mercredi 16 janvier 2019

La moisson des innocents / Ombres et soleil

Ayant eu en décembre pas mal de voyages en train, il fallait des lectures assez courtes et prenantes, d'où ces polars qui ont parfaitement répondu à mes attentes.

La moisson des innocents
Les enquêtes du généalogiste
Dan Waddell
Babel noir, 2016
Traduit par Jean-René Dastugue


Après Code 1879 je désespérais presque de trouver les autres volumes de la série, ici c'est le troisième mais cela n'est pas gênant, je me mettrai en quête du deuxième plus tard, dès que je ressentirai le besoin d'une bonne histoire policière 'qu'on ne lâche pas', avec un fond intéressant, et pas de détails gore avec faux suspense!

Vingt ans plus tôt l'inspecteur Foster a enquêté sur une affaire qui lui a laissé de pénibles souvenirs : deux gamins ont tabassé et laissé mourant un vieil homme de leur village. Procès, condamnation, puis après quelques années libération sous une nouvelle identité. Or voilà que Foster découvre que les deux viennent d'être assassinés. Il doit retourner sur les lieux du premier crime, celui de ses débuts dans la police.
Ce n'est qu'assez tardivement dans le roman qu'apparaît Nigel Barnes le généalogiste dans la série, de façon inattendue (je ne dirai rien). cela crée une petite rupture pour le lecteur, très brève, jusqu'au final (je ne dirai rien).

Une lecture parfaitement satisfaisante et recommandée!

Ombres et soleil
Dominique Sylvain
Viviane Hamy, 2014

Il y a un bout, j'avais lu des romans de la série et connaissais donc Lola Jost et Ingrid Diesel. Lola est retraitée de la police mais se lance quand même dans une enquête pour défendre un de ses amis policiers accusé d'un crime. Ingrid travaille dorénavant à Las Vegas et n'hésite pas à venir à la rescousse de son amie.
Dominique Sylvain reprend ses personnages, expliquant rapidement et efficacement dans le cours des premiers chapitres ce qui est nécessaire, et j'ai eu un peu l'impression d'une 'suite', cependant le roman forme un tout bien terminé.
Une enquête absolument sans temps morts, peut-être même pas le temps de réfléchir?, et aux nombreux rebondissements. Des dialogues ciselés. Un talent pour les dialogues et les ambiances, que l'on soit à Abidjan, Hong Kong ou Paris. Pourquoi ai-je délaissé cette auteur, mystère!

lundi 14 janvier 2019

Les frères K

Les Frères K
The brothers K, 1992
D.J. Duncan
Toussaint Louverture, 2018
Traduit par Vincent Raynaud

Si je dis Toussaint Louverture, et bon gros vieux roman comme les américains savent en pondre régulièrement, avec souvent le coeur du lecteur dans un grand huit 'on rigole/on pleure', cela devrait suffire, non?
Ha non?

Dans la famille Chance, vous avez : le père, fan et joueur de base ball, qui a su transmettre sa passion à ses fils, Everett, Peter, Irwin et Kincaid (en gros le narrateur principal, mais pas que lui), mais pas vraiment à ses jumelles, et à son épouse Laura, pilier de l'église adventiste du coin.
Autant le dire tout de suite : il y aura beaucoup beaucoup de base ball là-dedans, et un poil moins mais quand même d'adventisme et de religion. Le lecteur pourra s'en tirer car l'humour est quasiment omniprésent. Pas que drôle d'ailleurs, au fil du temps le tragi-comique s'installe (et j'ai terminé en larmes)(petite nature). D'ailleurs base ball et religion, pour faire court, seront plus ou moins abandonnés par les enfants. Everett tournant hippie, Peter bouddhiste, Irwin fidèle à ses convictions, lui, et Kincaid, observateur.
L'histoire se déroule durant les décennies 1950-1960, avec guerre du Vietnam pour les garçons, qui choisiront différentes solutions face au problème de la conscription.

Pourquoi ce titre? N'ayant pas lu les frères Kamarazov, j'ignore la part russe de l'affaire, mais il y a un rapport avec le base ball.
Alors en conclusion : lisez ce fichtrement bon bouquin!

En parlent hop sous la couette, jérôme,

Challenge de Philippe

vendredi 11 janvier 2019

La transparence du temps

La transparence du temps
La transparencia del tempo
Leonardo Padura
Métailié, 2019
Traduit par Elena Zayas


Sachez-le, bonnes gens, Métailié fête ses 40 ans, et en profité pour opérer un petit changement d'apparence, très classe avec le rabat, mais qu'on se rassure, le contenu demeure de qualité. Et comme Padura est un de mes chouchous, pourquoi s'en priver? Merci donc à l'éditrice.

"Conde sentit le parfum du Santiago, un rhum vieux servi dans un verre bas et ventru, le plus adapté à ce contenu doré et chaud, et il eut l'impression d'être un personnage de roman qu'on aurait changé de livre. Par erreur."

Mario Conde, notre ex-policier (depuis 25 ans) préféré n'a pas trop le moral, à l'approche de ses 60 ans! Pourtant ses amis et son amoureuse font toujours partie de sa vie. Financièrement il vivote à chercher et vendre des livres anciens.
Un de ses anciens copains de lycée le contacte. Bobby, lui, a bien réussi, malheureusement il a été victime d'un vol, du tout venant facile à revendre, mais aussi bijoux et une vierge noire à laquelle il est fort attaché. Voilà donc Conde menant une enquête, parallèle à celle officielle (des parallèles qui se rejoignent), et l'on retrouve des cadavres. Il est dans le brouillard, mais bien sûr à la fin il en saura plus.

C'est un vrai plaisir de retrouver Conde et son entourage, un Conde carburant à l'alcool et aux cigarettes, parfois désabusé, et trouvant encore à s'étonner de ses découvertes à la Havane. Un ville déglinguée que cherchent à fuir même ses amis. Des quartiers plus que misérables où survivent des immigrés de l'intérieur de Cuba aux beaux quartiers, des petits voyous aux riches marchands d'art, il va tout fréquenter, dans une enquête flirtant parfois avec la transparence du temps, sur les pas d'Antoni Barral, quelle idée fantastique et réussie!

mercredi 9 janvier 2019

Eloge de l'ombre

Eloge de l'ombre
Junichiro Tanizaki
Pleiade, 1997
Traduit par René Sieffert
(existe chez Verdier)


Junichiro Tanizaki (1886 -1965) a écrit Éloge de l'ombre en 1933. Pour en savoir plus sur cet écrivain japonais, wikipedia fait bien le travail.
Comme souvent j'ai oublié quel blog a parlé récemment de Le chat, son maître et ses deux maîtresses, de façon telle que j'ai noté ça dans ma LAL. A la bibliothèque, constatant qu'y existent deux gros Pléiade (!!!) j'ai demandé conseil et opté de démarrer par Éloge de l'ombre. Bingo! (et en fouinant je retrouve des billets récents chez cécile, mais pas cette histoire de chats)

Dans ce court essai à l'écriture fluide (bravo au traducteur en tout cas) l'auteur compare occident et Japon, en ce qui concerne l'amour de l'ombre et celui de la lumière, s'attristant de la baisse des traditions japonaises et l'envahissement des lumières trop vives.
Dans tous les domaines. Le chauffage, les toilettes, le papier, la vaisselle, la cuisine, le théâtre no et le kabuki, la couleur de la peau, le maquillage des femmes... Pour moi ce fut l'occasion de faire connaissance avec l'art de vivre à la japonaise (en tout cas dans les années 1930) et rien que pour cela je recommande cette lecture qui devrait ravir les friands de Japon. C'est subtil, non dénué d'humour.

Quelques passages (mais il faudrait citer in extenso tellement c'est agréable et intéressant!)
Où je découvre qu'il existe déjà un beau florilège de passages... J'en propose quand même :

"En fait on peut dire que l'obscurité est la condition indispensable pour apprécier la beauté d'un laque.
De nos jours on en est venu à fabriquer aussi des 'laques blancs', mais de tout temps la surface des laques avait été noire, brune ou rouge, autant de couleurs qui constituaient une stratification de je ne sais combien de 'couches d'obscurité', qui faisaient penser à quelque matérialisation des ténèbres environnantes. Un coffret, un plateau de table basse, une étagère de laque brillante à dessin de poudre d'or, peuvent paraître tapageurs, criards, voire vulgaires; mais faites une expérience : plongez l'espace qui les entoure dans une noire obscurité, puis substituez à la lumière solaire ou électrique la lueur d'une unique lampe à huile ou d'une chandelle, et vous verrez aussitôt ces objets tapageurs prendre de la profondeur, de la sobriété et de la densité.
Lorsque les artisans d'autrefois enduisaient de laque ces objets, lorsqu'ils y traçaient des dessins à la poudre d'or, ils avaient nécessairement en tête l'image de quelque chambre ténébreuse et visaient donc sans nul doute l'effet à obtenir dans une lumière indigente; s'ils usaient de dorures à profusion, on peut présumer qu'ils tenaient compte de la manière dont elles se détacheraient sur l'obscurité ambiante, et de la mesure dans laquelle elles réfléchiraient la lumière des lampes. car un laque décoré à la poudre d'or n'est pas fait pour être embrassé d'un seul coup d’œil dans un endroit illuminé, mais pour être deviné dans un lieu obscur, dans une lumière diffuse qui par instants en révèle l'un ou l'autre détail, de telle sorte que, la majeure partie de son décor somptueux constamment caché dans l'ombre, il suscite des résonances inexprimables."

"La cuisine japonaise en tout cas, si elle est servie dans un endroit trop bien éclairé, dans de la vaisselle à dominante blanche, en perd la moitié de son attrait. La soupe au miso rouge, par exemple, que nous consommons tous les matins, voyez un peu sa couleur et vous comprendrez aisément qu'on l'ait inventée dans les sombres maisons d'autrefois. Il m'est arrivé un jour, convié ç une réunion de thé, de m'y voir présenter du miso, et cette soupe bourbeuse, couleur d'argile, que n'avais toujours consommée sans y prêter attention, je lui découvris soudain, en la voyant, à la lueur diffuse des chandelles, qui stagnait au fond du bol de laque noir, une réelle profondeur et une teinte des plus appétissantes."

"Et le riz tout le premier, sa seule vue, lorsqu'il est présenté dans une boîte de laque noire et brillante déposée dans un coin obscur, satisfait notre sens esthétique et du même coup stimule notre appétit."

Les avis de Arts et lettres, babelio, dominique de Nuages et vent, lecture écriture (le bouquineur ici directement), Luocine, Dominique (superbes photos comme d'habitude),

lundi 7 janvier 2019

Un cadenas sur le coeur

Un cadenas sur le coeur
Laurence Teper
Quidam, 2019






Comme ce livre est arrivé sans crier gare chez moi, j'ai joué le jeu, à savoir le lire sans rien savoir. Tout en sortant de ma zone de confort, puisqu'il s'agit -mais pas que- d'un roman français et d'une héroïne souffrant de ne pas connaître une vérité familiale.

Mais c'est plus malin qu'on ne croit. D'entrée, pas question de lâcher le roman (moins de 200 pages), écrit sans pathos. Claire, née dans les années 60, raconte les vacances d'août au bord de la mer, avec la famille du patron de sa mère. Même moi j'ai vite saisi qu'il y avait quelque chose entre ladite mère et ledit patron. Un 'entre les lignes' subtil.

Le temps passe. Claire passe tout à sa mère, que je qualifierais de toxique, mais réussit tout de même à avoir sa propre vie. Cahin-caha. La famille adore les secrets dirait-on, son frère malade du cancer est bien le seul à ignorer la gravité de son état, puis c'est le tour de Claire, qui saisit le taureau par les cornes (enfin!), questionne sa mère et son père (en vain) et s'en va fouiner dans les archives.

Une fin apaisée.

Les avis de Cunéipage, motspourmots,

jeudi 3 janvier 2019

Dérangé que je suis

Dérangé que je suis
Ali Zamir
Le tripode, 2019


J'avoue que les deux précédents romans de l'auteur, Anguille sous roche et Étincelle, n'ont pas impressionné la cellule de mon radar (si j'ose dire), mais là, une arrivée sans crier gare dans ma boîte aux lettres m'a convaincue de tester les écrits de ce jeune auteur comorien.

Tout commence mal pour Dérangé, docker sur au port de Mutsamudu, que le lecteur découvre blessé et lié; on découvrira où et pourquoi. Dérangé est considéré comme dérangé car il porte chaque jour une chemise avec écrit dessus le jour de la semaine. Les gens se moquent de lui, il n'en a cure, il est pauvre, laborieux et poursuit chaque jour son bonhomme de chemin, trimant pour gagner son riz.

La concurrence est rude avec les autres dockers, surtout le trio des Pipipi, Pirate, Pistolet et Pitié. Un défi va les opposer, à cause de l'intervention d'une femme qui aimerait beaucoup inscrire le pauvre Dérangé sur son menu. La catastrophe surviendra. Pauvre dérangé!

Tragi-comique, dixit la quatrième de couverture; en effet. La boucle sera bouclée. Mais ce qui frappe c'est la langue utilisée, à la fois familière et inusitée, voire inventée (mais toujours compréhensible ou devinable)

"Le meilleur des hommes, c'est celui qui cherche non seulement à étreindre un rayon de soleil, après avoir percé les voiles, mais surtout à le partager. Sans arrière-pensée. En inondant de lumière la nuit des autres."

"Pirate s'était senti obligé de les accoiser tous les deux "

"L'astre de la nuit brillait à ravir sur nos têtes illuminées et le ciel était majestueusement diamanté jusqu'aux entrailles."

"Dans ma chienne de vie, je n'étais pas du genre à mettre ma main ou mon insolent doigt sur un plat cuisiné pour un autre."

mercredi 2 janvier 2019

Scherbius (et moi)

Scherbius (et moi)
Antoine Bello
Gallimard, 2016



Antoine Bello (et moi) c'est une vieille histoire qui dure depuis des années, car je ne me lasse pas d'histoires bien racontées, intelligentes, originales, renouvelées et palpitantes.

Cette fois, immersion dans le monde de la psychiatrie, avec Maxime Le Verrier, qui voit arriver dans son cabinet en 1977 l'auto-dénommé Scherbius, chez qui il détecte un trouble de personnalités multiples. Il décide de relever le défi et de guérir, si possible, ce patient. Mais tout ne va pas se passer comme prévu.

Il serait criminel de trop en dévoiler, sachez juste que Bello s'amuse bien avec les façons de voir la psychiatrie en France et aux USA, qu'il n'hésite pas à s'auto critiquer dans son écriture (ou celle de Le Verrier) et que le livre que vous avez en mains se compose en fait de plusieurs livres parus à la suite, au fur et à mesure du temps et des rebondissements de l'action. Si, contrairement au psychiatre, vous aimez les impostures et qu'on vous roule dans la farine, foncez!

Comme à la fin je ne démêlais plus trop le vrai du faux, j'ai vérifié, oui, Daniel Keyes a bien écrit sur Billy Milligan.

Le billet de l'inconditionnelle de Bello, Papillon. Aussi Nicole, noukette , dasola, cunéipage,