Les raisins de la colère




Les raisins de la colère

Grapes of wrath, 1939

John Steinbeck

Gallimard, 2022

Nouvelle traduction, Charles recoursé

Prix Pulitzer 1940


Oklahoma, et états voisins, années 30. C'est l'époque de ce qui sera appelé le Dust Bowl. De la poussière, partout. Pas de pluie, pas de récoltes. Les fermiers sont endettés, les banques font partir les métayers, détruisent les fermes et c'est bien plus rentable de laisser les tracteurs abîmer encore plus la terre, quitte à utiliser du chimique là-dedans. 

Les paysans entassent leurs biens et s'entassent eux-mêmes dans des pick-up en bout de souffle. Parmi eux, la famille Joad, avec le père, la mère, les grands parents, la fille ainée enceinte et son mari, deux fils et deux gamins. Plus un ex pasteur récupéré dans le coin. C'est parti pour des centaines de kilomètres vers la Californie, car des tracts leur ont promis du travail dans un coin fertile, parmi les champs de coton et les vergers. Leurs rêves ne sont pas hors de portée semble-t-il, une petite maison, un jardin, du travail.

A l'arrivée, la Californie est là, les vergers aussi. Mais des centaines de milliers d'Okies et autres comme eux. Finalement, si peu de travail, tant de monde, c'est l'occasion pour les propriétaires de baisser et encore baisser les salaires, il y aura toujours un malheureux affamé pour prendre le job!

Les forces de l'ordre et la population craignent que l'un d'eux se révolte, craignent les grèves, craignent les regroupements et l'émergence de meneurs. Un moment plus paisible arrive quand la famille Joad trouve un hébergement décent dans un camp du gouvernement, auto géré et qui fonctionne paisiblement, mais il faut bien trouver du travail et ils en repartent.

Le fils, Tom, qui a souvent la tête près du bonnet, espère un sursaut parmi ces déshérités. Leur union serait leur force. Même la mère a parfois des réactions agitées. La mère qui se désole de voir la famille se déliter et s'éparpiller.

Oui, cela parait désespérant, mais toujours on ne baisse pas les bras, on lutte, et parmi les plus pauvres il y a parfois de l'entraide voire de l'aide inattendue. J'ai quitté à regret cette famille.

Rapidement le lecteur découvre une construction claire. Un chapitre sur deux, les plus longs, sont consacrés à la famille Joad, bon exemple de ces milliers de familles partis sur les routes; les autres permettent une vue plus générale de la situation. L'on sent que Steinbeck n'approuvait pas l'inhumanité et l'égoïsme des nantis ne voyant que leur profit.

"Dans leur âme les raisins de la colère sont chaque jour plus gros et plus lourds, et la vendange ne saurait tarder."

Au sujet du texte, certains penseraient que ça n'avance pas vite, oui, quelques belles descriptions, et des discussions parfois théologiques, et alors? Il faut suivre la vitesse de l'auteur. 

J'avais programmé une lecture en VO, j'ai rapidement fait machine arrière, car le bouquin est gros, et le parler rural de l'Oklahoma assez coton à la longue. Merci et bravo au traducteur.

Un lien vers des photos de Dorothea Lange (miriam me signale son billet)

Avis babelio

Lecture commune avec Jelisjeblogue , Livrescapades , Inganmic et nathalie.

Participation à Monde du travail chez Inganmic

Les épais de l'été chez Dasola

Les pavés  l'été chez La petite liste

Commentaires

Le Bouquineur a dit…
Un excellent roman! Quelle coïncidence, je suis en train de lire "A l'Est d'Eden" du même auteur...
Sandrine a dit…
Lu plusieurs fois, toujours avec émerveillement.
nathalie a dit…
Ah oui les dialogues en VO, ça doit être un peu coton (sans jeu de mots).
keisha a dit…
Hé oui, Steinbeck est incontournable! je le relirais bien, tiens (mais j'ai un autre pavé sur le feu déjà)
keisha a dit…
Mon souvenir de première lecture était flou, mais quel bonheur d'y revenir!!!
keisha a dit…
@ nathalie : ^_^ le parler okie sur 600 pages, je n'ai pas tenté...
tadloiducine a dit…
Bonjour Keisha
Bravo pour cette lecture d'un "gros bouquin estival"!
Je crois voir que tu as lu l'édition avec la nouvelle traduction... au bout de laquelle Fabienne n'a pas réussi à aller pour cause d'anachroniques trop flagrants (?). Vous me donnez en tout cas envie toutes deux d'en faire une "lecture comparée"... J'espère avoir le temps de la caser avant le 23 septembre 2024, sinon ce sera pour l'an prochain!
Et sinon, je recommande aussi la lecture de En un combat douteux, pour prolonger ce regard steinbeckien sur les ouvriers agricoles exploités pendant la Grande Dépression: cette fois-ci, ils sont organisés et font grève!
(s) ta d loi du cine, "squatter" chez dasola
luocine a dit…
je me souviens bien de ce roman lu à la sortie de l'adolescence, est ce que la nouvelle traduction rajoute à l'ancienne , c'est ce que je me demande .
Miss Sunalee a dit…
J'ai vu le film de John Ford récemment (et j'ai un très vague doute: est-ce que j'aurais lu ce livre dans le passé ? je ne sais plus).
Eva a dit…
Un excellent livre et un auteur dont j’apprécie même les titres un peu moins connus comme Rue de la sardine ou Tendre jeudi. Un auteur dont les livres vieillissent très bien et plaisent même aux jeunes, c’est assez exceptionnel !
je lis je blogue a dit…
ah tiens, tu as mis un lien vers la fameuse photo de Dorothea Lange. J'y ai beaucoup pensé pendant ma lecture. Le roman est terrible. Assister au naufrage de cette famille, et de ceux qui croisent son chemin, est très éprouvant.
keisha a dit…
@ tadloiducine : je ne me souviens plus des explications données par le traducteur sur ses choix! J'ai lu avec intérêt les remarques de Fabienne. Lire en VO ne me disait trop rien, en poche c'était en tout petits caractères, alors ce gros bouquin me convenait. Cela a son importance, le confort!
Sinon : tout Steinbeck est à lire!
keisha a dit…
@ luocine : je l'avais lu sans doute dans l'ancienne traduction, mais je suis ravie de l'avoir redécouvert bien plus tard, ça vaut le coup.
keisha a dit…
@ Miss Sunalee : Ah ça! Le film doit lui aussi être un classique?
keisha a dit…
@ Eva : Exact, ses textes plus courts tiennent la route.
keisha a dit…
@ je lisjeblogue : tout le contexte est intéressant, y compris celui de la prise de ces photos. J'aurais pu aussi parler d'une BD lue récemment, en rapport avec les photographies.
keisha a dit…
Inganmic a écrit : Merci ! Je vois que nos avis se rejoignent parfaitement...
Il n'y a pas à dire, ces classiques sont des valeurs sûres, j'ai aussi adoré relire A l'est d'Eden il y a 2/3 ans.
Par contre, il semblerait que la traduction la plus récente ne soit pas à la hauteur, d'après Fabienne.
keisha a dit…
@ Inganmic : Je pense à relire A l'est d'Eden aussi, ou d'autres textes. Ces bons vieux classiques. La traduction, forcément, puisque l'auteur a fait parler ses personnages comme des paysans de leur coin, alors?
Sacha a dit…
Bizarre, je ne reçois plus ta newsletter... Et je n'ai pas eu non plus le billet de Jelisjeblogue et d'Ingannmic dans ma boîte aux lettres aujourd'hui... J'ai lu et beaucoup aimé ce roman, lu en VF je crois, pas évident le parler local et un peu daté en plus.
keisha a dit…
@ Sacha : nous sommes toutes les trois chez blogspot, qui fait encore des siennes apparemment. Merci d'être vigilante.
La VO en petits caractères, et sur des centaines de pages, j'ai renoncé. J'ai fait confiance à un traducteur, quel qu'il soit. ^_^
Livr'escapades a dit…
J'ai lu ce livre avec la boule au ventre, certains passages sont vraiment éprouvants. J'ai beaucoup aimé les pages consacrées au séjour des Joad dans un camp du gouvernement, on souffle et on se met à espérer que la roue tourne, mais non... Déchirant. Un grand roman que je ne suis pas prête d'oublier.
Livr'escapades a dit…
J'oubliais: je lirais bien volontiers "A l'est d'Eden" moi aussi. Si jamais une LC te tente... (mais probablement pas avant l'année prochaine pour ma part).
Philippe D a dit…
Je connais bien sûr. Je l'ai peut-être lu en humanités, mais je n'en suis pas sûr.
Je ne me suis toujours pas mis aux classiques...
Fanja a dit…
Un Steinbeck qu'il me reste encore à lire, ça viendra.:) J'ai lu il y a peu Des souris et des hommes, et il y a un bout, À l'est d'Eden (un souvenir mitigé de ce dernier mais ça remonte vraiment, aucune trace bloguesque).
keisha a dit…
@ Livr'escapades : très peu de passages permettent de souffler, en fait, c'est quasiment sans espoir, mais ces gens s'accrochent.
keisha a dit…
@ Livr'escapades : cela me motiverait, il s'agirait alors d'une relecture, mais comme c'est lointain et que je dois être passée à côté de bien des choses dans ce roman, je suis partante... pour 2025!
keisha a dit…
@ Philippe : des classiques comme cela, ne pas s'en priver!
keisha a dit…
@ Fanja : oui, ça viendra! Après le Book Trip, l'horizon sera dégagé.
manou a dit…
Je l'ai lu plusieurs fois et je vais donc aller lire les chroniques des autres participant(e)s à cette lecture commune. Bien évidemment c'est un classique à relire un jour...mais je te trouve plus que formidable d'avoir idée de le lire en VO, là je t'admire même si tu as abandonné en chemin !
keisha a dit…
@ manou : oh j'ai abandonné au bout d'un paragraphe... belle écriture, tout ça, mais tout petits caractères, et élisions dans le langage de ces okies, je le sentais mal!
Découvert très tard, lu l'an dernier à l'occasion de cette nouvelle traduction et ce roman m'a époustouflée. Je trouve qu'il y a déjà tout et que le siècle littéraire qui s'est écoulé ensuite n'a pas apporté grand chose de révolutionnaire si on y regarde de plus près (côté US en tout cas)
keisha a dit…
@ Nicole : Je ne peux qu'être entièrement d'accord avec toi pour ce qui est de révolutionnaire, après ça, certains romans américains récents paraissent fades ou rebattus.
miriam a dit…
lu il y a si longtemps qu'une deuxième lecture s'imposerait . Et pour illustrer les photographies de Dorothea Lange :https://netsdevoyages.car.blog/2019/01/10/dorothea-lange-politiques-du-visible-au-jeu-de-paume/
Livr'escapades a dit…
Super, je note de te refaire signe début 2025.
Violette a dit…
J'aimerais tellement le relire !! Pourquoi toujours devoir faire des choix et des concessions, zut alors !
tadloiducine a dit…
@@ Fanja: je suggère la lecture de La coupe d'or: une histoire de pirate (assez inattendue chez Steinbeck: c'était sa première oeuvre...).
(s) ta d loi du cine, "squatter" chez dasola
keisha a dit…
@ Liv'escapades : je note ça colonne de droite (mon carnet de bord anti oubli ^_^)
keisha a dit…
@ miriam : merci du complément d'information! Et je confirme pour la nécessité de deuxième lecture!
keisha a dit…
@ Violette : C'est un pavé, OK, mais il se dévore!
keisha a dit…
@ tadloiducine : ha ha, même Steinbeck peut se glisser dans le Book Trip! De plus j'ai vérifié, c'est à la bibli. Pas un pavé. ^_^J'en fais part à Fanja...
Fanja a dit…
Bien noté pour Shackleton, je lâche aussi (merci, ça m'arrange^^). J'ai prévenu Claudialucia. Pour Steinbeck, je vais en rester au projet "Raisins de la colère" pour l'instant, mais je note le titre.:)
Sinon, j'ai repéré du maritime qui a l'air délirant aux éditions du Panseur, c'est "L'âge du Capitaine" d'Isabelle Aupy (celle de l'homme qui n'aimait pas les chats 🤩). Ça ne paraît que fin septembre, mais c'est sûr que je vais le lire celui-là !
keisha a dit…
@ Fanja : c'est une sorte de journal de bord, intéressant pour les super fans, on dirait; ha ha je me souviens bien de cette histoire sur une ile, déjà...
Kathel a dit…
Je ne suis plus très sûre de l'avoir lu dans ma jeunesse, il avait tout pour me plaire, pourtant... Une nouvelle traduction, ça me va bien, j'essayerai de le trouver en médiathèque, mais sans doute pas pour cet été !
Patrice a dit…
Un excellent souvenir de lecture. Je l'ai relu il y a quelques années, sinon je vous aurais rejoint avec plaisir. Steinbeck décrit avec beaucoup de justesse la souffrance mais aussi la dignité de ces gens ; je me souviens avec beaucoup d'acuité de la critique des propriétaires d'orangeraie en Californie.
keisha a dit…
@ kathel : c'est vraiment le pavé (qui se lit bien, d'ailleurs)
keisha a dit…
@ Patrice : Une relecture pour moi, et encore meilleure! On n'en a pas fini avec Steinbeck, relire A l'est d'Eden?
Géraldine a dit…
Toujours dans mes projets de lecture, malgré le côté pavesque, pour ma culture !!!
keisha a dit…
@ Géraldine : le côté pavesque sait se faire oublier, alors n'hésite pas!
Alex Mot-à-Mots a dit…
Un roman qui m'a fait aimer la littérature (dans l'ancienne traduction).
keisha a dit…
@ Alex : Oh la nouvelle ne m'a pas paru mauvaise (et j'ai lu les deux, finalement)