lundi 17 avril 2017

Comment j'ai vidé la maison de mes parents

Comment j'ai vidé la maison de mes parents
Lydia Flem
La librairie du XXIé siècle
Seuil, 2004

Blabla préliminaire
Pour attaquer franchement cette lecture, il aura sans doute fallu que j'aie commencé à vider la maison de mes parents. En trichant un peu, puisque ma mère y habite encore et s'est bien prise au jeu du vide armoires et cartons (j'ai noté une petite résistance en ce qui concerne la vaisselle mais je ne désespère pas de la convaincre de ranger ailleurs celle qui ne sert jamais ou presque). A son instigation les manteaux de ma grand-mère (décédée il y a plus de trente ans!) ont enfin quitté la maison. Prochainement : les jouets d'enfants!
Dernièrement en vidant/rangeant j'ai retrouvé des objets (sans valeur autre que sentimentale) fabriqués par mon père, dont un avec mon nom dessus, que je me suis donc approprié! 

Deux citations de Roz Chast sur un sujet similaire
"Un de mes amis a une excellente règle pour ce qui est de vider la maison de vos parents: si vous ne pensez pas que vos enfants le voudront, ne le prenez pas."
et
"Ce n'est pas par hasard que la plupart des pubs visent les gens de 20 et 30 ans; non seulement ils sont beaucoup plus mignons que leurs aînés ; ... mais en plus ils risquent moins d'avoir vécu l'épreuve formatrice de trier les affaires de leurs parents décédés ; une fois que vous serez passés par là, vous ne verrez plus jamais vos affaires à vous de la même manière."

Respirons donc un grand coup et abordons (enfin) le livre de Lydia Flem.
Fille unique, Lydia Flem vient de perdre sa mère, suivant de quelques mois son père. La voilà héritière et face à l'obligation de vider la maison.
"Je suis pour les donations et contre les héritages. Il faudrait toujours faire un testament, désigner nommément ce que l'on souhaite léguer et à qui on le destine. (...) J'héritais, j'aurais aimé recevoir."
Il semblerait en effet que la voilà face à des objets qu'on ne lui avait jamais confiés sans la mettre en garde (ou dire non).

Impossible non plus de tout garder.  "Pour chaque objet, chaque meuble, chaque vêtement, chaque papier, il n'y avait que quatre directions, comme à la croisée des chemins la rose des vents : garder, offrir, vendre ou jeter." Et choisir la catégorie. Faut-il fourrer les papiers dans un sac et les brûler  sans les lire? Que risque-t-on de découvrir? Lydia Flem revient brièvement sur le passé de sa famille, certains disparus dans les camps, elle découvre des papiers visiblement mis de côté pour qu’elle les trouve et les garde. Elle trouve des trucs jamais jetés (ses biberons!).

Elle choisit de garder quelques lettres."Retrouver un morceau de papier couvert de leurs calligraphies réveillait la nostalgie. L'écriture, comme la voix, est une émanation du corps. Mais la voix s'éteint, la graphie reste."

Parfois "j'en voulais à mes parents de n'avoir pas pensé à faire eux-mêmes ce grand nettoyage."

Ne pouvant trouver d'acquéreur à prix raisonnable pour les meubles, elle préfère les donner. "le plaisir de donner était sans ambivalence." Quant aux vêtements de sa mère, faits mains avec du chic, elle a la chance de trouver une amie qui saura les porter exactement comme rêvé.

N'ayez pas crainte de lire ce bel essai ou témoignage, oui il y a des deux, car Lydia Flem explore aussi notre inconscient, ce n'est pas plombant du tout. Chacun a eu ou aura son expérience personnelle. Je ne saurais trop vous conseiller, d’ailleurs, de  penser à vider votre propre maison en préparation (non, ça ne vous tuera pas!). Hélas cela n'empêchera pas la douleur du deuil pour ceux qui restent. Mais il en auront moins à jeter. Pourtant conserver, comme les parents de Lydia Flem, se comprend avec leur histoire personnelle, leur jeunesse marquée d'exils et de disparitions.

L'avis de Anne, cette année aux manettes du mois belge.


28 commentaires:

  1. J'ai beaucoup aimé cette lecture (avant le blog). Bien ancrée dans le réel, mais avec son éclairage psychanalytique en plus, c'est un bonne occasion de réflexion.

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    1. L'auteur, comme chacun, a un parcours personnel, mais son essai peut intéresser chacun. Tu résumes bien!

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  2. Une lecture qui remue sans doute. Un sujet très intéressant, en tout cas.

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  3. Je n'ai pas directement vidé la maison de ma grand-mère, mais j'y ai assisté et j'ai quand même trié les photos et plongé dans le grenier, je peux dire que j'ai déjà trié intégralement mes propres affaires, j'ai aussi trié les affaires de mon ex que j'ai mises dans des cartons... Ce livre a l'air passionnément, tout le monde en parle en bien, mais je ne le lirai pas, je risquerais d'être en larmes du début à la fin !

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    1. Comme je le disais juste avant, je l'ai lu au bon moment, alors que ma mère est encore là pour le 'tri' (c'est elle qui a trié les affaires de mon père, et pour celles des grands parents, ce doit être les parents je suppose)(hélas je sens que des trucs 'sans valeur' ont été jetés, c'est moi qui ai mis à l'abri les vieilles photos de famille...). Trier chez moi je venais de le faire, donc j'étais sur la bonne courbe! ^_^
      Cela fait du bien, n'est-ce pas? Puisque tu as déjà fait le chemin, je n'insiste pas pour cette lecture, mais je t'assure qu'elle m'a intéressée mais pas chamboulée (donc c'était le bon moment ^_^)

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  4. Comme Aifelle je l'ai lu à sa sortie et l'ai trouvé très juste et pas du tout larmoyant. Et bien sûr c'est à méditer pour soi-même et ses proches...(ma mère est passée d'une maison à un petit appartement donc le tri a été fait, même pour la vaisselle ;-) )

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    1. Je l'ai trouvé apaisé, aussi. Sûrement pas écrit 'à chaud'. Ma mère est dans sa maison, de plain-pied, et je n'habite pas loin. Elle garde sa vaisselle... ^_^
      Chacun a ses expériences personnelles avec les parents, et cela nous renvoie à notre propre vieillesse. Pa facile, mais ne pas se voiler la face.

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  5. J'ignorais que c'était un récit/témoignage. Voilà qui pourrait m'intéresser. Je pense d'ailleurs que c'est une thématique qui nous touche tous, le tri des affaires, pour soi ou pour les autres. C'est tellement une galère, et effectivement pas anodin ce remue-ménage à la fois physique et psychologique.

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    1. Comme d'habitude, tu tires bien l'essentiel! Un livre à lire même si on ne se sent pas concerné, or on l'est tous à un moment donné (ne serait-ce que ses propres affaires). je suis bien sur ce chemin, alors je continue!

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  6. je m'étais jurée de faire le tri de mes affaires après avoir "vidé la maison de mes parents", mais j'ai toujours mille choses à faire avant : toutes celles qui m’empêchent de penser que je peux mourir

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    1. Vider ce n'est pas seulement vider, exact. Il faut choisir que faire des objets, et ça prend du temps, pas seulement physiquement, mais psychologiquement (je copie dans le commentaire précédent). Tu as raison, au fin du fin, c'est notre propre mort qui se profile dans ces tris. Y penser ne fait pas mourir, non plus. ^_^

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  7. Je me souviens de cette lecture, j'ai même la suite "Lettres d'amour en héritage", il faudrait que je m'y plonge aussi. En tout cas, j'aime bien ton billet, il rend bien hommage à ce livre. (Je e classerai en non-fiction dans le récap du blog.)

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    1. Oui, il s'agit d'un ensemble (rien à la bibli je crois). Bien sûr non fiction, ma catégorie quasi préférée... Sur es sujets, c'est mieux à mon goût.

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  8. Je le retiens, une belle réflexion certainement.

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  9. Suis pas trop tentée, j'ai déjà vidé la maison de mes parents et ce fut en effet une expérience bizarre. Ça m'a permis de bizarrement vidé la mienne aussi, je ne veux pas imposer cette corvée à mes héritiers. Et j'aime bien la seconde citation, quand on prend un peu de recul sur nos possessions on se rend compte que les trois quarts ne nous servent à rien et sont plus un encombrement qu'autre chose...

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    1. Tu as déjà l'expérience, peut-être ce livre ne t'est-il pas nécessaire. De gros travaux dans ma maison m'ont déjà poussée à bien jeter (ou donner), mais ça revient... ^_^

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  10. Vider la maison de mes parents n'est plus si éloigné que ça, je pense, pour moi. J'ai essayé de pousser mon père à commencer le tri après le décès de ma maman, je l'ai aidé à sortir des choses du grenier... Il a regardé et tout remis à sa place (il y a des préparations de cours vieilles de 40 ans, des biberons, tous mes jouets et livres d'enfance, mille et une choses inutiles mais non jetées parce que "ça servira un jour"). Bref la tâche qui m'attend occupe mon esprit depuis des mois et je ne sais pas trop comment je ferai face. Lire ce livre est peut-être un bon début.

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    1. Purée, les biberons aussi, comme chez Lydia Flem? ^_^ Si ton père est dans la maison, tu peux difficilement jeter à sa place. Un conseil : les jouets et livres d'enfance, s'ils sont à toi, tu peux décider quoi en faire.

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  11. C'est un sujet qui me touche, je fais trop de sentimentalisme avec les objets. J'ai une mémoire qui s'attache à tout retenir, même les plus petits détails et chaque objet peut être un support. alors vider une maison, c'est vider des souvenirs.
    Oui, le livre m'intéresse, peut-être qu'il m'aidera à mieux gérer mes travers !

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    1. J'avais déjà bien avancé dans ma tête en vidant ma maison cause travaux... Mais c'est vrai, on garde on garde.

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  12. Thème vraiment intéressant et j'ai lu avec intérêt tous les commentaires... j'ai encore mes deux parents, mais chacun avec son conjoint et sa maison, ce sera donc un double travail à faire !! Je dois dire que je n'ai pas vraiment hâte d'y être... :) En revanche, trier avec ta mère doit être un moment pas désagréable non ? L'occasion d'évoquer tel ou tel épisode du passé et de partager quelque chose ensemble...

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    1. Si on n'a pas de frères et soeurs et si les parents ne se débarrassent pas eux-mêmes du superflu, oui, ça pend au nez! Double travail! Mais l'effort à faire peut aider dans les premiers moments de deuil?
      Tu pourrais déjà récupérer (avec leur accord) les objets qui t'ont appartenu (jouets, vêtements, etc. et décider quoi en faire)
      Trier avec une maman encore là, oui, c'est bien mieux. La plupart du temps on s'interroge 'mais qu'est-ce que c'est que ce truc?' 'on en fait quoi?' 'mais si, souviens-toi!'

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  13. Ah oui, je connais et je l'ai déjà dit: c'est fou ce qu'on ramasse comme objet dans une vie. J'étais très jeune lorsque ma mère est morte et j'étais seule pour m'occuper de sa succession. Personnellement, j'ai eu la chance d'avoir des indications de ma mère, mais plonger dans les objets d'une personne décédée c'est vraiment difficile et douloureux.

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    1. Oh ma pauvre!
      L'auteur aurait aimé avoir des indications, des dons avant le décès de ses parent, plutôt que se retrouver face à des objets en nombre...

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  14. Il est sur ma liste depuis longtemps.

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    1. Mais il faut profiter du mois belge!!!

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Ce coup ci, je remets la modération des commentaires, espérant ainsi vous éviter de devoir cocher au hasard des photos floutées!
Dites-moi si ça vous arrive encore, merci!