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Affichage des articles du février, 2014

Opération Sweet Tooth

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Opération Sweet Tooth Ian McEwan Gallimard, 2014 Traduit par France Camus-Pichon Au bout de quatre pages en compagnie de Serena Frome , "une erreur de la nature : une fille douée en maths", fille d'évêque (ça se passe en Angleterre), je suis allée vérifier le nombre de pages (plus de 400) et ai poussé un soupir d'aise : de longues heures de bonheur s'annonçaient. Le lendemain, j'ai refermé le roman, terminé, pensant "sont vraiment forts ces (écrivains) anglais". Une histoire de services secrets comme justement les anglais savent les écrire, Serena étant recrutée par le MI5 (mais à un échelon subalterne, c'est une femme). Une plongée dans les années 1970, les attentats (j'avais déjà oublié ça!) et la crise du pétrole (il y a vraiment eu cette histoire de semaine de trois jours?). Des nouvelles dans le roman, y compris l'intervention de probabilités, grâce à Serena. Très intéressant de réaliser comment Serena réagit à ces nouvell

Dora (tome 2) et Mauvais genre (de la BD, bien sûr)

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Dora L'année suivante à Bobigny Minaverry l'agrume, 2013 L'Algérie vient de devenir indépendante, en banlieue parisienne les terrains vagues ont laissé place aux barres d'immeubles, les Citroën modèles début années 60 sillonnent les routes. Après sa collecte de documents sur les nazis (en Allemagne) et ses recherches non abouties en Argentine ( premier volume , peut se lire à part, finalement), Dora revient en France. Elle retrouve Odile, amoureuse de son copain d'enfance Didouche, qui ne pense qu'à Djamila. Une idylle se noue entre Dora et Geneviève , seule rescapée de sa famille tzigane après la guerre. Dora continue à œuvrer pour la collecte de témoignages sur les nazis (et sur les exactions policières en France en 1961), en collaboration avec Béatrice (avocate). Dora, Odile et Geneviève racontent à tour de rôle leur histoire, de façon très intimiste. Mises à part quelques pages très colorées, aux moments très forts (première fois entre Dora et

La langue d'Altmann

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La langue d'Altmann Altman's tongue, 1994 Brian Evenson le cherche midi, Lot49, 2014 Traduit par Claro Après Père des mensonges  (à découvrir, c'est sûr), Baby Leg (perplexe je suis), j'ai découvert le nouvel opus de Brian Evenson, en fait son premier publié. Je dirais qu'il s'agit de nouvelles, des textes courts (de une à 15 pages, en gros), et quelques uns plus longs, tels La fenêtre de Munich, à l'ambiguïté réussie , Elle : ses autres corps : un récit de voyage, où un serial killer laisse les cadavres féminins derrière lui, au fil des Etats , et surtout la réjouissante Affaire Sanza, une enquête policière un peu dingue, policiers ripoux, vrai et faux témoignages se mêlant. Certains textes m'ont laissée dubitative, mais jamais indifférente. Détails affreux, cruels, sordides, protégeons-nous me disais-je. Une écriture incroyablement prenante, c'est certain. Un écrivain prometteur, dès le début. Pour sortir des sentiers battus... L'a

Lu, mais sans plus, quoi.

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Deux lectures qui m'ont laissée de côté, mais dont je parle tout de même (le vieux débat, doit-on parler de ce qui n'a pas vraiment plu). Deux envois (non demandés) de différentes maisons d'édition, des parutions récentes. Des auteurs français (ceux qui me connaissent savent que déjà il peut y avoir un os). Bien évidemment ces deux romans ne sont pas mauvais, chacun a des qualités (que je pointe, d'ailleurs), ils ont demandé temps et énergie à leurs auteurs, le premier surtout a toutes les qualités pour plaire à des lecteurs moins compliqués que moi. Sans oublier Ariane Bois Belfond, 2014 La narratrice (mais quel est son prénom? En écrivant ce billet je réalise qu'il m'a échappé) travaille dans une agence de pub parisienne, elle est mariée avec l'Homme. Deux enfants de six et trois ans. Rien à signaler, à part une belle-mère pestissime (et réussie). Jusqu'au moment où sa mère décède dans un accident d'hélicoptère. Ce deuil la terrasse, remo

Charles Juliet : Lambeaux- Attente en automne-Journal-DVD

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Lambeaux Charles Juliet folio, 2006 Ce livre qui me faisait peur, je l'ai finalement avalé quasiment d'un souffle. Une biographie/autobiographie indispensable à qui veut lire l'oeuvre de Charles Juliet, en particulier ses Journaux. En première partie, il évoque sa mère, avec le "tu", sa mère qu'il n'a jamais connue, puisqu'atteignant le fond de l'épuisement après quatre naissances rapprochées, elle a dû être hospitalisée et est morte en hôpital psychiatrique à l'époque où se pratiquait L'extermination douce sur les patients (années 40 en France). L'auteur a été placé dans une famille dont la mère est devenue son autre mère, à qui il a voulu rendre hommage. Dans cette seconde partie, le "tu" s'adresse à lui-même, racontant ses années d'enfant de troupe, puis d’écrivain. Après avoir rédigé une vingtaine de pages de ce récit (1983), il doit abandonner. "Il remue en toi trop de choses pour que tu puisses le

Mortels lundis

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Mortels lundis Mord ved Runddelen Dan Turell Ginkgo éditeur, 2004 Traduit par Sophie Grimal et Frédéric Gervais "Un sombre pressentiment m'envahit. Chez les journalistes, c'est le métier qui vous rend parano ou c'est la parano qui vous fait choisir ce métier." Plus qu'un polar, un roman noir, avec Copenhague en toile de fond. L'hiver, la pluie, le froid, et surtout la nuit.  Le journaliste narrateur tombe sur le corps étranglé d'une jeune fille, un lundi soir, et suit l'enquête de son ami l' inspecteur Elhers .. Le meurtrier récidive le lundi suivant. Une intrigue avec quelques moments plus palpitants, de l'humour souvent désabusé, mais surtout l'occasion de découvrir les quartiers populaires de la ville, des destins tristounets, les oiseaux de nuit, et deux personnages principaux un peu philosophes, attachants dans leurs facettes si humaines et leur façon de s'accrocher à leurs valeurs. La fin : "Je frissonn

Shirley

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Shirley Paru en 1849 Charlotte Brontë Archipoche, 2014 Traduit par Joseph Vilar Préface d'isabelle Viéville Degeorges Certains attachés de presse dégainent sans prévenir (je leur ai pourtant dit "n'envoyez pas sans savoir!")(en vain) mais quand il s'agit d'un nouvel opus de la collection Archipoche qui sort de l'oubli des titres d'auteurs victoriens (pour une somme modique!), je ne vais pas me plaindre. Après Jane Eyre (1847) et avant Villette (1853), Charlotte Brontë a évoqué le Yorkshire du début du 19ème siècle , encore rural, mais dont les filatures ne pouvaient écouler leurs produits à cause des guerres napoléoniennes. De plus les propriétaires, installant des machines coûteuses, étaient proches de la ruine, tandis que les ouvriers, devenus sans travail, survivaient à peine à leur misère, et se révoltaient. Dans ce contexte historique, l'auteur se focalise sur quelques héros : la douce Caroline , nièce d'un pasteur, amoureus

De l'art de mal s'habiller sans le savoir

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De l'art de mal s'habiller sans le savoir Marc Baugé Illustrations Bob London hoëbeke, 2012 Bien évidemment c'est encore grâce à une pioche au hasard de la médiathèque que je découvre ce chroniqueur du Monde . (Je vis parfois sur une autre planète).En tout cas, ses chroniques rassemblées ici sous le titre commun "est-ce bien raisonnable de ...?", quoique frappant (juste) à 99% les messieurs, pourront faire le bonheur d'un lectrice amateur de portraits drôles et incisifs . Il ne dédaigne pas un petit retour en arrière, voire dans l'histoire non contemporaine. Le lacet sous Louis XIII, par exemple, dans " Est-ce bien raisonnable de porter des lacets de couleur vive? ". (En Angleterre) Dans les années 1970, couplé à une paire de Doc Martens, un lacet peut en effet, en fonction de sa couleur, tout dire et son contraire. Blancs sur Docs noires, vous êtes un facho. Rouges, vous êtes un communiste. Bleus, vous avez frappé, voire tué, un po

Du sang sur Abbey Road

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Du sang sur Abbey Road A Song From Dead Lips William Shaw Les escales noires, 2014 Traduit par Paul Benita Cette fois encore, un polar qui fait voyager, pas en Laponie hivernale , pas dans les steppes de l'Asie Centrale , mais dans le temps, chez nos voisins anglais (" Un thé?"). 1968, en pleine Beatlesmania , autour d'Abbey Road se pressent les fans. Justement, n'en fait-elle pas partie, la toute jeune fille retrouvée étranglée sous un matelas, dans une ruelle toute proche? L'enquête va donner du fil à retordre au sergent Cathal "Paddy" Breen et sa co-équipière Helen. Cette histoire policière, bien menée et haletante spécialement dans les 100 dernières pages, est l'occasion délectable d'une balade fort agréable et amusante dans le Londres de ces années là, où rien ne manque à la reconstitution. Disques vinyles, tourne disques, machines à écrire, hippies, cheveux longs, expériences vestimentaires colorées...Racisme, drogue, guerre

Charles Juliet : Deux journaux

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Si vous dites " Charles Juliet c'est qui?", je vous dénonce à Flo , car c'est son auteur chouchou absolu ( wikimachin , si vous hésitez). Elle m'a convaincue de le lire. Le bibliothécaire, consulté avec "par quoi commencer?" a, façon joueur de cartes, carrément sorti le grand jeu, et déballé tous les volumes présents. Laissant de côté les poèmes (courageuse mais pas téméraire), L'année de l'éveil (déjà lu)(mais à relire?) et Lambeaux (lu depuis), j'emprunte donc le Journal I, 1957-1964 . On commence par le début, non? Le titre, en fait, c'est Ténèbres en terre froide . POL, 2000. Avec préface datée de 1977. Nouvelle parution en 2000, avec complément en postface. En pleine lecture, je retourne à la médiathèque, le même bibliothécaire place dans mes mains le dernier tome paru, intitulé Apaisement . POL, 2013. Il s'agit du Journal VII, 1997-2003 . Comment refuser? J'abandonne l'idée de lire dans l'ordre, et finalement

Le chien qui louche

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Le chien qui louche Etienne Davodeau Futuropolis, Louvre Editions, 2013 Ma bibliothèque acceptant gentiment de commander les BD dont j'ai envie (sans complexes!), j'ai enfin pu lire ce dernier album d'Etienne Davodeau. Tous les blogs (ou presque) en ayant parlé, je vais essayer de faire court. Fabrice Fabien est agent d'accueil et de surveillance au musée du Louvre. sa copine Mathilde le présente à sa famille, des meubles Benion. Le grand père du papy, peintre à ses heures, a produit un tableau intitulé "le chien qui louche", au style disons, euh... pas convaincant artistiquement parlant. Comme Davodeau l'indique dans un dialogue, "on dirait un dessin de BD... -  n'exagérons rien. Mais c'est vrai que c'est assez maladroit." [Étienne, j'adore votre humour!] La famille de Mathilde, un clan de gros balourds, exprime le désir de voir entrer au Louvre la croûte familiale... Fabien qui aime fort Mathilde (les rapports entre c

Ailleurs

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Ailleurs Elsewhere Richard Russo Quai Voltaire, 2013 Traduit par Jean Esch Coup de coeur... "C'est plus l'histoire de ma mère que la mienne, mais c'est aussi la mienne car, jusqu'à il y a quelques années encore, ma mère était rarement absente de ma vie. Il est question de sa personnalité, mais aussi de l'endroit où elle a grandi, d'où elle s'est enfuie, et où elle est revenue, à maintes reprises; des contradictions qu’elle n'a pas su résoudre et m'a donc transmises, en sachant fort bien que je les rongerais comme un chien ronge un os, allant les enterrer pour les déterrer ensuite et les ronger de nouveau." Fils unique d'une mère tôt divorcée , ayant grandi à Gloversville, toute petite ville de l'état de New York vivotant après le déclin des industries du cuir (aux conditions de travail épouvantables!), Richard Russo choisit d'étudier dans l'Arizona, où il se mariera et aura deux filles, puis partira dans le Main