lundi 27 décembre 2021

Curiosity


 Curiosity

Sophie Divry

Notabilia, 2021


Purée, quel talent! Sophie Divry, dont je n'allais pas rater un titre, a réussi à m'épater, alors qu'au départ, franchement, prendre comme personnage le robot Curiosity tout seul sur Mars, c'était risqué. Il s'agit d'une novella, plutôt, et le robot monologue, étalant ses états d'âme. Pour lui, Dieu vit sur Terre, il l'a envoyé en mission, et lui envoie des instructions. Le petit rover obéit mais parfois il en a gros sur le système.

Il a un satellite, alias MRO, avec qui les relations sont distantes.

"Les satellites sont un peu snobs, c'est l'altitude."

Pauvre petit robot, qui espérait trouver des siens sur Mars... Il finit par comprendre ce que sera son destin, à la longue. Une belle nouvelle mélancolique, mais non dénuée d'humour.

Oui, Curiosity fait des selfies
https://fr.wikipedia.org/wiki/Curiosity_(rover)

Avis babelio

Et je participe ainsi à un challenge! (ici)

Puis Sophie Divry propose un texte très court, L'Agrandirox, où comment voir son minuscule appartement grandir lors d'un confinement. Est-ce un bien? On tombe dans le fantastique...

lundi 20 décembre 2021

Chroniques diverses

Souvent je lis de la non fiction, qui m'enthousiasme, mais j'ai la flemme d'écrire un billet (pareil pour les BD) , alors là en voici trois.

Je suis fan de Marcel Cohen, que je connais par ses écrits seulement. Dernièrement, sur le présentoir de la bibli : 


Détails, II

Suite et fin

faits

Marcel Cohen

Gallimard, 2021


Comme pour le I, de courts chapitres consacrés à des faits réels, mais peu connus, comme la mortalité des chevaux au cours de la première guerre mondiale, les disparitions volontaires, l'histoire de Chouquette, résistante dans les années 40, les horlogers de luxe. Ou bien un certain 'homme' (l'auteur?) propose ses réflexions au cours de pérégrinations, dans la rue, aux urgences, dans le métro. On y trouve toujours de l'intérêt, son œil est perspicace, jamais vraiment méchant.

Quand il observe les voyageurs dans le métro, et pense à l'usage des SMS:

"Qui aurait jamais imaginé que le téléphone servirait un jour à éviter les conversations?"

Le ghetto de Varsovie:

"Le maire de Varsovie estimait, après la guerre, que déblayer les ruines du ghetto reviendrait à mobiliser dix mille homme pendant trois ans en utilisant une noria de sept trains. C'est pourquoi, à Varsovie, le nouveau quartier de Muranow est aujourd'hui surélevé de trois à quatre mètres par rapport au reste de la ville."

Puis voici Chevillard.


Sine die

Eric Chevillard

Dessins de François Ayrolles

Editions de l'arbre vengeur, 2021


Ces chroniques ont été écrites entre le 19 mars et le 12 mai 2020,pour Le Monde, puis le blog de l'auteur. Comme l'indique le sous titre, il s'agit d'une chronique du confinement.

'Encore?' direz-vous?' Moi aussi j'aurais pu en écrire une!' Tout à fait d'accord, même si on réalise que depuis, il s'en est passé des choses, ces chroniques ont déjà un air d'étrange irréalité. Et puis c'est Chevillard, alors moi je prends!

"Dehors, rôde l'horrible virus hérissé d'antennes sensibles qui captent notre présence à plus d'un kilomètre - comme le squale la goute de sang dans l'immensité de la mer- et de palpes gluants pour se suspendre à nos lèvres, comme un amoureux ardent. Des hordes de pangolins enragés se répandent dans les rues en toussant leurs poisons et, dès que le jour baisse, ce sont les chauve-souris qui fondent sur le passant pour se moucher dans son coude. Nous ne sommes plus en sécurité que chez nous."

Avis babelio

Pour terminer, un auteur que je lis régulièrement, sans toujours le présenter:


Oedipe n'est pas coupable

Pierre Bayard

Editions de Minuit, 2021


Après avoir rétabli la vérité sur le meurtre de Roger Ackroyd, Hamlet, Le chien des Baskerville et Ils étaient dix (le mot qu'on ne doit plus prononcer), il s'attaque à Oedipe, carrément. C'est l'occasion de revoir ses classiques, de faire un tour chez Freud, de découvrir qui est réellement coupable (pas Oedipe), et de s'inquiéter pour l'auteur qui s'attaque à forte partie...


Avis babelio

jeudi 16 décembre 2021

Chaudun, la montagne blessée


 Chaudun, la montagne blessée

Luc Bronner

Seuil Points, récit, 2020



A Chaudun, Hautes Alpes, vivaient en quasi autarcie une centaine de personnes à la fin du 19ème siècle, la population déclinant depuis fort longtemps. Très peu de terres cultivables, surpâturage des moutons, déboisement pour se fournir en bois de chauffage, on vivotait de plus en plus. Curés et instituteurs s'y succédaient. Un village plus qu'isolé, on y accédait et y accède toujours accède par un sentier assez périlleux parfois (il existe une video).

Alors en 1888 les habitants demandent à vendre leur commune à l'état, ce sera acté en 1895. Mais bien avant des habitants partaient, vers d'autres communes ou même l'Amérique!

Les ancêtres de l'auteur sont originaires d'un village à 15 km de là, ses arrière-grands-parents se sont installés à San Francisco, puis la famille est revenue en 1914. Pour écrire son récit, il a compulsé différents documents, archives d'état civil, militaires, cadastres, registres, etc. et surtout a su raconter l'histoire en la rendant passionnante, parfois émouvante. Par exemple, au cimetière, demeure une seule pièce tombale, celle de Félicie Martin, 17 ans; à fouiller les registres, l'on découvre un grand nombre d'enfants en bas âge, particulièrement ceux laissés ici en nourrice, une mortalité impressionnante.

Sous nos yeux revit vraiment le village, grâce à des courriers, comptes-rendus. Jusqu'au moment où tous sont partis, une centaine, laissant les portes ouvertes, comme demandé.

Et maintenant? Après que des millions d'arbres aient été plantés il y a environ un siècle, c'est le paradis et le bonheur pour les espèces végétales et animales... 20% de la flore française est présente dans la vallée. Le loup est revenu, régulant la population des ongulés qui sinon ravageraient les sous-bois en broutant et piétinant, évitant aux vieux chamois une mort lente et douloureuse par inanition..

Avis babelio, miriam, le billet qui m'a donné envie, 

lundi 13 décembre 2021

Les rues de Laredo


 Les rues de Laredo

Larry McMurtry

Gallmeister, 2020

Traduit par Christophe Cuq


Encore un coup de coeur? Hé oui.

Une vingtaine d'années après Lonesome Dove (à lire avant, et absolument) l'on retrouve la plupart des personnages, enfin, ceux encore vivants. Woodrow Call, auréolé de sa réputation de ranger texan, est chargé d'une mission : se débarrasser d'un bandit attaquant les trains, dépouillant les voyageurs, et n'hésitant pas à tuer! L'on apprend vite qu'il s'agit du jeune Joey Garza, un type froid n'aimant personne, encore moins ses frère et soeur, et sa mère Maria, la magnifique Maria, quel personnage!

D'ailleurs dans ce roman les femmes ne sont pas de petites choses fragiles juste là pour la figuration: Lorena, que l'on retrouve mariée à Pea Eye, mère de 5 enfants, est devenue institutrice, sous l'inspiration de Clara. Quand Call veut embarquer Pea aux trousses de Joey, elle renâcle, accepte, puis part le retrouver. En plein hiver, sur des centaines de kilomètres, avec en plus un bandit lui rappelant d'affreux souvenirs, Mox Mox, alias le brûleur d'hommes. Un type dément, que Call veut aussi abattre.

Ah quel bonheur de retrouver Larry McMurtry et sa façon de raconter. Un poil d'humour, de l'émotion, du suspense, jamais on ne se lasse (on ne voyage pas dans de mauvaises conditions, nous), on passe d'un groupe à un autre, on s'attache fortement à certains, on a des personnages secondaires bien campés.

Mention spéciale à Brookshire, "un simple employé" qui a l'étoffe d'un héros, et le Kickapoo Famous Shoes, le pisteur bien connu des amateurs de la saga.

Qu'on ne s'y trompe pas : on quitte ces personnages à regret, Call vieillissant est finalement poignant.

Avis babelio

jeudi 9 décembre 2021

Le cercueil de Job


 Le cercueil de Job

Job's coffin

Lance Weller 

Gallmeister, 2021

Traduit par François Happe

 

 1864, quelque part aux Etats Unis, entre le nord et le sud. Esclave en fuite, Bell Hood essaie d'échapper à des poursuivants éventuels, accompagnée de Dexter, puis June, le tout en pleines batailles de la guerre de Sécession.

De  1862 jusqu'à 1864. Mêmes lieux. Jeremiah Hoke, après sa participation à la bataille de Shiloh, en sort vivant mais handicapé, et devient une sorte de vagabond.

On devine que les personnages se retrouveront, ce sera lors de l'effroyable boucherie de la bataille de Fort Willow. Auparavant il y aura des rencontres, des passages sur les mêmes lieux. Le lecteur vigilant découvrira ce qui n'est pas raconté en détail. Vraiment bien fait!

J'avais tellement aimé Wilderness de Lance Weller ! Je retrouve dans ce cercueil de Job (c'est un groupe d'étoiles, censé guider les personnages vers la liberté) les mêmes qualités d'écriture, que ce soit pour décrire les paysages, mener des dialogues, présenter des personnages forts. Les héros bougent dans les mêmes lieux, à des périodes différentes, les événements se répondant, c'est extrêmement bien mené. A la fin, on a une histoire poignante. Lance Weller écrit à hauteur d'hommes (et de femmes), plongeant dans leur histoire personnelle au milieu de la grande Histoire. Ils sont baladés, tentant de survivre à l'horreur et à leurs propres blessures intérieures. C'est magistral, et je recommande!

L'avis de Electra, babelio,

lundi 6 décembre 2021

L'énigme de l'anguille et autres bizarreries animales


 L'énigme de l'anguille et autres bizarreries animales

The unexpected truth about animals

Lucy Cooke

Albin Michel, 202

Traduit par Esther Ménévis

 

Vous croyez tout savoir (ou presque?) sur l'anguille (mais où sont les oeufs?) , le castor, le paresseux (heu, paresseux?), la hyène (hilare, forcément), le vautour (beurk?), la chauve-souris (je sais par expérience qu’elle ne s’entortille pas dans les cheveux),  la grenouille et le crapaud (qui connaît la différence?), la cigogne (et les enfants?), l'hippopotame (cousin de la baleine), l'orignal (saoul?), le panda (et la diplomatie?), le manchot (qui ne se caille pas forcément les papattes?), et le chimpanzé? Détrompez-vous.

Grâce à Lucy Cooke, zoologiste anglaise dotée d'un humour fort british, vous saurez tout (ou presque). Elle conte les erreurs (fake news?) trimballées au cours des siècles, par Aristote, Buffon et autres, dépoussière les connaissances, et remet les pendules à l'heure.

J'en ai fait un coup de cœur d'abord parce que toutes les bestioles, c'est tout ce que j'aime (parfois de loin) et surtout parce que je me suis follement amusée à lire ce bouquin (si!)

Créatrice de la Sloth Appreciation Society (société pour l'appréciation du paresseux), dont la devise est "La rapidité est surfaite", l'auteur convainc parfaitement que la bestiole est digne d'intérêt.

"Progresser furtivement à la cime des arbres, à peine plus vite qu'un escargot, couvert d'algues et infesté d'insectes, et ne déféquer qu'une fois par semaine ne correspond certes peut-être pas à l'idée que vous vous faites d'une vie ambitieuse, mais d'un autre côté vous n'essayez pas de survivre dans les jungles extrêmement concurrentielles d'Amérique centrale et du Sud - ce pour quoi le paresseux est très doué.

Quand on cherche à comprendre les animaux, le contexte est essentiel."

Elle a franchement l'art de la formule parlante:

"Les voir évoluer dans les arbres, c'est comme regarder Le Lac des cygnes au ralenti." "On dirait qu'ils sont immergés dans de la colle, voire qu'ils en ont sniffé." "Tous les paresseux appartiennent aux Xénarthres, un superordre de mammifères très ancien dont le nom semble tout droit sorti de Star Trek, et ils ont le look SF à l'avenant." ""Il passe son temps à brouter des feuilles dont on dit qu’elles contiennent des alcaloïdes aux propriétés semblables à celles du Valium.Il n'a donc pas seulement l'air défoncé, il l'est."

Terminons par le panda, sur lequel on raconte plein de 'menteries' : ne pas confondre le panda dans son milieu naturel (hélas dégradé et rétréci) et le panda forcé de se reproduire dans des conditions complètement non prévues à l'origine, et objet depuis longtemps de trocs diplomatiques. Alors que "l'autre panda est un survivant magnifique qui existe dans sa forme actuelle, naturelle, depuis au moins trois fois plus longtemps que les humains, et qui est parfaitement adapté à son mode de vie (certes) excentrique. Ce panda sauvage est un étalon secret, adepte des plans à trois et des rapports brutaux; il ne dédaigne pas la viande et possède un redoutable coup de mâchoire." 

Versus "son approche apathique de la chose sexuelle et son régime végétarien déviant attirent les moqueries."

D'accord, "les bébés pandas géants, avec leurs gestes maladroits et enfantins, sont comme un shoot instantané de mignonnerie." J'avoue avoir ululé comme une débile devant une vidéo de bébés pandas... Mais après ma lecture, je suis persuadée qu'on doit absolument les laisser tranquilles dans leur milieu sauvage préservé (et ça c'est pas gagné).

Alors, pour en savoir beaucoup plus, jetez-vous sur cet excellent livre!!!

vendredi 3 décembre 2021

Une mauvaise maire

 


Une mauvaise maire

Jacques Jouet

P.O.L., 2007 


Toujours en pleine période oulipienne, je découvre Jacques Jouet (quoique son nom ne soit pas inconnu aux auditeurs des papous dans la tête).

Ce court roman présente Marie Basmati (je n'ai pas tout de suite compris l'astuce, en fait son mari d'origine italienne se nomme Basmati), ci-devant maire de La Chapelle, région parisienne, un peu moins de 30 000 habitants.  On la suit dans son quotidien fort occupé de maire, taclée souvent par son deuxième adjoint, alias Dents Longues. Cartée au parti communiste, mais sans excès semble-t-il, elle fait le job, réaliste, connaît ou cherche à connaître tous les coins et problèmes de sa commune. C'est ainsi qu’elle rencontre Masmaïl, un intrigant jeune homme  issu de la cité des Garnerets.

Bref, une jolie chronique au ras de la vraie vie, écrite classiquement et avec vivacité, lue avec plaisir. A la fin moi je pensais que Marie est plutôt une bonne maire...

Avis babelio,

Puis j'ai continué avec


La seule fois de l'amour

P.O.L., 2011

Victoire est une jeune femme qui a un projet, celui de connaître un amour, avec lequel justement elle fera l'amour, mais juste une fois. Espérant être enceinte. Non, ce n'est pas une fille coincée, elle fréquente pas mal de garçons ou d'hommes, qui vivent parfois assez mal ce genre de relation... 

C'est amusant à lire, on se demande si Victoire mènera à bien son projet (elle a aussi la chance d'être jolie et intelligente, ça aide quand les types intéressés se prennent un râteau, car sinon ils se raréfieraient?), mais en dépit de l'imagination de l'auteur cela devient un peu longuet.

On va dire que Jacques Jouet a eu une belle idée de départ, et l'a explorée façon conte moderne.

Babelio,

lundi 29 novembre 2021

Et toujours en été


 Et toujours en été

Julie Wolkenstein

P.O.L. , 2020 (couverture du poche)

 

 

Julie W. et moi :

Curieusement, c'est Adèle et moi, sans doute la plus classique des histoires de Julie Wolkenstein, qui m'a le moins enthousiasmé, peut-être trop classique justement? 

Depuis,  je ne l'ai pas laissée tomber, et reconnais qu’elle a un style, un univers bien personnel, et surtout une grande originalité dans sa façon de traiter la narration.

Pour Et toujours en été, le sujet était casse-g., puisqu'à première vue il s'agit de décrire la (grande) villa de famille au bord de la mer, à Saint-Pair, et d'évoquer les vacances s'y déroulant, frères, sœurs, cousins, amis, familles recomposées, etc., sur plusieurs décennies. Le risque était que le lecteur ne soit que spectateur, et laisse ces gens à leur vie et leur décor de vacances. 

Mais l'idée de départ est d'explorer cette maison comme dans un escape game. Pour ceux qui en ignorent tout, on a un tutoriel en début de livre, et ensuite l'on s'amuse à découvrir les pièces, non sans changer d'époque; on clique, en vain ou pas, sur les objets, on réfléchit aussi. Bien sûr on peut se lasser, mais le tout n'a que 220 pages, et puis on peut ne pas se stresser sur certaines descriptions.

Un dernier aveu : le titre; là j'ai l'air dans la tête, et page 203, je cite "... le temps, ici, de durer longtemps, et la vie sûrement plus d'un million d'années."

 Avis babelio,

jeudi 25 novembre 2021

Deborah Levy : Trilogie autobiographique

 


Le coût de la vie

The cost of living

Deborah Levy

Editions du sous-sol, 2020

Traduit par 

 

Un nom inconnu, vu chez La nuit je mens, et assez d'envie de découvrir pour repérer tout de suite le livre sur le présentoir de la bibli. Sur les conseils du bibliothécaire, j'ai choisi le volet 2 de cette autobiographie et m'y suis plongée sans trop en savoir. 

Si on veut, on peut parler d'autobiographie, elle évoque  sa venue en Angleterre, son père, la maladie de sa mère (ah ces glaces achetées chez les frères turcs, le cœur se serre), la séparation d'avec son mari, l'installation dans un immeuble pas chauffé et en travaux, l'écriture, et donc son refuge, un cabanon au fond du jardin de Celia.

"Celia, comprenant que je pourrais passer écrire à toute heure du jour et de la nuit, m'a présentée à ses amis comme La Femme tapie dans le Jardin. Tant qu'elle serait là, personne n'aurait autorisation de m'interrompre; ni pour faire la conversation (météo, nouvelles, un gâteau tout juste servi) ni même pour transmettre un message urgent à la Maîtresse de Maison. Se voir respectée et valorisée de la sorte, comme s'il n'y avait rien de plus naturel au monde, était nouveau pour moi. Je l'ignorais encore, mais j'allais écrire trois livres dans ce cabanon, dont celui que vous êtes en train de lire. C'est là que j'ai commencé à écrire à la première personne, à recourir à un Je qui m'est proche sans être moi  pour autant."

Vivacité, humour, mordant, dans cette description d'un chambre pour soi très woolfienne. Lisez ce livre, court, intelligent et prenant, ciselé, avec des échos parfois, par exemple la couleur jaune, l'obscurité noire et bleutée... Je l'ai dévoré, trop vite sans doute, mais peu importe...

Avis babelio

 N'ayant pas été trop psychorigide, mais tout de même tenace, j'ai emprunté et lu le volet 1.


Ce que je ne veux pas savoir

Une réponse au 'Pourquoi j'écris' de Georges Orwell (1946)

Things I don't want to know.

A response to Georges Orawell's essay 'Why I write'

Deborah Levy

Éditions du sous-sol, 2020

Traduit par Céline Leroy

 

Retrouvant avec plaisir ce ton, j'ai (re)découvert une façon de mettre le lecteur tout de suite dans le bain, sans détails inutiles; là voici à Majorque (où, l'hiver il fait si froid!) en pleine interrogation. Puis elle évoque son enfance en Afrique du sud, son 'exil' en Angleterre. C'est à découvrir tout seul, je n'en dis rien, volontairement.

"Ce printemps là, à Majorque, alors que la vie était très compliquée et que je ne voyais tout bonnement pas vers quoi tendre, je songeai que ce vers quoi je pouvais tendre était une prise électrique. Plus utiles encore pour un écrivain qu'une chambre à soi sont les rallonges et une panoplie d'adaptateurs pour l'Europe, l'Asie et l'Afrique."

Lilly a aussi choisi de présenter les deux en même temps. Avis babelio,

Et voici le dernier


Etat des lieux

Real Estate

Deborah Levy

Editions du sous-sol, 2021

Traduit par Céline Leroy

 

Un vrai plaisir de retrouver la plume de Deborah Levy, vivante, énergique, personnelle. Elle s'apprête à quitter sa cabane chez Célia, séjourne à Paris, en Inde, en Grèce, fête ses soixante ans, laisse partir ses filles quasi adultes. Elle rêve d'une maison bien précise, sans avoir les moyens de l'acquérir, une maison qu'elle n'a pas trouvée de toute façin. "Mon seul projet était la villa avec le grenadier, ses mimosas, sa cheminée en forme d'oeuf d'autruche, la rivière et la barque appelée Sister Rosetta. Je n'avais pas de plan B alors que dans la vie il faut toujours un plan B." 

Plein de détails sympathiques, de réflexions. Elle m'a fait noter la lecture de Le cornet acoustique de Leonora Carrington, mais, coïncidence, je me suis aperçue juste après que je l'avais déjà lu et aimé! Si le coeur vous en dit...

Quoi donc? Ah oui, au passage, au sujet des traductions :

"Je savais que ces traductrices et traducteurs talentueux ne créaient pas tant un double de mon livre qu'ils ne lui offraient une nouvelle vie. Faire entendre sa voix dans ce vaste monde impressionnant était le but de l'écriture, l'unique but, même."

Avis babelio,

lundi 22 novembre 2021

Au coeur du Yamato

 Au coeur du Yamato est une pentalogie d'Aki Shimazaki, comprenant de forts courts livres, tout comme Le poids des secrets. Comme je suis psychorigide, j'ai commencé par le premier, quoiqu'il semble que ça n'a pas d'importance, mais comme le 2 est emprunté depuis des semaines (et 15 jours de retard!), je vais peut-être devoir être plus souple.


Mitsuba

Aki Shimazaki

Actes sud, 2012

Takashi Aoki est un employé modèle d'une compagnie japonaise, un shôsha man ne comptant pas ses heures et ses jours de travail. Après le travail, comme ses collègues mariés (sauf un), il va se détendre autour d'un verre dans un bar. Mais il rêve de se marier, il refuse les mariages arrangés, d'ailleurs il est amoureux de Yûko Tanase.

Une jolie histoire plutôt triste, racontée avec sobriété, fausse simplicité et sensibilité. J'y ai découvert l'emprise des compagnies sur la vie des gens...

Avis babelio,

Zakuro

Le père de Tsuyoshi Toda était en Mandchourie a la fin de la seconde guerre mondiale, puis il a disparu en Sibérie. Ce roman est l'occasion de découvrir un pan de l'histoire japonaise, caché même là-bas, à savoir le sort de nombreux japonais dans des camps en Sibérie.

Jusqu'au jour où Tsuyoshi découvre qu'en fait son père vit au Japon... Un jolie histoire familiale, aussi.

L'histoire se déroule en 1970, on découvre que c'est grâce à Toda que la famille du héros de Mitsuba a pu  bénéficier de meilleures conditions de vie après le décès du père. On aura des nouvelles de Toda, rapidement, dans le volume suivant, Tonbo.

Tonbo

L'occasion de découvrir le système des cours privés après l'école, et que les brimades existent aussi au Japon... On retrouve Nobu, ami du héros de Mitsuba, qui a préféré démissionner, et l'on découvre un éclaircissement sur la mort de son propre père, enseignant lui aussi.

Arrivée à plus de la moitié, je pense continuer tranquillement. C'est dans ce numéro trois que l'on explique Yamato, mais ça ne m'a pas trop intéressée. En fait l'auteur explique parfois trop la signification d'un mot, qui revient de façon assez artificielle. 

Le charme de la série agit quand même. Affaire à suivre.

Tsukushi

Pour qui a lu le 1, à savoir Mitsuba, l'on connaît ce qui s'est passé avant le mariage de Yuko Tanase et ce qui arrive lors de son séjour à Kobe, où elle se rend à la fin du 4. Et si on lit d'abord le 4, on a quasiment l'histoire du 1 à l'intérieur.

Mais quoiqu'il en soit, Mitsuba, fille de Yuko, fête ses 13 ans. Fête familiale où tout baigne, pas d'aspérités, milieu aisé, belle maison. Yuko trouve une boîte d'allumettes dans une table de chevet et c'est le début de découverte d'un pan important de la vie de son mari. Un lecteur vigilant aura vite deviné de quoi il s'agit...

Yamabuki

On termine avec Tsuyoshi Toda, et une belle histoire d'amour racontée par son épouse Aïko. des questionnements sur le couple, les mariages arrangés, c'est doux et tranquille. La fin se devine, mais ce n'est pas grave...

Comme l'auteure vit au Canada (elle écrit directement en français), on va dire que c'est le mois du Québec, mais version Japon.

Mon ordi étant péniblement lent, je ne mets pas de liens et images...

jeudi 18 novembre 2021

La malchimie


 La malchimie

Récit

Gisèle Bienne

Actes sud, un endroit où aller, 2019



La narratrice ne se nomme pas Gisèle, mais elle est le calque de l'auteur, et il est annoncé 'récit'. Dès l'entrée, il sera évoqué Mort d'une inconsolée, Les derniers jours de Susan Sontag, écrit par son fils David Rieff. Susan Sontag est décédée d'une leucémie. Ce livre accompagnera la narration, cela finement entrelacé.

La nouvelle vient de tomber, le frère de Gabrielle (oui, je crois, Gabrielle-Gisèle) est atteint d'une leucémie. Traitements lourds, visites à l'hôpital dans divers services, s'y rendant par le tramway où elle  lie sympathie avec un monsieur, continuation de travaux d'écriture, voilà désormais le quotidien de la soeur. Espoir, espoir. Sylvain et sa soeur sont fils d'agriculteurs, à l'ancienne, mais Sylvain a dû devenir ouvrier agricole, traitant les récoltes sans protection. On traite, oui. Dans cette histoire les coupables ont un nom, Monsanto Bayer, mais les accuser, c'est le pot de terre contre le pot de fer...

Gisèle Bienne, que je découvre, sait vraiment bien écrire. Une enquête sur les méfaits de certains produits, une plongée dans les services d'un hôpital, une évocation de beaux souvenirs d'enfance d'un frère et d'une sœur proches par l'âge. Sans pathos, sans violons, sans colère, mais d'une grande sensibilité et efficacité.

Avis babelio,

Il semble que le monde rural ait la cote, ce n'est pas un reproche, ma médiathèque va prochainement proposer une présentation de quelques titres, récents ou non, illustrée de petits films. Cette Malchimie y aura sa place.

Il y aura aussi Mohican d'Eric Fottorino, où l'on brasse la vie paysanne sur plusieurs décennies (et même plus, à mon grand plaisir). Rien de très nouveau, on a ce que j'appelle les 'passages obligés', sauf la découverte de la fin, sur les terres des agriculteurs, et les méfaits des éoliennes. Des tonnes de béton... Là j'ai appris des choses quand même.

lundi 15 novembre 2021

Dehors, la tempête


 Dehors, la tempête

Clémentine Mélois

Grasset, 2020

 

"Je ne connais pas de plus grand plaisir que celui de lire des histoires d'aventures maritimes, à l'abri et au sec sur la terre ferme, tandis qu'au dehors la tempête -c'est-à-dire l'infini- fait rage inutilement."

 Avec Clémentine Mélois, je poursuis dans ma lubie Oulipo. D'elle j'ai lu Cent titres et Sinon j'oublie . Là voilà qui parle livres et lecture, comment résister? Elle aime Tolkien, Maigret, Moby Dick, les listes, avoue-t-elle, allant jusqu'à noter ce que boit Maigret en une journée (heureusement il ne conduit pas), laissant son imagination partir, sans oublier l'humour. 

"Les livres de chevet, comme la liste de courses ou le journal intime, ne sont pas censés être vus par d'autres. Ils relèvent du privé. C'est donc une chose importante. Ils s'accumulent là sans recherche, sans coquetterie, sans qu'on y prenne garde. (...). On trouve là des livres depuis longtemps aimés et qu'on garde près de soi (...) des livres d'auteurs découverts récemment, des livres prêtés qu'on a oublié de rendre, des livres empruntés, des livres offerts, des livres tout juste retrouvés, des livres qu'on relit sans cesse, des livres qu'on aimerait relire, des livres auxquels on voudrait accorder une nouvelle chance, des livres qu'on aimerait lire mais qu'on ne lira jamais, des livres décidément trop compliqués, des livres décevants, des livres écrits par des amis,des livres qui nous sont tombés des mains, des livres dont on se dit qu'il faudrait tout de même les lire un jour (...) , des livres qu'on nous a conseillés, des livres dont on a oublié pourquoi ils se trouvaient là ..."

Avis babelio,


jeudi 11 novembre 2021

Mobylette


 Mobylette

Frédéric Ploussard

Héloïse d'Ormesson, 2021

 

Cap vers l'est, 'le vrai', le 'Texas lorrain', à Clinquey, ville imaginaire mais fort crédible. En mobylette ou pas, il faut vite y filer, pas pour du tourisme tranquille, mais une aventure littéraire méritant le détour. 

L'auteur, né à Briey, Meurthe et Moselle, est un ancien éducateur spécialisé et on espère pour lui que son expérience professionnelle s'est déroulée dans des conditions moins épiques, moins sportives, moins borderline que dans son roman. Cependant,  ce qui se ressent, c'est son empathie pour des gamins cabossés par la vie dès le début. Familles d’accueil pas forcément accueillantes, puis ce centre où les adultes (hors le narrateur et son pote Matthias) gèrent leurs affaires sans souci d'éthique.

Ha oui, le narrateur, Dominique! Marié, jeune père, sa vie familiale prend parfois l'eau. Et quand on lit le récit de son enfance, là aussi il y a du lourd...

Mais pas de panique! Je me suis amusée (si!) tout du long, et assez vite j'ai ressenti de l'empathie pour ces presque losers et ces gamins. Des retournements aussi à prévoir, et une paella un peu spéciale qui donnera lieu à un grand moment dans Clinquey.

A lire sans attendre! D'autant que je n'ai pas tout dit (il y a une hyène là-dedans)

Avis : babelio,

lundi 8 novembre 2021

Animal


Animal

Chaque génération a son combat, voici le nôtre

Cyril Dion 

Domaine du possible, Actes sud, 2021


Pour ce que j'en sais, Animal est aussi un film (sortie fin 2021), bâti sur le même principe que Demain, du même Cyril Dion. Avec Animal, le livre, l'avantage est qu'on peut se poser tranquillement, réfléchir, avaler les données, prendre son temps.

La quatrième de couverture est parfaite, alors pourquoi se gêner? Je donne quand même des réflexions après.

"Imaginez que vous puissiez voyager sur quatre continents pour rencontrer certains des plus éminents et passionnants biologistes, climatologues, paléontologistes, anthropologues, philosophes, économistes, naturalistes et activistes, qui cherchent à comprendre pourquoi les espèces disparaissent, pourquoi le climat se dérègle et, surtout, comment inverser la tendance.
Imaginez que ces femmes et ces hommes puissent tout à la fois vous raconter pourquoi les fourmis sont indispensables à la vie des humains, comment fonctionnent les lobbys au Parlement européen, comment sauver une espèce de renards unique au monde, pourquoi les indicateurs de santé remplaceront la croissance du PIB au cours du XXIe siècle, pourquoi la nature est un concept qui n’existe que dans la culture des Occidentaux, comment les loups, les pumas et les humains peuvent cohabiter, comment les dauphins et les baleines peuvent être sauvés de la pollution chimique et plastique, pourquoi donner des droits à la nature pourrait tout changer à nos civilisations, comment les indiens Brörán du Costa Rica ont reconstitué des forêts sur des pâturages en moins de quarante ans… et bien d’autres choses.
Imaginez que toutes ces histoires aient un lien et qu’en faisant ce lien, se dessine une nouvelle histoire pour le futur des humains.
Imaginez que cette histoire propose une réponse à la question : “À quoi servons-nous ?”.
Et bien, c’est ce voyage que vous propose ce livre. Et sans doute bien plus encore…"

J'avoue qu'au départ je sentais le truc encore bien pessimiste, et les pourcentages catastrophiques au début du livre n'ont rien arrangé. Mais rapidement l'auteur et ses deux jeunes associés, Bella et Vipulan, ont rencontré plein d'interlocuteurs, et le mode questions réponses était dynamique, vivant et fort coulant pour le lecteur. J'y ai retrouvé des gens connus, comme Descola et Morizot, des agriculteurs, un éleveur de lapins (si!), un berger (avec loups autour), des expérimentateurs dans leur coin, des scientifiques, un président (le Costa Rica), des passionnés, et surtout surtout, en sortant de la lecture on a la pêche, on y croit, on reprend confiance. Mais la lutte sera difficile, le passage sur les politiques européennes est particulièrement désolant.

Avis babelio,

lundi 1 novembre 2021

Dans l'infinité des déserts


Dans l'infinité des déserts

Voyages aux quatre coins du monde

William Atkins

Albin Michel, 2021

Traduit par Nathalie Cunnington


Comment résister à un titre pareil quand on a déjà dans sa PAL deux livres parlant de déserts? (dont celui de van Dyke, que l'auteur possède aussi, non mais...)

"De l'adjectif latin desertus, participe passé du verbe deserere : abandonner."

Voyages, oui, mais pas forcément en chameau, plutôt en 4x4, et œil de journaliste. Même si bien sûr l'auteur est fasciné par les déserts et sait passer du temps seul à explorer sous le cagnard.

D'abord, direction Oman, pour le Quart Vide, oui c'est le nom. "Posés sur la ligne d'horizon à vingt kilomètres de là se dressaient quatre énormes silos à toit conique, hauts de vingt mètres environ. 'Des élevages de poulets' m'a expliqué Hassan. Évidemment : des températures maximales de cinquante-quatre degrés, des vents pouvant atteindre les cent quarante kilomètres-heure, cinq millimètres de pluie par an... Mais il était bien là, l'A'Saffa, 'le troisième élevage de poulets au monde par la taille!'" L214 ne doit sûrement pas traîner son chèche par là-bas. Mais je suis mauvais esprit, l'auteur décrit aussi le désert et les premiers explorateurs. 

Au centre de l'Australie, le désert, forcément personne là (!), donc il y a quelques décennies c'était l'endroit idéal pour tester quelques explosions nucléaires. Ah oui, les aborigènes se déplaçant par là sur des kilomètres et dont on ignore souvent où ils se trouvent? Pfff.

" Sur la route qui doit nous conduire au site de Marcoo, nous dépassons un groupe de six chamelles marchant face au vent. Pour Robin, il est important d'abattre les animaux malades ou âgés. 'Tu zigouilles uen de ces bêtes, dit-il, et la carcasse reste là à pourrir.A l'intérieur des zones des essais, les dingos n'y touchent pas, les aigles non plus. J'sais pas pourquoi, mais on dirait qu'ils savent. Regarde...' Il désigne les plaines rouge-gris autour de nous. 'Les spinifex poussent jusqu'à douze centimètres, puis ils meurent.'

De fait, dans un périmètre de huit cents mètres autour de la pyramide tronquée qui marque le site des essais Biak, à un kilomètre de Marcoo, pas un seul buisson ne dépasse le genou.Il n'y a que la ligne de mulga gris et bas qui s'amasse autour de la zone stérile. L'hiver, Robin voit à Maralinga des centaines de perruches qui se perchent sur les arbres pendant leur migration vers le nord. Mais ici, dans la zone des essais, on n'en voit jamais. Elles contournent les lieux comme un ruisseau contourne un rocher."

Puis direction les déserts de Gobi et Taklamakan, en Chine. Avec aussi essais nucléaires dans le coin...

En suite la mer d'Aral, enfin, ce qu'il en reste. 

Les déserts américains, du côté de l'Arizona, que tentent de traverser les migrants. Une association, No more deaths, y va laisser de l'eau et de la nourriture. Mais souvent les Rangers détruisent et nettoient. Des gens "persuadés que laisser de l'eau pour des gens qui meurent de soif, c'est trahir son pays."

On va terminer avec du moins lourd, un reportage sur Burning Man, dans le désert du Nevada, et des monastères égyptiens.

Conclusion : un bon bouquin, intelligent et intéressant, à découvrir bien sûr.

Quelque part dans l'ouest de la Chine...


jeudi 28 octobre 2021

Besoin de vélo

 


Besoin de vélo

Paul Fournel

Seuil, 2001


A moins de vivre dans une grotte, on connaît le nom d'Hervé Le Tellier, dont j'ai relu récemment le délicieux Joconde jusqu'à 100, et sans doute maintenant le mot Oulipo fait moins peur... Dans la bande, ce Paul Fournel qui avait fait parler de lui à une époque sur les blogs avec La liseuse. Ou Clémentine Mélois. Ou Pérec. Ou... , bien des gens, et voilà une nouvelle lubie ici même!

Ma LAL avait-elle besoin de ça? Mouais.Pour apprécier ce Besoin de vélo, pas besoin de savoir en faire ou de s'y connaître. Ni même d'en savoir beaucoup sur l'auteur. L'on comprend vite que tout gamin il sortait en vélo avec son père. Né à Saint Etienne, ses premières sorties obligeaient à savoir gérer les grimpées. Et les descentes. Au fil de courts textes il évoque son amour du vélo, distillant les thèmes relatifs à  ce moyen de locomotion, ayant enfourché  une 'bécane' dans différents points du globe.

"Chaque cycliste, même débutant, sait qu'à un moment ou un autre de sa vie il aura rendez-vous avec une portière de voiture." (perso, j'ai une grande méfiance en abordant le bout du pont de ma ville, avec ses voitures au stop à ma droite, stop  pas toujours respecté, car voilà, 'pfff, j'ai le temps, la p'tite dame en vélo ne va pas vite'. Justement si. L'astuce est de porter un casque, ça fait plus sérieux - et ça protège).

"Il y a du paysan dans le pédaleur. Ils partagent le goût de la nature, la soumission aux éléments, la patience, l'économie, l'obstination et le sens de l’accélération. Il y a du sprint dans la moisson et la vendange. L'ordre plus si éternel que cela des champs rejoint l'ordre plus si éternel que cela des routes, et les Robic et les Poulidor étaient sur leur vélo comme à la ferme."

"Les vaches, que l'on croyait spécialisées dans les trains, se régalent aussi des cyclistes."

"Comme beaucoup de paysages américains, le rythme du vélo ne lui convient pas.Ou bien le vélo ne va pas assez vite, ou bien le paysage ne va pas assez rapidement, mais quelque chose résiste à leur mariage. Ces paysages-là ont été taillés sur mesure pour l'auto. Perdu sur ces immenses lignes droites, j'avais le sentiment d'être un animal déplacé, un personnage de Sempé trop petit pour son décor, une minuscule trace de vie dans la Vallée de la Mort." (traversée de la Vallée le 1er janvier, avec son fils)

On l'aura compris, l'auteur ne parle pas que de vélo, il sait observer notre monde, et il a de l'humour. 

Avis babelio,

lundi 25 octobre 2021

Journal de guerre écologique / L'oasis


 Journal de guerre écologique

Hugo Clément

Fayard, 2020

 

Journaliste, l'auteur produit et anime Sur le front (sur la 5, faut que je découvre ça!) et bien sûr je n'en avais jamais entendu parler. Cependant le titre du livre m'a attirée bien sûr.

Alors quoi? Encoooooooore un livre sur les méfaits des humains à l'égard de la planète et des animaux? Mais on connaît déjà toutes ces histoires!

Exact, pour certains faits, mais il en reste (hélas) à découvrir, et là j'ai bien aimé le côté très 'reportage' du livre. Lieux, heures, on est tout de suite au cœur du sujet. C'est vivant, direct, efficace, instructif. Les déchets (NOS déchets) arrivant sur les côtes  de l'Indonésie ou en Afrique (et causant mort d'homme c'est sûr). Des espèces protégées mais chassées et pêchées, et en Europe aussi. En France, le lynx n'a qu'à bien se tenir! La forêt française est menacée. Se chauffer au bois n'est pas obligatoirement une grande idée (mais on fait quoi? baisser la température, déjà...) La grande barrière de corail est attaquée (c'est là que l'équipe a eu des ennuis avec les autorités, elle gêne des intérêts du charbon australien, dans un pays supposé démocratique). Des courageux luttent un peu partout, mais franchement il y a de quoi s'inquiéter.

Démoralisant. Pourtant, quelques évolutions, quelques victoires...

Avis babelio


Je vais caser ici L'oasis de Simon Hureau, Dargaud 2020, emprunté à la bibli après des mois d'attente. La patience est la principale vertu du jardinier. Entre rue et voie ferrée, Simon Hureau et sa petite famille transforment un terrain moche en oasis de biodiversité accueillant, joliment représenté par Simon Hureau.

(Une question : dans le val de Loire, les lilas fleurissent en mai? On ne doit pas habiter le même val de Loire.)

J'avoue que chez moi, en mode très paresseux, le bout de terre vit sa vie (les ronces aussi). Cependant au fil des ans j'ai revu les sauterelles. Et des mantes religieuses (observées avec intérêt par le chat, qui finalement s'en méfie). L'année dernière j'ai vu un flambé (cette année j'ai commis l'erreur de faire tailler un peu les haies donc les abeilles sont moins venues). Guêpes, frelons (pas asiatiques, sinon, à mort!). Au fil des ans j'ai eu un hérisson, qui n'est pas resté, des crapauds, une vipère (pas contente, mais elle a rejoint son biotope). Des arbres ont poussé tout seuls. Dont un laurier-tin qui est actuellement en fleurs, pour la deuxième fois cette année, mais c'est fou!) Cependant la terre n'est pas très riche, tant pis. Le thuya était là quand j'ai emménagé, je suis d'accord, c'est une zone de mort.

Et je confirme : les chats sont de solides prédateurs d'oiseaux. Et tant qu'à faire, ceux à plumes colorées. J'ai des preuves.

Avis babelio,

jeudi 21 octobre 2021

Le chemin des estives


 Le chemin des estives

Charles Wright

Flammarion, 2021

 

Avouons-le : je suis repérée!  Ce titre dont je n'avais jamais entendu parler est arrivé sur ma liste de réservations à la médiathèque, il faut croire qu'un bibliothécaire me connaît parfaitement. A l'arrivée, c'est un coup de coeur.

"Avouer par les temps qui courent que l'enseignement d'un charpentier juif donne du sel à votre vie, la conduit même vers les profondeurs, c'est se condamner à récolter des haussements d'épaule." Après diverses expériences, à 37 ans, voilà l'auteur qui devenant novice chez les Jésuites, à Lyon. Lui qui a connu journalisme et cabinets ministériels... Même là il rue un peu dans les brancards. Jusqu'à l'été 2019, où avec un compagnon novice lui aussi, non choisi, il doit passer quatre semaines à marcher, sans téléphone, sans argent, charge à eux de se débrouiller. 

Il choisit une bonne partie du GR 4, et ils cheminent d'Angoulême à Notre Dame des neiges, de la Charente à l'Ardèche, traversant des coins magnifiques, avec plus de vaches que d'habitants. Ils doivent faire l'apprentissage de la mendicité, ce ne sont pas les mécréants les moins généreux. Une France vraiment déchristianisée, dont les prêtres viennent souvent d'Afrique.

Au fil de la marche, c'est l'occasion de méditer ou discuter sur ses deux 'héros', Charles de Foucault, dont les reliques sont à Notre Dames des neiges, et Rimbaud, mettant en lumière les parallèles entre leurs deux existences. Dans son sac, en plus d'un Pléiade des œuvres de Rimbaud, L'imitation de Jésus-Christ, dont les aphorismes se révèlent adaptés à son expérience.

Ils connaissent des nuits frisquettes, des journées caniculaires. Le narrateur devient de plus en plus sensible aux bienfaits de la nature, sans oublier les rencontres qui le convainquent que la générosité n'est pas morte (même s'il a dû subir mépris et rebuffades, mais ça fait partie de l'expérience).

Pour ceux qui auraient peur de se lancer, sachez qu'il n'y a pas de bondieuseries pontifiantes ni d'envolées lyriques sur la nature. Toujours on revient sur terre, souvent avec humour. Ha oui, au fait, c'est écrit avec une élégance de bon aloi.

Avis babelio, Dominique d'à sauts et gambades (pas encore trouvé le billet)


lundi 18 octobre 2021

Mon business model


 Mon business model

Julien Gangnet

Le dilettante, 2021

 

Que ce titre ne vous affole pas,  il va s'agir de business localisé principalement dans le "triangle des Bermudes" : Barbès, La chapelle, Max-Dormoy. Jo travaille à la pêche aux informations monnayables auprès des médias, d'abord pour une agence assez pépère, puis il vole de ses propres ailes, l'affaire prend de l'ampleur, avec une équipe d'informateurs hétéroclite: des ados, un anciens pote devenu marabout psy, un couple addict à différentes substances, un coiffeuse pour mamies, une infirmière, etc.

L'enfance de Jo fut particulière, mère toxicomane ("des montagnes russes propulsées aux psychotropes, dont les wagonnets déraillaient avec régularité.") et et père toxique ("Son absence d'empathie pour toute forme de vie était terrifiante et fascinante dans la même proportion. Dark V, le désir de paternité en moins."), ça laisse des traces. Heureusement il peut trouver refuge chez Dom, une amie de sa mère (cartes bleues volées utilisées en boutiques de luxe, puis "recyclée dans l'éducation à la baguette"),  et sa copine Keltoume, "mal mariée avec un barbu féru de voyage, dont l'insistance à rejoindre le califat avec les enfants avait dégradé leurs rapports").

C'est raconté de façon assez cash, pour le grand plaisir du lecteur qui se moque pas mal de ne pas connaître ce monde. Dans le contexte, promis, on comprend parfaitement la signification de "Sur mon daron, on va les fumer, les pakpak! Trop sale comment ils ont fait à Vishal. La Mecque qu'on va leur marcher dessus, pas vrai, les reuss?" Il ne s'agit bien sûr que de l'avis d'Awa, au détour d'une page. Tout n'est pas écrit ainsi.

Sans trop en dévoiler, je dirai que Jo va loin, très très loin... 

Au fil de ma lecture, j'ai établi à quoi cela me faisait penser, comme univers, interprétation libre des lois et écriture: La daronne, et là, oui, foncez, c'est du brut et de la bonne came de bouquin. Un premier roman à découvrir.

Avis babelio,

jeudi 14 octobre 2021

Les pondeuses de l'Iowa


 Les pondeuses de l'Iowa

Barn 8

Deb Olin Unferth

Grasset En lettres d'ancre, 2021

Traduit par Valérie Malfoy

 

Si je dis que les pondeuses sont des centaines de milliers à être emprisonnées dans une ferme de l'Iowa, dans des conditions hélas bien connues, ça ne va pas être vendeur. Non, on n'a pas constamment de détails difficiles. De plus on en apprend sur ces volatiles plus futés qu'on ne pense.

Côté bipèdes humains, voici Janey et Cleveland, censées inspecter ces fermes, mission officielle, vérifier qu’elles respectent les normes sanitaires et autres;  officieusement... Cleveland filme les conditions de 'vie' des poules et de temps en temps en 'libère' une ou deux, sans trop savoir qu'en faire, les déposant chez Dill, un militant animalier garé des circuits. 

Mais Janey et Cleveland ont un projet fou, libérer carrément TOUTES les poules d'une même ferme,  près d'un million de cocottes! Tout est organisé, et participent des types un peu borderline.

Bien évidemment cela va dérailler, et comme le dit la quatrième de couverture certains vont y 'laisser des plumes', et pas seulement les poules.

J'ai franchement dévoré ce roman, qui part dans des directions inattendues, est parfaitement maîtrisé dans la construction, et surtout distille beaucoup d'humour.

Avis babeliocathulu,

lundi 11 octobre 2021

Le syndrome de l'accent étranger


 Le syndrome de l'accent étranger

Mariam Sheik Fareed

Philippe Rey, 2021 

 

Pour savoir ce qu'est le syndrome de l'accent étranger dont souffre Sophie, il va falloir lire ce roman. Et par ricochet découvrir le roman imaginé par Alexandre, cuisinier parisien : son unique exemplaire se trouve dans un ordinateur égaré dans le métro, et trouvé par Désiré, balayeur à Paris aussi. Désiré est d'origine mauricienne, il aime les histoires. Il propose à Alexandre de lui rendre son ordinateur en échange de la suite. Pour s'exprimer, il demande l'aide de Marie, bénévole dans une association d'aide aux personnes dans le besoin et aux migrants, nombreux en cette année 2016.

Mais malheureusement Alexandre est en panne d'écriture, et demande l'aide des autres. On pourra alors découvrir comment Sophie, son personnage, vivra avec son syndrome.

Trois personnages, plus Sophie sur le papier, qui vont dévoiler leurs fêlures et évoluer, pour le plus grand plaisir du lecteur. J'ai dévoré ce roman fantaisiste (un peu) parcouru d'humour et d'émotion, et qui fait découvrir une ile Maurice pas seulement touristique. L'auteure est de mère française et de père d'origine mauricienne! Elle réside dans le Morbihan (mâtin quel département)

Avis babelio, A girl , c'est une lecture commune!,

vendredi 8 octobre 2021

Qui a tué Cloves?


 Qui a tué Cloves?

Histoire d'une découverte hors normes

Axel Sénéquier

Préfaces de Line Renaud et Guillaume Canaud

Hygée éditions, 2021

 

Voulez-vous une histoire qui donne la pêche,  avec des gens formidables, qui fait parfois scintiller vos yeux (sans doute une mauvaise poussière) et se lit quasiment d'un souffle, avec votre petit cœur qui fait boum ? (non, ce n'est pas du feel good, non ce n'est pas un polar).

C'est une histoire vraie!

Pourtant au départ ce Cloves (c'est un acronyme, je fais grâce des termes anglais) est une redoutable maladie, qui coche toutes les cases dans le pas sympa du tout: maladie rare (touche une personne sur 2000 , donc l'industrie pharmaceutique ne va pas foncer pour investir) et orpheline (incurable, quoi; pas de traitement). Ajoutez des douleurs épouvantables, l'atteinte à la mobilité, à la vie sociale, parfois des opérations sans résultats pérennes, le flou dans le diagnostic, la Sécu inflexible face à une 'maladie inconnue'. Une maladie qui ressort du domaine de nombreuses spécialités médicales, donc le malade peut errer. Atteint plutôt des enfants (pronostic à longue échéance, on oublie). Bref, les parents sont souvent désarmés, quoique héroïques et tenaces.

Jusqu'au jour où Emmanuel, qui consulte le néphrologue Guillaume Canaud, accepte un traitement, alors que le médicament est encore en phase de test. Mais une "autorisation temporaire d'utilisation à titre compassionnel" (le terme est clair!) est accordée, et quasi instantanément, son état s'améliore de façon incroyable. Mais vraiment incroyable!

C'est le début d'une histoire formidable dont malades, familles, médecins, personnels hospitaliers sont partie prenante. Frère de Guillaume Canaud, Alex Sénéquier conte cette formidable avancée médicale. Comme il est écrivain, il rend passionnant ce qui pourrait être sec. Les chapitres avec le radical changement des malades alternent avec le parcours de Guillaume Canaud, qui en a sous la semelle côté parcours professionnel, est doté d'une formidable intuition (c'est à ça qu'on reconnaît les bons chercheurs, je pense) et mène trois journées en une. Ainsi qu'avec des informations sur ce qu'est la recherche, comment les médicaments arrivent dans nos officines (c'est long), et aussi ce qu'est la notoriété. J'avoue que je n'avais jamais entendu parler de cette histoire, qui a pourtant fait du bruit à l'époque; d'où la nécessité du livre.

Quid de l'avenir? La maladie existe toujours, les malades ne sont pas 'guéris' et le traitement est à vie. Le recul est de cinq ans, on ignore encore l’évolution du traitement. La recherche continue.

Cerise sur le gâteau, l'humour n'est pas absent (mais soyez sûr que l'émotion, vous n'y échapperez pas non plus, sinon on ne peut plus rien pour vous!) et les parties plus techniques sont parfaitement accessibles.

J'en ai bien évidemment fait un coup de coeur!

Avis babelio,

mardi 5 octobre 2021

Entre deux mondes

 


Entre deux mondes

Olivier Norek

Michel Lafon, 2017

 "C'est facile d'oublier quand ça passe aux infos, mais quand ça débarque dans ton propre salon?"

Presque tout le monde a lu ce roman, et il a fallu les avis enthousiastes de deux personnes assez opposées quoique super lectrices pour que je m'y lance.  Il ne s'agit pas de mon genre de lectures favorites, mais comme mon blog présente un tag 'immigration' on peut dire que le thème ne m'est pas totalement inconnu. Quoique, comme pour d'autres thèmes (Shoah entre autres) je préfère le document au romancé. Mais, dit Norek 'tout ce qui est dans le roman est vrai.' J'ai même dégoté une photo de lui avec des migrants dans la jungle de Calais (et scruté voir si je les connaissais). Je le crois, hélas même les détails les plus épouvantables sont crédibles, si on s'intéresse un tant soi peu à cette actualité, on le réalise.

Ils sont tous présents, migrants de diverses nationalités, sexes et âges, associations humanitaires, différents flics, douaniers, etc., on a un panorama complet de la situation, y compris les difficultés pour passer en Angleterre. Personne n'en veut, quoi, et au delà de cette jungle (démantelée en 2016, époque du livre), les drames continuent. 

Deux héros principaux, flics, Adam le syrien et Bastien le français. Sans oublier un petit soudanais. 

Alors mon avis ? Bon, c'est écrit avec efficacité, et le côté document est fouillé. Mais j'avoue que j'ai eu du mal à supporter certains détails. Grosse claque disent certains, oui complètement, mais là c'est à fond et on souffle rarement. A lire pour réaliser certaines réalités, ça ne fait pas de mal parfois...

Avis  babelio,

vendredi 1 octobre 2021

Feu


Feu

Maria Pourchet

Fayard, 2021

 

Maria Pourchet, depuis Avancer, je la lis systématiquement!  Avancer   Rome en un jour  Les impatients 

Pas question donc de rater ce mystérieux Feu. Sans même savoir de quoi ça parlait.

Cette fois, voici Laure, la quarantaine, prof d'université, mariée, deux filles et Clément, la cinquantaine, bossant et s'ennuyant dans une tour de La défense, avec salaire très confortable. Ils se rencontrent, et plus si affinités.

Dit comme ça, bof. Madame Bovary, le retour. Quoique je ne dis rien de la fin.

Mais Maria Pourchet a toujours le sens de la formule (on s'amuse bien quand même, le revers est qu'on se fiche un peu de l'histoire entre ces deux-là), et a choisi d'alterner entre Laure et Clément. Laure s'adresse à elle-même en se tutoyant (quand même!) et l'on découvre sa vie de famille, sa fille ainée qui lui cause du souci, son mari, et sa vision de Clément. Sans oublier une mère et grand mère qui lui font part de leurs réflexions post mortem. Clément, lui, parle à Papa, attention, c'est son chien bien aimé mais malade (un bouvier bernois), sa mère est encore vivante, il y a du lourd de ce côté là.

Finalement  assez pathétique, mais on arrive au bout sans broncher, une fois dedans on veut la suite! Hé oui, l'écriture de Maria Pourchet, ça mérite le détour.

Avis babelio,

 

mardi 28 septembre 2021

Au printemps des monstres


 Au printemps des monstres

Philippe Jaenada

Mialet Barrault, 2021


Il y a peu, apprenant que parmi les livres de la rentrée littéraire se trouvait un nouvel opus de Philippe Jaenada, je n'ai pas réfléchi deux secondes avant de décider : 'je le veux!'. Parce que j'aime cet auteur et ce qu'il raconte, il rendrait passionnant n'importe quel sujet! On le connaît, depuis quelque temps il s'attaque à des sujets dont on pense tout savoir, mais les crimes recèlent leur part de mystère. 

Cette fois, c'est encore plus du lourd, puisqu'il s'agit de l'enlèvement, en 1964, d'un gamin parisien de 11 ans, Luc Taron. En quatrième de couverture, l'auteur prévient, si on préfère découvrir l'histoire dans le livre, ne pas lire la suite de ladite quatrième.J'ai donc obéi et plus tard ai découvert qu'ensuite il dit aussi 'si c'était aussi simple, je n'aurais pas passé quatre ans à écrire ce gros machin (je ne suis pas fou).'

Je ne vais donc pas trop en dire, sauf que les 750 pages se lisent sans peine, en dépit du sujet. Jaenada s'est livré à des recherches quasi sans fin, demandant sans relâche l'accès à des documents,  rendant hommage à deux auteurs ayant déjà parlé du sujet, refaisant les trajets en métro, en voiture ou à pied, réfléchissant, devenant obsessionnel, et souvent devant reconnaître qu'on ne pourra jamais tout savoir.

Il se livre aussi à une enquête minutieuse sur tous les protagonistes de l'histoire, qui en cachaient pas mal sous la moquette... Hé oui, les monstres ne sont pas forcément ceux qu'on croit.

Pour terminer, ceux qui connaissent Jaenada savent qu'on n'échappera pas aux parenthèses, bien utiles pour donner ses commentaires non dénués d'ironie et faire baisser la pression d'une histoire bien noire. L'on perçoit aussi ses doutes, ses interrogations, et même son émotion. Par ailleurs il nous fait part de sérieux soucis de santé, traités légèrement. Bref, c'est du Jaenada, c'est sa marque de fabrique, c'est pour ça aussi qu'on l'aime.

Mon parti pris était de ne pas trop en dire, mais vous trouverez aisément plus d'informations ailleurs. Cependant, tout découvrir au travers du livre, c'est bien aussi; je confirme.

Avis babelio, aleslire,

vendredi 24 septembre 2021

Notre coeur bat à Wounded Knee


 Notre coeur bat à Wounded Knee

L'Amérique indienne de 1890 à aujourd'hui

David Treuer

Albin Michel, 2021

Traduit par Michel Lederer

 

Le titre évoque bien sûr un autre livre, Enterre mon coeur à Wounded Knee, que je n'ai pas lu, mais "le massacre, en 1890, d'au moins cent cinquante Sioux Lakotas au bord du Wyoming, dans le Dakota du Sud " est bien rappelé.

L'auteur est un Ojibwé originaire de la réserve de Leech Lake (Minnesota) (son père est un immigrant allemand) et de lui j'ai lu Little    Indian roads   Et la vie nous emportera.  Indian roads en particulier vous en apprendra beaucoup sur les réserves indiennes.

Mais là David Treuer brasse très très large, revenant au peuplement de l'Amérique depuis ... le début, et là c'est passionnant à découvrir, même si on se doute déjà que les Européens n'ont pas trouvé un continent vide. Des civilisations y fleurissaient depuis longtemps, certaines étaient déjà éteintes à leur arrivée.

Batailles perdues, traités bafoués, au 19ème siècle cela se passe très mal pour les Indiens (je précise en passant que j'utilise le terme choisi par l'auteur, qui par ailleurs cite le nom des tribus si nécessaire). Il cite longuement des documents de l'époque, et j'ai particulièrement apprécié les beaux et émouvants discours de Chief Joseph et Standing Bear.

Ce serait quasi impossible de trop détailler, parfois je me perdais dans les sigles et les noms de lois, mais peu importe en réalité. Le gouvernement américain n'a vraiment pas fait de cadeaux au fil des décennies, et là aussi les enfants étaient envoyés dans des pensionnats, les tribus forcées de déménager, etc.

Mais les Indiens ont relevé la tête, par exemple dans les années 1970 ils ont occupé Alcatraz, j'avais oublié cette histoire...

Comme le dit l'auteur, "ce livre est un composé d'histoire, de reportage et d'essai." Il a rencontré de nombreuses personnes, certaines de sa propre famille, et souvent fort différentes dans leurs parcours et leurs idées, et cela donne au livre de belles respirations au milieu de faits parfois éprouvants. Les dernières rencontres prouvent que les indiens ont de l'avenir, un avenir qu'ils construisent eux-mêmes.

 Avis babelio,

mardi 21 septembre 2021

La lune de briques


 La lune de briques

The brick moon

Edward Everett Hale

Ginkgo éditeur, 2021

Traduit par Mary-Christine Pons-Vurpillot

Introduction de jean-Yves le Gall, président du CNES

Couverture : Kent


Paru en 1870, ce roman n'avait jamais été traduit ( un billet montre l'enthousiasme d'un lecteur, qui s'est lancé dans sa propre traduction)

Imaginons que pour pallier le manque de précision dans les déplacements sur Terre (surtout sur mer, d'ailleurs), on décide de construire une lune de briques, et de l'envoyer à quelques milliers de km en orbite autour de la Terre. Ne me demandez pas comment ça fonctionnerait, mais on a là, fin 19ème siècle, le premier GPS!

Évidemment tout ne se passera pas comme prévu,  une trentaine de personnes -et des poules- seront embarqués à l'insu de leur plein gré, survivront et mettront au point une ingénieuse méthode pour communiquer avec la Terre, tout en formant au fil du temps une heureuse petite colonie.

Un complément a cette courte histoire donnera tous les détails sur l'auteur, un personnage bien intéressant, et l'on découvrira l'histoire des stations en orbite avant la SSI, que ce soit dans la littérature ou dans les dernières décennies.

Une histoire plaisante à lire, écrite non sans ironie, et pleine d'imagination.

vendredi 17 septembre 2021

Voyage vers le Nord / L'année du jardinier


 Voyage vers le Nord

Cesta na sever, 1939

Karel Capek

Illustrations de Karel Capek

Les éditions du sonneur, 2010

Traduit par Benoit Meunier



Mais que voilà un 'livre de voyage' positivement charmant! Pas niais, pas lourdingue. L'auteur (et son épouse, devine-t-on), a effectué ce périple en train ou en bateau le long des côtes norvégiennes (avec parfois hélas des passagers envahissants), posant sur les paysages et habitants danois, suédois et norvégiens un regard attentif, bienveillant, non dénué d'humour. Mais subtil. En Europe centrale l'époque promet du grave et lourd, on le sent parfois au détour d'une phrase. Les illustrations de l'auteur ajoutent au bonheur de la découverte. 

"Difficile de croire que des hommes, des vaches et des chevaux puissent vivre sur une ligne aussi fine. Mais c'est ainsi, le Danemark n'est fait que d'un horizon net, sans accroc; ça leur en fait, du ciel au-dessus de la tête!"

" et le plus étrange, ce jour boréal qu n'en finit pas, et cette nuit blanche qui n'incite pas à aller se coucher, qui fait qu'on ne sait pas s'il fait déjà jour ou encore jour, si les passants sont déjà debout ou toujours debout."

Les glaciers : " D'un simple regard on peut saisir leur méthode de travail (...). Là où ils s'attaquent à un massif digne de ce nom, ils retroussent leurs manches, et les voilà qui broient, qui concassent, qui chantournent et qui affûtent jusqu'à former un amphithéâtre entre les montagnes; telle une moraine, ils traînent et charrient les débris hors de la cuvette et y installent au fond un lac, auquel ils suspendent une cascade, voilà le travail."

(j'ai aimé cette façon de décrire la nature et les paysages, quasi tout du long)

"Il semble que, dans ce monde, les costumes traditionnels et autres particularités ethnologiques n'aient plus d'importance que pour ceux qui peuvent en vivre." 

Cette lecture a développé en moi une grande envie de découvrir ces contrées (et il faut dire que les séries nordiques avaient déjà commencé)

Avis babelio, eva, patrice, lecturissime


Ensuite j'ai appris l'existence de cette année du jardinier : il me le fallait!


L'année du jardinier

Karel Capek

10/18, 2000

traduit par Joseph Gagnaire


Un opuscule absolument délicieux,  illustré par Josef Capek (le frère), qui égraine les aventures et labeurs d'un jardinier  amateur tout du long de l'année. Ne pas prendre cela comme un guide sérieux, quoique ce soit fidèle au quotidien, et bien vu dans les détails, l'auteur usant d'empathie avec cette catégorie de personnes, et d'un humour plein de gentille ironie.

Avis babelio;

mardi 14 septembre 2021

Plasmas


 Plasmas

Céline Minard

Rivages, 2021

 

 

 Bon, ne pas se leurrer, Céline Minard, ça passe ou ça casse. Mais au moins à chaque fois elle se lance dans un univers inattendu. Et ça fait drôlement du bien au neurones, OK, ça les déboussole, aussi. Cette fois (pour ce que j'en ai capté) il s'agit de 'nouvelles' reliées par un fil genre 'cela se déroule dans le futur mais la Terre -si les humains y habitent encore- n'est plus franchement habitable et mieux vaut s'adapter.' C'est donc l'occasion de découvrir des formes de vie autres.

Alors au début j'ai eu du mal, j'aurais aimé plus d’explications, puis j'ai choisi de me laisser porter, parce que évocation et imagination plus écriture ciselée, là on est servi. Finalement on parfois à se créer des images, à croire qu'on a compris une histoire. 

La présentation de l'éditeur ci-dessous a confirmé que j'avais quand même saisi quelques subtilités, alors je vais évoquer d'autres textes. Tiens, Grands singes, où Duane la primatologue observe un groupe, là mes lectures ont permis une accroche plus aisée, mais quelle fin magnifique! Dans Ricochets, où est-on? Plus sur la terre, c'est sûr, mais quel espace? Uiush, je ne sais pas ce que c'est, mais dans ma tête, c'est un paresseux. Grands fonds, où Rhif, lui, veut revenir à la surface et, pourquoi pas, explorer un peu la terre ferme hors milieu aquatique. Il est parfois fait allusion à des Ancêtres, des humains sans doute disparus il y a longtemps, présents dans des légendes. Ecologie et science fiction? En tout cas l'héroïne de la dernière nouvelle  m'a complètement fait penser à Greta Thumberg, si, si!

 Qu'en dit l'éditeur?

"Céline Minard nous plonge dans un univers renversant, où les espèces et les genres s’enchevêtrent, le réel et le virtuel communiquent par des fils ténus et invisibles. Qu’elle décrive les mesures sensorielles effectuées sur des acrobates dans un monde post-humain, la conservation de la mémoire de la Terre après son extinction, la chute d’un parallélépipède d’aluminium tombé des étoiles et du futur à travers un couloir du temps, ou bien encore la création accidentelle d’un monstre génétique dans une écurie de chevaux sibérienne, l’auteure dessine le tableau d’une fascinante cosmo-vision, dont les recombinaisons infinies forment un jeu permanent de métamorphoses. Fidèle à sa poétique des frontières, elle invente, ce faisant, un genre littéraire, forme éclatée et renouvelée du livre-monde."

Avis : babelio,  où les lecteurs en parlent sans doute mieux, et avec enthousiasme et admiration.

vendredi 10 septembre 2021

Rendez-vous avec la ruse


Rendez-vous avec la ruse

 Les détectives du Yorkshire

Julia Chapman 

Robert Lafont, 2020

Traduit par Dominique Haas et Stéphanie Leigniel

 

Hé oui, le 6ème de la série , toujours aussi addictive : on se coule avec bonheur dans l'ambiance du village de Bruncliffe, on retrouve Samson et Dalila pour des enquêtes (il s'en passe des choses dans ce village!) et surtout le pub, le salon de thé, la femme de ménage Ida, sans oublier Calimero, un gros toutou toujours affamé et avide de câlins. Et puis la bande de la maison de retraite.

Cette fois, la femme du maire soupçonne son époux de la tromper, enquête qui amènera notre duo d'enquêteurs à une partie de chasse où de gros bras appuient un peu trop sur la gâchette. Quelques méchants rodent, on les connaît, et une disparition intervient.

Bref, encore du potentiel pour éclaircir tout cela -ou pas- dans un prochain tome. Il me tarde que Samson et Dalila réalisent ce que tout lecteur a compris depuis le début, oui, ils sont hyper compatibles! Car l'humour dans cette série et les mystères suffisent amplement maintenant à maintenir l'intérêt.

Quelques enquêtes aboutissent, j'ai bien aimé la résolution du mystère des crottes déposées la nuit chez le boucher.

Avertissement : il vaut mieux démarrer par les premiers tomes, là maintenant ça commence à en dévoiler pas mal sur des événements précédemment advenus. Mais c'est vraiment une excellente série (détente) !

Avis babelio,


mardi 7 septembre 2021

Des souris et des hommes

 


Des souris et des hommes

Of mice and men

John Steinbeck

Rebecca Dautremer

Tishina, 2020

Traduit par Maurice-Edgar Coindreau

 

 J'ai un aveu à faire : j'aime Steinbeck, j'ai lu plein de ses romans ... sauf Des souris et des hommes. Peur? Mais j'avais trouvé la version VO, projetant de m'y lancer, non mais!

Par ailleurs une bibliothécaire a parlé de ces adaptations de romans par Rebecca Dautremer (dont je n'ai rien lu)

Et voilà que dans une autre bibliothèque je mets la main (les deux mains, la bête pèse son poids) sur ce roman graphique : le texte, Steinbeck (j'ai vérifié, tout y est) et les illustrations de Rebecca Dautremer.

Noël en avance, quoi!

Faut-il parler de l'histoire? George et Lennie, deux saisonniers, en Californie dans les années 30, vont de ferme en ferme. Ils trouvent aisément du travail, car Lennie est un colosse qui n'as pas peur de l'effort. Malheureusement son développement mental n'a pas suivi et des incidents les obligent à quitter rapidement leurs lieux de travail. George se sent responsable de son ami, même si cela lui pèse souvent.

Cependant ils ont un rêve, une petite ferme, un jardin, des animaux (et des lapins, demande Lennie). 

Ils sont embauchés dans une ferme, le drame va se nouer. Des personnages bien campés, le vieil employé handicapé sentant qu'il sera mis sur la touche, comme son chien, le noir mis à l'écart par racisme (un moment glaçant quant la jeune femme le menace).

Un court roman, intense, à découvrir.

L'adaptation

"D'un côté de la rivière, les versants dorés de la colline montent en s'incurvant jusqu'aux masses rocheuses des monts Galiban, mais, du côté de la vallée, l'eau est bordée d'arbres."

Voilà commence démarre le roman, texte illustré de paysages aux teintes douces.

Surviennent les deux héros. Leurs dialogues voire leurs gestes sont représentés par des vignettes, comme en BD, en crayonnés bleus et sepia. 

Parfois on passe à des dessins plus 'enfantins', ou BD ancienne mode, ou anciennes publicités, ou animaux réalistes craquants, ou dessins violemment colorés, etc., le mieux est de voir le lien donné plus bas.

C'est une splendeur, un coup de coeur!

Sur le site de l'éditeur pour quelques pages, avis, et présentation. 

Avis babelio, et je découvre juste celui de y'dlajoie, qui présente plein d'exemples des illustrations!