Les Snopes : Le Hameau

 


Le Hameau
(1938-1939)

William Faulkner

Traduit par René Hilleret, revu par Didier Coupaye et Michel Gresset


Rétrospectivement je pense que j'ai bien fait de lire avant la  nouvelle Barn burning, faisant ainsi connaissance d'une partie de la famille Snopes, le père Abner, sa femme et ses enfants, dont Flem. Pauvres petits métayers transportant leurs maigres possessions sur une charrette bringuebalante, ils parcourent le comté de Yoknapatawpha, précédés ou suivis par une réputation d'incendiaires... Mais à Frenchman's Bend Will Varner quoique méfiant est paresseux, son fils pas très courageux, et la fille Eula (dans ce roman les filles ne comptent pas trop, de toute façon) une masse rechignant à bouger. 

Le fils Varner s'occupe du magasin du village, disons que les clients choisissent, laissent l'argent et repartent . Cela fonctionne, mais Flem Snopes, sans qu'on aie rien vu, devient responsable de la boutique. Et ce n'est que le début, les Snopes sortent de nulle part, et on va les retrouver à l'égreneuse de coton, à l'école (le maître a filé, un peu trop fasciné par Eula), chez le maréchal-ferrant. Leur emprise grandit, Flem épouse Eula (enceinte d'on ne sait pas trop qui, mais pas de Flem, c'était bien le seul jeune à ne pas se comporter en loup de Tex Avery en la regardant).

L'impression que Faulkner a récupéré des textes plus courts pour les y insérer habilement n'est finalement pas désagréable, cela permet de passer d'un Snopes à l'autre. Le lien est souvent donné par un personnage extérieur, allant et venant dans le coin, à savoir Ratliff, vigilant et pas dupe des magouilles Snopes (mais il se fera avoir quand même, Flem est trop retors). Les dialogues entre lui et ses compagnons de glande sur la galerie du magasin sont souvent jubilatoires et aident le lecteur à en apprendre et suivre. Ne pas demander ce que font les épouses pendant ce temps là, s'occuper des enfants, de la maison, voire des champs, elles n'arrêtent jamais! Un bel exemple est donné quand les hommes sont alléchés par la vente aux enchères de chevaux complètement fous (à mon avis certains galopent encore dans le coin) arrivés là avec un Texan, vraisemblablement de mèche avec Flem. Juste à côté Mrs Littlejohn a le temps de faire sa lessive (à la main bien sûr), et que le linge sèche.

"Les poneys à nouveau se pressaient les uns contre les autres, tels des poissons fantômes, en suspens et apparemment sans pattes dans le radieux mirage de la lune." (c'est pas beau, ça?)(et on en a plein)

 Comme dit Ratcliff, "on peut échapper à un Snopes, mais faut partir de bonne heure. D'ailleurs, à mon avis, il suffit qu'il croise deux personnes sur son chemin pour qu'une des deux se fasse rouler."

"Il y a des choses que même un Snopes peut pas faire. Je sais pas précisément lesquelles, mais je suis sûr qu'y en a."

On croise aussi un Snopes idiot, bavouillant, amoureux d'une vache...

Il y aura aussi un assassinat et un cadavre caché dans un arbre creux.

On a son lot de passages extraordinaires, haletants, parfois on ne sait plus trop qui est qui, mais peu importe. Je suis ravie de l'exemplaire emprunté, qui fournit en prime des arbres généalogiques et des détails sur tous les personnages, donc tous ces Snopes pullulant.

 Pour terminer, amateurs de ruralité bien noire, inutile d'aller voir ailleurs. 

Je vais terminer par un passage poignant sur la misère d'une famille de fermiers:

Frappée par son mari qui lui dit de filer, avec les gosses pas loin

"se détournant pour regarder sans curiosité le sang sur le visage de leur mère et l'observant avec calme, tandis qu'elle prenait un vêtement au clou sur le mur, l'étalait sur le grabat et en enveloppait d'autres objets, les autres vêtements, la seule paire de souliers de petite taille que les enfants portaient à tour de rôle par temps froid, la glace à main brisée, le peigne en bois, la brosse sans manche.(...) Le plus grand des enfants traverser en hâte la cour, silencieux et incorporel dans le crépuscule qui était devenu la nuit maintenant, ramasser prestement quelque chose sur le sol et revenir en étreignant l'objet - un morceau de bois avec quatre couvercles de boîtes à tabac cloués dessus en guise de roues - contre sa poitrine."

Avis babelio sur la trilogie, de Inganmic, de Nathalie, fans de l'auteur et trèèèèès convaincantes quand il s'agit de Faulkner.

J'ai l'intention de lire ensuite La Ville, histoire de participer à la LC sur Le Domaine, en novembre. La rentrée littéraire, quezaco? Même si j'avoue avoir fait quelques repérages...

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