jeudi 8 août 2019

Dans le faisceau des vivants

Dans le faisceau des vivants
Valérie Zénatti
Editions de l'Olivier, 2019

Aharon Appelfeld est mort le 4 janvier 2018 et Valérie Zenatti l'apprend dans le taxi qui l'emmène à Orly, en route pour le retrouver - trop tard- à l'hôpital. Elle évoque longuement sa découverte de l'auteur, ses rencontres avec lui, son travail de traductrice, de ses romans, ou en interview. Elle visionne des vidéos. Elle est en deuil, comme pour un père, et dans la seconde partie du livre elle se rend à Czernowitz (Tchernivtsi aujourd'hui, en Ukraine), le jour anniversaire de la naissance d'Appelfeld, près de cette ville, le 16 février 1932). Se laissant porter par le hasard, puis choisissant de se rendre au bord du fleuve, non sans avoir vécu la veille une drôle d'expérience de sidération.

Un livre qui permet de mieux connaître Aharon Appelfeld (avoir lu au moins un de ses livres -c'est mon cas- ça aide quand même) et Valérie Zenatti.

Des passages permettant de saisir en partie la belle richesse de cet essai:

"Lorsque j'écris mes propres livres, je vis pendant plusieurs mois avec ceux que l'on appelle mes personnages, ils accomplissent leur travail de transformation intérieure, ils cherchent en moi une raison de vivre en éclairant quelques zones d'ombre sur leur passage et quand le livre est achevé, laissant derrière eux un sillage d'espoir fragile - d'autres les aimeront peu-être. Tandis que lorsque je traduis ses livres, ses personnages entrent en moi, pas à pas, et une fois la traduction terminée, ils ne me quittent plus, ils font partie de moi." VZ

"Avant de partager la même langue, avant que l'hébreu soit conquis au terme d'un combat où chaque mot introuvable était un désarroi amer et chaque mot correctement employé un soulagement, avant cela nous avons partagé le silence hébété des 'nouveaux immigrants'. Puis nous nous sommes mis à parler cette langue dans laquelle nous n'avions pas vécu, c'est-à-dire une langue dans laquelle nous n'avions pas découvert le monde ni été aimés, dans laquelle nous n’avions pas souffert non plus, et surtout dans laquelle n'étaient pas inscrits les silences de l'enfance. Nous nous sommes glissés dans l'hébreu comme dans des draps rugueux, dans une hospitalité qui créait grossièrement mais sûrement un espace inviolable par le passé, dont on pouvait se donner l'illusion qu'il n'avait pas eu lieu. Le merveilleux oubli avait aussi permis la renaissance." VZ

"Je me sens chez moi en Europe. Mes parents parlaient français et ils seraient malheureux aujourd'hui de voir que je ne le parle pas. C'étaient des gens laïcs, ils n'allaient jamais à la synagogue mais le jour de Kippour ils fermaient les volets et lisaient A la recherche du temps perdu." AA

Les avis de Aifelle, Sylire, Laure,

32 commentaires:

  1. Une excellente lecture, que je reprendrai peut-être un jour ; c'est un complément précieux aux romans d'Aharon Appelfeld.

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  2. Valérie Zenatti, je connais de nom - pas encore lue. Mais Aaron Applefeld, pas du tout, mais alors pas du tout....

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    1. Oups, deux lacunes à combler, alors.

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    2. Il y en a tellement... C'est pas demain la veille que je vais y arriver !

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    3. Un jour on comprend qu'on ne peut tout lire (et si de plus on relit, ce qui arrive! ^_^)

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  3. J'ai lu deux ou trois livres d'Aharon Appelfeld et je complèterais bien avec ce livre...

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  4. Je passe mon tour n'ayant jamais lu ni Appelfeld ni Zenatti. Si je me décide à lire l'un ou l'autre, ce ne sera de toute façon pas avec ce livre-là.

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    1. Mieux vaut en effet, car si tu ne connais pas d'autres écrits, ce sera plus difficile d'accès.

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  5. pas curieuse pour la première, mais je veux lire Aaron un jour

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  6. Lire ce livre, mire d'autres romans d'Aharon Appelfeld et de Valérie Zenatti...

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    1. Heu? Bref, tu lis d'abord d'autres livres d'Appelfeld, celui-ci complète bien, ensuite.

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  7. Pouh pouh pouh, encore d'illustres inconnus, peut-être vaguement aperçus en rayon en librairie un jour, jamais lus en tout cas. Mais bon, on en découvre tous les jours.:)

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    1. Hé oui, à qui le dis-tu! Un jour, peut-être...

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  8. Que j'ai aimé ce livre ! Je crois que c'est parce qu'elle décrypte très bien ce qui se joue avec un auteur qui nous parle...

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    1. Un livre que j'ai peut-être lu trop vite, mais il y a tant de belles choses intelligentes à approfondir, c'est vrai.

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  9. Autant je n'arrive pas à m'intéresser aux livres de V. Zenatti, autant ce livre-ci m'a l'air passionnant sur sa relation avec l'auteur mais aussi sur son travail de traduction. Les extraits sont particulièrement bien chois.

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    1. D'elle je n'ai lu que Quand j'étais soldate, une autobiographie vraiment bien. Ses autres romans ne m'attiraient pas spécialement.
      Mais là, c'est fort intéressant, ce 'dialogue', et plein d'extraits sont à noter!

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    1. J'avoue n'en avoir lu qu'un (jeunesse, autobio) et ça me suffisait; ce n'est pas sûr que ses romans me conviennent.

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  11. j'aime beaucoup Zenatti mais je ne connais pas Appelfeld ! Donc j'hésite...

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    1. Essaie de commencer par un des livres assez autobiographiques d'Appelfeld, alors (ils sont courts ^_^)

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  12. Je l'avais entendue en parler à La Grande Librairie, avec émotion. Cela me tente.

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  13. J'ai un roman d' Aharon Appelfeld dans ma PAL depuis un an et demi, roman que l'on m'a offert et dont je repousse à chaque fois la lecture... le roman ne m'inspire pas, mais bon, il passera bien à la casserole un jour où l'autre. Je pourrais ensuite me pencher sur ce livre ci !

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    1. Avec Appelfeld, il y a sans doute une forte note autobiographique dedans.

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  14. D'Appelfeld, j'ai lu Les eaux tumultueuses (un très grand livre -pourtant à l'époque je n'en avais pas fait un coup de cœur, à tort je trouve- dont il me reste des traces six ans après l'avoir lu. Je n'ai pas encore l'envie ni le besoin de lire la biographie de V Zénatti. Je préfère m'attaquer encore à l’œuvre de ce grand écrivain du souvenir.

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    1. Bonne idée, en effet, tu fais comme tu veux. Je n'ai lu qu'un livre de lui, tu vois, il en reste.

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  15. J'ai voulu découvrir ses romans et j'ai lu "Et la fureur ne s'est pas encore tue", aimé mais pas au point de vouloir lire d'autres livres de lui. Mais par contre, celui-ci de Valérie Zénatti me tente beaucoup plus.

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    1. Alors je pense que celui-ci, avec les deux auteurs, devrait bien convenir.

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Ce coup ci, je remets la modération des commentaires, espérant ainsi vous éviter de devoir cocher au hasard des photos floutées!
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