La paquebot


 Le paquebot

Pierre Assouline

Gallimard, 2022



Pourquoi cette lecture? Le Book Trip en mer bien sûr; oui, mais pourquoi ce titre? Hé bien je guette depuis près de deux mois le retour de Tenez bon! le dernier opus de l'auteur, même si pour patienter j'ai englouti son Dictionnaire amoureux des livres et de la lecture, et Vies de Job (que j'ai fini par acheter tellement le lecteur précédent prenait son temps). Je ne parlerai pas de ces lectures, qui m'ont ravie, avec même un coup de cœur pour Vies de Job, c'est dire. Bref (il est temps), en fouinant sur les étagères, j'ai trouvé ce Paquebot idéal pour le challenge.

Cette fois Assouline est plutôt dans le roman, même si la croisière inaugurale du Georges Philippar en 1932, de Marseille à Yokohama et retour, est un fait réel. Bon, je dis 'retour', mais comme il a coulé suite à un incendie, ledit retour ne fut pas complet. Albert Londres qui embarqua en Asie où il enquêtait, fut une des victimes. Le commandant Vicq, comme il se doit,, le quitta en dernier, mais l'orchestre ne jugea pas nécessaire de jouer. ^_^ Voir wikipedia, de nombreuses zones d'ombre demeurent cependant. 

Le narrateur Jacques-Marie Bauer , 'libraire spécialisé en ouvrages de bibliophilie' voyage ouvertement pour des ventes achats dans des villes chinoises ou autres, où il a rendez-vous avec des clients, mais il cache une autre motivation. Dès le début il constate que ce paquebot flambant neuf et très luxueux, en tout cas pour les premières catégories, offre un bon terrain pour un incendie, de plus des courts circuits à répétition sont ignorés, on n'écoute pas une passagère qui en fait état.

Croisière de luxe entre gens de bonne compagnie, repas haut de gamme, petit personnel à l'écoute... Bauer se livre à des portraits incisifs, souvent caustiques, de cette faune de privilégiés (il existe d'autres classes mais on ne se mélange pas). Cela se lit fort agréablement, ce n'est pas trépidant, une croisière non plus, on discute, on joue, on lit, on nage (!). Je n'ai pas lu La montagne magique, mais sans doute y ressent-on la même atmosphère, en tout cas je vais essayer de le lire.

Deux des nombreux personnages sont allemands, nous sommes en 1932, période d'élections en Allemagne, et des échanges plus ou moins feutrés sont relatés, l'on sent bien la montée de certaines idées, et pas seulement en Allemagne. Un autre naufrage se profile?

J'ai retrouvé avec plaisir l'art du portrait qui touche (faudrait que je lise la Bruyère pour voir tout ça), le style de bonne tenue et érudit, sans trop appuyer pour mon goût (là est le risque de ce genre de récits).

Toujours le BTEM, presque 400  pages, mais pas tout à fait.

Avis babelio

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