mercredi 18 novembre 2015

Khomeini, Sade et moi

Khomeini, Sade et moi
Abnousse Shalmani
Grasset, 2014

Abnousse Shalmani est née en 1977 à Téhéran. Toute jeune elle a choisi de lutter à sa façon contre les "corbeaux" et les "barbus", jusqu'à l'exil de sa famille à Paris en 1985. Mais les corbeaux et les barbus ne sont hélas pas tous en Iran...

"J'ai trouvé dans l'étude du passé la meilleure voie pour comprendre mon enfance et partager une mémoire commune avec le pays qui m'a recueillie après l'exil. Je suis née plusieurs fois. Une fois un jour d'avril, une autre fois en retirant mon voile et en imposant ma nudité, une troisième fois en foulant le sol français, une autre fois enfin en ouvrant un livre de Zola et en découvrant la littérature libertine du XVIIIème siècle français. "

Autobiographie, pamphlet, cri, plaidoyer, ce récit enthousiasmant, dont j'ai démarré la lecture un certain vendredi 13 novembre au soir dans la sécurité confortable de mon lit et terminé le lundi suivant, a eu une résonance supplémentaire.

Abnousse Shalmani rend hommage à son père, qu'elle surnomme Haute tolérance. "Il écoutait, il proposait, il mettait en débat, mais jamais aucune décision n'était définitive, aucune logique n'était imposée. Il nous laissait non pas la liberté de faire ce qu'on voulait, mais la liberté de réfléchir à ce qu'on voulait. (...) Si j'ai si vite aimé les livres, c'était à force d'observer mon père. (...) Si j'ai voulu être écrivain, c'est parce que mon père aimait lire."   "Un père qui brise la tradition pour donner autant de chances à sa fille qu'à son fils, c'est l'assurance pour une femme de ne jamais se croire inférieure à un homme."

Très vite la littérature française devient indispensable. A juste seize ans elle découvre Pierre Louÿs, et son père (toujours lui!) l'aide à se procurer cette littérature érotique. Ensuite elle plonge dans la littérature libertine du XVIIIème siècle et nous en donne une présentation (qui plairait à Mina) vibrante et révolutionnaire(pour moi en tout cas). Puis c'est Sade, bien sûr.

Féministe, oui, du franc parler, contre les empêcheurs de penser et vivre, contre les barbus et corbeaux, contre le voile, faisant face aux incompréhensions autour d'elle. Pages poignantes quand elle évoque cette amitié n'ayant pas survécu au 11 septembre 2001. Puis voici les printemps arabes, puis Mohamed Merah... Puis le récit s'arrête en 2013.

Alors il faut lire absolument ce livre engagé, puissant, fort.

Les avis de Delphine, qui mène vers d'autres liens. Et de second flore .

Auteur rencontrée au salon du livre de Châteauroux; la photo n'a pas été aisée à prendre, avec Erwan Larher juste derrière qui faisait l'imbécile. Erwan blessé au Bataclan, et à qui je souhaite de vite revenir mettre l'ambiance dans les salons du livre!

(On voit bien derrière la chevelure d'Abnousse sa voisine)(à gauche c'est l'épaule de Bertrand Guillot)(quelle fine équipe)
Erwan, tes fans pensent à toi!

40 commentaires:

  1. Ma liste d'auteurs "Lire le monde" s'étoffe et sera bientôt publiée. Bien sûr, pour l'Iran, elle compte entre autres Abnousse Shalmani...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai placé l'auteur dans 'France', elle n'a obtenu la nationalité française qu'en 2009 (!) mais à lire les pages à ce sujet, je ne peux lui en donner une autre... Mais pour "Lire le monde", ce sera bien...

      Supprimer
  2. J'ai repéré ce livre, sans trop m'y attarder, je souligne. As-tu des nouvelles récentes d'Erwan Lahrer ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il a refait surface (je crois qu'il est encore à l'hôpital), mais reste égal à lui-même dans la gentillesse et l'humour.

      Supprimer
  3. Bonjour,

    Ce livre a l'air intéressant.

    Amicalement.

    Nadine N.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Vraiment beaucoup! Un témoignage, souvent à chaud, souvent sans prendre de gants, et de plus bien sûr une vision d'une certaine littérature. C'est très riche.

      Supprimer
  4. preuve s'il en est que le totalitarisme d'un régime n'empêche pas au final la culture et la parole

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah l'Iran, quel pays!!! Culture millénaire, et culture tout court, du temps du Shah bien sûr (dont le régime n'était pas défendable), et même maintenant, car je crois me souvenir que les filles sont éduquées. Essaie de mettre la main sur ce livre.

      Supprimer
  5. Je terminais "Kotchock, sur la route avec les migrants" au moment des attentats. Et j'ai enchaîné, dans un tout autre genre avec "Allah est grand la République aussi. Pour ce dernier, je suis beaucoup plus critique. Je vais faire quelque recherche sur celui dont tu parles car le sujet m'intéresse.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ignore si mes lectures vont être orientées différemment... Mes projets comportent des dizaines de livres. ^_^
      Je guetterai tes avis. Pour ce livre, l'avis de l'auteur est sans concessions, mais ça fait bien plaisir!

      Supprimer
  6. j'ai envie de lire ce livre uniquement pour savoir répondre (dans ma tête car j'ai peur que mes propos soient vite excessifs) à toutes ces "connes" qui se voilent en France alors que la loi ne le leur impose pas, je ne leur donne aucune excuse , j'ai tort sans doute mais voilà une de mes limites, quand on voit comment en Iran elles sont malheureuses de porter ce voile , je trouve que le minimum qu'on leur doit c'est de ne jamais le porter en France!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Hé oui, Abnousse Shalmani ne le dit guère autrement, en plus cela fait resurgir pour elle de mauvais souvenirs, et quand elle s'exprime comme toi, elle ne se fait pas que des amis (et en perd...). Elle milite aussi pour la jupe! ^_^

      Supprimer
  7. je lirai ce livre, pour pouvoir répondre (dans ma tête uniquement , car j'aurais peur de me laisser emporter par la colère) à toutes ces "connes" qui se voilent en France. quand on lit ou que l'on sait à quel point les femmes en Iran sont malheureuses d'être obligées de le porter, le minimum qu'on leur doit c'est de ne jamais le porter en France , pays où il n'est pas obligatoire pour aucune musulwomen

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je garde ton commentaire, qui n'est pas 100% le même, ne serait-ce que pour le mot musulwomen (^_^)

      Supprimer
    2. il n'est pas de moi, amis de mon petit fils qui a 7 ans , ses parent sont expliqué comme ils ont pu les attentats et c'est lui qui a demandé si les hommes sont musulmans alors les femmes sont musulwomens , et comme dans la famille on avait besoin de rire on a gardé son mot. c'est lui aussi dans la même discussion sur les partis politiques qui après des explications compliquées de ses parents,a dit "et ben moi quand je serai grand je créerai le parti de "l'extrême centre" !

      Supprimer
    3. Gardez précieusement ces 'mots d'enfant', vraiment! Mine de rien, ça mène à pas mal réfléchir...

      Supprimer
  8. Je note, évidemment, le sujet m'intéresse vraiment beaucoup...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je te recommande, et je pense que le style te plairait! ^_^

      Supprimer
  9. Tu donnes très envie de lire ce livre dont je n'avais pas entendu parler.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Peu de billets sur les blogs; mais au salon quand j'ai vu 'Iran', j'ai foncé!

      Supprimer
  10. Réponses
    1. C'est sûr qu'associer Khomeini et Sade dans le même titre... Mais tout s'éclaire à la lecture!

      Supprimer
    2. C'est exactement ce à quoi je pensais en lisant ton billet, c'est gonflé d'accoler ces deux noms, mais ça fait du bien de voir qu'on peut le faire

      Supprimer
    3. L'auteur les a dans sa vie, si j'ose dire. Yv, vraiment, faut lire ce bouquin!

      Supprimer
  11. Tu donnes envie de découvrir cette auteur dévoilée. Je ne savais pas qu'Erwan Larher avait été blessé.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Lis ce livre, tu verras!
      Erwan est un gars bien, pudique et tout, il ne chouine pas, garde le moral pour ce que j'en sais sur Facebook, mais il a morflé quand même (il se remet à l'hosto)

      Supprimer
  12. Aaah le fameux livre dont tu me parlais en comm' chez moi ! Hé bien, tu as bien raison d'en parler, ce genre de livre vaut toujours le détour. Noté (gaaasp) mais du coup, je serais très vigilante avec tes prochaines propositions de lecture.;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ce livre peut arriver entre tes mains, oui oui en 2016, je sais.

      Supprimer
  13. Parfait timing, Keisha... C'est LE livre qui m'a donné envie de me remettre à écrire après janvier dernier. Incarné, intelligent ET vivifiant.
    (et que la 'fine équipe' se reforme bientôt, merci ,)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai appris qu'il va sortir en anglais! L'auteur devait être au salon de Vierzon samedi dernier, mais est restée dans son quartier blessé. J'espère la revoir un de ces quatre, histoire de parler de ma lecture, et puis bien sûr toute l'équipe, et que ladite équipe profite de la vie dans ses moments 'off', j'ai eu des échos... ^_^
      Super, pour l'envie d'écrire!

      Supprimer
  14. tu donnes envie le lire. c'est noté. Il me semble qu'ils en parlaient dans le masque et la plume...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Alors là je ne peux rien te dire, ce livre est paru l'année dernière (mais peut bien sûr être lu à tout moment, je recommande!), j'ai juste flashé sur le titre en salon du livre!

      Supprimer
  15. On m'en avait parlé, je le garde en tête (pour une éventuelle sortie en poche ?), tu ravives l'envie de le lire ! Les passages sur la littérature française, notamment libertine, m'intéressent particulièrement, de même que ce parcours féminin en général.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai pensé à toi durant une partie de la lecture! Si tu rencontrais l'auteur, tu pourrais parler de cette littérature. Fort intéressant, j'espère bien que ce sera en poche, oui.

      Supprimer
  16. Une auteure qui témoigne d'un Iran moderne. Ce sont les exilé(e)s en France qui peuvent jouer les locomotives. Je me rappelle Naïri Nahapétian et de son roman sans concessions, "Dernier Refrain à Ispahan".
    http://christianwery.blogspot.be/2012/09/dernier-refrain-ispahan-nairi-nahapetian.html
    Bon dimanche, malgré cette lourdeur dans l'air.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Lourdeur chez vous en particulier (les images de Bruxelles sont glaçantes). Merci du lien, les Iraniens ont beaucoup à nous dire.

      Supprimer
  17. Mais je réalise que je ne reçois plus les alertes de tes post ! Le numérique m'énerve avec ses caprices que je ne maîtrise pas. Sacrebleu, dire que j'ai failli passer à côté de ton billet ! Ce livre est pour moi incontournable. Le lire dans ces maudites circonstances lui donne une résonance malheureusement particulière...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ha mais oui, tu es une des rares à avoir chroniqué ce livre! J'espère avoir suscité des envies.
      Je l'ai lu sans le faire exprès à un moment où ça parlait particulièrement (je l'avais acheté pour le parcours d'une iranienne, en mars avril, parce que j'aime ce pays)
      Pour les posts, tout peut arriver! Ne t'inquiète pas.

      Supprimer
  18. Il est dans mes biblis je l'ajoute à ma liste à lire.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ne tarde pas trop, c'est vraiment intéressant!

      Supprimer

Ce coup ci, je remets la modération des commentaires, espérant ainsi vous éviter de devoir cocher au hasard des photos floutées!
Dites-moi si ça vous arrive encore, merci!