jeudi 21 mars 2019

Eleanor Oliphant is completely fine

Eleanor Oliphant is completely fine
Gail Honeyman
Harper Collins, 2018
Existe en français et en poche!




A la fin du roman, son auteur précise qu'ayant lu un article sur la solitude, avec l'interview d’une jeune femme racontant qu’elle ne parlait à personne de tout le week end, l'idée lui est venue d'imaginer une héroïne vivant ces circonstances.
Et puis j'ai eu en tête une chanson avec des solitaires et aussi une Eleanor. Curieux, non?
"All the lonely people
Where do they all come from?
All the lonely people
Where do they all belong?"
(ceux qui ne connaissent pas Eleanor Rigby ratent quelque chose!)



Bref, et Eleanor Oliphant? Elle travaille dans un bureau, et tous les mercredi soir mène une conversation téléphonique avec sa mère (et ça fait parfois froid dans le dos). Le week end c'est pizza et vodka. Elle parle avec sa plante. Jamais de visites, sauf employés relevant un compteur ou alors un service social.
Ses collègues la trouvent bizarre. Il faut dire qu'il lui manque quelques 'codes' et que son humour est plutôt involontaire. Mais ses réflexions sur son environnement sont souvent fort sensées.
Non, Eleanor Oliphant ne va pas très bien.

Petti à petit des détails s'insinuent, le lecteur se pose des questions. Pourquoi Eleanor vit-elle ainsi? Que s'est-il passé? Sa carapace va-t-elle se fissurer, et si oui, comment l'auteur va-t-elle le montrer? Ma réponse : avec talent!

Pas besoin d'en dire plus, à vous de découvrir, après moult billets de tentatrices, ce chouette roman qui peut vous bousculer. Mais qui réussit à être drôle! Je l'ai dévoré en VO, puisque les biblis ne proposaient rien d'autre!

Et il paraît qu'il y aura un film!

lundi 18 mars 2019

La vie secrète des animaux

La vie secrète des animaux
Amour, deuil, compassion
un monde caché s'ouvre à nous
Peter Wohlleben
Les Arènes, 2018


Après La vie secrète des arbres (lu mais pas chroniqué), le forestier allemand le plus connu actuellement récidive avec les animaux, et, disons-le, pour notre plus grand plaisir. Il s'appuie sur une grands liste (bibliographie à la fin) de documents, qu'il a lus et disséqués pour nous, présentant ainsi plein de données sur différentes bestioles, parfois peu ragoûtantes, mais qu'il réussit à nous faire sinon aimer mais comprendre (la tique, franchement...). Hé oui, le hérisson est plein de mignonnitude, mais ce n'est pas le cas de tous.

Il a recours pour ses assertions et ses questionnements à des anecdotes tirées de sa vie personnelle avec les animaux sauvages de ses forêts, ainsi que de ses chevaux, chèvres, chiens et chats.

En résumé : plaisant à lire, instructif, donnant une autre vision des animaux (si on ne l'avait pas déjà!) et menant à s'interroger sur leurs facultés bien réelles et notre attitude à leur égard.

L'horloge de la nature
Prévoir le temps, comprendre les saisons, les animaux et les plantes
Peter Wohlleben
Le fil vert, Macro, 2017
Traduit par Laurent Palet

Pourquoi s'en priver? J'ai continué avec ce titre plus généraliste, et j'adore ces bouquins proposant en deuxième titre un catalogue des thèmes abordés.
Finalement, existent très peu de répétitions par rapport au livre précédent, on est plus dans les Sciences de la vie et de la terre, avec la météorologie, l'astronomie, les saisons, le changement climatique, différentes bestioles, et des conseils pour le jardin, et redécouvrir qu'on peut mieux observer la nature et ce faisant en apprendre pas mal.

Tout public, y compris jeunesse intéressée, à partir de 12/15 ans?!

jeudi 14 mars 2019

Le voyage du canapé-lit

Le voyage du canapé-lit
Pierre Jourde
Gallimard, 2018


Cela va finir par se savoir : j'aime beaucoup l'auteur, enfin, heu, ses livres, seule rencontre à l'heure actuelle. Après Le Maréchal absolu    Pays perdu   La première pierre   Winter is coming, ces trois derniers évoquant des épisodes de sa vie, genre que d'ordinaire je fuis, voici une histoire de canapé-lit; mais son talent doit être incontournable puisque même sur la maladie (et le décès) de son fils, j'ai dévoré le texte.

Cette fois, à une époque non précisée, Jourde faisant fi de la chronologie et mélangeant allègrement passé, présent et même futur, ainsi que la géographie, peu importe,  sa grand-mère maternelle est décédée, une grand-mère affreuse en particulier à l'égard de sa fille, la mère de l'auteur (vous suivez?), et le voilà, accompagné de son frère Bernard et son épouse Martine, à transbahuter un canapé vieillot jusqu'à la demeure familiale au fin fond de l'Auvergne.

Cette équipée permet de découvrir le trajet en France profonde (respect à la France profonde, hein!), des dialogues fous (inventés, mais psychanalysants parfois, il y a de la névrose familiale dixit la quatrième)(de toute façon, il y a déjà le canapé) et des voyages jourdesques, avec ou sans Bernard, dont ils s'est tiré vivant, mais après moult péripéties.

Avouons-le, parfois les blagues sont scato, Jourde raconte sa vie, mais fichtre je me suis bien amusée. Et j'en avais besoin. Je sais, ce n'est pas franchement un compte-rendu objectif mais tant pis. De toute façon Jourde a déjà désamorcé les critiques qu'on pouvait lui faire, alors...

Intervention d'un lecteur déçu de trouver tels passages sous la couverture blanche de Gallimard (mais où-va-t-on, quoi!)
"-Je revenais faire un tour, mais je vois que ça ne s'est pas arrangé, je vais revendre ce bouquin chez Gibert fissa, fait le lecteur.
-C'était qui? turlute Martine.
-Notre lecteur. Il s'en va.
- C'est le seul?
- J'en sais rien.
- Mais si personne ne nous lit, on va continuer à exister?
- Un livre existe sans lecteur.
- Tu es sûr?"

Page 170 allusion aux lecteurs de Chevillard, un pote de Jourde, d'où

Détartre et désinfecte
Eric Chevillard
Fata Morgana, 2017


De courts textes qui m'ont intéressée de façon inégale (désolée). La soupe et La chaise sont excellents, Nets progrès, génial (pour moi ça parle d'un chat, donc) et Rapport parlementaire, original et parlant, cause animale et extinction des espèces.

lundi 11 mars 2019

Oyana

Oyana
Eric Plamondon
Quidam, 2019




Quels rapports entre les Basques et les Québecois? (vous avez quatre heures)
Eléments de réponse : les baleines (chasseurs basques partis vers Terre Neuve et baleines au Saint Laurent) et la lutte pour l'indépendance (et la langue?). Et Oyana, mais là c'est le roman.

Depuis plus de 20 ans Oyana vit au Québec, partageant la vie de Xavier. Elle s'apprête à partir pour la France, retrouver le pays basque qu’elle a quitté dans des circonstances dramatiques. Le déclencheur? L'annonce le 3 mai 2018 que l'ETA a décidé de se dissoudre, 'la lutte est terminée', 'les armes et la violence ne sont plus une solution.'

Oyana se remémore sa vie, celle des ses parents, de son pays. Comme pour Taqawan, Eric Plamondon use d'un récit éclaté, nerveux, efficace. Du suspense, des retournements, des révélations, assez pour maintenir l'intérêt. Une héroïne écorchée, dans la douleur.

Merci à l'éditeur et à sa confiance. Toujours de superbes couvertures de Hugues Vollant.

Les avis de mots pour mots,

jeudi 7 mars 2019

Cachée sous mon turban

Cachée sous mon turban
Nadia Ghulam avec Agnès Rotger
L'archipel, 2019
Traduit (du catalan) par Martine Desoile




Forcément j'ai été attirée par le thème et l'occasion d'en savoir plus sur le pays. Née en 1985 à Kaboul, Nadia raconte son enfance auprès de ses parents, son frère aîné et ses petites sœurs. La guerre les oblige à fuir de maison en cave, tentant de se protéger des bombes. Un jour elle est gravement blessée, puis soignée et opérée dans ce qui sert d'hôpital. Son père ne peut travailler, son frère a disparu, alors elle  endosse son identité et à partir de 11 ans, comme bien des gamins, effectue toutes sortes de petits boulots, particulièrement dans les fermes autour de la ville.
Durant dix ans environ, elle est 'cachée sous mon turban', tremblant d'être découverte, rêvant d'aller à l'école (y parvenant); repérée par une association, elle raconte ses expériences et part en Espagne pour être vraiment opérée.

Je raconte les grandes lignes; bien sûr ce genre de livre ne vaut pas pour ses qualités littéraires (quoique ce soit bien fait, en courts chapitres), mais s'est révélé passionnant. Nadia ne cherche pas à être plainte, c'est une gamine déterminée et courageuse. J'ai particulièrement aimé de comprendre de l'intérieur la vie des gens durant une bonne quinzaine d'années à Kaboul (pour ce que j'en sais, ce n'est pas le top encore maintenant) et particulièrement la vie des jeunes en général.

Une video

Merci à l'éditeur (Mylène P) et Patricia de LP Conseils

lundi 4 mars 2019

Oiseau de malheur

Oiseau de malheur
Linnunaivot
Johanna Sinisalo
Actes sud, 2011
traduit par Paula et Christian Nabais



Cet oiseau serait-il le perroquet kéa, malin et adaptable? Deux randonneurs finlandais, Heidi et Jyrki pourraient se le demander, au cours d'une randonnée en Tasmanie. Ces deux là ne se connaissaient guère auparavant; Jirki est efficace et aguerri, a tendance à allonger les étapes ("allez, que douze kilomètres, on les fait!"), et est un quasi maniaque du respect de la nature (zéro déchet sur place). Elle est plus petite, moins costaud, mais déterminée, surtout qu’elle a des comptes à régler avec un père riche et étouffant. Drôle de couple, leurs narrations alternent en courts chapitres, lui la nomme 'elle', elle l’appelle Jirky.

Après un décrassage en Australie et nouvelle-Zélande, les voilà sur le South Coast Track dans le sud de la Tasmanie, et là ce n'est pas pour les mauviettes! Le lecteur confortablement installé les suit dans les kilomètres de grimpées et descentes, sous le soleil, la pluie, dans les broussailles et la boue. Pas mon truc, mais j'ai été passionnée. Et puis Jirky en connaît un rayon en écologie.

En même temps, sont proposés des extraits d'Au coeur des ténèbres de Conrad, et les 'exploits' d'un type plutôt nuisible (le frère de Heidi?), des objets disparaissent et réapparaissent (coupable, un kéa?), par exemple un briquet orange, mais le roman m'a absolument passionnée sans recours à ces trucs là.

"La nouvelle-Zélande était une carte postale bluffante et sans fin, comme si un designer italien à la mode avait élaboré des paysages sur ordinateur en jouant à fond sur le côté esthétique. Ici, tout est primitif, rugueux, d’une beauté si différente de tout ce que j'ai pu connaître qu'il est difficile d'employer ce terme au premier abord. La côte sud de la Tasmanie est belle à la manière d'un coteau rocheux en Laponie, je dirais. Elle n'a rien d'attrayant, ni d'aguichant, c'est un paysage conscient de sa propre valeur qui n'a besoin de plaire à personne, qui peut se permettre d'être revêche. Comme une star masculine de Hollywood sur le retour, un paulnewman, un clinteastwood, avec tant de strates imprimées sur ses traits par le temps que personne ne pourrait désormais qualifier son visage de beau, encore moins de gracieux, mais dont l'indéniable charisme viril coupe le souffle."
Perroquet kéa
Un lien vers le South Coast track (avec photos) (et c'est bluffant!)

Les avis de Mark et Marcel,

jeudi 28 février 2019

Le blues du boxeur

Le blues du boxeur
Michael Enggaard
Gaïa, 2018
Traduit par Susanne Juul et Bernard Saint Bonnet


Un p'tit roman sympa, à ce que la quatrième de couverture laissait présager, pas LE roman du siècle, mais l'occasion de se faire du bien avec une histoire?

Dès le départ, l'humour plutôt fin m'a attirée, et vogue la galère!

Frank et Ellen ont la quarantaine mais ne se connaissent pas (encore). Ancien boxeur ayant raccroché en dépit d'un début prometteur, Frank s'occupe avec un ami d'un atelier de carrosserie.
"En amour, c'est comme dans la boxe. Si tu ne te décides pas, tu te mets à douter. Alors, tu penses à d'autres femmes, et en boxe tu commences à avoir peur qu'on te fasse mal. Tout part en vrille."

Ellen est infirmière à domicile, le père de Frank a besoin de soins suite à une accident de travail, on devine la suite!
"Ellen s'efforçait de voir l'humain et non pas sa seule enveloppe corporelle. Pour cette raison elle se savait bonne infirmière."

Frank, son père et Ellen ont des problèmes cachés ou oubliés,  au fil du temps on les découvre, ces problèmes ont des conséquences sur le présent, il va falloir un jour nettoyer les plaies, non?

Beaucoup aimé. Personnages sympathiques, bon rythme. Comme bien souvent, c'est le style qui fait qu'on s'attache à l'histoire.

L'avis très positif de cunéipage.

lundi 25 février 2019

Comment on devient bon en maths

Comment on devient bon en maths
Une aventure de Kropst le rusé
Emmanuel Arnaud
Métailié, 2019



Le mot mathématiques vous donne des boutons? Un prof sadique vous a dégoûté? Les choses se sont gâtées avec Pythagore ou les x, y, z  à trop haute dose? Ne craignez rien, ce roman n'a pas pour objectif de vous faire changer d'avis, mais de vous prouver que même les balèzes en maths ont des faiblesses.

Tenez, Laurent Kropst, celui qui dans Le théorème de Kropst a passé le cap de maths sup à Louis Le Grand, le voici en maths spé. Objectif : passer les concours de fin d'année et intégrer de prestigieuses écoles. Mais la concurrence est rude, les redoublants assez primates, les professeurs parfois spéciaux, et les mathématiques demeurent les mathématiques, même à ce niveau.

Après quelques résultats ressentis comme minables, il s'interroge et revoit son passé de 'bon en maths'; mais rétif aux tables de multiplication, à l'école, si vous voulez tout savoir. Alors, a-t-il un talent, un don? Et qu'est-ce? Va-t-il se vautrer douloureusement toute l'année?

En plus de belles explorations dans un cerveau qui fait des maths, ce roman se termine avec des allures de thriller, avec Kropst passant les concours de l'X et de l'ENS. Sera-t-il reçu?
Avec Cédric Villani en guest star.
Je précise qu'il n'y a pas besoin de comprendre les maths de classes prépa pour lire ce roman, drôle et bien écrit.

"Les mathématiques sont objectives, tout en n'étant jamais complètement des recettes de cuisine, à quelque niveau qu'on les étudie. Sans compter qu'elles sont universelles, ce qui donne un certain ensemble de concurrents à qui se comparer."

Lecture hautement recommandable, même si (et surtout si) vous avez toujours été une brêle en maths. Recommandée aussi par Cunéipage.

Merci à l'éditeur et Amrita S. pour ce roman jouissif. (OK, j'avoue, j'adore les maths)(même si j'ai commencé à pas mal ramer en maîtrise et me suis prudemment arrêtée)

Tiens, ça pourrait aller dans le challenge de Philippe!

jeudi 21 février 2019

Tag et Remèdes littéraires

J'ai aperçu pour la première fois ce questionnaire chez electra, ensuite ce tag a été repris par plusieurs, Karine signalant que ce questionnaire vient de Remèdes littéraires, Se soigner par les livres, de Ella Berthoud et Susans Elderkin. Mais c'est Hop sous la couette qui a lancé l'affaire!
Figurez-vous que je possède ce livre, jamais présenté bien sûr, par flemme, et voilà mes réponses, pas bien originales.

Lors d'un déménagement de mes bouquins, avec l'aide de Squatty, tout petiot à l'époque
Quelles sont donc les Maladies de la lecture?

Refus d'abandonner à la moitié ou, inversement, Tendance à abandonner à la moitié.

Je suis entre les deux. 
La vie est trop courte, alors si ça n'accroche pas, j'abandonne, y compris de l'excellent (j'ai abandonné L'idiot page 400 sur 700 alors qu'enfin je connaissais tous les premiers et deuxièmes prénoms, les noms et les titres ou grades des personnages...). J'ai abandonné Ulysse de Joyce (peut-être pondrai-je un billet déçu et ravageur). 
Mais pour certains livres plus lents, je sais que je dois persévérer, ils me le rendront bien. Parfois c'est à la deuxième tentative que la rencontre se fait.

Etre un acheteur de livres compulsif

Je le fus, pour le plus grand bonheur des vendeurs de livres; je me contente d'Emmaüs (petits prix) ou des salons (les rencontres, c'est un plus). Sinon : vivent les biblis, on emprunte, on lit -ou pas- on ramène.

Amnésie associée à la lecture

Enfin les blogs existèrent!!! J'ai tenu une liste de mes lectures depuis 2007, donc avant blog, ensuite découvert Goodreads où je note toutes mes lectures.

Etre rebuté par le tapage médiatique

Je pourrais établir une longue liste de romans dont je pourrais parler en détail sans les avoir lus. Ou qui furent tellement encensés qu'ils m'ont forcément déçue. Depuis : prudence, patience! S'ils sont si bons, ils le resteront plus tard. Quand aux bandeaux, ils ont tendance à me faire fuir!

Peur de commencer

Piocher au hasard, pour voir; si ça se passe bien, reprendre au début, et bonne lecture. Cela m'arrive pour les livres 'intimidants'.

Incapacité à se concentrer

J'ai besoin d'un certain calme, sans trop d'obligations extérieures. Savoir qu'on a le temps.

Lecture associée à la culpabilité

Heu non, jamais de culpabilité! Lire est vital.

Comment votre bibliothèque peut se dégarnir si vous prêtez vos livres

Ah le problème des livres prêtés et jamais rendus... Je ne prête plus qu'à des gens sérieux, ou alors, après tout, ça en fait moins sur les étagères, merci de m'aider à en avoir moins à la maison. Niark.

Peur de finir

Le conseil : relire, lire autour, voir le film, etc. Dans ce cas, je cherche à lire les autres livres de l'auteur, mais parfois hélas ce n'est pas possible!

Etre rebuté par un gros volume

Les auteurs proposent carrément de diviser le livre en morceaux, mais physiquement!!! Puis de laisser s'envoler les pages.
Plus sérieusement, j'attaque les pavés sans crainte, parfois il faut gérer la lecture, par exemple Les essais ou A la recherche du temps perdu, on ne va pas se lire tout d'un coup, non? Mais 4321  de Paul Auster, pas de souci, ça avance bien.

Honte associée à la lecture

Le conseil est de passer à la liseuse.
Mais fi! J'avoue avoir dévoré des Harlequin (maintenant ça ne passe plus) et je me moque pas mal des témoins. De toute façon, déjà, lire en public fait de vous un être étrange...

Incertain de l'identité de vos livres

Se baser sur nos favoris pour trouver quoi lire : bonne idée, en cas de panne de lecture!

Envie de paraître lettré

Suivent dix livres pour le paraître, oui, seulement dix. Dont Les liaisons dangereuses, Madame Bovary, La princesse de Clèves, Cyrano de Bergerac, La nuit, le jour et toutes les autres nuits, Uranus, Le feu follet, Jérôme et Les fruits du Congo.
Après, on fait ce qu'on veut.

Tendance à lire plutôt que vivre ou inversement Tendance à vivre plutôt que lire

"Lisez pour vivre, ne vivez pas pour lire"
Mais vivre sans lire, quelle horreur!

Avoir un partenaire qui ne lit pas

Pas facile, mais mettez-vous à sa place! Patience, il faut trouver ce qui peut l'accrocher?

Etre accro à la SF ou, inversement, Peur de la SF

Je rappelle que SF ne signifie pas forcément extraterrestres à tentacules fluo, vaisseaux spatiaux bourrés de technologie (et tombant en panne, c'est plus marrant) et guerres intergalactiques. Cela peut se dérouler sur Terre, avec que des humains, mais un petit décalage ... à découvrir, pour réfléchir! Vous l'aurez compris, j'en lis et j'aime.

Solitude induite par la lecture

Se joindre à un groupe de lecture?

Submergé par le nombre de livres dans le monde

Vous n'avez pas encore compris que vous ne pourrez JAMAIS tout lire?
Hé oui! Ma recette : lire ce qui me plait sur le moment, du bon si possible.

Submergé par le nombre de livres chez soi

Bon, passons sur ce sujet sensible. Apprenez à donner! Ou prêter, parfois ça revient au même...

Tendance à survoler

Soit le livre est mauvais, soit il faut se restreindre à peu de pages à la fois. C'est un peu mon problème...

Etre absorbé par les tâches ménagères

Mouahaha! Lire est plus important!

Incapacité à trouver un de vos livres

Aucun souci pour moi, c'est rangé, par ordre alphabétique ou genre, et j'ai une mémoire visuelle.
Cependant depuis les travaux dans la maison, je m'interroge, que sont devenues les deux poche de Dorothy Johnson et Herman Hesse? Je suis absolument certaine de ne les avoir ni prêtés ni donnés!

Ne pas savoir quels livres emporter en vacances (et pour moi, plus généralement, ne pas savoir lequel prendre même pour un court trajet)

En fait j'opère une pré sélection avant, place les livres dans le sac ou valise ... et juste avant de quitter la maison, ah mais non, ah mais oui, je change!

Trop grande vénération pour les livres

Désolée, mais les livres qui nous appartiennent pas, on ne doit pas les abîmer! Sauf accident bien sûr. Les usagers de bibli qui gribouillent, corrigent les fautes, cornent les pages, laissent des miettes, etc. : non!
Si le livre m'appartient, même si je suis fan de marque-page, je deviens moins stricte. je possède même un livre très très voyageur dont j'adore les cicatrices : il a vécu!

Et voici le livre d'origine
Remèdes littéraires
Se soigner par les livres
The novel cure, An A-Zof luterary remediei
Ella Berthoud et Susan Elderkin
Avec la collaboration d'Alexandre Fillon
JC Lattès, 2015
Traduit par Philippe Babo et Pascal Dupont



Bibliothérapie? Il y a belle lurette que je sais que les livres font du bien, mais je doute que tel titre va guérir tel mal précis. L'important est de lire ce qu'on veut. Mais ce livre présente de façon vivante plein de livres à découvrir ou redécouvrir (gare pour la LAL!) et demeure fort plaisant.
Parler des maladies de la lecture est finalement une façon sympathique de présenter cet ouvrage, dont découvrir les chroniques et les idées lecture s'avère utile. De plus c'est original et bourré d'humour, y compris dans les entrées, telles Avoir la grippe quand on est un homme, Blues de l'anniversaire ou Avoir une tache sur sa cravate.

lundi 18 février 2019

Le pays des petites pluies

Le pays des petites pluies
The land of little rain, 1903
Mary Austin
Le mot et le reste, 2019
poche, 192 pages, 8.90€
Traduit par François Speck


EN-FIN! Grâce à Babelio j'ai mis la main sur ce grand classique du nature writing (le vrai, le pur, le génial), l'un des rares manquant à mon tableau de chasse de lecture. Me reste encore à dégoter Printemps silencieux.

OK, il ne se passe pas grand chose de palpitant, c'est descriptif; contrairement à certains qu’elle égratigne gentiment, Mary Austin ne cherche pas à mettre en scène une belle histoire à partir des faits. Non, elle raconte quand même, par exemple la vie d'une vannière indienne (émotion sobre), d'un chercheur d'or, celle de villes reculées où ça peut castagner, ou d'un village latino modeste, caché, mais heureux.
Mais elle n'hésite pas à capter l'attention avec 'Le pré de mon voisin' , des sentiers, des charognards, l'eau, l'orage.
Comment fait-elle? Je ne sais. C'est précis, non dénué de clins d’œil très légers, et empreint de poésie qui me laissait sur le flan (oui, moi, la rétive!)

"Pour l'essentiel la neige vole silencieusement comme autant d'ailes blanches qui se meuvent en douceur. Elle s'intensifie, est mouillée et collante, et fait de midi une nuit toute de blancheur."

Parfois écolo
"Telle est l'économie de la nature, mais avec tout cela on ne prête pas assez attention à l'oeuvre de l'homme. Il n'y a pas de charognard qui mange les boites de conserve et nulle créature sauvage ne laisse de telles souillures sur le sol de la forêt."

Connaissance (admirative) des Indiens
"Vous pouvez faire confiance aux Indiens pour ne manquer aucune des vertus du monde des plantes! "

Coup de cœur pour cet incontournable
vers 1900, par Charles Lummis
L'avis chez Lecture/Ecriture de Dominique (forcément!), nathalie, forcément aussi, tiens!,

jeudi 14 février 2019

Nomadland

Nomadland
Surviving America in the Twenty-First Century
Jessica Bruder
Globe, 2019
Traduit par Nathalie Peronny

"J'ai longtemps cru que les conducteurs de camping-cars étaient de braves retraités sillonnant tranquillement les routes d'Amérique pour faire du tourisme et profiter de leur temsp libre après des décennies de du labeur. (...) Ces joyeux retraités existent toujours, mais ils ont été rejoints par un nouveau genre de nomades."

Aux Etats-Unis plus qu'ailleurs, mieux vaut être riche et en bonne santé que pauvre et malade. La crise immobilière de 2008 a considérablement appauvri ou laissé sur le carreau bien des personnes qui se pensaient à l'abri du besoin. Pour peu qu'on ajoute divorce coûteux, maladie, accident ou chômage, voilà de nombreux plus de cinquante ans ayant dû choisir de ne plus payer de loyer, et d'opter pour une maison sur roues, petite ou grande.
Tout cela pour sillonner les routes, à la recherche d'emplois saisonniers, pénibles et précaires, genre gardien de camping, employé chez Amazon, ou dans la récolte de la betterave.

Jessica Bruder est journaliste et s'est intéressée à ce phénomène américain, suivant particulièrement Linda May, 64 ans, vivant dans sa minuscule caravane jaune pâle. Elle nous permet de rencontrer d'autres personnages hauts en couleur ayant 'choisi' ce mode de vie et se regroupant lors d'immenses rassemblements l'hiver dans le désert. Répétons-le : leur situation  est précaire, et sans guère d'avenir. Même si Laura réussit à réaliser un de ses rêves...

On pense aux années 30 et les fermiers évoqués par Steinbeck, mais là ils espéraient que leur vie redeviendrait normale...

Absolument passionnant, parfois sidérant.

Edit suite à la question de cathulu : interviews à un moment, sûrement, mais c'est raconté par l'auteur, qui a 'suivi' Laura au fil de deux années je crois, et a même vécu en caravane pour voir, y compris bossé dans les betteraves et chez amazon! Une journaliste qui s'implique!
Chaque chapitre est complété par une tripotée de liens.


Merci à Anne R de chez Anne et Arnaud

lundi 11 février 2019

L'homme qui aimait trop les livres

L'homme qui aimait trop les livres
The man who loved books too much:
the true story of a thief, a detective, and a world of literary obsession
Allison Hoover Bartlett
Marchialy, 2018
Traduit par Cyril Gay




Aussitôt vu sur le présentoir de la bibli, aussi emprunté. Comment résister? Une fois commencé, ce livre s'est révélé ne pas être un roman mais une sorte d'enquête menée par une journaliste sur le sujet des collectionneurs de livres anciens, actuellement ou dans le passé, des libraires en vendant, en boutique ou salons, et des indélicats volant ces livres et/ou ne les rendant pas.

Elle s'attache particulièrement à John Gilsey, qu’elle a rencontré à de multiples reprises, y compris dans un parloir de prison, ses méthodes pour se constituer une collection de livres anciens n'étant pas du goût des libraires spoliés. En particulier Ken Sanders, qui se "surnomme 'Book Cop' -le flic du livre-, mais ses amis l'appellent 'biblioflic'." Ceci dans le cadre de son travail à l'ALAA, association des libraires de livres anciens d'Amérique. J'ai noté, entre autres détails dont fourmille ce livre, que Sanders et Abbey étaient amis et ont participé à une action -pacifique- sur un barrage.

Les vols de livres ne sont pas tellement réprimés par la loi, ce qui fait enrager Sanders, "qu'ils se contentent de piquer des enjoliveurs et laissent les livres tranquilles!" Contrairement à ce que je pensais au départ, Gilsey ne volait pas les livres en les glissant sous son blouson, mais par une arnaque qui tombait plus facilement sous le coup de la loi.

Les rapports entre ces personnages sont assez particuliers, la journaliste frôlant parfois la ligne entre l'enquête et la complicité -sans la franchir. Personnellement je suis quand même restée dans une sorte de flou, c'est plaisant à lire mais parfois éparpillé.

Quelques anecdotes:
"Thomas Jefferson Fitzpatrick, un professeur de botanique qui avait amassé tellement de livres dans les années 1930 que leur poids excédait celui indiqué dans les normes de sécurité du bâtiment. Il décéda à l'âge avancé de 83 ans en 1952, et fut retrouvé chez lui allongé sur un lit de camp dans sa cuisine, cerné par 90 tonnes des livres."

Thomas Jefferson, président des Etats Unis, était bibliophile, chez lui rangeait les livres par taille,  et avait proposé pour la bibliothèque du Congrès "un système de classement dans lequel les livres seraient classés en trois grandes catégories : mémoire, raison et imagination. Une division poétique que je serais curieuse de voir appliquée dans les librairies aujourd'hui. Cela prendrait peut-être plus de temps de trouver ce que l'on cherche, mais qui sait sur quoi l'on risquerait de tomber."

Pour terminer, l'éditeur donne ce conseil "retenez-vous autant que possible de voler ce livre." et "Ceci est un premier tirage".

jeudi 7 février 2019

BD en vrac

Kililana song
Benjamin Flao
Futuropolis, 2016



Ce roman graphique de 250 pages (paru précédemment en deux parties réunies ici) m'a attiré l'oeil à la bibliothèque grâce aux dessins et à la localisation en Afrique. Ensuite, même si l’histoire se suit fort bien, j'ai traîné pour faire durer le plaisir, c'est dire.
On suit Naïm, gosse débrouillard courant pour fuir son grand frère qui veut lui faire suivre l'école coranique, alors que lui préfère acheter du khat pour un vieux bonhomme; son copain décortiquant des crevettes pour gagner quelques sous; des promoteurs, des politiciens, et même des terroristes; des prostituées sympathiques; un type drogué jusqu'au yeux; un trafiquant haut en couleur; un vieux gardien d'ossements sous un grand arbre.
Le tout sur la côte kenyane, avec bateaux traditionnels, îles pas trop paradisiaques et tempête melvilienne!
A découvrir, c'est somptueux ! Gros coup de coeur.
Qui en a parlé? Jérôme et ses complices habituelles, Géraldine, ...

 Après avoir calé sur le tome 1, j'ai accroché au tome 4, puis lu le 3, et enfin le 1 et le 2 de L'arabe du futur, complétant cela par une exposition à Pompidou sur Riad Sattouf.
L'arabe du futur
Riad Sattouf
Allary éditions


Tout le monde doit déjà avoir entendu parler de l'histoire de ce gamin (et ses frères) de père syrien et mère française (bretonne) ayant passé son enfance en Libye, Syrie et Bretagne. Le 4 m'a laissée sur une fin vraiment dramatique. Même si l'auteur a toujours de l'humour et de l'autodérision. Evidemment j'attends la suite!



The end
Zep
Rue de Sèvres, 2018

Thriller environnemental, dixit certains, qui fait froid dans le dos. A découvrir, évidemment, même si j'avais déjà pas mal lu sur la façon dont les arbres 'communiquent'.

Je recommande l'excellent film Aftermath qui m'a durablement marquée et a donc contribué à atténuer les 20 dernières pages de l'album, pourtant réussies.

Et je vous épargne The end des Doors.

J'ai aussi lu Lydie, Les vieux fourneaux tome 4 (et j'attends la libération du 5!)
Bref, je lis plein de BD, mais je n'en présente que rarement. Quand tout le monde en parle (et bien!) j'hésite à en rajouter; j'ai ainsi lu L'homme gribouillé, à mon avis génialement dessiné mais parfois incohérent et partant dans trop de pistes. Ainsi que La différence invisible, une superbe réussite!

lundi 4 février 2019

A demain l'embarquement

A demain l'embarquement
Laurent Girerd
Le temps qu'il fait, 2018


J'ai trop savouré ma lecture pour ne pas tenter d'écrire un billet ne rendant que faiblement compte du bonheur ressenti à lire ces textes (trop court, 119 pages), narrant les déambulations de l'auteur vers les fleuves et les ports, encadrées par l'histoire d'un docker italien arrivant à Ellis Island. Alors de grue (le matériel) en grue (l'oiseau) on le retrouve après l'Italie du nord en gare du nord vers la Belgique (où il retrouve un pote haut en couleur pour une soirée arrosée), à Saint Petersbourg l'hiver, la Néva étant gelée mais fréquentée.
J'ai hautement apprécié ces phrases ciselées, leurs détours inattendus, ces images, ces couleurs...

"Sous le panneau DEPARTS à la gare du nord où les caténaires sabotés par la tempête menaçaient mon train d'annulation, une femme triste tirait une triste valise. Le choeur de cigales qui montait de ses antiques roulettes me donnait cependant à penser que l'espoir de partir n'était pas encore tout à fait à exclure." (j'ai le scrouitch dans les oreilles, là)

"Devant son chevalet, un homme du dimanche peignait la scène. Sur sa toile, la luzerne oscillait entre le jaune de l'urine au réveil, le jaune Champs-Flammarion et le jaune Verdier." (avouez, vous l'avez, ce jaune!)

Le GPS, texte qui m'a remis en mémoire un récent de Bonheur du jour)
"Je voudrais dire ici ma fierté de ne pas avoir recours à un objet si performant, et ma satisfaction de conduire ma vie comme je l'ai toujours conduite, sans assistance automatisée, en continuant de poser mon regard faillible sur le monde vierge à porté de visage.
Non que j'aie apprécié de tourner dans la ville de saint Antoine pendant quarante-conq minutes sans trouver l'adresse de l'hôtel où j'avais prévu de coucher.(...) Sans compter que, contrairement à l'égarement piétonnier, se perdre en voiture réserve rarement d'agréables surprises. (...)
Je voudrais dire un mot sur le plaisir que me procure le bas-côté où l'on coupe le moteur. C'est là un plaisir méconnu, passablement sous-estimé.(...) Sur le bas-côté j'aime à déplier la trop grande carte de l'IGN."

"Trois cohortes de parasols au garde-à-vous face à l'Adriatique donnent une image balnéaire de ce que fut la discipline romaine." (Quelle économie pour évoquer, quelle image!)

jeudi 31 janvier 2019

Feuilleton

Feuilleton
Eric Chevillard
La Baconnière
Nouvelle collection langages, 2018


Autant l'avouer, je suis repérée! J'ignorais l'existence de ce livre jusqu'à ce que le bibliothécaire l'inscrive directement sur mon compte comme 'réservé'. En fait Feuilleton comprend 153 des 270 chroniques de Chevillard dans Le Monde des livres, de 2011 à 2017, chroniques lui ayant permis d'écrire Défense de Prosper Brouillon, dont j'avais demandé l'achat à la bibliothèque...

Donc sur le tas j'en ai lu 16 (environ 10 %) et globalement Chevillard confirme mes avis positifs (pas trop modeste, la fille, oui). J'ai aussi compté 24 (des auteurs français!) cruellement étrillés, et que par bonheur je n'avais pas vraiment envie de lire. J'arrête ça, mais bien évidemment j'aurais plutôt tendance à suivre les avis de Chevillard (sauf pour les poètes, oui, il en parle bien, mais...)(on trouve aussi des livres pas vraiment récents).

Chevillard s'amuse souvent, comme cet avis sur Le mode interrogatif de Padgett Powell, roman ne comportant que des phrases interrogatives, et chroniqué de même. "Padgett parvient-il à maintenir notre intérêt et, mieux, à nous fasciner tout du long, à nous envoûter quasiment? Affirmatif!"

Quelques avis (cet homme sait se faire de amis)
"730 pages vendues avec le vent qui les tournera pour vous, seul mérite incontestable de ce livre car alors votre majeur restera disponible pour gratter de l'ongle votre front dubitatif, tourmenté par cette unique et terrible question - comment se peut-il que les romans de ce faiseur malfaisant rencontrent à ce point la faveur du public?" (sur un auteur français que je garde anonyme)
" Ce texte est d'une nullité si parfaite que nous y ferons pourtant l'expérience de l'absolu." (sur un autre auteur français)
"Il me suffirait sans doute de citer intégralement son roman pour en représenter l'inanité sans avoir à en rajouter, mais je dispose de tant de place et le livre est si bref!" (encore un auteur français...)
"ce texte est d'une nullité si parfaite que nous y ferons pourtant l'expérience de l'absolu."

Des extraits aussi de certains livres
"Les végétariens, d'après vous, ont-ils le droit de manger des plantes carnivores?" "Si nous étions de courges, nous pourrions ramper jusqu'à chez moi et téléphoner pour appeler au secours." (La nuit du loup de Tomeo)
"Comme les coccinelles sont rondouillettes et potelées, certaines personnes pensent qu'elles feraient mieux de porter des rayures." (Comment attirer le wombat de Will Cuppy)
"les anciens Egyptiens considéraient qu'il était de bon augure de croiser un essaim d'abeilles sur son chemin. Ce qu'ils jugeaient de mauvais augure, je ne saurais le dire." (idem)

Le Goncourt 1908, Ecrit sur de l'eau, de Francis de Miomandre

Il a beaucoup aimé Pas Liev de Philippe Annocque, mais hélas hélas son avis est paru le 13 novembre 2015 (l'auteur rencontré en salon me l'avait appris)
Anne Weber; Vallée des merveilles :
"Il restait une dernier client qui était penché sur son verre comme s'il regardait sa vie au microscope" L’écrivain qui écrit une telle phrase est un bon écrivian, dixit Chevillard (et hop dans la LAL)

lundi 28 janvier 2019

Iris Grace

Iris Grace
La petite fille qui s'ouvrit au monde grâce à un chat
Arabella Carter-Johnson
Presses de la cité, 2017
Traduit par Alice Delarbre


D'accord, a priori, ça craint pas mal. Les classiques anglo-saxons en VO, c'est la classe, mais comment résister à une telle couverture? J'ai donc emprunté le livre à la médiathèque (zéro risque) tout en me réservant le droit de lâcher si ça tombait dans le gnan gnan.

Arabella, mère de la petite Iris Grace, est photographe professionnelle, passionnée de chevaux, et après avoir vécu au Nicaragua et dans le Limousin, est revenue en Angleterre, à la campagne. Assez vite, elle soupçonne que sa petite Iris Grace a des problèmes. "Elle ne répond pas à son prénom, évite les contacts visuels, ne parle pas, et les changements même mineurs la bouleversent. Elle a un côté obsessionnel, agite les mains quand elle est excitée, elle a une réaction exacerbée aux sons et ses autres sens sont d'une sensibilité extrême; elle joue seule, ne s'intéresse pas aux autres. Elle ne s'amuse jamais à 'imiter'. Elle est hyperactive, a des problèmes pour dormir..."

Le verdict tombe : autisme. La maman , en dépit de passages de fatigue et de découragement, ne baisse jamais les bras, entourée par sa famille et son conjoint. Après des temps d'observation, des expériences, des recherches, elle a recours à une ergothérapeute, une orthophoniste, à une diététicienne, une musicothérapeute. les deux tentatives de scolarisation se sont soldées par des échecs (il faut dire qu'Iris n'avait que trois et quatre ans, la maman a opté pour la scolarisation à domicile, mettant aussi en place une sorte de jardin d'enfants à la maison, histoire de sociabiliser Iris)

C'est absolument passionnant, et plein de détails sur l'autisme, pas trop technique, où je retrouve ce que j'avais appris par ma lecture de L'autisme expliqué aux non-autistes, mais appliqué à une seule petite fille. Iris fait des progrès, mais c'est clair qu’elle sera toujours autiste et que son entourage devra rester patient, attentif, et expérimenter les nouveautés graduellement, avec des retours en arrière possibles.
On peut se demander, et si les parents n'avaient pas pu mettre sur pied tout cela? (je précise qu'ils travaillent). L'on tremble à l'idée de ce que donnerait une scolarisation à un stade où l'enfant ne peut le supporter. Le livre s'arrête quand Iris a 6 ans environ et j'ignore ce que sera la suite, mais elle a fait de tels progrès que je sens que c'est possible. D'ailleurs elle a appris à lire, sa mère suivant le programme anglais des écoles maternelles. Et après des efforts demandés à Iris, elle a toujours besoin d'un moment au calme, il faut le savoir.

La narration est ponctués de balades dans la nature et de moments où Iris peut s'isoler dans le grand jardin de ses parents. Et surtout le livre est illustré de belles photographies d'Iris (prises par sa mère, dont c'est la profession, et on sent aussi l'amour pour Iris) et de magnifiques peintures réalisées par Iris (vraiment douée!)(les toiles se vendent et paient les soins)
« Fleurs au vent », acrylique, mai 2013.© A.CarterJohnson
Bon, d'accord, mais le chat, hein? On m'aurait trompée? Hé bien Thula, adorable (forcément) chaton Maine Coon, apparaît passé la moitié du livre, c'est vrai que c'est un chat exceptionnellement bien adapté à Iris. Un chat qui aime l'eau et permet à Iris de surmonter sa peur (qu’elle n'avait pas au départ, mais les choses changent avec elle)(c'est le côté 'toujours sur le métier...'). Qui l'apaise, joue avec elle, etc. Mais n'oublions pas tout ce qu'a déjà accompli (et continue encore de faire) l'entourage humain. Mais cela n'étonnera pas ceux qui connaissent les chats d'apprendre qu'un félin est idéal. Faut essayer, mais sans garantie néanmoins.

Je termine avec une chouette video, avec au passage Thula à la piscine! Et signalant que le tout est écrit simplement, clairement, sans pathos (le gnan gnan que je craignais est absent, ouf). On n'est pas dans le conte de fées, la sensibilité (et non la sensiblerie) est présente, les souffrances d'Iris ne sont pas passées sous silence. Coïncidence, je lis au même moment une annonce (dans le petit Solognot, pour les plus curieux), apprenant qu'une grande surface de Vierzon ('t'as voulu voir...') a décidé, sollicitée par une association, d'éteindre le tiers des lumières et de stopper la sonorisation une heure par semaine. Après lecture d'Iris Grace, je sens que c'est une aide.

Des avis chez Florinette,

Challenge de Philippe

vendredi 25 janvier 2019

Les beaux mariages

The custom of the country
Les beaux mariages
Edith Wharton
Penguin books, 1987
Paru en 1913
Couverture : Woman in white, par Robert Henri


Les beaux mariages, ou à tout le moins un beau mariage, c'est l'objectif d'Undine Spragg. A la fin des années 1880, elle a quitté la petite ville d'Apex avec ses parents pour s'installer dans un hôtel chic de New York. Ce sont des 'nouveaux-riches' qui n'ont pas les codes de la société dans laquelle Undine rêve de s'intégrer. Pourtant elle va intéresser Ralph Marvell, issu d'une ancienne famille new-yorkaise.
Ralph, dont les pensées associent la jeune fille à 'diverse et ondoyant' (en français dans le texte!) demandant à sa mère l'origine du prénom, se voir répondre qu'il vient de celui d'un fer à onduler que son père a mis sur le marché la semaine de sa naissance... 'It's from undoolay, you know, the French for crimping'.

Undine (je n'utilise pas la traduction Ondine dans la version française) est une héroïne parfaitement détestable, à côté Becky Sharp et Scarlett O'Hara sont de gentilles jeunes filles sans ambition et ne rêvant que de se dévouer aux autres. Undine n'écoute personne (même pas ses parents qu’elle mène par le bout du nez), elle n'a guère de culture, elle ne rêve que de s'amuser et montre un grand talent pour dépenser l'argent, dont elle ne se préoccupe pas de l'origine, du moment qu'il lui permet d'acheter toilettes et sorties. Son père puis son mari  sont là pour le gagner, non? mais ne pas s’imaginer qu’elle n'est pas intelligente, en tout cas elle sait ce qu’elle veut et fonce, sachant parfaitement sentir les ambiances et s'adapter.

Ne connaissant pas l'histoire, je me suis délectée à découvrir le parcours d'Undine, de bout en bout parfaitement égocentrique et insatiable. Wharton fait merveille à raconter cela avec une ironie sous-jacente. Existent des moments dramatiques (pauvre Ralph, pauvre Paul aussi), apparaît une vision de la France, haut de gamme quand même, par une communauté américaine y passant plusieurs mois chaque année. Des rebondissements, la réapparition de Mrs Heeny et Elmer Moffat à intervalles réguliers, permettent de ne jamais s'ennuyer.

Il n'aura pas échappé que le titre d'origine (yes, j'ai lu ça en VO) parle de coutume du pays. Charles Bowen, un des personnages secondaires, évoque la coutume américaine de ne pas mettre leurs épouses au courant de leurs affaires (tout en reconnaissant que ça ennuierait Undine), les considérant comme juste bonnes à dépenser. 'It's against the custom of the country.'

Pour terminer, quelques mots sur l'auteur. Née en 1862, elle a bien connu la bonne société qu'elle décrit, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe. Mariée, divorcée, veuve, elle s'installe en France de 1910 à sa mort en 1937. Ses activités de bienfaisance durant la première guerre mondiale lui vaudront en 1915 la croix de la légion d'honneur.
Elle était amie avec Henry James. D'après l'introduction d'Anita Brookner, elle serait plus directe dans ses œuvres que son compatriote. 'The current joke is that Edith Wharton's novels are the sorts of novels Henry James would have written if he had been a man.'(la blague habituelle est que les romans d'Edith Wharton sont les genres de romans qu'aurait écrits Henry James s'il avait été un homme)
Promesse de blogueur? Je pense revenir à ces deux auteurs.

   Une vie à lire signale à juste titre qu'il ne faut surtout pas lire la quatrième de couverture de l'édition française de 2018 (mais le texte de Wharton, là ça va)

mercredi 23 janvier 2019

Alison Lurie : clap de fin!

Oui, oui, encore Alison Lurie, désolée. Mais j'arrive à la fin (hélas)

Liaisons étrangères
Foreign affairs, 1984
Alison Lurie
Rivages, 1986
Traduit par Sophie Mayoux

Alors que tout me tombait des mains, et même des parutions récentes, Affaires étrangères m'a remise en selle. Oui, il faut toujours avoir chez soi en réserve des livres dont on sait qu'ils ne vous décevront pas.

"A nouveau, Fred se dit qu'il est tombé dans un roman de Henry James."

Cette fois l'ironie subtile d'Alison Lurie va se concentrer sur la rencontre entre l'Angleterre (et les anglais) et américains issus de l'université de Corinth, déjà vue chez l'auteur. Vinnie Miner a cinquante ans, n'a guère de charme, n'espère plus grand chose de sa vie personnelle, et sa tendance à s'apitoyer sur elle-même est incarnée par Fido, petit chien imaginaire la suivant plus ou moins près. Dans l'avion son voisin se révèle être un plouc inculte de Tulsa, Oklahoma, qu’elle espère ne plus revoir, mais bien sûr il en sera autrement.

Alors que Vinnie poursuit ses recherches sur la littérature enfantine, Fred, lui, le bel assistant proche de la trentaine, a du mal à se concentrer sur le 18ème siècle, objet de ses recherches. Surtout qu'il est complètement fasciné par une comédienne. Pour l'amateur de Lurie, je signale que Fred Turner est le fils des Turner, très jeune dans Les amours d'Emily Turner, et que le père de sa femme n'est autre que D.L. Zimmer, personnage secondaire mais récurrent chez Lurie.

Angleterre/Amérique, amour, méfiance, incompréhension. Ce roman, à qui le prix Pulitzer a été décerné, est un concentré d'humour, de tendresse, d'ironie, tout en effleurant bien des drames.
L'on en apprend aussi sur la littérature enfantine, comptines et autres, ce qui n'a rien d'étonnant si l'on considère le thèmes des essais de l'auteur (voir plus bas)
Et l'on pense forcément à Lodge (Changement de décor)


La ville de nulle part
The Nowhere City, 1965
Alison Lurie
Rivages1988
Traduit par Elisabeth Gille

Los Angeles, années 60. Une ville en peine expansion, aux quartiers déjà bien séparés et différents, Venice en décrépitude, Hollywood déjà Hollywood, avec ses starlettes aux dents longues, et ... des beatnicks comme on disait à l'époque, adeptes de quelques fumettes en dépit des descentes de police.

La météo n'a guère dû changer, la pollution non plus, et l'on comprend le choc ressenti par Katherine, originaire de l'est des Etats Unis où les saisons sont de 'vraies' saisons, à découvrir ce coin sans hiver et au soleil omniprésent. De plus elle souffre d'une sinusite tenace; bref, elle déteste Los Angeles.

Années 60, je le rappelle, il aurait été fâcheusement considéré que Katherine reste dans l'est et ne suive pas son mari, Paul, lequel s'est vu offert un travail dans une grande entreprise, juste pour une année. Katherine d'ailleurs retrouve vite une place comme secrétaire d'universitaires.

Tout est en place, Los Angeles, que le lecteur découvrira sous toutes ses facettes ou presque (je m'interroge, la mer est assez chaude?), et le couple Paul / Katherine dont l'évolution devra beaucoup à des rencontres. Cécile et ses amis beatnicks, où Paul essaie de se couler, Iz le psychiatre et son diagnostic intéressé sur Catherine, Glory la starlette épouse de Iz (si!).

Comme d'habitude avec Alison Lurie, c'est extrêmement plaisant à lire, elle ne raconte pas ce qu'on s'attendrait à lire (ah ces ellipses temporelles) et rend ses personnages plutôt attachants même s'ils ne s'entendent pas entre eux.

Et le dernier roman disponible!

La vérité sur Lorin Jones
The truth about Lorin Jones, 1988
Alison Lurie
Rivages, 1989
Traduit par Sophie Mayoux
Prix Femina étranger

Près de 20 ans après la mort de Lorin Jones (qu'on a connue fillette dans un précédent roman), peintre talentueux un peu oublié, Polly se charge d'écrire sa biographie, et pour ce faire rencontre ceux qui l'ont connue. Au départ, elle est sûre que Lorin, en tant que femme, a souffert de l'ambiance patriarcale et masculine, opinion que ses copines lesbiennes ne vont pas détruire! La pauvre Polly au fil du temps est complètement perdue, surtout qu’elle a tendance à excuser et trouver sympathiques ceux qu’elle interroge, même si elle les sait peu dignes de foi. Sa vie et celle de Lorin se mêlent, convergent, divergent...

Un roman subtil, souvent ironique, bien découpé, bref, Alison Lurie...

Que faire maintenant que j'ai fait le tour de cette auteur idéale pour les pannes de lecture? Heureusement Emmaüs propose des romans du même genre, vous savez, ces vieux trucs introuvables, des histoires intelligentes et bien écrites...

Tiens, voici ce qu'en dit wikipedia

Romans

Essais

  • Ne le dites pas aux grands (Don't Tell the Grown-ups: Subversive Children's Literature - 1990)
  • Familiar Spirits (2001)
  • Il était une fois et pour toujours (Boys and Girls Forever - 2004).

lundi 21 janvier 2019

Hôtel rouge

Hôtel rouge
Maria Efstathiadi
Quidam , 2018
Traduit par Anne-Laure Brisac


Sur le site de l'éditeur
Maria Efstathiadi est née en 1949 à Athènes. Ecrivain et dramaturge, elle est aussi entre autres la traductrice en grec de Mallarmé, Marivaux, Huysmans, Pierre Klossowski, Erik Satie, Nathalie Sarraute, Henri Michaux, Jean Genet, Olivier Py, Enzo Cormann, Alain Robbe-Grillet, Régis Jauffret … Elle est l’auteure de Presque un mélo (Actes Sud), Gants avec mains (L’Harmattan), et des pièces de théâtre Textilen, Démon, Désobéissance et Pivatopia. Au cœur de ses préoccupations : la multiplicité des identités, la déconstruction des personnage, la transgression, le droit à la différence, l’altérité et sa réception. 

Bien bien.
J'ai choisi de faire confiance à l'éditeur pour découvrir un  roman grec. Merci aussi à ma médiathèque!
D'emblée la forme frappe et interroge. Interviennent Les Oreillyeux, La Voix et Le souffle.  La voix serait celle d'une désormais adulte incitée à se plonger dans ses souvenirs d'enfance, en dialoguant avec Le souffle. Les Oreillyeux en parle à la troisième personne, 'elle'. Maria Efstathiadi étant auteur de pièces de théâtre, oui, je verrais fort bien ce livre représenté sur scène, durant ma lecture j'ai eu plus que d'ordinaire des voix dans la tête.

Les souvenirs de Elli, petite fille d'une mère froide et d'un père absent, vivant de multiples interdictions dans ses sorties et fréquentations, demeurent souvent bien flous et sujets à caution, car l'on a aussi les simulacres de la mère, du grand-père... Un certain effort est demandé au lecteur pour lier les rares fils fiables. Elli s'invente un frère (un ami?), des intermèdes se glissent. Oui, oui, du théâtre, ce serait parfait; la langue est belle, évocatrice, sensible.

charybde en parle mieux que moi (et des extraits)

vendredi 18 janvier 2019

Retour à Lemberg

Retour à Lemberg
East West street
On  the Origins of 'Genocide' and 'Crimes Against Humanity'
Philippe Sands
Albin Michel, 2017
Traduit par Astrid von Busekist


Avocat international, Philippe Sands fut invité en 2010 à participer à une conférence à Lviv (Ukraine). Ville où son grand-père Leon Buchholz est né en 1904. Suite à cela il se lance dans une grande enquête sur les traces de Hersch Lauterpacht et Raphael Lemkin, eux nés près de cette même ville, où ils ont fait leurs études. Hersch, avec le concept de 'Crimes contre l'humanité', et Raphael, avec celui de 'Génocide', ont eu à jouer un rôle lors du procès de Nuremberg et leurs idées sont encore d'actualité. Le dernier personnage ayant retenu l'attention de Philippe Sands est Hans Frank, avocat et ministre de l'Allemagne nazie, gouverneur général de Pologne, condamné et exécuté à Nuremberg.en 1946 pour crimes contre l'humanité.

Lviv est le nom actuel, mais cela fut bien compliqué auparavant! "Entre septembre 1914 et juillet 1944, le gouvernement de la ville changea huit fois. Longtemps capitale du 'royaume de Galicie et de Lodomérie, du grand-duché de Cracovie et des duchés d'Auschwitz et de Zator - oui, il s'agit bien de cet Auschwitz-là-, la ville passa aux Autrichiens et aux Russes, puis à nouveau aux Autrichiens, ensuite brièvement à l'Ukraine occidentale, à la Pologne, à l'Union soviétique, à l'Allemagne, à nouveau à l'Union soviétique, et finalement à l'Ukraine, à laquelle elle appartient encore aujourd'hui. Dans le royaume de Galicie dont Leon, petit garçon, arpentait les rues, se mêlaient les Polonais, les Ukrainiens, les juifs et beaucoup d'autres. Et pourtant, moins de trois décennies plus tard, à l'heure où Hans Frank entrait dans la salle d'audience 600, lors du dernier jour du procès de Nuremberg, l'ensemble de la communauté juive avait été exterminée, et les Polonais avaient été déplacés."

Lemberg, Lviv, Lviv, Lwow, au fil du temps...

Ecriture fluide, bonne pédagogie de l'auteur qui n'hésite pas à bien éclaircir et répéter un détail s'il le faut, livre à lire absolument, dont je fais un coup de cœur, mais je préviens que ça peut bousculer.

Philippe Sands s'est lancé dans des recherches familiales (avec découvertes, des décennies plus tard), et a su rendre l'atmosphère de Lemberg (et autres noms) et Vienne. Les familles des trois originaires de Galicie ont été quasiment anéanties, très peu échappant de justesse à la mort. Le livre est illustré de nombreuses photographies et le coeur se serre...

Forcément j'ai lu sans empathie l'histoire d'Hans Frank, et celle du procès de Nuremberg, avec ses accusés plaidant non coupables et l'évocation de leurs crimes, émaillé en coulisse par les désirs de Lauterpacht et Lemkin de défendre leurs idées.

Crimes contres l'humanité, génocide, . "La distinction est-elle importante? Importe-t-il que la loi cherche à vous protéger parce que vous êtes un individu ou parce qu'il se trouve que vous appartenez à un groupe?" Voir aussi page 346 et 446.

Allez, heureusement qu'il y a Miss Tilney, l'anglaise qui n'a pas hésité à risquer sa vie pour sauver des Juifs. Durant ma lecture je me demandais 'mais quoi elle n'est pas Juste?' Ouf, si! En 2013 Philippe Sands a "envoyé les documents, le récit de tout ce que j'avais découvert sur elle, ainsi que deux déclarations assermentées, l'une signée par ma mère, l'autre par Shula Trotman, à Yad Vashem, le mémorial de l'holocauste à Jérusalem. Le 29 septembre 2013, Miss Tilney a été reconnue comme juste parmi les nations."

Forcément ce genre de livre n'a pas échappé à Dominique, qui comme d'habitude illustre magnifiquement ses billets.

mercredi 16 janvier 2019

La moisson des innocents / Ombres et soleil

Ayant eu en décembre pas mal de voyages en train, il fallait des lectures assez courtes et prenantes, d'où ces polars qui ont parfaitement répondu à mes attentes.

La moisson des innocents
Les enquêtes du généalogiste
Dan Waddell
Babel noir, 2016
Traduit par Jean-René Dastugue


Après Code 1879 je désespérais presque de trouver les autres volumes de la série, ici c'est le troisième mais cela n'est pas gênant, je me mettrai en quête du deuxième plus tard, dès que je ressentirai le besoin d'une bonne histoire policière 'qu'on ne lâche pas', avec un fond intéressant, et pas de détails gore avec faux suspense!

Vingt ans plus tôt l'inspecteur Foster a enquêté sur une affaire qui lui a laissé de pénibles souvenirs : deux gamins ont tabassé et laissé mourant un vieil homme de leur village. Procès, condamnation, puis après quelques années libération sous une nouvelle identité. Or voilà que Foster découvre que les deux viennent d'être assassinés. Il doit retourner sur les lieux du premier crime, celui de ses débuts dans la police.
Ce n'est qu'assez tardivement dans le roman qu'apparaît Nigel Barnes le généalogiste dans la série, de façon inattendue (je ne dirai rien). cela crée une petite rupture pour le lecteur, très brève, jusqu'au final (je ne dirai rien).

Une lecture parfaitement satisfaisante et recommandée!

Ombres et soleil
Dominique Sylvain
Viviane Hamy, 2014

Il y a un bout, j'avais lu des romans de la série et connaissais donc Lola Jost et Ingrid Diesel. Lola est retraitée de la police mais se lance quand même dans une enquête pour défendre un de ses amis policiers accusé d'un crime. Ingrid travaille dorénavant à Las Vegas et n'hésite pas à venir à la rescousse de son amie.
Dominique Sylvain reprend ses personnages, expliquant rapidement et efficacement dans le cours des premiers chapitres ce qui est nécessaire, et j'ai eu un peu l'impression d'une 'suite', cependant le roman forme un tout bien terminé.
Une enquête absolument sans temps morts, peut-être même pas le temps de réfléchir?, et aux nombreux rebondissements. Des dialogues ciselés. Un talent pour les dialogues et les ambiances, que l'on soit à Abidjan, Hong Kong ou Paris. Pourquoi ai-je délaissé cette auteur, mystère!