vendredi 18 novembre 2016

L'autre Paris

L'autre Paris
Okänd Paris, 1954
Ivar Lo-Johanssson
L'élan, 2016
Traduction (et remarquable préface) de Philippe Bouquet


Un auteur suédois inconnu, revenant à Paris dans les années 50, après un séjour en France vingt-cinq ans plus tôt? (A l'époque il avait travaillé comme tailleur de pierre à Rouen, ses œuvres sont visibles sur la cathédrale, oui, Aifelle...)

Durant ce second séjour, il est accompagné de Tore Johnson, photographe hélas plus trop abordable, regrette le préfacier, donc seule la photo de couverture donne une petite idée du livre qu'on aurait pu avoir entre les mains. Mais Internet veille au grain et je vous invite à sauter sur ce lien (exposition récente au Nordiska Musset)

Revenons à l'auteur. Né en 1901, mort en 1990, il a écrit sur les Statare, ouvriers agricoles suédois au statut proche du servage (1948), la Vieillesse, les Tziganes. Des 'pavés dans la mare' dit justement le traducteur.

Et le livre? (80 pages, hélas trop peu, tiens)
"Si je suis revenu à Paris, c'est pour y observer de près le monde de la pauvreté: les mendiants, les prostituées, les vieux dans leurs asiles et les miséreux dans leurs refuges. Paris vient de fêter ses deux mille ans. Moi, je ne dispose que d'un recul de vingt-cinq ans. Mais je suis à l'âge où l'on demande à ses vieilles connaissances : comment ça va? Ceux qui sont vraiment jeunes ne se posent jamais une pareille question. Il est évident qu'ils vont parfaitement bien."

Finalement, voilà un parfait résumé du contenu de ce merveilleux petit livre : l'auteur (et son photographe) s'intéressent aux mendiants, aux chiffonniers, aux prostituées, aux vieux dans les asiles, aux immigrés (qu'on n'appelait pas ainsi d'ailleurs), aux bistrots, aux alcooliques, aux quartiers d'artistes, et aux Halles. Et un cimetière pour les animaux.
Tombe de Barry, chien sauveteur
Les forts des Halles
"Leur histoire est vieille de plus de huit cents ans, puisqu’elle remonte à 1140, et ils constituent donc le plus ancien syndicat du monde . Ils détenaient le privilège du transfert des cadavres des rois de France à la basilique de Saint-Denis.Ce sont eux qui ont effectué la première grève de l'histoire, à l'occasion de l'enterrement de Charles VII. Ils déposèrent leur fardeau en cours de route et refusèrent de le reprendre tant qu'on ne leur aurait pas accordé une augmentation. Satisfaction leur fut donnée. On peut aussi les créditerd'avoir sauvé une partie des collections du Louvre lors des inondations de 1910."


https://fr.wikipedia.org/wiki/Halles_de_Paris

Lo-Johansson pose sur eux,  les humbles, les travailleurs, les oubliés, un regard plein d'empathie. Ce Paris des années 50 a bien sûr disparu en partie, ce livre le fait revivre avec bonheur.
Et, tiens, ça me donne une furieuse envie de (re)lire Henri Calet, ceux qui connaissent me comprendront.

Une des photos de Tore Johnson
http://www.nordiskamuseet.se/sites/default/files/public/pressbilder/nma.0073537_0.jpg

Un grand merci à ginkgo éditeur

Dans lire le monde (la Suède)


18 commentaires:

  1. Si tu commences par évoquer Rouen, je suis fichue. Elles sont identifiables ses œuvres à la cathédrale ? Il est très tentant ce petit livre, mais où l'as-tu déniché ? (et je vais plonger dans ma PAL, je suis sûre d'avoir un Henri Calet).

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    1. "C'est moi qui ai réalisé les fonts baptismaux et le médaillon portant le visage du Christ qui se trouve au fronton. La ville a été détruite pendant les bombardements, mais mes œuvres sont restées intactes."(page 18)
      Un envoi de l'éditeur!
      Le livre parle bien sûr du Paris des années 50, tu comprends ma référence à Calet, lu avec plaisir il y a des années. Je sens qu'on est des nostalgiques...

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  2. Moi qui suis attiré par les endroits calmes et sauvages (nature), j'ai une attirance, pour ne pas dire de l'attachement pour Paris (nous y retournons cet hiver), et celui des années cinquante m'est cher. Je visite avec plaisir le lien proposé, merci. J'espère trouver le bouquin.

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    1. J'aime aussi beaucoup me rendre à Paris, y marcher, visiter, etc. et revenir dans mon coin tranquille. Les années cinquante, ah oui c'est quelque chose (et les 'jeunes' ne se rendent pas compte...)

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  3. Il faut absolument que je me procure cet ouvrage. J'aime ce Paris (il y a encore 20 ans? 30 ans à peine?), qui n'était pas seulement une ville comme aujourd'hui, mais si diverse socialement, pour ainsi dire un pays, et que je ne trouve plus que chez des écrivains: Zola, Jules Romains.

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    1. Il vient de sortir, c'est le moment! Un Paris qui a disparu, quoique, dans certains quartiers on doit encore retrouver ce charme désuet?

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  4. Aaah Ginkgo ? Voilà pourquoi c'est tout de suite intéressant.:-) Enfin, rien que le titre pour moi, c'est tentateur, et puis sous le regard et du point de vue d'un Suédois, doublement tentateur, et puis la thématique "les oubliés". Ok ok noté !

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    1. Ginkgo a encore frappé, oui! ^_^ Je pense bien que Paris vu ainsi te plairait et te ferait ouvrir grand les yeux (même moi ça m'a saisie)
      Noté, oui, et puis, 80 pages, ça ne compte même pas dans la LAL

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    1. Finalement, ce livre fait penser à des tas d'auteurs fort bien...

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  6. ça donne envie de découvrir ce petit roman.

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    1. Non, pas un roman, mais des petites chroniques si on veut.

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  7. J'aimerais peut-être me promener dans Paris en ayant en tête les observations de l'auteur sur le vieux Paris.

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    1. Tu vas avoir de la nostalgie, c'est sûr...

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  8. Très intéressant ce livre, il pourrait bien me plaire...

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Ce coup ci, je remets la modération des commentaires, espérant ainsi vous éviter de devoir cocher au hasard des photos floutées!
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