jeudi 13 mai 2021

Autant en emporte le vent


 Autant en emporte le vent

Gone with the wind

Margaret Mitchell

Gallmeister, 2020

Traduit par Josette Chicheportiche

Allez, on part en Géorgie avant et après la guerre de Sécession? Bien sûr que vous avez sans doute lu cette mythique histoire, les amours de Scarlett O'Hara la belle du sud (Taratata!) aux yeux verts, avec Rhett Butler (argh), Ashley et Melanie comme personnages inoubliables. Bien sûr que votre cœur a palpité en visionnant le film! Sachez si vous l'ignorez qu'Olivia de Haviland, qui jouait Melanie est décédée en juillet 2020 à l'âge de 104 ans.

Gallmeister propose ces 1400 pages (reviens, G.) en deux volumes totem précédés d'une biographie de l'auteur (née à Atlanta en 1900, et ça se sent que la ville est chère à son coeur) et de quelques événements en relation avec le thème des droits des afro-américains. La traduction est toute nouvelle.

Alors, fallait-il ressortir ce roman? Sachant que le film est "régulièrement accusé de faire la promotion de l'époque où le Sud des États-Unis était esclavagiste en présentant une version romantique et très édulcorée de cette période. Alors que les États-Unis sont en plein cœur de débats sur le racisme suite à la mort de George Floyd, tué lors d'un contrôle de police, la plate-forme de streaming HBO Max a décidé de retirer l'œuvre de son catalogue."

J'ai donc décidé de me lancer en scrutant certains détails, et c'est vrai, Margaret Mitchell y va fort quand même dans la promotion du sud et le 'c'était quand même pas mal avant d'affranchir les esclaves' ou 'notre pauvre sud a été mis à terre mais on se relève en gardant nos valeurs'. Opinions d'ailleurs dans la tête ou la bouche de Scarlett et de certains personnages. Souvent choquantes.

J'ai aussi redécouvert des faits sur le Ku Klux Klan (quoi!)

Et la traduction? Fluide, ça se lit tout seul. J'ai englouti ce gros roman quasiment d'une traite. En ayant oublié les images du film et donc en me créant les miennes au fur et à mesure. En attendant avec impatience certaines scènes, en redécouvrant d'autres passages totalement oubliés. J'ai découvert que Mamma n'est plus Mamma, mais Mammy, comme dans la version originale. J'avoue d'ailleurs avoir lu cette version originale.

Juste un exemple de la traduction du parler de Mammy, controversée auparavant car le traducteur avait enlevé les 'r'. 

"Young misses whut frowns an pushes out dey chins an' says 'Ah will' and 'Ah woan' mos gener'ly doan ketch husbands" prophesied Mammy gloomily. "Young misses should cas' down dey eyes an' say, 'Well, suh, Ah mout' an' 'jes'  as you say, suh'"

Ce qui donne maintenant

Les p'tites mam'zelles qui froncent les sourcils et qu'avancent le menton et pis qui disent 'J'veux' et 'J'veux pas', en général, elles attrapent pas de maris, prophétisait Mummy d'un air sombre. Les p'tites mam'zelles, les doivent baisser les yeux et dire 'Bien, m'sieur, je l'ferai' et 'Juste comme vous dites, m'sieur".






lundi 10 mai 2021

Par une mer basse et tranquille


 Par une mer basse et tranquille

Donal Ryan

Albin Michel, 2021

Traduit par Marie Hermet


Voici pour moi l'occasion de découvrir un nouvel auteur pourtant bien connu sur les blogs, qui emporte son lecteur bien loin des terres irlandaises, du moins au début.

Médecin syrien, Farouk fuit son pays avec sa famille, pour une traversée de tous les dangers vers l'Europe.

En Irlande (oui quand même) vit Lampy un jeune homme gentil  qui n'a pas osé réaliser ses rêves de départ, a vu sa petite amie le quitter, vit avec son grand père aux blagues parfois lourdes et sa mère qui le couve. Son job dans une maison de retraite ne le passionne pas. Sympathique et débrouillard quand même.

Puis le mystérieux John se confesse, un vieil homme marqué par la mort de son frère, et dévoilant toutes les mauvaises actions de sa vie.

Trois parties qui pourraient être des nouvelles indépendantes, racontées dans une belle écriture prenante et maîtrisée. On ne peut que se laisser entraîner et découvrir l'intérieur des personnages, leurs pensées, leurs rêves, leurs espoirs.

Dans une dernière partie, les trois héros sont reliés, mais finalement pour moi ce n'était pas tellement nécessaire, c'est beau et bouleversant bien sûr mais les histoires étaient assez complètes avant.

Avis : babelio,


 

 

jeudi 6 mai 2021

Maintenant que j'ai 50 ans


 Maintenant que j'ai 50 ans

Bulbul Sharma

Philippe Picquier, 2011

Traduction de Mélanie Besnel 


Le titre et de bons avis, voilà le prétexte pour partir en Inde. Avec des femmes de 50 ans, on l'aura deviné, pour la plupart mariées, le célibat étant considéré comme une catastrophe par la famille. Ces femmes appartiennent à un milieu aisé, maison confortable et assez grande pour accueillir généralement une belle-mère plus ou moins terrible et despote. Le rôle de la femme est de rendre la vie facile à son mari, être aux petits soins pour lui, quitte à le manipuler un peu ou être son esclave. Pas beaucoup de liberté, le chauffeur est là pour les déplacements.

Alors un jour, à cinquante ans, c'est le moment de la réflexion, voire du changement. 

Fort réussies et variées, ces nouvelles d'une vingtaine de pages environ ont l'art de plonger le lecteur directement dans une histoire, de le conduire aisément dans la vie d'une de ces femmes, puis de le laisser (à regret, je l'avoue) sur les mêmes rails ou vers une libération (quoique pas question de jeter les saris par dessus les moulins). Pour terminer, j'ajouterai qu'un humour de bon aloi traverse les pages.

Avis babelio, lectures sans frontières, le libriosaure, jérôme,

Et je participe ainsi à Mai en nouvelles 

   chez la nuit je mens et hop sous la couette

    

lundi 3 mai 2021

Les fureurs invisibles du coeur



 Les fureurs invisibles du coeur

John Boyne

JC Lattès, 2018

Traduit par Sophie Aslanides


Impossible de me souvenir où j'ai pris l'envie de cette lecture, en tout cas, tout s'est bien passé, et j'ai dévoré ce roman!

En résumé, pas facile d'être une femme, pas facile d'être un homosexuel dans l'Irlande des années 40 et bien après. Mais John Boyne n'écrit pas une thèse, et ses deux héros principaux, Catherine Goggin et Cyril Avery nous entraîneront sur 70 ans, de 7 ans en 7 ans. 

Catherine est la mère de Cyril, mais enceinte sans mari dans un petit village d’Irlande, ça fait désordre, le curé la jette hors de l'église, sa famille de la maison. C'est une fille énergique, elle s'installe à Dublin, décide de laisser son bébé à l'adoption. Cyril se retrouve dans une famille assez étonnante, mais pas trop aimante. Il découvre rapidement qu'il préfère les garçons, est amoureux de son ami Julian, et au fil des années doit cacher ses penchants et ses relations.

Bien des événements dramatiques attendent le lecteur, qui n'a pas le temps de s'ennuyer. Les dialogues offrent souvent un humour décalé. Mention spéciale à Mary-Margaret. Beaucoup de personnages qui se croisent - des coïncidences, c'est très vivant. Bref, un brave gros roman qui a su me satisfaire.

Plein d'avis babelio, bibliosurf, kathel, Autist Reading, A girl (merci de me l'avoir signalé!)

jeudi 29 avril 2021

Humanité


 Humanité

Une histoire optimiste

De meeste mensen deugen (la plupart des gens sont des gens bien)

Rutger Bregman

Seuil, 2020 

Traduit par Caroline Sordia et Pieter Boeykens


Quoi? On ne nous dit pas tout! J'avoue en être restée sur la catastrophe de l’île de Pâques (Jared Diamond dans Effondrement), diverses expériences dont celle de Milgram et sa machine à électrochocs, l'histoire tragique de Catherine Susan Genovese (assassinée sans que personne ne réagisse), sans parler des camps de concentration et du roman Sa majesté des mouches.

D'après l'auteur, les gens (enfin, la plupart) seraient bons? C'est sûr que si on se fie aux médias, ça paraît un poil osé de l'affirmer. Mais les médias aiment les catastrophes, c'est plus vendeur que les belles histoires. 

En 400 pages passionnantes (et plutôt aisées à lire, j'allais dire 'comme un roman'), Rieter Bregman va démonter et démontrer, et j'avoue que ça bouscule pas mal. Il va fouiner dans les documents, opposer Hobbes et Rousseau, écorner la 'civilisation', trouver une histoire vraie de gamins sur une île - qui se termine très bien!- , regarder ce qui se passe chez les actuels chasseurs-cueilleurs, dégoter une histoire de renards argentés rendus tout gentils, pour finir par des exemples où des 'naïfs' avaient raison. On touche à pas mal de notions, historiques, anthropologiques, mais parfaitement digestes.

Qu'on ne se méprenne pas, des méchants, il y en a, il y en a eu, et il y en aura, mais en sortant de cette lecture on est bien bousculé, on se dit 'et pourquoi pas?'. Exemples en Afrique du sud, en Colombie, vraiment détonants.

Suite à cette lecture, j'ai bien envie de lire Hannah Arendt ...

Avis babelio,

lundi 26 avril 2021

Les quatre filles du docteur March


 Les quatre filles du docteur March

Little Women, 1868, 1869

Louisa May Alcott

Gallmeister, 2020

Traduit par Janique Jouin-de-Laurens

 

Même en partant du principe que  presque tout le monde a déjà lu ce roman, y compris en version plus courte, je vais essayer de ne pas trop révéler de l'intrigue. Il y a quelques années je l'avais lu en VO, et là, Gallmeister et tout ça, une bibliothécaire m'en avait parlé, bref j'ai craqué.

Durant la guerre de Sécession, le père de la famille March est aumônier, laissant au foyer son épouse et ses quatre filles adolescentes. La famille a connu des revers de fortune et doit surveiller ses dépenses. Comme voisins, un vieux monsieur et son petit-fils Laurence. On suit ce petit monde durant quelques années, avec deuils, mariages, naissances, voyages...

Mes impressions : 

Pourquoi 'docteur' March? Il semble d'après wikipedia que ce soit un choix de traduction dans les années 1880, histoire de gommer  "le caractère chrétien du personnage". Mais il suffit de bien lire l'édition non coupée pour réaliser que le tout baigne bien dans une atmosphère très WASP, avec parfois références au Voyage du pèlerin. 

Évidemment on reste dans une atmosphère bien pensante,  les filles sont élevées pour devenir de parfaites épouses, mais cependant elles peuvent donner libre cours à leurs envies, les arts pour Amy, l'écriture pour Jo, par exemple. La mère conseille mais laisse ses enfants expérimenter -quitte à tirer ensuite une petite morale.

Il y a des longueurs, parfois du sucré, mais honnêtement il faut se rappeler que c'est écrit dans les années 1860. Et même plutôt bien écrit et observé. Le personnage de Jo, assez chien fou au départ, est original. Personne n'est parfait, ouf, mais chacun évolue au cours du roman.

On peut penser retrouver l'auteur dans le personnage de Jo?

L'édition donne quelques repères de la vie d'Alcott, j'y au appris que se parents avaient fondé une école expérimentale, puis une communauté utopiste (ça n'a pas duré). La famille a habité Concord, Louisa a été scolarisée chez Emerson, puis instruite à la maison.

On retrouve pas mal de détails autobiographiques dans le roman.

Un roman intéressant, un peu daté quand même (désuet dit ma bibliothécaire), mais qui demeure à découvrir. Existent des adaptations cinématographiques, mais peuvent-elles rendre justice au roman?

Avis : babelio

jeudi 22 avril 2021

La carte des Mendelssohn


 La carte des Mendelssohn

Diane Meur

Sabine Wespieser, 2015

 

 Au départ, Diane Meur voulait juste s'intéresser à Abraham Mendelsson, fils de Moses, philosophe du 18ème siècle, et père de Felix, le compositeur romantique. Une position pas facile, en effet. Sauf que, de fil en aiguille, l'auteur s'est trouvée plongée dans une recherche sans fin (elle a dû y mettre fin, sinon elle y serait encore). Jusqu'à établir une carte des descendants de Moses et Fromet son épouse (belles lettres d'amour, tiens) qui trônait sur sa table de salle à manger, avec des réactions diverses venant de ses enfants, amis et même éditrice (oui, Sabine Wespieser apparaît pas mal dans ce livre).

Un début de billet un poil foutraque, mais le livre aussi, car on aura de la biographie sérieuse, quoique tourbillonnante, et des portions de vraie vie, particulièrement à Berlin et à Paris. Je confirme que des recherches généalogiques peuvent conduire à des moments où on perd un peu la tête!

Du sérieux, oui, mais aussi pas mal d'humour, et j'ai particulièrement apprécié "ce roman en spirale qui raconte sa propre histoire." ou "le roman vécu de ma recherche sur les Mendelssohn, dont je serais le seul personnage répondant à mes critères de personnage de fiction, puisque je ne connais pas d'avance ma propre vie (façon de vous dire que j'ignore absolument où, quand et comment finira ce livre)."

Le lecteur découvrira des personnages peu connus mais qui le méritent, le prénom Enole qui a donné du fil à retordre à l'auteur, et Felix Medelssohn, (quel talent! et puis il a contribué à sortir Bach de l'oubli) sans oublier sa soeur Fanny, très douée mais... une femme (et à l'époque, pas question d'être en avant)!

 Avis babelio,myriam (merci!)  , dasola,

vient du site de l'éditrice https://www.swediteur.com/wp-content/uploads/2020/04/LacartedesMendelssohn.png

Cinquième lecture proposée pour le mois belge chez Anne et Mina

lundi 19 avril 2021

La Fragilité des funambules


 La Fragilité des funambules

Verena Hanf

éditions deville, 2021

 

 Attirée par de fausses promesses, Adriana a quitté la Roumanie pour la Belgique, laissant son fils Cosmin aux soins aimants de ses parents. Elle a pu se libérer, laissant grandir en elle une haine pour celle qui l'a trompée, et occupe les fonctions de nounou dans une famille aisée d'origine allemande : Nina la mère part souvent en vrille, et boit trop, le père, Stefan, reste à distance. Entre eux Mathilde, 6 ans, capricieuse et chouineuse.

Adriana commence à se laisser apprivoiser par Gaston, qui partage uniquement quelques week ends avec elle.

Cette stabilité relative sera ébranlée par l'indisponibilité temporaire de la mère d'Adriana, qui, contre son gré, devra accueillir chez elle son fils qu’elle connaît bien peu.

Le récit se focalise sur chaque personnage à tour de rôle, permettant de mieux le connaître et le comprendre, même ceux a priori peu sympathiques ou plein de préjugés. Ceux détestables à première vue se révèlent malheureux. On n'aura pas tous les détails, tous les développements, mais assez pour suivre l'essentiel. Cette sobriété m'a plu.

J'ai dévoré ce roman, c'est bon signe! quittant à regret les personnages devenus vite familiers, leur espérant le meilleur. Comme dans Simon, Anna, la lune et les soleils, j'ai apprécié la finesse de ce joli roman.

Les avis de Textes et prétextes, et un long passage

Dans le mois belge? Le roman se déroule à Bruxelles, où vit l'auteure, et la maison d'éditions est belge.

Quatrième lecture proposée pour le mois belge chez Anne et Mina

jeudi 15 avril 2021

Jusqu'au dernier jour de mes jours


 Jusqu'au dernier jour de mes jours

Jacqueline Harpman

espace nord, 2005

Un mois belge sans Jacqueline Harpman, est-ce vraiment un mois belge? Donc quand j'ai aperçu l'objet en librairie d'occasion (mais ne proposant que de l'excellent état), j'ai sauté dessus.

Les quelques nouvelles réunies dans ce volume portent bien la patte de l'auteur: écriture fluide qui se tient bien, un certain humour, beaucoup d'imagination.

La nouvelle éponyme est la narration au soir de sa vie d'un épisode inoubliable de la guerre par celle appelée à l'époque Dominique TNT, tout un programme de résistance. Terrible et haletant, poétique et triste.

Plus étrange, les Donatiens réunit trois histoires : une femme qui découvre qu’elle a un fils (si, c'est possible!). Toujours avec la PMA qui décidément n'évite ici aucune situation bizarroïde, un homme se retrouve neveu de son père et fils de sa tante, puis éduqué hors du monde réel, avec les conséquences narrées ici aussi. Pour le dernier, je ne dis rien, mais sa mère l'a porté quand elle était dans le coma.

J'ai franchement aimé aussi Angélique, une version féministe et drôle de la légende de Georges et le dragon.

Du plus bref, dont une histoire de femmes dotées de pouvoirs transmissibles de mère en fille...

Avis babelio,


Troisième lecture proposée pour le mois belge chez Anne et Mina. Catégories Cactus inébranlable, La lettre volée,

lundi 12 avril 2021

Congo

 Oui, encore lui! Cette fois avec du lourd, de l'épais (600 pages). De l'indispensable.


Congo

Une histoire

David van Reybrouk

Actes sud, 2012

Traduit par Isabelle Rosselin

Une vraie somme que cette Histoire du Congo, capitale Kinshasa (Léopoldville auparavant), une superficie comme une bonne partie de l'Europe, dont l'est fut déclaré 'scandale géologique' tellement c'est riche par en dessous (mais les congolais ne semblent pas avoir bénéficié de cette manne). Propriété du roi des Belges, puis colonie, puis après la décolonisation peu de périodes tranquilles. Guerres civiles, coups d'état, pillages, corruption, rien hélas ne manque. L'auteur a effectué plusieurs visites dans le pays dans les années 2010, rencontrant des personnes de tous âges et de tous bords, et on ressort des son livre effaré et plein de questionnements. Un saut sur wikipedia m'a permis de voir où c'en est...

Le dernier chapitre m'a particulièrement captivée, l'auteur se rend en Chine avec des commerçantes, et rencontre toute une diaspora congolaise!

Quelques passages dans l'ordre du livre :

"Où commence l'histoire? (...) Il existe une fâcheuse tendance à faire commencer l'histoire du Congo à l'arrivée de Stanley dans les années 1870, comme si les habitants de l'Afrique centrale, errant tristement dans un présent immuable, perpétuel, avaient dû attendre la traversée d'un blanc pour se libérer du piège à loups où les maintenait leur apathie préhistorique. (...)"

"Des centaines, que dis-je, des milliers d'histoire humaine ont précédé l'arrivée des européens. Le plus profond obscurantisme, s'il a jamais existé, résidait dans le regard que portaient les explorateurs blancs sur la région, plutôt que dans la région elle-même."

"L'industrialisation à elle seule ne peut expliquer l'avènement du colonialisme. Sur un plan strictement commercial, une colonie n'était même pas nécessaire. (...) Non, il fallait un autre facteur pour provoquer la fièvre coloniale : le nationalisme."

"Aucun pays au monde n'a eu autant de chances que le Congo avec ses richesses naturelles. Ces cent cinquante dernières années, chaque fois que le marché international a exprimé une demande pressante pour une certaine matière première - l'ivoire à l'époque victorienne, le caoutchouc après l'invention du pneu gonflable, le cuivre lors de la forte expansion industrielle et militaire, l'uranium durant la guerre froide, le courant alternatif pendant la crise pétrolière des années 1970, le coltan à l'ère de la téléphonie mobile,-, le Congo s'est avéré disposer de gigantesques réserves de la marchandise convoitée.(...) L'histoire économique du Congo est celle d'une série de coups de chance invraisemblables. Mais aussi d’une misère invraisemblable. Des gains fabuleux qui furent engrangés, la majorité de la population n'en a pas reçu une miette."

Je passe les deux guerres mondiales, auxquelles participèrent des Congolais, de façon décisive lors de la Seconde.

"Mais en avril 1965, Che Guevara en personne débarqua sur les rives du lac Tanganyika!"

Ouvrez vos téléphones portables. "Les petites perles de couleur vive en forme de goutte d'eau, ce sont les condensateurs. En grattant un peu, on peut les ouvrir et on se retrouve avec un petit morceau de Congo dans la main."


Deuxième lecture proposée pour le mois belge chez Anne et Mina

Avis : babelioMiss Sunalee, qui a pu zieuter la VO!!!

jeudi 8 avril 2021

En vrac parmi les acquisitions de la bibliothèque

 La bibliothèque de ma petite ville achète des nouveautés, quelle chance, alors je ne résiste pas. Voici la dernière cueillette.


L'enfant de la prochaine aurore

Future home of the living god

Louise Erdrich

Albin Michel, 2021

Traduit par  Isabelle Reinharez


"Lorsque survient la fin du monde, la première chose qui se passe c'est qu'on ignore précisément ce qui se passe."

Une dystopie où les femmes enceintes ou susceptibles de l'être sont recherchées? Oui, l'on pense forcément à La servante écarlate. Cedar Hawk Songmaker est une jeune femme de 26 ans, enceinte de 4 mois au début du roman. Adoptée par le couple Songmaker, elle est en fait née Mary Potts, dans une réserve Ojibwé. Après avoir fait la connaissance de sa famille d'origine, elle doit se cacher dans sa maison de Minneapolis, pour finir par être capturée et envoyée dans un hôpital avec d'autres femmes enceintes. 

Il semblerait qu'il y ait un contexte écologique (plus vraiment d'hiver), qu'il y ait évolution en arrière (animaux et plantes différents) et donc crainte pour l'espèce humaine, et politique (milices, dénonciations, résistances). 

J'ai dévoré ce roman, mais à la fin je ne sais pas trop quoi en penser, avec l'impression d'avoir été abandonnée à la fin.

Avis : babelioelectra, motspourmots,


Ce genre de petites choses

Claire Keegan

Sabine Wespieser

Traduit par Jacqueline


Un court roman plein d'humanité, de douceur;  Bill Furlong est bien conscient que lui a eu de la chance, fils d'une mère célibataire en Irlande, et devenu par ses efforts un homme assez aisé, dans une Irlande des années 1980 en proie au chômage. Une épouse, six filles bien élevées, Noël approche, l'ambiance est aux réjouissances. mais il découvre qu'en ville des jeunes filles sont utilisées à de durs travaux ménagers et enfermées entre les murs d'un couvent. Bien sûr l'affaire de ces jeunes femmes dont les bébés étaient 'récupérés' est bien connue, mais Claire Keegan l'aborde de façon lumineuse, sobre et sensible.

Avis babelio krol, motspourmots, lire et merveilles, Jérôme


L'inconnu de la poste

Florence Aubenas

Editions de l'Olivier, 2021


Florence Aubenas s'intéresse à une affaire en cours de jugement, l'assassinat d'une employée de la Poste, dans une petite ville de l'Ain. 

"La première fois que j'ai entendu parler de Thomassin, c'était par une directrice de casting avec qui il avait travaillé à ses débuts d'acteur. Elle m'avait montré quelques-unes des lettres qu'il lui avait envoyées de prison. Quand il a été libéré, je suis allée le voir. Routard immobile, Thomassin n'aime pas bouger hors de ses bases. Il faut se déplacer. Je lui ai précisé que je n'écrivais pas sa biographie, mais un livre sur l'assassinat d'une femme dans un village de montagne, affaire dans laquelle il était impliqué. Mon travail consistait à le rencontrer, lui comme tous ceux qui accepteraient de me voir."

Florence Aubenas explore donc  la vie de cette petite ville, au coeur de la Plastics vallée du Haut-Bugey, ainsi que l'incroyable parcours de Gérald Thomassin, son enfance cabossée, sa carrière cinématographique, ses errances. Qui a tué Catherine Burgod? Et aussi, qu'est-il arrivé à Thomassin? (mystère supplémentaire) Une histoire qui finalement laisse un goût amer.

Avis babelio,

lundi 5 avril 2021

Zinc


 Zinc

David van Reybrouk

Actes sud, 2016

Traduit par Philippe Noble

 

Après Le fléau je savais que je reviendrais à l'auteur. Le zinc du titre est celui d'une mine, située quelque part aux confins de l'Allemagne et de la Belgique (Pays-bas et Prusse à l'époque) , et qui, faute de mieux, en attendant, quoi, fut déclarée neutre après la chute de Napoléon.  Oh c'est petit, 3.44 km². Pas très peuplé, même de nos jours. Moresnet-neutre. De nos jours en Belgique (ouf!)

L'auteur s'est basé sur la vie d'Emil Rixen, né dans cette petite ville au tout début du 20ème siècle, boulanger, père de famille, mais obligé de voir du pays. Il effectue son service militaire en Allemagne, comme belge, après la première guerre mondiale, mais doit porter l'uniforme allemand dans les années 40. "Il n'a pas traversé de frontières, ce sont les frontières qui l'ont traversé."

Incroyable! J'ignorais tout de l'histoire de ce territoire et j'ai dévoré la soixantaine de pages bien écrites de David van Reybrouk. Faites comme-moi!


Première lecture proposée pour le mois belge chez Anne et Mina

Boîte à Pandore (non fiction pour moi), Espace nord (pour l'auteur je pense) et pour les lieux ... Anne, débrouille-toi!!!

Avis athaliebabelio ,

jeudi 1 avril 2021

Dans la course


Dans la course
Run
Ann Patchett

Editions Jacqueline Chambon, 2010
Traduit par Marie-Odile Fortier-Masek



J'ai commencé par râler contre la quatrième de couverture qui en disait beaucoup, puis dès la page 42 le roman révélait ledit fait (mais laissant une autre surprise pour plus tard). Il s'agit de ma troisième lecture d'Ann Patchett, après  Orange amère  et  Anatomie de la stupeur, et l'on peut dire qu'elle renouvelle ses sujets. Cette fois, à Boston, vivent dans des quartiers tout proches Doyle, l'ancien maire, ses deux fils adoptés Tip et Teddy, son autre fils étant parti en Afrique depuis des années. Doyle rêve que Tip devienne médecin (il est passionné d'ichtyologie...) et Teddy se lance dans la politique (se verrait-il plutôt prêtre?). Donc, pas loin, un tout autre monde moins aisé, pour Tennessee et sa fille Kenya, qui elle rêve de remporter des courses à pied, et c'est une gamine très douée!
Comment tous vont se rencontrer -enfin- et les conséquences, c'est ce qu'Ann Patchett va apprendre à son lecteur, mais à son rythme à elle.

Plein de passages juste pour le plaisir, Tip et sa connaissance des poissons, Teddy récitant des discours, Kenya courant. Pas de pathos, pas de misérabilisme.

L'avis de Aifelle,  chez babelio,

lundi 29 mars 2021

Atkinson

 Suite à une visite à Emmaüs, quelques romans d'Atkinson, auteure que je suis depuis longtemps ...


Dans les coulisses du musée

Behind the scenes at the museum, 1995

Kate Atkinson

Editions de Fallois, 1997 

Traduit par Jean Bourdier


On suit le parcours de la jeune Ruby Lennox d'avant sa naissance (j'ai même cru qu'Atkinson allait nous faire le coup de Tristram Shandy) dans une famille finalement assez dysfonctionnelle. Une mère sans trop d'amour et d'attention, de drôles de soeurs. 

Chaque fin  de chapitre est l'occasion de revenir une, deux, voire trois générations plus tôt, et ce n'est pas plus gai : amours brèves, mariages ratés ou décevants, décès prématurés (avec un usage un peu forcé des deux guerres mondiales).

Ruby voit vraiment les choses à hauteur d'enfant à laquelle on cache des choses, mais petit à petit cela va s'éclairer. Pour le lecteur aussi, qui se doit de ne pas trop traîner pour demeurer au fait (un arbre généalogique est absent)!

En dépit de passages tristounets, demeurent de jolies réussites pour le lecteur : des vacances en Écosse -ratées- et un mariage le jour de la finale de la coupe du monde 1966 -hilarant mais offrant peu d'avenir pour le nouveau couple.

Un premier roman? Incroyable, quel départ en fanfare! J'ai bien aimé le style et l'humour de l'auteur, et sa virtuosité dans la narration. Mais ce n'est pas mon préféré (on devient difficile).

Avis babelio


Poursuivons chronologiquement


La souris bleue

Case histories, 2004

Kate Atkinson

Editions de Fallois, 2004

Traduit par Isabelel Caron


Première apparition, pour ce que j'en sais, de Jackson Brodie, ex militaire, ex policier, et détective privé. Père de Marleen, 8 ans, ah oui, ex mari de Josie.

Trois vieilles histoires apparaissent : disparition d'enfant avec son doudou, la fameuse souris bleue, un mari tué à la hache, une jeune fille assassinée.

Atkinson entrelace ces histoires, les personnages se retrouvent -ou pas. Il ne faut pas s'attendre à une avancée rapide d'enquêtes, on passe du temps à connaître les protagonistes. Ah j'oubliais, je suis toujours bien sensible à un certain humour de l'auteur.

Avis babelio

Et je découvre dans mes archives bloguesques que je l'avais déjà lu! 


Et puis le suivant, où on retrouve Brodie deux ans après (donc peut-être vaut-il mieux les lire dans l'ordre)


Les choses s'arrangent mais ça ne va pas mieux

One good turn 

A jolly murder mystery

Kate Atkinson

Editions de Fallois, 2006

Traduit par Isabelle Caron

Donc, ne rien divulguer de la vie privée de Jackson Brodie, présentement à Edimbourg pour un festival. Lui et pas mal de monde vont assister à un accrochage violent entre deux automobilistes, deux personnages qui reviendront sur le devant de la scène. Il va découvrir un cadavre - qui disparaîtra- et fera figure de suspect dans différentes affaires car se trouvant un peu trop au mauvais endroit au mauvais moment.

Le roman passe d'un chapitre à l'autre d'une action à l'autre, beaucoup de coïncidences, mais c'est le jeu de l'auteur, et à la fin la boucle est bouclée. Je ne dirais pas qu'il y a un Jackson Brodie enquêteur, il est là, il agit, mais ne fait pas fonctionner de petites cellules grises. On croise des femmes intéressantes, telles Tatiana, Louise et Gloria.

Avis babelio

Des trois romans présentés ici, c'est mon préféré, qui me donne une grosse envie de relire les suivants...


jeudi 25 mars 2021

L'année des deux dames


 L'année des deux dames

Catherine Faye et Marine Sanclemente

Paulsen, 2020


"L'originalité d'Odette est sûrement ce qui a valu à nos deux héroïnes d'entrer dans la chronologie locale. L'année des sauterelles, l'Année des inondations, l'Année des coeurs de palmier ou encore l'Année des feuilles, qui marque l'introduction des billets de banque au Tagant en 1920. En Mauritanie, chaque année était naguère identifiée par un nom, un événement. Pour honorer le parcours extraordinaire des Françaises, leur courage et leur endurance, les habitants marquent au fer rouge celle de leur passage. Pour les Maures, 1934 sera à jamais l'année des deux dames."

Odette du Puigaudeau et Marion Sénones, les exploratrices en question, ne m'étaient point inconnues (voir le billet sur les trois livres disponibles). Des décennies plus tard, les journalistes Catherine Faye et Marine Sanclemente décident de partir sur leurs traces et refaire si possible leur voyage. Elles devront éviter certains coins peu sûrs, voyager en 4x4, sauf une méharée de 300 km quand même!, et découvrir la Mauritanie moderne, quoique à la fin de la vie d'Odette et Marion un tournant avait été pris.

Citant Odette assez régulièrement, leur narration en chapitres alternés (chaque auteure a sa personnalité) est vive et se lit fort aisément. L'idée était aussi de retrouver les lieux où les deux françaises avaient vécu, et même des personnes les ayant connues ou en ayant entendu parler précisément. Il se dégage un portrait parfois différent de l'autobiographie d'Odette. 

A découvrir, aussi pour un voyage en Mauritanie...

D'accord, elles ne sont plus trop connues, mais je m'étonne que personne n'ait su leur dire avant leur voyage où étaient enterrées Odette et Marion?

Avis : babelio,

lundi 22 mars 2021

Indésirable

 


Indésirable

Erwan Larher

Quidam, 2021

 

 Roman débutant classiquement par l'arrivée d'un personnage dans une petite ville provinciale sur le déclin, Saint-Airy, le nouvel opus d'Erwan Larher va bien évidemment réserver quelques surprises au lecteur. Sam, dont on devine entre les lignes une carrière au théâtre et une autre moins avouable, tombe en amour d'un vieux logis, la maison du Disparu, l'acquiert et la retape avec goût. 

Hélas son arrivée et son installation vont intriguer, gêner, comme un petit caillou dans la chaussure. Il faut dire que le physique de Sam est particulier, et les braves gens aiment bien caser les gens dans des catégories.

Et c'est parti pour des péripéties attendues ou pas, une joyeuse critique sociétale, des élections municipales, des coups fourrés, des trafics louches (qui l'eut cru, dans ce coin justement trop tranquille?), un épisode de L'amour est dans le pré, un poil de mystère dans les sous-sols. Le tout en usant d'une écriture dense, drue, inventive mais fluide.

Sans oublier les réactions face à la différence. Jusqu'ici, j'ai été futée, sur trois paragraphes je peux le faire, mais avec Sam il a fallu utiliser iel et des terminaisons neutres qui passent très bien et que j'ai trouvées harmonieuses. Oui, le français et ses accords... 

On l'aura compris, j'ai dévoré le roman, un bon cru, et l'on peut dire 'mâtin, l'auteur est égal à lui-même pour dézinguer ce qu'il n'aime pas et raconter une histoire mais il se renouvelle dans son inspiration, jamais là où on l'attend'. 

Pour terminer, j'ai aimé le clin d’œil à Francis Rissin (p 16) et reconnu la description du logis, p 18 

Les avis de Mots pour mots,

jeudi 18 mars 2021

Petite bibliothèque slave

 Chez Ginkgo dans sa petite bibliothèque slave je découvre !


La paix soit avec vous

Notes de voyage en Arménie (1967)

Vassili Grossman

Ginkgo, 2021

Traduit par Nilima Changkakoff

Préface de Shimon Markish

Vassili Grossman, c'est l'auteur de Vie et destin, présenté ici par Patrice, qui revient aussi sur la vie de l'auteur et le contexte. D'ailleurs la préface de La paix soit avec vous les évoquent, et le livre propose des passages censurés lors de la première publication en Russie.

Totale découverte pour moi, et j'avoue que je suis fortement impressionnée  : ce voyage en Arménie, à Erevan où il ne trouve pas sa place, puis dans des coins reculés où l’accueil des arméniens est tellement plus chaleureux, est à découvrir absolument. On en sort étonnamment en paix, après des moments drôles, d'autres émouvants.

Brev dzes - la paix soit avec vous.



Ma confession

Léon Tolstoï

Traduit par J-Wladimir Bienstock

(suivi de Ce qu'un chrétien peut faire et ce qu'il ne peut pas faire)

2020

A cinquante ans environ, Tolstoï passe par une grande crise existentielle et religieuse qui le ramène, non pas à l'église orthodoxe, mais au message du Christ. Il expose avec sincérité ses souffrances dans sa recherche qui a un côté 'Ecclésiaste' par moments.


Olessia (1898)

Alexandre Kouprine

Traduit du russe par Henri Mongault

2020


Un citadin devant passer six mois au fin fond de la campagne, s'adonne à la chasse et s'intéresse à une 'sorcière' rejetée en forêt par les villageois, et surtout à sa petite fille, Olessia. S'ensuit une belle histoire d'amour, contée avec délicatesse, et dont l'issue est prévisible.




lundi 15 mars 2021

A l'auberge de l'orient


 A l'auberge de l'orient

Seule sur les routes d'Asie centrale

Alice Plane

Transboréal, 2011

 

Oui, Transboréal et l'Asie centrale, sur ce blog, c'est une routine.  Ce qui m'a attirée, c'est le projet de l'auteur, une toute jeune fille de 22 ans à l'époque, de découvrir la cuisine 'populaire' de ces contrées, et bien sûr rencontrer plus avant celles qui réalisent le plus souvent ces plats, les femmes.

Nous sommes en 2007 en janvier plus précisément. Autant dire qu'il va faire froid et que certaines routes ne seront pas accessibles. Alice Plane part tout de même avec quelques contacts en poche, elle parle russe et a déjà voyagé en Ouzbékistan avec des amies, histoire de tester avant. Voyageant en bus la plupart du temps, ou taxis collectifs, elle a parfois recours aux hôtels locaux à portée de sa bourse, mais le plus souvent elle bénéficie de l'hospitalité locale, qui, à quelques exceptions près, n'est pas un vain mot. Le moyen idéal de mener son projet à bien!

Le récit est bien rythmé, bien écrit, sans détails inutiles, complété de recettes (un jour je cuisinerai un plov mais je me demande si ce n'est pas comme le pulao afghan?)(le truc roboratif quand même) et permet de découvrir une Asie centrale marquée par l'union soviétique et les traditions (l'enlèvement des jeunes filles, vraiment?). Elle va dans des coins où la vie est vraiment rude! Et la sécurité? Elle a eu chaud disons deux fois mais ça s'est bien terminé.

Babelio,

jeudi 11 mars 2021

Peut-être Esther


 Peut-être Esther

Vielleicht Esther

Katja Petrowskaja

Seuil, 2015

Traduit (de l'allemand) par Barbara Fontaine


L'auteur, née à Kiev en 1970, y a passé son enfance; actuellement elle vit et travaille en Allemagne. Peut-être Esther est le récit de ses recherches vagabondes, dans l'est européen et l'Autriche en particulier, au sujet de sa famille, originaire en partie de Pologne. Il faut dire que les frontières dans le coin ont pas mal bougé. Une famille en partie juive. Elle a connu quelques-uns de ses grands parents, et entendu des histoires familiales. 

S'il y avait eu un arbre généalogique, ma lecture aurait été facilitée, surtout que certains ont changé de nom et que les prénoms aussi varient, sont abrégés, etc. Mais j'ai décidé assez vite de me laisser porter, surtout que j'ai aimé la façon d'écrire de l'auteur.

Je retiens des moments. Quand elle ramène de Pologne un disque et que sa grand mère Rosa, qui jamais n'avait parlé cette langue devant elle et sa mère, se met à chanter en yiddish. Quand au cours de ses recherches, elle retrouve Dina, une ex voisine, vivant aux États-Unis. L'incroyable survie de Mira pendant la seconde guerre mondiale. Les dalles funéraires du cimetière juif de Kalisz utilisées pour les rues, tournées de sorte qu'on ne voie pas les lettres, puis retournées après des travaux (et les lettres visibles). Babi Yar où est morte une arrière grand mère appelée peut-être Esther. Une visite à Mauthausen sur les pas d'un grand père.

Dans son enfance, les voisins avaient un jardin. Pas eux. A cause des livres, pense-telle. "Nous en avions des milliers qui faisaient tous les déménagements, et si on pouvait encore respirer dans notre appartement, c'était bien grâce aux amis de la famille qui ne rapportaient pas les livres empruntés."

Avis babelio, Aifelle


lundi 8 mars 2021

Elle n'en pense pas un mot / The Franchise affair


 The Franchise affair

Josephine Tey

Paru en 1948

Traduit par Elle n'en pense pas un mot

 

 Auteur du génial La fille du temps (Où l'on découvre que Richard III n'était pas le méchant qu'on croit), Joséphine Tey a écrit des pièce de théâtre et des romans à suspense, parfois adaptés au cinéma, dont un par Hitchkock!

Dans une grande maison à l'écart de tout, appelée la Franchise, demeurent deux dames, la mère et la fille, les Sharpe, qui fréquentent peu le village d'à côté. Où se situe l'étude de Robert Blair, menant une vie plan plan, choyé par sa tante. Jusqu'au jour où Marion Sharpe demande son aide : Betty Kane, jeunes fille d'environ quinze ans, affirme avoir été enlevée, battue, affamée, séquestrée au grenier de la Franchise, avant de s'échapper. Sa description de la maison est sans faute, c'est donc parole contre parole. Puis les journaux à sensation s'emparent de l'affaire, et la vie des Sharpe devient difficile.

Aaaah les romancières british, quel bonheur! Du thé, bien sûr, mais aussi du sherry (de qualité). C'est parfaitement découpé, mené de main de maître(sse), les rebondissements surviennent jusqu'au bout. L'auteur semble avoir des opinions bizarres sur comment détecter un criminel, mais baste, cette ambiance entre gens de bonne éducation demeure amusante. Mrs Sharpe, la mère, est un personnage qui à lui seul mérite le détour...

 Avis : goodreads, babelio

Et je participe au 



jeudi 4 mars 2021

Vilnius, Paris, Londres


 Vilnius, Paris, Londres

Andrei Kourkov

Liana Levi piccolo, 2020

Traduit par Paul Lequesne


Le 21 décembre 2007, à minuit, la Lituanie intègre l'espace Shengen. Le vieux Kukutis passe le poste frontière, direction l'ouest, à pied et en stop. Il a toutes ses possessions dans les tiroirs de sa jambe de bois. Qui est réellement Kukutis, appelé là où souffrent des lituaniens? J'en ai fait une sorte de 'lituanien errant'.

Mais d'autres personnages évoquent moins une légende; trois couples de jeunes lituaniens décident de tenter leur chance ailleurs. Vitas et Renata en Italie, mais finalement ils resteront dans la ferme du grand père de Renata. Barbora et Andrius se retrouvent d'abord à Paris, Andrius est clown dans un hôpital pour enfants, Renata promène les chiens ou les bébés. Et Ingrida et Klaudijus démarrent une nouvelle vie à Londres, avec de petits boulots précaires.

Quatre fils à suivre, donc, et c'est fort plaisant et donne beaucoup de dynamique à l'ensemble. On se cale confortablement dans ce gros roman, qui se lit quasiment tout seul! J'ai quitté à regret les personnages. 

"Et en tombant la neige émettait des bruits singuliers, comme si les flocons se frottaient les uns aux autres en cours de vol ou bien bavardaient;"

Avis babelio

Un bon démarrage du mois!



dimanche 28 février 2021

Tupinilândia


 Tupinilândia

Samir Machado de Machado

Métailié, 2020 

Traduit par Hubert Tézenas


L'excellent éditeur aurait-il eu un coup de mou avec la quatrième de couverture? Non qu'elle soit menteuse, bien au contraire, mais elle raconte les trois quarts du roman, et c'est bien dommage. Cependant il en restait heureusement beaucoup à découvrir.

Un (très) riche industriel brésilien fan absolu de Walt Disney a lancé la construction d'un parc d'attractions au fin fond de l'Amazonie, parc devant être inauguré en 1984 (si!) , au grand moment du retour de la démocratie au Brésil, après 20 ans de dictature militaire.

Hélas rien ne va se passer comme prévu...

Idée fort originale, imagination parfois délirante, description du parc dans les moindres détails, évocation de cette culture brésilienne des contes, livres d'enfants et objets de collection, boissons colorées, héros de l'enfance, tout est là! Un peu trop d'ailleurs, j'ai un peu fatigué, ce n'est pas mon univers. Pourtant j'ai arpenté avec délices trois parcs Disney et Epcot center, c'est dire que j'ai gardé une âme d'enfant au fil des décennies. Mais c'était plus proche de mes souvenirs d'enfance.

"A Tupinilândia, la réalité grise de l'inflation et de la déforestation incontrôlée, de la dette extérieure et des généraux antipathiques, des oligarques brutaux et des célébrités vulgaires serait effacée par une autre, bariolée comme un décor de BD, où tout fonctionnerait toujours parfaitement, où tout le monde serait en permanence joyeux et enthousiaste."

On le sent, l'auteur va aussi présenter un Brésil en proie à la corruption, la violence, surtout durant ces années noires.

Et les personnages? Pas de souci, ils sont hauts en couleurs, le "méchant" se nomme Kruell, et il l'est! Face à lui, la famille du concepteur du parc, dont Helena, un bon personnage féminin flamboyant. 

 Ajoutons de l'humour, et beaucoup beaucoup d'action, parfois, dans un parc imaginé (il y a un plan à la fin). Au point que j'ai un peu fatigué à m'imaginer tous les déplacements (mais pas grave, on suit!)

"Si, quand j'avais onze ans, quelqu'un m'avais annoncé que je me retrouverais un jour dans une ville perdue en pleine Amazonie, entouré de dinosaures et en train de combattre des nazis avec le capitaine Aza, je l'aurais pris pour un débile." 

Donc ça bouge, ça castagne, mais pas que. De belles pages sur la nostalgie. De bons retours en arrière pour ceux qui ont vécu les années 80. "La dernière décennie où, pour parler à quelqu'un, vous deviez attendre que ce quelqu'un rentre chez lui."

Et le bandeau? Orwell oui finalement puisqu'on découvre un monde évoquant pas mal 1984; quant aux dinosaures,  ils ne sont pas vivants, mais le parc recèle un bassin de loutres pas sympathiques quand on les dérange...

Avis babelio ,

Je termine en dénonçant A girl (son billet)  qui m'a entraînée dans l'aventure, et grâce à qui je participe au challenge latino-américain!



jeudi 25 février 2021

Petits secrets, grands mensonges


 Petits secrets, grands mensonges

Big little lies

Liane Moriarty

Livre de poche, 2018

Traduit par Béatrice Taupeau


Qui pourrait croire qu'il se passe tant de choses dans une école maternelle? La petite Amabella (et non Annabella, sa mère précisant que ça vient de France, ce prénom. Vous connaissez, vous?) est physiquement agressée par un petit camarade, mais lequel? On soupçonne le petit Ziggy, dont la mère, Jane, vient de s'installer dans le quartier de Pirriwee (Sydney, Australie). Les parents prennent position pour l'un ou l'autre, une pétition circule.

Dès le début on sait que lors d'une soirée quiz dans cette école, il y a eu un mort. Accident? Suicide? Meurtre? Qui? Comment? Pourquoi? Le compte à rebours démarre, le suspense est comme d'habitude chez l'auteur aisé à supporter car il y a tant à apprendre! Et l'humour est présent. On a Jane, mère célibataire, une famille recomposée avec Madeline, et un couple 'basique' avec Céleste. Trois femmes que le lecteur va suivre.

Comme thèmes, il y a du lourd, avec du harcèlement scolaire, et de la violence conjugale, vraiment bien étudiée au travers d'un exemple. Sous des apparences légères, on a un bon petit roman plaisant mais pas que.

Ici comme dans les autres romans de l'auteur, on est dans des milieux sociaux plutôt aisés (voire très), en Australie, mais à part le surf au moment de Noël, on n'a pas vraiment l'impression d'être en Australie (ce qui ne me gêne pas).

Moult avis chez babelio,

et AifelleSandrion,

 

Tiens, un autre roman venant d'Australie, mais qui se passe dans le Kentucky principalement.

 


Le mystère Sammy Went

The nowhere child

Christian White

Denoël, 2019

Traduit par Simone Davy

 

Envie d'un bon petit roman qu'on ne lâche pas, qui ne révolutionne pas la littérature mais qui fait bien le job dans son créneau? Le mystère Sammy Went est pour vous!

"Qu'est-ce qui se passerait si on découvrait qu'on a été enlevé dans son enfance et que les gens qu'on a toujours considérés comme ses parents sont en fait les ravisseurs?" Voilà l'idée germée dans le cerveau de l'auteur, qui par ailleurs a suivi les conseils de Stephen King dans Ecriture : mémoires d'un métier (excellent bouquin , lu il y a longtemps)

Donc Kim vit tranquillement en Australie jusqu'au jour où apparaît un inconnu lui apprenant qu'en fait elle s’appelle Sammy Went, enlevée à l'âge de deux ans dans le Kentucky.

A partir de là, on alterne entre les chapitres Aujourd'hui, avec Kim / Sammy à la découverte de la vérité, et Autrefois, où l'on plonge vraiment dans un nœud de vipères, en plus de l'enquête policière. 

Je ne vais pas en dire plus, c'est bien fait, on sent parfois les ficelles (le cliffhanger en fin de chapitre), les personnages ne sont pas super approfondis, il y a des tentatives pour faire peur, sans trop de succès, mais je n'ai pas boudé mon plaisir et je recommande si vous voulez vraiment vous vider la tête...

Avis babelio

lundi 22 février 2021

Comment gagner sa vie honnêtement

Me voilà au bout de la découverte de l'auteur, restent sans doute quelques textes, mais on va en rester là (pour l'instant).


Comment gagner sa vie honnêtement
La vie poétique, 1
Jean Rouaud

Gallimard, 2010

" Sur la question de savoir comment gagner sa vie honnêtement, on n'a presque rien écrit qui puisse retenir l'attention." Par cette citation de Thoreau démarre ce nouvel opus de Jean Rouaud, qui bien sûr ne va pas répondre à la question. Toujours myope, ce qui aura son avantage lors des trois jours, fils de sa Loire-Inférieure de tradition catholique, ayant du mal à se défaire des valeurs de sa famille, assez emprunté il l'avoue, le voilà qui après 68 devient étudiant, sans grande idée de l'avenir à choisir, vivotant de petits boulots qu'à l'époque on trouvait aisément, distributeur de prospectus, ouvrier aussi, vendeur d'encyclopédies, de glaces sur une plage. Du saisonnier.
L'époque des cheveux longs, de l'auto-stop assez aléatoire (ah le routier plus que pervers, mais il s'échappe), des squats, des fumettes (pas son truc, il veut garder la cervelle libre pour la poésie).

Pour la construction du récit, en dépit d'une impression de naviguer à vue, c'est finalement bien maîtrisé, pour l'amusement du lecteur qui retombe sur ses pattes. Pour l'écriture, pas de "écrire vite, précipité, haché, tout en ellipse et suspension, factuel et concentré". Ce qu'il aime, ce sont "les adjectifs soyeux, les adverbes traînants, les contournements alambiqués, les antiphrases perfides, les prolégomènes fuyants (...)".

Point trop d'histoire familiale là-dedans, la page est tournée, "je ne sais même plus à quoi ressemblait mon père derrière le portrait que de livre en livre j'ai fait de lui - et ma mère prend le même chemin."

Avis babelio 



Une façon de chanter

La vie poétique, 2

Jean Rouaud

Gallimard, 2012

Un (court) volume consacré aux souvenirs de l'auteur avec la musique. Bien sûr on aura le cousin Joseph, un oncle , un copain d'enfance. Mais aussi les premiers pas à la guitare, toujours le regret de n'avoir pas appris tôt le piano. L'après 68, un air de liberté, les cheveux longs. les groupes anglais, sorte de révolution dans un univers fort bridé. On a même deux liens de vidéos, dont l'une présentant les Rolling Stones en direct sur un plateau télé américain...

Et toujours cette autodérision, cette façon d'avancer tranquille et de retomber sur ses pieds.

Avis babelio

Voici le 3 de la vie poétique, le 4 est lu (sans billet) et le 5 c'est Kiosque donc j'ai en gros fait le tour!


Un peu la guerre

Jean Rouaud

Grasset, 2014

Chaque fois l'on peut craindre les redites, et ma foi l'auteur ne peut changer certains événements de sa vie, avec émotion ou autodérision. Je retiendrai particulièrement la dernière partie, présentant ses relations avec le directeur des Éditions de Minuit - rappelons qu'Un peu la guerre est paru chez Grasset, comment a-t-on réagi là-bas? Même si Jérôme Lindon était déjà disparu. Des chouettes pages sur lui et Beckett, que l'on découvre pendant la seconde guerre mondiale.

Avis babelio 

jeudi 18 février 2021

Incendie nocturne


  Lu en VO, et paru en octobre 2020 sous le titre Incendie nocturne (il me reste à lire Une vérité à deux visages, retenu à la bibli par d'autres lecteurs)(et j'ai craqué, j'ai acheté le poche, na)


Incendie nocturne
The night fire
Michael Connelly

Orion, 2019

Traduit par Robert Pépin

Que doit demander de plus le fan de Connelly? Rien!
Dans cet opus il a Harry Bosch, récemment opéré du genou et en traitement pour une sale maladie, mais au top côté neurones et ténacité. Plus ou moins à la retraite, il récupère chez un collègue récemment décédé un vieux dossier. Cold case, c'est parti! Avec un gang de Los Angeles.


Puis on retrouve Renée Ballard, qui n'est plus enquêtrice au LAPD (avec son supérieur, ce fut une histoire de 'Il dit/elle dit' et c'est le supérieur qui a gagné) mais affectée au travail de nuit. Elle en profite pour quand même mettre les pieds dans les enquêtes, cette fois après un incendie ayant coûté la vie à un SDF.


Et ne manque pas Haller, l'avocat de la défense, demi-frère de Bosch, et donc voici une plongée dans un procès bien minuté, interrogatoires, contre interrogatoires, sur le fil du rasoir. Il s'agit de prouver une non culpabilité, oui, mais si l'accusé est innocent, qui a commis le crime?

Trois enquêtes qui s'entrecroisent, avancent petit à petit, sans temps morts. Bosch et Ballard n'ont guère d'heures de sommeil, on dirait.

 Avis babelio

Et relecture...


Le dernier coyote
The last coyote (1995)
Michael Connelly

poche 2019
traduit par jean Esch


Hop j'ai replongé, histoire de vérifier que les polars de Connelly fonctionnent toujours! Ma mémoire oublieuse permet de relire. Dans sa préface de 2017, l'auteur explique pourquoi Le dernier coyote est son préféré, avec son inspecteur Harry Bosch, toujours loup (coyote?) solitaire et torturé. Très humain. Cette fois suite à une altercation musclée avec son chef, il se retrouve à devoir suivre des séances avec une psy de la police, et il en profite pour enfin vouloir tirer au clair le meurtre de sa propre mère, 35 ans plus tôt. Toujours borderline dans ses méthodes, il sillonne une Los Angeles peu après un tremblement de terre (sa maison est promise à la démolition, d'ailleurs, mais il y réside toujours, illégalement bien sûr) et finira par aboutir à la vérité, après des fausses pistes, des disparitions, des rencontres, bref, ce qui fait le sel de ces romans bien fichus.

Coïncidence : Bosch emprunte le Skyway Bridge, dont parlait Echenoz dans Caprice de la reine, lu quelques jours avant.


Avis babelio

lundi 15 février 2021

Un train pour Tula

 


Un train pour Tula

Estacion Tula

David Toscana

Zulma, 2010

Traduit par François-Michel Durazzo


Inganmic et Goran ayant lancé un mois latino-américain, pourquoi ne pas participer? Mon blog a même une page dédiée. Avec des lectures enthousiasmantes ... ou moins. J'ai donc tenté Bolano, Casares, Manguel (il y a pire ^_^), etc. mais rien à faire, pas le bon moment, pas le bon titre. Je suis donc revenue à Toscana, auteur de El ultimo lector, qui là m'avait beaucoup plu.

Direction donc Tula, au Mexique, à la fin du 19ème siècle. Où Fernanda, fille de Don Alejo et Dona Esperanza se retrouve enceinte, puis mariée, puis mère puis morte. Le fils, Juan, est élevé par une servante (fidèle). Juan, plus tard Domenico, tombe amoureux fou d'une certaine Carmen. Le temps passe, roman d'apprentissage, et tout ça.

De nos jours, Froylan, écrivain en devenir, marié à Patricia, rend visite à Juan (oui, celui-là) qui lui raconte son histoire. Juan enregistre, Froylan écrit, en prenant parfois quelques libertés. Froylan lui aussi se découvre une Carmen qui l'obsède.

Compliqué? En fait dès le départ on apprend que Patricia, après la disparition mystérieuse de Froylan, a retrouvé papiers et cassettes dans les affaires de son mari.

Et le train? Heu, assez tard dans le roman, ça fait partie des événements plutôt amusants survenus à Tula.

Conclusion : Les histoires et points de vues alternent, avec vivacité, c'est au lecteur de finalement se laisser aller. A la fin, j'avais encore des questions sans réponses, c'est plaisant à lire, bien maîtrisé en fait, mais trop d'esprit cartésien n'a rien à faire là.

Avis babelio,






jeudi 11 février 2021

Fracture

 


Fracture

Amity and Prosperity

Eliza Griswold 

Globe, 2020

Traduit par Séverine Weiss


Prix Pulitzer non fiction en 2019 pour ce livre, Eliza Griswold est 'journaliste d'investigation, poète et traductrice du pachtoune'.

Parfois on se demande si posséder un riche sous sol est un avantage. Les Appalaches, en Pennsylvanie, par exemple, ont produit charbon et pétrole, avec les dégâts que l'on sait, déforestation, pollution, mais récemment, voilà le gaz de schiste et son extraction usant de produits dangereux, avec des compagnies cherchant plutôt le profit. Au départ pourtant, ça paraît bien, l'occasion de ne plus dépendre du charbon et du pétrole, et des retombées financières pour ceux acceptant l'installation sur leur terrain. Quand cela se passe dans des coins peu riches, ça tente.

Stacey et ses voisins ont donc signé. Puis au fil du temps l'eau et l'air ont été pollués, son fils est tombé malade.  Voilà le début d'un long combat, des années pour les avocats à chercher des preuves, à demander des documents, à effectuer des analyses. Stacey et ses enfants ont dû déménager. 

Une longue enquête, au final un livre qui se lit aisément, avec de l’écœurement à certaines découvertes, et de l'admiration pour le courage et la ténacité de Stacey, sa famille, ses voisins et avocats.

"La pollution liée à la fracturation hydraulique était non seulement plus difficile à repérer, mais aussi plus difficile à nettoyer. Et si certains des produits chimiques utilisés pour le fracking -l'antigel, les carburants, les vieilles matières radioactives, les produits synthétiques, ainsi que des quantités astronomiques de sel -, une fois associés, formaient un cocktail plus dangereux qu'on ne l'imaginait? Dès l'origine, deux des principaux problèmes de la facturation hydraulique étaient associés à l'eau : où se procurer les millions de litres nécessaires à la fracturation, et que faire des déchets liquides."

J'ai aussi découvert que dans ce coin, aux Etats-Unis, au XXIe siècle, certains ne bénéficient pas d'un réseau d'eau potable.

Avis : tu vas t'abîmer les yeux, encore du noir, babelio ,