Pêcheurs d'Islande
paru en 1886
Pierre Loti
Gallimard, collection 1000 soleils, 1982
Pierre Loti (1850-1923) a connu une vie vraiment aventureuse, mais pour l'instant il s'agit de Pêcheurs d'Islande, parlant de ces marins bretons appelés Islandais car ils allaient pêcher la morue près de l'Islande, environ de mai à septembre, et passant le reste de l'année à diverses tâches, réparer le navire, acheter du sel, s'occuper de leur famille (refaire un enfant), se lâcher avec des dames peu farouches "coiffées en cheveux", le cas échéant se fiancer, se marier.
Officier de marine, Loti parle de ce qu'il connaît, un ami breton lui a sans doute donné de bonnes bases pour écrire Mon frère Yves et ce Pêcheurs d'Islande. Je n'ai pas ressenti une Bretagne 'folklorique', juste vérifié que le lit en armoire est aussi un lit clos. Une vie de labeur, et de solidarité.
J'ai tout de suite été frappée par la beauté et la finesse des descriptions maritimes, particulièrement le brouillard parfois, et les nuits sans fin en juin au large de l'Islande.
"Cette fois-là, c'étaient des moires, rien que des moires changeantes qui jouaient sur la mer; des cernes très légers, comme on en ferait en soufflant que un miroir. Toute l'étendue luisante semblait couverte d'un réseau de dessins vagues qui s'enlaçaient et se déformaient; très vite effacés, très fugitifs.
Eternel soir ou éternel matin, il était impossible de dire: un soleil qui n'indiquait plus aucune heure, restait là toujours, pour présider à ce resplendissement de choses mortes, il n'était lui-même qu'un autre cerne presque sans contours, agrandi jusqu'à l'immense par un halo trouble."
Bon, d'accord, mais il se passe quand même quelque chose? A part connaître la vie de ces marins et de leurs épouses guettant leur retour?
Sur le bateau Yann et Sylvestre, quoique bien différents, s'entendent à merveille. Le second a une fiancée qui l'attend, une sœur de Yann. L'autre prétend qu'il ne veut pas se marier, déclarant être fiancé avec la mer.
Cependant à terre, la jolie Gaud en est amoureuse, ils se sont parlé avec intérêt, mais c'en est resté là, au grand dam de Gaud. Une histoire d'amour qui va prendre son temps, tout en pudeur, regards (ou pas) et c'est conté avec une belle sobriété.
On a aussi le destin de Sylvestre, qui doit servir en Annam, où la guerre est là.
Voilà, moins de 200 pages denses, non dépourvues d'émotion (tout en retenue quand même), des personnages attachants. Tout prend son temps, il faut se laisser guider et charmer par un côté parfois désuet, mais peu importe!
Lecture commune avec Fanja dans le cadre du Book Trip en mer (saison 3)


Mon plus beau souvenir de Pierre Loti. Lu dans les années 2000, puis vint "Mon frère Yves", apprécié aussi, récit autobiographique de l'amitié avec un marin breton alcoolique, Yves Kermadac.
RépondreSupprimer@ christw : une langue superbe, de la sensibilité, je découvre Loti , à mon grand étonnement c'est à lire encore aujourd'hui (sauf si on ne veut que du sensationnel et de l'action)
SupprimerLu il y a je crois des décennies (quand j'étais ado), je l'ai dans le colimateur pour cette saison 3 du BTEM (chouette, on s'apportera des points...)!
RépondreSupprimer(s) ta d loi du cine, "squatter" chez dasola
@ tadloiducine : ce système de points est fantastique, je fais confiance à Fanja pour suivre ça.
SupprimerDe plus, le roman est à connaître!
Bonjour Keisha
SupprimerJ'ai réussi à le chroniquer le 30 juin...
En lisant les différentes notes ou commentaires, j'ai cru comprendre que Loti avait donné une vision bien "édulcorée" de ces marins qui passaient les deux tiers de l'an au large de l'Islande à pêcher jusqu'à 30 heures d'affilée (tant que la morue mordait!): vie dans la crasse sans changer de vêtement pendant des mois, odeur effroyable... et alcool pour tenir!
D'un autre côté, je suppose qu'un "chalutier moderne" tire de la mer, en un seul coup de chalut, l'équivalent de leurs prises de l'année (qui leur assurait à l'époque un salaire confortable, même si l'armateur, celui qui avait investi dans le bateau, touchait comme "retour sur investissement" 10 ou 15 fois le salaire annuel d'un marin (... quand le bateau revenait au port!).
J'avoue que c'est ce côté-là (informations et sociologie de la pêche d'il y a 140 ans) qui m'a intéressé, davantage que la romance...
Mais merci encore pour avoir contribué à me donner envie de me plonger dans Pêcheur d'Islande.
(s) ta d loi du cine, "squatter" chez dasola
@ tadloiducine : finalement, capture de points et bonne découverte, que demander de plus? ^_^
SupprimerMerci pour les infos, mon exemplaire a un petit dossier à la fin, mais assez 'jeunesse".
Lu à l'occasion du 1er book trip en mer, un coup de coeur pour moi !
RépondreSupprimerhttps://lescoupsdecoeurdegeraldine.com/2024/10/pecheur-d-islande-de-pierre-loti.html
@ Géraldine : j'ajoute le lien! J'ai vu que c'était un coup de coeur, pas étonnant.
SupprimerJe pourrais le télécharger tiens, ce serait une bonne lecture de vacances. Merci pour l'idée !
RépondreSupprimer@ nathalie : il est court, hé oui, l'auteur sait bien faire sentir les choses sans insister. Vraiment c'est bien (à mon grand étonnement ^_^)
SupprimerJ'avais beaucoup aimé moi aussi ! A la fois les paysages et cette subtile humanité.
RépondreSupprimer@ Violette: une belle histoire pas du tout nunuche, quel talent! J'ajoute le lien!
SupprimerC'était l'auteur préféré de ma grand mère , elle avait lu tous les livres de Pierre Loti et cela m'a donné envie d'aller visiter sa maison à Rochefort , j'ai vu que cette maison était de nouveau ouverte .
RépondreSupprimer@ Luocine : ce n'est pas un breton breton, mais il connait!
SupprimerTa grand mère a dû passer de jolis moments de lecture...
J'ai peut-être lu ça pour l'école il y a au moins 45 ans !
RépondreSupprimer@ Philippe : reste à savoir si c'était une version complète, même si le roman est court et prenant, d'ailleurs.
SupprimerBon, j'ai raté l'occasion mais j'ai vraiment trop de lectures en retard. Ton billet me fait regretter d'autant que je n'ai jamais lu Loti
RépondreSupprimer@ Alexandra : il est encore temps pour ce Book Trip!
SupprimerJe trouvais que c'était déjà pas mal juste la vie de ces marins et leurs épouses ou fiancées guettant leur retour, mais c'est vrai que l'histoire de Gaud et Yann apporte une dimension romanesque (sans effusion plus que nécessaire non plus) très appréciable. Vraiment, avec le recul, j'en suis encore toute retournée.
RépondreSupprimerEn passant, je t'ai compté le même nombre de pages que mon édition car je ne différencie que les VO et les traductions où là, il y a clairement des coupes d'une langue à l'autre, et donc une vraie différence de nombre de pages. Par acquit de conscience, j'ai vérifié tout de même 2 ou 3 éditions françaises relativement récentes, et elles sont au minimum à 220 pages.:)
@ Fanja : mon édition est vieillotte, les pages assez grandes, et les caractères assez petits, c'est sans doute la raison.
SupprimerDu romanesque sans effusion , cela fait du bien (même si c'est bien triste, ma bonne dame)
Faire un détour à côté de Paimpol au cimetière des pêcheurs!
RépondreSupprimer@ miriam : ha ? J'aime aussi beaucoup les ex-voto dans les églises, les maquettes.
SupprimerJ'étais très jeune quand j'ai lu ce roman, souvenirs flous, mais très bons !
RépondreSupprimer@ Le Bouquineur : Une histoire quasi parfaite.
SupprimerParmi les classiques que je n'ai pas lus (il y en a trop)
RépondreSupprimer@ Nicole : il est court, tu peux y aller! Je sais que tu vas aimer.
SupprimerUn grand merci pour la piqûre de rappel. Je l'avais noté puis oublié alors que son côté désuet me plaît bien.
RépondreSupprimer@ Audrey : désuet pourrait être un terme qui le fait éviter, mais quel bonheur de lecture!
SupprimerComme indiqué chez Fanja, j'aurais aimé me joindre à vous mais c'était un peu juste en matière de č... Je note l'évocation chez toutes les deux du style désuet mais ta co-lectrice m'a donné très envie de le lire ne serait-ce que pour connaître la fin...
RépondreSupprimer@ Inganmic : je dirais, classique sans insister, le lecteur comprend, on le considère comme futé, et j'aime ça. Ecriture de belle tenue.
SupprimerAh la fin, pouvait-elle être autre?
Quel bon souvenir que ce Pêcheurs d'Islande ! Je ne saurais dire exactement quand je l'ai lu mais c'était il y a longtemps et cette lecture est encore bien vive dans mon esprit. Merci beaucoup d'en parler ici. J'irai refeuilleter ce classique !
RépondreSupprimer@ Bonheur : je ne l'ai lu que maintenant, un très beau classique ou un très beau roman tout court.
SupprimerJe l'ai en partie relu. Merci !
Supprimer@ Bonheur du jour : je suis ravie, de toute façon cela peut se lire à toute saison de la vie.
SupprimerUne lecture rafraîchissante à tous points de vue, on dirait. Par mes temps qui courent, je suis preneuse !
RépondreSupprimer@ Sacha : rafraichissant je ne sais pas, pour le corps, mais pour l'esprit, oui ça l'est, ça fait du bien ce genre d'histoire.
SupprimerRoooh, vos critiques dithyrambiques de ce roman me donne presque envie de redonner une chance à Pierre Loti, que j'avais jeté dans la catégorie du "ne plus lire" à cause de son très nauséabond Madame Chrysanthème...
RépondreSupprimer@ Jenevelle Laclos : je pense que j'ai d'autant plus aimé que je ne m'y attendais pas. ^_^
SupprimerCette Madame Chrysanthème m'évoque Madame Butterfly, oui, ces histoires sont nauséabondes...
Très beau souvenir de lecture. Il est vrai qu'il a un côté désuet mais ça lui donne beaucoup de charme.
RépondreSupprimer@ Virginie : je ne m'attendais pas à un livre aussi réaliste, finalement, pas de happy end mielleux...
SupprimerJ'étais complètement passé à côté de ce charme désuet.
RépondreSupprimer@ Alex : belle écriture, de la sobriété et de la sensibilité, oh c'est une belle histoire, de nos jours on est passé à autre chose.
SupprimerC'est un livre que j'avais beaucoup aimé dans ma jeunesse...J'avais vu votre LC et bien que j'ai en projet de le relire, je savais que ce ne serait pas pour tout de suite :) Ta chronique me conforte dans l'idée de le prévoir en relecture d'ici la fin du Booktrip (si j'y arrive)...
RépondreSupprimer@ manou : un roman qui se relira très bien (on n'en dit pas autant de tous les 'vieux' romans, d'ailleurs)
SupprimerQuand j’étais jeune j’ai beaucoup lu Pierre Loti. Mais j’ai surtout retenu les livres qui parlaient d’Istanbul et de L’Orient. (J’ai oublié les titres). Et le jour où je suis passée à Rochefort, sa maison qui regorge de trésors rapportés des 4 coins du monde, était fermée pour travaux. Ceux ci qui devaient durer 5 ans, ont mis plus de temps et l’année dernière, la maison a réouvert ! Mais impossible à visiter, aucun créneau de disponible à la période où nous étions dans le coin. Un peu plus tard…toujours top de puiser mes lectures sur ce thème ! Merci Fanja
RépondreSupprimer@ Thaïs : Merci de ton passage qui apporte les informations. Oui, cette maison doit être intéressante. Je suppose que tu as lu Madame chrysanthème?
SupprimerFanja a eu une chic idée en effet, elle est d'ailleurs la première à faire des découvertes!