lundi 15 juillet 2019

Jane and Prudence (et les autres) : toujours Pym!

Jane and Prudence
Barbara Pym
Virago Press
Paru en 1953


Poursuivant ma lecture/relecture de Barbara Pym, mais en VO pour donner du piquant à la recherche de ses romans (sans passer par A*), voici donc Jane and Prudence.

Elles sont amies, mais vraiment fort différentes. Jane est l'épouse d'un 'vicar' fraîchement nommé dans une paroisse campagnarde, elle se sent vraiment peu compétente en tant que femme d'ecclésiastique et comme femme d'intérieur tout court, heureusement son époux est compréhensif et elle est secondée (voire remplacée) par sa fille de 18 ans et une femme du village.

Prudence est célibataire et approche de la trentaine, autant dire qu'à l'époque ça sentait bien le brûlé! Élégante, londonienne, travaillant dans un bureau, vaguement amoureuse de son patron. Mais Jane se met en tête de jouer les marieuses (Emma Woodhouse n'est pas loin) et lui présente un veuf du village.

Comme d'habitude avec Barbara Pym, il n'y a rien à enlever, les dialogues sont vifs, les sous-entendus subtils, les petits détails ont leur importance, les personnages apparemment secondaires peuvent avoir un grand rôle à jouer (ah cette Jessie Morrow) . Le statut matrimonial a une grande importance, il faut croire que début des années 50 une femme se devait d'être mariée (ou plainte).

Crampton Hodnet
Barbara Pym
Virago Press
Paru en 1985 (donc posthume) mais écrit avant 1940

Mais quoi? Deux des personnages principaux se nomment Miss Doggett et sa demoiselle de compagnie Jessie Morrow, comme dans Jane and Prudence. Un binôme qui réside à Oxford, et cette fois Jessie dont l'humour fait mouche partage les événements dont elle est témoin voire actrice.

Miss Doggett accueille sous son toit un bel ecclésiastique; son neveu le professeur Cleveland (pourtant aucun rapport avec Jane Cleveland!) s'imagine tomber amoureux d'une belle étudiante; Anthea, fille du professeur est elle bien amoureuse mais cela durera-t-il? Dans ce petit monde où chacun s'efforce de garder une vie privée, hélas les rencontres inopinées sont inévitables, et ça chuchote beaucoup.

Un roman pymissime à souhait, avec ses ecclésiastiques, ses célibataires, ses professeurs et étudiants. Cela ne donne pas forcément envie au départ, mais le regard de Pym sur ses personnages, les remarques au fil du texte rendent le tout réjouissant.

Les avis de Papillon Dominique - Aifelle

Adam and Cassandra (Civil to strangers)
Barbara Pym
Ecrit en 1936 mais paru en 1987 (posthume)
Lu dans l'édition chez Grafton
Existe en poche (y'a plus qu'à)

Cette fois c'est un couple, Adam et Cassandra, qui occupe le devant de la scène. Mariés depuis 5 ans, ils habitent dans le petit village d'Upcallow, Adam écrit ou plutôt tente d'écrire un roman, chouchouté par Cassandra qui n'est pas dupe de ses caprices. Qui dit petit village chez Barbara Pym dit le pasteur et sa famille (dont une jeune fille, Janie), un aide pasteur (j'ignore comment ça se traduit, en fait) mariable et convoité par Angela Gay, jeune femme encore célibataire (le mariage commence tôt à urger, à l'époque), des femmes respectables aimant propager les nouvelles, et beaucoup de thé consommé!

Jusqu'au jour où s'installe dans le village un étranger, un Hongrois! Quoique poursuivi par Amanda, il s'entiche de Cassandra qui sans être intéressée voit là l'occasion de réveiller un peu Adam.

Ajoutons un couple plus âgé qui va se former et un voyage à Budapest, et voilà un roman absolument charmant et réjouissant de la jeune Barbara Pym. Je recommande pour un premier contact, tiens. On frôle le romantique, c'est dire! Même si l'ironie gentille est toujours présente.

Les avis de Papillon, Titine,

Grâce à Barbara Pym voilà entamé le challenge de Philippe,
site https://www.livrenpoche.com/
civil-to-strangers-e365649.html
Barbara Pym a vu quelques uns de ses manuscrits refusés, elle en a laissé certains de côté, mais mon exemplaire d'Adam et Cassandra est complété par trois courts romans et quatre nouvelles, qui se laissent bien lire!

Gervase and Flora se déroule en Finlande, mais une Finlande parmi des expatriés anglais, garantie d'ambiances à la Pym.
Home front novel est inachevé; pourtant, que de potentiel dans ce roman montrant un petit village avec toujours ses ecclésiastiques, ses célibataires, sa gentry locale, ses rêves amoureux. Tellement de charme!
So very secret rentre dans la catégorie roman d'espionnage (si!) avec Cassandra l'héroïne entraînée sans le vouloir dans une aventure bien mystérieuse. Coïncidences, un poil beaucoup, action, poursuites, ceci pendant la seconde guerre mondiale. Je n'ai pas boudé mon plaisir;
So, some tempetuous morn reprend des personnages de Crampton Hodnet, roman refusé à l'époque. La nouvelle date des années 50.
Goodbye Balkan Capital se déroule en 1941, The Christmas Visit, le titre donne l'idée (mais sans dévoiler l'occasion de découvrir un chat gourmand prenant ses aises)(un chat, quoi) et Across a crowded Room décrit un dîner parmi des universitaires.

En fait, parfois ces textes écrits en 39 et un peu après fourmillent de détails sur la vie anglaise, l'engagement des femmes, les bombardements, l'entraînement aux soins infirmiers, les enfants recueillis, les rideaux noirs, les chaussettes tricotées...

Pour terminer, un entretien à la radio en 1978, où Barbara Pym parle de ses influences, comment travailler avec des anthropologistes lui a donné à 'cultiver une attitude de détachement  envers la vie et les gens', un écrivain pouvant aussi faire du travail de terrain.

jeudi 11 juillet 2019

A la recherche d'Alice Love

A la recherche d'Alice Love
What Alice forgot
Liane Moriarty
Albin Michel, 2019
Traduit par Béatrice Taupeau



Après Le secret du mari, une bonne surprise, j'ai choisi de faire de nouveau confiance à Liane Moriarty pour une lecture pas prise de tête, avec un poil de suspense, des personnages bien vus, un poil d'humour, et une fin pas plombante. Oui, ça fait du bien!

Alice Love se prépare à fêter ses quarante ans, lorsqu'au sport, qu’elle pratique de façon intensive, elle chute sur la tête, et perd la mémoire, se réveillant convaincue d'avoir 29 ans, un premier bébé en gestation, et un mari avec lequel tout baigne. Une Alice pas à cheval sur le régime, pas sportive, pas 100% organisée.
Elle se découvre en train de divorcer, se disputant la garde de trois enfants, super organisatrice, et en froid avec différentes personnes.

Dix ans de sa vie ont disparu, sa famille va l'aider à combler le trou, mais découvrir une nouvelle Alice ne sera pas de tout repos.

Voilà l'idée, après ça tout roule fort bien. Le journal de sa soeur et le blog de sa 'grand-mère' ponctuent l'histoire d'Alice. On n'est pas chez Proust, mais c'est bien ficelé, la narration est bien gérée, quelques exagérations bien sûr, mais ça fait partie du jeu. J'ai beaucoup aimé que la mémoire lui revienne surtout grâce à des odeurs. (je comprends car je fonctionne un peu comme ça)

Las avis de papillon;

lundi 8 juillet 2019

La vérité sur Dix petits nègres

La vérité sur Dix petits nègres
Pierre Bayard
Minuit, 2019


Oui, Pierre Bayard a encore frappé fort! Il ne recule devant rien, Parler des livres qu'on n'a pas lus, ou des lieux où on n'est pas allés, alors après avoir révélé qui a tué Roger Ackroyd, il dévoile comment cela s'est vraiment passé sur la célèbre île du Nègre. Agatha Christie a tout faux ou presque, et Pierre Bayard se fait fort d'utiliser les bons indices pour faire éclater la vérité. Son narrateur/narratrice n'est autre que le/la coupable, qui commence bien sûr par raconter l’histoire telle que narrée par Agatha Christie (note : lire ce roman avant), se lance dans un passage passionnant sur les illusions d'optique*, les biais cognitifs, puis enfin (tadam!) nous embarque dans son explication.

Bien évidemment je marche sur des oeufs, car pas question de trop en dire sur le roman originel, ni sur celui de Pierre Bayard! Lequel n'hésite pas à se citer, par exemple
'selon cet auteur, les personnages ne se contentent pas d'avoir une forme d'existence, ils bénéficient d'une marge de liberté qui les conduit à prendre des décisions différentes de celles que l'auteur avait prises à leur sujet et qu'il croyait sans appel. Cette autonomie d'action, qui implique un certain état de conscience, peut en particulier les inciter à commettre des meurtres à l'insu de leur créateur, alors même que celui-ci a accusé un autre personnage en toute bonne foi.'

*Amusez-vous!
Compter le nombre de passes que fait l'équipe habillée de blanc:
https://www.dailymotion.com/video/xnfymc
puis regardez à nouveau sans compter les passes.

Mon billet sur trois romans détaillés par P Bayard.

Les avis de dominique, A girl (Lecture commune), clara, papillon; alex,

jeudi 4 juillet 2019

Les impatients

Les impatients
Maria Pourchet
Gallimard, 2019



Reine (ex-Nadège?) , après des études menées tambour battant (dont une négociation pour passer en seconde A, la meilleure), HEC, un passage aux Etats-Unis, quitte un bon job, postule pour un autre, fait connaissance d'Elisabeth, sa probable N+1, puis se lance dans sa propre aventure, à base d'algues.
Comment, les algues? N'y aurait-il pas l'influence (niée) d'un certain Marin, beau blond océanographe à l'Ifremer? On s'est perdu, on s'est retrouvé, on s'est reperdu, jusqu'à?

Dans ce tourbillon un pilier, Etienne, l'ami de toujours. Puis Pierre, le compagnon. Et les investisseurs, on parle par demi-millions, là.

"Cette oeuvre de fiction est inspirée de résultats d'enquêtes menées par l'Observatoire des gouvernances et des hauts dirigeants. L'auteure remercie vivement Brigitte Lemercier, sa fondatrice, ainsi que toute son équipe, d'avoir soutenu ce projet, et rendu possible cette transposition dans le champ littéraire de travaux d'ordre sociologique."

Mais même si l'on vit loin de ce monde-là, entreprises, dirigeants aux dents longues, l'on prend un vif plaisir à suivre  Reine (un poil essoufflé! mais on en redemande). L'écriture colle idéalement au sujet, et l'on se délecte des dialogues souvent ciselés, du sens de la formule, de l'ironie caustique. J'avoue avoir aimé les précédents romans de Maria Pourchet et vous invite à la découvrir rapidement!

Les avis de Les livres de Joelle, motspourmots, au fil des livres (et son dialogue avec l'auteur )

lundi 1 juillet 2019

Atlas illustré des lieux inaccessibles

Atlas illustré des lieux inaccessibles
François Thierry
Les Editions de l'Opportun, 2018



Quelle idée originale! Au lieu de faire rêver avec des destinations banales, François Thierry choisit de nous emmener, sans quitter notre fauteuil confortable, parfois au bout du monde, mais pas toujours, puisqu'on y trouve le sud de la France, l'Ecosse, la Grèce, l'Italie... Un seul critère : ça se mérite! Il faut souvent crapahuter sur les pistes, voire terminer à pied, pour atteindre ces coins là. Ou attendre d'hypothétiques liaisons aériennes ou maritimes. Ou carrément se heurter à l'administration ou, pire, des autochtones peu accueillants.
Sachez aussi que la météo ne sera pas toujours topissime. Très (mais vraiment très) froid, chaud (oui, très très).

Allez, on découvre quelques-unes de ces 51 destinations?

Uttoqqortoormiit : sur la côte ouest du Groenland, "le village possède de jolies maisons colorées, des garde-chasses qui se déplacent uniquement en traîneaux à chiens, une faune locale riche (ours polaires, bœufs musqués et lions de mer) et un paysage arctique typique parsemé d'icebergs. La recette idéale pour développer le tourisme."

Longyearbyen (Spitzberg) : "Il est interdit de mourir à Longyearbyen depuis plus de 70 ans. Dans cette ville, le sol en permanence gelé a empêché les derniers corps enterrés de se décomposer. Certains sont encore porteurs de la grippe espagnole de 1917!". On y trouve la réserve mondiale de semences.

Des îles aussi, comme Bouvert (possession norvégienne), au sud de l'Atlantique et recouverte d’une calotte glaciaire. "Une enquête révèle qu'un compte bancaire est ouvert via la Suisse depuis Bouvet alors que celle-ci est inhabitée..."

Maintenant quittez les doudounes, direction le désert de Danakil (Ethiopie). A 125 m en dessous du niveau de la mer.
https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9sert_Danakil
Supaï (Arizona) en bas du grand canyon, très isolé, à 13 km de la route la plus proche, et il faut réserver plus d'un an à l'avance.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Supai_(Arizona)
Bref, au cours de ma lecture, j'ai bien voyagé!

jeudi 27 juin 2019

Ma soeur, serial killeuse

Ma soeur, serial killeuse
My sister, the serial killer
Oyinkan Braithwaite
Delcourt, 2019
Traduit par Christine Barbaste


Un titre pareil, sur le présentoir à la bibli, comment résister, surtout que, cerise sur le gâteau, il s'agit d'un roman nigérian, qui se déroule dans un Lagos moderne et vraisemblable.

Ce qui l'est moins, ce sont ces crimes en série, mais on s'en moque complètement, on tourne les pages, on s'amuse fort, l'humour est bien noir. Des retours en arrière donnent une vision glaçante d'une explication, avec un père de famille détestable et détesté.

Serial killer, paraît-il, ça commence à trois assassinats, alors d'entrée de jeu, la belle Ayoola appartient au club. Comme d'habitude, elle appelle sa grande soeur Korede à la rescousse, pour la débarrasser du cadavre de son petit ami, Femi, cette fois.

Korede est une infirmière compétente, un poil amoureuse du beau médecin Tade, pas très jolie, et depuis toujours protège sa petite soeur, une beauté somptueuse attirant tous les regards masculins.
Un jour Tade rencontre Ayoola, bien sûr Korede devine la possible fin fatale de cette idylle, mais que faire, pas question de dénoncer sa soeur. Suite à découvrir!!! Ainsi que l'ambiance dans l'hôpital où travaille Ayeeba, la mère des deux jeunes femmes et sa préférence pour la cadette, le lien particulier entre elles.

Une lecture que je recommande chaudement, ça décape, ça dépayse! Jubilatoire.

Le début
"Ayoola m'appelle et prononce ces mots que j'avais espéré ne jamais plus entendre: Korede, je l'ai tué."
On tourne la page :
"Je parie que vous ne le saviez pas: l'eau de Javel masque l'odeur du sang."

Les avis de Karine:), Electra,

lundi 24 juin 2019

La journée mondiale de la gentillesse

La journée mondiale de la gentillesse
Jacqueline Daussain
Quadrature, 2018

Un recueil de nouvelles gagné grâce à Anne (et son mois belge!), parvenu chez moi début juin, après quelques inquiétudes, car deux envois d'un autre éditeur manquent à l'appel, après plus de 10 ans de blog, cela n'était jamais arrivé je pense.

22 textes de quatre à six pages en moyenne, mettant en scène des gens ordinaires, sans chutes particulières, des tranches de vie comme j'aime. Une tension supportable, assez pour ne pas lâcher, mais pas trop pour ne fatiguer les nerfs. Je le répète, c'est comme j'aime!

Le lecteur est tout de suite 'en situation', une histoire se déroule, et on laisse les protagonistes à leur vie, c'est bien ainsi. Par exemple les deux amies de La journée de la gentillesse (découvrir ce que c'est!), les parents de Britney-Di (glaçant), et ces père/fils ou mère/fille se découvrant (un peu), et ces divorcés se débrouillant cahin-caha avec leurs enfants.

Les avis de Anne, Philippe,

jeudi 20 juin 2019

Risque zéro

Risque zéro
Olga Lossky
Denoël, 2019


Etes-vous adhérent de Providence? Si non, c'est bien dommage, vous risquez gros. Si oui, Providence veille sur vous, grâce à une puce surveillant en temps réel votre état de santé. Encore quelques décennies, et voilà un monde semblable au notre, où l'on peut circuler mieux, bénéficier d'une médecine sécurisée. Agnès Carmini a cependant choisi d'exercer comme anesthésiste dans un hôpital 'traditionnel' mais un jour une patiente décède, patiente pourtant adhérente de Providence. Victorien, le mari d'Agnès travaille au service multimedia de Providence concevant des jeux promotionnels flirtant au cours du roman avec sa propre réalité.

En lisant ce roman, je pensais qu'il permettrait vraiment bien aux récalcitrants au genre de s'y lancer. L'écriture est fluide, nous sommes au milieu du 21ème siècle, la technologie est franchement très proche de la nôtre, elle l'anticipe et la prolonge un peu seulement pour certains détails.

Des personnages crédibles et intéressants, pas trop de manichéisme, on n'a pas les gentils versus les méchants, c'est plus subtil que cela. Avantages et inconvénients d'un trop de technologie dans nos vies? Victorien et Agnès ne sont pas monolithiques. Le roman propose aussi d'autres façons de vivre, telle celle des grands parents d'Agnès, en autarcie dans une masure creusoise; ou évoque celle - non désirée- dans les townships. J'ai beaucoup apprécié l'idée du lien entre l'histoire et les mondes crées par Victorien.

Les avis de Yv,
A bien y réfléchir, ce serait aussi une bonne lecture pour un ado.

lundi 17 juin 2019

De sang-froid

De sang-froid
In cold blood, 1965
Truman Capote
Gallimard, 1966



Enfin grâce à une lecture commune avec A Girl,  j'ai lu cet In cold blood qui supposons-le avait impressionné The Autist Reading. De la non fiction, d'ailleurs l'auteur remercie les personnes avec lesquelles il s'est entretenu, et des responsables ayant permis la lecture de documents officiels.

Encore une fois, on se demande pourquoi les auteurs de romans policiers se fatiguent à inventer, car la réalité est souvent bien plus palpitante que la fiction, surtout quand c'est Truman Capote qui raconte avec brio. On en ressort lessivé, bourré de questions sur la nature humaine, la psychiatrie et la peine de mort, bref, du lourd.

Dans la première partie, intitulée 'Les derniers à les avoir vus en vie', l'on fait connaissance de la famille Clutter, en tout cas ses quatre membres résidant en permanence dans leur ferme prospère du petit village de Holcomb, Kansas. A savoir Herbert, le père, son épouse Bonnie et leurs plus jeunes enfants, les lycéens, Nancy et Kenyon. Une brave famille américaine classique des années 50, bien intégrée dans son milieu, des gens fort attachants, leurs connaissances le laissent bien voir.

Parallèlement se retrouvent deux jeunes dans la vingtaine s'étant connu en prison, Dick, originaire du Kansas, et Perry, ce dernier rêvant de mener la belle vie au Mexique. Cette nuit du samedi 15 novembre 1959 ils se dirigent vers la demeure des Holcomb.

Deux trajectoires qui vont forcément se rencontrer, on le sait, on le redoute, on se demande pourquoi? Comment? Car dès le départ l'on connaît le sort des quatre Clutter. (et des deux autres). Sans effets de manche, Capote mène sa narration qui met à mal les nerfs du lecteur.

Je ne vais pas tout raconter de l'enquête, l'arrestation (trouver les preuves s'est joué à 5 minutes, si c'était dans un roman on aurait dit 'cet auteur exagère ce n'est pas crédible'), le procès, et même si l'on n'ignore pas même vaguement le déroulement de l'histoire il reste encore à découvrir. Et comme je le disais, on en sort plein d'interrogations.

Un grand livre, à lire absolument!

Les avis de A girl, Agnès, et je découvre LC aussi avec MilouJackie Brown

jeudi 13 juin 2019

Les filles de Hallows Farm

Les filles de Hallows Farm
Land girls
Angela Huth
Quai Voltaire, 1997
Traduit par Christiane Armandet et Anne Bruneau
Il y a eu un film, on n'échappe pas au bandeau...


Pour des périodes de la vraie vie où le stress suffit à apporter sa dose d'adrénaline, je cale devant des lectures où je risquerais un surdosage. Donc, adieu polars, thrillers, romans aux personnages speedés, bref, pas de suspense s'il vous plait. Juste une bonne écriture, une histoire qui se tient et révèle quelques inattendus, des personnages sympathiques dans leur majorité, pas d'immondes secrets de famille, pas de tension insoutenable, j'allais dire : du normal!

Hé bien Alison Lurie faisait ça très bien (mas j'ai terminé), Barbara Pym s'en tire bien aussi, mais récemment j'ai découvert Angela Huth, et grâce à la bibli et Emmaüs (que ferions-nous sans eux?) j'ai pu survivre. Avec ces Filles de Hallows Farm le charme a (encore) opéré.

En Angleterre durant la seconde guerre mondiale les hommes sont pour la plupart à l'armée, et l'agriculture manque de bras. Arrivent à la ferme des Lawrence trois volontaires, Agatha la sérieuse, Prue la plus frivole et Stella la rêveuse.
Admirons comment Angela Huth présente cela
"Ce soir-là, les filles rejoignirent les Lawrence près du feu de bois dans le salon. Mrs Lawrence raccommoda, Prudence revernit ses ongles, Ag se concentra à moitié sur ses mots croisés. Stella resta simplement assise, pensant à Philip."

Le travail est dur, les filles doivent apprendre. Tailler les haies, labourer droit, traire les vaches, nettoyer les moutons et la litière de la truie.

Il va s'en passer des choses, en plus de ce labeur, durant un an! Surtout sur le plan sentimental. Car le fils Lawrence est là.
"Ne pas flirter avec le fils du fermier est la première règle tacite des volontaires agricoles."

En fait cette histoire est racontée alors que 50 ans se sont écoulés, et bien malin qui devinera comment les trois filles ont mené leur barque ensuite...

Les avis de Lecturissime, Kathel, y'ad'la joie (qui parle des volontaires aussi),

lundi 10 juin 2019

Agatha Christie, what else?

C'est le billet de Dominique (nuages et vent) sur La vérité sur Dix petits nègres de Pierre Bayard (livre que j'ai la ferme intention de lire, j'adore l'auteur) qui m'a alertée :

Inutile de relire «  Dix petits nègres «, si votre mémoire est défaillante ! Pierre Bayard nous donne une liste des personnages avec leur identité, et ce qui les a menés sur l’île. Ensuite, il reprend méticuleusement tous les faits !
Il faut aussi avertir le lecteur que Bayard se réfère dans son analyse à deux autres romans d’Agatha Christie,  et en dévoile l’intrigue et la solution ( qu’il semble trouver bonne !)  il s’agit de «  ABC contre Poirot «  et «  les vacances d’Hercule Poirot ( «  Evil under the Sun « ) ; si vous aviez le projet de les lire un jour, faites ces lectures avant d’aborder cet  ouvrage.
J'en ai conclu que j'avais ces trois romans d'Agatha Christie à relire AVANT!

Dix petits nègres
Ten little niggers, 1939, Angleterre
And then there were none, 1940, Etats Unis
Traduit par Louis Postif
Mon exemplaire : Le masque années 80, couverture jaune!


Dix personnes attirées sous divers prétextes sur une île anglaise, dans une demeure privée. Chacun se voit accuser d'avoir un voire plusieurs morts sur la conscience (pour ceux dont la conscience existe, d'ailleurs). L'un après l'autre, ils sont assassinés... La tension monte.

Même en se souvenant vaguement de l'histoire et de la solution, la lecture demeure captivante! Un Agatha Christie sans Hercule Poirot ni Miss Marple, pour des raisons évidentes, et qui demeure un grand classique de l'auteur, à découvrir absolument bien sûr.

ABC contre Poirot
The A.B.C. murders
Traduit par Louis Postif

Un correspondant anonyme prévient Poirot qu'un meurtre sera commis le 21 du mois à Andover. L'initiale de la victime est un A, et un horaire de chemins de fer, un ABC est trouvé sur place. Et ça continue avec B, C, ... Poirot met en action toutes ses petites cellules grises pour déjouer les plans de l'assassin.

Ah c'est un Agatha Christie narré par le capitaine Hastings, avec son côté naïf, bon client, si charmant, qui se révèle être d'utilité à Poirot. Quelques chapitres se concentrent sur un homme, serait-ce le mystérieux ABC? Un procédé moult fois repris depuis par d'autres, histoire de faire monter le suspense, mais ici c'est parfait.

Pour cette relecture, je me souvenais de tout ou presque, y compris du mobile et du nom du coupable! Mais toujours un plaisir. Et je participe au challenge de Philippe



Les vacances d'Hercule Poirot
Evil under the sun
Traduit par Michel Le Houbie

Alors là, je dois avouer que j'avais forcément déjà lu ce roman, mais je n'en avais absolument aucun souvenir. Qui plus est, rien au cours de ma lecture ne m'a donné une impression de 'déjà lu'.

Cette fois Hercule Poirot est en vacances, dans un hôtel chic d'une île du Devon. Il observe les clients et clientes, et patatras, bien sûr, on trouve un cadavre, et Hercule Poirot participe à l'enquête. L'affaire est particulièrement tordue, et l'on a à la fin l'habituel discours de Poirot, accusant tour à tour en gros tout le monde, et de façon convaincante, jusqu'au suivant sur la sellette!

chez Titine et Lou

jeudi 6 juin 2019

La grande tueuse / La grande grippe

La grande tueuse
Comment la grippe espagnole a changé le monde
Pale rider, 2017
Laura Spinney
Albin Michel, 2018


Il faut dire que cette épidémie de grippe dite espagnole (en fait elle ne venait pas d'Espagne) est tombée au mauvais moment pour laisser des traces prégnantes dans les mémoires. En 1918-1920, c'était la fin de la première guerre mondiale, meurtrière on le sait, mais moins, au niveau mondial, que cette terrible tueuse. En fait on ignore précisément combien sont morts.Entre 50 et 100 millions quand même!

Laura Spinney a su parcourir faire le monde à son lecteur pour évoquer cette pandémie, abordant à chaque chapitre un thème, par exemple, A la poursuite du patient zéro, Gare à la basse-cour! ou Les bons samaritains. Ce n'en est que plus passionnant. A l'époque on ignorait l'existence des virus, sans parler d'avoir un vaccin, et on continuait à se presser en foule, bref le virus H1N1 responsable a pu se propager sans gros problèmes. Pourquoi H et N? On l'apprend dans ce livre. Sachez d'ailleurs qu'on a retrouvé la souche sur des corps, après des décennies, et qu'elles sont dans un endroit à très haute sécurité.

Ne craignez pas de lire cette étude, agréable à lire non par le sujet sans doute mais par l'écriture, et qui m'a beaucoup appris.

Effet centenaire après vraiment des décennies d'oubli plus ou moins volontaire? Voici une second livre sur le même thème, les deux présentés à la médiathèque. En plus d'une séance de révision, ça me plaisait d'examiner comment les auteurs ont traité le sujet.

La grande grippe
1918 La pire épidémie du siècle
Freddy Vinet
Vendémiaire, 2018

Sans jouer au jeu des 7 différences, sachez que Laura Spinney est une journaliste scientifique anglaise, alors que Freddy Viney est professeur et a cofondé le master en gestion des catastrophes et des risques naturels.

Forcément les deux s'appuient sur la même documentation, mais en tant que français Freddy Vinet s'intéresse beaucoup aux documents français, qu'ils concernent les civils, à l'arrière, ou les soldats, sur le terrain en France. Il va plus vite à aborder le sujet du patient zéro, objet d'un gros chapitre chez sa consoeur. La situation mondiale est bien sûr étudiée, y compris dans les pays neutres, histoire de ne pas être brouillé par la guerre en cours. Son ouvrage est plus dense (200 pages d'égal intérêt) et j'ai apprécié les tableaux et graphiques en annexe, j'avoue que ça me parle plus.
Par exemple la surmortalité en Norvège, où apparaît clairement celle des tranches 15 à 40 ans (contrairement aux grippes annuelles dont on avait et a l'habitude).
Ou celle par quartiers à Paris, touchant particulièrement les beaux quartiers, mais quand on affine, les décès sont surtout ceux des employés de maison (logés dans les chambres sans chauffage, sous les toits)...

En conclusion : les redites ne m'ont pas gênée, et je me suis passionnée par ces deux ouvrages!


chez Titine et Lou

lundi 3 juin 2019

Rendez-vous avec le mal

Rendez-vous avec le mal
Date with malice
Julia Chapman
Robert Laffont, 2018
Traduit par Dominique Haas et Stéphanie Laigniel



Après Rendez-vous avec le crime, je savais que je retrouverais mes deux enquêteurs du Yorkshire; Samson O'Brien et Delilah Metcalfe, dans ce coin blotti au pied de collines venteuses, neigeuses, embrouillardées selon le moment, où tout le monde sait tout sur tout, où un secret ne peut se garder longtemps, où l'on a bien connu vos grands-parents et toute votre famille (en fait, c'est comme dans ma petite ville, quoi).

Quelques rappels rapides permettent au lecteur découvrant la série de bien s'y caler, et c'est parti pour une nouvelle intrigue. A la résidence de personnes âgées de Fellside Court, il semble que des objets disparaissent et réapparaissent. Alice Shepherd vient se plaindre, mais comme elle ne paraît elle-même pas très sûre des faits, Samson ne poursuit pas l'affaire. En revanche il va s'occuper de la disparition de Ralph, beau bélier reproducteur.
Mais à Fellside court, la situation empire, la peur règne, il faut agir. Une fine équipe de papys mamies va prêter main forte à Samson et Delilah, de toute façon il en va de leur survie!

Un roman policier sans chichis, plaisant à lire, dans une ambiance de "cosy mystery", des héros sympathiques dont on veut suivre l'évolution. Que deviendra Calimero, braque de Weimar? Quels sont ces appels menaçants parvenant à Samson (dont le passé peut resurgir). Il me faut le tome 3 pour, peut-être, le découvrir.

Les avis de manou,

chez Titine et Lou

jeudi 30 mai 2019

Qui a tué l'homme-homard?

Qui a tué l'homme-homard?
J.M. Erre
Buchet-Chastel, 2019



Aaaaah m'exclamai-je en découvrant sur les blogs le nouvel opus de J.M. Erre! Il me le faut! Une occasion de détente intelligente ne se refuse pas.

Pourquoi homme-homard? En 1945 débarqua dans le petit village isolé de Margoujols le cirque de Balthazar Britescu, cirque tendance exhibition de monstres. Après le passage violent dudit Britescu de vie à trépas, les membres du freak show restèrent dans le village, avec parmi eux cet homme-homard, haï de tous ou presque. Et retrouvé assassiné selon le même scénario que Britescu, mais des décennies plus tard...

Débarque la maréchaussée, à savoir l'adjudant Pascalini et son adjoint Babiloune. La narratrice, Julie, la fille du maire, se charge de les aider, mettant son cerveau et ses oreilles à leur service, car Julie est tétraplégique (et dotée d'un sens certain de  l'humour noir, tendance un poil désespérée quand même). Les bouseux se révèlent pas si taiseux que ça, les cadavres se suivent, bref, le suspense grandit.

Mais qui connaît J.M. Erre sait qu'il y aura du pastiche de roman policier, version serial killer (et même serial killeuse (on a son blog), des références littéraires et cinématographiques, bref, il décortique ce qui fait d'ordinaire le sel de ce genre d'histoires; habilement, il dévoile les ficelles, pour mieux s'en moquer gentiment.

Pas de citations, il y en aurait tant... Quel sens de la formule, de la répartie pas toujours politiquement correcte...

Les avis de Sans connivence, clara, cathulu , dasola, Alex,

lundi 27 mai 2019

Le goût de la viande

Le goût de la viande
Gildas Guyot
Editions in8



Donner trop de détails sur le contenu de ce premier roman, ou bien se contenter d'un résumé assez bateau peut avoir comme conséquence d'en écarter injustement quelques lecteurs potentiels. J'ai choisi la seconde option, qui est d'ailleurs plutôt celle de la quatrième de couverture;

Comme bien des jeunes gens de sa génération, Hyacinthe Kergourlé se retrouve dans les tranchées de Verdun, dont il revient manchot (ça c'est pour la conséquence physique). Il retrouve sa famille bretonne, se marie, les années passent. Mais il est toujours hanté par ce qu'il a vécu.

Mais quelle claque ce roman! Que j'ai bien failli abandonner après quelques dizaines de pages... Ce qui m'a accrochée sans discussion, c'est l'écriture, soignée, précise, souvent caustique, maniant à l'occasion la formule efficace. Humour (si!), catégorie : noir. Dérangeant aussi.

Dans les remerciements
"Merci surtout pour ne t'être jamais fait surprendre en train de me regarder du coin de l'oeil d'un air inquiet lorsque ton tour fut venu de me relire."

"Merci à (des 2ditions In8) pour votre ouverture d'esprit et pour votre estomac, à toute épreuve."

Amie lectrice, ami lecteur, je te souhaite de même et bonne lecture. Mais je vous aurai prévenus! Si vous passez les 40 premières pages, même si vous êtes bien secoués, alors vous ferez une découverte.

Les avis de Yv, enthousiaste et qui en dit plus mais pas trop,

jeudi 23 mai 2019

Génération CV

Génération CV
Jonathan Curiel
fayard, 2012

Génération CV raconte les tribulations d'un trentenaire parisien bac + 5 à la recherche d'un emploi. Envoi de CV, bien sûr, suivant petites annonces ou pas, réseau, ex de son école, amis d'amis, il a tout essayé et les chapitres voient se succéder ses entretiens avec 'La RH illuminée, Le fonctionnaire rigide, Le consultant endoctriné", et j'en passe. Avec le risque au bout de quelques mois de devoir jouer les Tanguy chez ses parents.

On peut considérer ce roman comme un catalogue de toutes les rencontres, tous les interlocuteurs et toutes les méthodes possibles et à première vue vous vous dites que ce sera désespéré et plombant. Mais l'auteur a choisi l'humour parfois décalé et vachard, et ce voyage absolument éloigné de ma zone habituelle m'a fort plu. C'est criant de vérité et ça sent le vécu. Clément Vialla, le héros, est lucide sur son CV, justement, et ses chances de trouver le job de rêve (ses rêves sont loin de devoir bosser comme un malade H24, avouons-le, humour assumé).

Le CV 'destroy' proposé page 123 vaut son pesant de cacahuètes.
'une scolarité en école de commerce qui m'a donné les clés nécessaires pour enrayer le bon fonctionnement d'une entreprise'
'vivement intéressé par votre boîte mal gérée'
'convaincu de pouvoir répondre à vos besoins, tout en posant un maximum de RTT et en multipliant les arrêts maladie sans motif'
ceci noyé dans un vrai CV bien ronronnant, et on peut se demander si ça ne passerait pas, car ces CV formatés sont-ils vraiment lus attentivement?

Des avis sur babelio,

lundi 20 mai 2019

Au Yémen avec Théodore Monod

Au Yémen avec Théodore Monod
Carnets d'expédition (1995)
José-Marie Bel
Ginkgo éditeur, 2019
(photo de couverture prise sur le site de l'espace reine de Saba)(une mine!)


Voici encore un envoi surprise de Ginkgo éditeur, qui connaît ma prédilection pour les récits de voyage et expéditions lointaines. De plus connaissant le nom de Théodore Monod sans l’avoir vraiment lu, c'était l'occasion de le suivre sur le terrain, avec son ami José-Marie Bel, spécialiste du Yémen. Ils ont profité d’une petite fenêtre à peu près tranquille pour se rendre là-bas, même si en mai c'est chaud et sec. Théodore Monod est un vieux monsieur (il est né en 1902), l'énergie et la curiosité intellectuelles sont bien là, mais crapahuter sous le soleil avec lui a donné des sueurs froides à son accompagnateur.

La mission était accompagnée de yéménites (sécurité?) et d'une équipe tournant un film documentaire (ce fut Le vieil homme et la fleur). Mais nos deux scientifiques étaient à la recherche d'encensiers et de myrrhiers, entre autres éléments de la flore locale.

Boswellia arbre à encens (ici à Oman)
Par Francesco Bandarin — Ce site est inscrit au Patrimoine Mondial de l'UNESCO sous l'intitulé :Land of Frankincense., CC BY-SA 3.0-igo, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=45805949
Oui, l'encens et la myrrhe, les rois mages, tout cela est millénaire mais risque de disparaître.

Une grande partie du livre reproduit les notes de terrain, avec leur spontanéité, agrémentées de croquis de l'auteur. Ajoutons une interview, des courriers, bref, c'est peut-être disparate, mais forme un ensemble cohérent s'expliquant d'une page à l'autre. J'ai appris à mieux connaître Théodore Monod et à rêver de ce magnifique pays (hélas fermé pour l'instant)

jeudi 16 mai 2019

Les livres de Jakob

Les livres de Jakob
Olga Tokarczuk
Editions noir sur blanc, 2018
Traduit (et bravo!) par Maryla Laurent


Des interlignes confortables permettent de venir à bout sans encombre des 1 000 pages écrites en petits caractères, agrémentées de reproductions de cartes, gravures, pages de livres, portraits.

Et c'est parti pour les décennies de la vie de Jakob Frank, personnage ayant existé, mais comme j'en ignorais tout j'ai lu ce gros bouquin comme une épopée, un roman d'aventures incroyable, se déroulant à une époque où l'empire ottoman couvrait une partie du sud est de l'Europe. De la Pologne à la Turquie, on commerce, on parle diverses langues, on est catholique, ruthène (orthodoxe?), musulman ou juif. Dans les villages glacés et brumeux, tels Rohatyn, en 1752, tout en bas de l'échelle se trouvent les paysans (des serfs) et les juifs. Le prêtre Benedykt Chmielowski consacre sa vie à écrire une encyclopédie, cherchant ses sources chez les nobles et chez Elisha Schorr, commerçant/rabbin.

"Comment ça, le premier Messie? Et le second? Il y en a un second? interroge Stanislaw Kossakowski perplexe.
- Certains disent qu'il devrait y avoir trois Messies. Il y en a déjà eu un, c'était Sabbataï Tsevi? Ensuite il y a eu Kohn."

Bref, apparaît ce Jakob Frank, suivi de moult disciples, persécuté y compris par les autres juifs; aidé parfois par Moliwda (noble polonais) et dont les paroles sont pieusement notées par un certain Nahman. Je passe sur la multitude de noms, variant au cours du livre, après le baptême de certains, mais Olga Tokarczuk rappelle brièvement l'essentiel. La vie de Frank aura des bas, y compris la prison, et des hauts.

J'ai aimé me plonger dans cette ambiance fort bien rendue de la vie des gens de toutes classes à cette époque, et apprécié l'écriture de l'auteur et des perles au détour d'un paragraphe.
"Que se passe-t-il si chacun voit différemment? La couleur verte est-elle perçue différemment par tous? Peut-être que 'vert' n'est qu'un nom dont nous couvrons comme d'une peinture de sensations absolument différentes pour pouvoir communiquer, alors qu'en réalité chacun de nous voit autre chose? Existe-t-il un moyen de vérifier cela? Que se passerait-il si nous ouvrions vraiment les yeux? Si nous apercevions par quelque miracle l'aspect véritable de ce qui nous entoure? Que découvririons-nous?"

Et puis il y a Ienta, elle vit, elle voit tout. Son souvenir persista, ce qui sauva la vie de quelques dizaines de personnes en 1942, à Korolowka...

En fait, comme le rappelle Nathalie, le mieux est de se laisser porter par la narration, sans chercher à tout retenir et (parfois) à tout comprendre. Le plaisir n'en sera que préservé.

Les avis de Mark et Marcel,

Lire le monde chez Sandrine

lundi 13 mai 2019

Slow train

Slow train
30 échappées ferroviaires pour citadins en mal de nature
Juliette Labaronne
Arthaud, 2019




D'accord, je ne suis pas une citadine en mal de nature, en tournant la tête à gauche j'ai une échappée sur le jardin, et à 100 mètres je sais que coule une rivière, en tournant la tête à droite c'est le canal, son chemin de halage, ses hérons, ragondins et canards.

Mais voyager en train, j'adore, et ce livre propose trente circuits ferroviaires à découvrir non pas au bout du monde, mais en France!, classés selon cinémascope -tout est dit- classe éco ou SOS bol d'air. Oubliés le TGV, la voiture, et vivent le train, le vélo et la marche. De courts chapitres présentent le trajet, sa durée, la distance, les correspondances (hé oui le TGV peut être utile pour accéder dans le coin), des conseils pratiques, des sites internet, des infos sur le vélo dans le train, les coins à découvrir, un poil d'histoire de la ligne, sans oublier les découvertes culinaires de la région. Quelques photos font baver d'envie.

L'on constate que souvent la survie de certaines lignes ne tient qu'à des passionnés et acharnés du coin désireux de sauver 'leur' ligne. J'en profite pour râler contre la suppression de certains trains de nuit (qui éviteraient le recours à l'avion) et signale grâce à ce livre un Bordeaux-Marseille moins cher et plus rapide qu'en TGV, puisque bien sûr l'on s'obstine à vouloir nous faire passer par Paris!

J'ai rêvé sur un Paris-Strasbourg permettant de poursuivre vers la Russie par le Moscou Express via Berlin. Et j'ajouterai (pourquoi se gêner?) de continuer plein est par le transsibérien... (train emprunté en 2007, voyage sans appareil photo, hé oui)

Un livre qui donne une envie furieuse d'acheter son billet (quoi, le TER Occitanie à 1 euro?), boucler son sac et filer.

Encore une bonne pioche Babelio.
tous les livres sur Babelio.com

jeudi 9 mai 2019

Orange amère

Orange amère
Commonwealth
Ann Patchett
Actes sud, 2019
Traduit par Hélène Frappat



Pour fuir un dimanche sa maison bruyante, laissant à son épouse Teresa, enceinte, le soin de gérer leurs trois jeunes enfants, Bert Cousins s'incruste dans la fête de baptême de Franny chez les Keating. Il tombe amoureux de Beverly Keating. Deux divorces plus tard, les quatre enfants Cousins et les deux Keating vont de Californie en Virginie au gré des congés scolaires ou d'événements plus tragiques.

Voilà, je n'en dis pas plus, voulant vous réserver le bonheur des surprises, y compris la signification du titre en français. Cette lecture fut un plaisir constant, avec de bons dialogues, des remarques bien frappées au détour d'un paragraphe, des personnages bien campés, et surtout un découpage faisant fi de la chronologie et contribuant au suspense. J'aurais bien aimé  qu’elle dure plus longtemps.

"Vous avez bonne mine, Monsieur Keating", dit-elle.
Les trois étapes de la vie : jeunesse, cinquantaine, et 'Vous avez bonne mine, Monsieur Keating'."

Alertée par quelques billets de blogueuses, j'ai tout de suite su qu'il me le fallait!

Les avis d'AntigoneClara (repéré le même passage!), Cuné, Christelle,

lundi 6 mai 2019

L'explosion de la tortue

L'explosion de la tortue
Eric Chevillard
Minuit, 2019


Le narrateur et Aloïse prennent un mois de vacances au bord de la mer, laissant dans leur salle de bains la petite Phoebe. Las, à leur retour celle-ci décède. Assez d'eau et de nourriture avaient été laissés à disposition de la petite tortue de 5 cm de diamètre, mais personne n'est à l'abri de l'imprévu.

Connaissez-vous l’écrivain Louis-Constantin Novat? Le narrateur se propose de changer cela, en endossant la paternité de ses oeuvres. Sauf qu'à cause d'un certain Malatesta son projet est compromis. Quoique, est-ce bien sûr? Le lecteur n'en tient-il pas la preuve en mains?

Disons-le carrément, ce roman un poil barré mais maîtrisé et brillant est typique de Chevillard.: il ravira les amateurs et déconcertera les autres.

Les avis de Lire au lit, nathalie,

Challenge de Philippe

jeudi 2 mai 2019

Pepita, la femme du traître

Pepita, la femme du traître
Rosario Acosta Nieva et Eric Taladoire
Ginkgo éditeur, 2018



Quand j'ai vu arriver ce livre (merci Ginkgo !!!) je me suis exclamée (pardon Guy Stavridès qui conseilla ce titre) : 'wahou, quel titre, c'est quoi ça?' Cela fleurait bon le roman populaire du 19ème siècle, à l'exotisme débridé et sans complexes.

Un oeil sur la présentation me fit comprendre mon erreur : on est dans le document historique pur et dur, bien documenté et sérieux. Les auteurs sont, respectivement, archéologue et écrivaine, et professeur d'université. Ils se sont penchés sur la vie du maréchal Bazaine et de son épouse mexicaine baptisée à Mexico en 1847 "sous le nom extravagant de Maria Josefa de las Augustias Bonifacia Brigida Federica Pascuala Feliciana de la Santisima Trinidad Pena y Azcarate". Donc, Pepita.

Mon goût pour la non fiction, l'histoire pas trop connue et les récits bien menés s'est trouvé parfaitement en phase avec ce livre. Voyons un peu qui sont ces héros, dont on découvre en prélude un épisode de leur vie absolument rocambolesque et romanesque.

Mais auparavant, voici Bazaine, issu d'un milieu simple et ayant gravi tous les échelons dans l'armée, après une belle carrière en Algérie, Crimée, Italie. Pas hyper sexy, veuf (d'un premier mariage avec déjà une jeune brune de type espagnol), il arrive au Mexique comme commandant en chef des forces françaises dans les années 1860, et tombe amoureux comme un collégien de Pépita, issue d'une bonne famille, bien plus jeune que lui, mais dédaignant des prétendants moins intéressants, même si ses sentiments à l'égard de Bazaine ne font aucun doute.

Oui, mais pourquoi 'traître'? Il faut là en venir à la guerre de 1870 et aux défaites françaises en Lorraine. Accusé, Bazaine demande un procès, à la suite duquel il se retrouve emprisonné, d'où une évasion incroyable ... Et finalement le titre est fort bien trouvé, puisqu'il reprend une expression d'un journal de l'époque. (Quelle époque!)

Encore une fois, la réalité fournit une histoire palpitante (rendue aussi telle par les auteurs) et Pepita, même si on ne sait pas tout d'elle, est une héroïne à découvrir.

lundi 29 avril 2019

Une femme que j'aimais

Une femme que j'aimais
Armel Job
Robert Laffont, 2018


Grâce au mois belge (rendez-vous que je vous encourage à rejoindre) j'ai encore découvert un bon auteur, dont le nom revient assez fréquemment sur les blogs. Pas le choix, seul ce titre est présent, et pourtant je fréquente deux bibliothèques.

Claude est un jeune homme sans rien de remarquable. Il est aide pharmacien, se contente de rencontres sans lendemains, en fait il est fasciné par sa tante Adrienne, veuve habitant une belle villa pas loin de ses chez parents. Sans s'occuper des remarques, il lui rend visite tous les samedis. Elle s'intéresse à ce neveu si gentil, et lui apprend qu’elle désire lui confier un secret. Hélas, Claude file et quelque temps après, c'est trop tard pour l’écouter, car il la retrouve morte chez elle, suite à un accident semble-t-il. Notre narrateur a l'imagination fertile et imagine qu'il pourrait s'agir d'un meurtre. Délaissant cette piste improbable (pour l'instant), il décide de fouiller dans le passé d'Adrienne, mettant peu à peu à jour la vérité, non sans avoir élaboré pas mal de fausses pistes (il a de l'imagination!)

Au final, ressort l'histoire d'une femme pas si neutre que cela. Beaucoup sont tombés sous son charme, elle a connu bien des chagrins. Impossible de lâcher ce roman, remarquable par la façon fluide dont les révélations arrivent, souvent au grand dam de Claude.

"Emporter un sachet de frites bien chaudes au creux d'une main, les manger dans la rue avec les doigts de l'autre main en faisant des mouillettes dans la motte de mayonnaise accrochée au coin supérieur du papier, c'est un des plaisirs les plus intenses que l'on puisse s’offrir, un acte de foi dans l’existence. Les déprimés, les élégants, les prétentieux -toutes personnes qui grignotent la vie du bout des dents- ne mangeront jamais de frites sur le trottoir.Il n'y a que les optimistes pour se livrer en public à cette manducation jubilatoire."

Les avis de Le livre d'après, Sandrine,

Toujours le mois belge

jeudi 25 avril 2019

Des hommes en noir

Des hommes en noir
Sera larga la noche
Santiago Gamboa
Métailié, 2019
Traduit par François Gaudry



Colombie, des années après les FARC, mais ce n'est pas pour autant que tout est calme et que la violence a disparu. D'entrée de jeu, grosse attaque d'un Hummer à la mitrailleuse, intervention d'un hélicoptère, bref, du lourd, et cela sur une modeste route de campagne. Mais qui a été attaqué? Qui a lancé ces hostilités? Où sont les cadavres? Et ensuite, qui sont-ils? Bref, pas mal de questions auxquelles vont tenter de répondre les trois personnages principaux, le procureur Edilson Jutsinamuy (mention spéciale à l'inénarrable Laiseca, son subordonné), Julieta la journaliste et Johana son assistante. De Bogota à Cali, y compris des bleds paumés, en passant par la Guyane française, les voilà plongés dans l'univers des églises évangéliques locales aux noms originaux, et de leurs pasteurs fascinants et parfois inquiétants.

Voilà donc une histoire menée tambour battant, dans un pays encore meurtri par la guerre civile. Pas la peine de connaître l'histoire colombienne en détail, d'ailleurs.

Merci à l'éditrice (et ses choix impeccables) et A. S.

lundi 22 avril 2019

(Le) La ministre est enceinte

Le La ministre est enceinte
ou la grande querelle de la féminisation des mots
Bernard Cerquiglini
Seuil, 2018



Ne riez pas! L'on a pu apprendre dans les journaux (à l'époque) que le capitaine Prieur avait été rapatrié, parce qu'il commençait une grossesse. "Le capitaine Dominique Prieur était enceinte.". Ou bien Le ministre des sports, qui était enceinte, n'a pu sauter en parachute comme prévu." (le monde du 16 octobre 92, à propos de Frédérique Bredin).

Bernard Cerquiglini suit l'affaire de la féminisation des mots depuis un certain temps, et c'est avec humour qu'il rappelle l'évolution des dernières années, en particulier la résistance de l'Académie française. Un feuilleton assez franco-français, puisque les francophones non français se posent moins de questions, et les québécois, en particulier, entourés du monde anglophone, se défendent et font preuve d’une belle inventivité. Il semble qu'on soit sur le bon chemin.

Des linguistes belges rappellent d'ailleurs qu'on peut féminiser intuitivement tous les substantifs animés humains du français, et citent des exemples, avoué, bourgmestre, échevin, ministre, etc., avec même des noms fictifs, tels calefrier, chapporé, ciremel, damilin, filiciste (je parie que vous y arrivez!)

Un chapitre fort gouleyant rappelle comment c'était dans le passé, là où on ne s'embarrassait pas de l'Académie, qui d'ailleurs n'existait pas. La féminisation s'en donnait à cœur joie, ou plutôt, tout ou presque existait, suivant ces règles intuitives.

Puis le masculin est venu établir sa loi, moquant certaines féminisations (pourtant avérées au Moyen âge...) et chipotant pas mal, par exemple on accepte une secrétaire si c'est une employée assez subalterne, mais pas une secrétaire si c'est la perpétuelle de l'Académie...

La langue reflète les moeurs, avec l'exemple d'étudiante, dont le sens aujourd'hui est évident, mais qui au 19ème siècle, puisque les jeunes filles n'accédaient pas à l'université, désignait plutôt les petites copines des étudiants.

Certaines prises de position datant de peu d'années semblent ahurissantes, mais la langue est vivante et refuse les carcans. A vous de plonger dans ce livre vraiment fort intéressant et pas difficile d'accès (l'auteur, citant une fois un truc jargonnant, se permet de 'traduire'; merci à lui). Il reste pas mal à découvrir dans ces pages si riches et amenant à la réflexion. Perso, je ne sais si je dis auteur, auteure ou autrice?

Citons une partie de la conclusion
"Il est urgent que l'instance chargée du magistère de la langue rappelle que l'historie du lexique des métiers et fonctions fut marquée d'un resserrement social; qu’elle prenne acte de la disparition du féminin conjugal [ambassadrice = femme d'ambassadeur] [et pourtant Catherine de Médicis était régente, en tant que mère du roi trop jeune!], témoin d’une époque de minoration de la femme; qu’elle appelle à une féminisation de ce lexique: qu’elle encourage son emploi, se conformant à la distinction réaffirmée entre le spécifique particulier, désignant une personne, et le générique signifiant une fonction (une académicienne occupera un jour les fonctions de chancelier de l'Institut); qu’elle souligne par là même la richesse de l'expression linguistique (offrant plus de nuances, par exemple, qu'une abréviation à finalité inclusive);qu’elle se montre bienveillante envers les formes anciennes (écrivaine) pu néologiques (magistrate) formées dans les règles; qu’elle fasse preuve d'un peu d'audace en acceptant le commode suffixe francophone -eure. Au passage, quelle gratifie enfin le ministre d'une âme sœur."

ainsi qu'un passage sur l'écriture inclusive
"Nous recommandons la réduplication, c'est à dire l'explicitation lexicale (et non abréviative)de la mixité d'un groupe humain.Mais -et cette restriction nous paraît capitale - seulement quand une telle explication est requise ou souhaitée. En d'autres termes, le bon usage ainsi que la communication performante requièrent de faire diffuser dans un train le message : 'Tous les voyageurs sont priés de descendre.' Les formulations 'Tous les voyageurs et toutes les voyageuses', ainsi que 'Tout.es les voyageur.ses' sont en l’occurrence inappropriées. En revanche, informer que 'les candidats et les candidates passeront une épreuve de lancer de poids' est bienvenu. Où gît la différence? Dans l'intérêt reconnu d'exposer la mixité sexuelle du groupe considéré. Qui en est juge? Celui ou celle qui formule l'assertion , qui doit avoir conscience de l'enjeu  et une certaine maîtrise du fonctionnement linguistique. Nous ne nous affilierons donc ni au purisme androcentriste  ni au féminisme rudimentaire : nous suivrons la langue, en faisant confiance à ses locuteurs."

vendredi 19 avril 2019

Kiruna

Kiruna
Maylis de Kérangal
La contre allée, 2019



Après les mines au 17ème siècle et Olivier Truc, retour dans le même coin, avec toujours les mines, mais avec Maylis de Kerangal, pour un "texte d'une série produite dans le cadre du programme 'Mineurs d'un autre monde'."
Avouons-le tout de suite, je n'ai jamais lu l'auteur, déplorant un abandon de Réparer les vivants. Mais Kiruna est plutôt à classer en non fiction, avec un texte se rapprochant de l'enquête journalistique. Et cela s'est révélé absolument passionnant.

Kiruna se situe au nord du cercle arctique, et sa vie tourne autour de l'exceptionnelle mine de fer à laquelle elle doit son existence.Le côté far west du début a disparu, les femmes occupent désormais tous les postes, et le travail du mineur a bien évolué.

Petit problème, à force de creuser sous la ville, celle-ci menace de s'effondre.  Arrêter la mine? Pas question, et la décision a été prise de déplacer la ville, avec de nouveaux bâtiments, sauf certains, historiques, qui seront déménagés (comme l'église par exemple).
On trouve aussi des réfugiés érythréens à Kiruna, la ville ayant l'habitude d'accueillir des étrangers. D'ailleurs si travailler pour la mine vous intéresse, on embauche...

Maylis de Kerangal a su présenter le Kiruna actuel, sans éluder les problèmes passés et à venir. Je recommande.

L'avis de clara, de charybde 2 (illustré de façon magistrale)

mercredi 17 avril 2019

Mercredi blanc

Mercredi blanc
Dominique Lin
Elan sud, 2019


Dominique Lin avait su me plaire avec Un goût de terre dans la bouche, ce cadre trentenaire quittant son quotidien et posant son regard sur des inconnus rencontrés, et surtout l'élégance de l'écriture. Quand l'auteur m'a proposé son nouvel opus, j'ai donc répondu affirmativement, alors que d'ordinaire j'évite cet exercice presque à l'aveugle. Quoique ici j'ai pu lire les premières pages sur le site de l'éditeur et j'avais confiance.

Cette fois, l'héroïne principale est une collégienne de 14 ans, vivant dans une cité dont l'un au moins des immeubles permet des petits trafics. Elle apprécie surtout le français et le sport, en particulier l'escalade; elle n'hésite pas non plus à grimper sur les échafaudages et monter descendre dans sa cage d'escalier (au milieu!). Bref, elle est douée et l'exemple de son père, absent/disparu, l'inspire et la mène à s'intéresser aux grands alpinistes.
On lui propose de se joindre à un groupe de grimpeurs/danseurs dans le lycée voisin. Tout va bien jusqu'au jour où.

Non, nous ne sommes pas dans un roman jeunesse, quoique je pourrais fort le passer à un (e) ado ne craignant pas le passé simple et le français soutenu. Lucie est entourée de deux jeunes frères, remplaçant souvent une mère au travail, et deux aînés. La mère essaie de maintenir son monde sur une voie droite (loin de la tour numéro 10, quoi). Apparaissent aussi un ami de Lucie et un autre de Sophie. Le monde des adultes n'est pas absent et l'ambiance familiale pleine d'amour. Lucie finira par en découvrir plus sur son père, et sur ses propres envies à elle.

Dominique Lin n'a pas cherché le sensationnel, les ambiances glauques, mais à raconter une belle histoire plausible, qui emporte vers d'autres horizons.

lundi 15 avril 2019

Moi qui n'ai pas connu les hommes

Moi qui n'ai pas connu les hommes
Jacqueline Harpman
Stock, 1995
(existe en poche)


"Au plus loin que je puisse retourner, je suis dans la cave."
Les 39 autres femmes l'appellent la Petite, c'est la plus jeune, sans doute adolescente parmi des adultes. Elle n'a aucun autre souvenir, alors que les autres se souviennent de leur vie passée, un métier, un mari, des enfants. Le tout embrumé par une possible prise de médicaments.
Ces femmes sont enfermées dans une grande cage, surveillées par trois gardes muets qui leur apportent de quoi préparer leurs repas, éventuellement des remèdes si nécessaire, et décrètent quand il est temps de se lever ou se coucher. Mais sur la base de quelles journées, puisque l'éclairage n'est jamais éteint?
Autorisation de parler, mais pas trop énergiquement, interdiction de se toucher.

"A quoi servions-nous, ici?"
"Que faisions-nous ici, pourquoi nous maintenait-on en vie?"

Beaucoup beaucoup de questions dans cette dystopie. Est-on toujours sur la planète Terre? Qui décide? Pourquoi cet enfermement? Est-ce une expérience? Or sachez le, les femmes (et le lecteur) vont vite comprendre qu'il n'y aura pas de réponses. Pourtant ce roman est absolument fascinant.

Je ne vais pas raconter ce qui se passe, d'ailleurs dès le début la narratrice, la Petite, arrive à la fin de sa vie et donne quelques détails. C'est impossible d'oublier ces 40 femmes si différentes, plongées dans une situation (qui évoluera, je peux le confier) sans qu’elles comprennent jamais. .

C'est un roman puissant sur la volonté de rester des êtres humains, de garder le pouvoir de décider. Grâce à Ellettres, suite à son billet récent, j'ai sorti ce livre de ma PAL. Elle évoque Le mur invisible, il y a de cela dans l'absence d'explications et l'adaptation à l'environnement, dans la volonté de vivre.

Des critiques sur babelio, la présentation parle de Kafka, Auster (sans doute Anna Blum?), Le désert des tartares (avec Ellettres on se propose une LC) et sur lecture écriture

Pour le mois belge