lundi 21 décembre 2015

Grizzly Park

Grizzly Park
Arnaud Devillard
Le mot et le reste, 2013


Et voilà, j'ai tout lu des fantastiques aventures du couple Arnaud Cécile dans l'ouest américain, et comme Chinouk, me voilà un peu orpheline et désemparée.

Durant toute cette équipée dans les parcs américains, du Colorado au Montana, rode en eux la peur du grizzly avec la grande question que se pose le lecteur : "vont-ils en rencontrer un, oui ou non?"
Le Montana annonce la couleur.

Peur du grizzly? Pas possible!
Oubliez tout de suite vos souvenirs de teddy bear, de nounours de votre enfance... Le grizzly "pèse entre deux cents à quatre cents kilos pour plus de deux mètres de haut dressé sur les pattes arrière". Ursus arctos horribilis. Même le nom fait peur. Pour info, l'ours noir, black bear, fait dans les deux cents cinquante kilos maximum et un mètre cinquante de haut. (je le bats, c'est dire!). "Entre les deux espèces, il existe une barrière génétique : grizzly et ours noir ne peuvent pas se reproduire entre eux."

Certains, comme Doug Peacock (mes années grizzly)(et sur la piste des derniers grizzlis, de Rick Bass, mais voyageant avec Peacock)(et là je me demande si mon blog ne parle pas trop de grizzlys) pensent qu'il faudrait flanquer une paix royale aux grizzlys et ne même pas permettre aux touristes de risquer de les rencontrer. Les rangers des parcs font tout pour que les rencontres n'aient pas lieu, mais bon, quand une de ces bêtes traverse le chemin, commence un joli bearjam, chacun voulant prendre 'la' photo. Ces accumulations de voitures pour des photos parfois au plus près fonctionnent aussi pour les wapitis, bisons et autres... Dangereux! Ensuite le sentier est fermé histoire que la femelle furibonde car trop asticotée ayant attaqué une touriste se soit calmée.

Avant d'aller plus loin, j'avoue que moi aussi j'ai agi de même
OK, cet ours est canadien...
Se pose donc toujours le problème de l'animal sauvage qui doit le rester - pour son bien- en restant loin de l'homme, face au randonneur désireux d'admirer la nature (parce que ces fichus nounours habitent de chouettes coins - enfin, ceux qu'on leur a laissés, car avant leur territoire était plus étendu).

L'un des grands bonheurs à lire ce récit, pour moi, ce fut de retrouver une partie des paysages de ma dernière grande virée par là-bas.
Parc du Yellowstone : ses couleurs démentes!

Arnaud et Cécile n'ont vraiment pas cherché à voir un grizzly, et pris au sérieux les recommandations des rangers, sombrant dans une bearanoia assumée gentiment. Quand seule votre toile de tente vous sépare des griffes d'un grizzly ayant repéré une odeur sympa, on rigole moins, alors autant ne pas faire les malins. Ne serait-ce que par respect pour l'animal.

On l'aura compris, notre couple est plutôt du côté de l'ours, et ne se prive pas d'ironiser sur le mode de vie américain.
"Aux Etats Unis, un parc national ne se conçoit qu'avec son réseau routier.  Le Continental Divide est une belle chose, mais si vous ne pouvez pas le photographier depuis la portière du Subaru, il n'a aucun intérêt. Ce serait même anti-américain, et il ne faut pas jouer avec ça."
"Dans ce pays, commander un dessert entraîne automatiquement une question piège du serveur : glace à la vanille ou chantilly? Parce qu'il est entendu que le seul gâteau ne suffit pas, il lui faut des gadgets. Et vous n'avez pas le droit de refuser, surtout si vous venez de manger du poisson avec des légumes. Ce serait très suspect. Je choisis la glace, évitant ainsi d'échoir sur la liste des most wanted du FBI."

Tout en faisant preuve d'autodérision.
"J'avoue, la première fois que j'ai vu un tamia, c'était l'extase. Pensez! Une bête sauvage, Dame Nature en son château, l'homme est peu de chose, vite, passe-moi l'appareil photo. La deuxième fois, on est encore émerveillé, car cela prouve que l'on est vraiment en pleine sauvagerie, la première fois n'était pas qu'un coup de chance.  La troisième fois, il y en a deux en même temps, ce qui justifie une douzième photo. La quatrième fois (c'est-à-dire un quart d'heure après), on ne fait plus attention. Ensuite on leur jette des pierres parce qu'ils gênent."
Je pense avoir vu le même nid de balbuzard qu'Arnaud et Cécile dans le canyon de la rivière Yellowstone

Chouette bouquin, donc, mêlant crapahutage sur de beaux sentiers, admirant le panorama, réflexion sur les animaux sauvages et leur préservation, sur l'histoire récente des Etats Unis, surtout vis à vis des premiers habitants spoliés de leurs terres. Arnaud sait aussi évoquer son père de façon poignante, et la musique qu'il aime à presque me la faire apprécier! Son dernier bouquin s'intitule Dire Straits, l'Amérique fantasmée.

Edit : J'annonce à Chinouk et Didi que j'ai retrouvé mes photos, alors rien que pour elles je donne une vue de ce qui m'attendait à Glacier Park en juillet (la balade prévue a été annulée)

32 commentaires:

  1. Tu ne ferais pas une fixation sur les ours, comme John Irving dans ses premiers romans ? Il a l'air plaisant à lire celui-là.

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    1. En écrivant le billet, j'ai réalisé que je ne ratais aucun grizzly... Oui, John Irving. ^_^
      Très plaisant à lire, il n'y a pas besoin d'être trop technique dans ses goûts littéraires pour bien s'amuser. Tous les bouquins de l'auteur sont comme ça, si tu aimes Bryson, ça peut bien coller entre vous.

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  2. J'ai lu avec plaisir Camping California... il fait partie des livres qui sont passés à la trappe au moment du billet, mais ça en veut pas dire que je n'ai pas aimé ! Alors pourquoi pas les suivre sur les pas des grizzlis ?

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    1. Plaisir de lecture ne signifie pas toujours billet, je viens de le vivre avec Chantiers de MH Lafon (mais un jour peut-être?) Je te recommande chaudement tous les bouquins d'A Devillard!

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  3. Même si je prends plaisir à lire ta note et les extraits que tu as choisis, qui sont très drôles, le nature writing sans le romanesque, je sais que ce n'est pas ma tasse de thé à moi ... Tant pis pour moi ...

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    1. Snif snif, tu passes à côté de bien des joies... Mais bon, rien à dire, Arnaud et Cécile sont en couple et le restent, alors pas de romanesque...

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  4. l'ours est décidément source d'inspiration ! J'aime crapahuter aussi, alors allons-y ! :)

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  5. Chouette billet ! Tu m'as presque donné envie de le lire (c'est dire ;).
    Juste une question : tu bats l'ours en taille ou en masse ? C'est pas très clair ^^

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    1. Devine.
      Tu sais, même la patoune de mon chat peut faire des dégâts...

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  6. belle randonnée , même si on y fait de mauvaises rencontres! grand plaisir à lire ton billet , très complet me semble-t-il.

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    1. Les mauvaises rencontres (ou désagréables) sont plutôt celles de touristes un peu trop gâtés. L'ours n'est pas une mauvais rencontre, non mais, quoi! Il est chez lui! ^_^

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  7. Ha ha j'associe complètement ce genre romanesque à toi ^^ Ton enthousiasme fait plaisir à voir, et pour une fois dans ce genre, je ne passerai pas mon chemin mais plutôt espérer(encore !) que la médiathèque satisfera ma curiosité de le lire !

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    1. J'aime beaucoup ce genre de récits, on voyage, on apprend, on s'amuse aussi un peu. Pour une fois l'auteur est français!

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  8. Oui un auteur français .. je suis un peu mitigée car ayant vécu là-bas, lire les réflexions sur les américains, je n'apprendrais rien ! Mais comme toi, les grizzlys et puis j'ai fait 3 fois Yellowstone (failli une 4ème..) et j'y ai un gentil ours noir se gratter le dos sur un arbre .. je me suis réveillée au milieu d'un troupeau de bisons ..
    Par contre, une autre fois, nous y étions quand un jeune randonneur a été gentiment déchiqueté par un grizzly .. alors oui, je suis d'accord : ils sont chez eux et donc j'ai toujours fait attention à bien accrocher toutes mes affaires bien en hauteur dans les caissons en fer car même la tôle de votre caravane ne résiste pas à leurs griffes !
    Lors de mon dernier voyage, mais je crois que tu as vu la photo, on a vu des oursons, et moi je pensais uniquement que la mère allait se pointer et bouffer un ou deux touristes qui s'approchaient trop ... :-)

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    1. Yellowstone deux fois, et encore plus beau la deuxième! Mais le troupeau de bisons sur la route, le wapiti approché de bien près (je ne suis pas plus raisonnable que les autres) et le camping dans le parc, c'était lors de la première fois!
      Le problème est que dans notre inconscient le gros nounours rappelle l'enfance, la sécurité, etc. Mais ces animaux doivent être laissés à leur sauvagitude (!) et on en doit pas leur laisser le libre accès aux poubelles. Je comprends tes craintes, en fait c'est du bon sens.
      Mais quand même, de petits oursons, trop mignon! Sauf que la mère n'est jamais loin (et pas contente)
      Je te conseille quand même ce bouquin, même s'il ne t'apprend rien, tu replonges dans l'ambiance!

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  9. Grizzly un jour, grizzly toujours, ne culpabilise pas ^^ Et donc bientôt, tu vas changer de cap et nous parler de Dire Straits ? ;-)

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    1. Heu, dire Straits, guère de chance, j'ignore totalement ce monde là... Dans mon prochain billet sorties (à écrire sans trop tarder) je parlerai d'un autre univers musical...

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  10. Des ours et de l'autodérision ? je suis preneur !

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    1. Si tu aimes Bryson (oui, on ne doit pas comparer, mais pour la satisfaction ressentie à la lecture, c'est similaire), alors fonce!

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  11. ahhhh mais pourquoi tes photos sont si petites ?? Pour moins me faire bisquer ? je rêve, je rêve d'aller là-bas et je rêve aussi que Mr Devillard reparte en vadrouille ( mais ça il le sait déjà ) :)

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    1. Hélas mes photos datent de 2011, juste avant le crash de mon ordi, et donc des photos (ouaip, je ne pense pas les avoir enregistrées, faudrait que je fouine). Je les avais mises sur Picasa, puis envoyées à ma nièce, donc elles existent mais toutes petites, hélas.
      Oui, va là-bas! A Devillard se voue à ses groupes maintenant, je connais son enthousiasme mais je risque de moins le suivre...

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    2. Merci d'avoir fait un édit de tes photos :) Pareil pour Devillard, peut-etre que si je le croise en bibliothèque je me laisserai tenter par son dernier, parce j'aime vraiment son écriture.

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    3. C'est sympa d'être repassée! En fait sur mon ordi actuel j'ai installé Picasa, qui avait gardé toutes mes photos... (parfois ça fait peur d'être suivi comme ça, mais c'est pratique de voir que ce n'est pas perdu)
      J'aime aussi son écriture, quand il parle musique dans ses bouquins je suis un peu à l'ouest, mais c'est amusant quand même (et enthousiaste!)

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  12. Coucou
    c'est dommage tes photos sont toutes petites, je vois rien. Tu pourrais les mettre à la taille du grizzly s'il te plait.
    Bisous

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    1. J'en suis fort marrie aussi, va voir ma réponse à Chinouk juste au dessus, je vais essayer de fouiner voir s'il existe un moyen de les avoir plus grandes, histoire de vous effrayer avec l'ours!

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    2. Ah oui ut de zut alors ... Bisous

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    3. Tu as vu, je les ai agrandies (mais pas taille réelle... ^_^)

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  13. Pfffrt le titre, la couv', les grizzlys, très très tentant pour moi tout ça ! Bon, mon bouclier est haut levé jusqu'à au moins la fin de l'année mais j'ai enregistré l'existence de ce livre dans ma 'tite tête.:-)

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    1. Je signale que ce livre m'appartient, alors il peut t'être prêté de la main à la main (mais j'y tiens, à celui-là!)(je l'ai commandé en librairie, c'est dire!)

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  14. Au fond, vous auriez pu faire le livre d'Arnaud Devillard (et Cécile) : il vaut surtout par le fait que vous y retrouviez vos chemins parcourus ?
    ;-)
    Passez de joyeuses fêtes de Noël Keisha !

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    1. Il vaut pour cela, car on aime retrouver ses souvenirs (cf Que voit-on quand on lit?) mais bien évidemment pas seulement. Arnaud et sa compagne ont fait de la vraie rando, ce qui n'est pas mon cas, et en ont plus vu et connu, c'est sûr. De plus il y a le ton qui me fait plier souvent en quatre, et moi je ne parle pas de musique post années 80.
      Allez, bonnes fêtes à vous!

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Bon, peut-être votre commentaire n'apparaîtra-t-il pas? Passez à Anonyme, ça marche très bien, j'en fais autant avec quelques blogs, sans trop comprendre le pourquoi du comment du 'bug'. Merci !