lundi 18 février 2019

Le pays des petites pluies

Le pays des petites pluies
The land of little rain, 1903
Mary Austin
Le mot et le reste, 2019
poche, 192 pages, 8.90€
Traduit par François Speck


EN-FIN! Grâce à Babelio j'ai mis la main sur ce grand classique du nature writing (le vrai, le pur, le génial), l'un des rares manquant à mon tableau de chasse de lecture. Me reste encore à dégoter Printemps silencieux.

OK, il ne se passe pas grand chose de palpitant, c'est descriptif; contrairement à certains qu’elle égratigne gentiment, Mary Austin ne cherche pas à mettre en scène une belle histoire à partir des faits. Non, elle raconte quand même, par exemple la vie d'une vannière indienne (émotion sobre), d'un chercheur d'or, celle de villes reculées où ça peut castagner, ou d'un village latino modeste, caché, mais heureux.
Mais elle n'hésite pas à capter l'attention avec 'Le pré de mon voisin' , des sentiers, des charognards, l'eau, l'orage.
Comment fait-elle? Je ne sais. C'est précis, non dénué de clins d’œil très légers, et empreint de poésie qui me laissait sur le flan (oui, moi, la rétive!)

"Pour l'essentiel la neige vole silencieusement comme autant d'ailes blanches qui se meuvent en douceur. Elle s'intensifie, est mouillée et collante, et fait de midi une nuit toute de blancheur."

Parfois écolo
"Telle est l'économie de la nature, mais avec tout cela on ne prête pas assez attention à l'oeuvre de l'homme. Il n'y a pas de charognard qui mange les boites de conserve et nulle créature sauvage ne laisse de telles souillures sur le sol de la forêt."

Connaissance (admirative) des Indiens
"Vous pouvez faire confiance aux Indiens pour ne manquer aucune des vertus du monde des plantes! "

Coup de cœur pour cet incontournable
vers 1900, par Charles Lummis
L'avis chez Lecture/Ecriture de Dominique (forcément!), nathalie, forcément aussi, tiens!,

jeudi 14 février 2019

Nomadland

Nomadland
Surviving America in the Twenty-First Century
Jessica Bruder
Globe, 2019
Traduit par Nathalie Peronny

"J'ai longtemps cru que les conducteurs de camping-cars étaient de braves retraités sillonnant tranquillement les routes d'Amérique pour faire du tourisme et profiter de leur temsp libre après des décennies de du labeur. (...) Ces joyeux retraités existent toujours, mais ils ont été rejoints par un nouveau genre de nomades."

Aux Etats-Unis plus qu'ailleurs, mieux vaut être riche et en bonne santé que pauvre et malade. La crise immobilière de 2008 a considérablement appauvri ou laissé sur le carreau bien des personnes qui se pensaient à l'abri du besoin. Pour peu qu'on ajoute divorce coûteux, maladie, accident ou chômage, voilà de nombreux plus de cinquante ans ayant dû choisir de ne plus payer de loyer, et d'opter pour une maison sur roues, petite ou grande.
Tout cela pour sillonner les routes, à la recherche d'emplois saisonniers, pénibles et précaires, genre gardien de camping, employé chez Amazon, ou dans la récolte de la betterave.

Jessica Bruder est journaliste et s'est intéressée à ce phénomène américain, suivant particulièrement Linda May, 64 ans, vivant dans sa minuscule caravane jaune pâle. Elle nous permet de rencontrer d'autres personnages hauts en couleur ayant 'choisi' ce mode de vie et se regroupant lors d'immenses rassemblements l'hiver dans le désert. Répétons-le : leur situation  est précaire, et sans guère d'avenir. Même si Laura réussit à réaliser un de ses rêves...

On pense aux années 30 et les fermiers évoqués par Steinbeck, mais là ils espéraient que leur vie redeviendrait normale...

Absolument passionnant, parfois sidérant.

Edit suite à la question de cathulu : interviews à un moment, sûrement, mais c'est raconté par l'auteur, qui a 'suivi' Laura au fil de deux années je crois, et a même vécu en caravane pour voir, y compris bossé dans les betteraves et chez amazon! Une journaliste qui s'implique!
Chaque chapitre est complété par une tripotée de liens.


Merci à Anne R de chez Anne et Arnaud

lundi 11 février 2019

L'homme qui aimait trop les livres

L'homme qui aimait trop les livres
The man who loved books too much:
the true story of a thief, a detective, and a world of literary obsession
Allison Hoover Bartlett
Marchialy, 2018
Traduit par Cyril Gay




Aussitôt vu sur le présentoir de la bibli, aussi emprunté. Comment résister? Une fois commencé, ce livre s'est révélé ne pas être un roman mais une sorte d'enquête menée par une journaliste sur le sujet des collectionneurs de livres anciens, actuellement ou dans le passé, des libraires en vendant, en boutique ou salons, et des indélicats volant ces livres et/ou ne les rendant pas.

Elle s'attache particulièrement à John Gilsey, qu’elle a rencontré à de multiples reprises, y compris dans un parloir de prison, ses méthodes pour se constituer une collection de livres anciens n'étant pas du goût des libraires spoliés. En particulier Ken Sanders, qui se "surnomme 'Book Cop' -le flic du livre-, mais ses amis l'appellent 'biblioflic'." Ceci dans le cadre de son travail à l'ALAA, association des libraires de livres anciens d'Amérique. J'ai noté, entre autres détails dont fourmille ce livre, que Sanders et Abbey étaient amis et ont participé à une action -pacifique- sur un barrage.

Les vols de livres ne sont pas tellement réprimés par la loi, ce qui fait enrager Sanders, "qu'ils se contentent de piquer des enjoliveurs et laissent les livres tranquilles!" Contrairement à ce que je pensais au départ, Gilsey ne volait pas les livres en les glissant sous son blouson, mais par une arnaque qui tombait plus facilement sous le coup de la loi.

Les rapports entre ces personnages sont assez particuliers, la journaliste frôlant parfois la ligne entre l'enquête et la complicité -sans la franchir. Personnellement je suis quand même restée dans une sorte de flou, c'est plaisant à lire mais parfois éparpillé.

Quelques anecdotes:
"Thomas Jefferson Fitzpatrick, un professeur de botanique qui avait amassé tellement de livres dans les années 1930 que leur poids excédait celui indiqué dans les normes de sécurité du bâtiment. Il décéda à l'âge avancé de 83 ans en 1952, et fut retrouvé chez lui allongé sur un lit de camp dans sa cuisine, cerné par 90 tonnes des livres."

Thomas Jefferson, président des Etats Unis, était bibliophile, chez lui rangeait les livres par taille,  et avait proposé pour la bibliothèque du Congrès "un système de classement dans lequel les livres seraient classés en trois grandes catégories : mémoire, raison et imagination. Une division poétique que je serais curieuse de voir appliquée dans les librairies aujourd'hui. Cela prendrait peut-être plus de temps de trouver ce que l'on cherche, mais qui sait sur quoi l'on risquerait de tomber."

Pour terminer, l'éditeur donne ce conseil "retenez-vous autant que possible de voler ce livre." et "Ceci est un premier tirage".

jeudi 7 février 2019

BD en vrac

Kililana song
Benjamin Flao
Futuropolis, 2016



Ce roman graphique de 250 pages (paru précédemment en deux parties réunies ici) m'a attiré l'oeil à la bibliothèque grâce aux dessins et à la localisation en Afrique. Ensuite, même si l’histoire se suit fort bien, j'ai traîné pour faire durer le plaisir, c'est dire.
On suit Naïm, gosse débrouillard courant pour fuir son grand frère qui veut lui faire suivre l'école coranique, alors que lui préfère acheter du khat pour un vieux bonhomme; son copain décortiquant des crevettes pour gagner quelques sous; des promoteurs, des politiciens, et même des terroristes; des prostituées sympathiques; un type drogué jusqu'au yeux; un trafiquant haut en couleur; un vieux gardien d'ossements sous un grand arbre.
Le tout sur la côte kenyane, avec bateaux traditionnels, îles pas trop paradisiaques et tempête melvilienne!
A découvrir, c'est somptueux ! Gros coup de coeur.
Qui en a parlé? Jérôme et ses complices habituelles, Géraldine, ...

 Après avoir calé sur le tome 1, j'ai accroché au tome 4, puis lu le 3, et enfin le 1 et le 2 de L'arabe du futur, complétant cela par une exposition à Pompidou sur Riad Sattouf.
L'arabe du futur
Riad Sattouf
Allary éditions


Tout le monde doit déjà avoir entendu parler de l'histoire de ce gamin (et ses frères) de père syrien et mère française (bretonne) ayant passé son enfance en Libye, Syrie et Bretagne. Le 4 m'a laissée sur une fin vraiment dramatique. Même si l'auteur a toujours de l'humour et de l'autodérision. Evidemment j'attends la suite!



The end
Zep
Rue de Sèvres, 2018

Thriller environnemental, dixit certains, qui fait froid dans le dos. A découvrir, évidemment, même si j'avais déjà pas mal lu sur la façon dont les arbres 'communiquent'.

Je recommande l'excellent film Aftermath qui m'a durablement marquée et a donc contribué à atténuer les 20 dernières pages de l'album, pourtant réussies.

Et je vous épargne The end des Doors.

J'ai aussi lu Lydie, Les vieux fourneaux tome 4 (et j'attends la libération du 5!)
Bref, je lis plein de BD, mais je n'en présente que rarement. Quand tout le monde en parle (et bien!) j'hésite à en rajouter; j'ai ainsi lu L'homme gribouillé, à mon avis génialement dessiné mais parfois incohérent et partant dans trop de pistes. Ainsi que La différence invisible, une superbe réussite!

lundi 4 février 2019

A demain l'embarquement

A demain l'embarquement
Laurent Girerd
Le temps qu'il fait, 2018


J'ai trop savouré ma lecture pour ne pas tenter d'écrire un billet ne rendant que faiblement compte du bonheur ressenti à lire ces textes (trop court, 119 pages), narrant les déambulations de l'auteur vers les fleuves et les ports, encadrées par l'histoire d'un docker italien arrivant à Ellis Island. Alors de grue (le matériel) en grue (l'oiseau) on le retrouve après l'Italie du nord en gare du nord vers la Belgique (où il retrouve un pote haut en couleur pour une soirée arrosée), à Saint Petersbourg l'hiver, la Néva étant gelée mais fréquentée.
J'ai hautement apprécié ces phrases ciselées, leurs détours inattendus, ces images, ces couleurs...

"Sous le panneau DEPARTS à la gare du nord où les caténaires sabotés par la tempête menaçaient mon train d'annulation, une femme triste tirait une triste valise. Le choeur de cigales qui montait de ses antiques roulettes me donnait cependant à penser que l'espoir de partir n'était pas encore tout à fait à exclure." (j'ai le scrouitch dans les oreilles, là)

"Devant son chevalet, un homme du dimanche peignait la scène. Sur sa toile, la luzerne oscillait entre le jaune de l'urine au réveil, le jaune Champs-Flammarion et le jaune Verdier." (avouez, vous l'avez, ce jaune!)

Le GPS, texte qui m'a remis en mémoire un récent de Bonheur du jour)
"Je voudrais dire ici ma fierté de ne pas avoir recours à un objet si performant, et ma satisfaction de conduire ma vie comme je l'ai toujours conduite, sans assistance automatisée, en continuant de poser mon regard faillible sur le monde vierge à porté de visage.
Non que j'aie apprécié de tourner dans la ville de saint Antoine pendant quarante-conq minutes sans trouver l'adresse de l'hôtel où j'avais prévu de coucher.(...) Sans compter que, contrairement à l'égarement piétonnier, se perdre en voiture réserve rarement d'agréables surprises. (...)
Je voudrais dire un mot sur le plaisir que me procure le bas-côté où l'on coupe le moteur. C'est là un plaisir méconnu, passablement sous-estimé.(...) Sur le bas-côté j'aime à déplier la trop grande carte de l'IGN."

"Trois cohortes de parasols au garde-à-vous face à l'Adriatique donnent une image balnéaire de ce que fut la discipline romaine." (Quelle économie pour évoquer, quelle image!)