vendredi 21 décembre 2018

Vous serez mes témoins

Vous serez mes témoins
Nina Yargekov
POL, 2011


Mais cette fille est complètement barrée! Déjà avec le gros Double nationalité j'avais eu une idée favorable de cette auteur, là c'est plus court (250 pages) et complètement improbable.

Alors on dirait que se déroule un procès, celui d'une certaine Nina Y., accusée d'avoir voulu tirer parti d'un nébuleux statut de "meilleure amie d'Elodie", jeune femme s'étant suicidée le 14 juillet 2007. Connaissait-elle si bien que cela Elodie, son chagrin est-il simulé, etc., bref, le grand n'importe quoi est parfaitement assumé, le lecteur ne sait trop s'il faut rire ou pleurer, emporté qu'il est par un gros délire.

"Commandant GIGN
Concernant les affabulateurs qui prétendent faussement avoir eu des liens étroits avec des suicidés, nous les considérons au même titre que les imitateurs de tueurs en série et autres imposteurs du genre comme les guignols qui nous font perdre leur temps, passez-moi l'expression."

"Monsieur G., téléphonologue
Les téléphones portables sont de petits êtres sensibles qui peuvent être très affectés par le contenu des données vocales qui les traversent, surtout lorsqu'il concerne des personnes dont le numéro se trouve dans leur répertoire. Il n'est donc pas impossible que dans un moment de trouble, secoué par la triste nouvelle, le petit téléphone ait involontairement déformé les propos qu'il était en charge de transmettre."

mercredi 19 décembre 2018

Le reich de la lune

Le Reich de la lune
Iron sky - Renaten tarina
Johanna Sinisalo
Actes sud, 2018
Traduit par Anne Colin du Terrail


Bon, l'idéologie nazie, ce n'est pas ma tasse de thé, et il fallait bien Johanna Sinisalo et la promesse d'une "uchronie délicieusement barrée, joyeusement rocambolesque et délibérément grinçante" (dixit la quatrième de couverture) pour que je me lance là-dedans.

Accrochez-vous. Car figurez-vous qu'après la seconde guerre mondiale des nazis se sont réfugiés dans une base en Antarctique, et sont partis en fusée. Sur la face cachée de la lune. Ils se sont installés dans des souterrains, recréant une société bercée par l'idéologie national-socialiste et l'espoir de revanche sur la Terre.

En 2047 c'est une certaine Renate Richter qui dans son journal raconte son enfance (elle est née dans les années 1990) et particulièrement les événements suivant l'arrivée sur la lune de trois terriens en 2018. Elle sera amenée à se rendre elle-même sur la Terre!
Dès le début le lecteur découvre que son journal s'adresse à "Chère Kitty". Quoi? Johanna Sinisalo ne recule devant rien! "Ma fille saura-t-elle jamais pourquoi j'ai choisi ce nom? Il est juste,  mes yeux, on ne peut plus pertinent, ironique à souhait."

Renate raconte comment se passe la vie des gens dans cette base enterrée (ou enlunée?), l'omniprésente propagande qui rappelle de mauvais souvenirs, mais n'est pas exempte de ridicule, j'ai apprécié les titres officiels tels Aufklärungsfluguntersturmführer ou Informationstechnikoberführer. Comment l'on se procure l'énergie et la nourriture. Rien de très technique, il s'agit de SF qui ne perd pas le lecteur avec de la physique chimie. En fait le chanvre y sert à tout, vêtements, nourriture, papier, carburant des véhicules. (Nan, pas d'usage récréatif). Tout ou presque est économisé et réutilisé. On ne mange pas de viande (nourrir les vaches avec ce qui conviendrait aux humains n'est pas raisonnable), l'eau n'est pas gaspillée, on utilise l'urée récupérée (je passe les détails) . Bref, une société obligatoirement écolo, mais pas très fun, et bien vissée. Et l'on apprend en cours de route un détail sur les Walhalla Garten qui fait froid dans le dos (mais un nazi reste un nazi, évidemment, ne pas l'oublier!).
 Il y a même des travailleurs manuels, les Untermensch.

Alors bien sûr quand Renate arrive sur Terre, c'est le choc, auditif, olfactif, visuel! Et elle utilise son intelligence pour considérer la façon terrienne de bien gaspiller. Le papier, le pétrole, par exemple. "On fabriquait à partir d'une matière première précieuse, née au fil de millions d'années d’une accumulation de végétaux et d'animaux morts, extraite au prix d'énormes efforts des profondeurs de formations rocheuses ou du plancher océanique et péniblement raffinés au détriment de l'environnement, des produits qui n’étaient destinés qu'à être jetés."
"J'ai aussi supposé que l'eau de la chasse des WC avait déjà été utilisée au moins une fois, par exemple pour le ménage; sinon le gaspillage aurait été absolument délirant."

La télévision: "les capitalistes l’avaient transformée en un instrument de lavage de cerveau ayant pour seul but d'abêtir le peuple par des émissions de divertissement et d'enrichir les exploiteurs en vendant des biens et des produits inutiles." "Mais la télévision ne fait que jeter des contenus en pâture, sans réciprocité, et si certains, pour une raison ou une autre, sont enclins à la dissidence et refusent par exemple de croire à la supériorité du système national-socialiste, ou même d'en entendre parler, elel n'a aucune prise sur eux. Il leur suffit de l'éteindre.
Internet : "On dirait que lorsqu'on utilise ce canal de diffusion, il est plus important de répéter comme une vérité les propos de ses amis ou connaissances que de se renseigner réellement sur le fond des choses."

Au cas où vous en douteriez, ce genre de littérature permet, et souvent de façon jubilatoire, de critiquer notre Terre à nous!
Et si vous aimez l'action, soyez sans craindre, il y en a aussi dans ce roman.

Mais pas autant (et heureusement) que dans le film Iron sky (2012). Sinisalo a été créditée comme 'auteur de l'histoire originale' mais le roman serait la partie immergée de l'iceberg Iron sky (selon la note de fin). Et purée on dirait qu'il existe un numéro 2, ça a l'air du lourd côté nanard.

lundi 17 décembre 2018

Quatuor

Quatuor
Kwartet
Anna Enquist
Actes sud, 2016
Traduit par Emmanuelle Tardif
(remarque : Actes sud et Le cherche midi notent le nom du traducteur sur la couverture)


Après Contrepoint, lire encore Anna Enquist était tentant, et justement ce roman fait partie de la liste des 'coups de coeur des lecteurs de la médiathèque'. Un peu de Bach pour ce quatuor (peut-on s'en passer?) mais surtout Mozart avec son quatuor K 465 Les dissonances -quel titre!- et celui en ré mineur K 421, Schubert avec La jeune fille et la mort, et Dvorak. Un roman qui donne envie de se précipiter sur ces œuvres...

Mais parlons du roman, qui n'exige pas d'aimer la musique classique pour en apprécier la lecture, tellement il est riche. Quoique, ces moments où le quatuor répète et joue ensemble, où Jochem l'altiste exerce son art de luthier, c'est vraiment du bonheur.

Une ville, certainement Amsterdam, ses rivières, ses canaux, la péniche où loge Hugo (premier violon), ses déplacements à bicyclette... Mais un pays, où comme le suggère l’excellente image de couverture, rien ne va plus trop. Quelques détails donnent à penser que l'on n'est pas à notre époque, mis tout proche quand même, où corruption et incompétence règnent en maîtres. Caroline la violoncelliste, son collègue médecin Daniel, Heleen (deuxième violon) l'infirmière sont aux premières loges dans leur cabinet pour constater la déliquescence du système de santé, la façon dont les autorités promulguent des lois avec lesquelles pharmaciens et médecins doivent se débrouiller pour que les patients n'en pâtissent pas. Par ailleurs Reinier, ex soliste virtuose, professeur de violoncelle, vit dans la terreur d'être envoyé dans un établissement pour personnes âgées (les aides à domicile ne sont pas censées exister encore).
Caroline et Jochem ont vécu un drame dont les causes peuvent aussi être dues à la dégradation du système, chacun a réagi différemment, et le roman montre leur évolution.
Ajoutons à cela Hugo le premier violon, aux premières loges pour vivre l'inexorable destin de la culture, 'luxe inutile'.
Les services judiciaires ne sont pas en reste, dans ce portrait d'un monde pas si éloigné du nôtre, avec une affaire qui touchera de près les membres du quatuor.

Non, je n'ai pas tout raconté bien sûr, de ce roman dont le côté paisible camoufle bien des tiraillements, des incompréhensions, des chagrins, et de l'amour et de l'amitié. Une narration sans chichis, au présent (ce que je n'aime guère d'ordinaire, mais j'ai dévoré le livre!)

Les avis chez babelio,

jeudi 13 décembre 2018

Un portrait de femme

Couverture de la première édition américaine. 1881
The portrait of a lady
Henry James
Penguin classics, 1984










Bla bla qu'on peut sauter :
Dans la catégorie 'même pas peur', après L'excuse de Julie Wolkenstein qui reprenait brillamment l'intrigue du roman de James, et le récent billet de Dominique qui le place dans son top 10, je me suis lancée dans ce (gros) roman, disponible seulement en VO à la bibliothèque.
Me souvenant donc (vaguement) de l'histoire, le risque était d'y prendre moins d'intérêt : mais non, James fait partie des auteurs - et c'est sûrement à cela qu'on reconnaît leur qualité- passionnants -voire plus- quand on n'ignore pas tout de ses écrits. Au moins j'étais prévenue, la vie d'Isabel Archer ne sera pas un long fleuve tranquille.
Cependant j'ai prudemment lu la préface APRES. Julie Wolkenstein était beaucoup plus vague et a - si j'ose dire- transfiguré l'oeuvre de James-  inventant une suite pour "Isabel" après le décès de "Ralph", et une vie amoureuse heureuse pour "Pansy". Alors que la préface raconte tout! Parfait pour les petites mémoires, mais après lecture.

L'histoire : 
Isabel Archer est une jeune américaine de 23 ans environ, orpheline, intelligente et déterminée, de beauté et de richesse raisonnables, en tout cas assez pour attirer plein de prétendants et ne pas travailler. Elle est considérée comme très indépendante et va bien le démontrer en première partie du roman. (oui on sent qu'elle m'a un poil agacée, mais ensuite je l'ai plainte et admirée, la pauvre)

Invitée par sa tante Mrs Touchett, elle s'installe pour une période indéterminée dans la propriété des Touchett, près de la Tamise. Elle y fait connaissance de son oncle, et de son cousin Ralph, dont la maladie (tuberculose vraisemblablement) l'oblige à fuir parfois le climat anglais pour celui de l'Italie, et de Lord Warburton, aristocrate local qui a tout pour lui, physique, richesse, intelligence, sauf la capacité de se faire aimer d'Isabel. Arrive Caspar Goodwood, homme d'affaires américain, lui aussi amoureux d'Isabel, et dont la demande en mariage est aussi rejetée, Isabel affirmant haut et fort son désir d'indépendance.
Et Ralph? Ce n'est pas un secret pour le lecteur que lui aussi est amoureux d'Isabel.

Arrive Madame Merle, une veuve fort intelligente dont la vie semble se passer en des séjours chez ses multiples amis; Isabel se prendra d'amitié pour elle.
Le vieux Monsieur Touchett décède, non sans avoir laissé à Isabel , à la demande de Ralph, une belle fortune, désirant la voir vraiment indépendante.

Isabel va voyager durant deux ans, et on la retrouve en Italie, où Madame Merle la présente à Gilbert Osmond, veuf et père de la jeune Pansy, quinze ans. En dépit de quelques avertissements, Isabelle épouse Gilbert. Il faudra en gros la seconde partie du roman pour qu’elle soit désillusionnée par ce mariage.

Mes impressions (en vrac):
Un démarrage assez diesel, où James décortique en long et en large le caractère de ses personnages, mais les dialogues épatants m'ont fait prendre patience. Puis la mayonnaise prend, et j'ai dévoré le reste. James est très doué dans les dialogues, bourrés de sous-entendus et de non-dits, laissant parfois le lecteur impatient d'avoir le renseignement recherché, et souvent frustré quand il n'apprend pas tout. La tension monte, il lui reste à se contenter des regards, des petits gestes, pour deviner ou espérer deviner. D'après Julie Wolkenstein James lui-même n'avait pas toutes les réponses. Dans l'affaire avec Pansy, Isabel et Lord Warburton, difficile de savoir ce que ces deux derniers avaient réellement en tête (le savent-ils eux-mêmes consciemment, d'ailleurs?).

Ralph serait assez spectateur. "What's the use of being ill and disabled and restricted to mere spectatorship at the game of life if I really can't see the show when I've paid so much for my ticket?" Traduction à l'arrache " A quoi bon être malade et handicapé et réduit à être spectateur du jeu de la vie si réellement je ne peux voir le spectacle alors que j'ai payé mon ticket si cher?" Julie Wolkenstein, toujours elle, prétend qu'il est logique que le roman se termine peu après la mort de Ralph, qui n'est plus là pour connaître la suite.

Les demandes en mariage de Warburton et de Goodwood se succèdent dans le roman, et c'est intéressant de découvrir comment les deux hommes sont différents lors de cette demande.

Assez évident de penser que James oppose le vieux et le nouveau continent, avec un plus pour l'ancien. Allez-retours entre Angleterre et Italie (avec un séjour à Paris) pour ses personnages sans gros problèmes financiers semble-t-il. On est dans une bonne société, policée, respectant les usages et les conventions, et il est rare que les masques tombent, sauf un peu vers la fin, et il faut souvent être vigilant.

L'un des plus beaux passages (à mon goût) est celui où Isabel, quasi consciente du passé qu'on lui a caché, trouve consolation parmi les ruines de Rome. L'on sent d’ailleurs que James ne pouvait qu'aimer et connaître passionnément cette ville.

Et Madame Merle? Quel personnage! Les notes de fin de volume font la relation avec le nom de Madame de Merteuil, et c'est sûr que c'est aussi une comploteuse, et qu'à la fin elle quittera l'Europe (la fuite?)

Que ces considérations parfois tristounettes n'empêchent ps de lire ce fabuleux roman, qui se révèle -même si de moins en moins au fur et à mesure que l'histoire avance- plutôt drôle, en tout cas le tragique côtoie l'ironie. Et je m'aperçois que j'ai oublié de parler de Henrietta Stackpole, l'amie d'Isabel, journaliste au caractère bien trempé, parfois ridicule mais extrêmement sympathique, et contribuant souvent à relâcher la tension.

D'autres avis : lecture écriture, babelio,

lundi 10 décembre 2018

Ma vie en peintures

Ma vie en peintures
El nervio optico
Maria Gainza
Gallimard, 2018
Traduit par Gersende Camenen

"Je marchais dans le musée en évitant les grands tableaux, lassée de la peinture du vingtième siècle et de ses grands airs messianiques qui crient sur ton passage : 'je suis une oeuvre d'art!' comme s'il y avait de quoi en faire tout un plat, lorsqu'un tableau a capté mon attention. En approchant j'ai découvert son nom : Schiavoni. Un nom qui ne me disait rien du tout; tout au plus évoquait-il celui d'un garagiste ou d’une entreprise de déménagement, même si, dans ce cas, on aurait dû lire 'Schiavoni, père et fils.' Et puis il y avait la question de la ressemblance."

L'illustration de couverture, Jeune fille assise d'Augusto Schiavoni, appartient au Musée des Beaux Arts de Buenos Aires, et lors d'une visite Maria Gainza réalise la ressemblance entre la jeune fille représentée en 1929 et elle-même enfant. Là voilà ensuite rappelant la vie de Schiavoni, particulièrement à Venise, et évoquant sa vieille amitié (à elle) avec un certain Fabiolo. Le lien entre ces différents sujets existe, passer de l'un à l'autre peut ne pas paraître forcément fluide, mais on ne s'y perd pas et cela reste fort intéressant.

Voilà comment Maria Gainza, journaliste et critique d'art argentine, construit ses différents chapitres, chacun consacré sans trop de chronologie à un peintre et une partie de sa vie, avec l'Argentine en lointaine toile de fond. La quatrième de couverture appelle cela une fiction autobiographique et je préfère cela à roman.

"Parcourez du regard une salle de peinture argentine. Faites le lentement, en gardant une vision floue. Dès que vous sentirez une secousse (...) arrêtez-vous: il est fort probable que vous vous trouviez face à un Victorica."
https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_R%C3%AAve_(Rousseau)
Parlant de son incapacité (récente) à prendre l'avion
"Bien sûr, il y a des choses que tu rates en ne voyageant pas. Tu as dû renoncer à voir un jour Le Rêve, l'une des grandes peintures de Rousseau qui se trouve au MoMa de New York et qui, fit-on, fait trembler le sol sous les pieds. Tu ne verras pas non plus la Madonna del Parto de Piero Della Francesca, qui  est à Monterchi et qui porte une tunique bleue capable d'émouvoir une institutrice allemande; le Baiser à la dérobée de Fragonard, qui est à l'Ermitage de Saint-Pétersbourg, ce sera pour une future réincarnation slave. Et, entre nous, il est temps de renoncer à l'idée saugrenue de contempler de tes propres yeux le hanami, la neige la plus exquise du monde, le moment précis où les cerisiers fleurissent au Japon."
https://fr.wikipedia.org/wiki/Hanami
L'avis (tentateur) de Maryline (avec plein d'illustrations) et Annie, bien illustré aussi.

vendredi 7 décembre 2018

Ma dévotion

Ma dévotion
Julia Kerninon
la brune au Rouergue, 2018


"Lorsque quelqu'un est aussi discret que moi, personne n'imagine qu'il puisse avoir un tempérament passionné. Les gens pensent que ma personnalité est un genre de bruit blanc, que le silence que je fais en société est l'écho de celui qui résonne, depuis toujours, dans l'espace clos de ma tête, sous les cheveux coiffés. Mais -je le sais mieux que personne- il ne faut pas juger un livre à sa couverture."

Est-ce l'explication du drame final? Peut-être. Après des décennies sans vagues, à protéger, soutenir Frank, à lui servir de secrétaire femme de ménage organisatrice amie et amante, quand ça pète, ça pète; et vingt-trois ans plus tard, quand ils se revoient par hasard sur un trottoir londonien, pour une fois Helen s'exprime, dans un long monologue.

Ils se sont connus à douze ans, chacun enfant de diplomate, à Rome, souffrants de leurs familles respectives (et Helen de ses frères harceleurs), et sont installés à Amsterdam, où à vingt-huit ans Frank a découvert sa passion pour la peinture et est devenu célèbre, reconnu. Helen a tenté le mariage mais en vain. Sa vie professionnelle, écriture et études littéraires, est une réussite.

Dévotion d'Helen à l'égard de Frank, parfois heureuse et toujours déséquilibrée. Frank, génie de la peinture, égoïste inconscient? Le détail de la 'soeur' est atroce.

Comme pour Buvard, j'ai dévoré ce roman, complètement happée et fascinée, plus pour l'écriture que par l'histoire.

Les avis de Motspourmots,

mercredi 5 décembre 2018

Petites foulées au bord d'un canal

Petites foulées au bord d'un canal
Nouvelles
Luc-Michel Fouassier
Quadrature, 2018





Quatorze courts textes pour une soixantaine de pages, voilà qui se lit aisément, surtout que l'écriture est belle, et les impressions diverses, nostalgie, humour, tristesse, émotion. Jamais l'on ne s'ennuie, et pourtant tout se passe le long du canal de Briare (mais si, celui avec le pont-canal de Gustave Eiffel!).
Un sentier de halage pour les balades, ratées ou pas, les couples se formant ou se réconciliant, un pêcheur, un peintre, des bateaux, et une maison bien trop accueillante selon les épouses... Même Jean Rolin y est convié, avec un titre, Chemins d'eau.
Bref, j'ai beaucoup aimé ces tranches de vie (sans gros flaflas et drames sanglants), bourrés d'humanité et du sens de l'observation.

Merci à Patrick Dupuis, lui -même auteur de nouvelles, pour cet envoi.

Petites foulées au bord d'un canal, un titre auquel je ne pouvais résister! En effet depuis des années j'habite le long d'un canal, observant sans bouger de chez moi canards, hérons, ragondins, écureuils, pêcheurs, promeneurs... Puis, lorsque le temps le permet, pas trop chaud, pas trop froid, pas trop humide, chaussant de bonnes chaussures de sport pour justement un parcours à petites foulées le long du sentier de halage. Sans chercher le chrono, puisque de toute façon je n'hésite pas à papoter avec les promeneurs, touristes, pêcheurs, lecteurs, ramasseurs (cette année que de noix!) et héler les écureuils, ragondins, chevreuils et chiens, qui eux ne se donnent pas la peine de me répondre. Les coucous et piverts me snobent, les martins-pêcheurs aussi. On m'a signalé des castors dans le coin. Toujours le même parcours, avec un pont canal bien modeste, mais souvent des découvertes, selon les saisons tel arbre apparaît différent, la lumière change tout aussi.


"Il voudrait être une de ces libellules qui virevoltent autour de lui"

lundi 3 décembre 2018

Si tout n'a pas péri avec mon innocence

Si tout n'a pas péri avec mon innocence
Emmanuelle Bayamack-Tam
P.O.L., 2013
Existe en folio


Quand un auteur me plait, et Arcadie était remarquable, je lis ses autres titres disponibles (d'où une LAL impossible à terrasser).

Tout d'abord le plaisir de retrouver une écriture de bonne facture, avec tout de même le petit plus moderne qui accroche et titille. Puis la fluidité du propos, avec analepses et prolepses (je me la pète un peu, là). Voilà donc l'histoire de Kimberley, issue d'une famille originale, drôle au premier regard, mais finalement tragiquement immature et peu sympathique. Car du tragique il y en aura, le lecteur est prévenu, tout le met sur la voie, et quand ça arrive, un peu avant la moitié du roman, son cœur est broyé quand même. Je m'étonne juste que les causes du drame n'aient pas donné lieu à questionnements et enquêtes. Mais dans cette famille, qui allait s'en occuper?

En tout cas, Kimberley, qui au cours de son enfance et adolescence prend diverses résolutions (la première étant d'être un garçon, mais son 90 C l'a vite fait changer d'avis), et fan absolue de Baudelaire, est une fonceuse qui ne se laisse pas abattre, prenant certains virages à 180 degrés, et une voie professionnelle étonnante (mais personne ne l'a reconnue?)(il faut dire que hors de sa famille qui la connaissait?)

En tout cas voilà (encore?) un roman d'apprentissage, une jeune adulte qui n'a pas froid aux yeux mais non sans sensibilité, pour une histoire quand même pleine de tendresse (et de sexualité, je préviens, mais mes lecteurs sont grands)

A neuf ans : "Finie la docilité à des lois édictées par d'autres. Finie la féminité programmée et inéluctable. Fini l'amour, qui conduit au pire." Programme pas forcément tenu.

Les avis chez babelio, clara,

Le début : ça percute!

Passage de la présentation de l'éditeur
Comme les précédents livres d’Emmanuelle Bayamack-Tam, celui-ci se propose d’illustrer quelques unes des lois ineptes de l’existence. Le titre est emprunté auxMétamorphoses d’Ovide : comme Philomèle, Kim survit aux outrages, mais contrairement à elle, on ne lui a pas coupé la langue, ce qui fait qu’elle raconte, dans une langue qu’Emmanuelle Bayamack-Tam a voulue à la fois triviale et sophistiquée, comment l’esprit vient aux filles. Or, on sait depuis longtemps qu’il leur vient par les chemins à la fois balisés et inextricables du désir charnel. Pour Kim, il empruntera aussi ceux de la poésie du XIXe, ce qui fait que Si tout n’a pas péri avec mon innocence se veut aussi récit d’une vocation d’écrivain.