87e district 4

 Revoilà Ed McBain et son 87e district à l'occasion de l'été, parfait pour divers challenges. Non que j'aie besoin qu'on me pousse, non plus. Certains se lancent dans tout Balzac ou tous les Rougon Macquart, et je les approuve, moi c'est tout le 87è district.

D'accord mais c'est quoi? 

On peut se reporter aux billets précédents tome 1, tome 1 suite, tome 2 , tome 3

Sinon, je risque de répéter ce que j'ai déjà dit dans ces billets, à savoir que c'est formidable.

Oui d'accord mais encore?

Durant quarante-quatre ans s'écoule la vie du 87è district, une brigade d'inspecteurs de la grande ville fictive d'Isola. Chaque enquête a dans les 130 pages, parfois plusieurs se rejoignent (ou pas) et l'on suit le quotidien d'une dizaine de policiers, principalement dans leur métier, plus rarement dans leur vie personnelle, mais le sel de l'aventure est aussi de les suivre dans leur évolution. Par exemple dans les premières l'inspecteur Carella est juste fiancé, et là dans le 4 ses jumeaux ont 10 ans. Avec une chouette explication de ce qu'est Halloween et comment les gens peuvent péter les plombs à cette période...

Le lecteur pénètre dans tous les milieux, avec différents crimes. Parfois l'enquête stagne, parfois cela se résout quasiment par hasard. Les dialogues sont vifs, et l'humour sous-jacent. McBain a l'art de décrire un personnage en peu de lignes.

Bref, il faut essayer McBain, je ne dirais pas en lisant tout d'un coup, mais juste une enquête, pour voir (alleeez, deux ou trois, ça fera juste un polar de taille normale) et ensuite peut-être vous ferez comme moi, lire dans l'ordre. Savoir que je n'en suis même pas à la moitié me ravit!

A suivre, quelques indications sur chaque histoire, et des passages.


87e district 4

Ed McBain

Omnibus, 2000

Traduit par 


La rousse (Fuzz, 1968)(traduit par D.May, revue et augmentée par Pierre de Laubier).

Alors que des peintres repeignent tout le commissariat dans un délicieux vert pomme, les enquêtes continuent. Des lettres anonymes demandent de l'argent, sinon... Et ce n'est malheureusement pas uen menace en l'air. Il semble que c'est le retour d'un dangereux criminel, alias le Sourdingue... Concomitamment les policiers suivent des suspects d'un prochain cambriolage. Par ailleurs des jeunes mettent le feu aux clochards. Et ce trois affaires vont connaître un beau finish!

"Les policiers de cette ville ressemblent à des jouets à ressort avec une clé dans le dos, qui ne sont capables de faire que e pour quoi on les a fabriqués, comme les petits soldats qui marchent au pas en tapent dans des cymbales et qui tournent en rond indéfiniment. Mais si tu mets un obstacle sur leur chemin, un mur de brique ou un cageot de tomates, ils continuent mécaniquement au bout de leur ressort en agitant les bras et les jambes, mais sans aller nulle part. (le Sourd se permit un sourire.) Et moi, mon cher, je suis le mur de brique."

Mort d'un tatoué (Shotgun, 1969, traduction d'Alain Chataignier, revue et augmentée)

Une couple est retrouvé mort dans un appartement, lui est tatoué. Là j'avais deviné une possibilité de résolution, mais McBain est malin.

"(L'appartement) était meublé dans un style danois moderne, les mirs blancs, les tapis beiges. Tout avait l'air propre et bien rangé. Les quatre chats avec lesquels Mrs Leyden partageait l'appartement semblaient avoir été choisi parce qu'il s'accordaient avec les teintes environnantes. Pendant que les inspecteurs interrogeaient Mrs Leyden, ils entraient et sortaient du salon d'un air soupçonneux, s'arrêtant pour flairer le bas du pantalon de Kling, puis la chaussure de Carella, l'un après l'autre, comme s'ils étaient eux-mêmes des inspecteurs qui tournaient et retournaient une pièce à conviction mystérieuse."

En pièces détachées (Jugsaw, 1970, traduction de S. Hilling, revue et augmentée par Anne-Judith Descombey)

Un bon paquet de dollars volés est bien caché, l'emplacement marqué sur une photo, laquelle est coupée en huit morceaux distribués chez plusieurs personnes et bien cachés. Cela vaut le coup de terminer le puzzle, non? Mas il  y aura des morts...

"Vous deux, vous ne m'avez pas à la bonne, hein?

- Nous sommes des fonctionnaires, dit Brown. Nous sollicitons des renseignements d'un citoyen qui possède ou ne possède pas certaines informatiosn sur un délit. Nous attendons patiemment. Si l'attente se prolonge trop, nous nous verrons obligés d'exiger un loyer pour le bureau.

-J'aime votre sens de l'humour dit Krutch en souriant.

- Pas ma femme, répliqua Brown. Nous attendons toujours, Mr Krutch. Et pendant ce temps, nous vieillissons et nos cheveux blanchissent."

Tout le monde sont là (Hail, Hail, the Gang's all here, 1971, traduit par M. Charvet, revue et augmentée par Pierre de Laubier)

Un titre en français qui peut laisser perplexe, je l'avoue. Mais qui peut se comprendre. L'on  suit la vie du 87è de minuit à minuit, sur 24 heures donc, avec une équipe de nuit relevée par l'équipe de jour. Nos inspecteurs sont là en grand nombre, opérant sur des enquêtes de toutes sortes. A la fin, les affaires sont résolues. Peu crédible, cette rapidité? Sans doute, mais cela montre bien l'énergie qui se dégage, l'urgence parfois, la pression, la fatigue. C'est parfois dramatique, souvent moins.

Un bel exemple du savoir faire de McBain.

Après le trépas (Sadie when she died, 1972, Traduction de Janine Hérisson, revue et augmentée par Pierre de Lubie)

Gerald Fletcher rentre de voyage, trouve sa femme un couteau dans le ventre, il y a des traces de cambriolage dans l'appartement. Le cambrioleur est retrouvé, il reconnait les faits et avoir assailli la femme.

Point final? Hé bien Carella n'est pas convaincu, il pense que le mari est coupable. Ledit mari sait qu'il le pense et un petit jeu de chat et de souris se met en place. Carella enquête, l'épouse avait gros à cacher, le mari l'invite dans différents bars de la ville, des bars très différents. 

1972, l'époque de certains goûts vestimentaires. "Un homme entre deux âges, vêtu d'un pantalon à pattes d'éléphant et d'une chemise mandarine à manches bouffantes." [avouez que vous avez tenté de visualiser ça]

Par ailleurs le pauvre Kling a bien des désillusions dans sa recherche d'une copine, et des passages rappellent bien cette époque des cabines téléphoniques peu fiables , des automatiques peu fiables aussi n'nécessitant l'aide d'opératrices peu fûtées. [laissons l'auteur responsable de ses dires]

Le sourdingue (Let's hear it for the deaf man, 1973, traduction de Rosine Fitzgerald, revue et augmentée par Pierre de Laubier)

Des petites notes au passage : "Une fois à l'intérieur, il souffla de cette façon exagérée qu'ont tous les gens qui ont enfin trouvé un abri après avoir couru sous la pluie." "Quand on est à court d'idées, il est toujours bon de contempler le téléphone. Il y a quelque chose de profondément rassurant dans la certitude que le téléphone n'a aucune valeur intrinsèque tant qu'il ne se met pas à sonner." [l'époque de téléphone à cadran...]

description de la ville fictive d'isola, où se déroulent toutes ces histoires : "Elle dresse ses immeubles comme des fortins de l'armée , destinés à se protéger d'une population d'Indiens depuis longtemps dépossédée et dispersée. Elle cache le ciel. Elle obstrue la vue sur ses fleuves.(...) Elle vous force à n'avoir d'elle que des aperçus parcellaires par la brèche de longs canyons (...) jamais de vastes perspectives, toujours l'obstacle des murs."

Maintenant, quoi donc dans cet opus?

Une crime affreux, je ne détaille pas, une série de cambriolages sans effraction et le retour du Sourdingue rencontré déjà dans La Rousse. Cette fois il prévoit un gros coup dans une banque, et envoie des indices au 87è district, à Carella en particulier! Un petit jeu de gendarmes et de voleurs qui n'est pas pour déplaire complètement à la brigade (même s'ils préfèreraient se passer de ce criminel intelligent). Par ailleurs le lecteur suit le sourdingue dans ses préparatifs et son action, alors que d'habitude tout est concentré sur les policiers.

"Les gars commençaient à s'amuser..

Après tout, s'il devait y avoir des attaques de banque (et, dans leur métier, il y avait forcément des attaques de banque), ils préféraient avoir affaire à un bandit qui, du moins, essayait de rendre les choses un peu plus intéressantes. Car où est le plaisir quand on s'occupe d'un rigole pour qui un coup de génie consiste à se pointer dans une banque et à brandir son arme sous le nez de quelqu'un? Les gars étaient forcés de le reconnaître : le Sourdingue apportait un petit rayon de soleil bien nécessaire dans la grisaille du bureau."

 Qu'on ne s'y trompe pas, ce n'est pas un criminel aux mains propres, il y aura des morts.

Branle-bas au 87è (Hail to the Chief, 1973, traduction Janine Hérisson, revue et augmentée par Anne -Judith Descombey)

"Les empreintes digitales et les photographies ne permettent pas d'identifier un mort. Elles fournissant seulement des moyens de l'identifier, à supposer que l'infortuné défunt possède un casier judiciaire, ait servi dans les forces armées ou travaillé comme fonctionnaire de l'état ou pris part à des manifestations pacifiste."

Me voilà penser cette époque de la guerre du Vietnam, sans fichiers ADN, sans vraiment d'ordis... McBain a le chic pour donner plain de renseignements, au passage.

Cette fois, il s'agit de rivalités entre gangs, qui fait froid dans le dos, avec la longue justification d'un des chefs...

Voilà, ce long billet est terminé. Les volumes qui me restent attendront un peu sur l'étagère. Au cours de cette lecture estivale, j'ai démarré un polar islandais, et, comment dire? Je l'ai lâché, McBain est franchement supérieur, ou en tout cas tout paraît fade et fabriqué quand on lit un autre polar en parallèle...

Avis babelio

Avec ses plus de mille pages, le volume entre largement dans deux challenges.

Les épais de l'été chez Dasola et ta d loi du ciné

et les pavés de l'été chez La petite liste

Je crois qu'on peut aussi parler de série, avec ce volume de 7 titres, pour le challenge de PhilippeIci pour les liens.



Commentaires

  1. Je te crois sur parole, mais où veux-tu que je les case ? Je suis accablée par tout ce qui paraît tout le temps et la rentrée littéraire va nous tomber dessus incessamment sous peu .. je sens déjà l'overdose.

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    1. @ Aifelle : argh la rentrée littéraire, je l'avais oubliée celle-là! ^_^ Il faut du flair pour trier les bonnes pépites (McBain en est une, tant pis si je suis à contre courant, et j'ai dû lâcher mon polar du nord, trop fade à côté, comme je le disais )

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  2. Je ne suis pas certain que s’enfiler plusieurs enquêtes à la suite soit une bonne idée, mais cet écrivain et cette série valent le déplacement, ça certain !
    Quant aux polars du Nord, il y a longtemps que le filon (de qualité en son temps) est épuisé !

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    1. @ Le Bouquineur : évidemment non, mais PAL moins 1, challenges, tout ça... Evidemment je lisais un autre livre en même temps (y compris le fameux nordique qui m'est tombé des mains...)

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  3. ça a l'air formidable, mais comme Aifelle, je ne sais déjà plus où donner de la tête ! Et pourtant, je lis avec parcimonie les nouveautés, et souvent avec du retard !

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    1. @ Kathel : l'idéal serait de lire juste un titre, hors pavé, cela doit se trouver en bibli, ça fait dans les 130 150 pages, et donne une idée. J'ai commencé ainsi, il y a des années, avant d'acquérir ces Bouquins.

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    2. Ma médiathèque possède ces pavés Omnibus... J'ai commencé le premier, lu déjà deux enquêtes et j'aime beaucoup !

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    3. @ Cath L : Chouette nouvelle ! Va y doucement, tu y reviens de temps en temps. Mais c'est de l'excellent, de l'incontournable. Je suis ravie pour toi!

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  4. Jamais lu. Difficile de ne pas céder à ton enthousiasme mais commencer une nouvelle série ?

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    1. @ Sandrine : pas question! Tu peux en caser un, 130 150 pages, entre deux lectures, histoire de voir.

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  5. J'en ai lu un il y a bien longtemps, Cash cash. J'ai bien aimé mais sans doute pas assez pour y revenir...

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    1. @ Inganmic : ah c'est particulier, on ne le lit pas pour le côté polar, d'ailleurs, c'est une atmosphère...

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  6. Mais oui, le 87e district, il me semblait bien l'avoir déjà vu passer ici. C'est très tentant, je l'avais déjà noté d'ailleurs, mais bon, il faut déjà avoir ce gros volume chez soi pour y revenir à loisir.

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    1. @ Fanja : pas du tout! Tu empruntes une histoire, entre 120 150 pages cela se case... Se lancer dans la totale, c'est pour les fans, qui comme moi ont sans doute démarré par un titre par ci par là.

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  7. Un auteur que je ne connais que de nom et je vois que tu en lis un de temps en temps et que chaque volume regroupe plusieurs histoires différentes. A tester un jour je ne sais pas quand...deux volumes sont dispos dans ma médiathèque en ville (le 1 et le 2). Je les note !

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    1. @ manou : mon amitié avec McBain est une très vieille histoire, au départ je lisais un titre au fil des possibilités à la bibli, et puis je me suis décidée à acquérir la 'totale'. cela prendra du temps, mais c'est un plaisir.
      Tu peux tester sans risque, juste pour voir, un titre ou deux.

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  8. J'avais adoré ce petit monde du 87 ème district ! Et tu as raison, il est malin le Mac Bain ... Je ne me souviens peu des intrigues mais surtout de l'atmosphère et du côté attachant des personnages. Je vais peut-être bien m'accorder le bonheur d'une relecture pour l'activité lectures urbaines, tiens !

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    1. @ Athalie : Voilà, on ne le lit pas pour les enquêtes (tout de même bien fichues!) mais pour l'ambiance, l'écriture, cette bande de flics... Tiens oui, Lectures urbaines... j'en ai encore sous le coude..

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  9. Merci pour cette participation!
    Je connais vaguement le nom (pseudo) "Ed McBain", mais n'ai jamais rien lu de lui. Une oeuvre cohérente poursuivie durant un demi-siècle ou quasiment, c'est pourtant pas si courant... À se Menager pourquoi il ne semble pas y avoir eu de "continuateurs" des aventures de l'équipe du 87e District?
    Ces "flics" me font un peu songer à ceux de la série TV NYPD (New York Police Blues).
    Je n'aurai que l'embarras du choix pour commencer par l'un de tous les titres du District 87!
    Il semble y avoir plein de bonnes notations sociologiques, mais moins d'humour que dans la série des romans avec Dortmunder (de Donald Westlake): il est vrai que celui-ci n'est pas du "bon" côté de la loi...
    (s) ta d loi du cine, "squatter" chez dasola

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    1. @ tadloiducine : Non, on n'est pas dans le côté barré de Dortmunder (un autre chouchou, j'avoue), mais c'est tout aussi addictif. N'hésite pas à en lire juste un, ça se case bien (et ce sera pou ta culture personnelle ^_^)

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  10. J'en ai lu des bouts ici ou là et toujours avec plaisir, mais pas encore l'intégrale d'affilée. Ca se fera peut-être... :-D

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    1. @ La petite liste : hé oui, j'ai grapillé aussi, et puis je suis passée au dur!

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  11. Je lis vraiment peu de polars mais ton enthousiasme est communicatif .

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    1. @ luocine : ceux qui connaissent savent que c'est bien plus que des polars... ^_^

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  12. Chouette ! Merci ! C'est noté.

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    1. @ Philippe : lire n'importe quelle enquête pourrait te plaire.

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  13. Et bien moi tu me donnes envie de connaître cette série ! Merci

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    1. @ Thaïs : en tout cas commencer à lire un titre ou deux peu importe lesquels. Merci de ta confiance!

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  14. Quelle énergie! Tu avances bien plus vite que moi. Je suis resté quelque part à la fin du 2e volume. Pourtant, ce n'est pas l'envie qui manque. Cette série est vraiment épatante !

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    1. Cleanthe : une lecture sur des années quand même. Un challenge pavés, ça aide, mais il me reste quelques volumes! Essaie de caser une ou deux enquêtes de temps en temps?

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  15. Je suis un fan absolu, c'est un maître, et en particulier un maître des dialogues. Certes on peut en lire 1 au hasard, mais je trouve que lire la série (ce que j'ai refais par paquets de 2 ou 3 sur quelques années) donne une idée de l'ampleur de l'oeuvre qui décrit magistralement la ville de New York sur 50 ans.
    Plus je relisais, plus je me sentais admiratif. Et je me réserve le plaisir de refaire une troiisème passe dans quelques années ...

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    1. @ Jean-Marc : évidemment je suis complètement d'accord!!! C'est un incontournable, et savoir qu'il me reste encore quelques volumes (dont 3 déjà sur mes étagères), c'est le bonheur!

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