lundi 13 juin 2011

Les pérégrins



http://www.libella.fr/noirsurblanc/auteurs_couv/tokarczuk.jpgLecture  passionnante et déconcertante, celle de Les Pérégrins d'Olga Tokarczuk (éditions noir sur blanc, 2010), prêté gentiment par Hélène. A ma connaissance, nous sommes les deux seuls blogs à en parler, et c'est dommage. Non que j'aie tout compris. Hélène non plus, semble-t-il.
En résumé, ça résiste, il y a quelque chose dedans, mais...!
 
 
Véritable Objet Littéraire Non Identifié, ce roman offre des textes très courts et de quasi longues nouvelles, narrées à la première personne ou de l'extérieur, (mais lors de la croisière intervient la narratrice principale, et ces ichtyologistes rencontrés précédemment?). Des voyages, bien sûr, il en est question, mais aussi que viennent faire ces textes sur la conservation des corps humains et leur exposition en musée? Une femme disparaît au cours de vacances, un conducteur de ferry prend le large, une autre femme quitte son domicile et erre dans le métro moscovite, un homme va des antipodes en Pologne pour tenir une promesse...
 
Des expressions, des personnages reviennent, une sorte de fil rouge est décelable. Grâce aussi à une écriture fluide et des réflexions étonnantes et brillantes, le lecteur dévore les pages... mais où va-t'on? A moins que justement la forme et le fond  du roman soient frères siamois...
 
"Récits pour le voyage
Ai-je raison de raconter? Ne serait-il pas mieux d'attacher mon esprit avec une agrafe, de tirer vigoureusement les rênes et de préférer à toutes ces histoires la simplicité d'un cours magistral où, phrase après phrase, se clarifie une idée qui, dans les paragraphes suivants, sera reliée aux autres. Je pourrais multiplier les citations et les notes, je pourrais présenter pas à pas les étapes de ma démonstration, selon l'ordre des points ou des chapitres; je vérifierais le bien-fondé de l'hypothèse formulée antérieurement et, finalement je pourrais accrocher mes preuves comme on exhibe, à la vue de tous, les draps tachés après la nuit de noces. Je serais alors la maîtresse de mon texte et n'aurais plus qu'à encaisser mes honoraires honnêtement gagnés.
Au lieu de cela j'assume le rôle de sage-femme, ou celui d'une jardinière dont le seul mérite est de jeter des graines en terre et, plus tard, de faire une guerre fastidieuse aux mauvaises herbes.
Le récit a sa propre inertie qu'on ne peut jamais maîtriser jusqu'au bout. Il requiert des personnes comme moi : indécises, qui manquent de confiance en elles et se laissent mener en bateau. Bref, des naïfs."
 
"Irkoutsk-Moscou
La ligne Irkoutsk-Moscou. L'avion décolle d'Irkoutsk à huit heures du matin et arrive à Moscou à la même heure-huit heures du matin, le même jour. C'est le moment où le soleil se lève; ainsi, tout le vol s'effectue à l'aube. On demeure dans le même instant, qui s'étire, comme un immense et paisible Maintenant, aussi vaste que la Sibérie.
Ce devrait être un moment propice à la confession de toute une vie. Le temps s'écoule à l'intérieur de la carlingue, mais ne ruisselle pas à l'extérieur."
 
Les serviettes hygiéniques
"Sur l'emballage des serviettes hygiéniques que j'ai achetées dans une pharmacie étaient imprimées ces informations courtes et cocasses:
(...)
Après tout, le papier a été inventé pour véhiculer des idées! Le papier d'emballage est un pur gaspillage, cela devrait être interdit. Et quitte à emballer des articles, autant imprimer dessus des récits ou des poèmes, en veillant toujours à ce qu'il y ait quelque rapport entre le contenant et le contenu.
[page 102, des tas d'exemples étonnants]"
 
"La marque du pérégrin
Un jour, un ami m'a dit qu'il n'aimait pas voyager seul. Dès qu'il voyait quelque chose d'extraordinaire, d'inédit, de beau, il brûlait d'envie de partager son enchantement avec quelqu'un, à tel point qu'il se sentait malheureux s'il n'avait personne à ses côtés
A mon avis, en voilà un qui n'est pas fait pour être pérégrin."
 
[Un autre passage]
"Durant ces dernières années, elle avait fini par comprendre qu'il suffisait tout simplement d'être une femme d'âge mûr, sans signes particuliers, pour devenir invisible. Et pas seulement pour les hommes. Pour les femmes aussi, car elles ne la soupçonnaient plus de vouloir participer à une quelconque compétition. Une impression inédite, surprenante - elle sentait le regard des autres glisser sur son visage, sur ses joues, sur son nez, sans même les frôler. Ces regards traversaient son corps, et sans doute les gens voyaient-ils à travers lui les affiches publicitaires, le paysage, les horaires des bus. Oh oui, elle avait tout l'air d'être devenue transparente. Et elle songea que cela lui ouvrait d'énormes possibilités dont elle apprenait seulement à tirer parti. Par exemple, dans une situation dramatique, personne ne se souviendrait d'elle; les témoins déclareraient seulement : 'une femme...' ou 'il y avait encore quelqu'un d'autre qui était là...'. Les hommes, sur ce point, sont plus rigoureux que les femmes, ils ne se donnent pas la peine de faire semblant, leur regard ne se pose jamais sur elle plus longtemps qu'une seconde; les femmes, elles, fixeront quelquefois leur attention sur un détail, par exemple sur une jolie paire de boucles d'oreille. Seul un enfant, pour des raisons connues de lui seul, plantera parfois ses yeux dans les siens, pour étudier son visage en détail, impassiblement, puis détournera sa tête tendue vers l'avenir."
 
 
Un article du Magazine Littéraire       
 
Challenge Voisins Voisines (Kathel, tu arrives à suivre?)

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Manu Il y a 2 ans


Moui moui, si personne ne comprend vraiment, je ne vais pas tenter J'aime le rationnel.



mango Il y a 2 ans


En mode grappillage aujourd'hui, je me sens brusquement déconnectée! Ce livre semble difficile, non? J'aimerais mieux commencer à lire cette romancière polonaise dont on dit tant de bien par un
roman plus simple si possible.



Valérie Il y a 2 ans


J'ai pensé à toi hier. Solenn regrettait l'unifomisation des lectures et je me suis dit que s'il y a bien un blog qui ne rentre pas dans le moule, c'est le tien. Je me demande toujours où tu vas
nous chercher tes lectures.



clara Il y a 2 ans


Euh, pas inspirée...



keisha Il y a 2 ans


@ clara


Pas curieuse ou courageuse? Le fait est que c'est assez particulier, comme livre, je ne regrette pas.



Dominique Il y a 2 ans


Noir su blanc fait partie des éditions que je surveille mais après avoir feuilleté ce livre j'ai décidé de ne pas le lire, d'une part je n'aime pas les nouvelles et le livre ressemble plus à un
ensemble de nouvelles qu'à un roman, et de plus j'ai été un peu trop déconcertée par la forme et pas convaincue par les extraits que j'ai lu



keisha Il y a 2 ans


@ Dominique


C'était ma deuxième rencontre avec ces éditions (après Proust contre la déchéance), tu vois mes bémols, mais c'est une lecture pas désagréable qui vaut la peine d'être tentée; j'avais plein de
passages qui m'ont plu, tu sais!



Papillon Il y a 2 ans


Pas inspirée non plus, dèjà que je ne suis guère emballée par les nouvelles, alors si en plus on ne comprend rien...



keisha Il y a 2 ans


@ Papillon


Je dis que cela ressemble à des nouvelles, parce que je n'ai pas vu un lien clair, mais il y en a sûrement un. Une lecture pas déplaisante, en tout cas.



Océane Il y a 2 ans


C'est le genre d'objet curieux qui me plait. Une promenade dans le cerveau tortueux d'un créateur...



keisha Il y a 2 ans


@ Océane


Là tu seras ravie. Et j'ai oublié de dire qu'il y a des illustrations assez curieuses aussi.



Kathel Il y a 2 ans


J'ai noté ce livre, mais pour un emprunt en bibli, je ne suis pas du tout sûre d'accrocher... Sinon, j'arrive encore à suivre, mon organisation est bien rodée !



keisha Il y a 2 ans


@ Kathel


Pour un emprunt, oui, cela évitera les regrets, ce n'est pas donné comme prix. Mais laisse toi conduire, quitte à grapiller.


Oui, je sais "organisée" est ton deuxième prénom...



Yv Il y a 2 ans


Ton dernier extrait me fait penser à quelquechose que j'ai lu récemment, mais je ne sais plus quoi ni où... Le livre à l'air énigmatique, juste ce qu'il faut pour retenr l'attention.



keisha Il y a 2 ans


@ Yv


Enigmatique, c'est ce qui m'a attirée. Je ne prétends pas avoir compris d'ailleurs, mais cela m'a plu.


Le dernier extrait... (je vois que tu es un lecteur sérieux et vigilant de mon blog..). Il faudrait voir sur le tien si un de tes livres pourrait correspondre?



A_girl_from_earth Il y a 2 ans


T'es sûre que l'auteure n'a pas fait un long séjour en Islande? Bon moi je note parce que les OLNI déconcertants et tout
normalement c'est ma came, mais j'ai peur pour le côté nouvelles qui est moins mon truc. A voir si je le trouve à la bib déjà.



keisha Il y a 2 ans


@ A girl from earth


J'ai dit nouvelles, car je n'ai pas saisi le lien, il doit y en avoir un, ne seraient-ce que les pérégrinations, mais bon... Je me suis contentée de lire, un bon style, de l'imagination, cela
coule bien. Essaie à ta bibli, oui.


On voyage pas mal dans ce livre, pour l'Islande je ne sais pas (oui, je vois la référence à ton expérience livresque récente ) , je suis contente d'avoir titillé ton envie.



Marie Il y a 2 ans


Ton billet me laisse perplexe. Les extraits que tu cites me donnent envie de le lire, mais en même temps j'ai bien peur de me perdre dans ces textes...






keisha Il y a 2 ans


@ Marie


J'ai volontairement cité plein de textes, d'autres aussi m'avaient plu. C'est surprenant comme livre, on ne sait trop où on va, mais c'est vraiment intéressant!



Alex-Mot-à-Mots Il y a 2 ans


Une maison d'édition qui publie des choses périlleuses, on dirait.



keisha Il y a 2 ans


@ Alex-Mots-à-Mots


Avec raison, heureusement qu'il en existe pour proposer des romans non formatés!



Edelwe Il y a 2 ans


Intriguant!



keisha Il y a 2 ans


@ Edelwe


Pour sûr!

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