lundi 20 mai 2019

Au Yémen avec Théodore Monod

Au Yémen avec Théodore Monod
Carnets d'expédition (1995)
José-Marie Bel
Ginkgo éditeur, 2019
(photo de couverture prise sur le site de l'espace reine de Saba)(une mine!)


Voici encore un envoi surprise de Ginkgo éditeur, qui connaît ma prédilection pour les récits de voyage et expéditions lointaines. De plus connaissant le nom de Théodore Monod sans l’avoir vraiment lu, c'était l'occasion de le suivre sur le terrain, avec son ami José-Marie Bel, spécialiste du Yémen. Ils ont profité d’une petite fenêtre à peu près tranquille pour se rendre là-bas, même si en mai c'est chaud et sec. Théodore Monod est un vieux monsieur (il est né en 1902), l'énergie et la curiosité intellectuelles sont bien là, mais crapahuter sous le soleil avec lui a donné des sueurs froides à son accompagnateur.

La mission était accompagnée de yéménites (sécurité?) et d'une équipe tournant un film documentaire (ce fut Le vieil homme et la fleur). Mais nos deux scientifiques étaient à la recherche d'encensiers et de myrrhiers, entre autres éléments de la flore locale.

Boswellia arbre à encens (ici à Oman)
Par Francesco Bandarin — Ce site est inscrit au Patrimoine Mondial de l'UNESCO sous l'intitulé :Land of Frankincense., CC BY-SA 3.0-igo, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=45805949
Oui, l'encens et la myrrhe, les rois mages, tout cela est millénaire mais risque de disparaître.

Une grande partie du livre reproduit les notes de terrain, avec leur spontanéité, agrémentées de croquis de l'auteur. Ajoutons une interview, des courriers, bref, c'est peut-être disparate, mais forme un ensemble cohérent s'expliquant d'une page à l'autre. J'ai appris à mieux connaître Théodore Monod et à rêver de ce magnifique pays (hélas fermé pour l'instant)

jeudi 16 mai 2019

Les livres de Jakob

Les livres de Jakob
Olga Tokarczuk
Editions noir sur blanc, 2018
Traduit (et bravo!) par Maryla Laurent


Des interlignes confortables permettent de venir à bout sans encombre des 1 000 pages écrites en petits caractères, agrémentées de reproductions de cartes, gravures, pages de livres, portraits.

Et c'est parti pour les décennies de la vie de Jakob Frank, personnage ayant existé, mais comme j'en ignorais tout j'ai lu ce gros bouquin comme une épopée, un roman d'aventures incroyable, se déroulant à une époque où l'empire ottoman couvrait une partie du sud est de l'Europe. De la Pologne à la Turquie, on commerce, on parle diverses langues, on est catholique, ruthène (orthodoxe?), musulman ou juif. Dans les villages glacés et brumeux, tels Rohatyn, en 1752, tout en bas de l'échelle se trouvent les paysans (des serfs) et les juifs. Le prêtre Benedykt Chmielowski consacre sa vie à écrire une encyclopédie, cherchant ses sources chez les nobles et chez Elisha Schorr, commerçant/rabbin.

"Comment ça, le premier Messie? Et le second? Il y en a un second? interroge Stanislaw Kossakowski perplexe.
- Certains disent qu'il devrait y avoir trois Messies. Il y en a déjà eu un, c'était Sabbataï Tsevi? Ensuite il y a eu Kohn."

Bref, apparaît ce Jakob Frank, suivi de moult disciples, persécuté y compris par les autres juifs; aidé parfois par Moliwda (noble polonais) et dont les paroles sont pieusement notées par un certain Nahman. Je passe sur la multitude de noms, variant au cours du livre, après le baptême de certains, mais Olga Tokarczuk rappelle brièvement l'essentiel. La vie de Frank aura des bas, y compris la prison, et des hauts.

J'ai aimé me plonger dans cette ambiance fort bien rendue de la vie des gens de toutes classes à cette époque, et apprécié l'écriture de l'auteur et des perles au détour d'un paragraphe.
"Que se passe-t-il si chacun voit différemment? La couleur verte est-elle perçue différemment par tous? Peut-être que 'vert' n'est qu'un nom dont nous couvrons comme d'une peinture de sensations absolument différentes pour pouvoir communiquer, alors qu'en réalité chacun de nous voit autre chose? Existe-t-il un moyen de vérifier cela? Que se passerait-il si nous ouvrions vraiment les yeux? Si nous apercevions par quelque miracle l'aspect véritable de ce qui nous entoure? Que découvririons-nous?"

Et puis il y a Ienta, elle vit, elle voit tout. Son souvenir persista, ce qui sauva la vie de quelques dizaines de personnes en 1942, à Korolowka...

En fait, comme le rappelle Nathalie, le mieux est de se laisser porter par la narration, sans chercher à tout retenir et (parfois) à tout comprendre. Le plaisir n'en sera que préservé.

Les avis de Mark et Marcel,

Lire le monde chez Sandrine

lundi 13 mai 2019

Slow train

Slow train
30 échappées ferroviaires pour citadins en mal de nature
Juliette Labaronne
Arthaud, 2019




D'accord, je ne suis pas une citadine en mal de nature, en tournant la tête à gauche j'ai une échappée sur le jardin, et à 100 mètres je sais que coule une rivière, en tournant la tête à droite c'est le canal, son chemin de halage, ses hérons, ragondins et canards.

Mais voyager en train, j'adore, et ce livre propose trente circuits ferroviaires à découvrir non pas au bout du monde, mais en France!, classés selon cinémascope -tout est dit- classe éco ou SOS bol d'air. Oubliés le TGV, la voiture, et vivent le train, le vélo et la marche. De courts chapitres présentent le trajet, sa durée, la distance, les correspondances (hé oui le TGV peut être utile pour accéder dans le coin), des conseils pratiques, des sites internet, des infos sur le vélo dans le train, les coins à découvrir, un poil d'histoire de la ligne, sans oublier les découvertes culinaires de la région. Quelques photos font baver d'envie.

L'on constate que souvent la survie de certaines lignes ne tient qu'à des passionnés et acharnés du coin désireux de sauver 'leur' ligne. J'en profite pour râler contre la suppression de certains trains de nuit (qui éviteraient le recours à l'avion) et signale grâce à ce livre un Bordeaux-Marseille moins cher et plus rapide qu'en TGV, puisque bien sûr l'on s'obstine à vouloir nous faire passer par Paris!

J'ai rêvé sur un Paris-Strasbourg permettant de poursuivre vers la Russie par le Moscou Express via Berlin. Et j'ajouterai (pourquoi se gêner?) de continuer plein est par le transsibérien... (train emprunté en 2007, voyage sans appareil photo, hé oui)

Un livre qui donne une envie furieuse d'acheter son billet (quoi, le TER Occitanie à 1 euro?), boucler son sac et filer.

Encore une bonne pioche Babelio.
tous les livres sur Babelio.com

jeudi 9 mai 2019

Orange amère

Orange amère
Commonwealth
Ann Patchett
Actes sud, 2019
Traduit par Hélène Frappat



Pour fuir un dimanche sa maison bruyante, laissant à son épouse Teresa, enceinte, le soin de gérer leurs trois jeunes enfants, Bert Cousins s'incruste dans la fête de baptême de Franny chez les Keating. Il tombe amoureux de Beverly Keating. Deux divorces plus tard, les quatre enfants Cousins et les deux Keating vont de Californie en Virginie au gré des congés scolaires ou d'événements plus tragiques.

Voilà, je n'en dis pas plus, voulant vous réserver le bonheur des surprises, y compris la signification du titre en français. Cette lecture fut un plaisir constant, avec de bons dialogues, des remarques bien frappées au détour d'un paragraphe, des personnages bien campés, et surtout un découpage faisant fi de la chronologie et contribuant au suspense. J'aurais bien aimé  qu’elle dure plus longtemps.

"Vous avez bonne mine, Monsieur Keating", dit-elle.
Les trois étapes de la vie : jeunesse, cinquantaine, et 'Vous avez bonne mine, Monsieur Keating'."

Alertée par quelques billets de blogueuses, j'ai tout de suite su qu'il me le fallait!

Les avis d'AntigoneClara (repéré le même passage!), Cuné, Christelle,

lundi 6 mai 2019

L'explosion de la tortue

L'explosion de la tortue
Eric Chevillard
Minuit, 2019


Le narrateur et Aloïse prennent un mois de vacances au bord de la mer, laissant dans leur salle de bains la petite Phoebe. Las, à leur retour celle-ci décède. Assez d'eau et de nourriture avaient été laissés à disposition de la petite tortue de 5 cm de diamètre, mais personne n'est à l'abri de l'imprévu.

Connaissez-vous l’écrivain Louis-Constantin Novat? Le narrateur se propose de changer cela, en endossant la paternité de ses oeuvres. Sauf qu'à cause d'un certain Malatesta son projet est compromis. Quoique, est-ce bien sûr? Le lecteur n'en tient-il pas la preuve en mains?

Disons-le carrément, ce roman un poil barré mais maîtrisé et brillant est typique de Chevillard.: il ravira les amateurs et déconcertera les autres.

Les avis de Lire au lit, nathalie,

Challenge de Philippe

jeudi 2 mai 2019

Pepita, la femme du traître

Pepita, la femme du traître
Rosario Acosta Nieva et Eric Taladoire
Ginkgo éditeur, 2018



Quand j'ai vu arriver ce livre (merci Ginkgo !!!) je me suis exclamée (pardon Guy Stavridès qui conseilla ce titre) : 'wahou, quel titre, c'est quoi ça?' Cela fleurait bon le roman populaire du 19ème siècle, à l'exotisme débridé et sans complexes.

Un oeil sur la présentation me fit comprendre mon erreur : on est dans le document historique pur et dur, bien documenté et sérieux. Les auteurs sont, respectivement, archéologue et écrivaine, et professeur d'université. Ils se sont penchés sur la vie du maréchal Bazaine et de son épouse mexicaine baptisée à Mexico en 1847 "sous le nom extravagant de Maria Josefa de las Augustias Bonifacia Brigida Federica Pascuala Feliciana de la Santisima Trinidad Pena y Azcarate". Donc, Pepita.

Mon goût pour la non fiction, l'histoire pas trop connue et les récits bien menés s'est trouvé parfaitement en phase avec ce livre. Voyons un peu qui sont ces héros, dont on découvre en prélude un épisode de leur vie absolument rocambolesque et romanesque.

Mais auparavant, voici Bazaine, issu d'un milieu simple et ayant gravi tous les échelons dans l'armée, après une belle carrière en Algérie, Crimée, Italie. Pas hyper sexy, veuf (d'un premier mariage avec déjà une jeune brune de type espagnol), il arrive au Mexique comme commandant en chef des forces françaises dans les années 1860, et tombe amoureux comme un collégien de Pépita, issue d'une bonne famille, bien plus jeune que lui, mais dédaignant des prétendants moins intéressants, même si ses sentiments à l'égard de Bazaine ne font aucun doute.

Oui, mais pourquoi 'traître'? Il faut là en venir à la guerre de 1870 et aux défaites françaises en Lorraine. Accusé, Bazaine demande un procès, à la suite duquel il se retrouve emprisonné, d'où une évasion incroyable ... Et finalement le titre est fort bien trouvé, puisqu'il reprend une expression d'un journal de l'époque. (Quelle époque!)

Encore une fois, la réalité fournit une histoire palpitante (rendue aussi telle par les auteurs) et Pepita, même si on ne sait pas tout d'elle, est une héroïne à découvrir.

lundi 29 avril 2019

Une femme que j'aimais

Une femme que j'aimais
Armel Job
Robert Laffont, 2018


Grâce au mois belge (rendez-vous que je vous encourage à rejoindre) j'ai encore découvert un bon auteur, dont le nom revient assez fréquemment sur les blogs. Pas le choix, seul ce titre est présent, et pourtant je fréquente deux bibliothèques.

Claude est un jeune homme sans rien de remarquable. Il est aide pharmacien, se contente de rencontres sans lendemains, en fait il est fasciné par sa tante Adrienne, veuve habitant une belle villa pas loin de ses chez parents. Sans s'occuper des remarques, il lui rend visite tous les samedis. Elle s'intéresse à ce neveu si gentil, et lui apprend qu’elle désire lui confier un secret. Hélas, Claude file et quelque temps après, c'est trop tard pour l’écouter, car il la retrouve morte chez elle, suite à un accident semble-t-il. Notre narrateur a l'imagination fertile et imagine qu'il pourrait s'agir d'un meurtre. Délaissant cette piste improbable (pour l'instant), il décide de fouiller dans le passé d'Adrienne, mettant peu à peu à jour la vérité, non sans avoir élaboré pas mal de fausses pistes (il a de l'imagination!)

Au final, ressort l'histoire d'une femme pas si neutre que cela. Beaucoup sont tombés sous son charme, elle a connu bien des chagrins. Impossible de lâcher ce roman, remarquable par la façon fluide dont les révélations arrivent, souvent au grand dam de Claude.

"Emporter un sachet de frites bien chaudes au creux d'une main, les manger dans la rue avec les doigts de l'autre main en faisant des mouillettes dans la motte de mayonnaise accrochée au coin supérieur du papier, c'est un des plaisirs les plus intenses que l'on puisse s’offrir, un acte de foi dans l’existence. Les déprimés, les élégants, les prétentieux -toutes personnes qui grignotent la vie du bout des dents- ne mangeront jamais de frites sur le trottoir.Il n'y a que les optimistes pour se livrer en public à cette manducation jubilatoire."

Les avis de Le livre d'après, Sandrine,

Toujours le mois belge

jeudi 25 avril 2019

Des hommes en noir

Des hommes en noir
Sera larga la noche
Santiago Gamboa
Métailié, 2019
Traduit par François Gaudry



Colombie, des années après les FARC, mais ce n'est pas pour autant que tout est calme et que la violence a disparu. D'entrée de jeu, grosse attaque d'un Hummer à la mitrailleuse, intervention d'un hélicoptère, bref, du lourd, et cela sur une modeste route de campagne. Mais qui a été attaqué? Qui a lancé ces hostilités? Où sont les cadavres? Et ensuite, qui sont-ils? Bref, pas mal de questions auxquelles vont tenter de répondre les trois personnages principaux, le procureur Edilson Jutsinamuy (mention spéciale à l'inénarrable Laiseca, son subordonné), Julieta la journaliste et Johana son assistante. De Bogota à Cali, y compris des bleds paumés, en passant par la Guyane française, les voilà plongés dans l'univers des églises évangéliques locales aux noms originaux, et de leurs pasteurs fascinants et parfois inquiétants.

Voilà donc une histoire menée tambour battant, dans un pays encore meurtri par la guerre civile. Pas la peine de connaître l'histoire colombienne en détail, d'ailleurs.

Merci à l'éditrice (et ses choix impeccables) et A. S.

lundi 22 avril 2019

(Le) La ministre est enceinte

Le La ministre est enceinte
ou la grande querelle de la féminisation des mots
Bernard Cerquiglini
Seuil, 2018



Ne riez pas! L'on a pu apprendre dans les journaux (à l'époque) que le capitaine Prieur avait été rapatrié, parce qu'il commençait une grossesse. "Le capitaine Dominique Prieur était enceinte.". Ou bien Le ministre des sports, qui était enceinte, n'a pu sauter en parachute comme prévu." (le monde du 16 octobre 92, à propos de Frédérique Bredin).

Bernard Cerquiglini suit l'affaire de la féminisation des mots depuis un certain temps, et c'est avec humour qu'il rappelle l'évolution des dernières années, en particulier la résistance de l'Académie française. Un feuilleton assez franco-français, puisque les francophones non français se posent moins de questions, et les québécois, en particulier, entourés du monde anglophone, se défendent et font preuve d’une belle inventivité. Il semble qu'on soit sur le bon chemin.

Des linguistes belges rappellent d'ailleurs qu'on peut féminiser intuitivement tous les substantifs animés humains du français, et citent des exemples, avoué, bourgmestre, échevin, ministre, etc., avec même des noms fictifs, tels calefrier, chapporé, ciremel, damilin, filiciste (je parie que vous y arrivez!)

Un chapitre fort gouleyant rappelle comment c'était dans le passé, là où on ne s'embarrassait pas de l'Académie, qui d'ailleurs n'existait pas. La féminisation s'en donnait à cœur joie, ou plutôt, tout ou presque existait, suivant ces règles intuitives.

Puis le masculin est venu établir sa loi, moquant certaines féminisations (pourtant avérées au Moyen âge...) et chipotant pas mal, par exemple on accepte une secrétaire si c'est une employée assez subalterne, mais pas une secrétaire si c'est la perpétuelle de l'Académie...

La langue reflète les moeurs, avec l'exemple d'étudiante, dont le sens aujourd'hui est évident, mais qui au 19ème siècle, puisque les jeunes filles n'accédaient pas à l'université, désignait plutôt les petites copines des étudiants.

Certaines prises de position datant de peu d'années semblent ahurissantes, mais la langue est vivante et refuse les carcans. A vous de plonger dans ce livre vraiment fort intéressant et pas difficile d'accès (l'auteur, citant une fois un truc jargonnant, se permet de 'traduire'; merci à lui). Il reste pas mal à découvrir dans ces pages si riches et amenant à la réflexion. Perso, je ne sais si je dis auteur, auteure ou autrice?

Citons une partie de la conclusion
"Il est urgent que l'instance chargée du magistère de la langue rappelle que l'historie du lexique des métiers et fonctions fut marquée d'un resserrement social; qu’elle prenne acte de la disparition du féminin conjugal [ambassadrice = femme d'ambassadeur] [et pourtant Catherine de Médicis était régente, en tant que mère du roi trop jeune!], témoin d’une époque de minoration de la femme; qu’elle appelle à une féminisation de ce lexique: qu’elle encourage son emploi, se conformant à la distinction réaffirmée entre le spécifique particulier, désignant une personne, et le générique signifiant une fonction (une académicienne occupera un jour les fonctions de chancelier de l'Institut); qu’elle souligne par là même la richesse de l'expression linguistique (offrant plus de nuances, par exemple, qu'une abréviation à finalité inclusive);qu’elle se montre bienveillante envers les formes anciennes (écrivaine) pu néologiques (magistrate) formées dans les règles; qu’elle fasse preuve d'un peu d'audace en acceptant le commode suffixe francophone -eure. Au passage, quelle gratifie enfin le ministre d'une âme sœur."

ainsi qu'un passage sur l'écriture inclusive
"Nous recommandons la réduplication, c'est à dire l'explicitation lexicale (et non abréviative)de la mixité d'un groupe humain.Mais -et cette restriction nous paraît capitale - seulement quand une telle explication est requise ou souhaitée. En d'autres termes, le bon usage ainsi que la communication performante requièrent de faire diffuser dans un train le message : 'Tous les voyageurs sont priés de descendre.' Les formulations 'Tous les voyageurs et toutes les voyageuses', ainsi que 'Tout.es les voyageur.ses' sont en l’occurrence inappropriées. En revanche, informer que 'les candidats et les candidates passeront une épreuve de lancer de poids' est bienvenu. Où gît la différence? Dans l'intérêt reconnu d'exposer la mixité sexuelle du groupe considéré. Qui en est juge? Celui ou celle qui formule l'assertion , qui doit avoir conscience de l'enjeu  et une certaine maîtrise du fonctionnement linguistique. Nous ne nous affilierons donc ni au purisme androcentriste  ni au féminisme rudimentaire : nous suivrons la langue, en faisant confiance à ses locuteurs."

vendredi 19 avril 2019

Kiruna

Kiruna
Maylis de Kérangal
La contre allée, 2019



Après les mines au 17ème siècle et Olivier Truc, retour dans le même coin, avec toujours les mines, mais avec Maylis de Kerangal, pour un "texte d'une série produite dans le cadre du programme 'Mineurs d'un autre monde'."
Avouons-le tout de suite, je n'ai jamais lu l'auteur, déplorant un abandon de Réparer les vivants. Mais Kiruna est plutôt à classer en non fiction, avec un texte se rapprochant de l'enquête journalistique. Et cela s'est révélé absolument passionnant.

Kiruna se situe au nord du cercle arctique, et sa vie tourne autour de l'exceptionnelle mine de fer à laquelle elle doit son existence.Le côté far west du début a disparu, les femmes occupent désormais tous les postes, et le travail du mineur a bien évolué.

Petit problème, à force de creuser sous la ville, celle-ci menace de s'effondre.  Arrêter la mine? Pas question, et la décision a été prise de déplacer la ville, avec de nouveaux bâtiments, sauf certains, historiques, qui seront déménagés (comme l'église par exemple).
On trouve aussi des réfugiés érythréens à Kiruna, la ville ayant l'habitude d'accueillir des étrangers. D'ailleurs si travailler pour la mine vous intéresse, on embauche...

Maylis de Kerangal a su présenter le Kiruna actuel, sans éluder les problèmes passés et à venir. Je recommande.

L'avis de clara, de charybde 2 (illustré de façon magistrale)

mercredi 17 avril 2019

Mercredi blanc

Mercredi blanc
Dominique Lin
Elan sud, 2019


Dominique Lin avait su me plaire avec Un goût de terre dans la bouche, ce cadre trentenaire quittant son quotidien et posant son regard sur des inconnus rencontrés, et surtout l'élégance de l'écriture. Quand l'auteur m'a proposé son nouvel opus, j'ai donc répondu affirmativement, alors que d'ordinaire j'évite cet exercice presque à l'aveugle. Quoique ici j'ai pu lire les premières pages sur le site de l'éditeur et j'avais confiance.

Cette fois, l'héroïne principale est une collégienne de 14 ans, vivant dans une cité dont l'un au moins des immeubles permet des petits trafics. Elle apprécie surtout le français et le sport, en particulier l'escalade; elle n'hésite pas non plus à grimper sur les échafaudages et monter descendre dans sa cage d'escalier (au milieu!). Bref, elle est douée et l'exemple de son père, absent/disparu, l'inspire et la mène à s'intéresser aux grands alpinistes.
On lui propose de se joindre à un groupe de grimpeurs/danseurs dans le lycée voisin. Tout va bien jusqu'au jour où.

Non, nous ne sommes pas dans un roman jeunesse, quoique je pourrais fort le passer à un (e) ado ne craignant pas le passé simple et le français soutenu. Lucie est entourée de deux jeunes frères, remplaçant souvent une mère au travail, et deux aînés. La mère essaie de maintenir son monde sur une voie droite (loin de la tour numéro 10, quoi). Apparaissent aussi un ami de Lucie et un autre de Sophie. Le monde des adultes n'est pas absent et l'ambiance familiale pleine d'amour. Lucie finira par en découvrir plus sur son père, et sur ses propres envies à elle.

Dominique Lin n'a pas cherché le sensationnel, les ambiances glauques, mais à raconter une belle histoire plausible, qui emporte vers d'autres horizons.

lundi 15 avril 2019

Moi qui n'ai pas connu les hommes

Moi qui n'ai pas connu les hommes
Jacqueline Harpman
Stock, 1995
(existe en poche)


"Au plus loin que je puisse retourner, je suis dans la cave."
Les 39 autres femmes l'appellent la Petite, c'est la plus jeune, sans doute adolescente parmi des adultes. Elle n'a aucun autre souvenir, alors que les autres se souviennent de leur vie passée, un métier, un mari, des enfants. Le tout embrumé par une possible prise de médicaments.
Ces femmes sont enfermées dans une grande cage, surveillées par trois gardes muets qui leur apportent de quoi préparer leurs repas, éventuellement des remèdes si nécessaire, et décrètent quand il est temps de se lever ou se coucher. Mais sur la base de quelles journées, puisque l'éclairage n'est jamais éteint?
Autorisation de parler, mais pas trop énergiquement, interdiction de se toucher.

"A quoi servions-nous, ici?"
"Que faisions-nous ici, pourquoi nous maintenait-on en vie?"

Beaucoup beaucoup de questions dans cette dystopie. Est-on toujours sur la planète Terre? Qui décide? Pourquoi cet enfermement? Est-ce une expérience? Or sachez le, les femmes (et le lecteur) vont vite comprendre qu'il n'y aura pas de réponses. Pourtant ce roman est absolument fascinant.

Je ne vais pas raconter ce qui se passe, d'ailleurs dès le début la narratrice, la Petite, arrive à la fin de sa vie et donne quelques détails. C'est impossible d'oublier ces 40 femmes si différentes, plongées dans une situation (qui évoluera, je peux le confier) sans qu’elles comprennent jamais. .

C'est un roman puissant sur la volonté de rester des êtres humains, de garder le pouvoir de décider. Grâce à Ellettres, suite à son billet récent, j'ai sorti ce livre de ma PAL. Elle évoque Le mur invisible, il y a de cela dans l'absence d'explications et l'adaptation à l'environnement, dans la volonté de vivre.

Des critiques sur babelio, la présentation parle de Kafka, Auster (sans doute Anna Blum?), Le désert des tartares (avec Ellettres on se propose une LC) et sur lecture écriture

Pour le mois belge

jeudi 11 avril 2019

Le blues du chat

Le blues du chat
Sophie Chabanel
Seuil, 2019

En demandant ce roman à Babelio, je savais que ce serait un polar sans hémoglobine ou effets de terreur, et qu'il y aurait un chat et de l'humour. Donc ça m'allait.

Le lecteur a pu faire connaissance dans La griffe du chat de la commissaire Romano et de ses adjoints le capitaine Tellier et l'adjudant Clément. Tellier, aux réactions parfois étranges, qu'il faut manipuler avec doigté, et Clément, pas forcément très futé et efficace mais dévoué et obéissant. De plus dans son couple c'est lui qui se porte absent quand son gamin est malade, partage des tâches dont se réjouit (mais faut pas abuser) Romano la féministe.

Célibataire, 47 ans, Romano mène une vie où la gent masculine peut intervenir, mais pas trop longtemps. Elle est parfois borderline (son utilisation du gyrophare étant la moins grave, finalement) et n'hésite pas à bousculer (verbalement) les suspects ou ses collègues, et même son supérieur (en mode hypocrite). Elle a son franc parler:
"Ils ne sont pas  obligés de colporter les propos nauséabonds de tous les abrutis sans conscience ni morale. Pour ça, on a déjà Internet."
"Un interrogatoire de nuit dans des bureaux vides, ça a toujours de la gueule."

Bon, mais qui dit polar dit (au moins ) un mort, non? L'ex-trader François-Xavier Tourtier s'y colle. Allergique à la crevette, le voilà qui meurt lors de la réception célébrant sa remise de légion d'honneur. Des suspects, mais bien plus sympathiques que le mort! Romano va cependant mener à bien son enquête, avec les rebondissements habituels. (je trouve juste que la personne coupable aurait pu régler le problème François-Xavier -un type plus qu'odieux, je le rappelle- sans le tuer, il existe des moyens autres et légaux)
On découvrira une veuve pas tellement éplorée, un amoureux écolo et transi, un prêtre fort regardable (et un évêque sans langue de bois), un grand père très classe et une voisine bien curieuse.

Bon, et le chat? Le pauvre Ruru est assez spécial, mon amour des chats ne peut celer cette vérité...
"Payer un psy à mon chat? Alors que j'ai soigné mes névroses familiales en automédication, à coup de bière et de Nutella?"

En résumé : lecture fort plaisante, ça file tout seul, sans temps morts, on s'amuse bien.

tous les livres sur Babelio.com
Challenge de Philippe

lundi 8 avril 2019

Derrière la colline

Derrière la colline
Xavier Hanotte
Belfond, 2014



On peut dire que j'ai tourné autour de cette lecture! Après Ours toujours  (2016) Du vent (2017) et  Le couteau de Jenufa (2018), déjà pour le mois belge, avec avis 'roman épatant!', j'ai démarré le dernier disponible de cet auteur. Ce qui me faisait hésiter? Le côté 'guerre mondiale', tranchées et tout ça.

Mais Hanotte a choisi ses héros anglais. Tout deux issus du même coin, ils se rencontrent par hasard à Londres. L'un, Nigel Parsons, est plus ou moins professeur et sous le pseudonyme de Nicholas Parry a écrit quelques poèmes, parus et appréciés par quelques uns. Il est encore sous le coup d'une rupture douloureuse avec Béatrice (un clin d'oeil à Dante?). L'autre, William Salter, est jardinier et passionné. On ne saura rien de sa vie privée.
Entre les deux, naît une amitié parfaite; ils s'engagent et on les retrouve dans le nord de la France, particulièrement en 1916 lors d'un combat meurtrier (à couper le souffle!).

Par ailleurs en 1948 un certain William vit dans la Somme, marié à Jacqueline et s'occupant de l'entretien des nombreux cimetières anglais.

Voilà, je n'en dis pas plus, bien évidemment il reste à découvrir je le garantis. Comme dans les précédents romans de Hanotte intervient ce que j'appellerais 'un léger décalage' lorsque le narrateur découvre ce qui est caché 'derrière la colline'. Rêve? Vision du futur? De l'autre monde? Avec un final sublime.
Et la guerre? Bien sûr elle est là. Hanotte donne à ressentir sa réalité quotidienne, son horreur, sa tragédie, son inanité.

"Aussi abrupte qu'inattendue, fruit d'un authentique escamotage politique, la fin de la guerre n'avait pas eu l'air vraie. Quiconque l'avait vécue au quotidien ne pouvait comprendre qu'après avoir broyé des millions d'hommes et défiguré des provinces entières, une mécanique en apparence inexorable pût s'arrêter ainsi, d'un coup, sans autre forme de procès, par décision d'arbitres dont personne n'avait jamais aperçu les hauts-de-forme sur aucun champ de bataille."

Des avis chez babelio,

Toujours le mois belge

jeudi 4 avril 2019

Une maison parmi les arbres

Une maison parmi les arbres
Julia glass
Gallmeister, 2018
Traduit par Josette Chicheportiche

Dès que ce titre est apparu sur les blogs, j'ai su que je voulais le lire, l'auteur étant une de mes chouchous, que je suis les yeux fermés. Comme l'écrivait sur son blog Mrs Pepys, "Qu’il est plaisant de se plonger dans un roman où la préoccupation première n’est pas une intrigue menée tambour battant avec une avalanche de péripéties ! "

Oui, c'est exactement cela. On prend le roman, on le laisse, un peu à regret, puis on retrouve avec plaisir les personnages. Morty Lear, auteur-illustrateur de livres pour enfants et adolescents, décède accidentellement, laissant dans l'embarras sa gouvernante/ dame de compagnie/ secrétaire Tomasina (Tommy) Daulair. Celle-ci a mis complètement de côté sa vie personnelle pour se consacrer à l'auteur. Arrivent Nicholas Green, célèbre acteur devant jouer le rôle de Morty Lear dans un film et découvrant qu'il ne rencontrera pas l'auteur, interviennent Meredith, directrice d'un musée et espérant exposer les dessins de Morty Lear, Dani le frère de Tomasina, et puis et puis, découvertes sur le passé de Morty Lear, apportant des révélations qu'il faudra digérer. Par ailleurs on constate des ressemblances dans le passé et le présent familial de quelques personnages, expliquant sans doute une certaine empathie entre eux.

Bref, du suspense quand même, une narration bien menée, pas de longueurs.

Les avis de Mrs Pepys, Cathulu, Aifelle, Saxaoul, Delphine,

lundi 1 avril 2019

Traversée intime de l'Afrique de l'ouest

Traversée intime de l'Afrique de l'ouest
Marie Jadoul et François Genot
Weyrich, 2018


Sur les listes proposées par Babelio, je coche peu et uniquement ce qui m'intéresse. La dernière fois, j'ai coché un livre sur les bienfaits de la sieste (puis décoché parce que j'en suis une adepte convaincue), sur les maisons de retraite (on aime se faire du mal) et ce dernier, avec ce couple belge (il y a a eu des coins où mieux valait être belge que français) ayant parcouru 3500 kilomètres à pied à travers Gambie, Sénégal, Guinée, côte d'Ivoire, Burkina, Togo et Bénin. Un bon morceau d'Afrique de l'ouest, donc, que je connais un peu, et il y avait risque que je m'y retrouve trop ou pas assez.

Assez rapidement, j'ai bien accroché! Notre couple raconte au jour le jour, forcément avec des ressemblances, mais les personnes rencontrées changent, les échanges varient, et surtout la narration est entrecoupée de considérations ou données factuelles sur la politique, la société, etc. C'est à la fois très vivant et enrichissant pour le lecteur, après l'avoir été pour ce couple, à 99% ravi de ses rencontres et des regards échangés. Le 1% c'est une ou deux rares demandes de bakchich ou refus d'un chef de village de les accueillir, alors que partout ils ont suscité enthousiasme et ouverture (ce qui ne m'étonne pas, l'Afrique de l'ouest c'est comme cela).

On en apprend sur la Gambie, pays dictatorial et anglophone, inséré dans le Sénégal, puis évocation des tentatives de passer en Europe, des problèmes des ONG, discussions sur la polygamie et l'excision, les séjours de rupture pour jeunes français, le découpage géographique de l'époque coloniale et ses conséquences, le rapport au temps.

Ce livre n'est donc pas juste un compte rendu autocentré sur les beautés du paysage et les petites maladies, mais l'histoire de réels pas vers les autres (et une aventure de couple aussi).

Je vais l'insérer dans le mois belge.

jeudi 28 mars 2019

Le cartographe des Indes boréales

Le cartographe des Indes boréales
Olivier Truc
Métailié, 2019






Cette fois Olivier Truc délaisse ses polars chez les samis, et propose un gros roman d'aventures courant tout le long du 17ème siècle. Ah quelle époque sympathique! Si tu es pauvre, tu crèves de faim, tu es sous le joug des puissants, si tu es riche tu dois te méfier aussi. De l'inquisition espagnole et ses tortures inventives aux pasteurs luthériens suédois qui ne rigolent pas pour contrer le catholicisme et le paganisme sans cracher sur des méthodes cruelles et expéditives, on n'est jamais tranquille pour penser. Fanatisme religieux, conversions forcées, procès en sorcellerie, emprisonnements, compromissions,  coups fourrés, ah de nos jours c'est mieux, non? (euh pas forcément, ah bon)

Il faut un héros, que l'on suit sur des décennies, avec parfois des ellipses que l'on apprend à  remplir. Pas besoin de trop connaître l'historie suédoise, des détails suffisants éclairent le lecteur. Izko, fils d'un chasseur de baleine basque, rêve de suivre les traces de son père jusqu'au Spitzberg, mais il deviendra cartographe (et un poil espion). Le voilà donc fréquentant (un peu) la reine Christine et plongeant dans le grand nord suédois où les lapons (samis de nos jours) tâchent de survivre en évitant les suédois désireux de les convertir/coloniser/spolier de leurs terres. Izko apprendra à un peu les connaître.

Inutile de tout raconter, c'est le genre qui veut qu'il se passe toujours quelque chose! Izko semble ne pas toujours avoir la main sur son destin, en dépit de ses efforts. 600 pages d'aventures et de voyages.

L'avis de viduité, Yv,

Merci à l'éditrice! L'auteur sera au festival Quai des polars.

lundi 25 mars 2019

Kiosque

Kiosque
Jean Rouaud
Grasset, 2019



Un auteur inconnu (jusqu'ici), un éditeur pas souvent choisi, mais quel plaisir qu'après des décennies de vie de lectrice et une décennie de blog j'aie encore des surprises! Et ce coup-ci, une bonne. Encore une fois, on n'est pas dans le roman, mais dans l'évocation vagabonde des années 80 vécues par Jean Rouaud, qui ayant quitté sa région d'origine, s'en fut à Paris, où, à défaut que les éditeurs lui déroulent le tapis rouge (notre homme veut devenir écrivain!) dût bien manger, et après une petite librairie (qui n'existe plus) devant Beaubourg, tint un kiosque (disparu aussi) dans le 19ème arrondissement.

Si le paragraphe précédent ne vous a pas perdu, vous êtes prêt à affronter la prose de Jean Rouaud, meilleure bien sûr dans le vocabulaire, l'ironie et l'intérêt! Des personnages hauts en couleur fréquentent son kiosque, pas forcément pour acheter des journaux d'ailleurs; son collègue patron, P.  est une vraie figure. Tout part d'ailleurs d'un article sur lui dans un journal...

Pieds noirs, boat people, juifs survivants de la tempête des années 30-40, yougoslaves avant la guerre, tous sont là : "Ce sont les gens qui parlent le mieux d'eux-mêmes".
"Saint-Eustache et Beaubourg sont construits en miroirs." Le livre fourmille de ces idées auxquelles on n'avait pas pensé. Les grandes discussions autour de la pyramide du Louvre paraissent si loin, aussi.
Et puis vers la fin, s'explique peut-être la genèse de son destin de kiosquier, puis d'écrivain?

Beaucoup aimé, c'est vif, drôle et émouvant.

Un passage parmi de nombreux que j'aurais pu citer
"Nous avions bien remarqué que les journaux de Zagreb et Belgrade n'usaient pas des mêmes caractères, latins pour les uns, cyrilliques pour les autres, mais ils avaient en commun d'avoir un papier de mauvaise qualité, une impression baveuse et des photos d'un pointillisme gris sale sur lequel on avait toujours du mal à distinguer l'activiste pro-serbe se jetant sur l'archiduc à Sarajevo ou n'était-ce pas plutôt un usager tendant son billet au contrôleur avant de monter dans le bus, ce qui nous renforçait dans l'idée convenue de la médiocrité de toute production venant de l'Est, hormis les Choeurs de l'Armée rouge et les nageuses est-allemandes."

jeudi 21 mars 2019

Eleanor Oliphant is completely fine

Eleanor Oliphant is completely fine
Gail Honeyman
Harper Collins, 2018
Existe en français et en poche!




A la fin du roman, son auteur précise qu'ayant lu un article sur la solitude, avec l'interview d’une jeune femme racontant qu’elle ne parlait à personne de tout le week end, l'idée lui est venue d'imaginer une héroïne vivant ces circonstances.
Et puis j'ai eu en tête une chanson avec des solitaires et aussi une Eleanor. Curieux, non?
"All the lonely people
Where do they all come from?
All the lonely people
Where do they all belong?"
(ceux qui ne connaissent pas Eleanor Rigby ratent quelque chose!)



Bref, et Eleanor Oliphant? Elle travaille dans un bureau, et tous les mercredi soir mène une conversation téléphonique avec sa mère (et ça fait parfois froid dans le dos). Le week end c'est pizza et vodka. Elle parle avec sa plante. Jamais de visites, sauf employés relevant un compteur ou alors un service social.
Ses collègues la trouvent bizarre. Il faut dire qu'il lui manque quelques 'codes' et que son humour est plutôt involontaire. Mais ses réflexions sur son environnement sont souvent fort sensées.
Non, Eleanor Oliphant ne va pas très bien.

Petti à petit des détails s'insinuent, le lecteur se pose des questions. Pourquoi Eleanor vit-elle ainsi? Que s'est-il passé? Sa carapace va-t-elle se fissurer, et si oui, comment l'auteur va-t-elle le montrer? Ma réponse : avec talent!

Pas besoin d'en dire plus, à vous de découvrir, après moult billets de tentatrices, ce chouette roman qui peut vous bousculer. Mais qui réussit à être drôle! Je l'ai dévoré en VO, puisque les biblis ne proposaient rien d'autre!

Et il paraît qu'il y aura un film!

lundi 18 mars 2019

La vie secrète des animaux

La vie secrète des animaux
Amour, deuil, compassion
un monde caché s'ouvre à nous
Peter Wohlleben
Les Arènes, 2018


Après La vie secrète des arbres (lu mais pas chroniqué), le forestier allemand le plus connu actuellement récidive avec les animaux, et, disons-le, pour notre plus grand plaisir. Il s'appuie sur une grands liste (bibliographie à la fin) de documents, qu'il a lus et disséqués pour nous, présentant ainsi plein de données sur différentes bestioles, parfois peu ragoûtantes, mais qu'il réussit à nous faire sinon aimer mais comprendre (la tique, franchement...). Hé oui, le hérisson est plein de mignonnitude, mais ce n'est pas le cas de tous.

Il a recours pour ses assertions et ses questionnements à des anecdotes tirées de sa vie personnelle avec les animaux sauvages de ses forêts, ainsi que de ses chevaux, chèvres, chiens et chats.

En résumé : plaisant à lire, instructif, donnant une autre vision des animaux (si on ne l'avait pas déjà!) et menant à s'interroger sur leurs facultés bien réelles et notre attitude à leur égard.

L'horloge de la nature
Prévoir le temps, comprendre les saisons, les animaux et les plantes
Peter Wohlleben
Le fil vert, Macro, 2017
Traduit par Laurent Palet

Pourquoi s'en priver? J'ai continué avec ce titre plus généraliste, et j'adore ces bouquins proposant en deuxième titre un catalogue des thèmes abordés.
Finalement, existent très peu de répétitions par rapport au livre précédent, on est plus dans les Sciences de la vie et de la terre, avec la météorologie, l'astronomie, les saisons, le changement climatique, différentes bestioles, et des conseils pour le jardin, et redécouvrir qu'on peut mieux observer la nature et ce faisant en apprendre pas mal.

Tout public, y compris jeunesse intéressée, à partir de 12/15 ans?!

jeudi 14 mars 2019

Le voyage du canapé-lit

Le voyage du canapé-lit
Pierre Jourde
Gallimard, 2018


Cela va finir par se savoir : j'aime beaucoup l'auteur, enfin, heu, ses livres, seule rencontre à l'heure actuelle. Après Le Maréchal absolu    Pays perdu   La première pierre   Winter is coming, ces trois derniers évoquant des épisodes de sa vie, genre que d'ordinaire je fuis, voici une histoire de canapé-lit; mais son talent doit être incontournable puisque même sur la maladie (et le décès) de son fils, j'ai dévoré le texte.

Cette fois, à une époque non précisée, Jourde faisant fi de la chronologie et mélangeant allègrement passé, présent et même futur, ainsi que la géographie, peu importe,  sa grand-mère maternelle est décédée, une grand-mère affreuse en particulier à l'égard de sa fille, la mère de l'auteur (vous suivez?), et le voilà, accompagné de son frère Bernard et son épouse Martine, à transbahuter un canapé vieillot jusqu'à la demeure familiale au fin fond de l'Auvergne.

Cette équipée permet de découvrir le trajet en France profonde (respect à la France profonde, hein!), des dialogues fous (inventés, mais psychanalysants parfois, il y a de la névrose familiale dixit la quatrième)(de toute façon, il y a déjà le canapé) et des voyages jourdesques, avec ou sans Bernard, dont ils s'est tiré vivant, mais après moult péripéties.

Avouons-le, parfois les blagues sont scato, Jourde raconte sa vie, mais fichtre je me suis bien amusée. Et j'en avais besoin. Je sais, ce n'est pas franchement un compte-rendu objectif mais tant pis. De toute façon Jourde a déjà désamorcé les critiques qu'on pouvait lui faire, alors...

Intervention d'un lecteur déçu de trouver tels passages sous la couverture blanche de Gallimard (mais où-va-t-on, quoi!)
"-Je revenais faire un tour, mais je vois que ça ne s'est pas arrangé, je vais revendre ce bouquin chez Gibert fissa, fait le lecteur.
-C'était qui? turlute Martine.
-Notre lecteur. Il s'en va.
- C'est le seul?
- J'en sais rien.
- Mais si personne ne nous lit, on va continuer à exister?
- Un livre existe sans lecteur.
- Tu es sûr?"

Page 170 allusion aux lecteurs de Chevillard, un pote de Jourde, d'où

Détartre et désinfecte
Eric Chevillard
Fata Morgana, 2017


De courts textes qui m'ont intéressée de façon inégale (désolée). La soupe et La chaise sont excellents, Nets progrès, génial (pour moi ça parle d'un chat, donc) et Rapport parlementaire, original et parlant, cause animale et extinction des espèces.

lundi 11 mars 2019

Oyana

Oyana
Eric Plamondon
Quidam, 2019




Quels rapports entre les Basques et les Québecois? (vous avez quatre heures)
Eléments de réponse : les baleines (chasseurs basques partis vers Terre Neuve et baleines au Saint Laurent) et la lutte pour l'indépendance (et la langue?). Et Oyana, mais là c'est le roman.

Depuis plus de 20 ans Oyana vit au Québec, partageant la vie de Xavier. Elle s'apprête à partir pour la France, retrouver le pays basque qu’elle a quitté dans des circonstances dramatiques. Le déclencheur? L'annonce le 3 mai 2018 que l'ETA a décidé de se dissoudre, 'la lutte est terminée', 'les armes et la violence ne sont plus une solution.'

Oyana se remémore sa vie, celle des ses parents, de son pays. Comme pour Taqawan, Eric Plamondon use d'un récit éclaté, nerveux, efficace. Du suspense, des retournements, des révélations, assez pour maintenir l'intérêt. Une héroïne écorchée, dans la douleur.

Merci à l'éditeur et à sa confiance. Toujours de superbes couvertures de Hugues Vollant.

Les avis de mots pour mots,

jeudi 7 mars 2019

Cachée sous mon turban

Cachée sous mon turban
Nadia Ghulam avec Agnès Rotger
L'archipel, 2019
Traduit (du catalan) par Martine Desoile




Forcément j'ai été attirée par le thème et l'occasion d'en savoir plus sur le pays. Née en 1985 à Kaboul, Nadia raconte son enfance auprès de ses parents, son frère aîné et ses petites sœurs. La guerre les oblige à fuir de maison en cave, tentant de se protéger des bombes. Un jour elle est gravement blessée, puis soignée et opérée dans ce qui sert d'hôpital. Son père ne peut travailler, son frère a disparu, alors elle  endosse son identité et à partir de 11 ans, comme bien des gamins, effectue toutes sortes de petits boulots, particulièrement dans les fermes autour de la ville.
Durant dix ans environ, elle est 'cachée sous mon turban', tremblant d'être découverte, rêvant d'aller à l'école (y parvenant); repérée par une association, elle raconte ses expériences et part en Espagne pour être vraiment opérée.

Je raconte les grandes lignes; bien sûr ce genre de livre ne vaut pas pour ses qualités littéraires (quoique ce soit bien fait, en courts chapitres), mais s'est révélé passionnant. Nadia ne cherche pas à être plainte, c'est une gamine déterminée et courageuse. J'ai particulièrement aimé de comprendre de l'intérieur la vie des gens durant une bonne quinzaine d'années à Kaboul (pour ce que j'en sais, ce n'est pas le top encore maintenant) et particulièrement la vie des jeunes en général.

Une video

Merci à l'éditeur (Mylène P) et Patricia de LP Conseils

lundi 4 mars 2019

Oiseau de malheur

Oiseau de malheur
Linnunaivot
Johanna Sinisalo
Actes sud, 2011
traduit par Paula et Christian Nabais



Cet oiseau serait-il le perroquet kéa, malin et adaptable? Deux randonneurs finlandais, Heidi et Jyrki pourraient se le demander, au cours d'une randonnée en Tasmanie. Ces deux là ne se connaissaient guère auparavant; Jirki est efficace et aguerri, a tendance à allonger les étapes ("allez, que douze kilomètres, on les fait!"), et est un quasi maniaque du respect de la nature (zéro déchet sur place). Elle est plus petite, moins costaud, mais déterminée, surtout qu’elle a des comptes à régler avec un père riche et étouffant. Drôle de couple, leurs narrations alternent en courts chapitres, lui la nomme 'elle', elle l’appelle Jirky.

Après un décrassage en Australie et nouvelle-Zélande, les voilà sur le South Coast Track dans le sud de la Tasmanie, et là ce n'est pas pour les mauviettes! Le lecteur confortablement installé les suit dans les kilomètres de grimpées et descentes, sous le soleil, la pluie, dans les broussailles et la boue. Pas mon truc, mais j'ai été passionnée. Et puis Jirky en connaît un rayon en écologie.

En même temps, sont proposés des extraits d'Au coeur des ténèbres de Conrad, et les 'exploits' d'un type plutôt nuisible (le frère de Heidi?), des objets disparaissent et réapparaissent (coupable, un kéa?), par exemple un briquet orange, mais le roman m'a absolument passionnée sans recours à ces trucs là.

"La nouvelle-Zélande était une carte postale bluffante et sans fin, comme si un designer italien à la mode avait élaboré des paysages sur ordinateur en jouant à fond sur le côté esthétique. Ici, tout est primitif, rugueux, d’une beauté si différente de tout ce que j'ai pu connaître qu'il est difficile d'employer ce terme au premier abord. La côte sud de la Tasmanie est belle à la manière d'un coteau rocheux en Laponie, je dirais. Elle n'a rien d'attrayant, ni d'aguichant, c'est un paysage conscient de sa propre valeur qui n'a besoin de plaire à personne, qui peut se permettre d'être revêche. Comme une star masculine de Hollywood sur le retour, un paulnewman, un clinteastwood, avec tant de strates imprimées sur ses traits par le temps que personne ne pourrait désormais qualifier son visage de beau, encore moins de gracieux, mais dont l'indéniable charisme viril coupe le souffle."
Perroquet kéa
Un lien vers le South Coast track (avec photos) (et c'est bluffant!)

Les avis de Mark et Marcel,

jeudi 28 février 2019

Le blues du boxeur

Le blues du boxeur
Michael Enggaard
Gaïa, 2018
Traduit par Susanne Juul et Bernard Saint Bonnet


Un p'tit roman sympa, à ce que la quatrième de couverture laissait présager, pas LE roman du siècle, mais l'occasion de se faire du bien avec une histoire?

Dès le départ, l'humour plutôt fin m'a attirée, et vogue la galère!

Frank et Ellen ont la quarantaine mais ne se connaissent pas (encore). Ancien boxeur ayant raccroché en dépit d'un début prometteur, Frank s'occupe avec un ami d'un atelier de carrosserie.
"En amour, c'est comme dans la boxe. Si tu ne te décides pas, tu te mets à douter. Alors, tu penses à d'autres femmes, et en boxe tu commences à avoir peur qu'on te fasse mal. Tout part en vrille."

Ellen est infirmière à domicile, le père de Frank a besoin de soins suite à une accident de travail, on devine la suite!
"Ellen s'efforçait de voir l'humain et non pas sa seule enveloppe corporelle. Pour cette raison elle se savait bonne infirmière."

Frank, son père et Ellen ont des problèmes cachés ou oubliés,  au fil du temps on les découvre, ces problèmes ont des conséquences sur le présent, il va falloir un jour nettoyer les plaies, non?

Beaucoup aimé. Personnages sympathiques, bon rythme. Comme bien souvent, c'est le style qui fait qu'on s'attache à l'histoire.

L'avis très positif de cunéipage.

lundi 25 février 2019

Comment on devient bon en maths

Comment on devient bon en maths
Une aventure de Kropst le rusé
Emmanuel Arnaud
Métailié, 2019



Le mot mathématiques vous donne des boutons? Un prof sadique vous a dégoûté? Les choses se sont gâtées avec Pythagore ou les x, y, z  à trop haute dose? Ne craignez rien, ce roman n'a pas pour objectif de vous faire changer d'avis, mais de vous prouver que même les balèzes en maths ont des faiblesses.

Tenez, Laurent Kropst, celui qui dans Le théorème de Kropst a passé le cap de maths sup à Louis Le Grand, le voici en maths spé. Objectif : passer les concours de fin d'année et intégrer de prestigieuses écoles. Mais la concurrence est rude, les redoublants assez primates, les professeurs parfois spéciaux, et les mathématiques demeurent les mathématiques, même à ce niveau.

Après quelques résultats ressentis comme minables, il s'interroge et revoit son passé de 'bon en maths'; mais rétif aux tables de multiplication, à l'école, si vous voulez tout savoir. Alors, a-t-il un talent, un don? Et qu'est-ce? Va-t-il se vautrer douloureusement toute l'année?

En plus de belles explorations dans un cerveau qui fait des maths, ce roman se termine avec des allures de thriller, avec Kropst passant les concours de l'X et de l'ENS. Sera-t-il reçu?
Avec Cédric Villani en guest star.
Je précise qu'il n'y a pas besoin de comprendre les maths de classes prépa pour lire ce roman, drôle et bien écrit.

"Les mathématiques sont objectives, tout en n'étant jamais complètement des recettes de cuisine, à quelque niveau qu'on les étudie. Sans compter qu'elles sont universelles, ce qui donne un certain ensemble de concurrents à qui se comparer."

Lecture hautement recommandable, même si (et surtout si) vous avez toujours été une brêle en maths. Recommandée aussi par Cunéipage.

Merci à l'éditeur et Amrita S. pour ce roman jouissif. (OK, j'avoue, j'adore les maths)(même si j'ai commencé à pas mal ramer en maîtrise et me suis prudemment arrêtée)

Tiens, ça pourrait aller dans le challenge de Philippe!

jeudi 21 février 2019

Tag et Remèdes littéraires

J'ai aperçu pour la première fois ce questionnaire chez electra, ensuite ce tag a été repris par plusieurs, Karine signalant que ce questionnaire vient de Remèdes littéraires, Se soigner par les livres, de Ella Berthoud et Susans Elderkin. Mais c'est Hop sous la couette qui a lancé l'affaire!
Figurez-vous que je possède ce livre, jamais présenté bien sûr, par flemme, et voilà mes réponses, pas bien originales.

Lors d'un déménagement de mes bouquins, avec l'aide de Squatty, tout petiot à l'époque
Quelles sont donc les Maladies de la lecture?

Refus d'abandonner à la moitié ou, inversement, Tendance à abandonner à la moitié.

Je suis entre les deux. 
La vie est trop courte, alors si ça n'accroche pas, j'abandonne, y compris de l'excellent (j'ai abandonné L'idiot page 400 sur 700 alors qu'enfin je connaissais tous les premiers et deuxièmes prénoms, les noms et les titres ou grades des personnages...). J'ai abandonné Ulysse de Joyce (peut-être pondrai-je un billet déçu et ravageur). 
Mais pour certains livres plus lents, je sais que je dois persévérer, ils me le rendront bien. Parfois c'est à la deuxième tentative que la rencontre se fait.

Etre un acheteur de livres compulsif

Je le fus, pour le plus grand bonheur des vendeurs de livres; je me contente d'Emmaüs (petits prix) ou des salons (les rencontres, c'est un plus). Sinon : vivent les biblis, on emprunte, on lit -ou pas- on ramène.

Amnésie associée à la lecture

Enfin les blogs existèrent!!! J'ai tenu une liste de mes lectures depuis 2007, donc avant blog, ensuite découvert Goodreads où je note toutes mes lectures.

Etre rebuté par le tapage médiatique

Je pourrais établir une longue liste de romans dont je pourrais parler en détail sans les avoir lus. Ou qui furent tellement encensés qu'ils m'ont forcément déçue. Depuis : prudence, patience! S'ils sont si bons, ils le resteront plus tard. Quand aux bandeaux, ils ont tendance à me faire fuir!

Peur de commencer

Piocher au hasard, pour voir; si ça se passe bien, reprendre au début, et bonne lecture. Cela m'arrive pour les livres 'intimidants'.

Incapacité à se concentrer

J'ai besoin d'un certain calme, sans trop d'obligations extérieures. Savoir qu'on a le temps.

Lecture associée à la culpabilité

Heu non, jamais de culpabilité! Lire est vital.

Comment votre bibliothèque peut se dégarnir si vous prêtez vos livres

Ah le problème des livres prêtés et jamais rendus... Je ne prête plus qu'à des gens sérieux, ou alors, après tout, ça en fait moins sur les étagères, merci de m'aider à en avoir moins à la maison. Niark.

Peur de finir

Le conseil : relire, lire autour, voir le film, etc. Dans ce cas, je cherche à lire les autres livres de l'auteur, mais parfois hélas ce n'est pas possible!

Etre rebuté par un gros volume

Les auteurs proposent carrément de diviser le livre en morceaux, mais physiquement!!! Puis de laisser s'envoler les pages.
Plus sérieusement, j'attaque les pavés sans crainte, parfois il faut gérer la lecture, par exemple Les essais ou A la recherche du temps perdu, on ne va pas se lire tout d'un coup, non? Mais 4321  de Paul Auster, pas de souci, ça avance bien.

Honte associée à la lecture

Le conseil est de passer à la liseuse.
Mais fi! J'avoue avoir dévoré des Harlequin (maintenant ça ne passe plus) et je me moque pas mal des témoins. De toute façon, déjà, lire en public fait de vous un être étrange...

Incertain de l'identité de vos livres

Se baser sur nos favoris pour trouver quoi lire : bonne idée, en cas de panne de lecture!

Envie de paraître lettré

Suivent dix livres pour le paraître, oui, seulement dix. Dont Les liaisons dangereuses, Madame Bovary, La princesse de Clèves, Cyrano de Bergerac, La nuit, le jour et toutes les autres nuits, Uranus, Le feu follet, Jérôme et Les fruits du Congo.
Après, on fait ce qu'on veut.

Tendance à lire plutôt que vivre ou inversement Tendance à vivre plutôt que lire

"Lisez pour vivre, ne vivez pas pour lire"
Mais vivre sans lire, quelle horreur!

Avoir un partenaire qui ne lit pas

Pas facile, mais mettez-vous à sa place! Patience, il faut trouver ce qui peut l'accrocher?

Etre accro à la SF ou, inversement, Peur de la SF

Je rappelle que SF ne signifie pas forcément extraterrestres à tentacules fluo, vaisseaux spatiaux bourrés de technologie (et tombant en panne, c'est plus marrant) et guerres intergalactiques. Cela peut se dérouler sur Terre, avec que des humains, mais un petit décalage ... à découvrir, pour réfléchir! Vous l'aurez compris, j'en lis et j'aime.

Solitude induite par la lecture

Se joindre à un groupe de lecture?

Submergé par le nombre de livres dans le monde

Vous n'avez pas encore compris que vous ne pourrez JAMAIS tout lire?
Hé oui! Ma recette : lire ce qui me plait sur le moment, du bon si possible.

Submergé par le nombre de livres chez soi

Bon, passons sur ce sujet sensible. Apprenez à donner! Ou prêter, parfois ça revient au même...

Tendance à survoler

Soit le livre est mauvais, soit il faut se restreindre à peu de pages à la fois. C'est un peu mon problème...

Etre absorbé par les tâches ménagères

Mouahaha! Lire est plus important!

Incapacité à trouver un de vos livres

Aucun souci pour moi, c'est rangé, par ordre alphabétique ou genre, et j'ai une mémoire visuelle.
Cependant depuis les travaux dans la maison, je m'interroge, que sont devenues les deux poche de Dorothy Johnson et Herman Hesse? Je suis absolument certaine de ne les avoir ni prêtés ni donnés!

Ne pas savoir quels livres emporter en vacances (et pour moi, plus généralement, ne pas savoir lequel prendre même pour un court trajet)

En fait j'opère une pré sélection avant, place les livres dans le sac ou valise ... et juste avant de quitter la maison, ah mais non, ah mais oui, je change!

Trop grande vénération pour les livres

Désolée, mais les livres qui nous appartiennent pas, on ne doit pas les abîmer! Sauf accident bien sûr. Les usagers de bibli qui gribouillent, corrigent les fautes, cornent les pages, laissent des miettes, etc. : non!
Si le livre m'appartient, même si je suis fan de marque-page, je deviens moins stricte. je possède même un livre très très voyageur dont j'adore les cicatrices : il a vécu!

Et voici le livre d'origine
Remèdes littéraires
Se soigner par les livres
The novel cure, An A-Zof luterary remediei
Ella Berthoud et Susan Elderkin
Avec la collaboration d'Alexandre Fillon
JC Lattès, 2015
Traduit par Philippe Babo et Pascal Dupont



Bibliothérapie? Il y a belle lurette que je sais que les livres font du bien, mais je doute que tel titre va guérir tel mal précis. L'important est de lire ce qu'on veut. Mais ce livre présente de façon vivante plein de livres à découvrir ou redécouvrir (gare pour la LAL!) et demeure fort plaisant.
Parler des maladies de la lecture est finalement une façon sympathique de présenter cet ouvrage, dont découvrir les chroniques et les idées lecture s'avère utile. De plus c'est original et bourré d'humour, y compris dans les entrées, telles Avoir la grippe quand on est un homme, Blues de l'anniversaire ou Avoir une tache sur sa cravate.