mardi 30 août 2011

Effacement



http://image.evene.fr/img/livres/g/2742747648.jpgEffacement
Percival Everett
Traduction de Anne-laure Tissut
Actes Sud, 2004
 
 
  Theolonious Ellison est un romancier américain et universitaire reconnu par ses pairs, même si son dernier roman peine à trouver un éditeur. Issu d'une famille aisée, il est noir, "nul au basket", "ne sait pas danser" et d'après un critique, son dernier roman, " finement travaillé, présente des personnages très élaborés, une langue riche et un jeu subtil sur l'intrigue, mais on a peine à comprendre ce que cette réécriture des Perses d'Eschylle a à voir avec l'expérience afro-américaine." Comme il le dit, "la race est un sujet auquel je ne pense presque jamais."
 
En librairie ses romans ne sont classés ni en littérature, ni en fiction contemporaine, mais "au rayon études afro-américaines, où ses Perses n'ont d'ostensiblement afro-américain que sa photo en quatrième de couverture." D'où, zéro ventes, forcément.
 
Justement ladite librairie propose le best seller "Not'vie à nous au ghetto" de Juanita Mae Jenkins. Ecoeuré par cette prose, il décide d'écrire sous un pseudonyme un roman du ghetto correspondant à ce qu'on attend d'un auteur noir, car il a bien besoin d'argent pour vivre (il a démissionné de son poste pour s'occuper de sa mère frôlant l'Alzheimer; sa soeur médecin vient d'être assasinée; son frère vient d'effectuer son coming out et ça se passe mal. Donc tout retombe sur lui).
 
Voici donc Putain! de Stagg R.Leigh, une parodie délirante, l'histoire de Van Go Jenkins, dix neuf ans, quatre gamins de quatre mères différentes.
"La mère d'Aspireene s'est maquée avec un Black, Chien Enragé, qu'on l'appelle, alors pas besoin d'aller flairer son pieu. Pas envie de me faire plomber le cul par un dur. Ça risque pas. Tynelona, sa mère est naze, elle s'est dégoté un calibre 9, j'me pointe, elle me dégomme, pasque j'lui ai pas filé de thune, trois mois, ça fait, qu'elle m'en demande. Ma plus grande, Dexatrina, sa mère elle m'aime toujours. J'pourrais aller tirer mon coup, mais pour m'casser après, autant essayer d'changer du lait en Coca. J' décide d'aller voir Rexall, mon fils. L'est trizaumic, mais ça va. L'a pas besoin d'tête dans c'putain d'monde" Etc pendant 80 pages.
 
Patatras! Gros succès, le roman va paraître, il est sélectionnné pour un prix (dont Ellison est juré!). Ellison qui se débat dans sa vie personnelle et ses problèmes.
 
"Le terrifiant dans l'histoire est qu'en niant ou refusant toute complicité dans la marginalisation des auteurs "noirs" je me retrouvai au plus loin de l'autre côté d'une ligne n'ayant d'existence qu'au mieux imaginaire. Pour moi, écrire ne relevait ni du témoignage ni du geste de protestation sociale (même si, d'une certaine manière, écrire en relève toujours) et je 'étais pas non plus porté par une prétendue tradition orale. Je n'avais jamais eu l'intention de libérer qui que ce fut, ni de produire la peinture authentique dernier cri de la vie de mon peuple, n'ayant jamais eu de peuple dont j'eusse eu une idée assez précise pour le peindre. Si j'avais écrit juste après la reconstruction, peut-être aurais-je eu pour propos d'élever la condition de mes semblables soumis à l'oppression.  Mais l'ironie était superbe. J'étais victime de racisme pour n'avoir pas reconnu de différence raciale ni accepté que mon art fut défini comme un exercice autobiographique émanant d'un représentant d'une race. Je devais donc d'échapper à l'oppression économique à un livre du même acabit que ceux que je jugeais racistes. J'allais devoir porter le masque de la personne que l'on m'imaginait être."
 
Merci à Ys (lire son billet) d'avoir mis en lumière ce roman absolument passionnant dont on ressort en se posant des questions sur ce qu'est la littérature afro-américaine -faut-il ces classements, d'ailleurs? Ajoutons une jolie peinture satirique des milieux littéraires, une belle palette d'écriture, de l'érudition (j'avoue ne pas avoir vraiment suivi les quelques pages de conférence, au début...). Sans oublier l'histoire d'un homme devant affronter de difficiles responsabilités, comme tout un chacun, quelle que soit sa couleur. Fort souvent franchement jubilatoire!
 

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Anne Il y a 2 ans


Ouh ça touche à pein de sujets brûlants ! C'est pas trop compliqué ? ?



clara Il y a 2 ans


Il me le faut !!!!!!



clara Il y a 2 ans


Bonheur, il est dispo à la biblio!!!!! yes!!!!!!



In Cold Blog Il y a 2 ans


Comme toi, c'est le billet d'Ys qui m'avait fait acheter ce bouquin... qui est toujours dans ma PAL.



Mango Il y a 2 ans


Pas banale cette histoire! C'est noté.



Aifelle Il y a 2 ans


Je me demande si je ne l'ai pas vu au festival America l'auteur. Je note, mais pour plus tard, pour le moment je recherche plus de détente.



Manu Il y a 2 ans


Il est dans ma PAL, of course !



Kathel Il y a 2 ans


J'ai déjà lu et aimé Désert américain... reste à trouver le temps de continuer la découverte et ce titre me semble idéal pour ça !



Ys Il y a 2 ans


Lire ton billet me rappelle que je ne suis pas encore retournée vers cet auteur, il va falloir car oui, c'est finement drôle, pertinent, et tout à fait propre à interroger sur la littérature.



Kathel Il y a 2 ans


Je peux t'envoyer Désert américain, si tu veux, je ne voulais pas spécialement le garder... et je fais de la place en ce moment !



Aifelle Il y a 2 ans


Il a lieu tous les deux ans, ce sera donc l'an prochain, en septembre. On se donne rendez-vous ?



Flo Il y a 2 ans


J'ai relu ce livre au printemps et, même si le côté hautement jubilatoire de ma première lecture (à sa sortie française) était un peu atténué (en même temps, je n'avais pas lâché le bouquin du
début à la fin, frisant un autisme dont mes proches avaient sérieusement pâti), la relecture valait la peine. C'est un livre d'une grande richesse, le seul de l'auteur qui m'ait jamais convaincu
d'ailleurs. C'est toujours un plaisir de découvrir qu'un nouveau lecteur vient de tomber sur cette pépite :)



A_girl_from_earth Il y a 2 ans


Ça fait longtemps que je veux lire un roman de Percival Everett! Un écrivain noir américain qui a une aussi bonne réputation, ça intrigue, forcément. Le seul hic, c'est que les édtions VO de ma
bib' étaient en caractères si petits que ça m'avait découragée à l'époque. Faudrait que j'aille voir s'ils ont de nouvelles acquisitions.



Dominique Il y a 2 ans


un excellent et grand roman, j'aime énormément cet auteur et si tu n'as pas lu "Blessés" jette toi dessus c'est vraiement aussi bien que "Effacement" et même meilleur peut être mais ça c'est une
question de goût



Choco Il y a 2 ans


Ah, un auteur que j'adore et dont on ne parle pas assez ! Bon, ok, je n'ai pas encore lu ce titre là mais je crois qu'il est dans ma PAL ^^



Margotte Il y a 2 ans


Le questionnement sur les classifications m'intéresse... Les auteurs étiquetés "caribéens" posent souvent le problème, idem pour ceux que l'on classe chez les auteurs dits "francophones"... Et
puis, une satire des milieux littéraires, en pleine période de "rentrée" littéraire, cela ne peut qu'être jubilatoire ;-)



Océane Il y a 2 ans


On dirait une belle satire sur le mileu de l'écriture, des médias et sur nos bons vieux clichés ! Très tentant !



Hélène Il y a 2 ans


lu il y a longtemps, j'en garde un bon souvenir mais je suis incapable de dire de quoi ça parle...



Géraldine Il y a 2 ans


Pas tentée plus que cela, tant mieux, en cette époque d'affluence dans ma PAL !



Géraldine Il y a 2 ans


t'imagines même pas, il pleut des livres de partout !!!



Choupynette Il y a 2 ans


j'avais lu Désert américain qui à ce qu'il paraît est vraiment moins bien, et j'avais pourtant beaucoup aimé. Il faut que je me procure celui-ci!



Choupynette Il y a 2 ans


si, si, j'ai  beaucoup aimé Désert américain!!!



Choupynette Il y a 2 ans


ah ok, autant pour moi, j'avais compris que mon com t'avait refroidie! ;))))



Choupynette Il y a 2 ans


je ne vois absolument pas de quoi tu parles!



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