des expatriés anglais, garantie d'ambiances à la Pym.
Home front novel est inachevé; pourtant, que de potentiel dans ce roman montrant un petit village avec toujours ses ecclésiastiques, ses célibataires, sa gentry locale, ses rêves amoureux. Tellement de charme!
So very secret rentre dans la catégorie roman d'espionnage (si!) avec Cassandra l'héroïne entraînée sans le vouloir dans une aventure bien mystérieuse. Coïncidences, un poil beaucoup, action, poursuites, ceci pendant la seconde guerre mondiale. Je n'ai pas boudé mon plaisir;
So, some tempetuous morn reprend des personnages de Crampton Hodnet, roman refusé à l'époque. La nouvelle date des années 50.
Goodbye Balkan Capital se déroule en 1941, The Christmas Visit, le titre donne l'idée (mais sans dévoiler l'occasion de découvrir un chat gourmand prenant ses aises)(un chat, quoi) et Across a crowded Room décrit un dîner parmi des universitaires.

En fait, parfois ces textes écrits en 39 et un peu après fourmillent de détails sur la vie anglaise, l'engagement des femmes, les bombardements, l'entraînement aux soins infirmiers, les enfants recueillis, les rideaux noirs, les chaussettes tricotées...

Pour terminer, un entretien à la radio en 1978, où Barbara Pym parle de ses influences, comment travailler avec des anthropologistes lui a donné à 'cultiver une attitude de détachement  envers la vie et les gens', un écrivain pouvant aussi faire du travail de terrain.

jeudi 11 juillet 2019

A la recherche d'Alice Love

A la recherche d'Alice Love
What Alice forgot
Liane Moriarty
Albin Michel, 2019
Traduit par Béatrice Taupeau



Après Le secret du mari, une bonne surprise, j'ai choisi de faire de nouveau confiance à Liane Moriarty pour une lecture pas prise de tête, avec un poil de suspense, des personnages bien vus, un poil d'humour, et une fin pas plombante. Oui, ça fait du bien!

Alice Love se prépare à fêter ses quarante ans, lorsqu'au sport, qu’elle pratique de façon intensive, elle chute sur la tête, et perd la mémoire, se réveillant convaincue d'avoir 29 ans, un premier bébé en gestation, et un mari avec lequel tout baigne. Une Alice pas à cheval sur le régime, pas sportive, pas 100% organisée.
Elle se découvre en train de divorcer, se disputant la garde de trois enfants, super organisatrice, et en froid avec différentes personnes.

Dix ans de sa vie ont disparu, sa famille va l'aider à combler le trou, mais découvrir une nouvelle Alice ne sera pas de tout repos.

Voilà l'idée, après ça tout roule fort bien. Le journal de sa soeur et le blog de sa 'grand-mère' ponctuent l'histoire d'Alice. On n'est pas chez Proust, mais c'est bien ficelé, la narration est bien gérée, quelques exagérations bien sûr, mais ça fait partie du jeu. J'ai beaucoup aimé que la mémoire lui revienne surtout grâce à des odeurs. (je comprends car je fonctionne un peu comme ça)

Las avis de papillon;

lundi 8 juillet 2019

La vérité sur Dix petits nègres

La vérité sur Dix petits nègres
Pierre Bayard
Minuit, 2019


Oui, Pierre Bayard a encore frappé fort! Il ne recule devant rien, Parler des livres qu'on n'a pas lus, ou des lieux où on n'est pas allés, alors après avoir révélé qui a tué Roger Ackroyd, il dévoile comment cela s'est vraiment passé sur la célèbre île du Nègre. Agatha Christie a tout faux ou presque, et Pierre Bayard se fait fort d'utiliser les bons indices pour faire éclater la vérité. Son narrateur/narratrice n'est autre que le/la coupable, qui commence bien sûr par raconter l’histoire telle que narrée par Agatha Christie (note : lire ce roman avant), se lance dans un passage passionnant sur les illusions d'optique*, les biais cognitifs, puis enfin (tadam!) nous embarque dans son explication.

Bien évidemment je marche sur des oeufs, car pas question de trop en dire sur le roman originel, ni sur celui de Pierre Bayard! Lequel n'hésite pas à se citer, par exemple
'selon cet auteur, les personnages ne se contentent pas d'avoir une forme d'existence, ils bénéficient d'une marge de liberté qui les conduit à prendre des décisions différentes de celles que l'auteur avait prises à leur sujet et qu'il croyait sans appel. Cette autonomie d'action, qui implique un certain état de conscience, peut en particulier les inciter à commettre des meurtres à l'insu de leur créateur, alors même que celui-ci a accusé un autre personnage en toute bonne foi.'

*Amusez-vous!
Compter le nombre de passes que fait l'équipe habillée de blanc:
https://www.dailymotion.com/video/xnfymc
puis regardez à nouveau sans compter les passes.

Mon billet sur trois romans détaillés par P Bayard.

Les avis de dominique, A girl (Lecture commune), clara, papillon; alex,

jeudi 4 juillet 2019

Les impatients

Les impatients
Maria Pourchet
Gallimard, 2019



Reine (ex-Nadège?) , après des études menées tambour battant (dont une négociation pour passer en seconde A, la meilleure), HEC, un passage aux Etats-Unis, quitte un bon job, postule pour un autre, fait connaissance d'Elisabeth, sa probable N+1, puis se lance dans sa propre aventure, à base d'algues.
Comment, les algues? N'y aurait-il pas l'influence (niée) d'un certain Marin, beau blond océanographe à l'Ifremer? On s'est perdu, on s'est retrouvé, on s'est reperdu, jusqu'à?

Dans ce tourbillon un pilier, Etienne, l'ami de toujours. Puis Pierre, le compagnon. Et les investisseurs, on parle par demi-millions, là.

"Cette oeuvre de fiction est inspirée de résultats d'enquêtes menées par l'Observatoire des gouvernances et des hauts dirigeants. L'auteure remercie vivement Brigitte Lemercier, sa fondatrice, ainsi que toute son équipe, d'avoir soutenu ce projet, et rendu possible cette transposition dans le champ littéraire de travaux d'ordre sociologique."

Mais même si l'on vit loin de ce monde-là, entreprises, dirigeants aux dents longues, l'on prend un vif plaisir à suivre  Reine (un poil essoufflé! mais on en redemande). L'écriture colle idéalement au sujet, et l'on se délecte des dialogues souvent ciselés, du sens de la formule, de l'ironie caustique. J'avoue avoir aimé les précédents romans de Maria Pourchet et vous invite à la découvrir rapidement!

Les avis de Les livres de Joelle, motspourmots, au fil des livres (et son dialogue avec l'auteur )

lundi 1 juillet 2019

Atlas illustré des lieux inaccessibles

Atlas illustré des lieux inaccessibles
François Thierry
Les Editions de l'Opportun, 2018



Quelle idée originale! Au lieu de faire rêver avec des destinations banales, François Thierry choisit de nous emmener, sans quitter notre fauteuil confortable, parfois au bout du monde, mais pas toujours, puisqu'on y trouve le sud de la France, l'Ecosse, la Grèce, l'Italie... Un seul critère : ça se mérite! Il faut souvent crapahuter sur les pistes, voire terminer à pied, pour atteindre ces coins là. Ou attendre d'hypothétiques liaisons aériennes ou maritimes. Ou carrément se heurter à l'administration ou, pire, des autochtones peu accueillants.
Sachez aussi que la météo ne sera pas toujours topissime. Très (mais vraiment très) froid, chaud (oui, très très).

Allez, on découvre quelques-unes de ces 51 destinations?

Uttoqqortoormiit : sur la côte ouest du Groenland, "le village possède de jolies maisons colorées, des garde-chasses qui se déplacent uniquement en traîneaux à chiens, une faune locale riche (ours polaires, bœufs musqués et lions de mer) et un paysage arctique typique parsemé d'icebergs. La recette idéale pour développer le tourisme."

Longyearbyen (Spitzberg) : "Il est interdit de mourir à Longyearbyen depuis plus de 70 ans. Dans cette ville, le sol en permanence gelé a empêché les derniers corps enterrés de se décomposer. Certains sont encore porteurs de la grippe espagnole de 1917!". On y trouve la réserve mondiale de semences.

Des îles aussi, comme Bouvert (possession norvégienne), au sud de l'Atlantique et recouverte d’une calotte glaciaire. "Une enquête révèle qu'un compte bancaire est ouvert via la Suisse depuis Bouvet alors que celle-ci est inhabitée..."

Maintenant quittez les doudounes, direction le désert de Danakil (Ethiopie). A 125 m en dessous du niveau de la mer.
https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9sert_Danakil
Supaï (Arizona) en bas du grand canyon, très isolé, à 13 km de la route la plus proche, et il faut réserver plus d'un an à l'avance.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Supai_(Arizona)
Bref, au cours de ma lecture, j'ai bien voyagé!

jeudi 27 juin 2019

Ma soeur, serial killeuse

Ma soeur, serial killeuse
My sister, the serial killer
Oyinkan Braithwaite
Delcourt, 2019
Traduit par Christine Barbaste


Un titre pareil, sur le présentoir à la bibli, comment résister, surtout que, cerise sur le gâteau, il s'agit d'un roman nigérian, qui se déroule dans un Lagos moderne et vraisemblable.

Ce qui l'est moins, ce sont ces crimes en série, mais on s'en moque complètement, on tourne les pages, on s'amuse fort, l'humour est bien noir. Des retours en arrière donnent une vision glaçante d'une explication, avec un père de famille détestable et détesté.

Serial killer, paraît-il, ça commence à trois assassinats, alors d'entrée de jeu, la belle Ayoola appartient au club. Comme d'habitude, elle appelle sa grande soeur Korede à la rescousse, pour la débarrasser du cadavre de son petit ami, Femi, cette fois.

Korede est une infirmière compétente, un poil amoureuse du beau médecin Tade, pas très jolie, et depuis toujours protège sa petite soeur, une beauté somptueuse attirant tous les regards masculins.
Un jour Tade rencontre Ayoola, bien sûr Korede devine la possible fin fatale de cette idylle, mais que faire, pas question de dénoncer sa soeur. Suite à découvrir!!! Ainsi que l'ambiance dans l'hôpital où travaille Ayeeba, la mère des deux jeunes femmes et sa préférence pour la cadette, le lien particulier entre elles.

Une lecture que je recommande chaudement, ça décape, ça dépayse! Jubilatoire.

Le début
"Ayoola m'appelle et prononce ces mots que j'avais espéré ne jamais plus entendre: Korede, je l'ai tué."
On tourne la page :
"Je parie que vous ne le saviez pas: l'eau de Javel masque l'odeur du sang."

Les avis de Karine:), Electra,

lundi 24 juin 2019

La journée mondiale de la gentillesse

La journée mondiale de la gentillesse
Jacqueline Daussain
Quadrature, 2018

Un recueil de nouvelles gagné grâce à Anne (et son mois belge!), parvenu chez moi début juin, après quelques inquiétudes, car deux envois d'un autre éditeur manquent à l'appel, après plus de 10 ans de blog, cela n'était jamais arrivé je pense.

22 textes de quatre à six pages en moyenne, mettant en scène des gens ordinaires, sans chutes particulières, des tranches de vie comme j'aime. Une tension supportable, assez pour ne pas lâcher, mais pas trop pour ne fatiguer les nerfs. Je le répète, c'est comme j'aime!

Le lecteur est tout de suite 'en situation', une histoire se déroule, et on laisse les protagonistes à leur vie, c'est bien ainsi. Par exemple les deux amies de La journée de la gentillesse (découvrir ce que c'est!), les parents de Britney-Di (glaçant), et ces père/fils ou mère/fille se découvrant (un peu), et ces divorcés se débrouillant cahin-caha avec leurs enfants.

Les avis de Anne, Philippe,

jeudi 20 juin 2019

Risque zéro

Risque zéro
Olga Lossky
Denoël, 2019


Etes-vous adhérent de Providence? Si non, c'est bien dommage, vous risquez gros. Si oui, Providence veille sur vous, grâce à une puce surveillant en temps réel votre état de santé. Encore quelques décennies, et voilà un monde semblable au notre, où l'on peut circuler mieux, bénéficier d'une médecine sécurisée. Agnès Carmini a cependant choisi d'exercer comme anesthésiste dans un hôpital 'traditionnel' mais un jour une patiente décède, patiente pourtant adhérente de Providence. Victorien, le mari d'Agnès travaille au service multimedia de Providence concevant des jeux promotionnels flirtant au cours du roman avec sa propre réalité.

En lisant ce roman, je pensais qu'il permettrait vraiment bien aux récalcitrants au genre de s'y lancer. L'écriture est fluide, nous sommes au milieu du 21ème siècle, la technologie est franchement très proche de la nôtre, elle l'anticipe et la prolonge un peu seulement pour certains détails.

Des personnages crédibles et intéressants, pas trop de manichéisme, on n'a pas les gentils versus les méchants, c'est plus subtil que cela. Avantages et inconvénients d'un trop de technologie dans nos vies? Victorien et Agnès ne sont pas monolithiques. Le roman propose aussi d'autres façons de vivre, telle celle des grands parents d'Agnès, en autarcie dans une masure creusoise; ou évoque celle - non désirée- dans les townships. J'ai beaucoup apprécié l'idée du lien entre l'histoire et les mondes crées par Victorien.

Les avis de Yv,
A bien y réfléchir, ce serait aussi une bonne lecture pour un ado.

lundi 17 juin 2019

De sang-froid

De sang-froid
In cold blood, 1965
Truman Capote
Gallimard, 1966



Enfin grâce à une lecture commune avec A Girl,  j'ai lu cet In cold blood qui supposons-le avait impressionné The Autist Reading. De la non fiction, d'ailleurs l'auteur remercie les personnes avec lesquelles il s'est entretenu, et des responsables ayant permis la lecture de documents officiels.

Encore une fois, on se demande pourquoi les auteurs de romans policiers se fatiguent à inventer, car la réalité est souvent bien plus palpitante que la fiction, surtout quand c'est Truman Capote qui raconte avec brio. On en ressort lessivé, bourré de questions sur la nature humaine, la psychiatrie et la peine de mort, bref, du lourd.

Dans la première partie, intitulée 'Les derniers à les avoir vus en vie', l'on fait connaissance de la famille Clutter, en tout cas ses quatre membres résidant en permanence dans leur ferme prospère du petit village de Holcomb, Kansas. A savoir Herbert, le père, son épouse Bonnie et leurs plus jeunes enfants, les lycéens, Nancy et Kenyon. Une brave famille américaine classique des années 50, bien intégrée dans son milieu, des gens fort attachants, leurs connaissances le laissent bien voir.

Parallèlement se retrouvent deux jeunes dans la vingtaine s'étant connu en prison, Dick, originaire du Kansas, et Perry, ce dernier rêvant de mener la belle vie au Mexique. Cette nuit du samedi 15 novembre 1959 ils se dirigent vers la demeure des Holcomb.

Deux trajectoires qui vont forcément se rencontrer, on le sait, on le redoute, on se demande pourquoi? Comment? Car dès le départ l'on connaît le sort des quatre Clutter. (et des deux autres). Sans effets de manche, Capote mène sa narration qui met à mal les nerfs du lecteur.

Je ne vais pas tout raconter de l'enquête, l'arrestation (trouver les preuves s'est joué à 5 minutes, si c'était dans un roman on aurait dit 'cet auteur exagère ce n'est pas crédible'), le procès, et même si l'on n'ignore pas même vaguement le déroulement de l'histoire il reste encore à découvrir. Et comme je le disais, on en sort plein d'interrogations.

Un grand livre, à lire absolument!

Les avis de A girl, Agnès, et je découvre LC aussi avec MilouJackie Brown

jeudi 13 juin 2019

Les filles de Hallows Farm

Les filles de Hallows Farm
Land girls
Angela Huth
Quai Voltaire, 1997
Traduit par Christiane Armandet et Anne Bruneau
Il y a eu un film, on n'échappe pas au bandeau...


Pour des périodes de la vraie vie où le stress suffit à apporter sa dose d'adrénaline, je cale devant des lectures où je risquerais un surdosage. Donc, adieu polars, thrillers, romans aux personnages speedés, bref, pas de suspense s'il vous plait. Juste une bonne écriture, une histoire qui se tient et révèle quelques inattendus, des personnages sympathiques dans leur majorité, pas d'immondes secrets de famille, pas de tension insoutenable, j'allais dire : du normal!

Hé bien Alison Lurie faisait ça très bien (mas j'ai terminé), Barbara Pym s'en tire bien aussi, mais récemment j'ai découvert Angela Huth, et grâce à la bibli et Emmaüs (que ferions-nous sans eux?) j'ai pu survivre. Avec ces Filles de Hallows Farm le charme a (encore) opéré.

En Angleterre durant la seconde guerre mondiale les hommes sont pour la plupart à l'armée, et l'agriculture manque de bras. Arrivent à la ferme des Lawrence trois volontaires, Agatha la sérieuse, Prue la plus frivole et Stella la rêveuse.
Admirons comment Angela Huth présente cela
"Ce soir-là, les filles rejoignirent les Lawrence près du feu de bois dans le salon. Mrs Lawrence raccommoda, Prudence revernit ses ongles, Ag se concentra à moitié sur ses mots croisés. Stella resta simplement assise, pensant à Philip."

Le travail est dur, les filles doivent apprendre. Tailler les haies, labourer droit, traire les vaches, nettoyer les moutons et la litière de la truie.

Il va s'en passer des choses, en plus de ce labeur, durant un an! Surtout sur le plan sentimental. Car le fils Lawrence est là.
"Ne pas flirter avec le fils du fermier est la première règle tacite des volontaires agricoles."

En fait cette histoire est racontée alors que 50 ans se sont écoulés, et bien malin qui devinera comment les trois filles ont mené leur barque ensuite...

Les avis de Lecturissime, Kathel, y'ad'la joie (qui parle des volontaires aussi),

lundi 10 juin 2019

Agatha Christie, what else?

C'est le billet de Dominique (nuages et vent) sur La vérité sur Dix petits nègres de Pierre Bayard (livre que j'ai la ferme intention de lire, j'adore l'auteur) qui m'a alertée :

Inutile de relire «  Dix petits nègres «, si votre mémoire est défaillante ! Pierre Bayard nous donne une liste des personnages avec leur identité, et ce qui les a menés sur l’île. Ensuite, il reprend méticuleusement tous les faits !
Il faut aussi avertir le lecteur que Bayard se réfère dans son analyse à deux autres romans d’Agatha Christie,  et en dévoile l’intrigue et la solution ( qu’il semble trouver bonne !)  il s’agit de «  ABC contre Poirot «  et «  les vacances d’Hercule Poirot ( «  Evil under the Sun « ) ; si vous aviez le projet de les lire un jour, faites ces lectures avant d’aborder cet  ouvrage.
J'en ai conclu que j'avais ces trois romans d'Agatha Christie à relire AVANT!

Dix petits nègres
Ten little niggers, 1939, Angleterre
And then there were none, 1940, Etats Unis
Traduit par Louis Postif
Mon exemplaire : Le masque années 80, couverture jaune!


Dix personnes attirées sous divers prétextes sur une île anglaise, dans une demeure privée. Chacun se voit accuser d'avoir un voire plusieurs morts sur la conscience (pour ceux dont la conscience existe, d'ailleurs). L'un après l'autre, ils sont assassinés... La tension monte.

Même en se souvenant vaguement de l'histoire et de la solution, la lecture demeure captivante! Un Agatha Christie sans Hercule Poirot ni Miss Marple, pour des raisons évidentes, et qui demeure un grand classique de l'auteur, à découvrir absolument bien sûr.

ABC contre Poirot
The A.B.C. murders
Traduit par Louis Postif

Un correspondant anonyme prévient Poirot qu'un meurtre sera commis le 21 du mois à Andover. L'initiale de la victime est un A, et un horaire de chemins de fer, un ABC est trouvé sur place. Et ça continue avec B, C, ... Poirot met en action toutes ses petites cellules grises pour déjouer les plans de l'assassin.

Ah c'est un Agatha Christie narré par le capitaine Hastings, avec son côté naïf, bon client, si charmant, qui se révèle être d'utilité à Poirot. Quelques chapitres se concentrent sur un homme, serait-ce le mystérieux ABC? Un procédé moult fois repris depuis par d'autres, histoire de faire monter le suspense, mais ici c'est parfait.

Pour cette relecture, je me souvenais de tout ou presque, y compris du mobile et du nom du coupable! Mais toujours un plaisir. Et je participe au challenge de Philippe



Les vacances d'Hercule Poirot
Evil under the sun
Traduit par Michel Le Houbie

Alors là, je dois avouer que j'avais forcément déjà lu ce roman, mais je n'en avais absolument aucun souvenir. Qui plus est, rien au cours de ma lecture ne m'a donné une impression de 'déjà lu'.

Cette fois Hercule Poirot est en vacances, dans un hôtel chic d'une île du Devon. Il observe les clients et clientes, et patatras, bien sûr, on trouve un cadavre, et Hercule Poirot participe à l'enquête. L'affaire est particulièrement tordue, et l'on a à la fin l'habituel discours de Poirot, accusant tour à tour en gros tout le monde, et de façon convaincante, jusqu'au suivant sur la sellette!

chez Titine et Lou

jeudi 6 juin 2019

La grande tueuse / La grande grippe

La grande tueuse
Comment la grippe espagnole a changé le monde
Pale rider, 2017
Laura Spinney
Albin Michel, 2018


Il faut dire que cette épidémie de grippe dite espagnole (en fait elle ne venait pas d'Espagne) est tombée au mauvais moment pour laisser des traces prégnantes dans les mémoires. En 1918-1920, c'était la fin de la première guerre mondiale, meurtrière on le sait, mais moins, au niveau mondial, que cette terrible tueuse. En fait on ignore précisément combien sont morts.Entre 50 et 100 millions quand même!

Laura Spinney a su parcourir faire le monde à son lecteur pour évoquer cette pandémie, abordant à chaque chapitre un thème, par exemple, A la poursuite du patient zéro, Gare à la basse-cour! ou Les bons samaritains. Ce n'en est que plus passionnant. A l'époque on ignorait l'existence des virus, sans parler d'avoir un vaccin, et on continuait à se presser en foule, bref le virus H1N1 responsable a pu se propager sans gros problèmes. Pourquoi H et N? On l'apprend dans ce livre. Sachez d'ailleurs qu'on a retrouvé la souche sur des corps, après des décennies, et qu'elles sont dans un endroit à très haute sécurité.

Ne craignez pas de lire cette étude, agréable à lire non par le sujet sans doute mais par l'écriture, et qui m'a beaucoup appris.

Effet centenaire après vraiment des décennies d'oubli plus ou moins volontaire? Voici une second livre sur le même thème, les deux présentés à la médiathèque. En plus d'une séance de révision, ça me plaisait d'examiner comment les auteurs ont traité le sujet.

La grande grippe
1918 La pire épidémie du siècle
Freddy Vinet
Vendémiaire, 2018

Sans jouer au jeu des 7 différences, sachez que Laura Spinney est une journaliste scientifique anglaise, alors que Freddy Viney est professeur et a cofondé le master en gestion des catastrophes et des risques naturels.

Forcément les deux s'appuient sur la même documentation, mais en tant que français Freddy Vinet s'intéresse beaucoup aux documents français, qu'ils concernent les civils, à l'arrière, ou les soldats, sur le terrain en France. Il va plus vite à aborder le sujet du patient zéro, objet d'un gros chapitre chez sa consoeur. La situation mondiale est bien sûr étudiée, y compris dans les pays neutres, histoire de ne pas être brouillé par la guerre en cours. Son ouvrage est plus dense (200 pages d'égal intérêt) et j'ai apprécié les tableaux et graphiques en annexe, j'avoue que ça me parle plus.
Par exemple la surmortalité en Norvège, où apparaît clairement celle des tranches 15 à 40 ans (contrairement aux grippes annuelles dont on avait et a l'habitude).
Ou celle par quartiers à Paris, touchant particulièrement les beaux quartiers, mais quand on affine, les décès sont surtout ceux des employés de maison (logés dans les chambres sans chauffage, sous les toits)...

En conclusion : les redites ne m'ont pas gênée, et je me suis passionnée par ces deux ouvrages!


chez Titine et Lou

lundi 3 juin 2019

Rendez-vous avec le mal

Rendez-vous avec le mal
Date with malice
Julia Chapman
Robert Laffont, 2018
Traduit par Dominique Haas et Stéphanie Laigniel



Après Rendez-vous avec le crime, je savais que je retrouverais mes deux enquêteurs du Yorkshire; Samson O'Brien et Delilah Metcalfe, dans ce coin blotti au pied de collines venteuses, neigeuses, embrouillardées selon le moment, où tout le monde sait tout sur tout, où un secret ne peut se garder longtemps, où l'on a bien connu vos grands-parents et toute votre famille (en fait, c'est comme dans ma petite ville, quoi).

Quelques rappels rapides permettent au lecteur découvrant la série de bien s'y caler, et c'est parti pour une nouvelle intrigue. A la résidence de personnes âgées de Fellside Court, il semble que des objets disparaissent et réapparaissent. Alice Shepherd vient se plaindre, mais comme elle ne paraît elle-même pas très sûre des faits, Samson ne poursuit pas l'affaire. En revanche il va s'occuper de la disparition de Ralph, beau bélier reproducteur.
Mais à Fellside court, la situation empire, la peur règne, il faut agir. Une fine équipe de papys mamies va prêter main forte à Samson et Delilah, de toute façon il en va de leur survie!

Un roman policier sans chichis, plaisant à lire, dans une ambiance de "cosy mystery", des héros sympathiques dont on veut suivre l'évolution. Que deviendra Calimero, braque de Weimar? Quels sont ces appels menaçants parvenant à Samson (dont le passé peut resurgir). Il me faut le tome 3 pour, peut-être, le découvrir.

Les avis de manou,

chez Titine et Lou

jeudi 30 mai 2019

Qui a tué l'homme-homard?

Qui a tué l'homme-homard?
J.M. Erre
Buchet-Chastel, 2019



Aaaaah m'exclamai-je en découvrant sur les blogs le nouvel opus de J.M. Erre! Il me le faut! Une occasion de détente intelligente ne se refuse pas.

Pourquoi homme-homard? En 1945 débarqua dans le petit village isolé de Margoujols le cirque de Balthazar Britescu, cirque tendance exhibition de monstres. Après le passage violent dudit Britescu de vie à trépas, les membres du freak show restèrent dans le village, avec parmi eux cet homme-homard, haï de tous ou presque. Et retrouvé assassiné selon le même scénario que Britescu, mais des décennies plus tard...

Débarque la maréchaussée, à savoir l'adjudant Pascalini et son adjoint Babiloune. La narratrice, Julie, la fille du maire, se charge de les aider, mettant son cerveau et ses oreilles à leur service, car Julie est tétraplégique (et dotée d'un sens certain de  l'humour noir, tendance un poil désespérée quand même). Les bouseux se révèlent pas si taiseux que ça, les cadavres se suivent, bref, le suspense grandit.

Mais qui connaît J.M. Erre sait qu'il y aura du pastiche de roman policier, version serial killer (et même serial killeuse (on a son blog), des références littéraires et cinématographiques, bref, il décortique ce qui fait d'ordinaire le sel de ce genre d'histoires; habilement, il dévoile les ficelles, pour mieux s'en moquer gentiment.

Pas de citations, il y en aurait tant... Quel sens de la formule, de la répartie pas toujours politiquement correcte...

Les avis de Sans connivence, clara, cathulu , dasola, Alex,

lundi 27 mai 2019

Le goût de la viande

Le goût de la viande
Gildas Guyot
Editions in8



Donner trop de détails sur le contenu de ce premier roman, ou bien se contenter d'un résumé assez bateau peut avoir comme conséquence d'en écarter injustement quelques lecteurs potentiels. J'ai choisi la seconde option, qui est d'ailleurs plutôt celle de la quatrième de couverture;

Comme bien des jeunes gens de sa génération, Hyacinthe Kergourlé se retrouve dans les tranchées de Verdun, dont il revient manchot (ça c'est pour la conséquence physique). Il retrouve sa famille bretonne, se marie, les années passent. Mais il est toujours hanté par ce qu'il a vécu.

Mais quelle claque ce roman! Que j'ai bien failli abandonner après quelques dizaines de pages... Ce qui m'a accrochée sans discussion, c'est l'écriture, soignée, précise, souvent caustique, maniant à l'occasion la formule efficace. Humour (si!), catégorie : noir. Dérangeant aussi.

Dans les remerciements
"Merci surtout pour ne t'être jamais fait surprendre en train de me regarder du coin de l'oeil d'un air inquiet lorsque ton tour fut venu de me relire."

"Merci à (des 2ditions In8) pour votre ouverture d'esprit et pour votre estomac, à toute épreuve."

Amie lectrice, ami lecteur, je te souhaite de même et bonne lecture. Mais je vous aurai prévenus! Si vous passez les 40 premières pages, même si vous êtes bien secoués, alors vous ferez une découverte.

Les avis de Yv, enthousiaste et qui en dit plus mais pas trop,

jeudi 23 mai 2019

Génération CV

Génération CV
Jonathan Curiel
fayard, 2012

Génération CV raconte les tribulations d'un trentenaire parisien bac + 5 à la recherche d'un emploi. Envoi de CV, bien sûr, suivant petites annonces ou pas, réseau, ex de son école, amis d'amis, il a tout essayé et les chapitres voient se succéder ses entretiens avec 'La RH illuminée, Le fonctionnaire rigide, Le consultant endoctriné", et j'en passe. Avec le risque au bout de quelques mois de devoir jouer les Tanguy chez ses parents.

On peut considérer ce roman comme un catalogue de toutes les rencontres, tous les interlocuteurs et toutes les méthodes possibles et à première vue vous vous dites que ce sera désespéré et plombant. Mais l'auteur a choisi l'humour parfois décalé et vachard, et ce voyage absolument éloigné de ma zone habituelle m'a fort plu. C'est criant de vérité et ça sent le vécu. Clément Vialla, le héros, est lucide sur son CV, justement, et ses chances de trouver le job de rêve (ses rêves sont loin de devoir bosser comme un malade H24, avouons-le, humour assumé).

Le CV 'destroy' proposé page 123 vaut son pesant de cacahuètes.
'une scolarité en école de commerce qui m'a donné les clés nécessaires pour enrayer le bon fonctionnement d'une entreprise'
'vivement intéressé par votre boîte mal gérée'
'convaincu de pouvoir répondre à vos besoins, tout en posant un maximum de RTT et en multipliant les arrêts maladie sans motif'
ceci noyé dans un vrai CV bien ronronnant, et on peut se demander si ça ne passerait pas, car ces CV formatés sont-ils vraiment lus attentivement?

Des avis sur babelio,

lundi 20 mai 2019

Au Yémen avec Théodore Monod

Au Yémen avec Théodore Monod
Carnets d'expédition (1995)
José-Marie Bel
Ginkgo éditeur, 2019
(photo de couverture prise sur le site de l'espace reine de Saba)(une mine!)


Voici encore un envoi surprise de Ginkgo éditeur, qui connaît ma prédilection pour les récits de voyage et expéditions lointaines. De plus connaissant le nom de Théodore Monod sans l’avoir vraiment lu, c'était l'occasion de le suivre sur le terrain, avec son ami José-Marie Bel, spécialiste du Yémen. Ils ont profité d’une petite fenêtre à peu près tranquille pour se rendre là-bas, même si en mai c'est chaud et sec. Théodore Monod est un vieux monsieur (il est né en 1902), l'énergie et la curiosité intellectuelles sont bien là, mais crapahuter sous le soleil avec lui a donné des sueurs froides à son accompagnateur.

La mission était accompagnée de yéménites (sécurité?) et d'une équipe tournant un film documentaire (ce fut Le vieil homme et la fleur). Mais nos deux scientifiques étaient à la recherche d'encensiers et de myrrhiers, entre autres éléments de la flore locale.

Boswellia arbre à encens (ici à Oman)
Par Francesco Bandarin — Ce site est inscrit au Patrimoine Mondial de l'UNESCO sous l'intitulé :Land of Frankincense., CC BY-SA 3.0-igo, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=45805949
Oui, l'encens et la myrrhe, les rois mages, tout cela est millénaire mais risque de disparaître.

Une grande partie du livre reproduit les notes de terrain, avec leur spontanéité, agrémentées de croquis de l'auteur. Ajoutons une interview, des courriers, bref, c'est peut-être disparate, mais forme un ensemble cohérent s'expliquant d'une page à l'autre. J'ai appris à mieux connaître Théodore Monod et à rêver de ce magnifique pays (hélas fermé pour l'instant)

jeudi 16 mai 2019

Les livres de Jakob

Les livres de Jakob
Olga Tokarczuk
Editions noir sur blanc, 2018
Traduit (et bravo!) par Maryla Laurent


Des interlignes confortables permettent de venir à bout sans encombre des 1 000 pages écrites en petits caractères, agrémentées de reproductions de cartes, gravures, pages de livres, portraits.

Et c'est parti pour les décennies de la vie de Jakob Frank, personnage ayant existé, mais comme j'en ignorais tout j'ai lu ce gros bouquin comme une épopée, un roman d'aventures incroyable, se déroulant à une époque où l'empire ottoman couvrait une partie du sud est de l'Europe. De la Pologne à la Turquie, on commerce, on parle diverses langues, on est catholique, ruthène (orthodoxe?), musulman ou juif. Dans les villages glacés et brumeux, tels Rohatyn, en 1752, tout en bas de l'échelle se trouvent les paysans (des serfs) et les juifs. Le prêtre Benedykt Chmielowski consacre sa vie à écrire une encyclopédie, cherchant ses sources chez les nobles et chez Elisha Schorr, commerçant/rabbin.

"Comment ça, le premier Messie? Et le second? Il y en a un second? interroge Stanislaw Kossakowski perplexe.
- Certains disent qu'il devrait y avoir trois Messies. Il y en a déjà eu un, c'était Sabbataï Tsevi? Ensuite il y a eu Kohn."

Bref, apparaît ce Jakob Frank, suivi de moult disciples, persécuté y compris par les autres juifs; aidé parfois par Moliwda (noble polonais) et dont les paroles sont pieusement notées par un certain Nahman. Je passe sur la multitude de noms, variant au cours du livre, après le baptême de certains, mais Olga Tokarczuk rappelle brièvement l'essentiel. La vie de Frank aura des bas, y compris la prison, et des hauts.

J'ai aimé me plonger dans cette ambiance fort bien rendue de la vie des gens de toutes classes à cette époque, et apprécié l'écriture de l'auteur et des perles au détour d'un paragraphe.
"Que se passe-t-il si chacun voit différemment? La couleur verte est-elle perçue différemment par tous? Peut-être que 'vert' n'est qu'un nom dont nous couvrons comme d'une peinture de sensations absolument différentes pour pouvoir communiquer, alors qu'en réalité chacun de nous voit autre chose? Existe-t-il un moyen de vérifier cela? Que se passerait-il si nous ouvrions vraiment les yeux? Si nous apercevions par quelque miracle l'aspect véritable de ce qui nous entoure? Que découvririons-nous?"

Et puis il y a Ienta, elle vit, elle voit tout. Son souvenir persista, ce qui sauva la vie de quelques dizaines de personnes en 1942, à Korolowka...

En fait, comme le rappelle Nathalie, le mieux est de se laisser porter par la narration, sans chercher à tout retenir et (parfois) à tout comprendre. Le plaisir n'en sera que préservé.

Les avis de Mark et Marcel,

Lire le monde chez Sandrine

lundi 13 mai 2019

Slow train

Slow train
30 échappées ferroviaires pour citadins en mal de nature
Juliette Labaronne
Arthaud, 2019




D'accord, je ne suis pas une citadine en mal de nature, en tournant la tête à gauche j'ai une échappée sur le jardin, et à 100 mètres je sais que coule une rivière, en tournant la tête à droite c'est le canal, son chemin de halage, ses hérons, ragondins et canards.

Mais voyager en train, j'adore, et ce livre propose trente circuits ferroviaires à découvrir non pas au bout du monde, mais en France!, classés selon cinémascope -tout est dit- classe éco ou SOS bol d'air. Oubliés le TGV, la voiture, et vivent le train, le vélo et la marche. De courts chapitres présentent le trajet, sa durée, la distance, les correspondances (hé oui le TGV peut être utile pour accéder dans le coin), des conseils pratiques, des sites internet, des infos sur le vélo dans le train, les coins à découvrir, un poil d'histoire de la ligne, sans oublier les découvertes culinaires de la région. Quelques photos font baver d'envie.

L'on constate que souvent la survie de certaines lignes ne tient qu'à des passionnés et acharnés du coin désireux de sauver 'leur' ligne. J'en profite pour râler contre la suppression de certains trains de nuit (qui éviteraient le recours à l'avion) et signale grâce à ce livre un Bordeaux-Marseille moins cher et plus rapide qu'en TGV, puisque bien sûr l'on s'obstine à vouloir nous faire passer par Paris!

J'ai rêvé sur un Paris-Strasbourg permettant de poursuivre vers la Russie par le Moscou Express via Berlin. Et j'ajouterai (pourquoi se gêner?) de continuer plein est par le transsibérien... (train emprunté en 2007, voyage sans appareil photo, hé oui)

Un livre qui donne une envie furieuse d'acheter son billet (quoi, le TER Occitanie à 1 euro?), boucler son sac et filer.

Encore une bonne pioche Babelio.
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