mercredi 23 août 2017

La petite femelle

La petite femelle
Philippe Jaenada
Julliard, 2015


Mais quelle lectrice idiote je suis parfois! Tenez, Jaenada, j'ai aimé les deux bouquins que j'ai lus de lui, dans sa veine un poil autobiographique mais romancée. J'adore ses digressions et ses parenthèses. Bref, sans doute pour faire durer, je repousse la lecture de ses autres romans. Je précise que j'ai rencontré trois fois l'auteur, et possède deux livres dédicacés. Alors je me suis secouée, ai emprunté deux romans à la bibli et plongé dans La petite femelle.  Et c'est mieux que drôlement bien.

Au départ j'avais une très très vague idée de l'histoire de Pauline Dubuisson, et finalement c'est préférable. Je dirai donc juste qu'élevée par une mère assez absente tout en étant présente, et un père qui voulait la modeler (la lecture de Nietzsche avant douze ans, quand même), elle fréquente des allemands pendant la guerre (déjà fréquentés par son père), subit les représailles de courageux résistants de la vraiment dernière heure préférant s'en prendre prudemment à des jeunes filles, puis commence à Lille des études de médecine. La voie toute tracée de la bonne épouse, pas son truc. Mais elle possède un coeur, ses amours sont assez tumultueuses, et elle  est accusée d'avoir abattu un ex peut-être pas tout à fait ex.
L'affaire a défrayé la chronique et des années après continue de remplir des pages.
Alors Jaenada a remonté ses manches, s'est dit 'trop c'est trop', a plongé dans les archives et les documents et s'est lancé dans un palpitant pavé (merci à lui).

Donc, il enquête, argumente, réfléchit, compare, usant de bon sens et de logique, mais surtout des documents compulsés, sans que jamais ce ne soit lourdingue. N'oubliant pas de rappeler brièvement ou pas des faits d'époque, histoire de camper le décor. Par exemple Dunkerque pendant la guerre (et même après l'armistice, incroyable, la ville n'a été libérée que le 9 mai 1945, et Pauline y était encore!). Ou les prisons pour femmes dans les années 50.
En attendant que les portes de la prison se referment sur elle, Pauline (qui voulait qu'on l'appelle Paulette, comme quoi les prénoms, des goûts et des couleurs, et des modes...) a droit à un procès bien tendancieux et bâclé, 'défendue' par un avocat sympathique mais ne faisant pas le poids face à celui de l'accusation, dans une atmosphère hystérique entretenue par les journaux (et Jaenada n'est pas tendre avec certaine journaliste). Rappelons qu'à l'époque la peine de mort existait encore, même pour les femmes (merci Pétain). Bref, le sang bout quand on découvre certains écrits et propos biaisés, la mise sous silence de faits favorables à l'accusée, etc.

Jaenada est parfaitement convaincant et honnête dans sa présentation et défense de Pauline (s'il imagine, il le dit, et en fait c'est rare). Il démonte aussi l'histoire du viol, apparu des années après. Ses parenthèses et digressions apportent un poil d'humour ironique bienvenu pour souffler un peu. Merci.

Quelques passages
Une enquête sur Pauline : "Elle aimait beaucoup la musique classique, ce qui ne l'empêchait pas de faire admirablement bien la cuisine, de confectionner des robes et d'arranger son intérieur avec beaucoup de goût". Toute une époque, quoi.

Tiens, le roman de 2017? "Maître Maurice Garçon (qui a défendu avec succès, parmi beaucoup d'autres, Henri Girard, Georges Arnaud de son nom de plume, l'auteur du salaire de la peur (...) accusé d'avoir assassiné, à la serpe, son père, sa tante et leur femme de ménage, dans leur château d'Escoire, en Dordogne - c'est une affaire passionnante et mystérieuse ; il sera acquitté après dix minutes de délibération).
Et là, tiens, quand le jeune Modiano croise Pauline? "Il en parlera encore à cinquante-huit ans, à soixante-cinq ans aussi, et à soixante-neuf toujours, après son prix Nobel. "

Et je m'amuse à croiser page 668 Julien Blanc-Gras, dit Va-Partout.

Les avis de Sandrine, athalie, brize, eimelle, lecture  écriture (claudia lucia)

Plus de 700 pages, donc éligible pour le Pavé de l'été chez Brize. Lien vers page récapitulative

50 commentaires:

  1. Je bute sur le titre, c'est bête hein ? Je n'ai encore jamais lu l'auteur.

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    1. Je te comprends, sans doute une des raisons pour lesquelles j'ai longtemps hésité... Mais vas-y, c'est excellent!

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  2. Beaucoup aimé aussi. Plein d'auteurs, de plus en plus, mêlent l'autobiographie au propos biographique ou historique, mais personne ne fait ça comme lui. C'est le roi de la parenthèse, j'adore !
    Dans la foulée de cette lecture, j'ai regardé le film de Clouzot avec Brigitte Bardot : une bombe !

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    1. Oups je savais que j'avais oublié de voir les billets d'avant, tellement j'étais dans le bouquin, voilà j'ai mis un lien : oui, un autre livre sur Pauline la même année, oui, le film, mais je ne l'ai pas vu.
      Je me contente de Jaenada et son excellent bouquin (depuis j'ai lu un autre roman, tout aussi Jaenadesque, mais veine autobiographique plus marquée.)

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  3. Tu n'as pas perdu de temps pour le dévorer ! Il est vraiment passionnant, n'est-ce pas ?

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    1. Cinq jours quand même. ^_^ Exact, passionnant, et il m'en reste à lire de l'auteur, chic!

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  4. Jaenada, je suis fan depuis ses débuts, comme toi j'aime son sens de la digression, et surtout son humour, capable de ma faire éclater de rire au beau milieu d'un bus bondé...
    Celui-ci est sur ma PAL, et devrais donc bientôt en sortir...

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    1. Faire rire au milieu d'une telle histoire, il l'a réussi aussi! N'hésite pas à t'y lancer.

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  5. Comme toi, j'aime bien P. Jaenada, ses parenthèses, ses tirets dans les parenthèses et inversement, ses digressions et son humour, mais je n'ai pas de livre dédicacé, et surtout 700 pages...pfff, je renonce à l'avance

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    1. Il en a écrit de plus courts, tu le sais.

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  6. Tout enthousiaste que toi ! L'engagement de l'auteur auprès de son personne donne une intensité incroyable à cette biographie, et les digressions l'humour, mais aussi des éclairages sur le contexte judicieux et pertinents ! La serpe me tente beaucoup, du coup.

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    1. Pareil pour La serpe, mais j'attendrai tranquillement un peu quand même.

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  7. c'est le seul que j'ai lu de lui, et j'en garde un bon souvenir!

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    1. Je regrette d'avoir tant attendu pour m'y lancer.

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  8. Bah voilà ! Je ne me rappelait plus cette note sur Girard (forcément), mais tu as raison, ça devait déjà faire son chemin en lui, cette histoire !

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    1. D'ailleurs il spoilait un peu, à l'époque. Mais ça faisait son chemin, comme tu dis.

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  9. Oh mais c'est de la même femme que Jean-Luc Seigle parle dans "Je vous écris dans le noir"...

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    1. Tout à fait! Mais cela semble plus un roman (je crois que Pauline est la narratrice?), et c'est plus court. Paru quelques mois avant celui de Jaenada. Donc travaillés à part, forcément.

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  10. Il ferait un parfait pavé de l'été celui là... mais il devrai attendre l'année prochaine je le crains !

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    1. Comme pavé, c'en est un. Mais pas lourd du tout.

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  11. Je ne le touche pas - j'ai lu l'autre roman consacré à Pauline (de Seigle) et je préfère rester sur celui-ci. Même si je sais que Jaenada a fait du bon travail, je crois simplement que je ne veux pas "comparer" deux auteurs.

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    1. J'ai hésité à enchaîner avec celui de Seigle, et puis, bon, ça va, là. ^_^

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  12. Pour le prix Elle, j'ai lu "Je vous écrit dans le noir", sur le même sujet : pas convaincue par l'approche de Seigle. Ce que tu écris de l'ouvrage de Jaenada me parait plus convaincant : je me laisserai peut-être tenter si je le trouve en bibliothèque.

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    1. J'ai feuilleté le livre de Seigle,qui m'a l'air d'avoir écrit du point de vue de Pauline, et n'ai pas trop eu envie de le lire (je suis tombée sur la scène de viol!). Il est court, je sais. Mais pour l'instant je vais laisser l'affaire de côté.
      Jaenada m'a parfaitement plu!

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  13. c'est justement le côté pavé qui me freine, pourtant, ne fait-il pas l'unanimité depuis des mois et des mois?

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    1. Oui, c'est gros, mais ça se lit très bien (prévoir plusieurs jours tout de même!)

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  14. J'ai beaucoup vu ce livre à un moment donné. Je n'ai pas été attiré du tout par le titre. Je n'y ai donc pas fait très attention... L'auteur, je ne le connais pas.

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    1. Essaie l'auteur avec peut-être un roman moins épais?

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  15. J'avais lu le roman de Seigle sur le même sujet, qui ne m'avait pas convaincue. J'aurais dû lire celui-ci.

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    1. Je le pense (j'ai feuilleté le roman de Seigle, suis tombée sur une scène disons difficile, et passé)

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  16. Je ne me sens toujours pas attirée par cet auteur... malgré ton enthousiasme.

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  17. Mais non, tu n'es pas idiote, c'est juste que tu lis d'autres choses aussi.^^ Bon, je dis ça pour moi aussi. On en a discuté déjà de cet auteur:-) Après, ce qui est bien, c'est qu'il y a toujours le plaisir de la découverte quand c'est vraiment bon, donc rien n'est perdu.

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    1. Cet été je me suis bien vautrée dans ce que j'avais envie de lire, rien d'obligatoire, et pas forcément récent. Le bonheur!

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  18. Beaucoup aimé aussi, mais j'ai eu un peu de mal sur la durée (du coup, je préfère ne pas m'aventurer dans "La serpe").

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    1. 648 pages pour la serpe? Ouch, il est en commande à ma bibli, je devrai patienter, ce n'est pas plus mal.

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  19. Il m'attend dans ma liseuse depuis si longtemps.

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    1. Ben alors? Il a tout pour te plaire, et avec la liseuse, ça ne pèse rien.

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  20. Jamais lu Jaenada, mais j'ai "La petite femelle" en épreuves non corrigées depuis... deux ans (no comment). Le pire, c'est que j'ai très envie de le lire !! Je l'ai remis sur le haut de ma pile la semaine dernière, mais il est vraiment très gros, et je me demande si je ne vais pas me l'acheter en poche ou en numérique, ce sera moins encombrant. Sinon, j'ai lu récemment le Seigle, qui ne m'a pas totalement convaincue. Je suis d'autant plus impatiente de découvrir cette version !

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    1. No comment. ^_^
      Le Seigle est plus court, mais ne m'attire pas pour l'instant. Le Jaenada, ça passe tout seul, faut juste prévoir une autre lecture pour le sac quand on sort.

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  21. C'est juste tout ce que j'aime ... Il n'y a que le nombre de pages qui m'arrête.

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    1. Cela se passe très bien, c'est Jaenada, qui n'assomme pas son lecteur!

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  22. Je lirai ce roman ! J'avais beaucoup aimé celui de Jean-Luc Seigle sur Pauline Dubuisson, sorti quasiment en même temps... C'est pour ça que j'avais attendu pour lire celui-ci. Mais je crois qu'il faut que je me frotte à l'écriture de Jaenada dont tout le monde dit le plus grand bien et qui, je ne le sens, est faite pour moi.

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    1. J'adore son écriture!
      Tu as raison, mieux valait ne pas enchaîner les deux romans.

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    2. Punaise ! la lecture de Nietzsche avant 12 ans, il faut oser...

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    3. L'influence de son père...

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  23. ça fait des lustres que je l'ai noté dans ma wish list, mais toujours pas lu!!

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  24. J'avais bien aimé le livre à sa sortie. Le sujet est traité avec sérieux mais aussi avec passion ; L'auteur n'est pas et ne se veut pas objectif !

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    1. En tout cas il est fort convaincant! Je compte récidiver avec La serpe.

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Ce coup ci, je remets la modération des commentaires, espérant ainsi vous éviter de devoir cocher au hasard des photos floutées!
Dites-moi si ça vous arrive encore, merci!