dimanche 28 février 2021

Tupinilândia


 Tupinilândia

Samir Machado de Machado

Métailié, 2020 

Traduit par Hubert Tézenas


L'excellent éditeur aurait-il eu un coup de mou avec la quatrième de couverture? Non qu'elle soit menteuse, bien au contraire, mais elle raconte les trois quarts du roman, et c'est bien dommage. Cependant il en restait heureusement beaucoup à découvrir.

Un (très) riche industriel brésilien fan absolu de Walt Disney a lancé la construction d'un parc d'attractions au fin fond de l'Amazonie, parc devant être inauguré en 1984 (si!) , au grand moment du retour de la démocratie au Brésil, après 20 ans de dictature militaire.

Hélas rien ne va se passer comme prévu...

Idée fort originale, imagination parfois délirante, description du parc dans les moindres détails, évocation de cette culture brésilienne des contes, livres d'enfants et objets de collection, boissons colorées, héros de l'enfance, tout est là! Un peu trop d'ailleurs, j'ai un peu fatigué, ce n'est pas mon univers. Pourtant j'ai arpenté avec délices trois parcs Disney et Epcot center, c'est dire que j'ai gardé une âme d'enfant au fil des décennies. Mais c'était plus proche de mes souvenirs d'enfance.

"A Tupinilândia, la réalité grise de l'inflation et de la déforestation incontrôlée, de la dette extérieure et des généraux antipathiques, des oligarques brutaux et des célébrités vulgaires serait effacée par une autre, bariolée comme un décor de BD, où tout fonctionnerait toujours parfaitement, où tout le monde serait en permanence joyeux et enthousiaste."

On le sent, l'auteur va aussi présenter un Brésil en proie à la corruption, la violence, surtout durant ces années noires.

Et les personnages? Pas de souci, ils sont hauts en couleurs, le "méchant" se nomme Kruell, et il l'est! Face à lui, la famille du concepteur du parc, dont Helena, un bon personnage féminin flamboyant. 

 Ajoutons de l'humour, et beaucoup beaucoup d'action, parfois, dans un parc imaginé (il y a un plan à la fin). Au point que j'ai un peu fatigué à m'imaginer tous les déplacements (mais pas grave, on suit!)

"Si, quand j'avais onze ans, quelqu'un m'avais annoncé que je me retrouverais un jour dans une ville perdue en pleine Amazonie, entouré de dinosaures et en train de combattre des nazis avec le capitaine Aza, je l'aurais pris pour un débile." 

Donc ça bouge, ça castagne, mais pas que. De belles pages sur la nostalgie. De bons retours en arrière pour ceux qui ont vécu les années 80. "La dernière décennie où, pour parler à quelqu'un, vous deviez attendre que ce quelqu'un rentre chez lui."

Et le bandeau? Orwell oui finalement puisqu'on découvre un monde évoquant pas mal 1984; quant aux dinosaures,  ils ne sont pas vivants, mais le parc recèle un bassin de loutres pas sympathiques quand on les dérange...

Avis babelio ,

Je termine en dénonçant A girl (son billet)  qui m'a entraînée dans l'aventure, et grâce à qui je participe au challenge latino-américain!



jeudi 25 février 2021

Petits secrets, grands mensonges


 Petits secrets, grands mensonges

Big little lies

Liane Moriarty

Livre de poche, 2018

Traduit par Béatrice Taupeau


Qui pourrait croire qu'il se passe tant de choses dans une école maternelle? La petite Amabella (et non Annabella, sa mère précisant que ça vient de France, ce prénom. Vous connaissez, vous?) est physiquement agressée par un petit camarade, mais lequel? On soupçonne le petit Ziggy, dont la mère, Jane, vient de s'installer dans le quartier de Pirriwee (Sydney, Australie). Les parents prennent position pour l'un ou l'autre, une pétition circule.

Dès le début on sait que lors d'une soirée quiz dans cette école, il y a eu un mort. Accident? Suicide? Meurtre? Qui? Comment? Pourquoi? Le compte à rebours démarre, le suspense est comme d'habitude chez l'auteur aisé à supporter car il y a tant à apprendre! Et l'humour est présent. On a Jane, mère célibataire, une famille recomposée avec Madeline, et un couple 'basique' avec Céleste. Trois femmes que le lecteur va suivre.

Comme thèmes, il y a du lourd, avec du harcèlement scolaire, et de la violence conjugale, vraiment bien étudiée au travers d'un exemple. Sous des apparences légères, on a un bon petit roman plaisant mais pas que.

Ici comme dans les autres romans de l'auteur, on est dans des milieux sociaux plutôt aisés (voire très), en Australie, mais à part le surf au moment de Noël, on n'a pas vraiment l'impression d'être en Australie (ce qui ne me gêne pas).

Moult avis chez babelio,

et AifelleSandrion,

 

Tiens, un autre roman venant d'Australie, mais qui se passe dans le Kentucky principalement.

 


Le mystère Sammy Went

The nowhere child

Christian White

Denoël, 2019

Traduit par Simone Davy

 

Envie d'un bon petit roman qu'on ne lâche pas, qui ne révolutionne pas la littérature mais qui fait bien le job dans son créneau? Le mystère Sammy Went est pour vous!

"Qu'est-ce qui se passerait si on découvrait qu'on a été enlevé dans son enfance et que les gens qu'on a toujours considérés comme ses parents sont en fait les ravisseurs?" Voilà l'idée germée dans le cerveau de l'auteur, qui par ailleurs a suivi les conseils de Stephen King dans Ecriture : mémoires d'un métier (excellent bouquin , lu il y a longtemps)

Donc Kim vit tranquillement en Australie jusqu'au jour où apparaît un inconnu lui apprenant qu'en fait elle s’appelle Sammy Went, enlevée à l'âge de deux ans dans le Kentucky.

A partir de là, on alterne entre les chapitres Aujourd'hui, avec Kim / Sammy à la découverte de la vérité, et Autrefois, où l'on plonge vraiment dans un nœud de vipères, en plus de l'enquête policière. 

Je ne vais pas en dire plus, c'est bien fait, on sent parfois les ficelles (le cliffhanger en fin de chapitre), les personnages ne sont pas super approfondis, il y a des tentatives pour faire peur, sans trop de succès, mais je n'ai pas boudé mon plaisir et je recommande si vous voulez vraiment vous vider la tête...

Avis babelio

lundi 22 février 2021

Comment gagner sa vie honnêtement

Me voilà au bout de la découverte de l'auteur, restent sans doute quelques textes, mais on va en rester là (pour l'instant).


Comment gagner sa vie honnêtement
La vie poétique, 1
Jean Rouaud

Gallimard, 2010

" Sur la question de savoir comment gagner sa vie honnêtement, on n'a presque rien écrit qui puisse retenir l'attention." Par cette citation de Thoreau démarre ce nouvel opus de Jean Rouaud, qui bien sûr ne va pas répondre à la question. Toujours myope, ce qui aura son avantage lors des trois jours, fils de sa Loire-Inférieure de tradition catholique, ayant du mal à se défaire des valeurs de sa famille, assez emprunté il l'avoue, le voilà qui après 68 devient étudiant, sans grande idée de l'avenir à choisir, vivotant de petits boulots qu'à l'époque on trouvait aisément, distributeur de prospectus, ouvrier aussi, vendeur d'encyclopédies, de glaces sur une plage. Du saisonnier.
L'époque des cheveux longs, de l'auto-stop assez aléatoire (ah le routier plus que pervers, mais il s'échappe), des squats, des fumettes (pas son truc, il veut garder la cervelle libre pour la poésie).

Pour la construction du récit, en dépit d'une impression de naviguer à vue, c'est finalement bien maîtrisé, pour l'amusement du lecteur qui retombe sur ses pattes. Pour l'écriture, pas de "écrire vite, précipité, haché, tout en ellipse et suspension, factuel et concentré". Ce qu'il aime, ce sont "les adjectifs soyeux, les adverbes traînants, les contournements alambiqués, les antiphrases perfides, les prolégomènes fuyants (...)".

Point trop d'histoire familiale là-dedans, la page est tournée, "je ne sais même plus à quoi ressemblait mon père derrière le portrait que de livre en livre j'ai fait de lui - et ma mère prend le même chemin."

Avis babelio 



Une façon de chanter

La vie poétique, 2

Jean Rouaud

Gallimard, 2012

Un (court) volume consacré aux souvenirs de l'auteur avec la musique. Bien sûr on aura le cousin Joseph, un oncle , un copain d'enfance. Mais aussi les premiers pas à la guitare, toujours le regret de n'avoir pas appris tôt le piano. L'après 68, un air de liberté, les cheveux longs. les groupes anglais, sorte de révolution dans un univers fort bridé. On a même deux liens de vidéos, dont l'une présentant les Rolling Stones en direct sur un plateau télé américain...

Et toujours cette autodérision, cette façon d'avancer tranquille et de retomber sur ses pieds.

Avis babelio

Voici le 3 de la vie poétique, le 4 est lu (sans billet) et le 5 c'est Kiosque donc j'ai en gros fait le tour!


Un peu la guerre

Jean Rouaud

Grasset, 2014

Chaque fois l'on peut craindre les redites, et ma foi l'auteur ne peut changer certains événements de sa vie, avec émotion ou autodérision. Je retiendrai particulièrement la dernière partie, présentant ses relations avec le directeur des Éditions de Minuit - rappelons qu'Un peu la guerre est paru chez Grasset, comment a-t-on réagi là-bas? Même si Jérôme Lindon était déjà disparu. Des chouettes pages sur lui et Beckett, que l'on découvre pendant la seconde guerre mondiale.

Avis babelio 

jeudi 18 février 2021

Incendie nocturne


  Lu en VO, et paru en octobre 2020 sous le titre Incendie nocturne (il me reste à lire Une vérité à deux visages, retenu à la bibli par d'autres lecteurs)(et j'ai craqué, j'ai acheté le poche, na)


Incendie nocturne
The night fire
Michael Connelly

Orion, 2019

Traduit par Robert Pépin

Que doit demander de plus le fan de Connelly? Rien!
Dans cet opus il a Harry Bosch, récemment opéré du genou et en traitement pour une sale maladie, mais au top côté neurones et ténacité. Plus ou moins à la retraite, il récupère chez un collègue récemment décédé un vieux dossier. Cold case, c'est parti! Avec un gang de Los Angeles.


Puis on retrouve Renée Ballard, qui n'est plus enquêtrice au LAPD (avec son supérieur, ce fut une histoire de 'Il dit/elle dit' et c'est le supérieur qui a gagné) mais affectée au travail de nuit. Elle en profite pour quand même mettre les pieds dans les enquêtes, cette fois après un incendie ayant coûté la vie à un SDF.


Et ne manque pas Haller, l'avocat de la défense, demi-frère de Bosch, et donc voici une plongée dans un procès bien minuté, interrogatoires, contre interrogatoires, sur le fil du rasoir. Il s'agit de prouver une non culpabilité, oui, mais si l'accusé est innocent, qui a commis le crime?

Trois enquêtes qui s'entrecroisent, avancent petit à petit, sans temps morts. Bosch et Ballard n'ont guère d'heures de sommeil, on dirait.

 Avis babelio

Et relecture...


Le dernier coyote
The last coyote (1995)
Michael Connelly

poche 2019
traduit par jean Esch


Hop j'ai replongé, histoire de vérifier que les polars de Connelly fonctionnent toujours! Ma mémoire oublieuse permet de relire. Dans sa préface de 2017, l'auteur explique pourquoi Le dernier coyote est son préféré, avec son inspecteur Harry Bosch, toujours loup (coyote?) solitaire et torturé. Très humain. Cette fois suite à une altercation musclée avec son chef, il se retrouve à devoir suivre des séances avec une psy de la police, et il en profite pour enfin vouloir tirer au clair le meurtre de sa propre mère, 35 ans plus tôt. Toujours borderline dans ses méthodes, il sillonne une Los Angeles peu après un tremblement de terre (sa maison est promise à la démolition, d'ailleurs, mais il y réside toujours, illégalement bien sûr) et finira par aboutir à la vérité, après des fausses pistes, des disparitions, des rencontres, bref, ce qui fait le sel de ces romans bien fichus.

Coïncidence : Bosch emprunte le Skyway Bridge, dont parlait Echenoz dans Caprice de la reine, lu quelques jours avant.


Avis babelio

lundi 15 février 2021

Un train pour Tula

 


Un train pour Tula

Estacion Tula

David Toscana

Zulma, 2010

Traduit par François-Michel Durazzo


Inganmic et Goran ayant lancé un mois latino-américain, pourquoi ne pas participer? Mon blog a même une page dédiée. Avec des lectures enthousiasmantes ... ou moins. J'ai donc tenté Bolano, Casares, Manguel (il y a pire ^_^), etc. mais rien à faire, pas le bon moment, pas le bon titre. Je suis donc revenue à Toscana, auteur de El ultimo lector, qui là m'avait beaucoup plu.

Direction donc Tula, au Mexique, à la fin du 19ème siècle. Où Fernanda, fille de Don Alejo et Dona Esperanza se retrouve enceinte, puis mariée, puis mère puis morte. Le fils, Juan, est élevé par une servante (fidèle). Juan, plus tard Domenico, tombe amoureux fou d'une certaine Carmen. Le temps passe, roman d'apprentissage, et tout ça.

De nos jours, Froylan, écrivain en devenir, marié à Patricia, rend visite à Juan (oui, celui-là) qui lui raconte son histoire. Juan enregistre, Froylan écrit, en prenant parfois quelques libertés. Froylan lui aussi se découvre une Carmen qui l'obsède.

Compliqué? En fait dès le départ on apprend que Patricia, après la disparition mystérieuse de Froylan, a retrouvé papiers et cassettes dans les affaires de son mari.

Et le train? Heu, assez tard dans le roman, ça fait partie des événements plutôt amusants survenus à Tula.

Conclusion : Les histoires et points de vues alternent, avec vivacité, c'est au lecteur de finalement se laisser aller. A la fin, j'avais encore des questions sans réponses, c'est plaisant à lire, bien maîtrisé en fait, mais trop d'esprit cartésien n'a rien à faire là.

Avis babelio,






jeudi 11 février 2021

Fracture

 


Fracture

Amity and Prosperity

Eliza Griswold 

Globe, 2020

Traduit par Séverine Weiss


Prix Pulitzer non fiction en 2019 pour ce livre, Eliza Griswold est 'journaliste d'investigation, poète et traductrice du pachtoune'.

Parfois on se demande si posséder un riche sous sol est un avantage. Les Appalaches, en Pennsylvanie, par exemple, ont produit charbon et pétrole, avec les dégâts que l'on sait, déforestation, pollution, mais récemment, voilà le gaz de schiste et son extraction usant de produits dangereux, avec des compagnies cherchant plutôt le profit. Au départ pourtant, ça paraît bien, l'occasion de ne plus dépendre du charbon et du pétrole, et des retombées financières pour ceux acceptant l'installation sur leur terrain. Quand cela se passe dans des coins peu riches, ça tente.

Stacey et ses voisins ont donc signé. Puis au fil du temps l'eau et l'air ont été pollués, son fils est tombé malade.  Voilà le début d'un long combat, des années pour les avocats à chercher des preuves, à demander des documents, à effectuer des analyses. Stacey et ses enfants ont dû déménager. 

Une longue enquête, au final un livre qui se lit aisément, avec de l’écœurement à certaines découvertes, et de l'admiration pour le courage et la ténacité de Stacey, sa famille, ses voisins et avocats.

"La pollution liée à la fracturation hydraulique était non seulement plus difficile à repérer, mais aussi plus difficile à nettoyer. Et si certains des produits chimiques utilisés pour le fracking -l'antigel, les carburants, les vieilles matières radioactives, les produits synthétiques, ainsi que des quantités astronomiques de sel -, une fois associés, formaient un cocktail plus dangereux qu'on ne l'imaginait? Dès l'origine, deux des principaux problèmes de la facturation hydraulique étaient associés à l'eau : où se procurer les millions de litres nécessaires à la fracturation, et que faire des déchets liquides."

J'ai aussi découvert que dans ce coin, aux Etats-Unis, au XXIe siècle, certains ne bénéficient pas d'un réseau d'eau potable.

Avis : tu vas t'abîmer les yeux, encore du noir, babelio ,

lundi 8 février 2021

L'odyssée d'Hakim et...

 Trois bons romans graphiques, à découvrir!


L'odyssée d'Hakim

De la Macédoine à la France

Fabien Toulmé

 Delcourt, 2020

 Enfin! Après quelques mois d'attente, j'ai dévoré le tome 3 de l'odyssée d'Hakim et l'ai décoré des cinq étoiles qu'il mérite. L'auteur, Fabien Toulmé, a rencontré Hakim dans le sud de la France, et l'on sait d'entrée de jeu que Hakim est arrivé à bon port, mais l'ayant abandonné en Grèce à la fin du tome 2, il me fallait bien connaître la suite de son périple, et en Europe!

Pour ceux qui n'ont pas encore dévoré ces romans graphiques, sachez que Hakim, tranquille syrien propriétaire d'une pépinière, a dû fuir la Syrie, a cherché à s'installer en Jordanie et Turquie, en vain, et veut rejoindre la France où a pu se réfugier son épouse et les parents de celle-ci. Mais pas son très jeune fils, Hadi, petit bonhomme ayant lui aussi dû souffrir du froid et de la faim. Et échapper aux même dangers.

La Grèce les envoie vite en Macédoine, puis c'est la Serbie. Certains des habitants aident, d'autres profitent. Mais le gros point noir, à l'époque, c'est la Hongrie, et ses honteux camps de rétention. Avec les sandwichs au salami balancés par dessus les grillages. Les conditions honteuses de détention.

Des moments de détente, quand par exemple Hadi joue avec des petits serbes dans un parc, des retrouvailles avec une autre famille, on se serre les coudes, des policiers plus bienveillants ou qui laissent passer, heureusement qu'il y en a eu!

La fin n'est pas rose bonbon, la vie n'est pas encore reconstruite, il faut un long parcours pour papiers et travail, mais c'est en cours.

Avis babelio


Payer la terre

A la rencontre des premières nations des territoires du nord-est canadien

Joe Sacco

Futuropolis, 2020

Traduit par Sidonie Van der Dries

Un gros et lourd bouquin où vraiment on découvre le passé et le présent (en espérant un meilleur futur?) des populations autochtones Dene de ce coin du Canada. L'auteur a interviewé des personnes de différentes opinions et évoque des périodes terribles, avec les pensionnats obligatoires. Bien des questions écologiques, quand on connaît le sous-sol local. Problèmes d'alcool, drogue et chômage, mais aussi une formidable énergie et le désir de reprendre son destin en mains.

Avis babelio, et le billet de Mark et Marcel qui a déclenché l'emprunt en bibli, 

et je découvre que Joe Sacco est américano-maltais, donc voilà un bouquin de Malte, pour le blog!


L'Algérie c'est beau comme l'Amérique

Olivia Burton et Mahi Grand

Steinkis, 2015

 Les grands parents et la mère de l'auteure vivaient en Algérie, plus précisément s’occupaient d'une ferme et de grandes terres dans les Aurès, à l'est de l'Algérie. Les souvenirs familiaux, tronqués ou changés, ont bercé son enfance, mais un jour elle a eu envie d'aller voir précisément le coin. Un contact : Djaffar, qui lui servira de guide.

J'ai beaucoup aimé ce roman graphique, l'alternance de (beaux) dessins et de quelques photos prises sur place, le texte, l'ambiance. Et, franchement, oui, c'est extrêmement beau, cette région!

Avis babelio lire et merveilles

jeudi 4 février 2021

Aller aux fraises


 Aller aux fraises

Eric Plamondon

Quidam, 2021

 

A mon ressenti ces trois nouvelles sont plutôt autobiographiques. Aller au fraises, entre un jeune de 17 ans, partageant son temps hors études avec sa blonde et sa bande de copains, et son père, chez qui il passe la semaine (les fins de semaine étant passées avec sa mère). Une bande de jeunes sympathique , pas toujours prudente et à jeun, on va dire. Une fin touchante aussi.

Cendres est une histoire relatée par le père, où on joue pas mal au billard (pas tout compris, mais l'auteur s'y connaît). Une belle histoire d'amitié, découvrir ce que sont ces cendres!

Avec Thetford mines, où l'on retrouve le jeune de Aller aux fraises, cette fois étudiant, on aborde aussi un thème plus large et plus sérieux, car ce sont des mines d'amiante, l'or blanc, exploitées sans trop tenir compte des ouvriers et de la ville. "On laisse entendre que c'est dans les mines d'amiante qu'est né le syndicalisme québecois." Grande grève aussi en 1949.

Le jeune, lui, a 18 ans,  l'avenir devant lui, et il rentre aussi chez lui en plein milieu d'une tempête de neige (mais ça n'arrête pas un québécois!) et le voilà qui rencontre un gigantesque buck (orignal) albinos, émotion garantie.

Voilà trois textes simples en apparence, sans événements extraordinaires, mais marquants, racontés, surtout pour le premier, dans la langue québecoise, sans que cela ne soit difficile à comprendre, en tout cas j'ai apprécié la poésie qui s'en dégage.

lundi 1 février 2021

Voyage d'un européen à travers le XXe siècle


 Voyage d'un européen à travers le XXe siècle

Geert Mak

Gallimard, 2007

Traduit par Bertrand Abraham

 

D'accord, ce n'est pas un livre à glisser dans son sac, mais il mérite absolument d'être lu, en prenant le temps nécessaire. Un voyage géographique, conduisant l'auteur à travers (presque) toute l'Europe, sur l'année 1999, où il rencontre des témoins ou visite des lieux emblématiques. Un voyage historique, de 1900 à 1999, partant des grandes capitales européennes, poursuivant par les guerres mondiales, causes, déroulement, conséquences, les changements à l'est, terminant par l'éclatement de la Yougoslavie (et là j'ai tenté de comprendre ce qui m'avait échappé à l'époque) et une vision de l'aventure européenne future.

L'auteur est journaliste et écrivain, et cette somme incontournable se lit comme un roman ou presque. Le petit plus, c'est que Geert Mak est néerlandais et a un regard qui nous change du franco-français (en particulier sur De Gaulle).

Quelques passages (histoire de prouver qu'il ne s'agit pas d'un sec cours d'histoire-géo)

"C'est l'âge des constructions qui indique au voyageur d'aujourd'hui qu'il se trouve à proximité de la zone où se déployait en 1914-1918 le front de Flandre-Occidentale: il n'y a soudain, au bord de la route, pratiquement plus de maisons et de fermes antérieures à 1920."

"La lettre par laquelle le gouvernement britannique informait ses proches de la mort d'un soldat contenait cette phrase type : 'il est mort d'une balle en plein cœur.' En fait, il n'était accordé qu'à quelques-uns de mourir ainsi."

Stalingrad, deux fronts. " lorsque survenait un moment de répit, de la musique de tango retentissait sur l'étendue de neige crépusculaire - les russes avaient en effet découvert qu’elle déprimait complètement les Allemands. Un autre effet sonore très prisé consistait à faire suivre le tic-tac monotone d'une horloge de l'annonce précisant que toutes les sept secondes un Allemand mourait sur le front oriental."

"Huit millions. Entre 1941 et 1945 un quart de la population ukrainienne a été assassinée.: huit millions de garçons et de filles, d'hommes et de femmes. Que faire face à un tel nombre?"

A Odessa, pour se rendre en Europe. "Quand je dis que c'est presque aussi difficile qu'au temps du rideau de fer , je ne plaisante pas. La seule chose qui ait changé c'est que c'est l'Ouest et pas l'Est qui dresse maintenant les barrières."

"A Berlin - à en croire les procès-verbaux publiés par la suite-, le QG allemand ne pouvait se faire une idée de la situation qu'en faisant procéder à des appels téléphoniques de numéros pris arbitrairement dans l'annuaire. 'Mes excuses, madame, les Russes sont-ils déjà chez vous?' C'est à partir de ces données que tous les soirs, on déplaçait les derniers petits fanions sur la carte." 

"Lorsque en 1987, l'on demanda à Guennadi Guerassimov, porte-parole du ministère soviétique des Affaires étrangères, ce qui faisait au juste la différence entre le Printemps de Prague et la perestroïka de Mikhail Gorbatchev, son patron, il  se contenta de répondre : 'Dix-neuf ans.'"

1989. "A Moscou, un porte-parole du gouvernement déclara à des journalistes que la doctrine de la 'souveraineté limitée' de Brejnev, par laquelle l'Union soviétique justifiait son interventionnisme militaire, avait été remplacée par la 'doctrine Sinatra' ; 'My Way'."

 L'avis de Luocine (cinq coquillages, m'étonne pas!)(et plein d'autres passages) et merci à Patrice qui m'a signalé ce livre en commentaire d'un autre billet.

Avis babelio, miriam, dominique,

jeudi 28 janvier 2021

209 rue Saint-Maur Paris Xe


 209 rue Saint-Maur Paris Xe

autobiographie d'un immeuble

Ruth Zylberman

Seuil éditions arte, 2020

 

Pourquoi cette rue, pourquoi cet immeuble?  C'est ainsi, sans doute d'autres immeubles auraient donné une matière humaine aussi riche et passionnante. Mais il fallait choisir, il fallait aussi savoir cesser l'enquête, et on n'aura pas toutes les réponses aux questions posées par l'auteur. Mais déjà, d'incroyables coïncidences sont survenues au cours de ses recherches, l'ayant finalement menée en Australie, en Israël, aux États-Unis. Et en France.

Il lui a fallu fouiner dans toutes sortes d'archives, se pencher sur les plans de l'immeuble, datant de 1850 environ, les listes des recensements divers, des photos de barricades datant de la commune, de douloureux documents datant de l'occupation, scruter des photos, des lettres. En s'intéressant particulièrement au destin de 9 enfants embarqués en 1942 car juifs. A leur famille, aux survivants. Aux voisins. En découvrant l'aspect actuel de l'immeuble, ses appartements confortables de taille correcte, à la place d'habitations d'une ou deux pièces où s'entassaient les familles (toilettes sur le palier). Un immeuble ayant accueilli au fil du temps beaucoup d'immigrés du fin fond de provinces, de l'est de l'Europe, de l'Afrique du nord. Ayant connu des faits divers, assassinats, suicides. 

C'est absolument passionnant, c'est un coup de cœur obligé! L'auteur s'implique beaucoup, son histoire familiale est là, et elle sait élever son récit à l'universel, j'avoue qu'existent des passages absolument bouleversants.

Des avis : babelio,  et ??? rien trouvé!

 Je vous invite à regarder  sur arte (video facile à trouver sur le site) le documentaire Les enfants du 209 rue Saint-Maur,

Je pense pouvoir insérer cette lecture dans Lectures communes autour de l'Holocauste, lancé par Patrice et Passage à l'est. 



lundi 25 janvier 2021

Des cornflakes dans le porridge



 Des cornflakes dans le porridge

Un américain chez les anglais

Notes from a small island , 1995

Bill Bryson 

Petite bibliothèque Payot, 2017

Traduit par Hélène Hinfray


Ayant découvert la Grande Bretagne en 1973 (premier chapitre plein d'humour), l'auteur y a travaillé, s'y est marié avec une anglaise, et en 1994 se préparait à partir faire voir son pays natal à ses enfants! Mais auparavant, il lui fallait -seul- retrouver la Grande Bretagne, des coins vus il y avait des années, ou pas du tout. Voyages en bus et en train, ou, rarement, en voiture de location.

Que dire? D'abord que le sens de l'autodérision de Bryson est en pleine forme, et l'on en apprend cependant beaucoup, développant une furieuse envie d'aller visiter le pays nous aussi! Bryson partage son exécration des architectures hideuses détruisant l'harmonie de beaux coins, mais est le premier à déclarer le pays époustouflant, ainsi que son bonheur d'y vivre.

"Je pris le train pour Liverpool, où j'arrivai en plein Festival du détritus. Les habitants avaient pris le temps, malgré leurs nombreuses activités, de parsemer le décor, par ailleurs terne et mal entretenu, de sachets de chips, de paquets de cigarettes vides et de sacs en plastique. Ils voletaient gaiement dans les buissons, apportant couleur et relief aux trottoirs et aux caniveaux. Et dire qu'ailleurs on met tout cela dans des sacs-poubelle!"

Un train au pays de Galles : 

"Les villes qui ponctuaient le trajet avaient toutes des noms évoquant le bruit que fait un chat expulsant une boule de poils : Llywyngwril, Morfa Mawddach, Llandecwyn, Dyffryn Ardudwy."

"Je ne souhaitais pas spécialement mourir là, d'autant qu'il me restait 4 700 points de fidélité à utiliser sur ma carte bancaire.

Avis : babelio, chinouk,

jeudi 21 janvier 2021

Père

 Père

Father; 1931

Elisabeth von Arnim

Archipoche, 2014

Traduit par Marguerite Glotz

Préface de Catherine Rihoit


 

Pourquoi cette lecture? Parce que l'auteur! 

A la mort de sa mère, vraisemblablement épouse dévouée et pas heureuse, Jennifer a promis  de s'occuper de son père, genre tyran égocentrique, écrivain en perte de vitesse. Elle occupe le rôle de fille dévouée, gouvernante, secrétaire. A 33 ans, cela fait de longues années qu’elle s'étiole dans cette vie et ce décor tristes et étouffants.

Jusqu'au jour où son père se remarie sans crier gare avec une jeunette, plus jeune que Jennifer! Elle ne fait ni une ni deux, leur souhaite bon voyage de noces, et part louer un cottage dans le Sussex, ce qu’elle peut se permettre grâce à un petit héritage de sa mère.

Là elle fera connaissance de deux ecclésiastiques bien différents, dont l'un sous la coupe de sa sœur plus âgée, et découvrira que son cœur peut battre...

Le lecteur ayant toujours un petit temps d'avance sur les personnages, on se doute bien comment le mariage de Père évoluera, comment certaines personnes sont faites l'une pour l'autre, mais il y aura quelques surprises. Le rythme peut paraître lent, surtout car les pensées des personnages sont détaillées, et les fausses idées des uns sur les autres sont souvent bien amusantes. Une ironie pas méchante court au travers des pages.

Bien sûr Jennifer est féministe sans trop le savoir et on ne peut que souhaiter plein succès à ses tentatives de libération!

"Elle bêchait.'Quand une femme, décida-t-elle sévèrement, commence à éprouver des sentiments qui ne peuvent, si on ne les réprime pas, que la conduire à l'esclavage, le mieux qu’elle puisse faire est de s'imposer un exercice dur et prolongé.' Aussi bêchait-elle, et elle découvrit qu'il y a bien de la vertu dans une bêche."

Au final, une lecture bourrée de charme, que je recommande vivement!

Avis sur babelio

lundi 18 janvier 2021

Pas de fusils dans la nature


 Pas de fusils dans la nature

Mes réponses aux chasseurs

Pierre Rigaux

Préface de Nicolas Hulot

humenSciences, 2019


Voici un livre qui annonce bien la couleur dès le titre! Emprunté dans une médiathèque sise au cœur de la Sologne (ses propriétés situées à une distance idéale de Paris, souvent engrillagées, ses jolis villages reliés par des routes où la prudence demande de tenir compte des panneaux indiquant le passage potentiel de gibiers, ses sangliers considérant qu'ils sont prioritaires dans la traversée, et visibles en tout cas quand ils 'refont' le bord des routes ou les pelouses ... Et comme ils adorent le maïs, culture destinée principalement non aux humains mais aux animaux, autant dire qu'ils ont des ennemis.)

Autour de chez moi on peut assez aisément apercevoir des chevreuils broutant tranquillement (sauf un, vigilant), traversant le canal, ou se réfugiant sur la rive, affolé, en période de chasse. Et dans la mémoire, un cousin tué accidentellement par le fusil de son grand père à la chasse. Et une jolie promenade bucolique troublée par des tirs et un volatile abattu tombant dans les fourrés juste à côté. 

Bref, avec les chasseurs, on se croise, on se salue, sans plus.

Au fil de cette lecture (nécessaire) j'ai dû souvent ouvrir grand les yeux et ressenti de plus en plus de l’écœurement. Animaux élevés dans des conditions déplorables pour être relâchés et tirés, ou attirer leurs congénères, plombs dans la nature, animaux protégés mais chassés, les soi-disant nuisibles, la souffrance des animaux touchés et agonisant, chiffres flous, la fameuse 'régulation', le lobby des chasseurs, n'en jetez plus!

Alors je suis allée fouiner  :

Sur le site de l'ONCFS (office national de la chasse et de la faune sauvage)(depuis le 1er janvier regroupé avec l'agence française pour la biodiversité au sein de l'OFB, office français de la biodiversité)(donc si j'ai bien compris, l'OFB s'occupe de la chasse)

"Puis-je faire usage d’appeaux et d’appelants pour la chasse à l’alouette des champs ?

L’emploi des appeaux et des appelants artificiels est autorisé dans certaines conditions, sur le territoire métropolitain, pour la chasse des oiseaux de passage et du gibier d’eau.
Toutefois, pour la chasse à tir de l’alouette des champs, « seul » (AM du 4 novembre 2003 modifié) est autorisé l’emploi du « miroir à alouette » dépourvu de facettes réfléchissantes. Les autres moyens sont donc interdits. Enfin, l’emploi d’appelants vivants non aveuglés et non mutilés*, de l’espèce alouette des champs uniquement est autorisé sur le territoire des départements de la Gironde, des Landes, du Lot-et-Garonne et des Pyrénées-Atlantiques."

*c'est moi qui souligne : ça voudrait dire qu'à une époque (révolue bien sûr) certains appelants étaient aveuglés mutilés, ou c'est moi qui fait du mauvais esprit?

 Un article sur le loup! Franchement une vraie mine.

Ceci étant, je comprends parfaitement les réactions des éleveurs et des agriculteurs face à l'animal sauvage. Des solutions où chacun, humain et animal, s'en tirera?

jeudi 14 janvier 2021

La verrerie

 


La verrerie

Mènis Koumandarèas

Quidam, 2021

Traduit par Marcel Durand


De l'auteur (1931-2014) j'ai déjà lu Play, qui m'avait beaucoup plu. Ici on n'est pas dans l'autobiographie plus ou moins avérée, mais dans un roman, datant de 1975.

Cette verrerie, c'est plutôt un magasin que Beba a hérité de son père, et qu'elle gère avec son mari Vlassis, secondée par deux employés, Vassos et Spyros (tout un poème, ces deux là!). Beba, la quarantaine, a beaucoup de charme, ça se remarque, et aussi beaucoup de ténacité et d'intelligence. Cette verrerie un poil en déclin (voire beaucoup en déclin)  est tenue à bout de bras par elle, quelle femme incroyable! Avec en arrière plan Athènes et la Grèce des décennies d'après guerre, jusqu'aux colonels, si j'ai bien compris. Nostalgie, mélancolie...

Avis : babelio, miriam 

lundi 11 janvier 2021

L'île au rébus



Lîle au rebus

Freeze frame

Peter May

Rouergue, 2018 

Traduit par Ariane Bataille


Voici un auteur très présent sur les blogs et que je n'avais jamais lu. Mais là, ça se passe dans l'île de Groix (message subliminal pour une blogueuse qui se reconnaîtra); à quoi tient un choix de lecture!

Il semblerait qu'on retrouve là Enzo Macleod, mais l'auteur en quelques détails permet de s'y retrouver sans peine. Vingt ans plus tôt Adam Killian a été assassiné, dans sa maison de l'île de Groix; se sachant menacé, il a  demandé à ce qu'on ne touche rien dans son bureau, où il a laissé des indices pour son fils. Lequel décède peu après (sans rapport, mais il ne peut éclaircir l'affaire). 

Enzo Macleod arrive donc sur place, accueilli par la belle-fille de Killian. Il semble qu'il a pour objectif des s'intéresser à des énigmes non résolues apparaissant dans un livre écrit par son gendre. Peu importe.

Dans une île bretonne bien isolée, où tout se sait mais parfois se cache! se déroule une enquête assez classique, sans hémoglobine, sans serial killer (quoique?), qui se lit quasi d'une traite. Ce n'est pas le roman de l'année, on peut chipoter sur certains détails (le chat est-il nécessaire?), le héros n'est pas forcément sympathique dans ses rapports avec les femmes, mais ça tient la route. 

Je signale que le roman démarre sur des événements encore plus anciens, mettant en scène un homme traqué (réfugié à Groix? ce serait logique, non?) pour des raisons faciles à deviner. Le lecteur en sait plus que l'enquêteur, mais il est baladé quand même.

Des avis : babelio, il semblerait que la trilogie écossaise est meilleure,

jeudi 7 janvier 2021

La mue du serpent


 La mue du serpent

Grigol Robakidzé

Préface de Stefan Zweig

Traduit (du géorgien) par Maïa Varsimashvili-Raphael et Isabelle Ribadeau-Dumas

Ginkgo éditeur, 2020


Grigol Robakidzé est né en 1882 en Géorgie et mort en exil à Genève en 1962. Le moins que l'on puisse dire est que le roman La mue du serpent appartient à un genre qui ne m'est pas habituel et que j'ai du mal à cerner. Roman d'aventures? D'amour? D'apprentissage? Poésie? Découverte des coutumes géorgiennes? Croyances teintées d'ésotérisme? Des notes touffues existent, que je n'ai pas toutes lues, préférant me laisser porter par le texte, finalement aisé à suivre.

En 1917, la guerre se déroule aussi en Mésopotamie, la révolution russe point. Archibald Mekeche, anglais, vivant une histoire d'amour avec Olga (infirmière russe) va découvrir et accepter ses racines géorgiennes. Bazars, caravanes et chameaux, attaque de bandits, peuples se côtoyant, vie simple d'un village, bref c'est l'orient. Un peu de lyrisme (mais pas trop) , des dialogues vifs, de jolies descriptions (mais pas trop), de la délicatesse aussi.

Catégorie à découvrir bien évidemment. 

Merci à l'éditeur (mon premier roman géorgien! ^_^)

lundi 4 janvier 2021

Une saison à Hydra

Une saison à Hydra
The sea change, 1959
Elisabeth Jane Howard

Quai Voltaire, 2019
Traduit par Cécile Arnaud
Introduction de Sybille Bedford

 Oui, Jane Elisabeth Howard est l'auteur de la saga des Cazalet, et cette saison à Hydra me donnerait plutôt envie d'aller voir ça de plus près. En attendant, ce roman est un tout, et permet d'apprécier le talent de l'auteur.


Emmanuel Joyce est un auteur dramatique suffisamment connu pour avoir son avis sur l'adaptation de ses pièces. Marié depuis une vingtaine d'années à Lilian, il a le chic pour être attiré par les jeunes comédiennes ou secrétaires qui défilent. Lilian, minée par différents drames et une santé fragile, mène une vie futile et égocentrique. Avec Jimmy, jeune homme assistant d'Emmanuel et homme à tout faire, ils voyagent d'un endroit à l'autre, souvent à l'hôtel, à Londres et New York pour la première moitié du roman.
Emmanuel n'étant pas satisfait d'une comédienne, il faut en trouver une, la recherche à New York est vaine, et l'idée arrive de prendre Alberta, jeune fille engagée comme secrétaire, simple, sans fards, lumineuse, mais ne connaissant rien au théâtre bien sûr. Le groupe se déplace donc à Hydra, sublime île grecque magnifiée par Elisabeth Jane Howard, où Emmanuel doit tenter d'écrire sa nouvelle pièce et Alberta s'entraîner.


L'on passe d'un personnage à l'autre, Alberta son journal et ses lettres, Lilian, Jimmy, leurs pensées aussi, et Emmanuel vu par l'auteur, avec des recoupements possibles. Fort jolie construction de la narration, où s'insèrent des informations sur le passé des personnages. Et puis ces paragraphes de descriptions de personnages même secondaires et d'une île enchantée... Tout cela m'a énormément plu. Après, j'avoue que j'ai parfois eu du mal à ressentir une chaude empathie pour les personnages principaux ( après tout ce n'est pas toujours un critère de qualité), en dépit d'enfances malheureuses, deuils et autres. Mais c'est tellement bien raconté! Et puis, à Lilian déclarant "Je trouve qu'il devrait y avoir au moins un chat dans toutes les maisons.", j'ai tendance à beaucoup pardonner. Car il y a un chaton (oups), un gamin, des personnages secondaires bien croqués et attachants.


Quelques passages, mais j'aurais pu en citer plein!
 "Le lendemain matin, fit remarquer Lilian alors qu'ils marchaient vers le port, ressemblait exactement à un Dufy. Il y avait une forte brise, la mer était d'un bleu pétrole et agitée d'un clapotis régulier, et les caïques colorés - roses, verts ou violets- cabriolaient sur leur ancre. De nombreux petits nuages blancs traversaient le ciel à vive allure, les auvents de toile des magasins et des cafés battaient avec un enthousiasme arythmique, et la dizaine de chats du port se comportaient tous comme des gangsters ou des agents secrets de théâtre. Seuls les ânes et les mules se tenaient tête basse, l'air calmes et désabusés, comme si, dit encore Lilian, ils tentaient de retenir leur souffle pour faire passer une crise de hoquet."
 " Elle entra, vêtue comme l'étaient les femmes actives d'il y a vingt ans : le tailleur bleu marine classique, censé être indémodable mais qui pourtant vieillissait aussi sûrement qu'un visage, un chemisier blanc à col lavallière, des boucles d’oreille en perles, aussi éloignées de leur fonction que des fruits en conserve. Des cheveux disciplinés avec la même gaieté sévère qu'un jardin municipal, et un visage dont toute l'énergie avait jusqu'ici servi à résister à l'inattendu."
"J'ai fini Middlemarch. Maintenant je m'attaque à Villette : c'est agréable d'avoir avec moi des livres de chez nous, et je me souviendrai toujours de les avoir lus ici."


 Les avis de Nicole, Kathel,