lundi 29 février 2016

Ton visage demain

Depuis longtemps je voulais lire Ton visage demain, hélas seul le tome I était présent dans ma bibli number one, et voilà que je découvre la présence des I et II dans ma bibli number two. Il faut dire que depuis Le roman d'Oxford, je suis fan absolue de l'auteur, dont j'ai lu  Le roman d'Oxford   Dans le dos noir du temps     Comme les amours    Demain dans la bataille pense à moi
Un auteur très très particulier à lire, suscitant abandon ou enthousiasme, j'ignore d'ailleurs s'il y a un milieu.


Ton visage demain (I)
Fièvre et lance
Javier Marias
Gallimard, 2004
Traduction de Jean-Marie Saint-Lu


"Wheeler se rapprochait peu à peu du terme de sa digression, pensai-je. En fait, il savait toujours où il en était, et ce qui chez lui semblait hasardeux ou involontaire, conséquence de la distraction, de l'âge ou d'une perception un peu confuse du temps, de ses tendances à divaguer et à discourir, était généralement calculé, mesuré et assujetti, et faisait partie de ses manœuvres et de ses parcours tracés et prévus."

Tout comme Wheeler, Javier Marias digresse en retombant toujours sur ses pattes, entraînant le lecteur dans un flot de mots et de phrases contre lequel le malheureux - ou heureux - ferait mieux de ne pas lutter, se laissant bercer par le rythme ou étonner par les paysage qui défile... Je suis d'accord, nous sommes là dans la pure catégorie 'ça passe ou ça casse' et maints lecteurs ont par le passé quitté l'embarcation et regagné la rive. L'ombre de Proust rode dans les parages.

Peter Wheeler apparaît comme un professeur d'Oxford, mais le narrateur, l'espagnol Jaime/Jacobo/Jacques Deza, déjà rencontré dans l'étudiant d'Oxford, séparé de son épouse Luisa et travaillant à la BBC, découvre qu'il a passé du temps en Espagne durant la guerre civile puis aurait servi son pays dans le renseignement.

Wheeler a senti chez Deza une capacité d'observer et d'interpréter les gestes, les paroles d'autres personnes, par intuition ou expérience, on ne sait pas trop. Cette capacité le fera embaucher par le non moins mystérieux Mr Tupra, qui le chargera de traductions, d'observation de conversations ou de videos. Charge à lui de détecter si telle épouse a trompé son mari, si tel étranger se risquerait à fomenter un coup d'état, si tel individu serait capable de tuer et dans quelles conditions, etc.

Par ailleurs Deza évoque la guerre civile espagnole (avant sa naissance) et comment sa famille a subi arrestation, procès, deuil. J'ai beaucoup aimé apprendre comment son père a vraiment laissé derrière lui  ce douloureux passé de trahison à son égard.

A propos de digressions qui peuvent prendre deux pages ou des dizaines de pages (et sont passionnantes), la plus longue concerne les affiches durant la seconde guerre mondiale, enjoignant à la population de se méfier des oreilles épiant leurs conversation (reproduction de ces affiches, dans le roman)
http://www.nationalarchives.gov.uk/theartofwar/prop/home_front/INF3_0229.htm
Si l'on est friand de 'droit au but', Javier Marias doit considérablement agacer, mais si l'on aime être pris a parti, intégré dans une réflexion pouvant toucher au vécu de chacun (utilisation du on ou nous), interpellé par des remarques fines et intelligentes (mais gare, pas vraiment courtes), alors il faut expérimenter cette lecture!

Un avis sur Babelio, et sur Lecture écriture

A la fin du roman, on frappe à la porte du narrateur, et il ouvre "pour qu'elle entre de nuit chez moi, et monte me parler." J'ai deviné qui est cette visiteuse, mais là il faut bien le tome II, non?

Ton visage demain (II)
Danse et rêve
Javier Marias
Gallimard, 2007
Traduction de Jean-Marie Saint-Lu


L'entrevue entre visiteuse et Reda ne formera pas un gros morceau du deuxième roman, qui consistera principalement à raconter une soirée en boîte, avec Tupra (alias Reresby pour l'occasion), les Manoia, couple italien en 'affaires' avec Reresby, et le narrateur, en tant que traducteur épisodique. Reda invite poliment à danser Mme Manoia, mais se la voit souffler (sans regrets) par l’inénarrable De la Garza (déjà rencontré dans le premier volume). Malotru, imbécile, celui-ci permet à Marias de nous donner des pages délicieuses et hilarantes, jusqu'au moment où cela se gâte pour De la Garza, qui subit un tabassage en règle.
A la fin du roman, la soirée n'est pas terminée, et moi dans le désespoir car il me faut absolument le tome 3!

Il faut dire que cette histoire tourne de plus en plus en roman d'espionnage, qu'on ignore qui sont les commanditaires du groupe pour lequel travaille Reda. Je rappelle qu'on le paye "pour faire des paris sur le comportement futur des personnes et sur leurs probabilités", le narrateur possédant selon les autres "ce don spécial (...) pour capter les traits caractéristiques et même essentiels de tes amis et connaissances, souvent inaperçus, ignorés d'eux-mêmes."

Après avoir conduit son héros à fouiller les toilettes femmes de la boîte (un grand moment!), Javier Marias va passer au noir de noir dans une scène de dix minutes maximum qu'il va étirer sur des pages, grâce à de savantes digressions. L'on reparlera de la tache de sang du premier tome, puis l'on passera à une conversation téléphonique ayant lieu deux jours plus tard (mais c'est logique, comme quand on laisse ses pensées vagabonder), et ensuite le père du narrateur reviendra raconter des anecdotes terribles de la guerre civile espagnole.

Une façon de jouer avec le lecteur que je trouve épatante et géniale, avec ces leitmotivs traversant les romans (morceaux de poèmes, chansons, citations, paroles remémorées, réflexions) et ces histoires revenant en mémoire (par exemple le bottox)(bizarre ces deux t, faute d'orthographe? le mot est en italique dans le texte). Du grand art de la construction.

Un avis sur Babelio, et sur Lecture écriture

Ton visage demain
Poison et ombre et adieu
Javier Marias
Gallimard, 2010
Traduction de Jean-Marie Saint-Lu


Pour le tome 3 un avis sur Babelio (toujours le même lecteur). Hélas je n'ai pas mis la main sur un exemplaire, en librairie il faudrait commander... Quant à l'existence d'un poche... Mais rien ne presse.

Electra, je remets le logo Coup de coeur (absolument mérité)

vendredi 26 février 2016

Rêves arctiques

Rêves arctiques
Artic Dreams, Imagination and Desire in a Northern Landscape, 1986
Barry Lopez
Gallmeister, 2014
National book Award en 1986
Traduction Dominique Letellier


Un Gallmeister comme je les aime, bien dodu, bien dense, avec plein de nature à l'intérieur. Dites, M'sieur Gallmeister, vous pourriez pas en fournir plus? Le noir (et je ne parle pas que du chocolat) c'est bien, l'éco terrorisme (Abbey for ever) c'est incontournable, Lonesome Dove et ses 1200 pages remplies de cow boys, c'est carrément trop court, mais... 450 pages sans un poil de fiction, destinées à "fournir au lecteur un (...) aperçu de la biologie, de l'écologie, de l'archéologie, de l'ethnographie et de l'histoire de l'Arctique", c'est le kif total!

Et je ne suis pas seule, maintenant je le sais. "Du haut d'une falaise, par un temps ensoleillé et venteux de la fin juin, il est facile de se laisser aller à des spéculations concernant l'obscur narval. (L'impression familière de dilatation, de profonde allégresse, que produisent ce genre de temps et l'occasion de voir des animaux, est résumée en un seul mot esquimau : quviannikumut, 'se sentir profondément heureux'.)

Une petite carte de la répartition des populations.  En plus cela donne une bonne idée des coins où l'auteur va nous entraîner à sa suite. Couvrez-vous, c'est parti!
Membres de l'Inuit Circumpolar Conférence
Par Kmusser — self-made using Digital Chart of the World data., CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=2724026
En plus des rencontres avec les habitants et la connaissance de leur milieu naturel, des chapitres sont consacrés au boeuf musqué (qui supporte tranquillement le vent, la neige, par - 40 degrés), au narval (des animaux fabuleusement adaptés à ces régions là) et bien sûr, l'ours!
Cet animal est incroyable! (note : calme toi, pas trop de points d'exclamation). On a essayé de le photographier sur la banquise à l'infrarouge, mais la bête était trop bien isolée pour apparaître. Les seules traces visibles étaient les empreintes restant chaudes quelques minutes après son passage . Les ours polaires se débarrassent du trop-plein de chaleur de leur corps par les paumes de leurs pattes (oui! En plus il trouve le moyen d'avoir trop chaud!)(oui, je sais, pour les points d'exclamation)
Excellent chasseur, même s'il rate quand même quelques proies (heureusement pour les phoques). Les âmes sensibles ne regarderont pas la fin de la vidéo. Bien observer au début, l'ours se roule dans la neige, "excellent absorbeur d'humidité."

https://www.youtube.com/watch?v=0mgnf6t9VEc

"Les ours polaires sont conçus durant les trois semaines d’œstrus de la femelle, entre avril et mai, mais les ovules fécondés ne s'implantent dans la cavité utérine que beaucoup plus tard"

Maintenant, les mauvaises nouvelles : le plus grand danger qui le menace, écrivait Lopez en 1986, "n'est plus la chasse, mais le développement industriel et ce qu'il amène avec lui." (...) Empoisonnement de l'environnement. Femelles dérangées par le développement de corridors de transport et expérimentations sismiques destinées à découvrir les gisements de minerais et de pétrole. Et puis les influences sur populations de phoques.
Trente ans plus tard, je crois qu'il faut ajouter le réchauffement climatique.

Naturellement Barry Lopez sait aussi partager son admiration et son respect pour les populations rencontrées, leur culture, leur art et l'utilisation extraordinairement adaptée du produit de leur chasse (en dehors de la nourriture) pour par exemple les habitations, les traîneaux, les vêtements.
"Les Esquimaux saisissent très vite l'essence de n'importe quel problème mécanique et y apportent une solution.""Comme quelqu'un le fit remarquer un jour, ils sont très malins, ces hommes souriants qui ne connaissent ni les poches, ni les chapeaux, ni la roue."

"Sur l'île Saint-Laurent, un chasseur yup'ik m'a dit un jour que ce que les Esquimaux traditionnels redoutent le plus chez nous, c'est l'ampleur et la profondeur des modifications que nous sommes en mesure d'imposer à ce pays, et le fait que nous pouvons facilement procéder à certains de ces changements par le truchement de l'électronique, depuis une ville lointaine. Les Esquimaux, qui considèrent parfois qu'ils ne sont pas entièrement détachés du monde animal, voient en nous des êtres dont la séparation d'avec ce monde pourrait bien être trop complète. Ils nous appellent, avec un mélange d’incrédulité et d'appréhension, les 'gens qui changent la nature'."

Pour ne pas allonger, je passe le chapitre sur la glace, tellement variable et multiforme, donnant une faible idée des conditions de déplacement dans la région, et des dangers, et ajoute que, de façon logique, Barry Lopez raconte longuement l'aventure de la découverte de l'Arctique par les Européens, celle du pôle et du passage par le nord. Une grande épopée souvent mue par l'intérêt ou la recherche de la gloire, mais ponctuée de son lot de tragédies.

Présentation de l'auteur par Gallmeister
Barry Lopez est né en 1945 et a grandi dans le Sud de la Californie et à New York. Il vit depuis 1968 au milieu des arbres dans l’Oregon, et voyage très souvent dans des lieux reculés de la planète, où il s’adonne aussi à la photographie. Dans ses ouvrages de non-fiction, il s’intéresse aux relations qu’entretiennent la culture des hommes et les traits des paysages. En fiction, il soulève des questions liées à l’intime, à l’éthique et à l’identité. En plus de quarante ans de carrière d’écrivain, il a reçu nombre de distinctions, dont celles de l’Académie américaine des arts et des lettres, de la fondation Guggenheim, de la National Science Foundation, et en 2004, il a été élu membre de l’Explorers Club.

mercredi 24 février 2016

Pourquoi Tokyo?

Pourquoi Tokyo?
Journal d'une aspirante Nippone
Agathe Parmentier
Au diable Vauvert, 2016

"Le kawaii m'a tuer."

Agathe (Agatsu/Lune de Pacotille) est française, trentenaire et vit (par intermittence?) au Japon, offrant son regard de Gaijin  intéressé, étonné, amical, interloqué sur Tokyo. N'hésitant devant aucune expérience, elle teste la nourriture, les hôtels, les centres commerciaux. Elle oublie volontairement son portable au café (et le retrouve)(cela marcherait aussi avec sac, appareil photo ou portefeuille). Comme il faut bien vivre, elle fait de la figuration dans des émissions télévisées, donne des cours de langue, et parallèlement, mais avec moins de succès, apprend le japonais.
"Moment de remise en question: Tsutomu crie quelque chose et Gombo court chercher une balle qu'elle lui rapporte. Je ne souhaite à personne de passer à côté d'un message que même un chiot comprend."

Bien consciente qu'elle ne connaîtra et comprendra jamais complètement le Japon, elle essaie quand même ("Il n'y a qu'au Japon que l'on peut espérer gagner une tranche de saumon en peluche qui sourit.") sans perdre humour caustique et autodérision.

Pour en savoir plus (et mieux visualiser car il y a des photos) on peut se rendre sur le blog :
http://pourquoitokyo.blogspot.fr/
Lecture fortement recommandée (A Girl!)

lundi 22 février 2016

Ravelstein

Ravelstein
Saul Bellow
Gallimard, 2002 (ici, couverture du poche)
Traduit par Rémy Lambrechts


Saul Bellow étant l'auteur du mois (en fait, février et mars) du site Lecture/Ecriture, j'ai sauté sur l'occasion de découvrir cet auteur (encore un prix Nobel!)(je dis ça après lecture récente de  Sinclair Lewis et André Brink). A la bibliothèque, bien fournie, j'ai choisi Ravelstein.

Abe Ravelstein est un professeur de philosophie politique (note : la philosophie politique n'est pas le propos du roman), brillant, fascinant ses étudiants, endetté (mais c'était avant), dandy salissant un peu vite ses vêtements (de prix) et homosexuel (l'homosexualité n'est pas le propos du roman). Avant de mourir du Sida, il fait promettre à son ami de quasiment toujours, Chick, d'écrire sur lui. Il faut dire que Chick l'avait poussé à écrire un livre de philosophie politique ayant eu un tel succès (ventes, conférences, et.) qu'il est devenu un homme fortuné. Abe et Chick sont Juifs (et quelque part c'est une forte composante du roman!).

Je laisse Chick, le narrateur, expliquer en quoi consiste cette biographie d'Abe.
"Vous pourriez réellement composer un excellent portrait. Ce n'est pas une simple requête, ajouta-t-il. Je vous en charge comme d'une obligation. Faites-le à votre manière de propos de table, quand vous avez bu quelques verres de vin, que vous êtes détendu et livrez vos remarques. (...) Je me suis souvent dit que vous aviez un réel talent de conteur quand vous étiez détendu.
Il m'était impossible de lui refuser cela. Il ne souhaitait manifestement pas que je parle de ses idées. Il les avait lui-même exposées dans leur ensemble et elles sont accessibles dans ses ouvrages théoriques. Je me tiens donc responsable de la personne et, puisque je ne peux le dépeindre sans une certaine part d'implication personnelle, ma présence marginale devra être tolérée."

Il s'agit donc plutôt d'un portrait, au travers de descriptions et de dialogues, sans chronologie véritable, et le lecteur fait bien de se laisser aller tranquillement sur le sentier tracé par Chick. Forcément les amitiés (et les amours) sont présents, ainsi que la mort, puisque celle d'Abe surviendra et que Chick y échappera de justesse dans la très belle seconde moitié du roman.

C'est très plaisant à lire, même s'il faut garder une certaine vigilance. Drôle? je ne sais pas, disons assez piquant pour relever la sauce.
"Je n'aime pas les responsabilités qui accompagnent la conduite de la conversation. Mais tout le monde a ses plates-bandes de connaissances éparses, et c'est très agréable qu'on vous les entretienne et arrose à votre place." [Chick]
"Mais les Juifs pensent que le monde a été crée pour chacun d'entre nous, autant que nous sommes, et que détruire une vie humaine, c'est détruire un univers entier - l'univers tel qu'il existait pour cette personne." [Ravelstein]

Après lecture, je découvre dans l'article qui lui est consacré sur wikipedia.
"Bellow n'a pas perdu sa capacité à faire naître des controverses, comme en témoigne son treizième roman (Ravelstein, 2000). Il y trace le portrait d'Abe Ravelstein, un professeur d'université homosexuel qui finit par mourir des maladies provoquées par le Sida. Le personnage de Ravelstein est construit sur la figure d'Allan Bloom, collègue et ami de Bellow à l'Université de Chicago et auteur de The Closing of the American Mind (L'Âme désarmée, 1987), décédé en 1992. La cause officielle de la mort de Bloom fut un dysfonctionnement du foie. Bellow avait promis à Bloom d'écrire un livre sur lui. Les inclinations sexuelles de Ravelstein ne sont pas l'essentiel du livre de Bellow, mais les critiques se focalisèrent en partie sur celles-ci.
This is a problem that writers of fiction always have to face in this country. People are literal minded, and they say, 'Is it true? If it is true, is it factually accurate? If it isn't factually accurate, why isn't it factually accurate?' Then you tie yourself into knots, because writing a novel in some ways resembles writing a biography, but it really isn't. It is full of invention.(« C'est un problème auxquels les écrivains de fiction doivent faire face dans notre pays. Les gens sont trop prosaïques et demandent: "Est-ce vrai ? Et si c'est vrai, est-ce que ça correspond aux faits ? Et si ça ne correspond pas aux faits, pourquoi pas ?" Alors, vous êtes pris au piège, parce qu'écrire un roman est presque comme écrire un biographie, mais pas tout à fait. Un roman est plein d'invention. »
S. Bellow (Time, 8 mai 2000)"

samedi 20 février 2016

Soif de musique

Soif de musique
Romel
Daphnis et Chloé, 2016


Ce roman inconnu d'un auteur inconnu s'est matérialisé dans ma boîte à lettres sans crier gare mais je lui ai fait subir le même sort qu'aux autres, à savoir lui donner sa chance. La narration est au présent, en phrases courtes et vives, mais après un (petit) moment d'adaptation j'étais cuite et j'ai dévoré ce roman avec un immense plaisir.

En concert j'essaie de me placer un peu à l'aile gauche de la salle, histoire de voir courir les mains du pianiste sur les touches (dernier coup de cœur, Gaspard Dehaene avec un Ravel habité), alors autant dire que ce roman m'était destiné!

J'ai donc suivi les premiers pas d'Hector, enfant virtuose ne vivant que pour le piano (et, hum, il est aussi doué en mathématiques), fils d'une pianiste assez vite dépassée par les dons de sa progéniture et souffrant de leur éloignement, et d'un chef d'orchestre attentif, de bon conseil et muni bien sûr d'un beau carnet d'adresses. Le talent d'Hector ne sera pas gâché, il aura les bons maîtres et les bons guides, entre autres un immense russe flamboyant turbinant à la vodka.
"Il fallait voir Claudio Arrau courir au piano, le prendre à bras le corps. Il fallait voir Wladimir Horowitz flatter son Steinway comme un pur-sang rétif qu'il allait maîtriser, mener pendant deux heures sur les obstacles les plus extrêmes."

J'ai adoré pénétrer dans l'intimité d'un instrumentiste, son travail acharné, ses recherches, ses doutes, son trac, ses fulgurances. La préparation au Concours International Tchaïkovski à Moscou, une partie passionnante du roman. Puis la carrière internationale. Et toujours le travail, éreintant, l'évolution, la quasi perfection, et puis?
"Comme un bœuf couché dans l'herbe de sa prairie, je rumine mon Beethoven. En musique comme en algèbre, les intuitions existent. De nouvelles émotions à faire surgir de Beethoven. Je les sens, je trouverai."

Romel parle merveilleusement bien de musique, et son roman a parfaitement résonné en moi. Durant ma lecture j'ai particulièrement pensé à Mior et Anne ...

"Des suites de calcul nous émeuvent par leur esthétique. On peut les expliquer, alors elles finissent par devenir banales. Mais pourquoi une suite de sons, une simple mélodie, nous émeut plusieurs siècles après leur composition?"

jeudi 18 février 2016

Les derniers jours de Rabbit Hayes

Les derniers jours de Rabbit Hayes
The Last Days of Rabbit Hayes
Anna McPartlin
le cherche midi, 2016


Au vu de la couverture, je m'étais réservé cette lecture après du plus costaud genre Joyce (je n'ai pas terminé Ulysse) ou Babbitt, prévoyant du léger, des fleurs des petits oiseaux, de l'amour, de l'humour et tutti quanti (genre que j'aime bien, de temps en temps).

Las!
Au bout de deux pages:
"C'était une radieuse journée d'avril, et Mia 'Rabbitt' Hayes, quarante ans, fille bien-aimée de Molly et Jack, sœur de Grace et de Davey, mère de Juliet, douze ans, meilleure amie de Marjorie Shaw et grand amour de Johny Faye, était en route vers une maison de soins palliatifs pour y finir ses jours." Cancer récidiviste et généralisé.
J'espérais un peu, mais non, il m'a fallu comprendre que les derniers jours, ce sont vraiment les derniers jours.
Les premières dizaines de pages ont été lues dans un état de yoyo émotionnel. Oui, parce qu'en plus d'être émouvant, c'est bourré d'humour.

Rabbitt, la fille, soeur, mère et amie chérie va mourir. Sa famille va devoir l'accepter (le lecteur a déjà du mal, alors les proches...).
Pourtant c'est un bouquin formidable.
Durant ces derniers jours de Rabbitt (et il s'en passe des choses) défilent les événements du passé, particulièrement la fabuleuse histoire du groupe de musique auxquels appartenaient Rabbit, Davey, Johnny et d'autres. Une belle histoire de potes fort doués et sur la pente ascendante du succès, et aussi une histoire d'amour. Sauf que. Et là encore ça fait mal.

Anna McPartlin n'a pas craint d'aborder un sujet difficile, et de risquer l'humour; je pense qu'elle a gagné son pari et qu'on n'oubliera pas cette bande de personnages qui s'aiment (c'est leur force) sans se faire de cadeaux non plus.

Mya Rosa a aussi aimé! Et voir l'avis de Léa touch book

Sauf erreur, dans le challenge Lire sous la contrainte
j'atteins 1+1+1  2+1+1+1+1+1+1+1  8+1+1+1+1   2+1  1+1+3+3+1+1   4+1+10+1+1   donc 54 points!
Je pourrais faire mieux, exploser les compteurs à largement plus de 100 points, mais avec un roman que je n'ai pas envie de lire.


mardi 16 février 2016

Un jeune homme superflu

Un jeune homme superflu
Romain Monnery
Au diable vauvert, 2016



Tout d'abord, signaler que la couverture est en adéquation parfaite avec le contenu! (Olivier Fontvieille, c'est marqué)

Ce jeune homme, pas si jeune que ça, finalement, est en colocation avec Le Mérou et La fille Cool, vivotant de stage ( pas ou mal rémunéré) en stage. Télé, foot ou rugby sur canapé, pizza et bières. Il finit par décrocher le boulot dont beaucoup rêvent, être payé à ne pas faire grand chose.

Dit comme ça, l'histoire de ce type effacé, peu causant, fuyant les filles, heureux sous sa couette, n'est guère attirante. Mais l'humour (parfois désespéré) et le choix de courts chapitres aux titres fignolés ( "Un poisson nommé d'avril", ça fait mon bonheur), le ton finalement juste (pour ce que j'en sais, car je ne connais pas de spécimen du genre grand gamin glandeur ), un brin d'émotion parfois, forment un ensemble qu'on ne lâche pas. Ce loser sympathique parfois lunaire que l'on aimerait secouer (mais pas trop fort) et sa bande de potes ont su me plaire (et ce n'était pas gagné d'avance!).

dimanche 14 février 2016

En étrange pays

En étrange pays
Another Country
Karel Schoeman
Phébus Libretto, 2014
Traduit (de l'anglais cette fois) par Jean Guiloineau
Illustration : Rob Woods, Madonna of Australie, 2006



Karel Schoeman et moi, c'est une belle histoire d'amour qui dure; j'ai hélas maintenant lu tout ce qui est traduit (Retour au pays bien-aimé    Cette vie  Des voix parmi les ombres   La saison des adieux) et il n'y a que de l'excellent (objectivité proche de zéro, mais baste). Si un jour Galéa lance 'l'auteur pépite', je l'y inscris derechef!

Au 19ème siècle, la région de Bloemfontein, dans les terres assez élevées, au climat chaud l'été et froid l'hiver, mais relativement sec, était recommandée aux malades des poumons originaires de l'Europe. A tort ou à raison, peu importe, l'autre alternative étant la Suisse (ou rester mourir chez soi). En 1877 (date devinée grâce à un événement extérieur) y arrive donc, dans l'espoir d'améliorer sa santé, un hollandais plutôt aisé et d'âge mûr. Après des semaines d'un voyage épuisant, il s'installe dans une vie calme, ponctuée de visites dans la communauté hollandaise ou allemande, l'anglaise restant un peu à l'écart. Versluis pense n'être là que de passage; chaleur, poussière et lumière, merveilleusement ressentis, lui pèsent un peu. Les sympathiques mais bruyants Hirsch le prennent sous leur aile,  sa logeuse Mme Van der Vliet le couve trop, mais il est surtout attiré par les Scheffler, lui pasteur en interrogation, elle, infirme, aux propos directs et déconcertants.

Dans ce portrait d'une Afrique du sud de première ou seconde génération d'immigrants, les noirs demeurent en arrière plan, juste serviteurs ou ouvriers agricoles. Le rapport à leur 'nouvelle' patrie est variable, ceux nés en Allemagne, par exemple, continuent à célébrer l'anniversaire du Kaiser, Versluis ressent le changement dans le parler du hollandais, l'on est à une époque charnière, juste avant la guerre des Boers. Quelle langue parler dans cette communauté issue de plusieurs pays européens? Adèle Schaeffler suggère en passant "une langue qui appartienne à ce pays, comme celle des Noirs ou celle des fermiers." Doit-on garder des liens forts avec la patrie d'origine ou devenir totalement attaché à un nouveau pays? La question se pose, les réponses sont différentes selon les personnages. (page 194)

L'un des plus beaux moments du roman est la soirée où père et fils Schaeffler jouent du Mozart, pas franchement parfaitement, mais Versluis expérimente que " le temps et l'espace avaient cessé d'exister; les rues désertes de la ville; l'étendue solitaire du veld à la lueur des étoiles; la maison qui attendait avec ses meubles recouverts de housses: tout cela avait disparu dans l'obscurité, au-delà du cercle de la lampe et de la musique qui les enserrait, lui et les autres, tous ensemble."
"Une grande oeuvre d'art ne garde-t-elle pas la même valeur dans tous les temps et dans tous les lieux?"

Les personnages sont connus finement juste par l'observation de leurs gestes et paroles, vus par Versluis, parfois comiques, tels les Hirsch et les Van der Vliet et leur maisonnée, souvent déconcertants pour lui, l'étranger. Comme dans les autres romans de Schoeman, l'extérieur est peu présent, pas expliqué en tout cas, le lecteur est englobé derechef dans un monde à la fois étrange et familier. Ecriture fluide, superbe, précise. Ami lecteur, si tu es encore là, tu sais déjà que ce n'est pas un roman trépidant, mais sache qu'on ne s'y ennuie pas, à condition de prendre son rythme. Il y est question finalement de l'essentiel, la vie, puis la mort.

"Nous sommes tous en train de mourir, si vous y réfléchissez bien, monsieur Versluis; mais il y a différentes cadences, vous avez sans doute assez vécu et vous connaissez sans doute la réalité du monde pour le savoir. Il y a des étapes d'abandon et d'acceptation, et on n'en atteint aucune sans lutter. Accepter l’apparition de la mort; accepter le principe selon lequel on doit mourir aussi; accepter sa propre mort alors qu'elle s'approche - chacune de ces étapes constitue une nouvelle crise, et arrive finalement le moment de mourir, alors la crise de mort est peut-être la plus facile. Mourir n'est vraiment pas difficile, ajouta-t-il pensivement en refemrant sa sacoche. Mais accepter l'idée qu'on va mourir, cela implique une lutte, parfois même une lutte qui dure toute la vie."

Je sais, j'ai bien cassé l'ambiance, mais quel merveilleux roman, à lire absolument!

Vue sur l'artère menant vers l'église réformée hollandaise à deux clochers de Bloemfontein vers 1900
« Bloemfontein, from the South - c1900 » par Creswicke, Louis. — South Africa and the Transvaal War. Vol. 1. Edinburgh: T.C. & E.C. Jack, 1900. Between pp 24 - 25.. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons - https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Bloemfontein,_from_the_South_-_c1900.JPG#/media/File:Bloemfontein,_from_the_South_-_c1900.JPG

vendredi 12 février 2016

Ici et maintenant

Ici et maintenant
Aqui y ahora
Pablo Casacuberta
Métailié, 2016


Après l'éblouissant Scipion, je n'allais pas rater le nouveau Casacuberta! Pas de suspense : j'ai aimé.

A dix-sept ans, poussé par sa mère,  Maximo accepte un petit travail d'été comme groom dans un hôtel au coin de sa rue. Au moins cela lui permettra de s'éloigner de l'atmosphère du foyer, entre une mère autour de laquelle tourne de trop près l'oncle Marcos, frère du père parti un beau jour sans crier gare, et un petit frère dénommé le monstre ou le nain, avec lequel les rapports sont tendus.
Maximo est encore dans l'adolescence; lecteur de revues scientifiques (dont Ici et maintenant), il découpe des articles et fuit un peu le réel en se remémorant des détails de culture générale. Il peut paraître naïf et nigaud, mais l'est-il tant que cela? En particulier dans ses rapports (anodins jusqu'ici) avec la gent féminine.

"Je dus passer des heures à lire et relire le même exemplaire de Connaissance, niché sous l'oreiller, avant de retrouver mon calme. Il contenait un article, qu'il me fallut lire deux fois pour commencer à comprendre, sur la fatigue des métaux, un processus qui était illustré par un schéma beaucoup plus obscur que le texte; et que je m'obstinai à déchiffrer comme si ma vie était en jeu, car cette sorte de discipline m'aidait à faire le point dans un sens plus général, un point qui incluait, dans mes meilleurs jours, la compréhension de ma place dans la maison, de mon histoire personnelle, ou, par exemple, de la raison pour laquelle papa était parti."

Même en l'absence de tout magazine, il sait 'procéder à la consultation de son classeur mental', qui a le don de le sécuriser...

Oui, encore un (beau) roman d'apprentissage, dont notre sympathique héros sortira changé, prêt à affronter le monde, ayant changé de regard sur sa famille. Ai-je dit que j'ai aimé? Oui. Ai-je dit qu'en plus c'est bourré de drôlerie et de finesse? Ah non, alors voilà.

N'attendez pas que je vous raconte tout non plus, ce serait dommage : lisez ce roman!

mercredi 10 février 2016

Londres la biographie

Londres
la biographie
Peter Ackroyd
Philippe Rey, 2016
Traduit par Bernard Turle



Je sais, il faut être un poil malade pour se lancer dans un pavé de 878 pages (écrites pas trop gros non plus) sur l'histoire de Londres... je n'espère donc pas convaincre grand monde sur ce coup là, mais on ne sait jamais, il existe tant de fans de cette ville incroyable, que, peut-être...

Ajoutons un index (26 pages) pour retrouver un passage, une chronologie, et 14 pages de sources si vraiment on veut continuer, et voilà un menu fort copieux qui m'a sustenté plusieurs semaines.

Tous les sujets sont abordés, et Londres grouille littéralement sous les yeux. De l'époque romaine au 21ème siècle, quartier par quartier. J'ai lu chapitre après chapitre, mais rien n'empêche de revenir sur un thème donné, par exemple le grand incendie de 1666 -qui n'était ni le premier ni le dernier-, les femmes et les enfants, la seconde guerre mondiale, ou tel quartier, les cours d'eau, l'histoire naturelle, les clubs, pubs, restaurants ... J'ai particulièrement aimé le chapitre sur le blitz, incroyable et fort!
"Il y avait un amphithéâtre à l'emplacement de l'actuel Guildhall"
"Les saxons y tenaient leurs assemblées du peuple"
Preuve d'une longue continuité administrative?"
Quelques bribes en passant : 
Une coutume venant des danois? "Au Palais de Justice, à l'aube du 21ème siècle, lors d'une cérémonie immémoriale, on fait don à la couronne de six fers à cheval et soixante et uns clous à ferrer dans la cour de l’Échiquier"

"Signe du conservatisme ou de la rigueur de Londres, il fallut attendre 1837 pour que le pilori fût aboli."

Au départ le derrick servait à pendre vingt-trois condamnés à la fois.

" Le développement des champs d'épandage dans les années 1940 a recrée les conditions des marécages originels de la Tamise avec un savoir-faire de pure inadvertance tellement miraculeux que des milliers d'oiseaux migrateurs font de nouveau halte à Londres chaque année."

"Lord Craven fit don à la ville de terrains (aujourd'hui Craven Gardens) destinés, Londres dût-il être à nouveau touché par la peste, à devenir fosse commune. Les habitants de Craven Gardens ne savent sans doute rien de cette noble intention."

"Soho. 'So-ho!' ou 'So-hoe!' : il s'agissait du cri des chasseurs qui à l'origine y traversaint les champs au galop."

A l'intersection de Wood Street et Cheapside se trouve un arbre séculaire ...
http://www.british-history.ac.uk/old-new-london/vol1/pp364-374
Une photo récente:
Pour terminer, une remarque : j'aurais bien aimé une carte (oui, j'en possède mais un petit truc pour suivre directement cela m'aurait aidée à me concentrer)(je ne connais pas Londres à fond, juste globalement)
et une demande : si vous connaissez un livre équivalent sur Paris, je suis preneuse, j'adore ces sujets là!

lundi 8 février 2016

BD : du beaucoup vu et du moins connu

1 ) Les avis enthousiastes ont déferlé par vagues sur les blogs, je n'ai pas résisté à l'appel du large bien iodé, et voici

Un océan d'amour
Lupano et Panaccione
Delcourt/Mirages, 2015

Tout le monde ou presque a entendu parler de l'histoire de ce petit marin breton parti en mer sur son petit bateau, et de son épouse à coiffe, reine de la crêpe (bretonne) et de napperons au crochet. Mer où l'attendent de grands dangers et épouse partant à sa recherche.

Comme A Girl je recommande de ne pas rater la quatrième de couverture!

Une BD qui mérite largement une relecture (nota : pas de textes, mais des regards et gestes fort parlants)
J'ai adoré la mouette, forcément, ainsi que l'utilisation récurrente de la crêpe bretonne (ah Che guevarra, un grand moment), le top étant les proustiennes pages 138 et 139, rien à ajouter!

2 ) Le facteur a déposé chez moi
Un bébé à livrer
Benjamin Renner
Vraoum, 2015


Benjamin Renner a déjà commis l'inénarrable Le grand méchant renard (lu, relu, adoré, pas de billet, oui, je sais) et récidive avec cette histoire de cigogne à l'aile cassée ne pouvant livrer un bébé à Avignon, qui refile le job à un lapin et un canard bien braves mais pas malins malins, aidés par un cochon regrettant sûrement d'avoir accepté...
Bien sûr c'est complètement barré, ça part dans tous les sens; les dessins sont parfois à peine esquissés mais très parlants, c'est ça le talent!

Des planches.
Tarsier des Philippines (si, il y a un rapport)(cromignon la bestiole)
3 ) Enfin!
Les tomes 4 et 5 de Fables sont parvenus à la bibli, et déjà je suis en manque sévère car ce sont les derniers disponibles (la série en comporte beaucoup beaucoup plus)

Dans le monde des Fables, on se croyait tranquille depuis des siècles, mais hélas l'Adversaire envoie ses soldats pour une mission spéciale. Le Petit Chaperon Rouge a beaucoup à cacher, le Prince Charmant mène campagne électorale, et à la fin c'est la grosse bagarre (les gentils gagnent -pour l'instant). Comme l'indique la couverture, Blanche Neige est enceinte.

Inutile d'essayer de comprendre, jetez-vous sur le tome 1 si ce n'est déjà fait! Une série inventive, originale, pleine de suspense, à la fois drôle et dramatique.

4 ) A la médiathèque, 4 tomes d'une série inconnue, aâma, de Frederick Peeters, chez Gallimard. Je découvre que aâma a obtenu le prix de la série au festival d'Angoulême en 2013, et que l'auteur est suisse (mon deuxième auteur suisse de BD sur ce blog, la classe!)

L'odeur de la poussière chaude, 2011

D'emblée je me retrouve dans un monde inconnu qui fleure bon la science fiction comme j'aime, je découvre l'histoire en tournant les pages, quel plaisir!

Verloc (cf Conrad?) se retrouve sur une planète inconnue, petit à petit il retrouve son histoire, grâce à un carnet fourni par un robot (fumeur de gros cigares) et parallèlement l'histoire continue, sur cette planète, c'est mystérieux à souhait.
Il me faut vite les trois autres tomes!


Un mois plus tard (!), je les dévore (entre temps un lecteur les avait empruntés, grrr). Je n'ai pas bien compris ce qu'était aâma, j'ai rarement eu aussi peur à lire une BD, le graphisme est parfois délirant et vraiment original.

That's all, folks!

vendredi 5 février 2016

Charlie Chaplin

Charlie Chaplin
biographie
Peter Ackroyd
Philippe Rey, 2016
Traduit par Bernard Turle


Charlie Chaplin (Londres 1889- Suisse 1977) est tellement connu qu'il n'a fallu pas moins que le nom de Peter Ackroyd pour me décider à lire cette courte biographie. Les événements principaux y apparaissent bien sûr, à partir de sa naissance ("... voilée de mystère. On n'a jamais découvert son acte de naissance, et il n'existe aucune mention dans aucun registre de baptême.(...) Son lieu de naissance demeure aussi un mystère."). Son père (présumé) était artiste de music hall, avec des problèmes d'alcool (décédé à 38 ans), sa mère était "indéniablement gitane", pour les amis de Chaplin, qui lui-même connaissait la variante anglaise du  romani. Entre un père absent et une mère sur laquelle rodait la folie (elle devait fréquemment aller en asile), Chaplin a connu une enfance pauvre, affamée souvent, de taudis en orphelinats. Pour lui l'école se termine en 1898 (à neuf ans!) et à cette époque il se produisait déjà sur les planches des music halls. Danseur, mime, imitateur, il fit aussi tous les petits métiers, livreur, vendeur de journaux, etc.

Avec une enfance pareille, l'on peut s'exclamer  :' mais c'est du Dickens!' Pages 140 et 141, Ackroyd pointe les ressemblances entre les deux, y compris une célébrité extraordinaire acquise très tôt. Quant à ses films, il écrit même : "Ce mélange de tragédie et de farce est une caractéristique de l'imagination anglaise. Elle est aussi présente chez Shakespeare que chez Dickens, sans parler de toutes les versions qui en étaient jouées dans les music-halls de la jeunesse de Chaplin. On pourrait même penser que son génie a résidé en partie dans sa capacité à adapter cette sensibilité unique à la forme d'art qui conquerrait le XXème siècle."

Génie, le mot est lancé, et personne n'irait contre. Ackroyd le montre bien, le décrivant aussi comme un bourreau de travail, un perfectionniste, voulant tout contrôler. Rapidement il devint acteur ET réalisateur. Sans trop détailler, à chaque fois est présentée une ou deux scènes de films prouvant le talent de Chaplin. Un visionnaire, mais agrippé à ses idées (la caméra ne devait pas vraiment bouger, et se concentrer sur lui); quand le cinéma devint parlant, il comprit que ce n'était guère compatible avec la pantomime, et continua à produire surtout des films muets (et à succès), par exemple Les lumières de la ville.

Charlie  Chaplin était extrêmement célèbre, et déjà fleurissaient pour lui les 'produits dérivés' dès les années 1910... j'ai découvert avec amusement que "pendant un certain temps, Proust tailla sa moustache 'à la Chaplin' ".

Hélas tout ne fut pas toujours rose... "Génie comique et charmeur en société", oui, mais aussi "homme imbu de lui-même, autoritaire, tyrannique, despotique, blessant, malveillant." (d'après un de ses assistants). Quant à ses histoires de femmes, ouh là là! Disons une certaine tendance à s'intéresser aux jeunes actrices... qui lui valurent bien des ennuis. Jusqu'à semble-t-il une certaine stabilité avec Oona O'Neil qu'il épousa en 1943 (à l'époque où une autre voulait aussi l'épouser...).

Pour ne pas allonger trop ce billet, je signale juste, pages 174 et 175, d' intéressants parallèles établis entre Chaplin et Charlot, alter egos, et aussi possédant des similitudes..

Les avis de Parenthèse de caractère,

mercredi 3 février 2016

On est tous faits de molécules

On est tous faits de molécules
Susin Nielsen
Hélium, 2015
Traduit par Valérie Le Plouhinec


Susin Nielsen, je l'aime.  Dear Georges Clooney, tu veux pas épouser ma mère et  Moi Ambrose, roi du scrabble m'avaient déjà convaincue qu'il fallait se jeter sur ce nouvel opus fraîchement arrivé à la bibli rayon jeunesse.

Toujours à Vancouver, toujours des ados comme on en connaît tous ou presque. Stewart, treize ans, va quitter son établissement pour gamins doués car son père va s'installer dans la maison de sa nouvelle amie Caroline. "Mais le plus important de tout, c'est qu'elle aime mon père." Stewart est vraiment un brave gosse qui ne veut pas poser de problèmes aux adultes. En arrivant dans cette maison, il prend avec lui quelques souvenirs de sa mère décédée et surtout son chat Schrödinger (oui). Lui qui voulait avoir une soeur, il est ravi de retrouver Ashley la fille de Caroline. Elle, moins. Élève juste basique, son talent est dans la mode. Papoter avec les copines (variables, les copines) et flasher sur Jared, le plus bel élève du lycée.

Que du pur bonheur, ce roman, où alternent les journaux de Stewart et Ashley, en des pages drôles (pour le lecteur lisant entre les lignes) et abordant des sujets bien plus sérieux, tels l'acceptation de l'homosexualité et les risques des réseaux sociaux. Mais ouf, tout se terminera bien pour nos héros (j'ai eu peur pour le chat, quand même) et l'on quitte vraiment à regret toute la bande!

Hautement recommandable.

Les avis de Bob et Jean-Michel (j'adore ces pseudos), cathulu, hop sous la couette (merci pour la piqûre de rappel!,

lundi 1 février 2016

Du fond de mon coeur

Du fond de mon coeur
Lettres à ses nièces
Jane Austen
Finitude, 2015
Traduit et présenté par Marie Dupin


La vraie fan de Jane Austen se reconnaît à ce qu'elle a tout lu d'elle, romans achevés ou non, y compris en VO, œuvres de jeunesse, et quelques biographies, livres autour de, études sur. Et surtout à sa façon de sauter sur toute parution d'inédits. Dont acte.

La vraie fan de Jane Austen est de même dans la déploration quand elle se remémore le sort cruel de sa correspondance avec sa soeur bien aimée Cassandra (brûlée ou découpée par icelle)(Yv, oui, si tu es là). Alors elle se réjouit lorsqu'elle apprend la parution de ces Lettres à ses nièces.

Mis à part Cassandra, restée célibataire, Jane avait six frères, donc une énorme potentialité de neveux et nièces. A l'époque les familles nombreuses étaient vraiment nombreuses! Apprenant l'arrivée d'un dix-huitième enfant chez les D., elle écrit carrément à sa nièce Fanny "ensuite je leur recommanderai, à elle & Mr D., de pratiquer ce régime assez simple que nous appelons faire chambre à part."

A sa nièce Fanny, Jane donne surtout des conseils quant à ses amours. Fanny semble avoir enchaîné les prétendants, et suivi les conseils de sa tante. "Tu l'apprécies suffisamment pour l'épouser mais trop peu pour l'attendre." "Rien ne peut se comparer à la souffrance d'être liée sans amour, si ce n'est de se retrouver liée à une personne et d'en préférer une autre."
Au sujet d'un prétendant "Je ne doute pas qu'il souffre beaucoup pendant un temps, et même terriblement, lorsqu'il comprendra qu'il doit renoncer à toi ; cependant il n'est pas dans mes idées, comme tu dois sans doute le savoir, de penser que ce genre de déception puisse tuer qui que ce soit." (Les pieds sur terre et pas romantique pour deux sous, la tante Jane! )
Fanny se maria finalement, bien plus tard, un 'bon' mariage selon les critères du temps, un mariage d'amour, pas si sûr, et a-t-elle regretté d'avoir écouté sa tante? On l'ignore.

Les deux autres correspondantes, Anna et Caroline, ont des préoccupations plus littéraires, car elles écrivent et demandent conseil à leur tante, déjà auteur de ses premiers romans. Caroline est encore toute jeune, l'écriture de Jane, même à travers la traduction, se ressent comme adaptée à une enfant de 9 ou 10 ans, mais l'on sent l'amour et le respect de la tante à l'égard des premiers pas de Caroline.
Avec Anna, c'est du plus sérieux, Jane lit les manuscrits, les commente, les approuve, conseille, suggère, corrige. Au travers de ses lettres c'est la façon de travailler de Jane elle-même que l'on peut voir et c'est passionnant! Attentive aux détails (se cantonner aux endroits connus, inutile de risquer des erreurs), respecter les habitudes de bienséance usitées dans son milieu (rendre certaines visites et pas d'autres) et la cohérence dans les distances entre villes. Vraiment elle n'hésite pas à donner des idées concrètes et précises pour rendre le roman vivant et agréable à lire.

"3 ou 4 familles dans un Village de Campagne, voilà la meilleure matière à travailler." N'a-t-on pas là en fait un bon résumé de l'arrière plan de ses propres intrigues?

Hélas Anna, mariée, bientôt mère, laissera tomber l'écriture et nous n'aurons jamais l'occasion de découvrir cette oeuvre en gestation...

Les dernières lettres, tout en restant enjouées, laissent entrevoir des problèmes de santé (Jane est morte à quarante-deux ans). La seconde partie du livre présente alors des écrits de ces fameuses nièces, leurs souvenirs  de cette célèbre tante  -flous après un demi-siècle! mais aimants, même si Caroline se révèle amère et critique.

J'ai forcément aimé cette plongée dans l'univers de Jane Austen. Comme dans ses romans, l'humour n'est pas absent:

"Walter Scott n'a pas à écrire de romans, surtout s'ils sont bons. c'est injuste. Il bénéficie déjà de suffisamment de renommée & de revenus en tant que poète, et ne devrait donc pas ôter le pain de la bouche des autres."

Une dernière qui a fait ma joie!
"Cette dernière m'écrit que Miss Blackford est bel et bien mariée, cependant, je n'ai rien lu à ce propos dans les journaux. Autant être célibataire si votre mariage n'est pas annoncé dans la presse."

Les avis de JaneAustenismyWonderland, Lune et plume, Une tasse de culture, trillian,