lundi 25 octobre 2021

Journal de guerre écologique / L'oasis


 Journal de guerre écologique

Hugo Clément

Fayard, 2020

 

Journaliste, l'auteur produit et anime Sur le front (sur la 5, faut que je découvre ça!) et bien sûr je n'en avais jamais entendu parler. Cependant le titre du livre m'a attirée bien sûr.

Alors quoi? Encoooooooore un livre sur les méfaits des humains à l'égard de la planète et des animaux? Mais on connaît déjà toutes ces histoires!

Exact, pour certains faits, mais il en reste (hélas) à découvrir, et là j'ai bien aimé le côté très 'reportage' du livre. Lieux, heures, on est tout de suite au cœur du sujet. C'est vivant, direct, efficace, instructif. Les déchets (NOS déchets) arrivant sur les côtes  de l'Indonésie ou en Afrique (et causant mort d'homme c'est sûr). Des espèces protégées mais chassées et pêchées, et en Europe aussi. En France, le lynx n'a qu'à bien se tenir! La forêt française est menacée. Se chauffer au bois n'est pas obligatoirement une grande idée (mais on fait quoi? baisser la température, déjà...) La grande barrière de corail est attaquée (c'est là que l'équipe a eu des ennuis avec les autorités, elle gêne des intérêts du charbon australien, dans un pays supposé démocratique). Des courageux luttent un peu partout, mais franchement il y a de quoi s'inquiéter.

Démoralisant. Pourtant, quelques évolutions, quelques victoires...

Avis babelio


Je vais caser ici L'oasis de Simon Hureau, Dargaud 2020, emprunté à la bibli après des mois d'attente. La patience est la principale vertu du jardinier. Entre rue et voie ferrée, Simon Hureau et sa petite famille transforment un terrain moche en oasis de biodiversité accueillant, joliment représenté par Simon Hureau.

(Une question : dans le val de Loire, les lilas fleurissent en mai? On ne doit pas habiter le même val de Loire.)

J'avoue que chez moi, en mode très paresseux, le bout de terre vit sa vie (les ronces aussi). Cependant au fil des ans j'ai revu les sauterelles. Et des mantes religieuses (observées avec intérêt par le chat, qui finalement s'en méfie). L'année dernière j'ai vu un flambé (cette année j'ai commis l'erreur de faire tailler un peu les haies donc les abeilles sont moins venues). Guêpes, frelons (pas asiatiques, sinon, à mort!). Au fil des ans j'ai eu un hérisson, qui n'est pas resté, des crapauds, une vipère (pas contente, mais elle a rejoint son biotope). Des arbres ont poussé tout seuls. Dont un laurier-tin qui est actuellement en fleurs, pour la deuxième fois cette année, mais c'est fou!) Cependant la terre n'est pas très riche, tant pis. Le thuya était là quand j'ai emménagé, je suis d'accord, c'est une zone de mort.

Et je confirme : les chats sont de solides prédateurs d'oiseaux. Et tant qu'à faire, ceux à plumes colorées. J'ai des preuves.

Avis babelio,

jeudi 21 octobre 2021

Le chemin des estives


 Le chemin des estives

Charles Wright

Flammarion, 2021

 

Avouons-le : je suis repérée!  Ce titre dont je n'avais jamais entendu parler est arrivé sur ma liste de réservations à la médiathèque, il faut croire qu'un bibliothécaire me connaît parfaitement. A l'arrivée, c'est un coup de coeur.

"Avouer par les temps qui courent que l'enseignement d'un charpentier juif donne du sel à votre vie, la conduit même vers les profondeurs, c'est se condamner à récolter des haussements d'épaule." Après diverses expériences, à 37 ans, voilà l'auteur qui devenant novice chez les Jésuites, à Lyon. Lui qui a connu journalisme et cabinets ministériels... Même là il rue un peu dans les brancards. Jusqu'à l'été 2019, où avec un compagnon novice lui aussi, non choisi, il doit passer quatre semaines à marcher, sans téléphone, sans argent, charge à eux de se débrouiller. 

Il choisit une bonne partie du GR 4, et ils cheminent d'Angoulême à Notre Dame des neiges, de la Charente à l'Ardèche, traversant des coins magnifiques, avec plus de vaches que d'habitants. Ils doivent faire l'apprentissage de la mendicité, ce ne sont pas les mécréants les moins généreux. Une France vraiment déchristianisée, dont les prêtres viennent souvent d'Afrique.

Au fil de la marche, c'est l'occasion de méditer ou discuter sur ses deux 'héros', Charles de Foucault, dont les reliques sont à Notre Dames des neiges, et Rimbaud, mettant en lumière les parallèles entre leurs deux existences. Dans son sac, en plus d'un Pléiade des œuvres de Rimbaud, L'imitation de Jésus-Christ, dont les aphorismes se révèlent adaptés à son expérience.

Ils connaissent des nuits frisquettes, des journées caniculaires. Le narrateur devient de plus en plus sensible aux bienfaits de la nature, sans oublier les rencontres qui le convainquent que la générosité n'est pas morte (même s'il a dû subir mépris et rebuffades, mais ça fait partie de l'expérience).

Pour ceux qui auraient peur de se lancer, sachez qu'il n'y a pas de bondieuseries pontifiantes ni d'envolées lyriques sur la nature. Toujours on revient sur terre, souvent avec humour. Ha oui, au fait, c'est écrit avec une élégance de bon aloi.

Avis babelio, Dominique d'à sauts et gambades (pas encore trouvé le billet)


lundi 18 octobre 2021

Mon business model


 Mon business model

Julien Gangnet

Le dilettante, 2021

 

Que ce titre ne vous affole pas,  il va s'agir de business localisé principalement dans le "triangle des Bermudes" : Barbès, La chapelle, Max-Dormoy. Jo travaille à la pêche aux informations monnayables auprès des médias, d'abord pour une agence assez pépère, puis il vole de ses propres ailes, l'affaire prend de l'ampleur, avec une équipe d'informateurs hétéroclite: des ados, un anciens pote devenu marabout psy, un couple addict à différentes substances, un coiffeuse pour mamies, une infirmière, etc.

L'enfance de Jo fut particulière, mère toxicomane ("des montagnes russes propulsées aux psychotropes, dont les wagonnets déraillaient avec régularité.") et et père toxique ("Son absence d'empathie pour toute forme de vie était terrifiante et fascinante dans la même proportion. Dark V, le désir de paternité en moins."), ça laisse des traces. Heureusement il peut trouver refuge chez Dom, une amie de sa mère (cartes bleues volées utilisées en boutiques de luxe, puis "recyclée dans l'éducation à la baguette"),  et sa copine Keltoume, "mal mariée avec un barbu féru de voyage, dont l'insistance à rejoindre le califat avec les enfants avait dégradé leurs rapports").

C'est raconté de façon assez cash, pour le grand plaisir du lecteur qui se moque pas mal de ne pas connaître ce monde. Dans le contexte, promis, on comprend parfaitement la signification de "Sur mon daron, on va les fumer, les pakpak! Trop sale comment ils ont fait à Vishal. La Mecque qu'on va leur marcher dessus, pas vrai, les reuss?" Il ne s'agit bien sûr que de l'avis d'Awa, au détour d'une page. Tout n'est pas écrit ainsi.

Sans trop en dévoiler, je dirai que Jo va loin, très très loin... 

Au fil de ma lecture, j'ai établi à quoi cela me faisait penser, comme univers, interprétation libre des lois et écriture: La daronne, et là, oui, foncez, c'est du brut et de la bonne came de bouquin. Un premier roman à découvrir.

Avis babelio,

jeudi 14 octobre 2021

Les pondeuses de l'Iowa


 Les pondeuses de l'Iowa

Barn 8

Deb Olin Unferth

Grasset En lettres d'ancre, 2021

Traduit par Valérie Malfoy

 

Si je dis que les pondeuses sont des centaines de milliers à être emprisonnées dans une ferme de l'Iowa, dans des conditions hélas bien connues, ça ne va pas être vendeur. Non, on n'a pas constamment de détails difficiles. De plus on en apprend sur ces volatiles plus futés qu'on ne pense.

Côté bipèdes humains, voici Janey et Cleveland, censées inspecter ces fermes, mission officielle, vérifier qu’elles respectent les normes sanitaires et autres;  officieusement... Cleveland filme les conditions de 'vie' des poules et de temps en temps en 'libère' une ou deux, sans trop savoir qu'en faire, les déposant chez Dill, un militant animalier garé des circuits. 

Mais Janey et Cleveland ont un projet fou, libérer carrément TOUTES les poules d'une même ferme,  près d'un million de cocottes! Tout est organisé, et participent des types un peu borderline.

Bien évidemment cela va dérailler, et comme le dit la quatrième de couverture certains vont y 'laisser des plumes', et pas seulement les poules.

J'ai franchement dévoré ce roman, qui part dans des directions inattendues, est parfaitement maîtrisé dans la construction, et surtout distille beaucoup d'humour.

Avis babeliocathulu,

lundi 11 octobre 2021

Le syndrome de l'accent étranger


 Le syndrome de l'accent étranger

Mariam Sheik Fareed

Philippe Rey, 2021 

 

Pour savoir ce qu'est le syndrome de l'accent étranger dont souffre Sophie, il va falloir lire ce roman. Et par ricochet découvrir le roman imaginé par Alexandre, cuisinier parisien : son unique exemplaire se trouve dans un ordinateur égaré dans le métro, et trouvé par Désiré, balayeur à Paris aussi. Désiré est d'origine mauricienne, il aime les histoires. Il propose à Alexandre de lui rendre son ordinateur en échange de la suite. Pour s'exprimer, il demande l'aide de Marie, bénévole dans une association d'aide aux personnes dans le besoin et aux migrants, nombreux en cette année 2016.

Mais malheureusement Alexandre est en panne d'écriture, et demande l'aide des autres. On pourra alors découvrir comment Sophie, son personnage, vivra avec son syndrome.

Trois personnages, plus Sophie sur le papier, qui vont dévoiler leurs fêlures et évoluer, pour le plus grand plaisir du lecteur. J'ai dévoré ce roman fantaisiste (un peu) parcouru d'humour et d'émotion, et qui fait découvrir une ile Maurice pas seulement touristique. L'auteure est de mère française et de père d'origine mauricienne! Elle réside dans le Morbihan (mâtin quel département)

Avis babelio, A girl , c'est une lecture commune!,

vendredi 8 octobre 2021

Qui a tué Cloves?


 Qui a tué Cloves?

Histoire d'une découverte hors normes

Axel Sénéquier

Préfaces de Line Renaud et Guillaume Canaud

Hygée éditions, 2021

 

Voulez-vous une histoire qui donne la pêche,  avec des gens formidables, qui fait parfois scintiller vos yeux (sans doute une mauvaise poussière) et se lit quasiment d'un souffle, avec votre petit cœur qui fait boum ? (non, ce n'est pas du feel good, non ce n'est pas un polar).

C'est une histoire vraie!

Pourtant au départ ce Cloves (c'est un acronyme, je fais grâce des termes anglais) est une redoutable maladie, qui coche toutes les cases dans le pas sympa du tout: maladie rare (touche une personne sur 2000 , donc l'industrie pharmaceutique ne va pas foncer pour investir) et orpheline (incurable, quoi; pas de traitement). Ajoutez des douleurs épouvantables, l'atteinte à la mobilité, à la vie sociale, parfois des opérations sans résultats pérennes, le flou dans le diagnostic, la Sécu inflexible face à une 'maladie inconnue'. Une maladie qui ressort du domaine de nombreuses spécialités médicales, donc le malade peut errer. Atteint plutôt des enfants (pronostic à longue échéance, on oublie). Bref, les parents sont souvent désarmés, quoique héroïques et tenaces.

Jusqu'au jour où Emmanuel, qui consulte le néphrologue Guillaume Canaud, accepte un traitement, alors que le médicament est encore en phase de test. Mais une "autorisation temporaire d'utilisation à titre compassionnel" (le terme est clair!) est accordée, et quasi instantanément, son état s'améliore de façon incroyable. Mais vraiment incroyable!

C'est le début d'une histoire formidable dont malades, familles, médecins, personnels hospitaliers sont partie prenante. Frère de Guillaume Canaud, Alex Sénéquier conte cette formidable avancée médicale. Comme il est écrivain, il rend passionnant ce qui pourrait être sec. Les chapitres avec le radical changement des malades alternent avec le parcours de Guillaume Canaud, qui en a sous la semelle côté parcours professionnel, est doté d'une formidable intuition (c'est à ça qu'on reconnaît les bons chercheurs, je pense) et mène trois journées en une. Ainsi qu'avec des informations sur ce qu'est la recherche, comment les médicaments arrivent dans nos officines (c'est long), et aussi ce qu'est la notoriété. J'avoue que je n'avais jamais entendu parler de cette histoire, qui a pourtant fait du bruit à l'époque; d'où la nécessité du livre.

Quid de l'avenir? La maladie existe toujours, les malades ne sont pas 'guéris' et le traitement est à vie. Le recul est de cinq ans, on ignore encore l’évolution du traitement. La recherche continue.

Cerise sur le gâteau, l'humour n'est pas absent (mais soyez sûr que l'émotion, vous n'y échapperez pas non plus, sinon on ne peut plus rien pour vous!) et les parties plus techniques sont parfaitement accessibles.

J'en ai bien évidemment fait un coup de coeur!

Avis babelio,

mardi 5 octobre 2021

Entre deux mondes

 


Entre deux mondes

Olivier Norek

Michel Lafon, 2017

 "C'est facile d'oublier quand ça passe aux infos, mais quand ça débarque dans ton propre salon?"

Presque tout le monde a lu ce roman, et il a fallu les avis enthousiastes de deux personnes assez opposées quoique super lectrices pour que je m'y lance.  Il ne s'agit pas de mon genre de lectures favorites, mais comme mon blog présente un tag 'immigration' on peut dire que le thème ne m'est pas totalement inconnu. Quoique, comme pour d'autres thèmes (Shoah entre autres) je préfère le document au romancé. Mais, dit Norek 'tout ce qui est dans le roman est vrai.' J'ai même dégoté une photo de lui avec des migrants dans la jungle de Calais (et scruté voir si je les connaissais). Je le crois, hélas même les détails les plus épouvantables sont crédibles, si on s'intéresse un tant soi peu à cette actualité, on le réalise.

Ils sont tous présents, migrants de diverses nationalités, sexes et âges, associations humanitaires, différents flics, douaniers, etc., on a un panorama complet de la situation, y compris les difficultés pour passer en Angleterre. Personne n'en veut, quoi, et au delà de cette jungle (démantelée en 2016, époque du livre), les drames continuent. 

Deux héros principaux, flics, Adam le syrien et Bastien le français. Sans oublier un petit soudanais. 

Alors mon avis ? Bon, c'est écrit avec efficacité, et le côté document est fouillé. Mais j'avoue que j'ai eu du mal à supporter certains détails. Grosse claque disent certains, oui complètement, mais là c'est à fond et on souffle rarement. A lire pour réaliser certaines réalités, ça ne fait pas de mal parfois...

Avis  babelio,

vendredi 1 octobre 2021

Feu


Feu

Maria Pourchet

Fayard, 2021

 

Maria Pourchet, depuis Avancer, je la lis systématiquement!  Avancer   Rome en un jour  Les impatients 

Pas question donc de rater ce mystérieux Feu. Sans même savoir de quoi ça parlait.

Cette fois, voici Laure, la quarantaine, prof d'université, mariée, deux filles et Clément, la cinquantaine, bossant et s'ennuyant dans une tour de La défense, avec salaire très confortable. Ils se rencontrent, et plus si affinités.

Dit comme ça, bof. Madame Bovary, le retour. Quoique je ne dis rien de la fin.

Mais Maria Pourchet a toujours le sens de la formule (on s'amuse bien quand même, le revers est qu'on se fiche un peu de l'histoire entre ces deux-là), et a choisi d'alterner entre Laure et Clément. Laure s'adresse à elle-même en se tutoyant (quand même!) et l'on découvre sa vie de famille, sa fille ainée qui lui cause du souci, son mari, et sa vision de Clément. Sans oublier une mère et grand mère qui lui font part de leurs réflexions post mortem. Clément, lui, parle à Papa, attention, c'est son chien bien aimé mais malade (un bouvier bernois), sa mère est encore vivante, il y a du lourd de ce côté là.

Finalement  assez pathétique, mais on arrive au bout sans broncher, une fois dedans on veut la suite! Hé oui, l'écriture de Maria Pourchet, ça mérite le détour.

Avis babelio,

 

mardi 28 septembre 2021

Au printemps des monstres


 Au printemps des monstres

Philippe Jaenada

Mialet Barrault, 2021


Il y a peu, apprenant que parmi les livres de la rentrée littéraire se trouvait un nouvel opus de Philippe Jaenada, je n'ai pas réfléchi deux secondes avant de décider : 'je le veux!'. Parce que j'aime cet auteur et ce qu'il raconte, il rendrait passionnant n'importe quel sujet! On le connaît, depuis quelque temps il s'attaque à des sujets dont on pense tout savoir, mais les crimes recèlent leur part de mystère. 

Cette fois, c'est encore plus du lourd, puisqu'il s'agit de l'enlèvement, en 1964, d'un gamin parisien de 11 ans, Luc Taron. En quatrième de couverture, l'auteur prévient, si on préfère découvrir l'histoire dans le livre, ne pas lire la suite de ladite quatrième.J'ai donc obéi et plus tard ai découvert qu'ensuite il dit aussi 'si c'était aussi simple, je n'aurais pas passé quatre ans à écrire ce gros machin (je ne suis pas fou).'

Je ne vais donc pas trop en dire, sauf que les 750 pages se lisent sans peine, en dépit du sujet. Jaenada s'est livré à des recherches quasi sans fin, demandant sans relâche l'accès à des documents,  rendant hommage à deux auteurs ayant déjà parlé du sujet, refaisant les trajets en métro, en voiture ou à pied, réfléchissant, devenant obsessionnel, et souvent devant reconnaître qu'on ne pourra jamais tout savoir.

Il se livre aussi à une enquête minutieuse sur tous les protagonistes de l'histoire, qui en cachaient pas mal sous la moquette... Hé oui, les monstres ne sont pas forcément ceux qu'on croit.

Pour terminer, ceux qui connaissent Jaenada savent qu'on n'échappera pas aux parenthèses, bien utiles pour donner ses commentaires non dénués d'ironie et faire baisser la pression d'une histoire bien noire. L'on perçoit aussi ses doutes, ses interrogations, et même son émotion. Par ailleurs il nous fait part de sérieux soucis de santé, traités légèrement. Bref, c'est du Jaenada, c'est sa marque de fabrique, c'est pour ça aussi qu'on l'aime.

Mon parti pris était de ne pas trop en dire, mais vous trouverez aisément plus d'informations ailleurs. Cependant, tout découvrir au travers du livre, c'est bien aussi; je confirme.

Avis babelio, aleslire,

vendredi 24 septembre 2021

Notre coeur bat à Wounded Knee


 Notre coeur bat à Wounded Knee

L'Amérique indienne de 1890 à aujourd'hui

David Treuer

Albin Michel, 2021

Traduit par Michel Lederer

 

Le titre évoque bien sûr un autre livre, Enterre mon coeur à Wounded Knee, que je n'ai pas lu, mais "le massacre, en 1890, d'au moins cent cinquante Sioux Lakotas au bord du Wyoming, dans le Dakota du Sud " est bien rappelé.

L'auteur est un Ojibwé originaire de la réserve de Leech Lake (Minnesota) (son père est un immigrant allemand) et de lui j'ai lu Little    Indian roads   Et la vie nous emportera.  Indian roads en particulier vous en apprendra beaucoup sur les réserves indiennes.

Mais là David Treuer brasse très très large, revenant au peuplement de l'Amérique depuis ... le début, et là c'est passionnant à découvrir, même si on se doute déjà que les Européens n'ont pas trouvé un continent vide. Des civilisations y fleurissaient depuis longtemps, certaines étaient déjà éteintes à leur arrivée.

Batailles perdues, traités bafoués, au 19ème siècle cela se passe très mal pour les Indiens (je précise en passant que j'utilise le terme choisi par l'auteur, qui par ailleurs cite le nom des tribus si nécessaire). Il cite longuement des documents de l'époque, et j'ai particulièrement apprécié les beaux et émouvants discours de Chief Joseph et Standing Bear.

Ce serait quasi impossible de trop détailler, parfois je me perdais dans les sigles et les noms de lois, mais peu importe en réalité. Le gouvernement américain n'a vraiment pas fait de cadeaux au fil des décennies, et là aussi les enfants étaient envoyés dans des pensionnats, les tribus forcées de déménager, etc.

Mais les Indiens ont relevé la tête, par exemple dans les années 1970 ils ont occupé Alcatraz, j'avais oublié cette histoire...

Comme le dit l'auteur, "ce livre est un composé d'histoire, de reportage et d'essai." Il a rencontré de nombreuses personnes, certaines de sa propre famille, et souvent fort différentes dans leurs parcours et leurs idées, et cela donne au livre de belles respirations au milieu de faits parfois éprouvants. Les dernières rencontres prouvent que les indiens ont de l'avenir, un avenir qu'ils construisent eux-mêmes.

 Avis babelio,

mardi 21 septembre 2021

La lune de briques


 La lune de briques

The brick moon

Edward Everett Hale

Ginkgo éditeur, 2021

Traduit par Mary-Christine Pons-Vurpillot

Introduction de jean-Yves le Gall, président du CNES

Couverture : Kent


Paru en 1870, ce roman n'avait jamais été traduit ( un billet montre l'enthousiasme d'un lecteur, qui s'est lancé dans sa propre traduction)

Imaginons que pour pallier le manque de précision dans les déplacements sur Terre (surtout sur mer, d'ailleurs), on décide de construire une lune de briques, et de l'envoyer à quelques milliers de km en orbite autour de la Terre. Ne me demandez pas comment ça fonctionnerait, mais on a là, fin 19ème siècle, le premier GPS!

Évidemment tout ne se passera pas comme prévu,  une trentaine de personnes -et des poules- seront embarqués à l'insu de leur plein gré, survivront et mettront au point une ingénieuse méthode pour communiquer avec la Terre, tout en formant au fil du temps une heureuse petite colonie.

Un complément a cette courte histoire donnera tous les détails sur l'auteur, un personnage bien intéressant, et l'on découvrira l'histoire des stations en orbite avant la SSI, que ce soit dans la littérature ou dans les dernières décennies.

Une histoire plaisante à lire, écrite non sans ironie, et pleine d'imagination.

vendredi 17 septembre 2021

Voyage vers le Nord / L'année du jardinier


 Voyage vers le Nord

Cesta na sever, 1939

Karel Capek

Illustrations de Karel Capek

Les éditions du sonneur, 2010

Traduit par Benoit Meunier



Mais que voilà un 'livre de voyage' positivement charmant! Pas niais, pas lourdingue. L'auteur (et son épouse, devine-t-on), a effectué ce périple en train ou en bateau le long des côtes norvégiennes (avec parfois hélas des passagers envahissants), posant sur les paysages et habitants danois, suédois et norvégiens un regard attentif, bienveillant, non dénué d'humour. Mais subtil. En Europe centrale l'époque promet du grave et lourd, on le sent parfois au détour d'une phrase. Les illustrations de l'auteur ajoutent au bonheur de la découverte. 

"Difficile de croire que des hommes, des vaches et des chevaux puissent vivre sur une ligne aussi fine. Mais c'est ainsi, le Danemark n'est fait que d'un horizon net, sans accroc; ça leur en fait, du ciel au-dessus de la tête!"

" et le plus étrange, ce jour boréal qu n'en finit pas, et cette nuit blanche qui n'incite pas à aller se coucher, qui fait qu'on ne sait pas s'il fait déjà jour ou encore jour, si les passants sont déjà debout ou toujours debout."

Les glaciers : " D'un simple regard on peut saisir leur méthode de travail (...). Là où ils s'attaquent à un massif digne de ce nom, ils retroussent leurs manches, et les voilà qui broient, qui concassent, qui chantournent et qui affûtent jusqu'à former un amphithéâtre entre les montagnes; telle une moraine, ils traînent et charrient les débris hors de la cuvette et y installent au fond un lac, auquel ils suspendent une cascade, voilà le travail."

(j'ai aimé cette façon de décrire la nature et les paysages, quasi tout du long)

"Il semble que, dans ce monde, les costumes traditionnels et autres particularités ethnologiques n'aient plus d'importance que pour ceux qui peuvent en vivre." 

Cette lecture a développé en moi une grande envie de découvrir ces contrées (et il faut dire que les séries nordiques avaient déjà commencé)

Avis babelio, eva, patrice, lecturissime


Ensuite j'ai appris l'existence de cette année du jardinier : il me le fallait!


L'année du jardinier

Karel Capek

10/18, 2000

traduit par Joseph Gagnaire


Un opuscule absolument délicieux,  illustré par Josef Capek (le frère), qui égraine les aventures et labeurs d'un jardinier  amateur tout du long de l'année. Ne pas prendre cela comme un guide sérieux, quoique ce soit fidèle au quotidien, et bien vu dans les détails, l'auteur usant d'empathie avec cette catégorie de personnes, et d'un humour plein de gentille ironie.

Avis babelio;

mardi 14 septembre 2021

Plasmas


 Plasmas

Céline Minard

Rivages, 2021

 

 

 Bon, ne pas se leurrer, Céline Minard, ça passe ou ça casse. Mais au moins à chaque fois elle se lance dans un univers inattendu. Et ça fait drôlement du bien au neurones, OK, ça les déboussole, aussi. Cette fois (pour ce que j'en ai capté) il s'agit de 'nouvelles' reliées par un fil genre 'cela se déroule dans le futur mais la Terre -si les humains y habitent encore- n'est plus franchement habitable et mieux vaut s'adapter.' C'est donc l'occasion de découvrir des formes de vie autres.

Alors au début j'ai eu du mal, j'aurais aimé plus d’explications, puis j'ai choisi de me laisser porter, parce que évocation et imagination plus écriture ciselée, là on est servi. Finalement on parfois à se créer des images, à croire qu'on a compris une histoire. 

La présentation de l'éditeur ci-dessous a confirmé que j'avais quand même saisi quelques subtilités, alors je vais évoquer d'autres textes. Tiens, Grands singes, où Duane la primatologue observe un groupe, là mes lectures ont permis une accroche plus aisée, mais quelle fin magnifique! Dans Ricochets, où est-on? Plus sur la terre, c'est sûr, mais quel espace? Uiush, je ne sais pas ce que c'est, mais dans ma tête, c'est un paresseux. Grands fonds, où Rhif, lui, veut revenir à la surface et, pourquoi pas, explorer un peu la terre ferme hors milieu aquatique. Il est parfois fait allusion à des Ancêtres, des humains sans doute disparus il y a longtemps, présents dans des légendes. Ecologie et science fiction? En tout cas l'héroïne de la dernière nouvelle  m'a complètement fait penser à Greta Thumberg, si, si!

 Qu'en dit l'éditeur?

"Céline Minard nous plonge dans un univers renversant, où les espèces et les genres s’enchevêtrent, le réel et le virtuel communiquent par des fils ténus et invisibles. Qu’elle décrive les mesures sensorielles effectuées sur des acrobates dans un monde post-humain, la conservation de la mémoire de la Terre après son extinction, la chute d’un parallélépipède d’aluminium tombé des étoiles et du futur à travers un couloir du temps, ou bien encore la création accidentelle d’un monstre génétique dans une écurie de chevaux sibérienne, l’auteure dessine le tableau d’une fascinante cosmo-vision, dont les recombinaisons infinies forment un jeu permanent de métamorphoses. Fidèle à sa poétique des frontières, elle invente, ce faisant, un genre littéraire, forme éclatée et renouvelée du livre-monde."

Avis : babelio,  où les lecteurs en parlent sans doute mieux, et avec enthousiasme et admiration.

vendredi 10 septembre 2021

Rendez-vous avec la ruse


Rendez-vous avec la ruse

 Les détectives du Yorkshire

Julia Chapman 

Robert Lafont, 2020

Traduit par Dominique Haas et Stéphanie Leigniel

 

Hé oui, le 6ème de la série , toujours aussi addictive : on se coule avec bonheur dans l'ambiance du village de Bruncliffe, on retrouve Samson et Dalila pour des enquêtes (il s'en passe des choses dans ce village!) et surtout le pub, le salon de thé, la femme de ménage Ida, sans oublier Calimero, un gros toutou toujours affamé et avide de câlins. Et puis la bande de la maison de retraite.

Cette fois, la femme du maire soupçonne son époux de la tromper, enquête qui amènera notre duo d'enquêteurs à une partie de chasse où de gros bras appuient un peu trop sur la gâchette. Quelques méchants rodent, on les connaît, et une disparition intervient.

Bref, encore du potentiel pour éclaircir tout cela -ou pas- dans un prochain tome. Il me tarde que Samson et Dalila réalisent ce que tout lecteur a compris depuis le début, oui, ils sont hyper compatibles! Car l'humour dans cette série et les mystères suffisent amplement maintenant à maintenir l'intérêt.

Quelques enquêtes aboutissent, j'ai bien aimé la résolution du mystère des crottes déposées la nuit chez le boucher.

Avertissement : il vaut mieux démarrer par les premiers tomes, là maintenant ça commence à en dévoiler pas mal sur des événements précédemment advenus. Mais c'est vraiment une excellente série (détente) !

Avis babelio,


mardi 7 septembre 2021

Des souris et des hommes

 


Des souris et des hommes

Of mice and men

John Steinbeck

Rebecca Dautremer

Tishina, 2020

Traduit par Maurice-Edgar Coindreau

 

 J'ai un aveu à faire : j'aime Steinbeck, j'ai lu plein de ses romans ... sauf Des souris et des hommes. Peur? Mais j'avais trouvé la version VO, projetant de m'y lancer, non mais!

Par ailleurs une bibliothécaire a parlé de ces adaptations de romans par Rebecca Dautremer (dont je n'ai rien lu)

Et voilà que dans une autre bibliothèque je mets la main (les deux mains, la bête pèse son poids) sur ce roman graphique : le texte, Steinbeck (j'ai vérifié, tout y est) et les illustrations de Rebecca Dautremer.

Noël en avance, quoi!

Faut-il parler de l'histoire? George et Lennie, deux saisonniers, en Californie dans les années 30, vont de ferme en ferme. Ils trouvent aisément du travail, car Lennie est un colosse qui n'as pas peur de l'effort. Malheureusement son développement mental n'a pas suivi et des incidents les obligent à quitter rapidement leurs lieux de travail. George se sent responsable de son ami, même si cela lui pèse souvent.

Cependant ils ont un rêve, une petite ferme, un jardin, des animaux (et des lapins, demande Lennie). 

Ils sont embauchés dans une ferme, le drame va se nouer. Des personnages bien campés, le vieil employé handicapé sentant qu'il sera mis sur la touche, comme son chien, le noir mis à l'écart par racisme (un moment glaçant quant la jeune femme le menace).

Un court roman, intense, à découvrir.

L'adaptation

"D'un côté de la rivière, les versants dorés de la colline montent en s'incurvant jusqu'aux masses rocheuses des monts Galiban, mais, du côté de la vallée, l'eau est bordée d'arbres."

Voilà commence démarre le roman, texte illustré de paysages aux teintes douces.

Surviennent les deux héros. Leurs dialogues voire leurs gestes sont représentés par des vignettes, comme en BD, en crayonnés bleus et sepia. 

Parfois on passe à des dessins plus 'enfantins', ou BD ancienne mode, ou anciennes publicités, ou animaux réalistes craquants, ou dessins violemment colorés, etc., le mieux est de voir le lien donné plus bas.

C'est une splendeur, un coup de coeur!

Sur le site de l'éditeur pour quelques pages, avis, et présentation. 

Avis babelio, et je découvre juste celui de y'dlajoie, qui présente plein d'exemples des illustrations!

vendredi 3 septembre 2021

Larmes blanches


 Larmes blanches

White tears

Hari Kunzu

JC Lattès, 2018

Traduit par Marie-Hélène Dumas


Une idée lecture prise chez Le bouquineur, assez intrigante pour que je me lance (ça me perdra)

Le titre français propose un jeu de mots tel que je me suis demandé s'il n'était pas volontaire. Hé bien non, Larmes blanches est la traduction exacte de White tears, donc le titre français est encore plus malin que l'original... Troublant!

Mis à part l'incitation du blogueur susnommé, l'écriture de l'auteur m'a entraînée dans cette histoire qui a priori n'était pas trop pour moi. Seth et Carter sont amis, mais de milieux différents. Carter est issu d'une très riche famille américaine. Seth est une sorte de génie de l'enregistrement et Carter un collectionneur fou, recherchant les 78 tours de musique de blues remontant de plus en plus dans le passé. Je préviens, dans ces deux domaines, ils sont pointus. Je leur ai fait confiance pour les détails.

Seth se balade dans New York et enregistre beaucoup, un jour un vieil homme chantonnant un air Oh oui vraiment un jour j'm'achèterai un cimetière, et un autre jour ailleurs un air de guitare, les deux correspondant pile poil, et voilà qu'ils lancent le tout sur internet, comme quoi un certain Charlie Shaw- nom imaginaire- en serait l'interprète.

Ils sont contactés par un vieux collectionneur leur racontant une histoire étrange. Et le roman bascule dans l'étrange aussi, avec des échos du passé, deux voyages effectués au même endroit à des années d'écart, bref je ne veux pas en dire plus (surtout que je n'ai sans doute pas vraiment tout compris), mais à la fin l'on constate l'existence d'une histoire tragique survenue dans le passé (et le sud bien raciste).

Ce qui est sûr, c'est que l'auteur mérite d'être connu ! Mais je préviens, c'est spécial quand même.

"Vous pouviez sentir l'épaisse moquette monter à l'assaut des pieds de votre tabouret, cherchant à ne plus faire qu'un avec vos chevilles."

Avis : babelio,


mardi 31 août 2021

Aldo Leopold

 Sans doute connaissez-vous le nom d'Aldo Leopold, moins connu que Thoreau et Muir, et peut-être avez-vous découvert son livre le plus connu, Almanach d'un comté des sables ? Une lecture indispensable.

Mais voici une courte présentation d'Aldo Leopold,


Aldo Leopold

Un pionnier de l'écologie

Jean-Claude Génot

Editions Hesse, 2019

(image prise ici https://www.decitre.fr/livres/aldo-leopold-9782357060647.html)

 

Leopold a démarré dans la vie comme forestier (et chasseur) mais il a connu une évolution intéressante. "Comment un fervent chasseur est-il devenu un des plus grands défenseurs de la nature sauvage et l'inspirateur de nombreux écologistes?"

Bien des idées sont connues de nos jours (pas toujours appliquées) mais à l'époque tout était nouveau et à découvrir. Surpopulation des cerfs, surpâturage, élimination des prédateurs, érosion des sols, bref, un fragile équilibre.

"Comme forestier, Leopold a apporté à la profession un équilibre entre vision et pragmatisme. Comme défenseur de la nature sauvage, il a donné un cadre en lien avec les racines historiques et philosophiques de la nation, et a fait de la wilderness une spécificité américaine. Comme scientifique, il a aidé à développer l'écologie de la faune sauvage et contribué à donner un sens à sa gestion. Comme enseignant, il a inspiré des centaines d'étudiants pour observer et comprendre la nature, l'étudier et la protéger. Comme penseur, il a donné au mouvement de la conservation une définition philosophique. Comme écrivain, il a donné à son pays un des livres fondateurs de la littérature de nature, un genre très américain."

Bon, tout ça est très bien, mais qu'en est-il des écrits d'Aldo Leopold, mis à part l'incontournable Almanach d'un compté des sables ? hé bien voici un recueil de quelques textes.


Ethique de la terre

suivi de Penser comme une montagne

Aldo Leopold

Petite bibli Payot, 2019

Traduit par Aline Weill

Le célèbre Penser comme une montagne est fort court, où il voit mourir une louve, et s'amorce sa conviction que les loups ont un rôle à jouer, sinon les cerfs pullulent, ne peuvent tous se nourrir, les arbres périssent, etc. Phénomène normalement bien connu de nos jours.

J'ai beaucoup aimé l'histoire du chêne près de chez lui (mis à mort par la foudre), occasion de parler de faune et flore depuis des décennies autour de ce brave chêne.

"On court deux dangers spirituels à n'avoir pas de ferme. L'un est de penser que le petit déjeuner pousse dans les épiceries, l'autre de supposer que la chaleur vient de la chaudière."

Il aborde aussi le problème des espaces naturels, du tourisme, du trop de routes, etc.

Deux livres à lire!  Peut-être pas en grosse priorité, mais après Almanach du comté des sables (comment ça j'en ai déjà parlé deux fois?) si on veut poursuivre.

samedi 28 août 2021

Les tribulations d'un Français en France


 Les tribulations d'un Français en France

Philibert Humm

Editions du Rocher, 2021

 

Objectif : "Le tour du monde sans quitter la France"!

Voilà le narrateur parti dans un vieux combi VW, à la découverte de lieux aussi alléchants que Clécy, capitale de la Suisse normande, Montargis, la Venise du Gâtinais, Autun, la petite Rome de Bourgogne, et bien d'autres, on voit bien le thème. 

"Se promener dans Truchtersheim n'est pourtant pas de tout repos. L'Alsace est ce pays dans lequel on ne peut marcher tranquille sans que les automobilistes freinent à votre hauteur, au cas où vous souhaiteriez traverser. De sorte qu'on passe ici son temps à changer de trottoir pour rendre la politesse."

Ne pas chercher l'exhaustivité, ce n'est pas un guide de voyage, mais ça donne envie de voyager et de découvrir, ne serait-ce pour vérifier si l'auteur a bien dit vrai et ne nous mène pas en bateau (pas de gondoles à Montargis, d'ailleurs).

Ecriture alerte, pleine d'humour, distrayant, que demander de plus? Hé bien, encore plein d'autres destinations, non?

Autre objectif : "La France en auto-stop", accompagné d'une pimpante jeune collègue et d'une pancarte arborant l'indication 'n'importe où', ce qui est un moyen comme un autre d'arriver quelque part. Des rencontres, plus que du tourisme, et retour dans le même bistrot.

Même pas 150 pages, un seul défaut, trop court!

mercredi 18 août 2021

Lorsque le dernier arbre


 Lorsque le dernier Arbre

Greenwood

Michael Christie

Albin Michel, 2021

Traduit par Sarah Gurcel

 

Au départ, j'avais vaguement compris qu'il y avait des arbres dans l'affaire, donc ça m'intéressait a priori. Ensuite, je me suis plongée complètement à l'aveugle dans le roman,  allant de surprise en surprise, de bonheur en bonheur. 

Bien que les arbres aient de l'importance, autour d'eux gravitent des êtres humains. Jake Greenwood a été engagée (oui, c'est une femme) pour servir de guide à des riches 'Pèlerins' désireux de voir une des dernières forêts, sur une île à l'est du Canada. Un privilège coûteux, car en 2038, suite au Dépérissement, les arbres sont morts et la poussière et son cortège de maladies respiratoires a envahi la Terre, livrée à une quasi famine.

Roman post apo? Ne partez pas! En 2008, le père de Jake, Liam, utilise du bois de récupération pour créer des meubles et, comme charpentier, travaille dans des maisons. Fils de Willow, habitant un vieux Westfalia, se livrant à de l'écoterrorisme (genre verser du sucre dans les réservoirs de gros engins très coûteux).

On remonte en 1974, avec Willow, justement, récupérant son oncle Everett à sa sortie d'une longue peine de prison. Que s'est-il passé? La moitié du roman, consacrée à '1934' va dévoiler une partie de l'histoire, et là, que de personnages attachants, et quelles péripéties!  On fera connaissance d'Everett, de Temple, son sens de l’accueil, sa bibliothèque (mais quelle historie fabuleuse!), et de Harris, frère d'Everett, ayant bâti sa fortune sur l'abattage des arbres...

J'espère ne pas trop en raconter, mais j'ai tout aimé dans ce roman, l'écriture, la construction, les personnages, les drames, les diverses amours, et sans doute le petit espoir à la fin?

 Avis babelio, Nicole,

Page récapitulative du challenge. Dernière page : 587.





mardi 10 août 2021

La poursuite de l'idéal


 La poursuite de l'idéal

Patrice Jean

Gallimard, 2021


" Cyrille était-il un nigaud? Le lecteur est en droit de se poser la question. Le romancier aussi : son imagination lui a-t-elle refourgué un héros de deuxième main, incapable de se débrouiller tout seul, aveugle aux évidences, sans cesse mené par le bout du nez, veule, indécis, stupide? Parmi des milliers de héros, il a fallu tomber sur cette ganache! Allez écrire un roman avec un benêt!"

Sois rassuré, lecteur, Cyrille Bertrand, jeune homme que l'on suit durant une petite dizaine d'années, sa vingtaine, est un héros plutôt sympathique, un peu empêtré c'est sûr, mais quel aspirant poète (et parfois amoureux) ne le serait pas, dans notre monde? Disons roman d'apprentissage, comme ça on sera débarrassé, et suivons Cyrille dans ses amours et ses aspirations. Fidèle en amitié, entre les opposés Raphaël et Ambroise, il fera son chemin, du service contentieux d'une entreprise à ... (au lecteur de le découvrir), en passant par le rayon fruits et légumes d'un supermarché où l'on croisera un syndicaliste pur et dur - beau personnage, et le ministère de la culture sous l'égide de Trézenik, réac selon lui-même et les autres, mais quel personnage lui aussi.

L'intérêt ne faiblit pas, la dérision file entre les lignes, la société dans son entier est égratignée, les personnages aussi, la fin est jolie, bref, j'ai bien fait de suivre le conseil du bibliothécaire en me lançant à l'aveugle.

"La société finissait par tenir ses promesses. Elle vous domestiquait gentiment."

Note page 270 "Et dire qu'il a fallu attendre la moitié du roman, et même plus de la moitié, pour avoir un portrait du héros. C'est nul."

"Tant qu'un projet vous tient entre ses griffes, vous n'avez de cesse que vous ne vous en libériez en le menant à son terme, que ce sujet soit un diplôme à passer, un voyage en Namibie, une soirée d'anniversaire,  un roman, un coït, une entreprise, un mariage, mais une fois l'événement derrière vous, vous retrouvez la gratuité des jours et des saisons; parfois vous vous dites : ce n'était donc que ça; ma vie n'a pas changé."

(OK, mieux vaut avoir bon moral en se lançant dans la lecture, mais c'est fort plaisant)

Avis babelio, qui en disent plus, j'ai volontairement raconté fort peu, car c'est un livre à découvrir!


mardi 3 août 2021

Une odyssée africaine


 Une odyssée africaine

Mary Kingsley

Payot Voyageurs, 1995

Traduit par Anne Hugon

Préface de Anne Hugon et Robert Sctrick

 

Quand j'aurai révélé que le titre complet est 'Une exploratrice victorienne chez les mangeurs d'hommes (1893-1895)',  vous comprendrez la raison de cette lecture. 

Cependant la plus hardie, c'est Mary! A trente ans, libérée d'obligations familiales, elle part en Afrique, pour étudier coutumes et animaux (les poissons -ichtyologie). En bateau bien sûr, voyageant plutôt léger, et se vêtant victorien. Elle se félicite d'ailleurs de porter une robe assez épaisse et protectrice quand elle tombe dans un piège en pleine forêt gabonaise.

"Je pris un raccourci et avant d'avoir le temps de faire ouf, me retrouvai au fond d'une piège hérissé de piques, à quinze pieds de profondeur.

C'est dans ce genre d'occasion que l'on bénit les bonnes vieilles jupes en coton épais."

Pas de porteurs indigènes pour elle, elle crapahute comme ses accompagnateurs, traverse les cours d'eau profonds, loge au village, mange de tout (seule précaution, eau bouillie et thé), palabre et échange. De temps en temps elle fait escale chez un couple 'blanc', mais la plupart du temps, infatigable, curieuse, passionnée et admirative, elle mène sa troupe de locaux pas toujours unis. Et elle échappe à tous les dangers, parfois de justesse!

Quasi infatigable, elle explore, tient son journal, prend des notes. Certains passages sont longuement descriptifs, mais globalement, grâce à sa dérision fort british et son enthousiasme d'acier, c'est extrêmement plaisant à lire. J'ai préféré sa découverte de l'Ogooué (les rapides!!!) et de la Remboué, au Gabon, pas de tout repos. Voire dangereux. Je passe sur les nombreuses bestioles de tous calibres que l'on trouve dans ce coin là.

Après des pages sur le fétichisme dans ces régions, elle termine avec son ascension du mont Cameroun (en robe bien sûr et bottines...), dans la brume et les pluies glaciales, avec une équipe de bras casés qu’elle doit reprendre! Elle en revient boueuse et entière!

"La côte de l'Afrique occidentale a un point commun avec les régions antarctiques: une fois que l'on y est allé, on ne pense plus qu'à y retourner."

"Le battement régulier du pilon est l'un des bruits les plus caractéristiques des villages de brousse."

Elle meurt de dysenterie en 1900, alors qu’elle soigne les blessés d'un camp de prisonniers en Afrique du sud.

Avis babelio, dont celui de Myriam,

mercredi 28 juillet 2021

Y Le dernier homme

 Il y a fort longtemps j'avais lu les cinq premiers tomes de Saga, et depuis rien à faire pour emprunter la suite. Pas de souci, une inscription dans une autre médiathèque, et voilà. J'ai donc relu les cinq, et englouti la série jusqu'au tome 9, qui m'a laissée sur le flan (à scruter internet, il semble que le 10 existe, non traduit). J'avoue cependant que le binge reading ça fatigue ...

Mais! Voilà-t-y pas que je découvre une autre série due au même Brian K. Vaughan que Saga, et, tenez-vous bien (info extrêmement importante pour les amateurs de séries) : la série est terminée en 5 tomes!!!! OK, dans les 300 pages chaque volume, mais au moins on peut se lancer l'esprit tranquille. 

Et tout avaler rapidement, oups.

Cependant mon intérêt n'a pas faibli, c'est un signe, et, surtout (info  extrêmement précieuse pour les amateurs de séries): la fin ne m'a pas déçue.

Bon, je vous mets la couv' du deuxième et les infos habituelles.


 Le dernier homme

Brian K. Vaughan, Pia Guerra

José Marzan, Jr., Goran Sudzuka

Le dernier homme

Urban Comics, Vertigo, 2002-2008 (en gros)


 

L'idée de départ : Pas de chance pour les porteurs d'un chromosome Y! Tous meurent d'un coup d'un seul, on imagine bien les crashs d'avion, les accidents de voitures, les disparition de chefs d'états... Hé oui,  et la série, sans être lourde, mettra bien en valeur les inégalités existant jusque là. Le problème, c'est la disparition à plus ou moins long terme des animaux, en commençant par ceux vivant le moins longtemps, et bien sûr l'être humain. 

Mais, et les banques de sperme, alors?  Il faut savoir que les idées tordues et la violence ne sont pas l'apanage du chromosome Y, et certains établissements sont détruits par des groupes de femmes. Le clonage? Pas au point.

Alors?

OK, j'ai écrit tous, mais en fait on a un survivant, Yorick (alas, poor) et son singe capucin (mâle), Esperluette. Ne pas se réjouir, pour des raisons de génétique il ne repeuplera pas la planète, d'autant plus que franchement, il n'est pas malin malin. Son idée fixe est de retrouver sa copine Beth, dernièrement vue en Australie. Il ne va donc pas sauter sur tout ce qui bouge!

Âmes sensibles, ne vous désolez-pas, il y aura deux bébés quand même dans la série, mais je ne dévoilerai pas les noms des parents.

On voyage beaucoup (oui, retrouver Beth) mais surtout on doit échapper à celles qui en veulent à Yorick (et/ou Esperluette). Des Israéliennes, des Australiennes, des Américaines... Beaucoup de bagarres, de combats, de blessées, de mortes. Ce doit être la règle du genre. Mais des moments plus calmes, des rebondissements, des idées, des dialogues, bref, du pur divertissement, qui se termine à ...Paris! (yes)

Plein d'avis là dessus sur babelio, comme d'hab'

La trilogie de l'été chez Phildes.

 

mercredi 21 juillet 2021

Les pionniers


 Les pionniers

The earthbreakers, 1952

Ernest Haycox

Actes sud, 2021

Traduit par Fabienne Duvigneau 

 

Traces des roues de chariots sur l'Oregon Trail


Dans la série de romans 'L'Ouest, le vrai',  voici un auteur classique qui a su me conquérir! On attend les clichés habituels de fiers cowboys affrontant la nature (sauvage) et les autochtones (non moins sauvages). Du viril, quoi. On a bien le bétail et les chariots, les familles ayant tout quitté pour s'installer dans l'Oregon. Trois mille kilomètres en cinq mois, quatre cents personnes, que l'on découvre sous une pluie incessante, descendant une rivière sur de grands radeaux (mais replaçant les chariots sur la terre ferme pour passer les chutes). Une épopée où on ne plaisante pas, sans espoir de retour. 

Mais la majeure partie du roman conte l’installation des pionniers survivants dans un coin où tout est à construire, maisons en rondins,  route à penser, espérant une récolte le moment venu, en se serrant la ceinture pour faire durer les provisions, et chassant en attendant. Pour survivre le mieux possible, il faut l'entraide.

On y est, là, à fond! Avec quels personnages! Les meneurs respectueux, les hésitants, les têtes brulées,  et surtout des femmes qui ne se laissent pas dominer forcément. (le genre de femme qui sait tuer et plumer un poulet, cultiver un jardin, fabriquer son pain et son savon, et éventuellement tricoter)(Edna et Katherine). Une vie de labeur, non sans drames et fêtes. 

La nature est superbement évoquée, les travaux concrètement aussi, ainsi que les affrontements, avec des scènes plus intimistes. Parfois le coeur se serre, parfois on sourit, toujours on est intéressé, certains événements sont attendus, d'autres surprenants.

A découvrir!

Avis babelio




 

 




lundi 12 juillet 2021

Happy End


 Happy end

Julie Wolkenstein

P.O.L. , 2004

"Au moins son avis de décès ressemblera-t-il à ceux qu'elle lit dans Le Figaro (elle commence toujours par là) et les lignes successives situent précisément les membres qui font part dans une génération de prénoms cruellement datables.

Lise, Julien et Catherine, ses enfants,

Antoine, Camille, Léa, Simon, Prune, Justinien , Isadora, Elvire, ses petits-enfants,

Ysé, Shiva, ses arrière-petites-filles,

ont la tristesse d'annoncer, etc.

Aux dernières nouvelles, Camille, qui attend son premier bébé, envisagerait Contest. Marie-Hélène n'en pesne rien. Elle n'est pas sûre que Contest tout seul lui évoque sa baie, sa maison. Et elle doute que Camille aille jusqu'à appeler son fils Saint-Contest."

Maintenant que j'ai lu la plupart des romans de Julie Wolkenstein, je sais qu'il y aura de grandes villas bourgeoises et familiales au bord de la côte normande (mais pas que), de grandes vacances d'été, quand les hommes arrivent de Paris le week end, toute une époque déjà ancienne dans ce roman. A Saint-Contest, donc, commune qui existe réellement, j'ai vérifié. Quelques familles ont hérité de ces villas, sur lesquelles pèse une menace, car la mer se rapproche, le sable gagne les jardins, il faudra détruire.  Seule Éliane tient bon et refuse de quitter sa villa. Ses souvenirs, plus ou moins reconstruits, évoquent la vie des habitants, elle se confie à Brigitte, qui, elle, lui demande comment elle est devenue handicapée. 

Des familles sur plusieurs générations, on a déjà lu cela, mais ici la construction est intéressante, en tout cas j'ai été interloquée de bien accrocher dès l'abord à Mélanie, Ben, etc., pour apprendre leur décès rapide. Avec Éliane, une seconde partie plus longue démêlera les fils.

Bref, j'ai aimé cette histoire narrée comme l'entend l'auteur, dans un style vivant, imagé, non dénué d'humour, et percutant parfois.

avis babelio,

jeudi 8 juillet 2021

Ici pour aller ailleurs


 Ici pour aller ailleurs

Un recueil de Geoff Dyer

Editions du sous-sol, 2020

Traduit par Pierre Demarty


Voilà, je pense que c'est Le bouquineur qui a attiré mon attention sur ce livre : les mots importants étaient là, voyage, humour anglais, et,  cerise sur le gâteau, disponible à la bibli!

L'humour est bien là et j'ai tout de suite adhéré, mais il ne faut pas s'attendre à des voyages narrés classiquement. Visiter la cité interdite est l'occasion de faire connaissance de Li, puis direction la Polynésie sur les traces de Gauguin. "Il y avait également quelque chose à vous fendre l'âme dans le spectacle de ces chauffeurs de bus prêts à 'transférer' les touristes dans leurs hôtels au luxe barbare : bâtis comme des piliers de rugby, biologiquement programmer pour écraser le Quinze de la Rose, ils en étaient réduits à jouer les bagagistes confits en politesse." Puis le lecteur découvre des coins paumés des Etats Unis dédiés au Land art, le Lightning Field, Spiral Jetty, apparaissant ou non selon le niveau de l'eau (Utah).

 

Le voilà parti avec son épouse à la recherche d'aurores boréales, donc l'hiver plein nord! Froid, obscurité. Verront-ils la fameuse aurore boréale espérée?

En tout cas, ils prennent en stop un type dans un coin perdu, et s'ensuit une séquence de peur...

Ils habitent Los Angeles, et là aussi ils découvrent la demeure d'Adorno et les Watts Towers.

Non, ce n'est pas un livre de voyage de plus, les réflexions et la personnalité de l'auteur sortent de l'ordinaire.

Avis babelio,

lundi 5 juillet 2021

Un anthropologue en déroute (et son retour)

 


Un anthropologue en déroute

The innocent anthropologist

Nigel Barley

Voyageurs Payot, 1992

Traduit par Marc Duchamp

 

On le sait, quand les anglais  se lancent dans les voyages et l'autodérision, ça décape. Nigel Barley, sûrement un très sérieux anthropologue quand il s'agit de rédiger du document professionnel, se lâche en racontant ses mois sur le terrain, dans un village au nord du Cameroun. Pourquoi les Dowayos? Et pourquoi pas! 

D'abord apprendre la langue, avec l'aide de Matthieu qui lui a fréquenté l'école. Trouver à se loger, amadouer le chef local, Zuuldibo, le faiseur de pluies, etc. Accepter de subir les moqueries (gentilles) des habitants, prendre des notes, des photographies. Parfois se retrouver avec d'autres européens  ou américains. Affronter les attentes (avec un bouquin) et les complications des administrations diverses.

Puis finalement partir à regret, ne vouloir que revenir, et enfin prendre comme prétexte la grande affaire dans ce coin : la circoncision! Qu'il ne doit pas rater! 

 Avis babelio,

Ceci sera raconté dans 


Le retour de l'anthropologue, même éditeur, 1994 traducteur Alain Bories.

On pourrait craindre des répétitions, de la lassitude : que nenni!!! Le deuxième opus est quasiment meilleur, c'est dire! Bien sûr, j'avoue avoir un plus dans cette lecture, j'ai traîné mes sandales en Afrique de l'ouest et je me suis retrouvée dans pas mal de situations... Y compris le retour en France, affolée par l'offre dans les rayons des magasins, et incapable de choisir.

 Avis babelio,

 

 

 

Poursuivons avec Nigel Barley, toujours aussi amusant, cette fois pour un roman où il n’apparaît pas, puisqu'il se déroule au 19ème siècle. Comme il avise son lecteur, rien ou presque n'est inventé, et il s'inspire visiblement d'éléments réels, mais à sa sauce. 

 


Le dernier voyage du révérend

The coast

Nigel Barley

Payot, 2001

traduit par Bernard Blanc

 


Le révérend Emmanuel Truscot arrive donc au Nigeria actuel, dans le delta du Niger, humide, sablonneux, favorable au paludisme et à la fièvre jaune. Il est accompagné de son épouse, habillée comme lui à la victorienne, j'en ai chaud d'avance. La population se complique moins la vie... 

Côté africain, il doit se plier aux lubies du roi Jack et sa famille, ainsi qu'aux embrouilles des autres européens. Une époque où théoriquement la traite est interdite, mais l'esclavage demeure. Traditions cruelles, religions locales (existant encore de nos jours), le pauvre révérend naïf et crédule doit se débrouiller, mais il poursuit admirablement son chemin, enseignant dans son école, se faisant rouler dans la farine sans s'en rendre compte, mais ne lâchant rien de ses convictions religieuses.

L'ambiance est extrêmement bien rendue, et c'est à la fois tragique et drôle.

Avis babelio

Trois livres lus il y a quelque temps, mais qui me permettent de participer à La trilogie de l'été chez Phildes.

 


jeudi 1 juillet 2021

L'attaque du Calcutta-Darjeeling


 L'attaque du Calcutta-Darjeeling

A rising man

Abir Mukherjee

Liana Levi, 2019 

Traduit par Fanchita Gonzalez Batlle


En 1919, le capitaine Wyndham, plein d'expérience acquise en Europe, débarque à Calcutta. Assez vite, il doit résoudre deux affaires, liées semble-t-il, l'assassinat d'un fonctionnaire britannique et l'attaque d'un train. Il enquête avec un collègue anglais et surtout un officier indien, le sergent Banerjee. 

Atmosphère poisseuse, racisme ambiant, le lecteur va être plongé dans toutes les facettes de la ville et découvrir une ambiance réaliste. Avec un humour qui fait passer bien des faits choquants.

J'ai donc beaucoup aimé, l'intrigue policière à rebondissements est classique mais c'est l'ambiance de l'époque et du lieu qui m'a beaucoup plu., car je sens que c'est fort bien rendu. Différent quartiers, couches sociales, des terroristes, des services secrets... Le titre français attire l'oeil, mais cette fameuse attaque n'est pas du tout l'essentiel de l'affaire. Je pense continuer avec les princes de Sambalpur (A necessary evil en VO, il semble que les versions françaises préfèrent l'exotisme dans leurs titres)

" Un panneau en bois annonce en lettres blanches:

Entrée interdite aux chiens et aux indiens

Banerjee remarque ma désapprobation.

'Ne vous inquiétez pas, Monsieur, dit-il. Nous savons où est notre place. En outre, les britanniques ont réalisé en un siècle et demi des choses que notre civilisation n'a pas atteintes en plus de quatre mille ans.'

(...) Je demande des exemples.

Banerjee a un mince sourire. 'Eh bien, nous n'avons jamais réussi à apprendre à lire aux chiens.'

Avis babelioactu du noir, le bouquineur, dasola , anne,


Les princes de Sambalpur

Abir Mukherjee

Liana levi, 2020

Traduit par Fanchita Gonzalez Batlle


L'auteur est britannique mais d'origine indienne, et l'on sent qu'il prend plaisir à égratigner la colonisation anglaise en Inde. Là encore, c'est une plongée réaliste dans un royaume à mines de diamants, maharadjahs, maharanées, concubines, prêtres, et coups tordus sans omettre des assassinats. Et une chasse au tigre à dos d'éléphant... Une enquête pour les deux héros du premier volume, Wyndham toujours amoureux d'une anglo-indiennes aussi intelligente que belle, et bien trop indépendante pour son goût. De l'exotisme, de l'humour, ça marche! A la fin on aura la vérité, mais aura-t-on la justice?

Avis babelio, encore du noir, dasola,

lundi 28 juin 2021

Les colonnes d'Hercule


 Les colonnes d'Hercule

Voyage autour de la Méditerranée

Paul Theroux

Grasset, 1997

Traduit par Isabelle D. Philippe 


L'idée de départ était de partir de Gibraltar, et de parcourir les rivages méditerranéens jusqu'au Maroc, en face, dans le sens des aiguilles d'une montre. En s'interdisant de prendre l'avion. restent alors le train, et le bateau, qui suffiront amplement aux trajets parfois en zigzags, en retours en arrière et contournements. 

"La plupart du temps, en voyageant, j'ignorais où j'allais. Je ne savais même pas pourquoi j'y allais. je n'étais pas historien, ni géographe. Je détestais la politique. Ce que j'aimais par dessus tout, c'était avoir de l'espace et du temps. Me lever le matin et partir pour une destination qu'à tout moment - si quelque chose de mieux forçait mon attention- je pouvais abandonner. Je n'avais pas de thème, je n'en voulais pas. J'avais eu l'intention d'explorer la Méditerranée, sans programme bien arrêté. Je n'écrivais pas de livre, je vivais ma vie et j'avais trouvé une manière plaisante de le faire."

Il a choisi de voyager seul, sentant combien ce côté vagabondage serait difficile à imposer. Il téléphone quand il peut à Honolulu pour un contact familial (nous sommes avant les portables et internet...) et cherche ou pas les contacts. Je l’avais précédemment trouvé critique et caustique, mais dans ce livre j'ai apprivoisé sa méthode et son humour parfois particuliers. "Mais c'était le propre de mon voyage: une quête du détail, la conversation comme une forme de traquenard, le voyageur en tant que provocateur."

Car il provoque, c'est sûr. Quitte à n'obtenir que du silence dans des coins peu voués à la démocratie, tels l'Albanie après Enver Hoxha et la Syrie d'Assad (le père), où l'on sent une chape de plomb. 

Il n'a pas pu voyager dans toute la Yougoslavie, en train de devenir ex, et la guerre non terminée. Il n'a pas pu voyager en Libye, ni en Algérie. Il a ses préférences, ses détestations. 

Mais j'ai pris un grand plaisir à le suivre!

Avis : babelio,

jeudi 24 juin 2021

Des adhésifs dans le monde moderne


 Des adhésifs dans le monde moderne

We are all made of glue

Marina Lewycka

Editions des 2 terres, 2011 

Traduit par Sabine Porte


Les adhésifs dans le monde moderne, c'est la revue pour laquelle travaille Georgie Sinclair, mais ce sera une métaphore des rapports humains. Bien complexes, ceci étant, mais cette lecture sera de bout en bout un vrai plaisir. 

Au tout début, le mari de Georgie vient de la quitter après une dispute. Elle fait connaissance de Naomi Shapiro, une dame âgée vivant pas loin dans une grande maison en assez mauvais état, sachant que Naomi possède aussi une idée très personnelle de la propreté et de la péremption des aliments. Quand elle se retrouve hospitalisée, elle fait appel à Georgie. Aussi pour s'occuper de ses nombreux félins. Des agents immobiliers, attirés par le potentiel de la maison située en plein Londres, rodent autour. Georgie engage une équipe de rénovation.

En fait, le mieux est de se laisser porter par les événements et les dialogues, sourire aux lèvres. Un poil foufou, ça fait du bien, et je compte bien renouer avec l'auteur.

Avis : babelio, cathulu,

Quelques semaines plus tard...


Deux caravanes

Marina Lewycka

Editions des 2 terres, 2010

Traduit par Sabine Porte

Dans le Kent, des travailleurs saisonniers sont logés et nourris à peu de frais dans deux caravanes. Venant de l'Europe de l'est, d'Afrique et d'Asie. Exploités et précaires. Voire, pour les jeunes filles,  en danger d'être envoyées sur le trottoir par des types sans scrupules. Après la cueillette des fraises, suivra une plongée dans l'horreur des usines à poulets et là il faut s'accrocher! Très réaliste.

Cependant l'auteur apporte toujours une petite touche de fantaisie. On s'attachera même à un chien recueilli. Une gentille histoire d'amour. Bravo à la traductrice pour avoir rendu le style des non anglophones, c'est savoureux.

 Avis babelio,

 

lundi 21 juin 2021

Voyage au pays du silence


 Voyage au pays du silence

The last wilderness

Neil Ansell

Hoëbeke,2021


Une lecture coup de coeur que je dois à Dominique, dont le billet a attiré mon oeil, et comme le livre venait d'arriver à la bibli, la rencontre s'est faite rapidement. C'est un coup de coeur.

Voyageur aguerri, préférant souvent la solitude, Neil Ansell a décidé de parcourir à nouveau les montagnes du Rough Bounds, au nord-ouest des Highlands d'Ecosse. Cinq courts voyages d'une semaine environ, étalés sur une année. Descriptions de la nature, de la faune et réflexions personnelles, rien d'original peut-on penser, sauf que c'est merveilleusement écrit, avec empathie et sans listes casse-pieds trop détaillées. Ce n'est pas un guide.

 "Rien ne peut se comparer à la joie qu'inspire une rencontre, même très brève, avec un animal sauvage rare et beau dans son milieu naturel."

Notre homme, si heureux de voir les oiseaux (entre autres) souffre hélas d'une surdité qui s'aggrave, il sait qu'au fil du temps certains oiseaux 'disparaîtront' pour lui...

"Si je vois, chemin faisant; quelque chose qui m'attire, je ne demanderai pas mieux que de partir à l'aventure.

Je suis comme ça; je ne cherche nullement à laisser entendre que c'est la seule façon de faire, ni même la meilleure. J'imagine qu'il  y a autant de manières de se présenter au monde qu'il  y a d'êtres humains. Il s'agit ici de préférences personnelles, pas de règles qu je me suis fixées. Je n’irai même pas jusqu'à prétendre que j'évite les sentiers. Bien souvent, ils sont là où ils se trouvent pour une bonne raison, tracés par la configuration du terrain, la pente et la distribution des lacs et des cours d'eau."

Personnellement, je trouve que dans le ton de Neil Ansell, il y a un petit quelque chose de Montaigne...